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BIBLIOTHÈQUE
DE L’ÉCOLE
DES CHARTES
LXXI.
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IMPRIMERIE DAOPELBY-GOUVERNBUR, A NOGBNT-LB-ROTROU.
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BIBLIOTHÈQUE
DE L’ÉCOLE
DES CHARTES
REVUE D'ÉRUDITION
CONSACRÉE SPECIALEMENT A L’ÉTUDE DU MOYEN AGE
LXXI.
ANNÉE 1910.
PARIS
LIBRAIRIE ALPHONSE PICARD ET FILS
BOB BOHAPARTB, 82
1910
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LA
FRONTIÈRE DE LA FRANCE
ET DE L’EMPIRE
SUR LE COURS INFÉRIEUR DE L’ESCAUT
DU IX* AU XIII* SIÈCLE.
I. La Flandre impériale. — IL Le château « impérial » de
G and et la fosse ottonienne. — III. Le pays de Waes. —
TV. Les comtes et châtelains de Gand.
I.
On désigne sous le nom de Flandre impériale certains terri¬
toires pour lesquels le comte de Flandre relevait, non du roi de
France, son suzerain, mais de l’Empereur. Ces territoires,
abstraction faite du Hainaut et de Valenciennes 1 , comprenaient :
1° Le pays entre l’Escaut et la Dendre, ou comté d’Alost; —
2° le petit district d'Over-Schelde , ou Terre d’outre-Escaut ; —
3° à l’embouchure de l’Escaut, le long de la Hond, les quatre
localités dites « les Quatre-Métiers » (de vier Ambachten) ; —
4° un instant les îles zeelandaises de Walcheren, Nord et Sud-
Beveland; — 5° le Waes ; — 6° le château de Gand.
L’origine de cette Flandre impériale et la nature du lien qui
1. Valencienne* fut occupé vers 1012 par Baudouin V de Flandre, dont le
fils épousa (1051) Richeut, héritière du Hainaut (voy. Léon Vanderkindere,
la Formation territoriale des jn-incipautês belges au moyen âge, Bruxelles,
1902, t. Il, p. 83 et 91-92). Mais Valenciennes et le Hainaut, quoique réunis à
plusieurs reprises entre les mêmes mains que le comté de Flandre, ne cessèrent
pas d'étre considérés comme pays parfaitement distincts.
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6
LÀ FRONTIÈRE DE LA FRANCE ET DE L*EXPIRE
l’unissait à l’Empire sont encore obscures 1 . Bien qu’on ait l'ha¬
bitude de désigner en bloc l’ensemble de ces régions sous le
nom de Flandre impériale, il faut s’attacher, au contraire, à les
distinguer soigneusement.
Les quatre premières ne donnent pas lieu à grande controverse.
Il est tout naturel que le territoire entre l’Escaut et la Dendre,
appelé pays d’Alost 2 , relevât de l’Empire. C’était en effet une
portion du Brabant dont les marquis de Flandre s’approprièrent
la suzeraineté effective vers le milieu du xi* siècle 3 et dont les
1. La Flandre impériale a été l’objet de bien des mémoires. On peut se bor¬
ner à signaler les suivants : 1* Siegfried Hirscb, Reichsflandem und die
deulsche Burg von Gent, dans les Jahrbilcher des deutschen Reicks unter
Heinrich II, t. I, 1862, p. 507-529; — 2* Àlph. Wauters, le Château impérial
de Gand et la fosse othonienne, dans le Bulletin de VAcadémie royale
de Belgique, 3* série, t. XI, 1886, p. 165-189; — 3* Léon Vanderkindere,
la Formation territoriale des principautés belges au moyen âge. I : la
Flandre , dans le Bulletin de la Commission royale dhistoire de Belgique,
5* aérie, t. Vin, 1898, p. 257-295 et 397-500; 2* éd. du t. I, Bruxelles, 1902,
p. 62-78; — 4* A. De Vlaminck, Origines de la ville de Gand, dans les
Mémoires de l'Académie royale de Belgique, t. XLV, 1891, 121 p. et 1 carte.
— 5* G. Vuylsteke, Het Gravenkastel, dans les Annales du Cercle archéolo¬
gique de Gand, t. I, p. 57 et suiv.; — 6* Léonard Willems, les Frontières de
la France et de l’Empire à Gand et dans le pays de Waes du IX * au
XII • siècle, Gand, 1908, 136 p.
2. Il est bien certain que les seigneurs d’Alost sont les commensaux des
comtes de Flandre aux xi* et xii* siècles. Néanmoins, le duc de Basse-Lor¬
raine revendiquait encore la suzeraineté sur ce pays. En 1127, quand Iwan
d’Alost reconnaît pour comte de Flandre Thierry d’Alsace, le duc Godefroi de
Louvain émet la prétention de subordonner cette reconnaissance à son propre
consentement (Galbert de Bruges, p. 146). — Les historiens, égarés par André
Ducbesne (Généalogie de la maison de Guines, de Gand, Paris, 1631, p. 36,
299, etc.), ont confondu les maisons des seigneurs d’Alost et des châtelains de
Gand. Vanderkindere (2* éd., t. I, p. 113) montre quelles sont distinctes.
Cf. plus loin, p. 30, note 2. — Les donations d’Arnoul I* r et Arnoul II aux
abbayes de Saint-Pierre et Saint-Bavon montrent que les marquis de Flandre
possédaient des biens patrimoniaux dans le Brabant, ce qui explique leur
influence sur ce pays et le succès de leurs empiétements au xi* siècle. Peut-
être même étaient-ils déjà suzerains d’une partie de cette région au x* siècle.
En 972, on voit le marquis Arnoul souscrire, sans doute comme suzerain, la
donation d’Étienne et de sa femme Gile, qui gratifie l’abbaye de Saint-Pierre
de Gand d’un alleu a in pago Bracbantensi, in comitatu Biesult, in loco Her-
sel » (Van Lokeren, n* 47). Hersel est Herzeele, au sud d’Alost, au co*ur du
futur comté de ce nom.
3. En 1057, selon Jacob Meyer : « Ea pace terram omnem inter fluvium
Scaldem et Teneram, quinque insulas Zelandiae, castrum Gandense cura
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SUR LE COURS INFERIEUR DE L'ESCAUT. 7
empereurs leur reconnurent la possession, à charge d’hommage
bien entendu.
De même le petit district à'Over-Schelde , terra ultra Scal-
dim disaient les Flamands, citra Scaldim pour les Allemands 1 ;
sorte de banlieue de la ville de Gand entre deux bras de l’Escaut 2 .
Quant à la Zeelande ( Zelandia inter Scaldem et Hedensee ) 3 ,
comprenant les îles de Walcheren, Zuid-Beveland, Noord-
Beveland, Borsselen et Wolphaartsdijk (ces deux dernières unies
de nos jours à Zuid-Beveland), bien que cédée beaucoup plus
tôt, dès 1018 4 , au marquis de Flandre, elle cessa officiellement
en 1323, en réalité dès le milieu du xin* siècle (1256), d’être
considérée comme partie de la Flandre impériale et fut rattachée
au comté de Hollande 5 . Q n’est pas douteux, au surplus, que ces
quatuor offlciis Balduinus retinuit. » Mais quelle autorité à accorder à cette
compilation du xvi* siècle I On s'étonne que Hirsch (t. I, p. 510-511) prenne
cette assertion au sérieux. On ignore, en réalité, la date précise à laquelle le
pays entre l'Escaut et la Dendre fut rattaché A la Flandre. La chose semble
s’étre faite sous Baudouin V. Cf. Vanderkindere, t. I, p. 112.
1. Sur l' Over-Schelde , voy. Wauters, loc. cil., p. 184-185; Hirsch, loc. cil .,
p. 507, note 2. De Vlaminck (Origines de la ville de Gand, p. 83) suppose
que l’ Over-Schelde était le pays de Termonde sur la rive gauche de l'Escaut,
mais avec doute; il se demande même si les chancelleries des xm* et
xiv* siècles savaient ce qu'était la terra supra Scaldim. Vanderkindere (t. I,
p. 224-226) montre que cette opinion est insoutenable.
2. La comtesse Marguerite réunit le quartier A'Over-Schelde k la ville de
Gand en la soumettant en 1254 à la juridiction échevinale. Il en résulta pour
ce petit territoire une situation juridique ambiguë. Comme partie de la ville
de Gand, elle semblait faire partie du royaume, tandis que les empereurs la
revendiquèrent, dans la seconde moitié du xm* siècle, comme partie de la
Flandre impériale. Cependant, en 1226, 1237,1245, cette petite ville avait donné
des garanties au roi de France lors de l'avènement du comte Ferrand, puis de
la comtesse Marguerite, ce qui indique qu’elle était alors de France. Voy.
Warokœnig et Gheldolf, t. II, p. 53; t. HI, p. 334, 341, 344; Wauters, loc. cil.;
De Vlaminck ( Origines , p. 100-101). Sur Y Over-Schelde, et. note précédente,
et plus bas, p. 15, note 1.
3. Vanderkindere se demande ce que peut être Hedensee (t. I, p. 95). Il éta¬
blit que ce doit être l'Escaut occidental actuel. Bien entendu, le nom moderne
de Hond dérive de Heden-See.
4. Hirsch, t. H, p. 281 ; Vanderkindere, t. I, p. 92-94.
5. Vanderkindere, t. I, p. 213, 263. La Zélande, que Guillaume, roi d'Alle¬
magne, avait intentionnellement omise dans le jugement de 1252 (cf. Hirsch,
p. 507, note 1; Vanderkindere, t. I, p. 222), reparaît comme partie de la
Flandre impériale dans le jugement du roi Richard du 27 juin 1260. Voy. Duvi-
vier, op. cil., p. 310, et Preuves, n* CCCVI.
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8
LÀ FRONTIÈRE DE LA FRANCE ET DE L’EMPIRE
îles aient été comprises dans l'héritage de Lothaire 1 ; par suite,
elles relevaient bien de l'Empereur, héritier du royaume de
Lotharingie.
Plus délicate est la question en ce qui touche la région dite
« les Quatre-Métiers », en néerlandais De vier Ambachten 2 .
Bordant au sud la branche occidentale de l’Escaut, appelée la
Hond, elle eût dû, semble-t-il, faire partie du royaume de
France, puisque le traité de Verdun attribuait à ce royaume
tout le pays à gauche de l'Escaut. En fait, elle ne cessa de faire
partie du diocèse d’Utrecht et, par suite, du royaume de Lotha¬
ringie. Des considérations ethniques justifièrent sans doute cette
dérogation à la géographie : le pays frison ne commençait pas
à l’Escaut, mais un peu au sud ; on aura voulu mettre dans le
royaume de Lotharingie l’ensemble de la Frise, du Sincfal
(Zwin) au Weser 3 . Au reste, jusque vers le xv* siècle, la Hond
n’était pas encore le large estuaire qu’ont fait les envahisse¬
ments de l’Océan; entre ce pays et l’île zeelandaise de Sud-
Beveland n’existait pas la profonde coupure qu’on voit aujour¬
d’hui. D’autre part, les quatre petites villes d’Axel, d’Hulst,
d’Assenede, de Bouchaute, les « Quatre-Métiers », formaient
comme des îlots, séparés par des alluvions marécageuses de la
Flandre, si bien que, même géographiquement, il existait une
séparation entre ces deux pays dans le haut moyen âge 4 .
Il paraît probable que cette région échappa aux comtes de
1. La preuve en est que, dès 841, Lothaire donna en bénéfice Walcheren à
Heriold, chef des pirates danois {Annales Bertiniani , éd. Waitz, p. 26).
2. Le mot germanique ambacht (rendu en latin par ministerium) s’entendait
dans les Pays-Bas de tout groupe régi par des régies communes, soit profes¬
sionnelles [métiers), soit juridiques et politiques ( communautés urbaines, etc.).
Cf. Warnkœnig, t. II, p. 115-116. Chacune des villes d’Axel, Hulst, Bonchande,
Sassenade formait une communauté, un ambacht. Leur ensemble quatre com¬
munes vier ambachten. C’est le sens vague de ce mot ambacht qui explique
la traduction française si bizarre au premier abord de Quatre-Métiers.
3. Cf. Vanderkindere, t. I, p. 14.
4. Hirsch, t. I, p. 508; cf. Vanderkindere, t. I, p. 39 : « L’axe du pays étant
un peu plus incliné vers le nord-est permettait à la mer de pénétrer plus pro¬
fondément à l'intérieur des terres. Les territoires d’Axel, Hulst, Bouchaute et
Assenede formaient encore de véritables ilôts. » Cf. p. 96. La vraie séparation
géographique eût été l'Escaut oriental, le bras du fleuve le plus important jus¬
qu’au xv* siècle. — La Flandre empiéta légèrement sur la Frise et parvint dè6
une époque très ancienne à annexer au diocèse de Tournai le doyenné d'Arden-
burg, sorte d’ile comprise entre le Sincfal (branche de l'Escaut, aujourd'hui
comblée, qui, se détachant vers Soeflingen, rejoignait la mer vers l'Écluse) et
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SCR LE COURS INFÉRIEUR DE L’ESCAUT.
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Westfrise, en même temps que la Zeelande, vers 1018 1 . Les
marquis de Flandre en disposèrent désormais de concert avec
les châtelains de Gand, leurs représentants 2 . Mais marquis et
châtelains devaient naturellement hommage â l’Empereur pour
une région faisant partie de la Lotharingie 3 .
Le litige porte donc surtout sur le château impérial de Gand,
le fossé d’Otton, le pays de Waes, la mouvance du comte ou
châtelain de Gand.
II.
La majorité des érudits qui se sont occupés de la question
est d’accord pour admettre qu’il a existé au x® ou au xi® siècle
un château impérial à Gand, ville frontière. De là, un empereur,
Otton, aurait fait tracer jusqu’à la mer un fossé, qui aurait servi
de frontière entre la France et l’Empire. Le Waes, à l’ouest de
l’Escaut, mais à l’est de ce fossé, aurait été enlevé de la sorte
au rovaume de France.
■r
Si l’on recherche l’origine de cette assertion, on voit qu’elle
repose sur un seul témoignage, celui de Jean de Thilrode. Il
convient de le reproduire ici 4 :
Otto imperator de Scaldi fossatum, ante pontem sancti Jacobi
usque in mare extensum, a nomine suo Ottingam vocavit, quo
l'embouchure de l'Escaut occidental (la Hond). Mais cette petite région n'a
jamais fait partie des < Quatre-Métiers ». Voy. Vanderkindere, t. I, p. 39,
95, 96.
1. Vanderkindere, t. I, p. 76, 92-94, 112.
2. Vanderkindere, t. I, p. 76, 99, note 1; De Vlaminck, Origines, p. 112.
3. Vanderkindere (t. I, p. 76, 99) s'exprime d'une manière arbitraire en
disant que les châtelains devinrent (vers 1018) les arrière-vassaux' de l’empe¬
reur et que celui-ci « rattacha à leur dignité le territoire des Quatre-Métiers,
qui resta toujours leur principal apanage ». Il cite à l'appui des actes du
xn* siècle qui situent a in castellania Gandensi > un certain nombre de loca¬
lités, des fondations de châteaux et des confirmations de heures par le châte¬
lain de Gand. Ces deux textes établissent l'autorité du châtelain dans le pays;
mais le mot castellania doit s'entendre de l'office du châtelain; il n'a pa6 un
sens territorial. On dut se garder de confondre la castellania du châtelain au
sens général avec la « châtellenie du Vieux-Bourg » (de Kasselrij van het
Ouderburgsche), qui formait une circonscription administrative d'un seul
tenant, comprenant quarante-cinq villages autour de Gand; cette dernière ne
remonte, d'ailleurs, qu'au xm* siècle. Voy. De Vlaminck, p. 114-116.
4. Éd. Heiler, Monumenta Ger manioc, Scriptores, t. XXV, p. 563; cf. Hirsch,
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LA FRONTIERE DE LA FRANCE ET DE L'EMPIRE
regni Francorum et imperii orientalium Anes determinavit. Ante
Ottonem, castellum quod ad ripas Leie situm est non reges Fran-
cie, non comités Flandrie, sed imperatores in libéra sancti Bavonis
possessione propter divisionem regni et imperii slatuerunt; de quo
censum v solidorum sancto Bavoni longo tempore comités solverunt
et nunc solvunt. Huic castello non castellani sed comités praefue-
runt; quibus quatuor ville cum appendiciis suis, scilicel Hasnethe,
Bocholt, Ascla, Hulsta cum tota Wasia subjecte fuerunt. Quidam
horum comitum, Wicmannus nomine, uxorem suam Lietgardem,
morti vicinam, ad oraculum sancti Pétri sanctique Bavonis deduxit,
eamque slatim, fatis urgentibus, mors abstulit. Pro cujus anima
non sane sollicitus villam Thesselam, que nunc dicitur Desselberghe,
sancto Bavoni abstulit et sancto Petro tradidit; non tamen castellum
ad spoliationem ecclesie sed ad defensionem structum fuit. Quomodo
idem castellum de potestate imperiali in manus comitum reductum
est, eminens dirute munitionis cumulus secus villam Bochold indi-
cat memoriamque hujus rei posteris représentât.
Suit une longue histoire racontant comment le comte Arnoul
de Flandre réussit à s’emparer du château impérial grâce à l’ha¬
bileté de son vassal, Lambert. Il le récompensa en le nommant
châtelain héréditaire de la forteresse.
Jean de Thilrode a écrit sa chronique dans les dernières
années du xiii® ou les premières du xiv* siècle. Cet ouvrage est
rempli de fables et d’erreurs grossières 1 . On s’accorde à consi¬
dérer comme fabuleux son récit de la prise du château impérial
par Lambert. Les stratagèmes qu’il attribue aux assiégés et aux
assiégeants sont du folklore. On doit s’étonner d’autant plus
de la crédulité quasi-universelle que rencontre la première par¬
tie de son récit. On chercherait vainement ses sources; rien
absolument dans l’histoire ne confirme son récit *. Et cependant,
t. I, p. 512, note 2. Wauters ( loc. cit., p. 168) a donné une traduction de ce
texte.
1. M. Holder-Egger déclare aa chronique une des plus pitoyables composi¬
tions du moyen Age (dans les Hist. Aufsütze dem Andenken an Georg Waitz ,
p. 659).
2. Hirsch (t. I, p. 512) trouve « merkwürdig » qu’aucun contemporain n’ait
parlé de ce fief impérial et que nous ne possédions que le témoignage de Jean
de Thilrode. Mais, par un manque de critique surprenante chez cet érudit, il
utilise cet auteur, sur la valeur duquel il ne se fait pas grande illusion
cependant.
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SCR LE COURS INFERIEUR DE L’ESCAÜT.
11
au lieu de rejeter en bloc cette histoire, on cherche à identifier
l’empereur Otton; les uns y voient Otton I #r , c’est la majorité 1 ,
d’autresOtton II 2 ,moi-même, prohpudor!, ai parléd’Otton III 3 ;
un fantaisiste a avancé Otton IV 4 . On a beau chercher, on ne
trouve rien dans l’histoire qui permette de voir à quel moment
un empereur Otton aurait creusé ce fameux fossé. Il y a mieux :
ce soiniisant fossé d’Otton, YOttegracht , ne se dirige pas vebs
la mer; il joint deux branches à Gand même, un bras de la Lys
à un bras de l’Escaut : c’est, à vrai dire, un fossé d’enceinte de
la cité, d’environ 700 mètres de long ; enfin, il s’appelait d’abord
simplement, non Ottegracht, mais Gracht , « Fossé » tout
court 5 . Le creusement d’un fossé de Gand à la mer eût été, dans
le haut moyen âge, une œuvre d’une exécution impossible, et il
n’est pas resté trace d’un travail de ce genre 6 .
Le fossatum, dit Ottinga , est donc une chimère. Passons au
castellum.
On n’a pas assez remarqué que notre chroniqueur le dit
construit antérieurement h Otton {ante Ottonem) par les empe¬
reurs pour diviser France et Empire. On doit tout de suite faire
observer que, s’il s’agit d’Otton I er (empereur en 962) dans la
pensée de Jean de Thilrode 7 , son assertion est aussitôt rui¬
née. Le seul empereur (antérieur à Otton) qui aurait pu cons¬
truire ce château à la frontière serait nécessairement Lothaire I er ,
le fils aîné de Louis le Pieux. C’est visiblement absurde. Néan¬
moins, pour se rendre pleinement compte de l’ignorance ou de
la fourberie de cet auteur, il convient de retracer en deux mots
les origines de la ville de Gand.
1. Sans doute parce que chez Jean de Thilrode cette histoire fait suite à un
récit de la dédicace d'une chapelle à Gand rapportée par lui à l'année 941.
2. Hirsch, p. 522.
3. Les Derniers Carolingiens, p. 181 (en note).
4. Voy. son nom dans Vanderkindere, 1" éd., p. 425, note 2.
5. Voy. Wauters, loc. cil., p. 186-187; De Vlaminck, Études sur la Flandre
impériale (Messager des sciences historiques de Gand, 1876, p. 159 et suiv.);
Origines de la ville de Gand [loc. cil., p. 74, et la carte, p. 121); Diericx,
Mémoires sur la ville de Gand (Gand, 1814, t. I, p. 573; cité par Wauters).
De Bast ( Ancienneté de la ville de Gand, Gand, 1821, in-4*, etc.) avait nié
très justement l'existence du fossé d’Otton. Ce malencontreux fossé a été
recreusé de nouveau par Warnkœnig et Hirsch, sans doute sous l'influence
d'un chauvinisme inconscient.
6. Voy. encore Waulers, loc. cil., p. 188, note 1.
7. Cf. ci-deasus, note 1.
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12
LA FRONTI&RE DE LA FRANCE ET DE L’EMPIRE
Gand ( Ganda , Gandavum ), nommé pour la première fois au
vri* siècle, n’était pas situé comme la ville actuelle entre les
deux rivières de la Lys et de l’Escaut à leur confluent, mais sur
la rive gauche de ce dernier fleuve, dans un repli du Bas-Escaut
(Nederschelde) '.
Il s’y établit un monastère, dédié à saint Bavon. Autour de
l’abbaye se groupaient quelques demeures de pêcheurs et de
marchands dont l’agglomération forma un vicus. Aux vu®, vin®
et ix® siècles, Gand et Saint-Bavon sont identiques 2 . On disait
indifféremment l’un ou l’autre. Il est probable qu’ici, comme
ailleurs, le nom du saint l’eût emporté. Le vicus de Ganda fût
devenu Saint-Bavon comme Elnone est devenu Saint-Amand,
Sithiu Saint-Omer, etc. Une catastrophe vint anéantir cette
première ville. Les Normands prirent (879 et 881) 3 et brûlèrent
Saint-Bavon. Les moines s’étaient enfuis à Saint-Vincent-de-
Laon et ils restèrent dispersés un demi-siècle. Il n’y a aucune
vraisemblance qu’il existât un « château » ; ou plutôt le castrum
c’était l’abbaye même avec ses dépendances, fortifiée comme
tant d’autres sous le règne de Charles le Chauve ou de ses suc¬
cesseurs.
Après la retraite des pirates, les marquis de Flandre songèrent
à restaurer cette localité. Saint-Bavon était en cendres, Gan-
dum déserté 4 . Les pêcheurs et marchands échappés aux Nor-
1. Voy. les cartes do vieux Gand reproduites par De Vlaminck ( Origines,
p. 120-121) et Des Marez, Étude sur la jnropriité foncière dans les villes du
moyen âge et spécialement en Flandre (Gand-PAris, 1908), p. 200 et in fine. Cf. la
carte ci-jointe. De Vlaminck prouve (p. 50 et suiv.) que l’abbaye n'a jamais changé
d'emplacement depuis sa fondation ; mais il se trompe du tout au tout en sou¬
tenant (p. 16 et suiv.) que, dès le ix* siècle, il existait entre la Lys et l'Escaut
un centre urbain entouré de fortifications et en déniant (p. 36-37) que Saint-
Bavon ait jamais été un castrum. Le portus, qui commence peut-être à se
former au ix* siècle entre la Lys et l'Escaut, n'était certainement pas encore
entouré de murailles (il eût été une exception unique à cette é|>oque), et, s'il
est vrai que, primitivement, Saint-Bavon ne fut pas un castrum, il mérita
cette qualification lorsque, à la fin du ix* siècle, il dut s'entourer de murailles
comme toutes les autres grandes abbayes du nord de la France.
2. Une suite de textes cités par Hirsch (toc. cil., p. 514, note 2) met ce fait
hors de doute ; ajoutez les diplômes de Lothaire de France de 966 (Halphen et
Lot, Recueil des actes de Lothaire et de Louis V, p. 3 et 64, ligne 5).
3. Annales de Saint-Vacut (à la suite des Annales de Saint-Berlin),
éd. C. Dehaisnes, p. 301, 305, 312.
4. c In solitudinem redactus et pene inhabitabilis effectua », est-il dit en
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SUR LE COURS INFÉRIEUR DE L’ESCAUT.
13
mands 1 revinrent se grouper, non plus sur la rive de l’Escaut, mais
entre les deux rivières, dans la presqu’île dite, depuis le x® siècle,
portus Gandensis : c’est là que se développa la ville et la
célèbre « commune » de Gand 2 .
Au sud du portus , sur une éminence appelée Blandinium ,
s’élevait une abbaye dédiée à saint Pierre et contemporaine de
Saint-Bavon 3 . C’est elle qui attira l’attention et les faveurs des
marquis de Flandre. 11 la rétablit avec l’approbation du roi
Louis IV, par un acte du 8 juillet 941, et lui fit don, entre
autres bienfaits, du cens qu’il prenait sur les maisons du por-
tus , entre la Lys et l’Escaut 4 .
A la même époque, et même un peu antérieurement-’, les
954 dans le diplôme de Lotbaire (Halphen, op. cil., p. 3). Cf. les Miracles de
saint Bavon, rédigés à la tin du x* siècle : « Ut lotus circumjacens pagus ita
et Gandensis cœnobii locus pœne videbatur similior deserto, vacuatus culto-
ribus » (Mon. Germ., Script., t. XV, p. 591).
1. Les Miracles de saint Bavon mentionnent des tanneurs (coriarii), des
pécheurs, qui ne sont pas de simples pécheurs à la ligne, puisqu’ils s’en vont
chasser la haleine, certarii ad balenas capiendas (Ibid., p. 411 et 414).
2. Sur la naissance et l'accroissement de Gand, voy. De Vlaminck, Origines,
p. 13 et 96-106 ; Guillaume Des Marez, Étude sur la propriété foncière dans
les villes du moyen âge et spécialement en Flandre, Gand-Paris, 1898, p. 9
et 184 et sniv.
3. Les deux abbayes se disputaient l’ancienneté. Voy. Holder-Egger, op. cit.,
p. 636 et 664-665.
4. Cet acte a été l’objet d’une étude détaillée de M. Guillaume Des Marez
publiée dans le Bulletin de la Commission royale dhistoire de Belgique,
5* série, t. VI, 1896, p. 219-252. Cf. un diplôme de Louis IV de 950 dans les
Historiens de France, t. IX, p. 607.
5. Les Miracles de saint Bavon rapportent que, lorsque sept moines de
Saint-Bavon revinrent de Laon vers 937, l'abbaye était encore en ruines. En
attendant sa reconstruction, les religieux déposèrent les reliques a in ecclesiam
in novo castello aediiicatam » (Mon. Germ., Script., t. XV, p. 593). Les mots
novo castello ont fait couler des flots d'encre et suscité maintes hypothèses.
On s'est demandé quel pouvait être le « vieux château » ; la réponse est toute
simple : pour les moines de Saint-Bavon, c'est leur abbaye fortifiée, et il n'y
a même pas lieu de supposer avec Vuylsteke (Hei Graven-Kasteel, publ. dans
les Annales du Cercle historique et archéologique de Gand , t. I, 1895, p. 57)
que l'épithète novum ait été inventée par l'bagiographe pour appuyer les pré¬
tentions de Saint-Bavon à représenter l’antique Ganda; ces prétentions
paraissent, en effet, justifiées (cf. plus haut, p. 12, note 2, et page suivante,
note 3). — Ce novum castellum est l'unique château comtal qui ait existé
(juqu’en 1368); c'est le castrum ou castellum comitis, en français le chastel,
en flamand 's Gravensteen, comme l’a démontré De Vlaminck ( Origines ,
p. 61-68). Quand le portus fut entouré d’un rempart, au cours du xi* siècle
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14
LA FRONTIÈRE DE LA FRANCE ET DE l'eüPIBE
marquis de Flandre avaient pris soin de fortifier cette position.
Mais ils ne se préoccupèrent ni des abbayes de Saint-Pierre et
de Saint-Bavon, ni du portus des marchands. Ils se bâtirent
une forteresse ( castellum) dans une petite île formée par deux
bras de la Lys, au nord-ouest du portus , qui se trouvait ainsi
borné au nord-ouest par le château, au sud par Blandinium
(Saint-Pierre) 1 .
Quant à Saint-Bavon, l’antique Ganda, il fut tant soit peu
négligé. L’abbaye fut, il est vrai, rebâtie. Saint Gérard de
Brogne la réforma de 941 à 953 2 . Mais elle fut loin de recouvrer
son ancienne prédominance. Les donations furent moins nom¬
breuses. Les marquis de Flandre la négligèrent; Saint-Pierre
fut leur résidence favorite, alors qu’on ne les voit presque jamais
à Saint-Bavon 3 . Cette abbaye en conçut un vif dépit. Elle le
manifesta d’abord par des attaques violentes contre l’établisse¬
ment rival, par de faux récits hagiographiques 4 ; parfois aussi
en faisant mine de se croire sur territoire d’Empire et non de
probablement (la fortification de 902 dont parle de Vlaminck, p. 59-61, aprêe
d'antres est une fable), l’ile où était située la forteresse comtale prit le nom de
a vieux bourg » ( Oudburcht), c’est-à-dire de « vieux château », vu qu'en pays
germanique le mot burg a le sens de « château », contrairement à ce qui a
lieu en territoire roman. Il s'écoula plusieurs siècles avant que Y Oudburcht
fût considéré comme faisant partie de la ville ( portus) de Gand ; ce fut seule¬
ment en 1274 que la comtesse Marguerite le céda à l'échevinage gantois
(Warnkœnig et Gheldolf, Histoire de la Flandre, l. III, p. 235). — L’église du
novum castellum, où, en 937, les moines revenus de Laon déposèrent le corps
de saint Bavon, est Sainte-Pharaïlde, à côté du 's Gravensteen . Voy. Hirsch,
op. cit., p. 517, note 3.
1. Voy. les cartes citées plus haut, p. 12, note 1.
2. Sur la restauration des abbayes de Saint-Pierre et de Saint-Bavon (937),
voy. W. Schultze, Gerhard von Brogne und die Klosterreform in Nieder- ■
lothringen und Flandern (dans les Forschungen zur deuischen Geschichte,v
t. XXV, 1885, p. 238), et surtout De Vlaminck (Origines, p. 25, 52 et suiv.) et
Sackur, Die Cluniacenser, t. I, p. 129.
3. Voy. plus loin, p. 24, note 7.
4. La jalousie des deux abbayes rivales et leur lutte pseudo-hagiographique
ont été étudiées d'une manière pénétrante par M. Holder-Egger, Zu den Heili-
gengeschichten des G enter St. Bavosklosters, dans les Historische AufstUse
dem Andenken an Georg Waitz (Hannover, 1886, in-8*), p. 622-665. Le but de
Saint-Bavon est de prouver son identité avec l'ancien Ganda. Si les moyens
sont détestables, la chose n’en était pas moins exacte (voy. plus haut, p. 12,
note 2). M. Holder-Egger reconnaît ( loc. cit., p. 635) que les objections de Saint-
Bavon aux moines de Saint-Pierre, qui prétendaient identifier de toute ancien¬
neté Gand et Blandinium, sont « vollkommen richtig ».
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SUR LE COURS INFÉRIEUR DE L’ESCAUT. 15
France 1 . Et nous saisissons un dernier écho de ses sentiments
chez Jean de Thilrode 2 .
11 est aisé de se rendre compte de la manière dont il a forgé
son roman.
L’emplacement où fut bâti le château des comtes, vers le
début du x e siècle 3 , avait été pris à Saint-Bavon. Quand Jean
nous dit que, de son temps encore (nunc), le comte de Flandre
paye au monastère un cens récognitif de cinq sous, il y a tout
lieu de le croire. Ce fait lui a donné à penser que le château
primitif, celui du x e siècle, était in libéra sancti Bavonis pos-
sessione 4 . D’autre part, le nom à’Ottegrachl y porté par un
1. En 1007, elle fait bon accueil à Henri II, qui vient dévaster les domaines
du marquis Baudouin IV (voy. Thietmar, t. VI, p. 22) « cum ad abbatiam quae
Gent dicitur [= Saint-Bavon] veniret, a fratribus illius loci susceptus, loco
eodem et bonis adpertinentibus cunctis pepercit ». En 1236, c'est la comtesse
de Flandre elle-même qui prétend que Saint-Bavon est sur territoire d’Empire,
« sicut per diverse privilégia que propter hoc inspici fecimus, plene constat »
(Serrure, Cartulaire de Saint-Bavon, p. 197). Elle voulait, en réalité, trouver
dans ses États une abbaye qui pût échapper à l’interdit jeté sur le royaume
de France à la suite de l'affaire de l'église de Beauvais. Cette assertion est
donc tendancieuse et ne peut être accueillie qu’avec méfiance. Il y a un indice
cependant qu’anciennement Saint-Bavon fut compris dans le pagus du Bra¬
bant. Un diplôme de Louis le Pieux, du 13 avril 819, porte « monasteriura
quod dicitur Ganda quod est situai in pago Bracbantinse » (Serrure, Cartu¬
laire de Saint-Bavon , p. 4). C’est peut-être un des privilégia dont parle la
comtesse Jeanne. Et un souvenir de cette antique dépendance se poursuivit
peut-être à travers les siècles : au xiu* siècle, la région & l'ouest de Saint-
Bavon, entre les deux bras de l'Escaut, s’appelait Quartier de Brabant. Elle
était traversée par une route dite Digue de Brabant. Enfin, le pont qui
l'unissait au portus Gandensis était le Pont de Brabant; cette région, Over-
Schelde, ne fut réunie i la ville de Gand qu'en 1254. Néanmoins, il est bien
certain qu'au x* siècle, et même dés 843, Saint-Bavon avait cessé politique¬
ment de faire partie du Brabadl. Voy. De Vlaminck, Origines, p. 47-53;
cf. Léonard WiUems, p. 17-18. — Si l'abbaye a obtenu nombre de diplômes
des Ottoniens, c'est pour des domaines situés en Zélande et en Brabant» donc
dans l'Empire.
2. Sur les sentiments impérialistes de Jean de Thilrode, voy. Wauters,
p. 189, et Hirsch, t. I, p. 515.
3. L’opinion que ce château serait antérieur à 912 et aurait été bâti ver6
867 (De Vlaminck, Origines, p. 61-62) ne repose que sur les assertions d’Ou-
degherst et de Jacob Meyer ; elle est de nulle valeur.
4. Vanderkindere ne s'est pas rappelé ou a mal interprété ces mots quand il
dit (t. I, p. 64) : « Thilrode raconte qu’il y avait à Gand un château impérial
construit dans l'enceinte du monastère de Saint-Bavon. » Thilrode ne dit
rien de pareil. D’abord, il ne pouvait s'imaginer vers 1300 ce qu’était un cas-
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IG LA FRONTIÈRE DE LA FRANCE ET DE L'EMPIRE
canal qui prenait en face de Saint-Bavon (à Paddegat) pour
aboutir derrière YOudburcht (à Krommewal), lui suggéra la
pensée que ce canal ( gracht) tirait son nom de l’empereur
Otton I er . De plus, vers 1300, les liens qui unissaient le Waes à
la France étaient oubliés, ou plutôt contestés; on pouvait croire
en y mettant quelque bonne, — ou plutôt mauvaise, — volonté
que la Flandre impériale commençait au point dit Ottegracht *.
Enfin, il connaissait par des textes diplomatiques l’existence, à
Gand, d’un comte Wichmann, contemporain et vassal d’Ot-
ton I er2 . Toutes ces notions se sont brouillées dans sa tête, et,
presque inconsciemment, il nous a donné comme fondée sur la
réalité une série d’hypothèses à lui personnelles.
En toute cette affaire, la seule chose surprenante, c’est qu’on
ait pris au sérieux ces divagations. Nombre d’érudits se sont
épuisés à chercher h Gand un château impérial; les plus esti¬
mables se sont étonnés de n’en pas trouver trace 3 .
En réalité, il n’y a jamais eu de château impérial à Gand.
L’unique château, il faut le répéter, fut celui que, dans le pre¬
mier tiers du x 6 siècle, le marquis de Flandre établit entre deux
bras de la Lys, au nord-ouest du portus. A la fin du xn® siècle,
ce bâtiment croulait de vétusté. Le comte de Flandre Philippe
d’Alsace, vers 1180, le remplaça par une nouvelle construction
située tout près de l’ancienne 4 . Sur la rive gauche de la Lys et
trum carolingien du ix* siècle (ville ou abbaye fortifiée). Ensuite, le but qu’il
poursuit est tout autre. Il veut montrer que le château des comtes de Flandre
a été construit sur l’alleu (in libéra potestate) de Saint-Bavon. Cette base
étant ruineuse, les déductions de Vanderkindere (t. I, p. 64, 71, etc.) tombent
du coup.
1. Remarquer qu’il n’y a pas d 'Ottinga ou d ’Ottingen A Gand même. Mais,
dans la Heure des Quatre-Métier s de 1242, il est question d’une localité nom¬
mée Otinghe, probablement située sur la mer (Warnkœnig, op. rit., t. n,
p. 28). Notre Jean de Tbilrode, guidé par une analogie de tons, n’aurait-il pas
rejoint par un fossé imaginaire cette localité et YOUegracht de Gand? Warn¬
kœnig (t. U, p. 30) croit fermement au fossé ottonien. Seulement, des ensable¬
ments ont dû le combler!
2. Sur ce personnage, voy. ci-dessous, p. 24-25.
3. On s’étonne de voir Vanderkindere (1” éd., p. 432; 2* éd., t. I, p. 69-71)
rebAtir ce malencontreux château, jeté à bas par Wauters et De Vlaminck, et
vouloir le placer dans l’enceinte de Saint-Bavon, où il « n’a guère laissé de
traces b. II n’en a laissé aucune. Voy. Van £>okeren, Histoire de l'abbaye de
Saint-Bavon, p. 26; cf. Léonard Willems, p. 18-19.
4. Tel est du moins l’opinion de Vuylsteke, Il et Gravenkastel (Annales du
Cercle historique et archéologique de Gand, l. I, 1895, p. 57 et suiv.). Selon
Wauters (loc. cit., p. 179) et De Vlaminck (Origines, p. 64-67), Philippe d’AI-
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SUR LE COURS INFERIEUR DE 1/ESCAUT. t7
de la Liève on trouve, il est vrai, un autre château, t ’ hof ten
Walle , mais c’est le manoir des châtelains 1 .
Nous pouvons, je crois, déclarer que la question du château
« impérial » de Gand est une affaire réglée. Il n’a jamais existé
que dans l’imagination de Jean de Thilrode.
III.
C’est lui également, et lui seul, qui prétend que le Waes était
terre d’ Empire dès le X e siècle. Il en gratifie les comtes du
« château impérial » de Gand et leur attribue, en outre, les
Quatre-Métiers. En l’absence de tout autre témoignage, nous^-r
serions en droit de récuser celui-ci, même si nous ne possédions
pas de textes le contredisant. Mais nous en possédons et
d’explicites.
Le Waes appartint à Charles le Chauve. Un diplôme du
13 avril 870 en fait foi : par cet acte, le roi fait don au monas¬
tère de Saint-Pierre au Mont-Blandin de la villa Temseca,
située « in pago Wasiae super fluvium Scaldae »' 2 . Ce domaine
est Tamise, sur la rive gauche de l’Escaut 3 . Nous le retrouvons
en 951,964,966 dans les diplômes confirmatifs des rois Louis IV
et Lothaire en faveur de la même abbaye 4 .
sace se borna A restaurer le vieux château carolingien. Cette divergence est
sans intérêt pour nous. Prévenons que vêtu» castellum, dans une charte du
15 juillet 1199 (Warnkœnig, t. III, p. 244), ne désigne pas le vieux chAteau
carolingien, mais l'ensemble des maisons qui l'entouraient, l'ile entre la Lys et
le Plottersgracht : c’est I ’Oudburcht, identique au castrum ou castellum comi-
tis , qui sera cédé A la commune de Gand en 1274. Voy. Wauters, p. 179;
De Vlaminck, p. 67; cf. plus haut, p. 13, note 5. On ne saisit pas pourquoi
M. L. Willems (p. 31) veut distinguer du chAteau du comte ('» Gravensteen) la
domu* comitis dont parle Galbert de Bruges et faire de cette domus • une
demeure aménagée avec le confort moderne ».
1. Louis de MAle en fit l’acquisition régulière en 1368 et depuis il s'appela
la c Cour du prince >, het Prinsenhof; dés 1349, le comte avait mis la main
sur lui. Voy. Vander Haeghen, Het Kloster ten Walle (publication des biblio¬
philes flamands, 1886, p. 85), cité par De Vlaminck, Origines, p. 68. — Le
chAtelain ayant vendu au comte la garde du chAteau, un peu avant 1191 (Gil¬
bert de Mons, Chronique, éd. Vanderkindere, p. 276*277), il est A présumer
que c’est alors qu'il s’établit hors de YOudburcht, au manoir 't hof ten Walle,
2. Historiens de France, t. Vin, p. 625, n* 229.
3. Belgique, Flandre orientale, ch.-l. de cant. de l'arr. de Termonde.
4. Van Lokeren, Chartes de Saint-Pierre de Gand, p. 28, n* 21 ; Halphen,
Recueil des actes de Lothaire, p. 47, 60.
1910 2
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18
LA FRONTIÈRE DE LA FRANCE ET DE L’EMPIRE
Au x® siècle, ce pagus continue donc à dépendre du royaume
de France occidentale. Il en fait si bien partie que, le 13 avril
969, le roi Lothaire concède au comte Thierry, son « fidèle »,
la « foret » de Waes en pleine propriété 1 . Ce Thierry (II) était
comte de Westfrise (Hollande). A ce titre, il relevait du royaume
de Lorraine, dont l’empereur Otton I er était alors souverain.
Mais le père de Thierry, le premier du nom, avait reconnu la
suzeraineté du grand-père du roi de France, de Charles le
Simple 2 , et il est certain que son fils avait conservé des attaches
avec le roi de France, puisque celui-ci l’appelle son « fidèle ».
Il peut paraître, néanmoins, surprenant au premier abord que
le roi dispose ainsi d’une région faisant partie du grand terri¬
toire entre l’Escaut et la Candie dont Baudouin le Bon et ses
successeurs s’étaient emparés et qui constituait le « marquisat »
de Flandre. Mais il faut se rappeler qu’Arnoul de Gand, en
962, avait fait du roi son héritier et que celui-ci, à la mort
d’Arnoul en 965, prit au sérieux ce testament 3 .
1. Il importe de reproduire les termes mêmes de cet acte : < ... dilecta con-
c jux nostra Hemma regin a, adiens nostre ceisitudinis presentiain, huiniliter
a deprecata est ut cuidam nostro fîdeli, sc.il icet Theoderico coiniti, forestum
« Wasda in codem comitatu cum pratis et aquis, terrisque aratoriis, exitibus
« et regressibus cumque rebus pertinentibus ad predictuin forestum perintegre
« nostro daremus precepto. Cujus petilionibus dignurn prout est faventes, pre-
« dicto comiti predictuin damus atque largimus forestum, ut habeat, teneat,
a possideat suis cum ad se pertinentiis, tam ipse quam sui heredes seu cui
« ipse suique heredes vendere vel mancipare voluerint sine omni contradic-
< tionc » (Halphen, Recueil , p. 79). On discutera plus loin (p. 28) le sens qu'il
convient de donner au mot forestum. Il n'importe ici, où nous montrons
simplement que le Waes fait partie du royaume de Lothaire.
2. Le 1S juin 922, Charles le Simple fait don au fidèle Thierry de l'abbaye
d'Egmond, non loin d'Alkmaar (Nord-Hollande). Voy. Historiens de France,
t. IX, p. 558, n* 90.
3. Voy. F. Lot, les Derniers Carolingiens , p. 42, 43, 46-48. Lothaire, A la
mort d'Arnoul I* r , mit la main sur le marquisat. U se contenta de s'approprier
les grandes abbayes de Saint-Vaast d'Arras et de Saint-Amand, la ville de Douai
et le pays jusqu'à la Lys. Le petit-fils d'Arnoul, Arnoul H, fut investi du reste.
Il est facile de comprendre que, maître du marquisat pendant plusieurs
années, le roi de France ait pu en détacher le pagus de Waes (ou la forêt de
Waes) pour en gratifier un fidèle, Thierry de Westfrise, un des exécuteurs tes¬
tamentaires d'Arnoul le Vieux (Van Lokeren, Chartes de Saint-Pierre , n* 36).
On peut même supposer que le roi voulait par cette manœuvre détacher
Thierry □ du jeune Arnoul n et brider celui-ci. Hais, dés 972, Thierry avait
reconnu la suzeraineté d'Arnoul n, car on le voit faire la tradition d'on bieu
à Saint-Pierre de Gand (Van Lokeren, op. cil., n* 45)-
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SIR I.E COURS INFÉRIEUR DE L ESCAUT.
19
Toutefois, il est certain que les descendants de Thierry II ne
détenaient plus ce pays à titre allodial ou même bénéficiaire.
Les marquis de Flandre n’avaient pas accepté d’être évincés
par le roi. Arnoul II de Flandre et Thierry II de Westfri.se
moururent la même année, en 988. Un différend s’éleva aussitôt
entre leurs fils et successeurs, Baudouin IV et Arnoul I er (de
Westfrise). Nous savons par une allusion d’un contemporain
que le litige portait sur un territoire, et on a conjecturé avec
toute vraisemblance que ce territoire était près de la frontière,
du côté français, entre la Westfrise et la Flandre, c’est-à-dire
qu’il répondait au Waes 1 . Qu’advint-U du différend? Bau¬
douin IV, qui venait de recevoir l’investiture du roi Hugue
Capet 2 , put-U récupérer le Waes? On ne sait 3 .
Toujours est-d que les guerres qui éclatèrent au début du
Xi* siècle entre les comtes de Westfrise et les marquis de
Flandre se terminèrent par le complet triomphe de ces derniers.
Vers 1018, on Ta vu 4 , Baudouin IV obtint de l’Empereur les îles
de Zélande ; son successeur, Baudouin V, s’empara des Quatre-
Métiers et du comté d’Alost 5 . Il est plus que probable que le
comte de Westfrise perdit alors le Waes, enclavé entre la
Flandre et la Zeelande, qui lui échappait. Lui et ses successeurs,
les comtes de Hollande, ont pu conserver, peut-être jusqu’au
xm e siècle, de vagues prétentions sur le Waes 0 ; U est certain
qu’à partir de cette époque ce pays était retourné aux marquis
de Flandre, qui en disposèrent à leur gré. En 1082, le marquis
Robert I er le Frison en investit le chevalier Baudouin II d’Alost ;
en 1101, Robert II en dépouille sa veuve; mais, en 1120, Bau¬
douin III d’Alost recouvre cette possession, qu’il obtient de
Charles le Bon. Puis c’est Iwain d’Alost qui, en 1127, obtient
de Thierry d’Alsace l’héritage de son frère, Baudouin III, au
détriment de la fille de celui-ci. En 1165, enfin, le fils d’Iwain
t. Lettre» de Gerbert, publiées par Julien Havel, p. 104 et note 2; cf. Van-
derkindere, t. I, p. 86.
2. Voy. la lettre de Gerbert citée A la note précédente; cf. F. Lot, Fidèles
ou vassaux, p. 12.
3. La chose est assez peu probable, car on voit les comtes de Westfrise
Arnoul I*' (988-993) et Thierry IH (993-1018) se maintenir à Gand jusque vers
1018; A plus forte raison ont-ils dû conserver le Waes jusqu’A la même époque.
4. Voy. p. 7.
5. Voy. p. 6.
6. Voy. Vanderkindere, t. I, p. 76; cf. plus loin, p. 22.
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20
LA FRONTIÈRE DE LA FRANCE ET DE L’EMPIRE
# *
t *
étant mort sans enfants, sôn ; fief revient à ses suzerains, les
comtes de Flandre Thierry et Philippe d’Alsace 1 .
Mais il ne s’ensuit nullement que le Waes, au cours des xr
et xii c siècles, ait cessé de faire partie du royaume de France' 2 .
Un diplôme de Henri I w , de 1037 3 , qui confirme en les énumé¬
rant les possessions de l’abbaye de Saint-Pierre au Mont-Blan-
din, prouve que le Waes relevait toujours de la France, car on
y relève le domaine de Tamise en Waes, déjà connu par les
actes de 870, 950, 964, 966 4 .
1. Voy. Léonard Willems, les Frontières de la France et de l’Empire à
Gond et dans le pays de Waes, p. 11-13, el Note sur les droits des comtes de
Hollande dans le pays de Waes au XII • siècle (extraits des Annales de la
Société. (Thistoire et darchéologie de Gand, t. VIII, 1908). Le plus solide
mérite de ces mémoires, à notre avis, est d’avoir établi qu’au xn* siècle le
Waes était un fief tenu du comte de Flandre par la maison d’Alost. Ce que dit
Vanderkinderc à ce sujet (l. I, p. 122-125) n’est qu’erreur et confusion. Sur les
sires de Beveren, qui avaient aussi des droits ou des prétentions sur le Waes,
voy. Willems, les Frontières, p. 13-18.
2. Les érudits se sont épuisés, à grand renfort d’hy|>othè8es, faute de textes,
à chercher la date du passage du Waes de la souveraineté de la France à celle
de l’Empire. Pour ne citer que les plus récents exemples, Vanderkinderc pro¬
pose ¥079, De Vlaminck 1056, Willems 980. Aucun ne s’est avisé que le pro¬
blème qu’ils -voulaient résoudre n’existait pas. — Wauters, qui a vu juste sur
le château impérial, le fossé d’Otton, le comté de Gand, croit cependant
(p. 180) que le Waes ne Ht pas partie de la France.
3. Voy. Soehnée, Catalogue des actes de Henri /•', p. 43, n* 50 ( Bibliothèque
de l'École des hautes éludes, fasc. 161).
4. Voy. plus haut, p. 17, notes 2 et 4. — M. Willems (p. 32) 6e refuse à voir
dans le diplôme de Henri I*' (voy. note précédente) une preuve que le pays de
Waes était encore français à la date de 1037. Il suppose que Baudouin V, à la
prière duquel est obtenu le diplôme de Henri I*', a n’étant vraisemblablement
« pas parvenu à obtenir de Conrad l’investiture de la marche de Valenciennes,
o ni celle d’Eenham, ni du pays de Waes, aura trouvé plus simple de faire
a hommage de ces pays au roi de France; c’est ce qui explique, je crois, que
« Henri I* r , par ce même diplôme, confirme à Saint-Pierre ses possessions à
« Douchy (marche de Valenciennes), sur la rive droite de l’Escaut, alors qu’il
« n’y a pas l'ombre d'un doute que c'était là un territoire d'Empire ». Et il
ajoute : t Vanderkinderc n'est pas parvenu à expliquer ce que le roi de France
a avait & voir à Douchy, et il conclut (p. 61) qu'il y régnait quelque incerti-
« tude. S'il en est ainsi pour Douchy, pourquoi n’en serait-il pas de même
« pour Waes? » — Le report d’hommage de Baudouin V est une hypothèse en
l’air. La remarque concernant Douchy est intéressante, mais l'explication ne
vaut rien. Le nom de Douchy et aussi celui de Noyelles-sur-Selle ont été
empruntés par le scribe qui a rédigé l'acte à deux diplômes de Lothaire de
964 et 966 (voy. p. 17, note 4), dont l’acte de Henri I” de France n’est en
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S(JR LE COURS INFÉRIEUR DE L'ESCAUT.
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La contre-épreuve justifie notre assertion. Un diplôme du
28 mai 1040, de Henri III de Germanie, en faveur de la même
abbaye ne cite aucune localité sur la rive gauche de l’Escaut 1 .
Il faut s’y résigner : aucun texte ne signale le Waes comme
revendiqué par l’Empire avant le milieu du xni® siècle. Un
diplôme de Frédéric II, de juillet 1245, cite parmi les fiefs d’Em-
pire tenus parla comtesse de Flandre, Marguerite, la « terre en
deçà de l’Escaut » dans le Brabant, Alost, les Quatre-Métiers et
les îles (Walcheren, etc.) 2 . Il n’est pas question du Waes 3 .
Ce pays apparaît pour la première fois comme fief impérial
dans le jugement de Francfort, du 11 juillet 1252, par lequel le
roi d’Allemagne, Guillaume, déclare que la comtesse de Flandre,
Marguerite, a forfait les fiefs qu’elle tient de l’Empire 4 . Mais il
convient de remarquer que : 1° par lettre au pape du 3 décembre
de la même année, Marguerite proteste que le Waes n’est pas
d’Empire, mais de France 5 ; 2° dès le retour de la croisade de
Louis IX, en 1254, la comtesse de Flandre signale au roi les
atteintes portées par Guillaume au royaume de France : la terre
grande partie que la reproduction et la confirmation. Le scribe n’a pas pris
garde que ces localités (et aussi Eenham), bien que tout prés du territoire du
marquisat de Flandre, sont situées en Hainaut, donc sur terre d’Empire.
Peut-être y a-t-il aussi, et surtout, un calcul des moines de Saint-Pierre de
Gand, car, déjà sous Lothaire, on les voit demander la confirmation de locali¬
tés en Hainaut (et Brabant); en gens prudents, ne sachant si la Lotharingie
appartiendrait toujours à la maison de Saxe, ils ont demandé au souverain de
l’ouest de leur confirmer la possession de plusieurs de leurs domaines de
Basse-Lorraine, sans qu’on puisse, du reste, affirmer que le roi ni sa chancel¬
lerie aient été au courant de ce calcul. Bien entendu, ces domaines, sur la
rive droite de l’Escaut, sont énumérés dans les diplômes des empereurs
Otton II, Conrad, Henri III (voy. note suivante). Mais il est significatif que,
dans aucun, on ne voit figurer Tamise en Waes sur la rive gauche de
l’Escaut.
1. Van Lokeren, Charles de Saint-Pierre de Gand , t. I, p. 86, n* 122;
ci. les diplômes d’Olton II (20 mai 988) et de Conrad II (4 juillet 1036), Ibid.,
n** 65 et 117, p. 57 et 86.
2. Acte publié par Ch. Duvivier, les Influences françaises et germaniques
en Belgique au XIII* siècle : la Querelle, des d Aresnes et des Dampicrrc
(Bruxelles-Paris, 1894, 2 vol. in-8*), Preuves, n" LXXV, p. 113.
3. Vanderkindere (t. I, p. 221), dont cette omission contrarie le système
(voy. page suivante), veut corriger dans le texte, contre toule évidence, terra
de Alost en terra de Wasia.
4. Ibid., Preuves, n»* CLXIX et CLXX, p. 283 et 287; cf. p. 349 et 350.
5. Ibid., t. I, p. 231 et 232, et Preuves, n** CCXXXV1I, p. 410.
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LÀ FftOimiRE DE LA FRANCE ET DE L'EMPIRE
qu’elle tient du roi de France lui a été « robée » 1 ; 3° enfin, par
deux actes de février 1255, la comtesse déclare tenir en fief de
la France la terre de Waes et le château de Ruppelmonde 2 .
Lequel du roi d’Allemagne ou du roi de France est l’usurpa¬
teur? Warnkœnig et Vanderkindere n’ont pas d’hésitation :
c’est le Français 3 . Il ressort de tout ce qui précède que c’est
une erreur. L’usurpateur, c’est le roi d’Allemagne. Et sa con¬
duite s’explique très naturellement. Il agit moins pour le bien de
l'Empire que pour les intérêts de sa maison. Leroi d’Allemagne,
c’est Guillaume de Hollande. Il descend de ce Thierry II de
Westfrise, à qui, en 969, avait été concédé le Waes 4 . On a dit
que, vers le début du xi® siècle, ses successeurs avaient perdu
cette région, recouvrée par les comtes de Flandre 5 . Les comtes
de Westfrise, puis de Hollande, ne purent se résigner 6 . Faute
de pouvoir tenir directement le pays en sa main, Guillaume
voulut y exercer son autorité comme suzerain et roi d’Alle¬
magne. Et, ce qui prouve bien que l’acte de 1252 est tendan¬
cieux, c’est que Guillaume supprime les îles dans l’énuméra¬
tion des terres composant la Flandre impériale. Pourquoi?
1. Ibid., t. I, p. 258, et Preuves, n* CCXXXI, p. 394 : « Waise ke je tieng
de vos. »
2. Ibid., et Preuves, n M CCXXIX et CCXXX, p. 388 et 389.
3. Warnkœnig, Histoire de la Flandre et de ses institutions, trad. Gheldolf,
t. II, p. 83. Vanderkindere perd tout son sang-froid : « Cette dernière clause,
par l’imprécision de ses termes, fournit à la justice de Louis IX un fallacieux
prétexte pour exiger de la comtesse Marguerite qu’elle reconnût la suzeraineté
française sur le Waes » (t. I, p. 201, 202); a Louis IX mit en avant la singu¬
lière prétention de faire reconnaître sa suzeraineté sur le pays de Waes » (t. I,
p. 211). Le même montre (p. 216-218) que l’autorité impériale sur la région était
pratiquement nulle. De même Duvivier écrit à ce propos, dans son intéressant
ouvrage (t. I, p. 260) : a C’était la politique des rois de France au xiit* siècle
« d’étendre leur domination vers l’Escaut, au détriment de l’Empire, trop faible
« pour s’y opposer. Par deux actes datés du mois de février 1255, Margue-
« rite, contrairement à la vérité, déclare tenir en fief de la France la terre
« de Waes et le château de Rupelmonde, qui dépendaient de l’Empire. » Les
lettres de 1255, ainsi qu’un arrêt du Parlement de 1324, furent encore invo¬
qués par la France en 1505 {Ibid., p. 260, note 4), et en 1648 selon Warn¬
kœnig ( loc . cit ), Galand s’en autorisait pour revendiquer ce pays pour la
France.
4. Voy. plus haut, p. 18.
5. Voy. plus haut, p. 19.
6. Voy. Vanderkindere, p. 202.
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SUR LE COURS INFERIEUR DE L’BSCAUT.
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C’est qu’il avait mis la main sur la Zeelande et entendait bien
se l’approprier 1 .
Il paraît inutile de prolonger cette étude. Les témoignages
invoqués suffisent à montrer que, de 843 à 1255, pour le moins,
le pays de Waes n’a cessé de faire partie du royaume de France 2 .
IV.
Avant d’en finir avec ce sujet, il convient de parler, au moins
brièvement, des liens qui unissaient cette contrée au château de
Gand.
Il semble avéré que, dans la seconde moitié du x* siècle et
jusqu’aux premières années du xi* siècle, les possesseurs du
Waes, qui, — nous l’avons dit, — étaient les comtes de West-
frse, étaient en même temps les maîtres de Gand et du comté de
ce nom. Une série de textes 3 mettrait ce fait hors de contesta¬
tion : Arnoul (988-993) est qualifié Gandensis par l’auteur des
L Philippe d'Alsace, comte de Flandre, reprit de force la Zélande à Flo¬
rent III en 1165. Depuis lors, cette contrée fut disputée avec acharnement.
Cf. Duvivier, t. I, p. 166, note 2, et p. 226-333. Guillaume avait promis le
19 mai 1250 de faire hommage des lies à la Flandre. Il n'en fit rien, et Mar-
gueite et ses fils, ayant voulu s’emparer de Walcheren, essuyèrent une défaite
conydète le 4 juillet 1253 (Ibid., p. 228). Peu après, la Zeelande échappa à la
Flandre. Yoy. plus haut, p. 7, note 5.
2. Notons encore que, dans l’acte du 27 juin 1260, par lequel le roi d’Al-
lemigue, Richard, casse le jugement de Francfort de 1252 et investit Margue¬
rite de la Flandre impériale (Duvivier, t. I, p. 310, et Preuves, p. 545,
n* ÉCCM), le Waes ne figure pas. Néanmoins, Jean d’Avesnes se fait investir
parl’Kmpereur, en 1279, 1280, 1281, de la terre de Waes, ainsi que d'Alost,
des Quatre-Métiers, etc. (Kluit, Hist. cril. com. Hollandiae , t. I, p. 224 et
suiv, t. II, p. 823-837). Mais Jean d’Avesnes est un aventurier qui, pour s'as-
sucr un appui contre Gui de Dampierre, protégé du roi de France, a intérêt
à augmenter l'étendue de la Flandre impériale : en 1246 déjà, il avait renoncé
à fVaise, qu’il rattachait à l’Empire (Duvivier, Preuves, p. 207, n* CXXV).
Ptur l’histoire ultérieure du pays de Waes, voy. Vanderkindere, t. I, p. 221 et
nv.; Brosien, Der Streit um Reichs-Flandem in der zweiten H al fte des
XJlten Jahrhunderts, Berlin, 1884; Hasse, Kônig Wilhelm von Holland,
Stmsbourg, 1885. Je n'ai pu avoir connaissance de ces deux derniers ouvrages.
— Une fois la tradition établie, les empereurs ont continué à revendiquer la
suzeraineté du Waes. Il est visible que cette prétention n’était fondée ni en droit
ni ;n fait.
3 D sont réunis par Vanderkindere, t. I, p. 65-66.
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LA FRONTIÈRE DE LA FRANCE ET DE L'EMPIRE
G esta episcoporum Cameracensium 1 et Sigebert de Gem-
bloux 2 ; Laurent de Liège dit Amulfus cornes Gandeva-
densis 3 et son texte est corrigé par Gilles d’Orval : Amulfus
cornes Gandensis 4 . Dans la Vie de Walbodon par Renier on
lit : « Cœterum ad id tempus debellabat Gandavensis cornes
Theodericus' 0 . » Enfin, les Miracles de saint Bavon composés
vers l’an mil parlent d’un « cornes quidam ejusdem Gandavi
portus » 6 7 8 . Si, en outre, on observe que le père d’Arnoul.
Thierry II, apparaît dans nombre d’actes de Saint-Pierre de
Gand, s’échelonnant de 942 à 988", et qu’il figure le 28 mars
964 au nombre des exécuteurs testamentaires d’Arnoul le Vieux *,
il est difficile de ne pas admettre que lui aussi était comte (fe
Gand. Il avait succédé à Wichmann, gendre d’Arnoul le Vieus,
que Jean de Thilrode nous apprend avoir été comte de Gand. Ily
aurait eu ainsi quatre comtes de Gand, « incontestablement vas¬
saux de l’Allemagne », de 950 environ jusqu’en 1014. A cete
dernière date, le marquis de Flandre s’empare du château fe
Gand et le confie à des châtelains. Les comtes et le comté fe
Gand disparaissent alors 9 .
Cette construction me paraît dépourvue de solidité.
Tout d’abord, éliminons Wichmann. Des recherches récente! 10
t. Mon. Germ., Script., t. VII, p. 471.
2. Ibid., t. VI, p. 355.
3. Ibid., t. vm, p. 268.
4. Ibid., t. XXV, p. 60.
5. Ibid., t. XX, p. 568.
6. Ibid., t. XV, p. 596 : « Cornes quidam ejusdem Gandavi portus reliqias
sancti obtinuit et secum navi asportavit; ob reverentiara itaque cancla
jugiter exarsit in nocle. Casu contigit ut, cunctis dormientibus, in sentirtm
decidit. Pernox in aqua effulsit et cum admiratione omnium tantae venea-
tioni exhibuit obsequia. » On ne sait quel est ce cornes qui, entre 937 et 1Q0,
obtint un instant de disposer des reliques du saint.
7. Van Lokeren, Chartes de Saint-Pierre de Gand, n M 18, 22, 28, 30, 32, 4,
43, 44, 45, 46, 48, 53, 59, 60, 61, 64. — Dans ces actes, Thierry est tanlt
témoin, tantôt bienfaiteur. Depuis 970 (n* 43), on voit & côté de sa souscrit-
tion celle de son fils Arnoul; celui-ci joue même le rôle principal en 911
(n* 53) et 984 (n* 61).
8. Ibid., n* 36, p. 39.
9. Vanderkindere, t. I, p. 65, 66, 76, 97, 325.
10. Holder-Egger, Zu den Heiligengeschic.hte des Genter St. Bavosklostas,
dans les Historische Aufstltze dem Andenken an Georg Waitz, p. 68,
note 1; Vanderkindere, t. I, p. 69, 77,78; G. Depoin, Wichmann H,comleie.
Hamaland, Gand, 1907, in-8“ (extrait du Congrès international de Gart,
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soa LE COURS INFÉRIEUR DE L’ESCAUT.
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ont établi qu’il était comte du Hamaland, région située sur la
rive droite du Bas-Rhin, entre Emmerich et Zwolle. Il n’existe
aucun indice qu’il ait été comte de Gand. Ses seuls rapports
avec cette ville viennent de ce qu’il avait épousé Liégeard ( Let -
gardis), fille du marquis de Flandre. Celle-ci, étant tombée
malade, fut conduite par son mari à l’abbaye de Saint-Pierre de
Gand ; elle y mourut le 29 septembre 962 et fut enterrée dans le
monastère. Le 18 octobre suivant, le veuf fit don, pour l’anni¬
versaire de sa femme, du domaine de Destelberghem (près de
Gand) 1 , domaine qui provenait certainement du douaire de
Liégeard. Par la suite on n’entend plus parler en Flandre de
Wichmann : il retourna en Hamaland, où il mourut vers 978, et
jamais ses descendants n’élevèrent de prétention sur le Gantois
(ou le Waes) 2 . Quant à l’assertion de Thilrode, elle s’explique
aisément : lisant dans les archives gantoises la donation du
« cornes Wichmannus » et sachant que Destelberghem est dans
le canton de Gand, il en a conclu tout naturellement que ce
personnage était comte de Gand 3 . Ici encore, il n’y a donc
aucune foi à ajouter aux assertions de Thilrode 4 . Et les considé¬
rations sur la politique d’Otton I er , suzerain de Wichmann, se
dissipent en fumée 5 .
Les textes invoqués pour prouver qu’une autre maison, celle
1907, t. n, p. 315); V. Pris et L. Willem», Notes critiques sur la biographie
de Wichmann //, comte du Hamaland {Ibid.).
1. Van Lokeren, Chartes de Saint-Pierre de Gand, p. 35. — Cet acte,
daté du régne de Lothaire de France, fut confirmé par ce roi le 22 février 964
(Halphen, Recueil des actes de Lothaire, p. 44). On »e demande comment
Vanderkindere (t. I, p. 69) peut concilier ces actes avec l'assertion que les
titulaires du comté de Gand furent « incontestablement » des vassaux de
l'Allemagne.
2. C’est ce que fait justement remarquer M. Willem», qui, après Wauters
(p. 182) et Depoin (p. 5-7), achève de démontrer que Wichmann n'a jamais été
comte de Gand. On s'étonne de voir le même érudit accepter le» yeux fermés
(p. 23) les assertions de Vanderkindere et déclarer qu' a il est sûr que A. Wau¬
ters s'est trompé lorsqu’il prétend qu'il n'y a jamais eu de comtes de Gand ».
3. Cf. Willems, p. 24.
4. Il est étrange de voir Vanderkindere écrire (p. 66) : « Thilrode nomme
comme premier comte de Gand Wichmann, fidèle d’Otton I", et il n'y a
aucun motif de ne pas ajouter foi à ce renseignement. >
5. Voy. ces considérations dans Vanderkindere, t. I, p. 69. Comme une
erreur en entraîne une autre, sa méprise au sujet du comté de Gand a amené
cet auteur à embrouiller (p. 75-77) la question des rapports du Waes avec la
Flandre et la couronne de France.
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LA FRONTIERE DE LA FRANCE ST DE L’EMPIRE
des comtes de West fri se, a succédé à Wichmann dans le comté
de Gand ne sont nullement décisifs. 1° Touchant Thierry II,
nous avons une hypothèse, mais rien de plus 1 . 2° Arnoul est
dit « de Gand », mais non « comte de Gand », sauf chez Lau¬
rent de Liège, qui écrit un siècle et demi après sa mort, et chez
Gilles d’Orval, qui compile vers l’année 1250; tous deux se bor¬
nant h copier, l’un, le Chronicon de Rupert, qui n’est pas un
contemporain, étant mort en 1135, l’autre, la Vit a Walbo-
donis de Reinier, mort peu après 1182. 3° Tandis que les
Oesta episcoporum Cameracensium et Sigebert de Gembloux
accolent l’épithète Gandavensis au nom d’Arnoul, ils qualifient
simplement son fils, Thierry III, de cornes. Seule la Vita Wal-
bodonis dit celui-ci « comte de Gand ». Mais ce témoignage
a-t-il plus de valeur que celui de YAnnalista Saxo, qui, dans son
énumération des croisés en 1097, cite un « Balduinus cornes de
Ganda », alors que ce personnage, Baudouin d’Alost, est sim¬
plement châtelain de Gand 2 , que celui des Gesta episcoporum
Cameracensium , qui signalent la mort, au milieu du xi® siècle,
d’un Lambert, « comte de Lens », qui était, en réalité, châtelain
de Lens 3 ? Au surplus, l’auteur de la Vita Walbodonis, Reinier,
1. Le même Vanderkindere, qui montre (p. 77. 78) l’inanité de l'opinion de
Kluit (t. I, p. 177) et d’Holder-Egger (p. 658, note 1), qui rattachent A Wich¬
mann la maison de Westfrise par un soi-disant lien de parenté, écrit (p. 75) :
a II n’est donc pas téméraire d'affirmer, comme l'ont fait Kluit et tous ses
successeurs, que Thierry II fut investi du même titre et qu’il succéda À Wich¬
mann peu après 9G2. > — Cette date de 962 a perdu toute valeur depuis que
nous savons que Wichmann, qui quitte Gand à cette époque, n'a jamais été
comte de Gand. La maison de Westfrise s'est installée à Gand soit en 969, en
même temps qu'elle recevait le Waes de Lothaire (voy. p. 18), soit à une
époque antérieure, vers 940, date à laquelle on voit Thierry II souscrire des
actes gantois. Voy. p. 24, note 7.
2. Mon. Germ., Script., t. VI, p. 730. Vanderkindere (t. I, p. 67, note 4)
donne comme explication de cette méprise que le territoire d'Alost, gouverné
par Baudouin de Gand, formait un comitatus. Cette explication vaudrait aussi
pour Thierry III : il est appelé « comte b parce qu’il possède, non le comté de
Gand, mais celui de Westfrise. Mais il n’existe, que je sache, aucun texte du
xi* siècle où Alost soit qualifié de « comté » ; je ne crois pas que cette quali¬
fication soit fréquente avant le xm* siècle.
3. Mon. Germ., Script., t. VU, p. 494. Ce Lambert fut remplacé par un cer¬
tain Vautier qui, en 1065, souscrit simplement < S. Walteri de Lens b deux
actes du roi Philippe I* (M. Prou, Catalogue des actes de Philippe /**, p. 63,
66). Ce Vautier descend du « Walterius Lensensis castri vassallus b qui, au
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SUR LE CODES INFÉRIEUR DE L'ESCAUT.
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qui mourut peu après 1182, s’inspire du Chronicon Sancti
Laurentii de Rupert, et celui-ci se borne à amplifier 1 le texte
de Sigebert de Gembloux, lequel, on vient de le voir, ne dit pas
que Thierry fut comte de Gand. Quant au texte des Miracles
de saint Baron , il peut s’entendre d’un burgrave ou châtelain
et non d’un comte du pagus de Gand.
A ce propos, une question se pose : le pagus de Gand avait-il
encore une existence réelle? Etait-ce autre chose qu’un souvenir
géographique?
Un acte de 992, ou environ, met le village de Heurne « in
comitatu Gandensi » 2 . Un autre, de 1025, mentionne une dona¬
tion de deux bonniers de terre, « in comitatu Gandensi in pago
Wasae preuve, selon Vanderkindere 4 , que, « au xi* siècle,
le pays de Waes était compris dans le comté de Gand ». Et
c’est ce que confirme une lettre écrite entre 1019 et 1024 à la
comtesse de Flandre, Ogive, par l’abbé Othelbold. Celui-ci, énu¬
mérant les biens soustraits à Saint-Bavon, cite entre autres
« Wasmonasterium in pago Gandensi » 5 : il s’agit de Waes-
munster, au milieu du Waes, dont il était peut-être le chef-
lieu 8 . On peut même se demander si dans le diplôme de Lothaire
de 969, cité plus haut 7 , il n’y a pas une lacune. La phrase
siècle précèdent, bafoue les évêques de Cambrai; il eut un fils du même
nom. Voy. F. Lot, les Derniers Carolingiens , p. 85 et 113, note 5. Lambert
n’était certainement qu’un châtelain, puisque Lens, depuis 1028 pour le moins
jusqu’au xm* siècle, appartint aux comtes de Boulogne. Voy. un acte signifi¬
catif dans Miræus-Foppens, t. I, p. 159-161. Sur les châtelains postérieurs,
cf. Dictionnaire historique du Pas-de-Calais. Arrondissement de Béthune ,
t. n, p. 356 et suiv. — L’existence de comtes de Hesdin est aussi des plus
douteuses. Cf. Vanderkindere, t. I, p. 332. On verra plus loin que les soi-
disant comtes de Tournai, de Courtrai, etc., de la fin du x* siècle, sont en
réalité des châtelains.
1. Voy. Mon. Germ ., Script., t. Vin, p. 268; t. XX, p. 568.
2. Vau Lokeren, Chartes de Saint-Pierre de Gand, n* 71, p. 60. — Heurne,
arr. de Gand, cant. de Cruyshautem.
3. Ibid., n* 99.
4. Op. cil., t. I, p. 65; cf. Ch. Piot, les Pagi de la Belgique, dans les
Mémoires couronnés publiés par VAcadémie royale de Belgique, t. XXXIX,
1876, p. 58-62.
5. N eu es Archiv, t. Vin, p. 372.
6. Selon Longnon, Atlas historique de la France, p. 126.
7. Voy. p. 18.
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LA FRONTIÈRE DE LA FRANCE ET DE L'EMPIRE
« forestum Wasda in eodera comitatu » n’a pas de sens. Il ne
peut s’agir d’une forêt royale dans le Waes, comme le veut Van-
derkindere 1 . Au x® siècle, le mot forestum ne s’entend pas
d’une forêt ( sylva ) au sens moderne, mais d’un terrain de chasse
ou de pêche ; la mention de prés, cours d’eaux et terres labou¬
rables dans le diplôme montre bien que le roi concède au comte
Thierry l’ensemble du Waes, considéré comme une région natu¬
relle (comme la Pevele, la Brie, etc.). Il arrive, quoique rare¬
ment, qu’une région naturelle constitue un comté administratif.
Le Waes a pu être dans ce cas ; mais alors on attendrait « in
ejusdem nominis comitatu ». L’expression « in eodem comitatu »
surprend. L’acte ne nous étant connu que par une mauvaise
copie retouchée 2 , ne peut-on corriger « in eodem comitatu » en
« in Gandensi comitatu »?
Quoi qu’il en soit, l’identité du Waes et du Gantois est
démontrée pour le début du xi® siècle. Pour l’époque antérieure,
elle est à peu près certaine 3 .
Depuis le partage de 843, aucune extension d’un comté de
Gand sur la rive droite de l’Escaut n’était possible. Entre ce
fleuve et la Lys s’étendait le pagus de Courtraisis, qui arrivait
même jusqu’à l’abbaye de Saint-Pierre au Mont-Blandin 4 . Force
1. Op. cit., 1.1, p. 85.
2. Voy. Halphen, Recueil des actes de Lothaire , p. 79, note 2.
3. Pour Piot, le Waes est une partie du pagus de Gand. Voy. les Pagi de
la Belgique, dans les Mémoires couronnas de C Académie royale de Belgique,
t. XXXIX, 1876, p. 58-60.
4. Des diplômes d’Otton II et d’Otton III disent en 977 et 988 le monastère
de Saint-Pierre situé c in pago Curtracensi vel Listrigaugensi > {Mon. Germ.,
Diplomata, t. II, p. 163 et 444). M. Longnon {Atlas, p. 125) écrit : < Le pagus
Gandensis, ainsi nommé de Gand, son chef-lieu, fut sans doute plus d’une
fois gouverné par le comte qui résidait A Courtrai, car un acte de 988 place
le monastère de Saint-Bavon {sic) de Gand dans le pays de Courtrai, auquel
d’autres documents attribuent aussi certains villages du doyenné de Gand. »
— Ces documents montrent que le pagus de Courtrai s’est étendu jusqu’à
Gand même et portent à croire qu’il n’y a jamais eu de pagus de Gand. Mais
il ne s’ensuit nullement que, en 977, Courtrai fût le siège d’un soi-disant
comte de Gand. Disons à ce propos que les comtes de Courtrai durent dispa¬
raître de très bonne heure. Dans la Vie de. saint Bertoux de Renty {Mon.
Germ., Script., t. XV, p. 638), du début du zi* siècle, il est bien question
d'un certain Ibodon qui gouvernait le Courtraisis, « qui Curtracensi territorio
praesidebat ». Lui et sa femme Imma jouissaient d’une grande autorité dans
cette région ; à la mort d’Arnoul II (988), des troubles y éclatèrent pendant la
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était donc au « Gantois » de ne comprendre que la région entre
cette localité et la Hond.
Au surplus, que Gand ait été ou non le chef-lieu d’un pagus
carolingien, la question n’a point d’intérêt. Même dans l’affir¬
mative, on peut être certain qu’il a perdu ses « comtes » propres
de très bonne heure. Dans tous les duchés ou marquisats consti¬
tués à la fin du ix® ou au x® siècle, le duc ou le marquis s’attri¬
bue toutes les prérogatives comtales des pagi, dont la réunion
constitue son Etat. Il est arrivé en Flandre, à coup sûr, ce qui
s’est produit en Aquitaine, en Gothie, en « France etc. Les
]>agi de Flandre, de Waes ou Gantois, de Courtraisis, de Mem-
pisc, d’Artois et d’Ostrevant, de Tournaisis, qui composaient la
« marche » ou comté de Flandre' 2 , perdirent leurs comtes à la fin
du ix® ou dans la première moitié du x® siècle et furent adminis¬
trés par des vicomtes, châtelains ou burgraves, sous l’autorité
du seul « comte » de la région, le marquis 3 .
minorité de Baudouin IV et la régence de sa mère Suzanne, et ce fut seule¬
ment à la mort d’Ibodon que le jeune marquis put ramener sous son autorité
le comitalus de Courtrai. Rien n'indique qu'Ibodon ait été comte; il ne prend
aucune qualification dans la charte du 6 octobre 975, par laquelle, avec sa
femme Imma, il donne à Saint-Pierre de Gand des terres en Flandre, en
Artois, en Escrebieu; cet acte, dont on possède encore l'original, est souscrit
par le marquis Arnoul le Jeune. Voy. Duvivier, Actes et documents anciens
intéressant la Belgique, t. I, 1898, p. 333. Le récit de la Vita S. Bertulfi
montre que le comitalus de Courtrai doit s'entendre, non de l'ensemble du
comté de Courtraisis, mais de l'autorité A Courtrai même : quand il rap¬
porte que les Courtraisiens, rebelles A Baudouin IV, envoient quinze hommes
incendier Harlebecques, qui reconnaissait l'autorité du jeune marquis, il est
évident que ces Curtracenses sont les habitants de la ville de Courtrai et non
de tout le pagus. Ibodon était probablement vicomte ou chAtelain de Courtrai.
1. Voy. F. Lot, Études sur le règne de Hugues Capet et la fin du X • siècle,
p. 192, 196, 202, 206, 210.
2. Les cointés de Boulogne et de Ternois (Saint-Pol), vassaux de la Flandre,
n'ont pas été considérés comme partie intégrante de la a marche ».
3. Pour le Courtraisis, voy. plus haut, note 4. Le Mempisc (chef-lieu Cassel)
et ses annexes, les petits pays de Carembaut et de Melentois, furent certaine¬
ment unis politiquement de très bonne heure au pagus Flandrensis (chef-lieu
Bruges) proprement dit; on ne connaît même aucun comte carolingien ayant
administré cette région. A la disparition d’Alleaume, en 931, les marquis de
Flandre deviennent comtes d'Arras. La partie orientale de l’Artois, l'Oslrevant
(chef-lieu Douai), perd ses comtes A la mort de Raoul II de Gouy en 943. Pour
le Tournaisis, on verrait pour la dernière fois un comte en 994 : on trouve la
souscription d’un cornes Gerulfus au bas d'une charte de l’évèque Rabeuf,
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30
LA PROTHESE DE LA FRANCE ET DE L EMPIRE
Les Arnoul et les Thierry de Westfrise ont pu posséder le
pagus de Waes ou Gantois sous la suzeraineté du marquis de
Flandre ou du roi de France, mais s’ils portaient le titre com¬
tal, c’était comme maître de la Westfrise. A Gand même, s'ils
jouent un rôle, c’est celui de vicomte : ils sont les gardiens du
château comtal; ils sont châtelains ou burgraves 1 . En dehors du
château du comte ou marquis de Flandre, il n’a existé aucune
autre forteresse du x* au xii e siècle. Si la possession du Waes
ou pagus de Gand et les fonctions vicomtales à Gand ont pu
valoir à ces personnages la qualification de Gandensis, ils n’ont
jamais été, à proprement parler, des « comtes de Gand ». Il est
significatif qu’au moment où les comtes de Westfrise perdent le
Waes et Gand, que recouvrent les marquis de Flandre, appa¬
raît à Gand une dynastie de châtelains qui se prolongera pen¬
dant plusieurs siècles 2 . Maîtres de Gand, les marquis de Flandre
délivrée A Tournai (Van Lokeren, n* 76, p. 64). Vanderkindere (t. I, p. 48, 102)
reconnaît en ce personnage, avec pleine raison, un ascendant du châtelain
Géroux qu’Hermant de Tournai signale, vers la fin du xr siècle, comme légi¬
time héritier du castellvm: mais comment ne voit-il pas que ce prétendu
« comte », ici encore, est un burgraf ou vicomte, et que le cornes Genilfus
de 994 est identique à l'avoué de ce nom qui, le 9 janvier 984, souscrit
[S. Gerulfi advocali) une charte de Saint-Pierre de Gand (Van Lokeren, Ibid.,
n* 60). — Sur les soi-disant comtes de Lens [pagus de Pevele ou Escrebieu) et
de Hesdin (au sud du Boulonnais), voj. plus haut, p. 26, note 3. Au nord du
Boulonnais se forma la seigneurie ou comté de Guines. Ce que dit de ses ori¬
gines Lambert d'Ardres, qui écrivait après 1203, est fabuleux ou tendancieux.
Les sires de Guines descendent sans doute de quelque personnage obscur qui
usurpa cette localité sur l'abbaye de Saint-Bertin, qui la possédait au ix* siècle
(Folcuin, Cartulaire de Saint-Berlin, p. 70; Historiens de France, t. Vin,
p. 664). Le premier acte par lequel le sire de Guines revendique le titre de
comte est, semble-t-il, sa souscription apposée à Corbie en 1065 à un diplôme
de Philippe I* r (Prou, op. cit., p. 63).
1. Le burgrave ou châtelain flamand hérite (en partie) des prérogatives du
graflo carolingien. Cf. Giry, Histoire de Saint-Omer, p. 98; cf. Julien Havet,
dans la Bibliothèque de l'École des chartes, 1879, p. 231.
2. La série des châtelains de Gand se poursuit sans interruption depuis
Foucard, qui apparaît en 1032-1038 (Van Lokeren, n** 109, 110). Le récit de
la translation de saint Bavon en 1010 signale, à cette occasion, la présence
de « Landbertus qui curae presidiali praeerat > [Mon. Gertn., Script., t. XV,
p. 597). On peut donc croire que Lambert, que nous savons être père de Fou¬
card, était châtelain dés 1010. Seulement, cette date soulève des difficultés. La
prise du castrum de Gand par le marquis Baudouin IV est rapportée par Jean
de Thilrode sous l'année 1014, sous l’année 1046 par la compilation de Jacob
Meyer, qui déclare que Lambert obtint alors la dignité de châtelain. Écartons,
avec Vanderkindere (t. I, p. 97, note 4 in fine), cette dernière daté, A coup sûr
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SUR LE COURS mnÉRIECH DE l’escaut. 31
ont confié leur château à des vassaux moins puissants : eux
seuls ont vraiment été comtes de Gand 1 .
erronée; la première n'est pas mieux établie, vu le peu d'autorité de l'auteur.
Est-il prudent, d'ailleurs, de mettre la prise, hypothétique, du castrum par le
marquis en rapport avec la dépossession du comte de Westfrise? Il faut bien
avouer qu'en dehors de l'épithéte Gandensis il n'existe aucune preuve que les
comtes de Westfrise aient été comtes ou châtelains de Gand. Si l'hypothèse
émise plus haut (p. 28) de l'identité du < pagus Wasiae », qu'ils ont possédé,
avec le Gantois était admise, elle suffirait à expliquer leur qualification « de
Gand ». D'autre part, le fait que c'est seulement vers 1010 ou 1030 que les
avoués de Saint-Pierre de Gand sont qualifiés « châtelains » peut tenir A un
simple hasard. Lambert, le premier connu, descend A coup sûr des Guinemer,
que l’on voit paraitre en 915, 942, 937, 918 (Van Lokeren, n M 19, 18, 14; Fol-
coin, Cartulaire de Saint-Berlin, p. 135) comme avoués de Saint-Pierre. Ces
personnages étaient des laïques ( Winedmarus laicus, dit Folcuin) et des servi¬
teurs du marquis de Flandre, car il est impossible de ne pas les rattacher au
IVenemarus, qui, A l’instigation de Baudouin le Chauve, assassina l'archevêque
de Reims, Foulques, en 899 (cf. Depoin, p. 6, 7). Le titre de châtelain appa¬
raît seulement an xi* siècle, tout au plus à la fin du x* (cf. Vanderkindere,
t. I, p. 102, 103, 113); mais les fonctions existaient A coup sûr avant le titre.
A Gand, comme A Tournai (voy. plus haut, p. 29, note 3), comme A Noyon
(Lefranc, Histoire de Noyon, p. 105), les avoués ont dû exercer les fonctions
de châtelains avant que ce titre fût usité. — A côté de la maison de Gui-
neraer, on voit A Gand, A partir du milieu du x* siècle, une autre dynastie
d'avonés. Elle desceod d'un certain Enjoubert, qui apparaît en 918. C'est A elle
que les comtes de Flandre confieront ie pays d'Alost au xi* siècle (Vanderkin¬
dere, p. 113) et aussi celui de Waes (Willems, p. 10-13). Ses membres, dans
la seconde moitié du xi* siècle, sont dits < de Gandavo », alors qu'ils n’ont
plus d’attaches avec la ville de Gand. Ils sont, en effet, remplacés comme
avoués de Saint-Pierre par la première famille. Ce fait coïncide avec la rup¬
ture du marquis de Flandre et des comtes de Westfrise : passé 998 (Van Loke¬
ren, n* 87, p. 69), ces derniers cessent de [ traître A Gand et de souscrire les
chartes de Saint-Pierre. C'est entre cette date et 1018, ou même 1010, que la
rupture s’est accomplie. Les marquis ont alors donné en fief les pays d’Alost
et de Waes A la maison d’Enjoubert, la châtellenie de Gand A celle de Guine¬
mer. On peut supposer que la châtellenie venait d'être enlevée aux comtes de
Westfrise. -•- Bien que les chAtelains, descendants de Guinemer, eussent
vendu vers 1190 la garde du château de Gand au comte (voy. plus haut, p. 17,
note 1), la châtellenie continua son existence. Il est faux qu’elle ait disparu
vers 1310, comme le dit Warnkoenig. Elle poursuivit son existence, très affai¬
blie il est vrai, jusqu’A la Révolution française, sous le titre de a vicomté de
Gand ». Voy. De Vlaminck, toc. cil., p. 119, 120.
1. C’est ce qu'avait déjà affirmé Wauters (toc. cil., p. 182), mais sans moti¬
ver son opinion. Les travaux subséquents de Vanderkindere et de Willems
marquent, A mon avis, un recul sur ceux de Wauters et de De Vlaminck. —
Inutile de discuter l’assertion de Vanderkindere (t. I, p. 99) que « l’usurpation
(sic) commise par Baudouin IV finit par être sanctionnée par l'Empereur ».
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32 LA FRONTIÈRE DE LA FRANCE ET DE L’EMPIRE SI'R L ESCAUT.
Conclusions :
1° Il n’y a jamais eu de château impérial à Gand.
2° Le fossé d’Otton est une mystification.
3° Le pays de Waes n’a cessé de relever de la France de 843
à 1255 pour le moins.
4° Il est très probable que le pagus de Waes et le Gantois
ont été toujours réunis entre les mêmes mains et qu’il n’y a
jamais eu de comtes particuliers de Gand ; en tous cas, ceux-ci
ont disparu à la fin du ix e siècle. Les comtes de Westfrise (Hol¬
lande), vassaux du marquis de Flandre et du roi de France
pour le Waes, n’ont pu jouer à Gand même que le rôle de
vicomtes ou châtelains.
Ferdinand Lot.
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NOTE SUR UN MANUSCRIT
DE LA
BIBLIOTHÈQUE DE CHARLES V
• - - »o»-
Le manuscrit français 1348 de la Bibliothèque nationale est la
traduction en langue française du traité de Ptolémée, connu sous
le nom de Quadriparti *, et des gloses d’un médecin arabe, Ali
ibn Ridouan, qui en sont le commentaire perpétuel' 2 . Ce manus¬
crit, qui provient de la bibliothèque d’Émeric Bigot 3 , figurait
plus anciennement dans celle du roi Charles V 4 . Les inventaires
de la « librairie » royale le décrivent, en effet, avec toute la
clarté désirable. Voici, groupés en une seule notice, les rensei¬
gnements qui le concernent et qu’on trouve dans ces inventaires :
« Quadriperti Ptolomei , couvert de soie tennée, à deux fer¬
moirs d’argent doré, escript en lettre de forme, en françois, à
deux coulombes. Commencement 3 : tement entendre. Fin 6 : vese
fortune... 8 livres. »
Cette description convient très bien au manuscrit précité, h
1. Traité d’astrologie judiciaire en quatre livres, appelé aussi pour ce motif
le Tetrabiblos.
2. Incipit : « Ce est le Quadriperti de Ptholomée ovec le comment Haly. »
Le nom du commentateur est donné plus explicitement au folio 1 v* : « Le pre¬
mier traitié de la glose Haly Abenrudian ». Le nom complet du commentateur
est : Abu’ lhasan Ali ibn Ridouan Haghribi (Hadji-Kbalifa, Lexicon biblio-
graphicum et encyclopxdicum. Traduction latine par Gustave Fluegel, Leipzig,
1835, in-4*, t. VI, p. 50). La traduction arabe du Quadriparti de Ptolémée fut
exécutée par Isbak ibn Honeïn (Ibid.).
3. N* 146 de ladite bibliothèque.
4. L. Delisle, Recherches sur la bibliothèque de Charles P, Paris, Champion,
1907, 2 vol. in-8*, t. U, p. 114, n* 691.
5. Commencement du deuxième feuillet.
6. Commencement du dernier feuillet.
1910 3
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34
NOTE SUB DN MANUSCRIT
l’exception des détails relatifs à la reliure, refaite au xvii* siècle 1 :
traduction française du Quadriparti de Ptolémée, écrite en
lettre de forme, c’est-à-dire en gros caractères, sur deux
colonnes. Le commencement du deuxième feuillet est tel que
l’indiquent les inventaires : « [comple-]-ctement entendre, etc. »
Il en est de même pour les premiers mots du folio 223 et der¬
nier : « [mal-]-vaise fortune, etc. 2 . »
L’identification ne paraît donc pas douteuse, quoiqu’elle n’ait
pas été proposée jusqu’à présent 3 . Quant à l’auteur de la traduc¬
tion, il s’est nommé lui-même dans un avant-propos, où sont
données quelques précisions intéressantes sur l’origine de son
travail. Dire que l’auteur s’est nommé lui-même, c’est, il est vrai,
préjuger la solution d’un problème qu’il reste à poser et à
résoudre. Le traducteur s’appelait incontestablement Oresme.
Mais quel était son prénom, indiqué dans le manuscrit par une
seule initiale, dont la lecture est aujourd’hui incertaine? Bigot a
cru que ce prénom commençait par un G, et c’est un G, — d’une
forme assez insolite pour le xrv* siècle, — qu’il a restitué à la
place de l’initiale devenue illisible. Le nom de famille Oresme a
été récrit aussi en partie, mais la surcharge n’a porté que sur les
trois premières lettres, et le mot tout entier se lit sans difficulté.
Une note de la main de Bigot, consignée dans la marge supérieure
du manuscrit 4 , a mis en évidence une attribution, qui depuis n’a
jamais été contestée 5 .
1. Reliare en veau plein, aux armes de Bigot.
2. Les très légères différences de graphie (ctement, tentent; vaise, vexe) pro¬
viennent de ce que les articles de l'inventaire étaient dictés à un scribe par le
bibliothécaire chargé du récolement des volumes. — Au bas du fol. 1 ont été
peints en grisaille deux lions tout à fait analogues à ceux qu'on voit souvent
sur les manuscrits de Charles V. Ils accompagnent un écu, jadis sans doute
fleurdelisé, mais dont le blason est aujourd’hui complètement effacé.
3. Ce manuscrit ne figure pas sur la liste dressée par M. L. Delisle, où l'on
trouve le ms. fr. 1349, qui contient la traduction française de deux traités de
Ptolémée, le Quadriparti, glosé par Ali, et le Centiloge (op . cil., t. I, p. 265,
n* LX1V ; t. II, p. 114, n* 691 bis. — Cf. Cabinet des manuscrits , t. III, p. 147,
n* 691 bis).
4. « Le tout (c’esUA-dire le Quadriparti et les gloses) translaté par G. Oresme. »
5. Ernest de Fréville, Mémoire sur la cosmographie du moyen Age. Le traité
de la sphère par Nicolas Oresme et les découvertes maritimes des Normands,
dans la Revue des Sociétés savantes, t. II, 1859, p. 711 et suiv. — P. 718-
719 : « ... on voit avec étonnement qu’il lui fut (à N. Oresme) beaucoup plus
facile de triompher du régime vicieux des monnaies que de l'astrologie judi-
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35
DE LA BIBLIOTHÈQUE DE CHARLES V.
Au lieu de G. Oresme ne faudrait-il pas lire N. Oresme? Maté¬
riellement, la question peut se poser, car on ne distingue plus
suffisamment la lettre que recouvre le G de Bigot, et, même en
admettant l’exactitude d’une lecture, au moins douteuse, une
erreur de transcription, imputable au copiste du manuscrit, reste
une hypothèse très admissible. Moralement, plusieurs raisons
militent en faveur d’une correction que je crois plausible.
Le nom d’Oresrae n’a pas été porté uniquement, au xiv* siècle,
par Nicole, le grand maître du collège de Navarre, le doyen du
chapitre cathédral de Rouen, l’évêque de Lisieux, mais, en
dehors de lui, qui donc a illustré ce nom, ou même qui l’a fait
connaître? Il avait un frère, Henri Oresme, qui n’a jamais rien
écrit, qui n’a joué aucun rôle*. Une bulle de l’année 1376 nous
révèle un Guillaume Oresme, « bachelier en théologie et cha¬
noine de Bayeux ; c’est un personnage obscur et sur lequel on
n’a pas d’autres renseignements 3 .
Tout le monde sait, au contraire, quelles forent, sous le règne
de Charles V, et même du vivant de Jean 11, la notoriété et l’in-
cuire. Sur ce dernier point, il parait avoir trouvé des adversaires jusque
parmi ses parents, car nous trouvons qu'un certain Guillaume Oresme « trans»
c lata de latin en françois > et offrit à Charles V le fameux Quadriparti de Pto-
lémée commenté par Haly ». — En note : < C'est le livre Quadriparti de Ptholo*
mée avec le comment Haly », tel est le titre de la traduction présentée par
Guillaume Oresme à Charles V, lorsqu’il n’était encore que lieutenant général
dn royaume, c’est-à-dire entre les années 1358 et. 1360. Le ms. de cet ouvrage
a fait partie de la bibliothèque d'Emeric Bigot, où il portait le n* 146, etc. » —
L'abbé J. Féret, la Faculté de théologie et ses docteurs les plus célèbres ,
L III, p. 291, a vu dans cette traduction du Quadriparti un traité posthume
de N. Oresme, mais, comme il renvoie uniquement A l'article d'Ernest de Fréville
et ne pose même pas la question d'attribution, il est visible que la différence,
an moins apparente, des prénoms lui a échappé. — L. Delisle, Inventaire géné -
ral et méthodique des mss. fr. de la Bibl. nationale, t. Il, Paris, Champion,
1878, in-8*, p. 243, n* 1348 (Bigot), a Ce est le livre Quadriperti de Ptholomée,
ovec le comment Haly. Traduction de G. Oresme, etc. »
1. Arch. nat., LL. 106 A , p. 61 (20 sept. 1357) : < Hagister Henricus Oresme,
procurator domini Raymond! de Salgis (decaoi Parisiens»), etc. » Cf. Ibid .,
p. 72 (13 nov., même année), p. 76 (18 déc., même année). — Arch. de la Seine-
Inférieure, G. 2118, fol. 69 v* (13 août 1379) : « ... presentibus (à la réception
dn doyen du chapitre de Rouen) domino episcopo Lexoviensi, inagistro Henrico
Oresme, ejus fratre, etc. » Voy. Denifle et Châtelain, Chartularium Universi-
tatis Parisiensis, t. II, p. 641, n. 3 et 11; t. III, p. 272.
2. Reg. Vat., 288, fol. 183 v*(10 mai 1376) : « Dilecto filio Gulllermo Oresme,
canonico Baiocensi, bacallario in theologia, etc. »
3. Denifle et Châtelain, Ohartul. Univ. Paris., t. Il, p. 641, n. 3.
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36
NOTE SCR CN MANUSCRIT
fluence de Nicole Oresme 1 . Le dauphin recherchait ses conseils;
il s’inspirait de ses doctrines en matière monétaire. On peut sup¬
poser sans témérité que déjà il le prenait pour le confident et
l’exécuteur d’un dessein, que le roi Charles V eut toujours très à
cœur. Que lisons-nous, en effet, dans le préambule de cette tra¬
duction du Quadriparti , dont l’auteur s’appelait certainement
Oresmeï Qu’elle a été entreprise à la demande de Charles, l’hé¬
ritier de la couronne, à qui appartient présentement le gouver¬
nement du royaume, et dont l’ambition est d’imiter ses prédéces¬
seurs, en faisant mettre dans une langue, accessible à tous,
certaines œuvres « pleines de bons exemples et dignes de
mémoire ».
Ne semblerait-il pas que ceci a été écrit dix ou quinze ans plus
tard, en plein règne de Charles le'Sage? Au demeurant, le mieux
sera de citer, comme je le ferai plus loin, l’avant-propos tout
entier. Nul argument plus probant ne saurait être apporté à l’ap¬
pui de la conjecture, précédemment émise, qu’il faut rendre à
Nicole Oresme ce qui, par suite d’une méprise, avait été attribué
à Guillaume Oresme. Quel autre que lui eût été capable, à cette
époque, d’écrire d’une langue aussi ferme, aussi nette et parfois
aussi fière? On remarquera la phrase d’une concision heureuse,
où, pour justifier les traductions en langue française, l’auteur
déclare que « le français est un beau langage et bon ».
Mais il y a mieux. Si ce morceau n’est pas de Nicole Oresme,
il le connaissait du moins à merveille, car, dans la préface de sa
traduction des Éthiques d’Aristote, il s’en est beaucoup ins¬
piré, au point de reproduire certaines phrases presque dans les
mêmes termes. Évidemment, en 1372, il n’avait d’autre devan¬
cier que lui-même, et il puisait dans son propre fonds.
L’héritier du trône, — on aura noté ce synchronisme, — était
également le «c gouverneur du royaume ». Doit-on en conclure
que Nicole Oresme, si c’est bien de lui qu’il s’agit, a commencé
ou terminé sa traduction entre les premiers mois de l’année
1358 et la fin de l’année 1360, alors que le fils aîné de Jean II por¬
tait le titre de régent? A priori, on serait tout disposé à l’admettre,
mais il n’est pas impossible qu’il faille descendre un peu plus
1. Francis Meunier, Essai sur la vie et les ouvrages de Nicole Oresme,
Paris, 1857, in-8*. Émile Bridrey, la Théorie de la monnaie au XIV* siècle.
Nicole Oresme, Paris, 1906, in-8*.
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DE LA BIBLIOTHÈQCE DE CHARLES V. 37
bas, pour déterminer approximativement la date à laquelle écri¬
vait le traducteur. Le mot gouverneur n’a pas, au xiv* siècle,
un sens très rigoureux, et, après 1a délivrance de son père, le duc
de Normandie a été à deux reprises lieutenant général du Roi,
pendant le voyage d’Avignon (1362-1363)', et lorsque le roi
Jean fut retourné en Angleterre*. Or, — et ceci m’inclinerait à
reporter le préambule en question aux dernières années du règne
de Jean II, — le dauphin s’est occupé de former une biblio¬
thèque composée d’ouvrages astrologiques, surtout à partir du
moment où il fut installé à l’hôtel Saint-Pol. C’est en 1361 et
1362, que Pèlerin de Prusse et Robert Godefroy traduisirent par
son ordre un certain nombre de traités spéciaux, ayant tous pour
objet soit l’astronomie proprement dite, soit l’astrologie judi¬
ciaire 1 2 3 . N’est-il pas au moins vraisemblable que Nicole Oresme
ait travaillé dans le même temps que Pèlerin de Prusse et Robert
Godefroy et collaboré à la même entreprise ?
Avant-propos du traducteur.
« Anciennement, le commun language du peuple romain estoit
latin, mais les estudians usoient de grec pour ce que en greeestoient
les sciences escriptes. Puis, afin que il peussent plus communément
et plus legierementles sciences entendre, leurs princes firent par phi¬
losophes les livres de grec translater en latin, et estoit lors illeques
le grec ou resgart du latin, comme est ici maintenant le latin ou res¬
gart du françois 4 . Car françois est un biau langage et bon, et sont
1. Ordonn ., t. III, p. 602. — Froissart, Chron., t. VI, p. 78 : « ... et laissa
monsigneur Charle, son ainsnet fil le dac de Normendie, regenl et gouvre-
neur doa royaume de France. »
2. Coniin. chron. Guillelmi de Nangiaco, t. II, p. 333 : « Regimen autem
regni sui cornmisit domino Karolo, prirnogenito suo, etc. » — Contin. chron.
Richardi Scott , p. 160 : t ... regni regimine Karolo, duci Normanie, filio suo
prirnogenito, relicto... # — Froissart, t. VI, p. 94 : « Si ordonna IA (à Amiens) de
recief son fil le duc de Normendie à estre regens et gouvreneres dou royaume
de France jusques à son retour. >
3. Histoire de Charles V, t. II, p. 279 et n. 1. — Bibl. de l'Arsenal,
ins. 2872, fol. 85 ( Catalogue , t. III, p. 135).
4. Préface de la traduction des Ethiques d’Aristote : « Or est il ainsi que
[tour le temps de lors (au temps de Cicéron) grec estoit eu resgart de latin
quant as Romains, si comme est maintenant latin eu resgart de françois quant
à noos. Et estoient pour le temps les estudians introduiz en grec, et A Homme
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38 NOTE sua UN MANUSCRIT DE LA BIBLIOTHEQUE DB CHARLES V.
pluseurs gens de langue françoise qui sont de grant entendement et
de excellent engin et qui n’entendent pas souffisanment latin 4 , et
pour ce les vaillans roys de France ont fait aucuns livres translater
en françois, et principalment la divine escripture et certaines hys-
toires plaines de bons examples et dignes de mémoire, des quels
roys est issu Charles, hoir/ de France, à présent gouverneur du
royalme, qui nulle vertu ne veut trespasser ne laissier, en la quelle il
ne ensuive ou sourmonte ces bons prédécesseurs, et après ce que il
a eu en son language l’escripture divine, il veut aussi avoir des
livres en françois de la plus noble science de cest siecle, c’est vraie
astrologie sans superstecion et par especial ce que en ont composé
les philosophes excellens et approuvés. Et quant à présent, à son
commandement, par moy [...] Oresme sera translaté, à l'aide de Dieu,
de latin en françois, le Quadriperti de Ptholomée ovecques le com¬
ment de Haly, afin que si très noble science ne périsse, mais soit
manifeste à l'onneur de Dieu et au prouffit publique, par quoy
le prince dessus dit ait en ce monde perpétuel mémoire et soit
rémunéré de Dieu en joie perdurable. Amen. »
%
R. Delà chenal.
et aillieurs, et les sciences communelment bailliées en grec, et en ce pays le
langage commun et maternel c'estoit latin » (Bibl. royale de Bruxelles,
ms. 9505-9506, fol. 2. — Fr. Meunier, Essai sur la vie et les ouvrages de
Nicole Oresme, p. 93-94).
1. Ibid. : « Et pour certain translater telz livres en françois et baillier en
françois les arts et les sciences est un labeur moult proffitable, car c'est un
langage noble et commun A genz de grant engin et de bonne prudence. »
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UN PRÉTENDU VOYAGE
DE PHILIPPE VI DE VALOIS
DANS LE MIDI DE LA FRANCE
en 1349.
Lorsqu’une erreur se propage à l’abri d’un nom qui fait auto¬
rité dans l’érudition, il est très difficile de la déraciner. On a
trop souvent tendance à accepter, sans les contrôler, les affirma¬
tions d’historiens qui, tout en étant des hommes de haute valeur,
n’en sont pas moins exposés à se tromper.
Dom Vaissète, dans sou Histoire générale de Languedoc ',
dit : « Le roi Philippe de Valois fit, quelque temps après, un
voyage à Avignon, à la cour du pape et dans le bas Languedoc,
voyage dont aucun de nos historiens ne fait mention ; mais nous
avons divers monumens qui le prouvent : 1° Ce prince étant 1 2 à
Montaut, près de Villeneuve et du pont d’Avignon, au mois
d’avril de l’an 1349, y ratifia, avec Jacques II, roi de Majorque,
l’achat que Pierre de la Forest 3 , chancelier de Normandie, avoit
fait en son nom, le 18 de ce mois, de la seigneurie de Montpel¬
lier et de Lattes. 2° Il confirma 4 à Aigues Mortes, le 8 de mai de
Van 1349 , en faveur des habitans de Montpellier qui lui avoient
prêté serment de fidélité entre les mains de l’évêque de Noyon,
chancelier de France, et de Guillaume Flotte, seigneur de Revel,
le privilège que Jacques I er , roi de Majorque, leur seigneur, leur
1. Éd. in-fol., t. IV, p. 268, et éd. Privât, t. IX, p. 612.
2. Trésor des chartes, Maguelone , sac 2, n* 39, [J 340]. Voir preuves,
p. 214 et suiv. [note de D. Vaissète], et éd. Privât, t. X, col. 1028-1035.
3. D. Vaissète a appelé par erreur le chancelier de Normandie Pierre Flotte
au lieu de Pierre de la Forest.
4. Reg. 47 de la sénéchaussée de Nîmes, fol. 119. [Note de D. Vaissète.]
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40
UN PRÉTENDU VOTAf.E DE PHILIPPE VI DE ViLOIS
avoit accordé de ne pouvoir être tirés hors de la ville, devant
aucun autre juge que leur juge naturel. 3° Enfin, les anciens
comptes du domaine de la sénéchaussée de Beaucaire nous
apprennent qu’on y imposa un subside à cause de l’arrivée du
roi dans le pais, que ce prince étoit à Montpellier le 11 de mai
de cette année, et le lendemain à Sommières. Nous ignorons les
autres circonstances du voyage de Philippe de Valois dans la
province ; mais il paroît assez, par ce que nous venons de rappor¬
ter, qu’un des principaux motifs qui l’engagèrent à l’entre¬
prendre fut l’union de la ville de Montpellier au domaine de la
couronne qu’il négocia alors et dont nous avons rapporté ailleurs
les circonstances. »
M. Auguste Molinier, dans la nouvelle édition de Y Histoire
générale de Languedoc , ajoute en note 1 , à propos de ce voyage :
« Philippe VI paraît avoir parcouru un peu dans tous les sens le bas
Languedoc en avril, mai et juin 1349. En avril, il résida à Avi¬
gnon et aux environs de cette ville; le 8 mai il est à Aigues-
Mortes, le 11 à Montpellier, le 15 à Nîmes (JJ 80, n° 314), le
16 à Sommières. — Nous ignorons si le duc de Normandie
accompagna son père dans ce voyage ; il dut néanmoins le suivre
pendant une partie, car, en juillet, nous trouvons le prince Jean
à Lyon (JJ 78, n° 52, lettres de rémission pour un écuyer du
Vêlai). — Suivant Ménard, t. II, p. 126, on leva dans la séné¬
chaussée de Beaucaire un subside à l’occasion du voyage de Phi¬
lippe VI ; il n’a fait que répéter ce que Dom Vaissète vient de
dire, et nous avons tout lieu de croire que celui-ci s’est trompé
et a mal compris le texte des comptes de la sénéchaussée cité par
lui. — Philippe VI profita de son voyage pour régler certaines
affaires financières restées en suspens. Dès le 18 avril 1349,
étant encore dans le nord de la France, il avait chargé Thomas
Dorres, sergent à cheval du Châtelet de Paris, et Girart de
Saint-Venant de poursuivre les débiteurs du roi dans les séné¬
chaussées du Languedoc... (JJ 81, n°* 131-132). Le 15 mai
1349, le roi, étant à Nîmes, députa Guillaume Pinchon, archi¬
diacre d’Avranches, maître des requêtes de l’hôtel, et Philippe
de Talaru 2 , chanoine de Lyon, pour faire enquête contre les per¬
sonnes qui auraient transigé avec les usuriers italiens et lom¬
bards, leurs créanciers... » (JJ 80, n° 314).
1. ffist. gén. de Languedoc , éd. Privât, t. IX, p. 613, note 1.
2. M. A. Molinier l'a mal désigné sous le nom de Philippe de Taleri.
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DANS LE MIDI DE LA FRANCE.
41
A la suite de Dom Vaissète, nous voyons tous les historiens et
les érudits affirmer maintenant que Philippe de Valois se rendit
dans le Midi à propos de l’acquisition de Montpellier : l’abbé
Ménard dans son Histoire de la ville de Nîmes 1 ,* Germain dans
son Histoire de la commune de Montpellier 1 2 3 4 5 ; Lecoy de
La Marche dans son ouvrage sur les Relations politiques de la
France avec le royaume de Majorque* ; Dognon dans son
volume sur les Institutions politiques et administratives du
pays de Languedoc du XIIL siècle aux guerres de reli¬
gion 4 ; Molinier dans son Étude sur la réunion de Montpellier
au domaine royal* , etc.
On peut voir, d'après tous ces témoignages, qu’il est bien admis
maintenant, conformément à l'affirmation de Dom Vaissète, que
Philippe de Valois alla dans le Languedoc aux mois d’avril et
mai 1349. Et cependant, il n’en est rien. L’éminent auteur de
Y Histoire de Languedoc et tous les érudits qui après lui ont
répété ce qu’il a avancé, ont fait complètement erreur. Philippe
de Valois n’alla qu’une seule fois dans le Midi, à la fin de
décembre 1335 et dans les mois de janvier, février et mars 1336.
Dans les mois d’avril et mai 1349, il resta autour de Paris et
dans le Gàtinais, comme nous l’établirons à l’aide de son itiné¬
raire dont nous préparons la publication. Mais, avant de faire
connaître avec exactitude les lieux où il résida, nous allons
déjà examiner les pièces sur lesquelles s’appuient Dom Vaissète
et A. Molinier pour affirmer que le roi se rendit en Languedoc
en 1349.
Dom Vaissète dit : « Ce prince étant à Montaut, près de Ville-
neuve et du pont d’Avignon, au mois d’avril de l’an 1349 y ratifia,
avec Jacques II, roi de Majorque, l’achat que Pierre de la Forest,
chancelier de Normandie, avoit fait en son nom le 18 de ce mois
de la seigneurie de Montpellier et de Lattes * ; et en note il ren¬
voie à une pièce du Trésor des chartes, Maguelone , sac 2, n° 39
1. Histoire civile, ecclésiastique et littéraire de la ville de Nismes, in-4%
t. II, p. 125.
2. T. II, p. 168-169.
3. T. II, p. 159.
4. P. 345 Ma, note 1.
5. Extrait de la Revue historique, 1884, p. 52. — L’abbé Aigon, dans une
histoire à’Aigues-Mortes (Nîmes, 1908), p. 18, répète également, après quelques-
uns de ces auteurs, que Philippe de Valois visita Aigues-Mortes le 8 mai 1349.
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42
UN PRÉTENDU POTAGE DE PHILIPPE TI DE TALOIS
[J 340]. Dans cette phrase, l’éminent bénédictin veut évidemment
désigner la pièce conservée aujourd’hui aux Archives nationales
sous la cote J 340 B , n° 39*. C’est l’acte de vente de la ville de
Montpellier scellé des deux sceaux, de Philippe VI, l’acquéreur
(celui-ci manque actuellement), et du roi de Majorque, le ven¬
deur. En lisant cet acte, sans tenir compte des mentions qui
figurent sur le repli, on a de suite l’impression que les deux rois
devaient être ensemble à Montaut. En effet, dans toute cette
pièce qui débute ainsi : Phi lippus Dei gratia Francot'um rex,
et Jacobus eadem gracia rex Majoricarum , aucune allusion
n’est faite à des mandataires ou à des représentants. Bien plus,
la mention de la prestation de serment par les deux rois peut
tout à fait induire en erreur et semble donner raison à Dom Vais-
sète : Que omnia et singula premissa , nos reges ambo pre-
dicti; videlicet : nos rex Fr and e , bona fide, et nos rex
Majoricarum , tactis Euvangeliis , prestito juramento , pro-
mitlimus et promisitnus stipuladone solemni tenei'e firmiter
et inviolabiliter observare , et in nullo contravenire , directo
vel per oblicum , tadte vel expresse , etc. Il semblerait donc
bien, d’après cette mention, que les deux rois étaient à Montaut
au moment où cet acte fut rédigé, c’est-à-dire au mois d’avril 1 .
C’est par un exemple comme celui-ci que l’on peut se rendre
compte de l’utilité, je dirai plus, de la nécessité de publier les
formules de chancellerie qui sont placées au bas des actes et que
malheureusement on néglige trop souvent. D’après l’acte ci-des¬
sus, publié sans ces formules, tout historien pourrait soutenir,
comme l’a fait Dom Vaissète, que Philippe de Valois était à
Montaut au mois d’avril, au moment de la vente de Montpellier.
La teneur des lettres et l’importance de l’acquisition justifieraient
cette assertion. Mais la mention qui se trouve sur le repli, à
gauche de la pièce, près du sceau de Philippe de Valois, nous
donne de suite la preuve que dans la rédaction de ces lettres,
comme dans toutes les autres conventions passées avec Jacques II,
les représentants seuls du roi de France, munis des pouvoirs
nécessaires, agirent en son nom. Voici cette mention, qui aurait
1. La date de cette pièce est ainsi libellée : Datum apud Monlem Altum
prope Villam novam juxta pontem Avinionensem, anno Domini millesimo
Irecentesimo quadragesimo nono, mente aprilis.
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DANS LE MIDI DE LA FRANCE.
43
pu mettre en garde l’illustre bénédictin et son savant annotateur
M. A. Molinier, s’ils ne l’avaient pas négligée : De mandato
Regis , vobis domino de Ravello et cancellario Normannie
litteratorie facto. J. Chaillou. Duplicata. On voit de suite,
par cette note, que le notaire Jean Chaillou a dressé cet acte,
non en présence du roi ou sur l’ordre du roi donné verbalement,
mais sur l’ordre du roi donné par écrit à ses mandataires, le sire
de Revel et le chancelier de Normandie. Or, si pour un acte de
cette importance on ne fait allusion qu’aux représentants du roi
munis de ses pouvoirs et non à la présence du roi lui-même,
c’est que réellement il n’était pas alors à Montaut, mais dans une
autre localité.
Au reste, si nous examinons attentivement les conventions
qui durent précéder la rédaction de ces lettres et dont les procès-
verbaux nous ont été conservés, nous y trouverons la preuve
absolue que le roi de France n’était pas présent à tous ces pour¬
parlers, mais seulement représenté par quelques-uns des per¬
sonnages les plus considérables de son entourage, Firmin
Coquerel, chancelier de France, Guillaume Flote, sire de Revel,
et Pierre de la Forest, chancelier de Normandie.
Dans une des pièces justificatives publiées par Dom Vaissète 1 ,
pièce ainsi datée : In Christi nomine amen. Anno Incama-
tionis ejusdem M CCC XLIX , die sabbati intitulata X VIIII 2
die mensis aprilis, apud Montem Altum propre Villam
novam Avenionensis diocesis, in aula inferioris prioratus
beate Marie de Monte Alto , illustrissimo principe domino
Philippo Dei gratia Francorum rege régnante , il est dit que
Jacques, roi de Majorque, vendit et titulo venditionis transtulit
magnificis et potentibus viris dominis Firmino de Cocurello ,
honorabili cancellario dicti domini Francorum regis , Guil-
lelmo Flote , militi, domino de Revello, et Petro de Foresta ,
cancellario Normannie, procuratoribus, ut asserebant , dicti
domini nostri Francorum regis et procuratorio nomine pro
eodem ... stipulantibus , etc.
1. BiiU gén. de Languedoc , in-fol., t. IV, preuve*, col. 214; noue, éd., t. X,
col. 1028.
2. H faut lire xvra. Dans les deux exemplaires des Archives nationales,
J 340», n M 39*~*, il y a en tontes lettres décima octava, et, en 1349, le 18 avril
est bien nn samedi.
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44 UN PRÉTENDU TOT AGE DE PHILIPPE VI DE VALOIS
Plus loin, au sujet de la somme à payer pour l’acquisition de
la ville de Montpellier, il est encore dit : Que quidem centum
viginti milia scudatorum auri dicte lighe et ponderis , pre-
nominati domini Firminus, Guillelmus et Petrus procura-
tores, ad hec omnia, ut asseruerunt , plenarn potestatem
habentes , omnes très et quilibet eorum , nomine et vice dicti
domini Francorum regis , promiserunt per solempnem et
validam stipulacionem dicto domino Majoricarum régi ,
presenti et pro se et suis heredibus et successoribus stipu-
lanti et recipienti , dare et solvere, seu dari et solvi facere
cum effectu, sibi domino Majoricarum régi , etc. Enfin, dans
tout le cours de cette pièce, les mêmes personnages sont toujours
qualifiés procuratores et agissent nomine et vice... Franco¬
rum regis. Nulle part dans ce document on ne trouve trace de
la'présence du roi de France, tandis qu’il est bien spécifié, dans
le corps de l’acte et dans la formule ajoutée au bas par le
notaire, que le roi de Majorque était présent 1 .
D est donc bien établi maintenant, croyons-nous, par tout ce
que nous venons de dire, que Philippe VI n’était pas à Montaut
au moment où la vente de la ville de Montpellier fut conclue.
Mais il aurait pu être dans les environs, car Dom Vaissète
ajoute : « Il confirma à Aigues Mortes, le 8 de mai de Van
1349 , en faveur des habitans de Montpellier qui lui avaient
prêté serment de fidélité entre les mains de l’évêque de Noyon,
chancelier de France, et de Guillaume Flotte, seigneur de Revel,
le privilège que Jacques I er , roi de Majorque, leur seigneur, leur
a voit accordé de ne pouvoir être tirés hors de la ville devant
aucun autre juge que leur juge naturel. » La pièce à laquelle
1. Voici la formule qui se trouve au bas des actes n M 39* •' 5 du car¬
ton J 340* des Archives nationales : < Et ego, Johannes Chaiilo, Aurelianensis
diocesis, publicus apostolica et iraperiali auctoritate notarius, premissis omni¬
bus et singulis, dum per predictos dominos regein Majoricarum, presenlem,
ex una parte, et cancellarium Francie, Guillelmum Flote, dominum de Ravello
et cancellarium Normannie, vice et nomine domini regis Francie et pro ipso,
ex altéra, modo et forma superius annotatis agerenlur, una cura prescriptis et
nominalis notariis et testibus, presens fui et huic publico instrumenta ex pre-
dictis confecto, me subscripsi, signuraque meura apposui requisitus et rogatus
in testimonium eoruradem, anno, mense, die et loco predictis, indictione
secunda, pontiiicatus sanctissimi patris et domini nostri démentis, divina
Providencia pape sexti, anno septimo. »
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I
I
I
t
DANS LE MIDI DE LA FRANCE. 45
I
l’historien du Languedoc fait allusion a été publiée par Germain
dans son Histoire de la commune de Montpellier *. Malheu¬
reusement, il a omis les formules de chancellerie. De cette
manière, elle semblerait, comme celle que nous avons citée en
premier lieu, donner raison à Dom Vaissète. Mais, de même que
pour la précédente, la formule placée à la fin montre de suite
qu’elle n’émane pas du roi. C’est une lettre donnée en son
nom, mais nullement par lui. Après la date, ainsi que nous l’a
fait savoir très obligeamment M. Berthelé, archiviste de l’Hérault,
cette charte porte la mention : Per vos , Adam ; ce qui signifie
qu’elle fut donnée par le chancelier agissant toujours en vertu
des pouvoirs qui lui furent conférés. On ne peut donc encore,
dans ces conditions, s’appuyer sur ce document pour affirmer
que Philippe de Valois était à Aigues-Mortes le 8 mai 1349.
Dom Vaissète, continuant à tracer l’itinéraire de ce roi en
Languedoc, ajoute : « Enfin, les anciens comptes du domaine
de la sénéchaussée de Beaucaire nous apprennent qu’on y
imposa un subside à cause de l’arrivée du roi dans le pais, que
ce prince étoit à Montpellier le 11 de mai de cette année et le
lendemain à Sommières... » Nous n’avons pu contrôler ce que
Dom Vaissète avance ici. Mais, si nous nous en rapportons à
tout ce qui précède et à ce que nous établirons dans la suite, il y
a tout lieu de croire, ainsi que le dit M. A. Molinier lui-même en
note, que l’éminent bénédictin « s’est trompé et a mal compris
le texte des comptes de la sénéchaussée cité par lui ».
Aux différents lieux désignés par Dom Vaissète dans l’itiné¬
raire qu’il a tracé, M. A. Molinier ajoute en note une ville. Après
avoir constaté que Philippe de Valois était encore le 18 avril
1349 dans le nord de la France (ce qui ne concorde guère avec
ce que l’historien du Languedoc affirme d’autre part, qu’autour
de cette date il était dans les environs d’Avignon), il dit : « Le
15 mai 1349, le roi, étant à Nîmes, députa Guillaume Pinchon,
archidiacre d’Avranches, maître des requêtes de l’hôtel, et Phi¬
lippe de Talaru, chanoine de Lyon, pour faire enquête contre
les personnes qui auraient transigé avec les usuriers italiens et
lombards leurs créanciers... » (JJ 80, n° 314).
Si nous examinons la pièce sur laquelle M. A. Molinier
1. T. Il, pièce justificative n* 13, p. 374.
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46
UN PRÉTENDU VOYAGE DE PHILIPPE TI DE TALOIS
s’appuie pour affirmer que Philippe de Valois était à Nîmes le
15 mai 1349, nous voyons qu’il tombe dans la même erreur que
Dom Vaissète pour avoir, comme lui, négligé la formule de chan¬
cellerie placée au bas de l’acte. Cette lettre est en effet signée
non pas Per Regem , ce qui pourrait impliquer la présence du
roi 1 , mais Per consilium in quo eratis, Adam; ce qui prouve
qu’elle fut faite absolument en dehors de la présence du roi.
Maintenant que nous avons suffisamment démontré que Phi¬
lippe VI n’était dans aucune des localités désignées par
Dom Vaissète et par A. Mobilier, nous allons, à l’aide de lettres
royaux signées Per Regem et à l’aide d’autres documents nous
offrant de bonnes garanties, faire connaître dans quelle région
se trouvait le roi pendant les mois d’avril et de mai 1349.
En l’année 1349, Pâques tomba le 12 avril. Or, souvent le roi
allait célébrer la solennité de cette fête et de quelques autres
dans une des grandes abbayes des environs de Paris, et nous
voyons, par une mention des Journaux du trésor 2 , qu’il était
alors à l’abbaye du Lys 3 , où on lui porta les saintes rebques qui
en temps ordinaire restaient dans la chapelle royale à Paris. Il
dut même séjourner quelque temps dans cette abbaye, car dès
le 23 mars précédent nous l’y trouvons déjà 4 5 . Si, quelques jours
plus tard, il quitta l’abbaye du Lys, il ne s’éloigna pas néanmoins
de cette région, car nous le trouvons à Savigny-le-Temple à les
15 6 , 17 7 , 18 8 et 19 9 du même mois d’avril; le 20 10 11 , le 22 n et le
1. Voir O. Morel, la Grande chancellerie royale et Fexpédition des lettres
royaux ... (1328-Î400), p. 299.
2. Dominus Dyonisius Magni, prior capellanus Regis, pro denariis sibi tra-
diiis pro ducendis sanctis reliquiis ca pelle regalis Parisiensis apud abbatiam
Lilii prope Meledunum, io instanti festo Pasche, ad dominum Regem, per lit—
tarera recognitoriara dicti doraini D. datam vu* hujas menais, 28 1. p. comp.
per dominum P. Rêvant ut supra, super Regem ( les Journaux du Trésor de
Philippe VI de Valois , n* 886).
3. Le Lys, abbaye de religieuses de l’ordre de Citeaux, dont les ruines subsistent
sur la commune de Dammarie-les-Lys, Seine-et-Marne, arr. et cent, de Melun.
4. Ordonnances des rois de France, t. II, p. 300.
5. Savigny-le-Temple, Seine-et-Marne, arr. et cant. de Melun.
6. Ordonnances, t. II, p. 301 ; Arch. nat., X 1 * 12, fol. 370 r\
7. Arch. nat., JJ77, n* 399; X*‘5, fol. 109 r*.
8. Arch. nat., JJ77, a* 369; X‘* 12, fol. 371 r\
9. Arch. nat., JJ 77, n* 395.
10. Arch. nat., JJ 78, n* 43.
11. Arch. nat., JJ 77, n* 368.
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DANS LE MIDI DE LA FRANCE.
47
25‘, il est à Blandy 2 ; le 27 3 , nous le trouvons dans une de ses
résidences, au Vivier-en-Brie 4 ; le 28 5 et le 29 6 à Crèvecœur-en-
Brie 7 ; le l #r raai 8 à Becoiseau 9 ; le6 10 en l’abbaye de Jouy 11 ; le9 12
à Marolles-sur-Seine 13 ; le 10 14 à Villeneuve-la-Guyard 15 ; le 11 1(i
à Galetas 17 ; le 19 18 à Chantecoq 19 et dans une localité voisine,
la Selie-sur-le-Bied 20 , que les éditeurs des Ordonnances appellent
la Celle-Sarobiez 21 ; le 24 22 et le 25 23 , il était dans la célèbre abbaye
de Ferrières en Gâtinais 24 ; enfin, le 31 2i à Montargis, où on lui
conduisit les saintes reliques pour les fêtes de la Pentecôte.
1. Arch. nat., JJ 77, n* 384.
2. Blandy, Seine-et-Marne, arr. de Melun, cant. du ChAtelet en Brie.
3. Arch. nat., JJ 77, n* 400.
4. Le Vivier en Brie, Seine-et-Marne, arr. de Coulommiers, cant. de Bozoy,
comro. de Fontenay-Trésigny.
5. Arch. nat., JJ 77, n” 364 , 367.
6. Arch. nat., JJ 77, n” 370, 371, 401.
7. Crèvecœur en Brie, Seine-et-Marne, arr. de Coulommiers, cant. de Rozoy.
8. Arch. nat., JJ 68, n* 428.
9. Ancien château dont les ruines subsistent dans la commune de Mortcerf,
Seine-et-Marne, arr. de Coulommiers, cant. de Rozoy.
10. Arch. nat., JJ77, n** 417, 420; Ordonnances, t. II, p. 301.
11. Jouy-1'Abbaye, Seine-et-Marne, arr. et cant. de Provins, comm. de
Chenoise.
12. Arch. nat., JJ 77, n* 416.
13. Marolles-sur-Seine, Seine-et-Marne, arr. de Fontainebleau, cant. de
Montereau.
14. Arch. nat., JJ77, n* 404 ; X 1 * 12, fol. 303 r.
15. Villeneuve-la-Guyard, Yonne, arr. de Sens, cant. de Pont-sur-Yonne.
16. Arch. nat., JJ 77, n** 405, 412.
17. Galetas, Loiret, arr. de Montargis, cant. de Courtenay, comm. de Fou-
cherolles.
18. Arch. nat., JJ 77, n* 307.
19. Chantecoq, Loiret, arr. de Montargis, cant. de Courtenay.
20. La Selle-sur-le-Bied, Loiret, arr. de Montargis, cant. de Courtenay.
21. Ordonnances, t. II, p. 302.
22. Arch. nat., X 1 * 12, fol. 300 v*.
23. Arch. nat., JJ 78, n* 245.
24. Ferrières, Loiret, arr. de Montargis, ch.-l. de cant.
25. Dominus Dyonisius Magni, prior capellanus Regis, pro simili, per ejus
recognitoriam datam xxiiii* dicti menais, pro ducendis sanctis reliquiis capelle
regalis predicte, de Parisiua apud Montera Argi, in instanti festo Penthecostes
Domini, ad dominnm Regem, easque de dicto loco Parisiua reducendis, ac
aliis neccessitatibus in hoc facto, 58 1. p. corapt, per dominura Petrum Renardi
ut et ubi supra (Journaux du Trésor de Philippe VI de Valois, n* 1199;
voir aussi Guesnon, Inventaire chronologique des chartes de la ville d’Arras,
p. 95, n* 95).
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48 VOYAGE DE PHILIPPE VI DE VALOIS DANS LE MIDI DE LA FRANCE.
Pendant le mois de juin, il continua à séjourner dans le Gâti-
nais. Nous le trouvons successivement, pendant la première
partie de ce mois, à Montargis, à Lorris, à Paucourt. On peut
ainsi se rendre compte, par l’énumération de tous ces séjours,
que Philippe de Valois était alors loin du Languedoc.
L’erreur considérable dans laquelle sont tombés Dom Vais-
sète, son annotateur A. Molinier et tous les autres érudits après
eux montre une fois de plus combien il est nécessaire, quand
on veut dresser l’itinéraire d’un roi, de bien examiner les for¬
mules qui se trouvent, soit sur le repli des actes, dans les origi¬
naux, soit à la suite de ces actes dans les transcriptions, et par
suite quelle faute commettent les éditeurs de lettres royaux en
omettant ces mentions, qui, pour bien dater l’acte et souvent
pour bien le comprendre, sont de la plus grande importance.
Jules Viard.
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ROULEAU MORTUAIRE DE MARIE
ABBESSE DE LA TRINITÉ DE CAEN
(t 4404).
--- i :-
Sous le n° LXXIX de ses Rouleaux des morts 1 , M. Delisle
écrit : € Le 5 août 1862, j’ai vu chez M. Mancel, ancien libraire
à Caen, un assez long morceau d’un rouleau funéraire du com¬
mencement du xv* siècle. Il a été expédié par l’abbaye de la
Trinité de Caen. Le fragment qui subsiste renferme l’encyclique,
la liste des maisons qui étaient en communion de prières avec
l’abbaye de la Trinité et un certain nombre de titres qui sont en
général datés et conçus suivant la formule habituelle des rou¬
leaux de cette époque. » Et dans le Supplément à la liste de
ces rouleaux, dont il a fait précéder l’édition phototypique du
Rouleau mortuaire du B. Vital , abbé de Savigni 2 : « Ce
rouleau a été mis en circulation après la mort de l’abbesse
Marie, arrivée le 3 avril 1404 (n. st.). Deux peaux de ce rouleau
sont conservées à Caen, dans la collection Mancel, à la fin du
volume XVI du Recueil de chartes. »
Pierre-Bernard Mancel 3 , libraire caennais, parut, de son
vivant, toujours peu enclin à mettre les travailleurs au fait des
manuscrits qu’il avait diligemment rassemblés. Ce n’était point
sans raisons. Mais sa libéralité, prudemment contenue, s’affirma
après la mort. Aujourd’hui, ses collections diverses sont tenues
à la disposition de tous par la ville de Caen, son héritière. La
copie du rouleau de l’abbesse Marie 4 ne nous présentait donc
1. Paris, Société de ( histoire de France, 1866, in-8*, p. 475.
2. Paris, 1909, in-fol., p. 35, n* 29.
3. 1798-1872.
4. Marie de Wargnies, fille du picard Robert de Wargnies, bailli de Caen.
Cf. A. Corille, les États de Normandie , leurs origines et leur développement
au XIV* siècle. Paris, 1894, in-8*, p. 308-311.
1910 4
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«
50 ROULEAU MORTUAIRE DE MARIE
d’autre difficulté que celle, assez forte, il est vrai, qui résulte de
son mauvais état de conservation. Le parchemin, dont nous ne
possédons que deux fragments (de 620 x 225 et 490 x 220) *, a,
en eflet, longtemps souffert de l’humidité, et la préparation à
base de noix de galle, qui, par la suite, lui fut appliquée, ne lui
a pas été favorable. Il convient de voir, sans aucun doute, dans
ce rouleau mortuaire, l’un des titres précieux que la dernière
abbesse de la Trinité de Caen, M me de Pontécoulant, enferma,
en 1790, dans une malle dissimulée sous les combles de son
église. Vingt ans plus tard, lorsque l’historien de Caen, l’abbé
Gervais De La Rue, fit découvrir la cachette, la pluie avait
gâté presque tout 2 . D’où les graves lacunes du fonds de la Tri¬
nité aux archives du Calvados.
L’encyclique de notre rouleau expose, en termes empruntés
à la Bible, les mérites de l’abbesse Marie; ce que nous y trou¬
vons sur les constructions et les biens dont elle enrichit son
monastère est, par malheur, bien imprécis. Après la liste des
sœurs, amis, bienfaiteurs et familiers de l’abbaye recommandés
aux prières, vient une liste des religieuses récemment défuntes,
dans l’ordre des quantièmes de leur mort. Il est aisé de recon¬
naître que cette liste, qui ne compte pas moins de vingt-trois
noms, va de 1400 à 1404. Nous savons 3 , en effet, que Caen, et
particulièrement le Bourg-1’Abbesse, subit en ces années l’at¬
teinte de la peste. Enfin, on peut rapprocher l’énumération qui
suit des monastères affiliés, de celle que présente le rouleau de
la première abbesse de la Trinité, Mathilde, fille de Guillaume le
Conquérant 4 .
Le porteur du rouleau mortuaire quitta l’abbaye le 25 mars
1405 \
L’abbesse Marie était morte le 3 avril précédent, 1404- Nous
1. Collection Mancel, à l'hôtel de ville de Caen. Recueil de chartes et pièces
diverses, t. XVI, n M 94-95.
2. 6. De La Rue, Essais historiques sur ta ville de Caen. Caen, 1820,2 vol.
in-8*, t. Il, p. 28.
3. O. De La Rue, Nouveaux essais historiques sur la ville de Caen. Caen,
1842, 2 vol. in-8*, t. H, p. 256.
4. L. Delisle, Rouleaux des morts , XXXVI, p. 177-279.
5. Plusieurs titres montrent que le rouleau circulait encore en 1408. Mais
les deux peaux qui restent ne nous permettent de relever le passage du rotu-
larius que dans le Maine et l’Anjou (août 1405), puis dans le Beauvaisis (juil¬
let 1408), par deux intercalations.
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ABBESSE DE LA TRINITÉ DE CAEN.
51
possédons de sa pierre tombale, disparue à la Révolution, deux
dessins exécutés dans les premières années du xvm* siècle 1 .
L’inscription qu’on y lit date la mort de l’abbesse du 4 avril
1401 ou du 4 avril 1407. Le copiste aura pris, dans le premier
cas, pour le mot un le chiffre IIII, et, dans le second, les deux
premiers II pour V. La Neustria pia 2 et la Gallia christiana 3
ont adopté la date de 1407. En fait, la liste des abbesses de
Caen, dans ces deux recueils, est pleine d’incertitude et d’er¬
reurs. Et, pour la rectifier, le rouleau mortuaire de l’abbesse
Marie nous enlève quelque peu de la confiance que l’on pour¬
rait avoir dans les reproductions conservées des anciennes dalles
mortuaires 4 5 .
R. N. Sauvage.
Universis* ecclesie Christi fidelibus presentem litteram inspecturis,
Margarita, abbatissa monasterii Sancte Trinitatis de Cadomo, Baio-
censis diocesis, ordinis Sancti Benedicti, et ejusdem Ioci conventus
humiles, salutem et suarum precum suffragia devotarum. Cum fortis
mulier laudari debeat, secundum sentenciam Salomonis, potissime
in illo tempore quo sanctitatis mérita solidius extolluntur, scilicet
post presentis vite curricula, quando nec laudato adulatio nocet, nec
temptare potest elatio coramendatum, hinc est quod bone memorie
mater nostra, Maria, monasterii nostri nuper abbatissa, nuncautem,
quod sine merore loqui non possumus, sublata de medio, a nobis,
1. B. Bouchot, Inventaire des dessins exécutés pour Roger de Gaignières,
Paris, 1891, 2 vol. in-8*, t. Il, p. 57, n* 4160, et Catalogue des abbesses de
la Trinité de Caen, rédigé par G.-A. de La Roque, transcrit et illustré de la
reproduction de leurs blasons et de leurs tombeaux par La Bataille-
Auvray , annoté et complété par l'abbé De La Rue . Collection Mancel,
ms. 80(11), fol. 28. — M. de Blangy a donné de ce curiepx manuscrit du
xvin* siècle nne édition, tirée à très petit nombre, sons le titre : Abbesses et
pierres tombales des abbesses du moustier de Sainte-Trinité de Cain. Caen,
Valin, s. d., in-4\ — Cf. aussi : E. de Beaurepaire, les Pierres tombales de
T église de Vabbaye de la Trinité et le monument des trois sœurs de Mont¬
morency (d'après les dessins de La Bataille-Auvray), dans les Réunions des
Sociétés des beaux-arts des départements , t. XIX.*Paris, 1895, p. 523-533, fig.
2. Rouen, 1663, in-fol., p. 664.
3. Tome XI, col. 434.
4. Le musée des Antiquaires de Normandie, à Caen, possède encore quelques
dalles funéraires des abbesses de la Trinité. Cf. Gervais, Catalogue. Caen,
1864, in-8*, p. 86-87.
5. L’initiale U seule est ornée.
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52
ROULEAU MORTUAIRE DE MARIE
que ejus conversationem cognovimus laude dignam, merito debet
commendari, ul omnes, vitara ejus audientes, ad orandura pro ipsa
devocius valeant inflammari, nam, secundum veritatem catholicam,
pro illis defunclis esse orandum credimus, qui in vita sibi prodesse
ecclesie suffragia meruerunt. Sane a juventutis sue flore, ut mulier
fortis, manum suam mittens ad forcia, amore veri sponsi Christi,
regnum mundi et omnem ejus omatum contempsit, et, accingens
fortitudine lumbos suos, pudiciciam suam Domino consecravit,
insuper et, brachium suum corroborans, sponso suo actione virtu-
tum multimode placere studuit, sicut tradunt omnes qui ejus vitam
ab initio noverunt. Sciebat enim, sicut de Ruth legitur, omnis
populus, qui intra portas ejus habitabat, eam esse mulierem vir-
tutis; ceterum, quia laudabant eam in portis ejus opéra, fama boni*
tatis ejus inter consorores crebrescente, ad earuradem regimen, divina
favente gracia, meruit promoveri ; offlcium sibi commissum non
segniter exercuil, sed eandem humilitatem eandemque mansuetudi*
♦
nem, quibus antea polebat, sectabatur; porro, quia lex clemcncie in
lingua ejus fllias non sarcina preceptorum agravabat, non asperitate
verborum oiïendebal, sed erat in correctione benigna, in exhorta-
cione discretta, in oratione devota, parca sibi et aliis larga, quippe
ut lucerna super candelabrum posita, omnibus, qui in domo erant,
ad exemplum virtutum fulgoribus relucebat, nam, secundum ver-
bum Sapientis, mulieris bone sj)ecies in ornamentum domus ejus.
Postremo, quia cure pastoralis est non tantum subdilis in spirituali-
bus proftcere, verum etiam, prout nécessitas requirit, in lemporali-
bus providere, ipsa, sicut de muliere fort! legitur, dédit predam
domeslicis suis et cibaria ancillis suis, domum nostram ediflciis,
prediis et possessionibus ampliavit, ut omnibus ibidem Deo servien-
tibus possint vite necessaria minislrari habundancius et egenis
largius erogari. Quamvis igitur piam matrem piis operibus con*
summatam de fructu manuum suarum cum Christo perhenniter
sociari credamus, tamen, quia nullus scit quantum ille judex equis-
simus districte judicet et severe puniant (aie), qui eciam de verbis
occiosis exiget rationem, rogamus affectuose caritatem vestram ut,
si quod cremabile lignum, fenum aut stipam secum tulil, oblatione
hostie salularis et orationum eidem impetrare misericorditer sata-
gatis. Sed et sorores nostras et omnes utriusque sexus amicos,
benefactores et familiares nostros, quorum, ut advertere possumus,
nomina subnotantes, vestre caritati attencius commendamus : Guil*
lelmum, regem Anglorum, Maltidem, régi nam, ejus uxorem, nostri
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ABBESSE DE LA TBINITÉ DE CAEN.
53
cenobii fundatores, Petronillam atque Guillelmam, priorissas, Nico-
laam, Luciam, Johannam, Johannam, Theophaniam, Johannam,
Robinam, Philippam, Mariam, moniales sacratas, Johannam, Mar-
tinam, Johannam, Guillelmam, Mariam, Johannam, Henriciam,
Guillelmam, Guillelmam, Mariam, Nicholaam, expresse professas,
Robertum, militem, Kalarinam, ejus uxorem, Johannem, militent,
Robertum, Ingerendum, Ludovicum, Nicolaum, Keginaldum, Johan¬
nem, Johannem, presbyteros, Johannem, Johannem, armigeros,
Simonem, presbyterum, Jamolum, Garinum et Robertum, Henri-
cum atque Guillemetam, ejus uxorem, cum ceteris, ut preees et
orationes vestras devotas in suis necessitatibus valeant percipere
adjutrices, sic et nos pro vobis et vestris, in casu simili, virent pro
vice reddere teneamur. Insuper et Johanni Guerart, noslro rotu-
lario. subvenite, precamur pro Domino, ne penuria victusab incepto
defficiat, sed, vobis sibi benigne sufraganlibus, bene ceptum opus ad
effectum usque perducat diem qua apud vos fueril receptus. Pre-
senti rotulo, si placet, subscribere curetis. Valentis in Christo Jcsu
cum augmentatione virtutis et gratie. Amen.
Obiit iij° nonas aprilis prefata Maria, nuper abbatissa; iiij 0 idus
aprilis Petronilla, priorissa; iij° idus junii Guillelma, priorissa;
iij° idus aprilis Nicolaa; vj° idus marlii Lucia; sexto kalendas junii
Johanna ; xiij 0 kalendas octobris Johanna; xvj° kalendas junii
Theophania; ij° kalendas julii Johanna et Philippa atque Robina;
vj° nonas julii Maria, moniales Deo sacrale; vij° idus dccembris
Johanna; ij° idus martii Martina; iiij 0 idus octobris Johanna;
j° idus julii Guillelma; xij° kalendas augusti Maria; primo idus
aprilis Johanna; viij° idus junii Ilenricia; primo nonas augusti
Guillelma; viij° idus augusti Guillelma; ij° kalendas fehruarii
Maria; iij° idus augusti Nicolaa et moniales expresse professe.
A congregalione sancle Trinitatis Fiscanensis 1 nobis debentur
septem officia, et ipsis a nobis.
A congregatione sancte Trinitatis Montis 3 , totidem.
A congregatione sancti Audoeni 3 , septem.
A congregatione sancti Vandregisilli 4 , septem.
»
«
t. L'abbaye de Fécatnp, diocèse de Rooeo.
2. L'abbaye de la Trioité-da-Moat, A Rooeo.
3. L'abbaye de Saint-Oaen, A Rooeo.
4. L’abbaye de Saiot-Wandrille, diocèse de Rouen.
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54
BOULEAU MORTUAIRE DE MARIE
A congregatione sancti Pétri in Gemetico 4 , septera.
A congregatione sancte Marie Recensis (aie)*, septem.
A congregatione sancte Marie Columbensis 9 , septem.
A congregatione sancti Leodegarii 4 , tringita (sic).
A congregatione sancti Pétri de Pratellis 5 , septem.
A congregatione sancte Marie Divensis 6 , septem.
A congregatione sancti Martini de Troarno 7 , xxx u .
A congregatione sancte Trinitatis Monasterii Villaris 8 , vij lem .
A congregatione sancti Michaellis in monte 9 , septem.
A congregatione sancte Marie Longensis 40 , septem.
A congregatione sancte Marie Caulensi (sic) 44 , septem.
A congregatione sancte Marie de Bello Hoyno (sic)**.
A congregatione sancti Egidii 49 , tria.
A congregatione sancte Marie de Bellomonte 44 , decem.
A congregatione sancti Fulgencii 45 , septem.
A congregatione sancti Juliani 46 , tria.
A congregatione sancti Ebrulphi 47 , tria.
A congregatione sancte Marie de Caritate 48 , vij t ® ,n .
A congregatione sancti Stephani Cadomensis 49 , septem.
A congregatione sancti Benedicti supra Ligerim 90 .
A congregatione beate Marie de Lira 94 , tria officia, et a nobis
li ben ter.
1. L’abbaye de Jumièges, diocèse de Rouen.
2. L’abbaye de Ressons, diocèse de Rouen.
3. L’abbaye de Coulombs, diocèse de Chartres.
4. L'abbaye de Saint-Léger de Préaux, diocèse de Lisieux.
5. L'abbaye de Saint-Pierre de Préaux, diocèse de Lisieux.
6. L'abbaye de Saint-Pierre-sur-Dive, diocèse de Séez.
7. L’abbaye de Troarn, diocèse de Bayeux.
8. Sans doute l'abbaye de Notre-Dame de Montivilliers, diocèse de Rouen.
9. L’abbaye du Mont-Saint-Michel, diocèse d’Aranches.
10. L’abbaye de Longues, diocèse de Bayeux.
11. L’abbaye de Chelles, diocèse de Paris.
12. L'abbaye du Bec, diocèse de Rouen.
13. Le prieuré de Saint-Gilles de Pont-Audeiner, diocèse de Lisieux.
14. Le prieuré de Beaumont-en-Auge, diocèse de Lisieux.
15. Non identifié.
16. L'abbaye de Saint-Julien de Tours (T).
17. L’abbaye de Saint-Évroul, diocèse de Lisieux.
18. Le prieuré de la Charité-sur-Loire, diocèse d’Auxerre.
19. L’abbaye de Saint-Étienne de Caen, diocèse de Bayeux.
20. L'abbaye de Saint-Benoit-sur-Loire, diocèse d’Orléans. — Ajouté d'une
autre main, ainsi que le suivant.
21. L'abbaye de Lire, diocèse d'Évreux. — Les quatre derniers mots barrés.
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ABBESSE DE LA TB1NITE DE CAEIV.
55
Hanc societatem pepigimus cum monialibus sancte Marie Evraldi 4
ut, per singulos annos, pro defunctis illis, tria officia mortuorum
faciamus, in illis diebus qui sunt inter Pascha et Penthecostem, et
ille similiter pro nostris.
Item habemus de societate nostra religiosos sancti Nicholay Ande-
gavensis*.
Item religiosos monasterii Majoris Monasterii*.
Sancti Quintini prope Belvacum 4 .
Titulus monasterii sancte Trinitatis de Cadomo, ordinis sancti
Benedicti, Baiocensis diocesis. Rotulus iste recessit a nobis vice*
sima quinta die mardi, anno Doraini millesimo cccc mo anno
quarto.
Titulus ecdesie sancti Stephani de Cadomo 1 , ordinis sancti
Benedicti, Baiocensis diocesis. Rotulus iste presentatus fuit apud
nos anno Domini millesimo cccc® 0 quarto, xxv° mensis martii.
Oramus pro vestris. O rate pro nostris. Anime eorum et omnium
fidelium deffunctorum per misericordiam Dei requiescant in pace.
Amen.
Noverint universi quod iste rotulus fuit presentatus fratribus
beate Dei genitricis virginis Marie de Monte Carraeli conventus
Cadomensis 6 , Baiocensis dyocesis, feria sexta post Letare Jérusa¬
lem , anno Domini melesimo {sic) cccc° quarto. Anime omnium
fidelium per misericordiam Dei requiescant in pace. Amen.
»••#»•••#• • t ••••••••••
Rotulus iste fuit presentatus in ecdesia collegiata [beatissimi]
Mauritii Andegavensis 7 , die vicesima mensis augusti, anno Domini
millesimo quadringentesimo quinto. Orate pro nostris. Oramus pro
vestris. Anime omnium fidelium deffunctorum per misericordiam
Dei requiescant in pace.
Rotulus iste presentatus fuit in ecclesia collegiata [beati] Johannis
Baptiste Andegavensis 8 , die vicesima mensis augusti, anno Doraini
1. L’abbaye de Fontevrault, diocèse d'Angers.
2. L’abbaye de Saint*Nicolas d’Angers.
3. L’abbaye de Marmontier, diocèse de Tours.
4. L’abbaye de Saint-Quentin de Beauvais.
5. Saint-Étienne de Caen.
6. Les Carmes de Caen.
7. La cathédrale Saint-Maurice d’Angers.
8. L’église Saint-Jean d’Angers.
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56
.ROULBAU MORTUAIRE DE MARIE
miUesimo cccc mo quinto. Orale pro nostris. O ram us pro vestris.
Anime omnium fldelium deffunctorum per misericordiam Dei
requiescant in pace.
Rotulus iste presentatus fuit in ecdesia collegiata beate Marie
in Castro Belvacensi 1 2 3 4 5 , décima octava die mensis julii anno Domini
m° cccc 0 octavo. Orate pro nostris. Oramus pro vestris. Anime
omnium fldelium defunctorum per misericordiam Dei requiescant
in pace. Amen.
Rotulus iste presentatus fuit in ecclesia beate Marie de Sancto Paulo
juxta Belvasencem 8 , décima octava die mensis julii anno Domini
m° cccc 0 octavo. Orate pro nostris. Oramus pro vestris. Anime
omnium fldelium defunctorum per misericordiam Dei requiescant
in pace. Amen.
Rotulus iste fuit presentatus in ecclesia beatorum martirum Sergii
et Bachi prope muros, Andegavis 3 , ordinis sancti Benedicti, die xx ma
mensis augusti, hora complectorii. Orate pro nostris. Oramus pro
vestris. Anime omnium fldelium deffunctorum requiescant in pace.
Anno Domini millesimo cccc 0 quinto.
Rotulus iste fuit presentatus in ecclesia beati Magnobodi, Ande¬
gavis 4 , die vicesima mensis augusti anno Domini millesimo qua-
dringentessimo (sic) quinto. Orate pro nostris. Oramus pro vestris.
Anime omnium fldelium defunctorum per misericordiam Dei
requiescant in pace. Amen.
Rotulus iste presentatus fuit in ecclesia sancti Micaelis Belvacen-
sis 8 , hora misse. Orate pro nostris. Orabimus pro vestris. Et anime
omnium fldelium requiescant in gaudium. Actum anno Domini
millesimo quadrigentesimo (sic) octavo die sancti Arnulphi, marti-
ris, et in mense julii.
Rotulus iste fuit presentatus in ecclesia beatissimi Martini Ande-
gavensis 6 , die vicesima prima mensis augusti, anno Domini mille¬
simo quadringentesimo quinto. Orate pro nostris. Oramus pro ves¬
tris. Anime omnium fldelium deffunctorum per misericordiam Dei
requiescant in pace. Amen.
1. L'église Notre-Dame de Beauvais.
2. L’église Saint-Paul-lez-Beauvais.
3. L'église Saint-Serge-lez-Angers.
4. L’église Saint-Maimbeuf d’Angers.
5. L'église Saint-Michel de Beauvais.
6. L’église Saint-Martin d’Angers.
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ABBESSE DE LA TRINITÉ DE CAEN.
57
Rotulus iste fuit presentatus in ecclesia beatissimi Laudi prope
Andegavum *, die vicesima prima mensis augusti, anno Domini
millesimo quadringentesimo quinto. Orale pro nostris. Oramus pro
vestris. Anime omnium fldelium deffunctorum per misericordiam
Dei sine fine requiescant in pace. Ameri.
Rotulus iste presentatus fuit in elemosinaria beati Johannis Evan¬
géliste Andegavensis 1 2 3 , die xxj* mensis augusti, anno Domini mille¬
simo quadringentesimo quinto. Orate pro nostris. Oramus pro ves¬
tris. Anime omnium fidelium deffunctorum per misericordiam Dei
sine fine requiescant in pace. Amen.
Rotulus iste presentatus fuit in monasterio Omnium Sanctorum,
Andegavis 3 , ordinis sancti Augustini, die xx“* prima mensis
augusti, anno Domini millesimo quadringentesimo quinto. Orate
pro nostris. Oramus pro vestris. Anime omnium fidelium delfunc-
torum per Dei misericordiam requiescant in pace. Amen.
Rotulus iste presentatus fuit in monasterio beate Marie de Cha-
lochys 4 , Cisterciencis ordinis, Andegavensis diocesis, ordinis sancti
Bernardi abbatis, die xxij* secunda (sic) mensis augusti, anno
Domini millesimo cccc® 0 quinto. Orate pro nostris. Oramus pro
vestris. Anime omnium fidelium delTunclorum per Dei misericor¬
diam Dei (sic) sine finem (sic) requiescant in pace. Amen.
Rotulus iste fuit presentatus apud nos in monasterio sancti Pétri
de Solesmo 5 , ordinis sancti Benedicti, Cenomannensis diocesis, die •
xxiij* mensis augusti, anno Domini millesimo cccc mo quinto. Orate
pro nostris. Oramus pro vestris. Anime omnium fldelium defuncto-
rum requiescant in pace. Amen.
1. L'église Saint-Lô d’Angers.
2. L'hôpital de SaintJean-l’ÉTangéliste d’Angers.
3. L’abbaye de Toussaint d'Angers.
4. L'abbaye de Notre-Dame de Chaloché, diocèse d’Angers.
5. Le prieuré de Saint-Pierre-de-Solesmes, de l’abbaye de la Couture, dio¬
cèse du Mans.
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DÉCOUVERTE
DE
DEUX IMPORTANTS MANUSCRITS
DE LA
« LIBRAIRIE » DES DUCS DE BOURGOGNE.
I.
Il y a vingt-deux ans, le 18 avril 1888, je lisais à la Société
des Antiquaires de France un mémoire sur l’enlumineur flamand
Loyset Lyedet. Dans ce mémoire, que j’ai eu le tort de laisser
. inédit, j’étudiais principalement les œuvres exécutées par Lye¬
det pour les ducs de Bourgogne Philippe le Bon et Charles le
Téméraire et pour leur contemporain et rival dans l’amour des
beaux livres, Louis de Bruges, seigneur de la Gruthuyse 1 .
Parmi les documents établissant les rapports de Loyset Lyedet
avec la cour de Bourgogne se rangent des extraits d’un compte
rendu par Guilbert de Ruple, argentier du duc de Bourgogne,
qui ont été publiés successivement par le marquis Léon de
Laborde et par Pinchart et qui sont ainsi conçus :
[Juillet 1468.] A Loyset Lyedet enlumineur (suivent des détails
sur des manuscrits dont nous n’avons pas à nous occuper ici).
Audit Loyset, pour avoir fait encoires xx ystoires de pluseurs
couleurs ou livre intitulé : la Vengance de Nostre Seigneur
Jhesu-Crist , toutes d’une grandeur, audit pris de xviij s. chascune
ystoire : xviij livres.
1. Cf. Bulletin de la Société nationale des Antiquaires de France , année 1888,
p. 179.
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DEUX MANUSCRITS DE LA « LIBRAIRIE » DBS DUCS DB BOURGOGNE. 59
Pour avoir fait xxiiij grandes lettres à champaigne d’or et vin-
gnettes dedens, à xij deniers piece, font xxiiij s.
Pour avoir fait relyer et couvrir ledit livre : xxxj s.
Pour x gros doux de letton ; pour petis doux, pour les attachier
dessus, et pour couroyes de cuir à le fermer : xiiij s.
A Yvonnet le Jeune, clerc, escripvain, pour avoir escryt et grossé
en lettre bastarde ledit livre intitulé : la Vengance de Nostre Sei¬
gneur J hesu-C ris t, pour mondit seigneur, contenant xxxviij kayers
de parchemin, au pris de xvj s. le kayer, font : xxx livres viij s. 1 .
Q résulte, on le voit, de ce document que le calligraphe
Yvonnet le Jeune avait copié, en grosse écriture bâtarde, un
manuscrit intitulé : la Vengeance de Notre-Seigneur Jésus-
Christ et que Loyset Lyedet avait peint vingt « ystoires »,
c’est-à-dire vingt miniatures, dans ce volume qu’il s’était occupé
de faire recouvrir d’une reliure munie de gros et petits clous
de laiton.
Le compte en question se rapporte à l’année 1468, époque où
le duché de Bourgogne avait déjà passé à Charles le Téméraire.
Mais il régularisait, comme il arrive souvent en pareil cas, des
travaux exécutés pour la cour de Bourgogne à une date un peu
plus ancienne. Dans l’inventaire dressé à Bruges vers 1467, et
qui fait partie des inventaires publiés par Barrois 2 , on voit déjà
apparaître le manuscrit de la Vengeance de Notre-Seigneur
Jésus-Christ , avec sa reliure à clous :
Ung livre en parchemin, couvert d’ais noirs, bien clouez, intitulé
au dehors : Cest la Vengence de N[of]re Seigneur Jhes. Christ;
comançant au second feuillet apres la table : Contre Jh. Ch. leur
seigneur , et au dernier : savoit la mort de J. C. (Barrois, p. 433,
n° 792).
1. Pinchart, Miniaturistes, enlumineurs et calligraphes employés par
Philippe le Bon et Charles le Téméraire (dans le Bulletin des Commissions
royales d'art et d’archéologie [de Belgique], t. IV (1865), p. 476), d’après le
registre n* 1923 de la Chambre des Comptes am Archives du royaume
[de Belgique]. — Le marquis (alors comte) Léon de Laborde avait déjà
imprimé les mêmes textes en 1849 (les Ducs de Bourgogne, t. I, p. 502,
n M 1959-1963), d'après un double du même compte conservé à Lille dans les
archives du département du Nord, B. 2068. Cf. chanoine Déliais net, Inventaire
sommaire des archives du Nord, série B, t. IV, p. 227.
2. Bibliothèque protypographique. Paris, 1830, in-4*.
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60
DECOUVERTE DE DEUX IMPORTANTS MANUSCRITS
Le même volume est encore catalogué dans l’inventaire de
Bruxelles, qui date de 1487 :
Ung autre grant volume, couvert de cuir noir, à tout cloans et
cincq boutons de léton sur chacun costé, historié et intitulé : la Ven -
geance de Notre Seigneur Jésus Crist; encomenchant ou second
feuillet : Corne 4 Jésus-Crist leur seigneur , et finissant ou der-
renier : in secula seculorum. Amen (Barrois, p. 240, n° 1680).
En préparant mon mémoire de 1888 sur Loyset Lyedet, je
me préoccupai naturellement de retrouver ce manuscrit de
la Vengeance , très important pour moi en l’occurrence
puisqu’il renfermait vingt miniatures de mon enlumineur,
authentiquées par un texte formel. Mais c’est en vain que je
cherchai le volume dans les différents dépôts qui se partagent
aujourd’hui la majeure partie des livres de l’ancienne « librai¬
rie » des ducs de Bourgogne, b Bruxelles, la Haye, Paris,
Vienne et Oxford. Vainement encore, je fouillai, toujours dans
le même but, la plupart des bibliothèques publiques de France,
d’Angleterre, de Belgique, de Hollande, d’Allemagne, d’Es¬
pagne, d’Italie. Nulle part, je ne rencontrai la Vengeance
illustrée par Lyedet. Déjà, avant moi, Pinchart avait fait, sans
doute sur des bases beaucoup moins larges, une enquête ana¬
logue, et celle-ci ne lui avait non plus fourni aucun résultat 2 .
On pouvait, d’ailleurs, vérifier, circonstance fâcheuse, que le
manuscrit avait dû être distrait de bonne heure des anciennes
collections de la maison de Bourgogne, car, après son enregis¬
trement dans l’inventaire de 1487 dressé à Bruxelles, sa trace
disparaît complètement des documents relatifs aux bibliothèques
restées en Belgique.
Après vingt ans et plus de recherches infructueuses, j’avais à
peu près perdu tout espoir de retrouver ce « manuscrit fan¬
tôme », lorsqu’au printemps de 1908 je reçus le catalogue de
l’exposition de manuscrits enluminés qui devait s’ouvrir à
Londres, au Burlington Fine Arts Club, le 19 mai 3 . Dans ce
1. Le moi corne est évidemment une fausse lecture pour contre.
2. Pinchart, dans le Bulletin des Commissions royales d’art et d’archiologie
(déjà cité plus haut), t. IV, p. 503.
3. Burlington Fine Arts Club. Exhibition of illuminated manuscripts ,
[rédigé par Sydney C. Cockerell.] London, printed for the Burlington Fine Arts
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DE LA « LIBRAIRIE » DES DUCS DE BOURGOGNE.
61
catalogue figurait sous les n°* 161 et 162, exposé par Sa Grâce
le duc de Devonshire, un exemplaire de la Vengeance de Notre-
Seigneur Jésus-Christ , et cet exemplaire était orné de vingt
miniatures., c’est-à-dire le nombre voulu. Mais le catalogue,
dressé avec beaucoup de soin et de compétence par M. Sydney
C. Cockerell, indiquait que l’on ne savait rien du premier pos¬
sesseur de ce manuscrit. En outre, il était constitué de deux
tomes, alors que l’exemplaire jadis possédé par les ducs de Bour¬
gogne ne formait qu’un seul volume.
C’était à Londres qu’il me fallait aller chercher la clef du
mystère. Loyset Lyedet est heureusement un maître dont on a
pu retrouver, grâce aux indications fournies par les textes,
toute une série d’œuvres certaines 1 . Je me bornerai ici à citer
les images des Faits et gestes d’Alexandre, par Vasco de
Lucena appartenant à la Bibliothèque nationale de Paris
(ms. français 22547), volume qui a été, précisément comme
la Vengeance, calligraphié par Yvon net le Jeune et illustré
par Lyedet. D’autre part, les productions indiscutables de
Loyset Lyedet révèlent dans cet artiste un des enlumineurs
flamands dont le style est le plus tranché en même temps que
le plus constamment uniforme. Quand on a étudié, en en scru¬
tant les détails, quelques-unes des suites de miniatures sorties
de son fécond pinceau, on arrive à pouvoir très facilement
reconnaître à première vue la manière du maître, son dessin aux
lignes très sèches, ses têtes reproduisant toujours la même col¬
lection de types peu variés, ses sourires béats, ses bouches
énormes fendues en coup de sabre, ses corps émaciés, ses
jambes démesurément longues. Étaient-ce ces traits si caracté¬
risés qui allaient m’apparaître au Burlington Fine Arts Club
Club, 1908, in-4\ — Il a paru aussi de ce catalogue une grande édition de
luxe, in-folio, illustrée de 162 planches.
1. Voir : Pinchart, Miniaturistes, enlumineurs, etc., dans le Bulletin des
Commissions royales d'art et d'archéologie, t. IV, p. 473-510; abbé Dehaisnes,
Documents inédits concernant Jean te Tavemier et Louis Liédet, dans le
même Bulletin, t. XXI (1882), p. 20-38; L. Delisle, te Cabinet des manuscrits,
t. III, p. 341 ; Henry Martin, Une œuvre de lenlumineur Loyset Lyedet,
dans Musées et monuments de France, 1907, p. 65-67; Paul Durrieu, Alexandre
Bening, dans la Gazette des beaux-arts, 1891, t. II, p. 62; Georges Doutre-
pont, la Littérature française à la cour des ducs de Bourgogne (Paris, 1909,
in-8*), aux pages indiquées à la table au mot Loyset; etc.
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62
DÉCOUVERTE DE DEUX IMPORTANTE MANUSCRITE
dans l’exemplaire de la Vengeance exposée par le duc de
Devonshire ?
A peine eus-je fiait quelques pas dans la salle où s’entassait un
éblouissant trésor de merveilleux volumes à peintures que j’aper¬
çus dans la vitrine M, sur la planche supérieure et à la gauche
de cette planche, deux in-folio grossés de cette belle écriture
bâtarde, bien connue des spécialistes en la matière, qu’em¬
ployaient les Yvonuet le Jeune et autres calligraphes de la
cour de Bourgogne du temps de Philippe le Bon. En m’appro¬
chant de plus près, je vis sur l’un et l’autre des deux volumes,
à l’endroit où ils étaient ouverts, une miniature présentant de la
manière la plus nette l’aspect des créations de Loyset Lyedet.
Et ces deux volumes étaient précisément la Vengeance de
Notre-Seigneur Jésus-Christ 1 .
Tenais-je enfin le manuscrit tant cherché à travers maintes
contrées? Pour en être sûr, il me restait à vérifier si l’exem¬
plaire correspondait au signalement donné par les articles que
j’ai reproduits plus haut des inventaires de la librairie des ducs
de Bourgogne. J’obtins, grâce à la complaisance de M. S. C.
Cockerell et de mon ami M. Henry Yates Thompson, le grand
et libéral amateur anglais, la faveur de feuilleter le livre. Je
reconnus d’abord que les deux tomes actuels, recouverts d’une
reliure du xvm® siècle en maroquin olive, répondaient en réa¬
lité à un unique volume primitif, arbitrairement coupé en deux ;
et ce volume primitif comptait 304 feuillets formant, à raison de
huit feuillets par cahier, trente-huit cahiers, c’est-à-dire exac¬
tement les « xxxviii kayers » payés à Yvon net le Jeune en
1468. D’un autre côté, dans le volume primitif, le second feuil¬
let après la table commençait bien par les mots : contre Jésus
Crist leur seigneur, tandis que le dernier débutait par : savoit
la mort de Jésus Crist et se terminait par : in secula seculo-
rum. Amen.
1. La grande édition illustrée dn Catalogue de l’exposition du Burlington
Club en 1908 donne sur la planche 7 une vue d'ensemble de la vitrine M.
Les deux tomes de la Vengeance se voient sur cette planche, occupant l’angle
gauche supérieur de la vitrine. En examinant la page à la loupe, on peut y
distinguer la grosse écriture bâtarde du calligraphe de la cour de Bourgogne
et les deux miniatures de Loyset Lyedet. Celles-ci représentent Pilate qui
converse avec sa femme, ayant un diable derrière lui, et Néron siégeant au
milieu de son Conseil.
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DE LA « LIBRAIRIE » DES DUCS DE BOURGOGNE.
63
La preuve était faite. J’avais effectivement sous les yeux
cette copie, insaisissable jusqu’alors, de la Vengeance de Notre-
Seigneur Jésus-Christ , exécutée pour un des ducs de Bour¬
gogne et que Lyedet avait illustré de vingt miniatures 1 .
Je ne veux m’occuper ici que de ce qui touche à l’origine du
manuscrit; mais j’indiquerai d’un mot le grand intérêt qu’offre
encore son contenu.
Ce que renferme le livre, c’est un Mystère par personnages ,
écrit en vers et destiné à la représentation scénique. Ce Mystère
de la Vengeance de Notre-Seigneur Jésus-Christ est très
important pour l’histoire du théâtre au xv® siècle. On en a
mentionné deux rédactions : l’une, qui est l’œuvre d’Eus-
tache Mercadé, est conservée en manuscrit à la bibliothèque
d’Arras (n° 625, ancien 697) ; l’autre, très différente, plus éten¬
due et comprenant un plus grand nombre de personnages, a été
imprimée à Paris, chez Antoine Vérard, en 1491 2 et rééditée chez
le même libraire en 1494 3 . D’autres éditions encore en ont été
données par « Le petit Laurens pour Jehan Petit » (fin du
xv e siècle), Jean Trepperel (1510 et 1531), la veuve de Jean
Trepperel et Denis Jehannot (s. d.), Alain Lotrian (1539).
L’attribution de cette seconde rédaction a été très discutée ; on
a successivement mis en avant, sans preuve sérieuse à fournir,
Coquillart, Pierre Blanchet et Jean Michel 4 .
La découverte que l’exposition du Burlington Qub m’a per¬
mis de faire, dans les collections du duc de Devonshire, de
l’exemplaire provenant de la librairie des ducs de Bourgogne
élargit singulièrement la question et impose une nouvelle étude
du texte du Mystère de la Vengeance. Dans cette étude, à
laquelle je me permets de convier quelqu’un de mes confrères,
il faudra évidemment s’attacher avant tout à cet exemplaire,
dont les frais d’exécution furent, nous le savons maintenant,
soldés en 1468, ce qui fournit, pour la discussion critique de
l’attribution possible à tel on tel auteur, un précieux élément de
chronologie.
1. Pour prendre date, j’ai déjà signalé cette identification, le 12 mai 1909, à
la Société des Antiquaires. Cf. Bulletin de la Société nationale des Antiquaires
de France, année 1909, p. 236.
2. Achevé d'imprimer le 28 mai.
S. Achevé d'imprimer le 6 mars 1493 (v. st.).
4. Cf. Petit de JollevUle, Histoire du théâtre en France. Les mystères
(Paris, 1880, 2 vol. in-8‘), t. U, p. 415-418 et 451-460.
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G4 DÉCOUVERTE DE DEUX IMPORTANTS MANUSCRITS
II.
La bonne fortune qui m’est advenue à l’exposition du Bur¬
lington Club en 1908 s’est répétée quelques mois plus tard, lors
d’un voyage que j’ai fait à Rome. J’ai reconnu à la bibliothèque
Vaticane, dans un manuscrit totalement ignoré jusqu’alors et
dont le savant Père Ehrle, préfet de la Bibliothèque apostolique
et correspondant de l’Académie des inscriptions et belles-lettres,
avait bien voulu me signaler l’existence, le n° 1989 du fonds
Palatin, un autre volume sorti de la librairie des ducs de Bour¬
gogne, peut-être plus attachant encore que le Mystère de la
Vengeance de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Il s’agit d’un
exemplaire de la traduction française, par Laurent de Premier-
fait, du Décaméron de Boccace ; et cet exemplaire est un livre
provenant de Jean Sans-Peur, qui fut, à la suite de la mort de
ce duc, catalogué à Dijon en 1420, que l’on retrouve encore à
Bruges vers 1467 dans la librairie de Bourgogne, mais dont la
trace se perdait complètement à partir de l’époque de Charles le
Téméraire.
J’ai raconté, dans une communication faite à l’Académie des
inscriptions et belles-lettres le 7 mai 1909*, comment la pre¬
mière pensée de cette identification m’avait été suggérée par la
présence, sur un feuillet de garde du volume, d’une sorte d’éti¬
quette se référant à une ancienne reliure, hélas! disparue 2 et
donnant le nom du grand relieur flamand Liévin Stuvaert :
Stuvaert Lievin
Me lya ainsin
à Bruges.
J’ai dit également à l’Académie comment j’avais constaté que
le Palatinus 1989 du Vatican correspondait exactement à cette
1. Comte Paul Durrieu, le Plus ancien manuscrit de la traduction fran¬
çaise du « Décaméron », extrait des Comptes-rendus des séances de l'Aca¬
démie des inscriptions et belles-lettres , 1909, p. 342-350.
2. Aujourd'hui, le volume ne porte plus qu'une reliure moderne en veau, de
la plus grande simplicité. — A ce propos, j'indiquerai ici, après l'avoir déjà
signalé à la Société des Antiquaires de France, dans sa séance du 14 avril
1909 (cf. Bulletin de ladite Société,>1909, p. 209), que la bibliothèque Vaticane
s'est récemment enrichie, grâce à l’acquisition des manuscrits Barberini, d'une
belle reliure originale de Liévin Stuvaert, en très bon état de conservation.
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DE LA « LIBRAIRIE » DES DUCS DE BOURGOGNE. G5
description donnée par un inventaire dressé à Dijon le 20 juil¬
let 1420, quelques mois après le trépas de Jean Sans-Peur :
Ung livre de Bocace, autrement nommé I)e Cameron, autre¬
ment surnommé le Prince Galehaut, couvert de satin blanc figuré
de vermeil, à x clouz et deux fermouers de cuivre dorez, commen-
eans ou n* fueillet : Ilz pevent à leur plaisir, et ou derrenier :
long temps soit passé*.
La leçon, contenue dans le Palatinus 1989, de la traduction
du Décaméi'on par Laurent de Premierfait présente une haute
valeur pour l’établissement du texte de l’auteur français. En
effet, c’est le 15 juin 1414 que Laurent de Premierfait, nous le
tenons de lui-même, a terminé son travail de traduction du
Décaméron. D’autre part, le manuscrit du Vatican est déjà
porté sur un inventaire du 20 juillet 1420. Comme il a fallu
évidemment un certain temps pour le calligraphier soigneuse¬
ment, l’illustrer de ses miniatures qui ne s’élèvent pas à moins
de cent et enfin le recouvrir de cette reliure munie de clous et
de fermoirs de cuivre doré que mentionne le susdit inventaire
de 1420, on peut dire que le Décaméron du Vatican est à peu
près contemporain de la création littéraire même de l’œuvre de
Laurent.
Mais il y a plus. Laurent de Premierfait n’a pas traduit en
français, parmi les écrits de Boccace, que le seul Décaméron.
Il a encore fait passer dans notre langue le traité, fort apprécié
au xv® siècle, Des cas des nobles hommes et femmes. De ce
traité, il existe à la bibliothèque de l’Arsenal, n° 5193, un très
beau et très précieux exemplaire, qui a la même provenance que
1. N* 238 (p. 160) de l'excellente édition de l’inventaire de 1420 donnée par
M. Georges Doulrepont pour la Commission royale d'histoire [de Belgique],
Inventaire de la « librairie » de Philippe le Bon (1420). Bruxelles, 1906,
in-8*. Dans l'inventaire dressé à Bruges vers 1467 et qui a été publié par Bar-
rois ( Bibliothèque prolypographiqve, p. 185, n* 1259), le manuscrit retrouvé
par moi au Vatican est ainsi décrit : a Ung livre en parchemin, couvert de
cuir blanc, escript en deux coulombes, historié en pluiseurs lieux, contenant
le» Cent nouvelles de Bocace, quemenchant le second feuillet : Ils pevent à
leur plaisir, et de dernier : long temps soit passé. » — On voit, par le rap¬
prochement des inventaires, qu'entre 1420 et 1467 le volume avait perdu Ba
première couverture « de satin blanc figuré de vermeil » pour recevoir une
reliure de cuir blanc. C'était vraisemblablement cette dernière reliure qui avait
été exécutée par Liévin Stuvaert.
1910 5
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66 DÉCOUVERTE DE DEC! IMPORTANTS MANUSCRITS
le Dècaméron du Vatican, c’est-à-dire qui faisait également
partie des livres catalogués à Dijon en 1420 après la mort de
Jean Sans-Peur 1 . Or, M. Henri Hauvette le premier, dans une
excellente thèse de doctorat consacrée à Laurent de Premier-
fait 2 , et moi-même après lui, mais sans connaître encore son
opinion, nous sommes arrivés à cette même conclusion que le
manuscrit 5193 de l’Arsenal pouvait être considéré comme une
sorte d’original, ayant été exécuté sous la direction personnelle
de Laurent de Premierfait. Nous avons signalé l’un et l’autre,
entre autres caractères remarquables, ce détail que, dans le
manuscrit 5193 de l’Arsenal, par une particularité qui ne se
trouve que dans ce seul exemplaire du même texte, l’introduc¬
tion à l’ouvrage, contenant une dédicace au duc Jean de Berry,
est suivie du prénom français : Laurens, placé au-dessous de la
dernière ligne d’écriture et bien détaché de celle-ci, comme une
signature au bas d’une lettre ou d’un envoi d’auteur. Or, cette
disposition donnant l’impression d’une signature du littérateur
français, elle se retrouve précisément aussi dans le Dècaméron
du fonds Palatin. Là également, au-dessous de Yeœplicil final
qui clôt le livre, et bien mis en vedette, on voit écrit le nom,
cette fois complet : Laure[n\t de Premierfait. Et cet arrange¬
ment, qui fait ressortir la personnalité de l’auteur, c’est en vain
qu’on le chercherait dans toutes les autres copies de cette tra¬
duction des Nouvelles de Boccace.
J’ai déjà développé ces considérations devant l’Académie des
inscriptions 3 . Aujourd’hui, j’oserai m’avancer encore davan¬
tage. En confrontant des photographies que j’ai fait faire à
Rome d’après le Palatinus 1989 avec l’original du manus¬
crit 5193 de l’Arsenal, j’ai constaté qu’il y avait dans l’un
et l’autre volume des parties qui ont dû être transcrites par la
même main. Non seulement on y retrouve la même graphie des
t. C’est l’édition donnée, en 1906, par M. G. Doutrepont de l'inventaire de
1420, qui fournit le plus ancien renseignement actuellement connu sur le
manuscrit 5193 de l'Arsenal. Déjà, auparavant, M. Henry Martin, en 1899, dans
le tome VIII de son Catalogue des manuscrits de l'Arsenal , p. 126, et
M. Henri Hauvette, en 1903, dans sa thèse de doctorat dont je vais parler à
l’instant, p. 55, en note, avaient indiqué que le susdit manuscrit 5193 a fait
partie de la librairie des ducs de Bourgogne. Voir aussi sur cet exemplaire :
comte Paul Durrieu, le Boccace de Munich (Munich, 1909, in-fol.), p. 24.
2. Henri Hauvette, De Laurentio de Primofalo (Laurent de Premierfait).
Paris, 1903, in-8*.
3. Communication faite le 7 mai 1909, citée plus haut.
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Un (lu les te du manuscrit Palatin us Pin du proloyue de dédicacé du manuscrit âl!K{
de la bibli<dliê(jue Yaticane . de la bibliothèf/ue de l'Arsenal.
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67
DE LA « LIBRAIRIE » DES DUCS DE BOURGOGNE.
lettres; mais on y rencontre un même signe caractéristique,
employé comme point final, qui affecte la forme d’une sorte de
z suivi d’un petit losange plein 1 . Et quelles sont ces parties qui,
dans le volume de l’Arsenal et dans le Palatinus 1989 de
Rome, présentent une identité d’écriture? Ce sont, entre autres
passages : dans le manuscrit 5193 de l’Arsenal, le prologue
contenant la dédicace au duc de Berry, au bout duquel est
placé, seul sur une ligne, le mot Laurens; dans le Décaméron
de Rome, la terminaison du texte, s’achevant par Yeccplicit , qui
est souscrite Laurent de Premier fait ; c’est-à-dire que ce sont
les portions les plus directement en relations avec ces inscrip¬
tions de nom ou prénom qui donnent, ainsi que je le signalais plus
haut, par la manière dont elles ressortent en évidence, l’impres¬
sion d’être des signatures de l’auteur. En tenant compte de toutes
ines observations, j’estime qu’il n’est pas téméraire de conclure
que nous pouvons avoir très vraisemblablement, dans les sus¬
dites parties des deux manuscrits en question, des autographes
de Laurent de Premierfait 2 .
Le Décaméron du fond Palatin au Vatican est illustré de
cent miniatures disposées en largeur, correspondant à chacune
des cent Nouvelles de Boccace. Ces miniatures constituent, par
elles-mêmes, un charmant exemple de ce que savait produire
l’art des enlumineurs français vers la fin du règne de Charles VI.
Elles se prêtent, en outre, à une amusante remarque.
De nos jours, la plupart des « bibliophiles », en prenant ce
mot dans le sens spécial d’amateurs de beaux livres, ne s’at¬
tachent nullement à avoir une très grande variété d’ouvrages
tous différents. Pourvu que les exemplaires soient dignes d’un
fin connaisseur, ils acceptent parfaitement de posséder plu¬
sieurs fois le même texte. Assez souvent même, ils mettent leur
plaisir à collectionner toute une série d’éditions d’une unique
œuvre littéraire. Les bibliophiles du xv e siècle procédaient déjà
un peu de semblable façon. Les ducs de Bourgogne, entre
1. Ce signe apparaît, dans les fac-similés que nous donnons ici d'après le
ms. 5193 de l’Arsenal et le Palatinus 1989, avant le noin Laurens ou & la
suite du notn Laurent de Premicrfait et à la tin des paragraphes de texte
qui précèdent l'un et l'autre de ces deux noms.
2. M. Henri Hauvette ( op. cil., p. 55, en note) avait déjà été tenté d’émettre
semblable opinion pour le manuscrit 5193 de l'Arsenal, mais sans pouvoir con¬
clure aussi nettement que me permet de le faire aujourd'hui la découverte de
l'exemplaire du Vatican.
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68
DÉCOUVERTE DE DEUX IMPORTANTS MANUSCRITS
autres personnages, se sont laissés aller sur cette pente, et la
traduction française du Décaméron par Laurent de Premier-
fait en fournit justement un exemple.
Le duc Philippe le Bon avait hérité de l’exemplaire inven¬
torié à Dijon en 1420 et que j’ai reconnu dans le Palatinus 1989.
Non content d’avoir ce volume, capable cependant de satisfaire
le goût d’un amateur raffiné, il plaça encore dans sa « librairie »
une autre très belle copie du même Décaméron, que les hasards
ont fait arriver à la bibliothèque de l’Arsenal, où elle porte le
n° 5070. Cette seconde copie est signée de l’écrivain Guillebert
de Metz, qui l’a exécutée à Grammont, petite localité de la
moderne Belgique. Différents artistes, dont un était de langue
flamande 1 , l’ont illustrée de cent miniatures, une par Nouvelle.
Ce Décaméron de Philippe le Bon, manuscrit 5070 de l’Arse¬
nal, est un volume très connu; critiques ou historiens l’ont
maintes fois cité. Mais ce qu’on a absolument ignoré jusqu’ici,
et que l’examen m’a démontré, c’est que ce fameux Décaméron
de l’Arsenal n’est, au point de vue de son illustration, qu’une
imitation, presque un plagiat, du Palatinus 1989 de la biblio¬
thèque du Vatican. Sans cesse, les compositions peintes dans le
manuscrit de Rome ont été prises comme modèles fidèlement
reproduits pour les images correspondantes du manuscrit de
l’Arsenal. La ressemblance est parfois telle qu’il semblerait que
l’on se soit servi d’un décalque pour reporter les linéaments
des tableaux d’un volume à l’autre. Je mentionnerai principale¬
ment sous ce rapport les miniatures qui illustrent les 15 e2 ,
37 e3 , 48 e4 , 49® 5 ,77 eü , 93 e7 , 96 e8 et 97 e9 nouvelles de Boccace.
1. Voir Samuel Berger et Paul Durrieu, les Notes pour l'enlumineur dans
les manuscrits du moyen âge , p. 27-28 (Paris, 1893, in-8*; extrait des
Mémoires de la Société nationale des Antiquaires de France , t. LIII). Dés
1889, dans le tome V du Catalogue des manuscrits de TArsenal, p. 37,
M. Henry Martin a signalé l’existence, sur les marges du susdit exemplaire du
Décaméron , de notes destinées à guider l'artiste qui sont rédigées en langue
flamande.
2. Palatinus 1989, fol. 46; Arsenal, n* 5070, fol. 54 v\
3. Pâlot., fol. 139; Arsenal, fol. 168.
4. Palat., fol. 171 ▼*; Arsenal, fol. 208.
5. Palat., fol. 174 ▼•; Arsenal, fol. 211 ▼*.
6. Palat., fol. 242 t*; Arsenal, fol. 293.
7. Palat., fol. 293 ▼*; Arsenal, fol. 355 v*.
8. Palat., fol. 301 ; Arsenal, fol. 365.
9. Palat., fol. 304; Arsenal, fol. 368.
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DE LA « LIBRAIRIE » DES DUCS DE BOURGOGNE* 69
Cette réédition des peintures de l'exemplaire ayant appartenu
au père, Jean Sans-Peur, dans l’exemplaire destiné au fils, Phi¬
lippe le Bon, est un fait qui ouvre de piquants aperçus pour
l’histoire de la confection des livres de grand luxe dans le milieu
de la cour de Bourgogne.
Note supplémentaire.
J’ai mentionné, au début de cet article, le nom du célèbre
bibliophile flamand du xv* siècle, Louis de Bruges, seigneur de
la Gruthuyse. On sait que la plus grande partie des manuscrits
collectionnés par cet émule des ducs de Bourgogne se trouve
aujourd’hui à la Bibliothèque nationale de Paris, étant devenue
la propriété de la couronne de France dès le règne de Louis XII.
Néanmoins, comme l’a depuis longtemps expliqué notre illustre
confrère M. Léopold Delisle, les livres de Louis de Bruges ne sont
pas tous à la Bibliothèque nationale 1 . Petau avait recueilli, par
exemple, et la bibliothèque publique de Genève possède mainte¬
nant 2 deux beaux volumes venant du seigneur de la Gruthuyse,
les Déduits de la chasse , par Gaston Phébus, et la traduction
française du Livre sur les oiseaux , de Frédéric II. D’autre
part, j’ai étudié jadis, dans la malheureuse Bibliothèque nationale
de Turin, avant le déplorable incendie de 1904, un exemplaire du
Romuléon qui avait la même provenance 3 . Je profite de l’occasion
pour signaler que l’exposition des manuscrits ouverte au Bur¬
lington Fine Arts Club en 1908 fournissait un nouvel exemple du
cas. Le duc de Devonshire y avait envoyé, en même temps que la
Vengeance de Notre-Seigneur Jésus-Christ , un superbe exem¬
plaire du roman de Gillion de Trasignies , daté de 1464 et orné
de huit grandes miniatures, qui a appartenu successivement à
Louis de Bruges et au roi Louis XII.
M. S. C. Cockerell a parfaitement reconnu et indiqué dans le
♦
1. Cf. L. Delisle, le Cabinet des manuscrits de la Bibliothèque nationale,
t. I, p. 140-146, et t. III, p. 349.
2. N*' 169 et 170 du catalogue de Senebier.
3. Cf. Paul Durrieu, les Manuscrits à peintures de la bibliothèque incen¬
diée de Turin, dans la Chronique des arts et de la curiosité, année 1904,
p. 64 (réimprimé dans la Revue archéologique, même année, t. I, p. 405).
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70
DÉCOUVERTE DE DEl’X IMPORTANTS MANUSCRITS
catalogue de l’exposition du Burlington Club (n° 160 du cata¬
logue) que ce manuscrit avait été exécuté pour le seigneur de
la Gruthuyse, dont il porte les emblèmes. Mais, ce que je puis
ajouter, pour compléter les renseignements donnés par le savant
anglais, c’est que, d’après le style et la facture des peintures et
des ornements, le Gillion de Trasignies du duc de Devonshire*
a été certainement décoré et illustré dans le même atelier et par
les mêmes mains qu’un des plus ravissants manuscrits de Louis
de Bruges conservé à la Bibliothèque nationale, le récit de la
Conquête de la Toison d’or , manuscrit français 331.
Les images de ce dernier volume sont l’œuvre d’un artiste de
premier ordre que je me suis efforcé de tirer de l’ombre dans mon
étude sur Y Histoire du bon roi Alexandre de la collection
Dutuit, et à qui j’ai donné provisoirement, précisément d’après
le manuscrit français 331, le surnom de « Maître de la Con¬
quête de la Toison d’or » 2 . J’ai groupé naguère, comme ren¬
fermant des peintures empreintes du style de ce maître, qui se
trouvent assez souvent mélangées avec des produits de mains
différentes, d’une part, deux manuscrits de Louis de Bruges, la
susdite Conquête de la Toison d’or et le Livre des secrets
d’Aristote (Bibl. nat., mss. français 331 et 562), d’autre part,
trois volumes sortis de la « librairie » des ducs de Bourgogne,
les Chroniques de Jérusalem , Y Histoire du bon roi Alexandre
et le tome II des Miracles de la Vierge (Bibl. impériale de
Vienne, n° 2533; collection Dutuit au Petit-Palais de la ville
de Paris; Bibl. nat., ms. français 9199), auxquels il faut très
probablement adjoindre encore le célèbre Froissart de la biblio¬
thèque de Breslau, ayant appartenu au Grand Bâtard de Bour¬
gogne, et peut-être les remarquables Heures, en partie sur
vélin noir, qui constituent le ms. n° 1857 de la Bibliothèque
impériale de Vienne. Des observations plus récentes me per¬
mettent d’ajouter à cette liste quatre livres de prières de petit
1. Une des pages à miniature de ce manuscrit est reproduite dans la grande
édition illustrée du Catalogue de l'exposition du Burlington Club en 1908,
pl. 111. Le manuscrit se voit aussi dans l’angle inférieur de droite de la
planche 6 du même Catalogue, laquelle donne l'aspect d’ensemble de la
vitrine L.
2. Comte Paul Durrieu, l'Histoire du bon roi Alexandre. Paris, 1903, in-4*,
avec fig. (extrait de la Revue de l'Art ancien et moderne, t. XIII, n*' de jan¬
vier et février 1903).
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DE LA « LIBRAIRIE » DES DPf.S DE BOCRGOGNE. 71
format, l’un paraissant avoir été exécuté pour Charles le
Téméraire (collection Durrieu), un deuxième qui a été dépecé
et dont j’ai recueilli des fragments dans une vente publique,
un troisième conservé à Milan dans la bibliothèque des princes
Trivulzio (Cod. n° 472) ! , le quatrième enfin portant des
armoiries allemandes (collection Jeffery Whitehead), qui a figuré
en 1908 à l’Exposition du Burlington Club 2 sous le n° 234.
Le Gillion de Trasignies du duc de Devonshire doit à son tour
être rangé parmi les manuscrits enluminés qui permettent d’ap¬
précier le mérite exceptionnel du « Maître de la Conquête de
la Toison d’or », miniaturiste au talent exquis, qui pourrait
bien quelque jour être identifié, soit avec le fameux et encore si
mystérieux Simon Marmion, soit avec un autre enlumineur très
estimé en son temps, nommé Philippe de Mazerolles, qui a
résidé à Bruges, mais que nous savons avoir été, circonstance
intéressante à noter pour nous, un Français de nationalité
implanté en Flandre.
Comte Paul Dürrieu .
1. Une brève description de ce volume est donnée aux pages 331-332 du
Catalogo dei codici manoscriUi délia Triwlziana, par Giulio Porro (Turin,
1884).
2. Reproduction dans l’édition illustrée du catalogue de celte Exposition, au
bas de ia planche 145.
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BIBLIOGRAPHIE
Louis Halphen. Le comté d'Anjou au XI e siècle. Paris, Picard,
1906. In-8°, 428 pages.
Il est regrettable de constater que la plupart des monographies qui
ont été composées jusqu’ici sur les principautés féodales sont rédigées
suivant un plan fort contestable, qui en rend la lecture presque
impossible. Ce plan, que les auteurs ont emprunté à Y Art de vérifier
les dates, n’est qu’un plan apparent; il consiste à classer par règnes
une collection imposante de faits et à écrire une suite de biographies,
sans s’inquiéter de savoir si à l’avènement d'un nouveau prince cor¬
respond un ensemble de modifications notables dans la condition de
l’état dont on écrit l'histoire. Aussi doit-on tout d’abord féliciter
M. Halphen d’avoir, dès la première page de son livre, manifesté son
intention de procéder autrement : « Notre but est différent ; au risque
de paraître incomplet, nous voudrions tenter de montrer comment
s’est formé le comté d’Anjou au xi® siècle au point de vue territorial
et au point de vue interne. Nous nous sommes efforcé d’ailleurs de
n’omettre aucun des faits essentiels de l’histoire angevine, et, si impar¬
fait que soit cet essai, peut-être, surtout s’il est imité, ne sera-t-il pas
sans profit pour l’histoire générale 1 2 . »
La préface du livre est consacrée à l’étude des ouvrages précédents
et à l’examen des documents narratifs et diplomatiques. Si cet exa¬
men est court, c’est parce que M. Halphen a fait ailleurs la critique
des annales et des chroniques angevines*. Le volume est divisé en
deux parties, dont la première est affectée aux règnes de Foulque
1. P. i.
2. L’auteur a étudié la Chronique parvenue sous le nom de Foulque le Réchin
dans son Étude sur l’authenticité du fragment de chronique attribué à
Foulque le Réchin ( Bibl. de la Faculté des lettres de Paris, l. XIII. Paris,
1901, p. 7-48); les Annales des églises d'Anjou et du Vendômois dans la préface
de son excellent Recueil dAnnales angevines et rendômoises (Collection de
textes pour servir à l’étude et à l’enseignement de l’histoire. Paris, 1903);
les Gesta consulum Andegarorum et les G esta Ambaziensium dominorum ,
dans son Élude sur les Chroniques des comtes d Anjou et des seigneurs
d’Amboise. Paris, 1906.
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BIBLIOGRAPHIE.
73
Nerra et de Geoffroi Martel (987-1060), la seconde à ceux de GeofTroi
le Barbu et de Foulque le Réchin (1060-1109). Une introduction nous
renseigne sur les débuts du comté. Les conquêtes de Foulque Nerra
et de son successeur, ainsi que l'histoire de leurs relations avec
l'Aquitaine, le Vendômois et le Maine, sont exposées dans les deux
premiers chapitres. La suite nous montre comment le comté s’est
développé sous ces deux comtes « au point de vue interne ». Le cha¬
pitre sur l’organisation administrative du comté, fort intéressant, nous
prouve que cette organisation était encore très rudimentaire dans la
première moitié du xi* siècle; Foulque Nerra n'a eu, contrairement
aux affirmations de M. Beautemps-Beaupré 4 , ni sénéchal, ni conné¬
table, ni chancelier.
La seconde partie a pour objet l’histoire de l’Anjou sous Geoffroi le
Barbu et Foulque le Réchin. Le plan de cette partie nous parait un
peu artificiel, parce que les règnes de ces deux comtes marquent un
temps d’arrêt plutôt qu’un progrès dans le développement de l’état
angevin. Un chapitre, d’ailleurs suggestif, sur les barons et la consti¬
tution de la petite féodalité dans l’Anjou est rattaché à l’histoire de
ce développement par un lien qui semble assez ténu.
La conclusion indique très sommairement ce que devint pendant la
première moitié du xn e siècle le comté, dont l’évolution avait été
momentanément entravée. Elle semble destinée à atténuer l'impres¬
sion un peu trouble que cause le récit de la situation critique de l'An¬
jou à la fin du Xi° siècle. Cinq appendices et un catalogue de 334 actes
complètent l’ouvrage. Une table alphabétique très détaillée en rend
l’usage facile.
Comme on le voit, l’ouvrage de M. Halphen révèle un effort vigou¬
reux pour composer un livre intéressant et utile, et cet effort — la lec¬
ture seule de cet ouvrage pourrait le démontrer — a été couronné de
succès. On doit ajouter que les affirmations de l'auteur sont fondées
sur des recherches minutieuses et étendues, que la disposition du
volume et la sobriété de la forme dissimulent élégamment. Les dis¬
cussions sont rejetées, en effet, dans des notes; cet arrangement per¬
met aux lecteurs un peu pressés de lire l’ouvrage sans être gênés par
l’appareil d’une érudition pénétrante, mais sévère. Mais il faut lire ces
notes, et en particulier certaines d’entre elles, la note 4 de la page 18,
la n. 2 de la p. 28, la n. 2 de la p. 37, la n. 2 de la p. 41, la n. 1 de la
p. 59, la n. 4 de la p. 91, la n. 1 de la p. 99, etc., pour se rendre
compte de la riche documentation de l’auteur et de son habileté à s’en
servir sans en être encombré et sans être encombrant.
Si le détail du livre est assez généralement impeccable et si le plan
1. Coutumes et institutions de l'Anjou et du Maine antérieures au
.Y VI* siècle, t. I, passim.
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74
BIBLIOGRAPHIE.
de l’auteur marque, comme on l’a montré, un progrès très net sur
celui des auteurs qui l’ont précédé, il est regrettable que M. Halphen
ait glissé sur certaines questions dignes d’attention, peut-être un peu
insaisissables, mais qu’il eût été curieux de poser, sinon de résoudre.
Les origines du comté d'Anjou sont esquissées dans une brève intro¬
duction qu’il eût sulïi d’allonger de trente pages pour nous donner
une histoire de ce comté au ix® et au x® siècle. Il eût été, d’autre part,
intéressant d’indiquer la manière dont les comtes ont usurpé la plu¬
part des droits régaliens; or, l'analyse de ces usurpations, en particu¬
lier de celle du droit de monnayage, est passée sous silence. Dans le
chapitre v de la première partie, M. Halphen expose très clairement
les luttes du comte et de l’évêque ; il aurait été utile de faire précéder
cet exposé d’une dissertation relative aux droits du comte sur l’évêché
d’Angers. Ces droits, qui étaient des droits régaliens et qu’on dési¬
gnait au moyen âge sous le terme assez vague d'epiRCopalua. ont été
la cause de nombreux conflits, soit que plusieurs comtes s’en soient
disputé la jouissance, soit que d’autres s’en soient vu contester l’exer¬
cice par certains évêques. Quelques indications sur l’eptscopafus
angevin auraient pu servir de préface à une étude sur les rapports des
comtes et des évêques. Les institutions «lu comté sont étudiées dans
deux chapitres (l r0 partie, chap. iv, et 2® partie, chap. iv); ce que ces
chapitres renferment, c’est un tableau, qui paraît complet et exact, de
l’organisation du comté au xi® siècle; n’aurait-il pas été opportun de
consacrer une ou deux pages à l’origine de cette organisation et aux
rapports qu’on peut constater entre l’administration du xi® siècle et
celle de la cour carolingienne ou «les grands domaines au ix* siècle?
De telles remarques font défaut, sauf pour les voyers 1 2 . Il eu est de
même pour le iléveloppemont de la petite féodalité et la construction
«les châteaux. Quelques pages «lu livre® nous montrent nettement
comment les châteaux se sont multipliés au cours du xi® siècle et
comment un grand nombre de dynasti«'8 féodales se sont établies en
Anjou à cette époque, et ces pages ne sont pas un résumé de notions
recueillies dans «l« i s études antérieures; M. Halphen a consacré, en
(*fT«*t, à chacun«« <l<* ces dynasties une note détailhie, et l’ensemble de
ces notes forme autant de petit«*s monographies, faites «l’après les
documents eux-mêmes. Mais les raisons qui ont déterminé ce déve¬
loppement sont rapidement esquissées; M. Halphen s’est contenté
«l'indiquer ce qu’on peut appeler les causes occasionnelles et locales
de ce phénomène, peut-être par un sentiment de «léfiance pour les
systèmes qu’ont imaginés les juristes et les sociologues.
1. Si M. Halphen s’est attaché à étudier l’origine des voyers, c'est parra qu'il
tenait A critiquer la théorie que M. Lot a émise sur ce sujet (Nouvelle Revue
historique du droit français et étranger , t. XVII, 1891, p. 281-302).
2. P. 152-175.
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BIBLIOGRAPHIE.
75
Pour résumer ces remarques, on peut «lire que l’auteur, soucieux
avant tout d’élucider une histoire, qui était encore obscure sur bien
des points, s’est moins préoccupé du pourquoi que du comment.
Après avoir lu son livre, on sait l’histoire de l’Anjou au xi® siècle, et
il est probable que c’est le but qu'il se proposait d'atteindre; mais il y
a tels problèmes d’histoire comparée, comme l’usurpation des droits
régaliens par le comte, les droits du comte sur l'évêché, l’origine de
l’organisation administrative, la naissance de la féodalité, qu'il a jugé
inutile d’aborder, parce qu’il craignait peut-être de n’apporter qu’une
solution provisoire en limitant son examen à l’Anjou.
Dans le détail, l’ouvrage de M. Halphen n’offre qu’assez rarement
prise à la critique, même à une critique pointilleuse. P. 66, note 5 :
les indications que donne l’auteur sur les comtes du Maine du x® siècle
sont incomplètes. L’existence de David, père prétendu du comte
Ifugue I er , est fabuleuse et repose sur trois chartes fausses du Cartu-
laire de Saint-Pierre-de-la-Cour au Mans. — P. 70 : la relégntion du
comte Herbert Bacon dans un monastère est datée à tort de 1038, car
on voit ce comte souscrire encore après le 21 juin 1040 les actes qui
sont analysés aux n°® 76 et 78 du Catalogue d’actes. — P. 70, note 3 :
la charte de fondation du prieuré de Saint-Guingalois 4 est citée
d’après l’original, qui se trouve aux archives de la Sarthe. M. Halphen
ne savait pas, sans doute, qu’elle avait déjà été publiée deux fois,
d’abord par l’abbé Charles dans la Revue historique et archéolo¬
gique du Maine, t. V, 1879, p. 333, puis par M. E. Vallée dans le
Cartulaire de Château-du-Loir a , n° 27. — M. Halphen a cherché
généralement à donner la traduction romane des noms latins de per¬
sonnes. Cette traduction est assez périlleuse, et il est difficile de ne
jamais être en contradiction avec soi-même. M. Halphen, qui traduit
Hildemannus par Audemand (p. 104), eût dû traduire Hildegardis
par Audegarde, et non par Ifildegarde (p. 11, n. 1). Ajoutons qu’il est
bon de tenir compte dans ces traductions des formes dialectales de la
région dont on étudie l’histoire. Engebaud est donné comme l’équivalent
du latin Ingebnldus ip. 286) ; la forme Anjubaud serait préférable, car
c’est un nom très répandu dans le Maine et l’Anjou.— L’identification des
noms de lieux est faite avec soin. Remarquons cependant en passant
que l’auteur aurait pu identifier sans hésiter le lieu de la Blanchelande
ou de la Bruère, dont il est question à la p. 184, n. 3, après le récit
de la prise de la Flèche, avec la Bruère, qui est située dans la com¬
mune de la Flèche.
Avec raison, M. Halphen a montré l'inutilité d’une étude sur la
diplomatique des comtes d’Anjou, ces comtes n’ayant pas eu de chan-
1. Comtn. de Ch&teau-du-Loir, arr. de Sainl-Calais (Sarthe).
2. Au Mans, 1905 (Société des Archives historiques du Maine).
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76
BIBLIOGRAPHIE.
cellerie organisée *. Il aurait même pu, croyons-nous, se dispenser de
faire des remarques sur le style chronologique communément suivi
dans les actes de ces comtes. Ces remarques, comme toutes les autres
remarques diplomatiques qu’il eût faites, sont nécessairement empi¬
riques, et elles n’auraient eu un caractère systématique que si l’au¬
teur s’était astreint, ce qui eût été un travail considérable et hors de
propos, à étudier le style en usage dans chacune des abbayes ange¬
vines 9 .
Toutes ces critiques paraîtront probablement bien minimes; mais
nous devons dire en terminant, pour nous excuser, que, si la critique
ne perd jamais ses droits, elle a quelquefois — trop rarement, hélas!
— de la peine à les exercer.
R. Latouche.
J. de La Martinière. Saint Cybard, étude critique d’hagio¬
graphie, vi®-xii* siècle. Paris, A. Picard; Angoulème, Cons¬
tantin, 1908. 1 vol. in-8°, 292 pages. (Extrait du Bulletin de la
Société historique et archéologique de la Charente.)
La valeur historique de la Vita Eparchii reclusi Engolismensis,
fortement ébranlée depuis l’édition de M. Krusch, a été depuis l’objet
d’une tentative de réhabilitation de la part de M. Esmein. Celui-ci
accorde que la rédaction que nous possédons n’est pas antérieure au
ix® siècle, mais il croit aussi pouvoir y discerner des « passages
excellents reproduits sans doute d’un texte ancien ». M. de La Marti¬
nière s’est appliqué à réfuter la thèse de M. Esmein, et il a conduit la
discussion avec autant de modération dans la forme que de force dans
la démonstration. Il faut, croyons-nous, lui donner pleinement raison
et admettre avec lui que la Vita n’a d’autre source que Grégoire de
Tours. Quant à la manumissio, acte d’affranchissement de 176 serfs
et serves par le saint, M. Esmein a eu la main singulièrement mal¬
heureuse en niant son authenticité. Aucun de ses arguments histo¬
riques, philologiques, môme juridiques, n’a la moindre valeur, et il
faut féliciter le jeune archiviste de la Charente d’avoir réhabilité un
texte curieux à maints égards. Signalons aussi de très bonnes pages
(p. 136-185) sur la « réclusion » en Orient et en Occident au moyen âge,
1. L’impossibilité de faire une étude d'ensemble sur les actes des comtes
d'Anjou explique et justifie parfaitement, à notre avis, la brièveté des analyses
et des indications bibliographiques du Catalogue.
2. M. Max Fazy a publié dans cette revue (t. LXIX, 1908, p. 169-184) une
Note sur le style employé par Étienne de Tournai pour dater ses actes, en
raisonnant comme si ce personnage avait eu une chancellerie cl comme si
tous ses actes y avaient été rédigés. Ce postulat étant très contestable, les con¬
clusions de son article paraissent par là même caduques.
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BIBLIOGRAPHIE.
77
La seconde moitié de l’ouvrage est consacrée aux « interpolations
angoumoisines » que renferme Vllisloria d'Adémar de Chahannes.
M. de La Martinière montre que les renseignements sur saint Cybard
et divers épisodes de l’histoire de l’église d’Angoulême fournis par
ce texte ne méritent aucune créance. Il a l’idée, — et c’est la partie
la plus originale de son ouvrage, — de diviser ces renseignements en
deux groupes : une partie peut être l’œuvre d’Adémar, mais une série
d’assertions sur saint Cybard, sur la consécration de l’église cathédrale
par saint Grégoire de Tours, saint Germain de Paris, sur la qualité de
chapelain du roi de France attachée au siège épiscopal d'Angoulême,
des modifications au texte d’un diplôme de Charles le Chauve, etc.,
lui sont de beaucoup postérieures. Ces impostures tendancieuses ne
sauraient être antérieures au xn° siècle. Elles seraient l’œuvre de
l’évêque d’Angoulême Girard II (1101-1130). On objectera que ces pas¬
sages suspects se trouvent dans le ms. lat. 5927 de la Bibliothèque
nationale, lequel est attribué au xi« siècle. M. de La Martinière
remarque que les interpolations ne sont au complet que dans ce seul
manuscrit, qu’il est écrit de plusieurs mains, qu’il représente une
rédaction ultime de 17 /istoria d’Adémar, remaniée à Angoulêmo,
enfin qu’il convient d’attribuer sa date au premier tiers du xn® siècle;
en outre, la miniature qui orne la page 157 représente le couronne¬
ment de Louis le Pieux et est postérieure à l’année 1108 (elle s’inspi¬
rerait du sacre de Louis VI). Il faut avouer que l’argumentation de
l’auteur est des plus séduisantes. Néanmoins, on doit faire observer
que, pour bien comprendre l’intérêt des interpolations « capella-
nesques », il faudrait descendre jusqu’à 1138. En cette année, en effet,
on voit l'évêque d’Angoulême, profitant du passage en Aquitaine du
roi Louis VII, revendiquer les prérogatives de chapelain royal. On
serait tenté de croire que c’est à cette occasion que furent composés
les passages « capellanesques » interpolés dans l’œuvre d’Adémar.
Mais osera-t-on abaisser la composition du manuscrit jusqu’à 1138 et
même plus bas? A cette date, l’évêque d’Angoulême n’est pas l’ambi¬
tieux et turbulent Girard II, mais un saint personnage, du nom de
Lambert, dont l’honnêteté peut difficilement être incriminée. M. de
La Martinière s’est très bien rendu compte de la difficulté, et il admet
(p. 254) que la revendication de 1138 « représente le développement
d’une revendication plus ancienne du titre de ca pellanus regis par
un évêque d’Angoulême ». Cet évêque serait Girard II. Mais quel
intérêt sérieux pouvait-il avoir à revendiquer le titre de chapelain
royal? Il lui était impossible de prévoir le mariage de Louis VII avec
Aiiénor d’Aquitaine, qui, seul, pouvait transformer cette prétention en
réalité. Rien de ce qu’on sait de l'histoire de ses prédécesseurs ne
révèle d’intérêt pratique à cette falsification. Dès lors, on ne voit pas
pourquoi on se refuserait d'attribuer la paternité de cette interpola-
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78
BIBLIOGRAPHIE.
9
tion, et d’autres encore, à Adémar de Chabannes, dont la vénération
pour saint Cybard et l'église d’Angouléme est bien connue; seule¬
ment le mobile de la falsification demeurerait mystérieux. Un bon
argument en faveur de la thèse de M. de La Martinière, c’est que dans
le texte du ms. 5927 les interpolations « capellanesques » et celles qui
concernent les dédicaces sont si intimement unies qu’il semble diffi¬
cile qu’elles n’aient pas été rédigées à une même époque par le même
imposteur. Or, ces dernières paraissent bien dater de l’épiscopat de
Girard II. Il commence en 1110 la reconstruction de sa cathédrale; il
en fait la dédicace en 1128. « Cette reconstruction, cette dédicace,
devaient naturellement provoquer le désir de retrouver les anciens
constructeurs et consécrateurs de l’édifice et au besoin l’idée de les
inventer » (p. 250-251). Personnellement, en attendant l’avis des
paléographes sur la date du ms. 5927, — et leur décision tranchera le
débat, — je me sens sinon persuadé, du moins ébranlé par les
remarques «le M. de La Martinière. Son livre constitue une des meil¬
leures études critiques que nous aient fournies depuis longtemps les
archivistes de province.
Ferdinand Lot.
H. Delachenal. llistoii'e de Charles V. Paris. A. Picard et fils,
1909. 2 vol. in-8°, xxxv-475 et 494 pages.
Le très beau livre que notre confrère M. Roland Delachenal vient
de consacrer à l’histoire de Charles V jusqu'à son avènement au trône
est de ceux dont on peut dire qu’ils renouvellent quelques pages de
l'histoire de France.
C’est d’abord par la richesse des informations que notre confrère
l'emporte de beaucoup sur ses devanciers. 11 ne s’est pas borné à tirer
parti des chroniqueurs ou des chartes déjà imprimées; il a recherché,
avec une ardeur infatigable, les documents inédits que recèlent les
archives françaises, aussi bien les dépôts départementaux et munici¬
paux que les Archives nationales; il s’est adressé, directement ou par
d’obligeants intermédiaires, aux grands dépôts de l’étranger, notam¬
ment aux archives du Vatican, de Turin, d’Aragon, de Tournai,
d’Ypres et surtout au Record Olfice. Aussi s’est-il procuré une masse
énorme de renseignements empruntés à des sources contemporaines,
dont beaucoup étaient inconnus. Il lui appartenait de les classer et
d’en apprécier la valeur : c’est une part de sa tâche dont il s’est
acquitté avec autant de conscience que de sagacité. Quand il s’est agi
de les mettre en œuvre, M. Delachenal a prouvé qu’il sait composer
et qu’il sait écrire. Son livre est d’une belle et sévère ordonnance : la
langue qu’il y parle est forte et vigoureuse; de temps en temps se
marquent par quelque trait l’élévation des vues de l’auteur et sa
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BIBLIOGRAPHIE.
79
perspicacité. Les gens du métier devineront sans peine le redoutable
effort que cette œuvre a coûté à M. Delachenal. Le lecteur profane
s’en rendra compte moins parfaitement, et c’est là encore un éloge.
Le livre contient des renseignements précieux et souvent inédits
sur la personnalité du futur Charles le Sage, sur son éducation, sur
son mariage, sur la famille des Valois, sur leur cour brillante, et che¬
valeresque, sur leurs relations avec la maison impériale de Luxem¬
bourg. Comme le fils aîné du roi Jean fut le premier dauphin français,
l'auteur consacre un intéressant chapitre à l’acquisition du Dauphiné
par la maison royale; il pousse cette histoire jusqu’au traité de 1355,
qui « fit œuvre durable en substituant les frontières naturelles aux
limites conventionnelles et changeantes » qui séparaient les posses¬
sions du dauphin de celles du comte de Savoie. Ainsi, M. Delachenal
est amené à s’occuper des relations de la France avec l’Empire; il met
fort bien en lumière la politique traditionnelle de la monarchie capé¬
tienne sur la frontière du sud-est. Il est à remarquer que cette poli¬
tique, grâce à laquelle la France s’assimile peu à peu les provinces du
royaume d’Arles, dépendant de l’Empire, n’a pas été abandonnée,
même à l'époque de nos plus grands désastres. C'est au lendemain de
Crécy que se décide l’acquisition définitive du Dauphiné; c’e.st au len¬
demain de Poitiers que le dauphin y obtient le vicariat impérial.
Entre Crécy et Poitiers, le gouvernement royal ne cesse de convoiter
la Provence; malgré les objections de M. Delachenal et les démentis
officiels, je crains bien que l’administration française n’ait été la com¬
plice des bandes qui, en 1357, se préparaient à y attaquer la domina¬
tion de la reine Jeanne.
Mais, en réalité, tout ceci n’est qu’accessoire dans ces deux premiers
volumes de la nouvelle Histoire de Charles V. La véritable matière
du livre de M. Delachenal ce sont les faits qui forment un des cha¬
pitres les plus tragiques de l'histoire de France, celui qui devrait être
intitulé : Poitiers. Les événements s’y déroulent comme un drame
poignant, dont les scènes complexes peuvent être réparties en quatre
actes : avant la guerre, la bataille de Poitiers, la France après la
défaite, le traité de Brétigny. Qu’il me soit permis de dégager ici
quelques-unes des impressions que m’a laissées la lecture de cette
œuvre, sans doute définitive sur beaucoup de points.
I. — Le dauphin Charles, fils aîné du roi Jean, était encore mineur
en 1355, lorsque l’horizon de la royauté française se chargea de nuages
menaçants. Depuis huit ans, des trêves conclues au lendemain de la
prise de Calais et renouvelées à diverses reprises par les soins des
papes Clément VI et Innocent VI avaient suspendu les hostilités
entre la France et l'Angleterre. Mais, en dépit des efforts du pontife
romain, on sentait alors que la guerre ne pouvait manquer d’éclater
bientôt entre les deux grandes monarchies de l'Occident, tant était
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80
BIBLIOGRAPHIE.
vive l’impatience avec laquelle les Anglais, enorgueillis de leurs
victoires, supportaient l’inaction à laquelle ils étaient condamnés.
Peut-être, cependant, n'eussent-ils pas réussi à ranimer la lutte s'ils
n’avaient été servis à la (ois par la conduite criminelle d’un prince
français et par les lourdes fautes du roi Jean.
#
Le prince français, chef de la branche capétienne d’Evreux en
même temps que roi de Navarre, était l’arrière-petit-fils de Philippe
le Hardi et le gendre du roi Jean ; il avait pour aïeul maternel le roi
Louis le Ilutin; dans l’histoire, il porte le nom significatif de Charles
le Mauvais. Il faut lire le portrait que trace M. Delachenal de ce petit
homme, « ardent, sensuel, âpre à la vengeance, d’une fourberie égale
à la cruauté, qui, comme les tyrans italiens, a recours au poison pour
se débarrasser de ceux qui le gênent, d’ailleurs esprit plein de res¬
sources, politique d’une habileté consommée, adroit, insinuant, beau
parleur, avec des brusques retours qui trahissent sa cruauté native,
masquant ses convoitises effrénées sous une bonhomie et une familia¬
rité d’emprunt ». Il n’a jamais oublié qu’il se rattache plus étroite¬
ment aux Capétiens directs qu’Édouard III; n’ayant pu se résigner à
l’exclusion dont sa mère a été la victime, il est l’ennemi irréconci¬
liable des Valois et poursuivra pendant toute sa vie la revanche de sa
famille. Mais il n’ose affirmer franchement ses revendications; âme
cauteleuse et irrésolue, « il est maladroit par excès de duplicité; près
de toucher au but, il hésite et faiblit, se contentant de parler quand il
aurait fallu agir; comme d’autres favoris de la fortune, il a reculé
devant l’effort suprême, et, à l’heure décisive, n’a pas su vouloir ».
Le 8 janvier 1354, Charles le Mauvais avait fait mettre à mort, par
des assassins à ses gages, son adversaire politique, le connétable de
France Charles de La Cerda. Craignant le courroux du roi Jean, il
fait mine de se jeter dans les bras des Anglais. Dès lors, pendant une
année, il oscille entre la France et l’Angleterre, s’offrant d’abord à
Édouard III, puis se reprenant pour se donner de nouveau à lui, au
moins en apparence, car il n’y a de sincère chez lui que son ambition
et sa rancune. Au printemps de 1355, les Anglais, se croyant sûrs de
son concours, « qui leur ouvre la porte de la Normandie », refusent
définitivement tout renouvellement de trêve et en appellent aux
armes. Ils comptaient d’ailleurs sans leur hôte, car, bientôt après, le
Navarrais, leur faussant compagnie, fait provisoirement sa paix avec
le roi Jean par le traité de Valognes (septembre 1355). Mais, tandis
qu’ouvertement il promet de se montrer bon et loyal envers le roi, il
essaie sournoisement de détacher de lui le jeune dauphin et de l’en¬
traîner daus une vaste conspiration dont le but est de se saisir de
Jean II pour l’enfermer dans une prison et peut-être abréger sa rie.
« Les scrupules du dauphin, des circonstances fortuites peut-être
prévinrent une équipée qui aurait pu avoir des suites graves. » Le
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jeune Charles reprit sa place auprès de son père, qui, loin de le châ¬
tier, lui donna le duché de Normandie. Cependant, le roi de Navarre
ne cesse d’entretenir en lui des sentiments de défiance à l’endroit de
Jean II, en même temps qu’il forge de nouveaux projets d’enlèvement
et fomente le mécontentement de la noblesse normande.
Remarquez que tout cela se passe au moment où le prince de
Galles, à la tête d’une armée, ravage le Languedoc, tandis qu’une
autre armée anglaise menace la Normandie du même sort. Il eût
fallu au roi Jean, ainsi menacé et provoqué, une perspicacité peu
commune, alliée à une extrême habileté, pour déjouer les manœuvres
du Navarrais sans paraître s'en apercevoir; or, c’est précisément la
perspicacité et l'habileté qui manquaient à ce prince « dont le front
bas, le regard vague et inexpressif révélaient la crédulité naïve et
l'entêtement; dominé par l’impulsion du moment, il était incapable de
réagir et de se maîtriser ». Comme il avait eu vent des mauvais des¬
seins du roi de Navarre, auquel il avait plus d’une fois pardonné,
« toutes les injures du passé revinrent à sa mémoire » ; il vit rouge et
ne songea plus qu’à foncer sur son adversaire. Ainsi s'expliquent les
événements dont la ville de Rouen fut le théâtre le 5 avril 1356;
M. Delachenal les raconte avec une remarquable précision. Ce jour-là,
le duc de Normandie recevait au château, avec le roi de Navarre,
toute la noblesse de la province. On vit le roi Jean, qui n’était pas
attendu, apparaître au milieu de la salle du festin, qu'il fit retentir des
éclats de sa colère; il ne se borne pas à s'emparer de la personne de
Charles le Mauvais, il livre au bourreau, qui attendait, trois gen¬
tilshommes, dont le comte d’Harcourt, auxquels il ne laisse même pas
le temps d’appeler un ' confesseur, tant il a hâte de les punir d’avoir
participé aux crimes du Navarrais.
Quelle que fût la valeur des griefs que le roi Jean pouvait invoquer
contre le roi de Navarre, sa conduite était à la fois criminelle et
impolitique. Du coup, il jeta le parti Navarrais dans l’alliance
anglaise, en même temps qu’il indisposa une fraction importante de
l’opinion française, sur laquelle Charles le Mauvais exerçait une pro¬
fonde influence. Jean II s’aperçut bientôt de sa faute, quand il dut
combattre en Normandie l’armée anglo-navarraise, à la tête de
laquelle était le duc de Lancastre, tandis que lé prince de Galles,
après avoir dévasté le Midi sans être inquiété, remontait vers le nord
et menaçait la Loire. La guerre s'imposait sans doute à la France,
puisque les Anglais semblaient l’avoir voulue; un roi politique se
serait pourtant gardé d’augmenter les chances de ses adversaires en
leur donnant à point nommé des auxiliaires et des alliés.
II. — Le fait capital des opérations de guerre qui marquent l'été de
l’année 1356 est la bataille de Poitiers. La portion de son livre qu’y a
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Ô2
consacrée M. Delachenal est un chapitre d’histoire militaire qui
demeurera comme un modèle du genre.
Ce qui s’en dégage d’abord, c’est que le Prince Noir chevauchait À
travers la France avec une armée dont l’effectif était inférieur à celui
d'une de nos divisions modernes. M. Delachenal croit que l’on n’est
pas loin de la vérité en l’estimant à six ou sept mille hommes. D’ail¬
leurs, le chef de cette armée semble bien n’avoir pas eu de plan stra¬
tégique nettement arrêté. « Au xiv® siècle, dit fort bien l’auteur, les
Anglais ne connaissent, — et personne ne connaît, — d’autre méthode
de guerre que le pillage du territoire ennemi. » C'était ce qu’on appe¬
lait courir le pays; les juristes du moyen âge donnaient parfois à cette
opération une couleur juridique en la présentant comme une voie
d’exécution sur les biens d'un débiteur récalcitrant. Si les escar¬
mouches étaient nombreuses, si les sièges étaient fréquents, parce
que les belligérants avaient intérêt à se rendre maîtres d’une ville ou
d’un château, en revanche les batailles rangées étaient plutôt rares;
le corps expéditionnaire chargé de ravager une province n’avait guère
intérêt à y risquer le sort de la campagne entreprise et du butin réa¬
lisé. Au début de cette année 1356, le duc de Lancastre n’avait rien
négligé pour esquisser la bataille; il est certain (M. Delachenal le
démontre péremptoirement) que le Prince Noir, quoi qu’il ait pu
écrire après son triomphe, ne la cherchait pas davantage.
Dès qu’il connut l’approche du roi Jean, c’est-à-dire vers le 11 sep¬
tembre, il s’empressa de quitter les environs de Tours pour battre en
retraite vers la Guyenne par le Poitou. Ce fut alors que le monarque
français, qui avait la supériorité du nombre (M. Delachenal, faisant
justice des exagérations trop répandues, donne environ quinze mille
hommes à l'armée française), résolut de redoubler de vitesse « pour
couper la retraite à son ennemi ou pour couvrir la ville de Poitiers
qu’il croyait menacée ». Le plan était heureux; ce fut, de l’avis de
M. Delachenal, ce qu’il y eut de meilleur du côté français dans cette
campagne. Le Prince Noir en conçut une vive inquiétude; c’est ce qui
explique qu’à la veille de la bataille il ait prêté l'oreille aux ouver¬
tures du légat du pape, le cardinal de Périgord, qu’il avait éconduit
quelques jours auparavant; il accepta de se retirer en restituant toutes
ses conquêtes personnelles, tous ses prisonniers, tout son butin, et
« se montra disposé à prendre l’engagement de s’abstenir pendant
sept ans de porter les armes contre le roi de France ». Pour leur
malheur, le roi Jean et ses conseillers, assurés qu’ils étaient du suc¬
cès, répondirent à ces propositions en demandant une capitulation sans
condition : c’était acculer l’adversaire à une lutte désespérée. Le
49 septembre au matin, le Prince. Noir, qui, pendant la nuit, avait
tenu un conseil de guerre, ordonne la continuation de la marche en
retraite vers le sud; mais, comme il a sur son flanc droit l’armée
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française et qu’il prévoit une attaque générale, il prend ses disposi¬
tions afin de l'accepter en un lieu, dit-il, « qui n'estoit mye très-graun-
dement à nostre desavauntage ». C’est ainsi qu’il livra une bataille
d’abord défensive ; ce n’est que plus tard que les circonstances favo¬
rables l’amenèrent à prendre l’offensive.
On sait le résultat de la journée et quel désastre ce fut pour le plus
grand roi de l’Europe et pour la puissance militaire de la France. Les
causes de la défaite apparaissent très nettement dans le récit de
M. Delachenal. La supériorité de l’armée anglaise, si inférieure en
nombre, tint surtout à la « parfaite régularité qu’Édouard III avait su
imprimer aux opérations de recrutement et de mobilisation », à la
discipline des archers anglais aussi bien qu’à la valeur de l’infan¬
terie galloise et irlandaise, à la solidité des hommes d'armes anglo-
gascons, à la cohésion de toutes ces troupes tenues en main par des
chefs exercés et aguerries par les chevauchées de l'année précédente
et du dernier printemps. D’ailleurs, cette armée l’emportait sur les
autres par la tactique : elle n'était point réduite à combattre à cheval;
non seulement l'infanterie y était nombreuse, mais elle pouvait, en un
clin d'œil, s’accroître des hommes d'armes habitués, par les guerres
d’Ecosse, à lutter à pied. Nul n’ignore le parti que le Prince Noir en
sut tirer pendant la journée du 19 septembre.
L’armée française avait sans doute pour elle la supériorité du
nombre; mais, les contingents des communes ayant été éliminés lors
de la levée de 1356, elle était dépourvue d'infanterie. Les éléments en
étaient exclusivement fournis par une brillante noblesse, « d'une bra¬
voure indiscutée, mais réunie hâtivement, dont la concentration s’était
faite un peu au hasard, en cours de route, et surtout mal commandée,
mal encadrée. Les prescriptions très sages de l’ordonnance de 1351
n’avaient pas porté leurs fruits ou n’avaient pas été obéies. Nul grou¬
pement sérieux de ces compagnies à effectifs si variables, venues de
toutes les provinces du royaume et qui ne pouvaient acquérir sur le
champ de bataille une cohésion dont elles n’avaient jamais eu l’idée ».
— Ce fut bien pis quand l’entourage de Jean II, après avoir reconnu la
position ennemie, dut convenir qu elle ne pouvait être abordée par la
cavalerie et qu’il était nécessaire d’ordonner à la plus grande partie
des hommes d’armes de quitter leurs montures et de combattre à pied.
On les vit alors piteusement < ôter leurs éperons et leurs poulaines et
retailler leurs lances à la longueur de cinq pieds » ; cette infanterie
improvisée était vaincue d’avance. La journée de Poitiers fut le
triomphe de l’organisation, de la méthode et de la tactique rationnelle
sur le laisser aller, la routine et l'infatuation; la noblesse française,
dirigée par des chefs qui n’avaient dû rien prévoir, paya chèrement,
comme le dit M. Delachenal, la frivolité de ses goûts et l’oubli des
habitudes militaires qui avaient fait la force de la nation.
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Quant au dauphin, avec deux de ses frères, il fut emmené du
champ de bataille de bonne heure, après l’échec lamentable de la
première attaque, dont la direction lui avait été confiée. Les cheva¬
liers français, peut-être trop prudents, qui arrachèrent ainsi l’héritier
du trône au combat où se jouait le sort de la France ont-ils agi de
leur propre initiative ou étaient-ils couverts par les ordres du roi?
C'est un problème que M. Delachenal n’ose pas résoudre. Qui sait ce
qui se passa alors dans l’àme du futur roi? Et, s’il se laissa entraîner
loin du péril, n’est-ce point parce que, déjà prudent et avisé, peut-être
mis en défiance par les conseils et les insinuations du Navarrais, il
éprouvait une aversion d’ailleurs trop justifiée pour la conduite aven¬
tureuse et folle de son père? Il n’est pas invraisemblable de voir dans
la retraite du dauphin une manifestation, — malheureuse à coup sùr
et probablement à demi consciente, — de l’opposition qui, sur tant de
points, existait entre son caractère et celui du roi Jean.
III. — Lorsque, quelques jours après Poitiers, le dauphin rentra à
Paris, il y fut reçu honorablement, s’il faut en croire les contempo¬
rains. Il ne s’en trouva pas moins en face d’une situation dont les
difficultés étaient bien faites pour effrayer et décourager un jeune
prince de dix-huit ans.
Du peuple s’élevaient des voix nombreuses qui criaient à la trahi¬
son. Mais ces accusations s’adressaient bien moins au roi et aux
princes qu’aux nobles. « Aux gentilshommes qui revendiquaient
jalousement pour eux seuls l’honneur de porter les armes, le peuple
reprochait leur couardise et une connivence imaginaire avec les
Anglais. » La Jacquerie, dirigée exclusivement contre les nobles, sera
dans une certaine mesure un amer fruit de ce sentiment populaire.
Plus dangereuse était pour la royauté l'hostilité d’une partie de la
haute bourgeoisie. Les mécontents, tout près de devenir les oppo¬
sants, se rencontraient surtout dans la capitale; mais ils comptaient
des amis politiques dans d’autres villes, par exemple à Amiens, où
l’impulsion donnée de Paris fut fidèlement suivie. Rompus aux
affaires, informés par les renseignements qu’ils recueillaient périodi¬
quement dans les foires, souvent alliés par des mariages à des com¬
merçants d'autres cités, ces bourgeois n’épargnaient pas les critiques,
d'ailleurs trop souvent justifiées, aux membres de l’administration
royale ; ils eurent beau jeu après Poitiers. Un homme se trouva pour
incorporer leurs griefs; ce fut Étienne Marcel, « qui domine son
entourage et concentre sur lui seul toute l’attention ». Une opinion
un peu naïve en a fait une sorte de tribun de la plèbe ; s’il a ambi¬
tionné la faveur populaire, par sa naissance comme par ses tendances
c’était au fond un grand bourgeois. Voyez avec quel dédain, dans la
lettre qu’il adresse en 1358 aux bourgeois d’Ypres, il parle des con¬
seillers « de petit estât », auxquels le dauphin a eu tort de donner sa
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confiance; voyez aussi, dans la même lettre, le témoignage de la
crainte que lui inspire le menu peuple de Paris, trop docile, à son
avis, aux excitations du dauphin et de ses amis. Au surplus, il se
défend énergiquement d’étre le complice des Jacques; si, à un
moment, il semble leur tendre la main, il ne sc soucie nullement
d’étre confondu avec eux. Il ne parait pas non plus qu’il faille voir en
lui, dès qu’il apparaît sur la scène, un agent du roi de Navarre. Sans
doute, au lendemain de Poitiers, les sympathies étaient vives entre
l’opposition bourgeoise et le parti de Charles le Mauvais; mais ces
deux courants politiques, suivant assez souvent une direction paral¬
lèle, n’en étaient pas venus encore à mêler leurs eaux. « Longtemps,
écrit M. Delachenal, Marcel agit de son propre mouvement comme
chef d’un parti bourgeois. Ce n’est qu’après la délivrance du roi de
Navarre (c’est-à-dire au cours de l'année 1357) qu’il commence à lier
partie avec ce prince, et c’est seulement dans l’été de 1358 qu’à bout
de ressources, sa popularité ruinée, il se jette dans les bras de Charles
le Mauvais. •
Il n'en est pas encore là à la fin de 1356 et au début de 1357; mais
déjà son parti, tout-puissant aux Etats généraux, subordonne à des
conditions d'une rigueur extrême le concours financier indispensable
au dauphin pour refaire une armée et résister à l’Anglais. C’est, en
fait, la déchéance de la royauté qu'il demande quand il réclame, outre
le renvoi des conseillers du roi Jean et l’épuration du personnel
administratif et judiciaire, la constitution d’un conseil de gouverne¬
ment élu par les Etats. Trop faible pour résister, le dauphin louvoie
et gagne du temps : il donne de bonnes paroles, se laisse mettre plus
ou moins en tutelle; s'il évite le fameux conseil qui eût substitué,
selon l’expression de M. N. Valois, une assemblée entièrement issue
du suffrage au conseil nommé par le roi sur lequel reposait la charge
principale du gouvernement, il ne lui en faut pas moins subir des
ministres qui représentent les influences hostiles, tel Robert Le Coq,
le célèbre évêque de Soissons, qui se trouve parfois investi de la mis¬
sion de parler et d'agir au nom du dauphin. C'est que les opposants,
l'échevinage parisien aussi bien que Charles de Navarre, quand,
échappé de la prison où l’avait jeté le roi Jean, il fut venu les
rejoindre, hésitaient à rompre définitivement avec l'ordre de choses
établi. Au lieu de couper les câbles et de se déclarer ouvertement les
ennemis des Valois, ils trouvaient plus opportun de consolider leur
influence sous le couvert de l'autorité du dauphin, d’autant mieux
qu’ils n’étaient pas assurés que la nation les suivrait plus avant. Mais,
ce qu’il leur faut à tout prix, c’est la docilité du dauphin; selon les
circonstances, ils useront, pour l’asservir, des promesses et surtout
des menaces; au besoin, ils essaieront de le terrifier, comme ils le
firent dans cette fameuse journée du 22 février 1358, où le sang de
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deux de ses conseillers, assassinés dans sa propre chambre, rejaillit
sur la robe du prince.
Visiblement, cette situation, en se prolongeant, devenait intolé¬
rable; le dauphin, réduit à l’impuissance, était hors d’état de servir
utilement les intérêts de la monarchie, tant à l’intérieur qu’à l’exté¬
rieur; ni les forces militaires, ni les forces financières de la royauté
ne pouvaient se reconstituer; le roi Jean demeurait indéfiniment pri¬
sonnier de son vainqueur. Puisque les adversaires du dauphin ne se
décidaient pas à résoudre eux-mêmes, en renversant le jeune Charles
et avec lui la dynastie, le problème qu’ils avaient posé, une autre
solution pouvait seule être envisagée; que le régent reconquit sa
liberté et, se rendant en province, y ralliât les forces royalistes encore
considérables, peut-être ainsi arriverait-il, en triomphant de ses adver¬
saires, à rétablir les affaires si compromises des Valois. Déjà on avait pu
croire que cette solution se réaliserait au cours de l’été et de l’automne
de 1357, alors que Charles, après avoir marqué sa volonté de secouer
le joug des réformateurs, devenus pour un temps impopulaires, avait
séjourné plusieurs mois hors de Paris. Pourquoi y rentra-t-il au mois
d’octobre et se remit-il ainsi, sans garanties,' entre les mains de ses
adversaires, c’est une énigme dont M. Delachenal ne nous a point
donné l’explication. Après la journée du 22 février 1358, il fallait s'at¬
tendre à ce que le dauphin ne songeât plus qu’à abandonner une capi¬
tale où ses jours n’étaient plus en sûreté, et où Charles le Mauvais
devenait de plus en plus puissant. Des serviteurs dévoués formèrent
le projet de l’enlever pour le soustraire au joug qui pesant sur
lui. Telle parait bien avoir été la pensée secrète de cet écuyer,
Philippot de Repenti, qui, s’étant laissé prendre à Saint-Cloud le
17 mars, fut décapité aux Halles deux jours plu6 tard. Les révolution¬
naires de 1358, pas plus que ceux de 1791, n'entendaient se dessaisir
de leur otage. Cependant le dauphin fut plus heureux, et vraisembla¬
blement plus habile que Louis XVI ; il sut, le 25 mars, échapper à la
domination des factions parisiennes. Par quel moyen réussit-il à sor¬
tir de la cité, nous n’en savons rien; ce que nous savons, c’est qu’aus-
sitôt sorti il répondit aux sollicitations des Parisiens que jamais il ne
reparaîtrait dans la capitale du vivant du prévôt des marchands.
Désormais, le régent (ainsi le nommait-on depuis quelques semaines),
était en mesure de rallier ses partisans; bientôt il pourra relever le
gant que lui ont jeté ses adversaires. Survient pendant les derniers
jours de mai et les premiers jours de juin la courte, mais sanglante
insurrection de la Jacquerie; elle ne laisse pas que d’embarrasser les
chefs de l’opposition, dont l’un, le roi de Navarre, combat les Jacques,
tandis que l'autre, Etienne Marcel, semble enclin à les soutenir et en
tout cas proteste contre les excès de la répression dont ils sont vic¬
times. A coup sùr, il n’y avait pas harmonie parfaite entre la conduite
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du prince, qui parait s'étre souvenu en cette occurrence qu'il était
gentilhomme, et celle du bourgeois, qui, sans épouser absolument la
cause des paysans, tient à ménager en eux des auxiliaires dont le
secours sera peut-être utile. En dépit de ces divergences, le 14 juin,
Étienne Marcel se trouve réduit à appeler le roi de Navarre dont il
fait, malgré les répugnances de beaucoup de Parisiens, le capitaine
de la cité; bien plus, « le prévôt des marchands déclare qu’on écrira
à toutes les bonnes villes afin que le roi de Navarre soit reconnu
comme capitaine universel du royaume ». Ouvertement, les deux
alliés avaient jeté le masque; c’est ce qui pouvait survenir de plus
heureux pour le parti du dauphin. On sait le reste : les fautes du roi
de Navarre, qui ne tarde pas à soulever contre lui les défiances et les
rancunes des Parisiens; les luttes sanglantes entre les bourgeois et les
mercenaires anglais qu’il avait appelés à Paris; la résolution de plus
en plus accusée, chez le prévôt des marchands, de mettre Paris à la
discrétion des Navarrais; enfin la journée du 31 juillet, qui, à la
grande joie des Parisiens, les affranchit de la domination des adver¬
saires du régent. « L’âme populaire, — l'âme humaine, — est partout
et dans tous les temps semblable à elle-même. La mort du prévôt et
de ses complices les plus déterminés amena l'effondrement de son
parti; Paris se trouva tout entier acquis au régent. » En réalité,
comme le pense M. Delachenal, Marcel s'était irrémédiablement perdu
le jour où, poussé par des événements qu’il ne gouvernait pas, il
s’était résigné à imposer définitivement à la capitale et à la France la
dictature du Navarrais, prélude d'un changement de dynastie. « Les
fautes de Marcel sont, au demeurant, celles de tous les hommes que
la faveur populaire élève ou laisse retomber avec une capricieuse
inconstance? Lequel a jamais eu un programme, une idée directrice?
Lequel n'a pas vécu d’expédients, au jour le jour, poussé, ballotté en
sens contraires, incapable de maîtriser ceux qu'il se flattait de diriger?
Artevelde, Rienzi, Marcel ont été, comme les tribuns de tous les
temps, à la merci des événements et à la remorque de la foule qui les
avait pris pour chefs. »
IV. — Il est temps de nous demander, avec M. Delachenal, quelle
était, pendant ces années de déchirements intérieurs, la marche des
négociations engagées avec l'Angleterre. L'histoire de ces négocia¬
tions, qui aboutirent au traité de Brétigny, occupe la majeure portion
du second volume; c’est une des parties les plus neuves de VHistoire
de Charles V.
Les papes, notamment Clément VI et Innocent VI, n’avaient
négligé aucun effort pour conjurer ou arrêter la guerre qui, mettant
aux prises les deux plus puissants souverains de l’Occident, troublait
profondément la chrétienté et la livrait sans défense suffisante aux
attaques du Croissant. Aussi, à peine quinze jours s’étaient-ils écoulés
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depuis la bataille de Poitiers qu’innocent VI « s’interposait une fois
de plus entre les deux adversaires, prenant en main la cause du
vaincu et prêchant la modération au vainqueur ». Ce n’était pas au
roi Jean qu’il était besoin de recommander une attitude conciliante.
« Si brave sur le champ de bataille, le roi avait une idée fixe depuis
qu’il était prisonnier, celle de regagner sa liberté » ; il lui semblait que
pour racheter un semblable bienfait, le royaume ne pourrait faire de
trop gros sacrifices. En revanche, il ne parait pas qu'Édouard III se
soit montré aussi pressé, non pas d'arrêter les hostilités (dès le début
de l’année 1357, une trêve avait été conclue à Bordeaux, qui devait
durer jusqu'au printemps de 1359), mais de régler la situation par un
traité de paix définitif. C’est seulement en mai 1358, à Londres, où le
roi Jean avait été transféré, que les deux rote arrivèrent à une
entente, approuvée par le dauphin et son conseil. Ce premier traité
de Londres, dont M. Delachenal a retrouvé le texte, était ignoré des
historiens : nous sommes, grâce à lui, en mesure de constater que les
conditions de cet accord furent à peu près celles qui se retrouvèrent
plus tard dans le texte du traité de Brétigny. Les cessions territoriales
consenties par la France sont les mêmes de part et d’autre; la seule
différence importante est que la rançon du roi est fixée par le traité
de Londres à 4,000,000 d'écus d'or, tandis qu’à Brétigny le roi anglais
n’exigea que 3,000,000 d’écus. Le 8 mai 1358, l’entente était faite sur
tous les points : les deux rote, qui se trouvaient réunis à Windsor,
s’embrassèrent plusieurs fois, échangèrent leurs anneaux et soupèrent
ensemble amicalement.
Cette première paix ne tarda pas à être rompue. La cause avouée
de la rupture fut l'inexécution d’une clause en vertu de laquelle un
premier acompte de 600,000 écus d’or, sur la rançon du roi, devait
être versé avant la Toussaint de l’année 1358; ce versement était la
condition mise à la délivrance du roi Jean. Mate cette cause suffit-elle
#
à expliquer un événement aussi grave? Edouard III sut bien patienter
après Brétigny, alors que le premier terme de la rançon n’était pas
intégralement payé au jour marqué. M. Delachenal croit que, en pro¬
fitant des circonstances pour se dégager du traité, Edouard III, engagé
dans un conflit de juridiction avec le Saint-Siège à propos de l’évêque
d’Ély, a voulu faire sentir son mécontentement à Innocent VI, le
principal auteur de la paix conclue entre les deux rois. Ne peut-on
pas supposer aussi que le monarque anglais n’a pas été fâché de pro¬
fiter des embarras causés à la France par la prise d'armes du Navar-
rate, qui, depuis les événements qui s'étaient produits à Paris à la fin
de juillet 1358, était en guerre ouverte avec le dauphin, si bien que le
Beauvaisis et la Picardie étaient en feu?
Quoi qu’il en soit, près d’une année s’écoula avant qu’une conven¬
tion nouvelle ait été substituée au traité rompu. Cette convention fut
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arrêtée à Londres, le 24 mars 1359; c’est le second traité de Londres.
Les conditions en étaient infiniment plus dures pour la France que
celles du premier traité. Si la rançon de Jean demeurait fixée à
trois millions, le roi d'Angleterre se faisait céder à peu près la moitié
occidentale de la France, du nord au sud. Pour recouvrer sa liberté,
le roi Jean avait consenti à tout; il semble résulter de ses lettres qu’il
ne regrettait rien. On devine la perplexité du dauphin et de son
conseil, lorsque, de Londres, ce traité fut soumis à leur approbation;
peu désireux d’assumer sur eux seuls la responsabilité de la décision,
ils convoquèrent les trois ordres du royaume. Ceux-ci, réunis à Paris
en mai 1359, répondirent au régent « que le traité n'était ni passable
ni faisable, et, pour ce, ordonnèrent à faire bonne guerre à l’Anglais ».
9
Cette réponse unanime des Ëtats marque une date mémorable dans
rhistoire de notre pays; « un sentiment nouveau et bien ancien tout
à la fois s’y fait jour avec une force singulière. Le peuple de France
s’est ressaisi lui-méme » ; il s’est serré autour du dauphin, dont l’au¬
torité est désormais affermie; il saura opposer à l'envahisseur une
résistance qui, peu à peu, sans batailles décisives, sans rencontres
meurtrières, brisera le suprême effort d’Édouard III. L’héroïque épi¬
sode de Longueil-Sainte-Marie, où, sous la direction de Guillaume
l’Aloue et du Grand Ferré, les paysans résistèrent victorieusement
aux Anglo-Navarrais, est un symptôme, et non des moins significatifs,
des dispositions nouvelles du pays. Sans doute Édouard III, de
novembre 1359 à mai 1360, parcourt la moitié septentrionale de la
France à la tête d’une armée; mais ces troupes, si elles font beaucoup
de mal au pays qu’elles pillent, dévastent et rançonnent, n’en sont
pas moins hors d’état de triompher de la résistance de Reims et sont
réduites à ne faire devant Paris qu’une manifestation impuissante. Les
9
sages, comme le duc de Lancastre, représentent à Edouard III qu’il
est temps de traiter, parce qu’en un jour on pourrait perdre plus que
l’on avait gagné en vingt ans. Et, le 8 mai 1360, les plénipotentiaires
des deux partis signent à Brétigny un traité, qui sans doute impose à
la France des sacrifices territoriaux considérables, mais ce sont ceux
du premier traité de Londres et non du deuxième; en même temps, la
rançon du roi est réduite de quatre millions d’écus à trois millions.
Un premier acompte de 600,000 écus devait être à bref délai versé
aux mains des agents du roi d’Angleterre à Calais.
Ce traité n’était que provisoire ; c’est plus tard, au moment du ver¬
sement des 600,000 écus, que les deux rois devaient solennellement
ratifier leurs accords et que le roi Jean retrouverait sa liberté. Le
véritable et définitif traité qui mit fin à la guerre déchaînée depuis
près d’un demi-siècle fut juré le 24 octobre 1360, par les rois de France
et d’Angleterre, dans l'église Saint-Nicolas de Calais. Encore cet ins¬
trument, rédigé en apparence avec tant de soin, se présentait-il
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dépourvu de clauses importantes, celles qui concernent les renoncia¬
tions réciproques déjà réservées à Brétigny.
M. Delachenal raconte, après MM. Petit-Dutaillis et Collier 4 , l'his¬
toire de cet incident diplomatique, moins glorieux pour la France
qu'il ne lui fut utile. Jean II devait renoncer à la souveraineté et au
#
ressort sur les provinces cédées aux Anglais; à Edouard III, il incom¬
bait de renoncer non seulement au titre de roi de France qu’il avait
pris, mais à la souveraineté et au ressort de diverses provinces, par
exemple la Normandie et la Touraine, qu’il avait revendiquées à titre
particulier et qu’il ne recouvrait pas. A l’Anglais, les renonciations
n’enlevaient que des prétentions « chimériques et surannées » ; elles
étaient bien plus onéreuses au roi de France, puisqu'elles devaient
rompre le dernier lien juridique qui existait entre lui et ses anciens
sujets et effacer à tout jamais sa souveraineté. Or, les renonciations
ne furent jamais faites. C’est, non pas aux Anglais, ni même au roi
Jean que M. Delachenal, après MM. Petit-Dutaillis et Collier, attribue
l’omission des renonciations; il y voit l’œuvre d’hommes infiniment
plus expérimentés, habiles et même retors, les conseillers du dauphin
et le dauphin lui-même. C’est lui qui, d’ailleurs, devait profiter de
cette omission pour ébranler l’œuvre, funeste à la France, de Brétigny
et de Calais. A toutes les sommations d’Édouard III, il opposera que
son père avait toujours retenu expressément la souveraineté et le res¬
sort des pays cédés, tant que les renonciations n’auraient pas été
faites. Or, elles avaient été omises; donc le roi Charles V de France,
s’il avait perdu dans ces pays le domaine utile, y conservait encore la
souveraineté. Il parait bien que les Anglais avaient été victimes d’une
manœuvre dont ils n'avaient pas aperçu la portée. Charles le Sage
employa contre eux des armes que ne soupçonnait pas Jean le Bon ;
ici encore se manifeste le contraste entre les deux hommes et les deux
politiques. A coup sûr, le futur Charles V, en agissant ainsi, suivait
moins les exemples de son père que ceux de son oncle Charles IV de
Luxembourg.
J’en ai dit assez, je crois, pour permettre au lecteur d’apprécier
l’importance de l’œuvre de M. Delachenal, à laquelle l’Académie des
inscriptions et belles-lettres a accordé sa plus haute distinction. Puisse
l’auteur nous donner bientôt l’histoire du roi comme il nous a donné
l’histoire du dauphin l
Paul Fournier.
1. La diplomatie française et le traité de Brétigny (le Moyen Age , 2* série,
t. I, année 1897, p. 1-35). U. Petit-Dutaillis fait remarquer à ce propos que
Charles V était déjà, avant son avènement, le subtil personnage qu'il fut
depuis. C’est bien l’impression qui résulte de la lecture du livre de M. Dela¬
chenal.
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BIBLIOGRAPHIE.
91
Auguste Longnon. Atlas historique de la France depuis César
jusqu’à nos jours. Texte explicatif des planches. 1” partie :
De 58 av. J.-C. à 1380 ap. J.-C. Paris, Hachette, 1907. In-4°,
vi-290 pages.
C’est en 1884 que parut le premier fascicule de Y Atlas historique ,
dont M. Longnon vient de terminer la première partie par l’adjonc¬
tion d’une table alphabétique des vocables géographiques destinée à
en faciliter le maniement. Si depuis cette époque l’ouvrage de l’émi¬
nent créateur de la géographie historique française est devenu clas¬
sique, si tous ceux qui s'intéressent à l’histoire de la Gaule et de la
France féodale y ont largement puisé, nulle part plus que dans le
milieu de l’École des chartes on n'a eu à le pratiquer et par suite à l’ad¬
mirer. Peut-être même actuellement ne se rend-on pas suffisamment
compte de tout ce que l'on doit à ce monument national, tant par sa
diffusion ont pénétré dans l'usage des idées et des vérités qui y ont été
pour la première fois doctrinalement exprimées.
Le volume de texte qui accompagne les quinze planches d’atlas est
intitulé texte explicatif. Ce titre est insuffisant; c’est en effet une véri¬
table histoire de la formation territoriale de la France qui y est dévelop¬
pée, en prenant comme points de repère certaines dates, où l’abondance
des documents et l’importance des événements ont guidé le choix de
l’auteur. Ces explications sont des dissertations sur des points souvent
douteux, souvent controversés, que M. Longnon a fixés avec sa sagacité
et sa prudence scientifique. C’est dans Y Atlas historique que l’on
trouvera une liste complète des peuples gaulois pour lesquels on a
des textes certains et la nomenclature des variations des divisions
ecclésiastiques de la Gaule, l’énumération des noms de lieu de l’époque
gallo-romaine et de l’époque gallo-franque, des notices sur les par¬
tages mérovingiens et l'état de l’empire de Charlemagne en 806 et sur
les divisions de la France au x« siècle avec l’énumération des pagi.
On voit au milieu des perturbations et des révolutions les divisions
territoriales se perpétuer et de l’époque préromaine ou impériale se
maintenir jusqu'à la fin du xviji® siècle. Quant à la partie consacrée
à la France sous les Capétiens, ce n’est pas seulement une constatation
géographique, c’est un récit vivant de la formation de l’unité française
par l’agrandissement progressif du domaine royal. On y suit le pro¬
grès continu, l’idée maîtresse qui a permis à notre pays d'acquérir
sous les Capétiens l'unité politique et territoriale.
Terminons par un souhait qui est celui de tous les élèves et de tous
les admirateurs de M. Longnon; c’est que bientôt le savant maître
donne la continuation de ce grand et capital ouvrage.
L. Mirot.
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92
BIBLIOGRAPHIE.
Henri 8 te in. Bibliographie générale des cartulaires français
ou relatifs à l’histoire de France. (Manuels de bibliogra¬
phie historique , t. IV.) Paris, A. Picard, 1907. In-8°, xv-
627 pages.
Il est à peine besoin de faire ressortir l’intérêt et l'utilité de ce
répertoire, dù à un érudit dont la science bibliographique est univer¬
sellement connue. M. Stein a voulu réunir tous les cartulaires ou
recueils d’actes « relatifs à un même établissement, à une même ins¬
titution, à une même localité, quelle qu’en soit l’origine, quelle qu’en
soitladate ». Tous les documents de cette nature, concernant des éta¬
blissements religieux, des communes, des familles, des provinces, des
universités, sont compris dans ce recueil.
Beaucoup de cartulaires ont disparu, que nous ne connaissons plus
que par les copies qui en ont été faites par les érudits du xvn e et du
xviii* siècle. Déjà un grand nombre ont été signalés dans de précé¬
dents répertoires bibliographiques, tels le Catalogue général des
cartulaires des archives départementales, VInventaire des cartu¬
laires conservés dans les bibliothèques de Paris et aux Archives
nationales , telles les Notices bibliographiques sur les archives
des églises et des monastères de l’époque carolingienne, tels enfin
les inventaires publiés par la Commission royale d’histoire de Bel¬
gique.
L’ouvrage de M. Stein rectifie et complète ces diverses publications.
Les cartulaires modernes y ont trouvé place comme les recueils
anciens; on a groupé les textes se rapportant aux pays où, à un degré
quelconque, s'est fait sentir l'influence de la France; les originaux
ont été distingués des copies ; entre plusieurs originaux, les différentes
familles ont été notées; on a indiqué, autant que possible, les car¬
tulaires utilisés aux xvii* et xvin* siècles et aujounl'hui disparus.
L’ordre suivi est l’ordre alphabétique des localités. On a donné le
titre du cartulaire, la date de sa composition, les dates extrêmes des
documents qu’il contient, le nombre de pages ou de folios, l’endroit
où il est actuellement conservé. Puis on a indiqué soit les publications
qui en ont été faites, soit les notices où il en a été. question.
Deux tables, l’une par provinces pour les cartulaires civils, l'autre
par diocèses pour les cartulaires ecclésiastiques, complètent cette
publication d'une importance capitale, et que l’on ne saurait assez féli¬
citer M. Stein d’avoir entreprise.
L. Mirot.
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BIBLIOGRAPHIE.
93
Gallia typographica ou Répertoire biographique et chronolo¬
gique de tous les imprimeurs de France , depuis les origines
de Vimprimerie jusqu'à la Révolution, par Georges Lepreux.
T. I : Flandre , Artois , Picardie. Paris, H. Champion, 1909.
In-8°, 316 pages. Prix : 10 fr. (Revue des bibliothèques, Supplé¬
ment I.)
Les premiers temps de l’imprimerie ont seuls suscité jusqu’ici les
recherches des érudits; la période postérieure n’a encore fait l’objet
d’aucun travail d'ensemble et les ouvrages déjà anciens de Deschamps
et de La Caille sont les seuls que nous puissions consulter pour retrou¬
ver les noms des imprimeurs des xvn® et xvm® siècles. Cette lacune
va être heureusement comblée. M. Lepreux n’a pas craint de s’atta¬
quer à la tâche énorme qu’est l’édification d’une Gallia typographica,
et il nous donne aujourd’hui le premier tome de cet important
ouvrage. On y trouve, divisée par départements, l’histoire de l’impri¬
merie dans les trois provinces les plus septentrionales de la France.
Pour chaque département, M. Lepreux donne la liste chronologique
des imprimeurs, ville par ville, avec les dates entre lesquelles ils ont
exercé leur profession, puis, par ordre alphabétique, la notice biogra¬
phique de chaque imprimeur. Le volume est complété par une série
P
d’analyses de pièces en général émanées du Conseil d’Etat, par une
table onomastique et un index des enseignes. Fait avec soin, après
de longues et patientes recherches, ce premier tome fait bien augurer
de ceux qui le suivront. Nous ne pouvons que souhaiter de voir
l’œuvre entière paraître promptement.
Henri Lemaître.
La Vie de saint Quentin , par Huon Le Roi de Cambrai ,
publiée pour la première fois par Artur Lângfors et Werner
SOderhjelm. Helsingfors, 1909. In-4°. {Acta societatis scien-
tiarum fennicæ, t. XXXVIII, n° 1.)
J’ai annoncé, dans un numéro précédent de cette revue, la publica¬
tion du Regret Nostre Dame, de Huon Le Roi de Cambrai, faite par
M. Artur Lângfors; c’est une autre composition du même rimeur
qu’imprime aujourd’hui le jeune érudit finlandais, en collaboration
avec son compatriote M. Werner SOderhjelm. La Vie de saint Quen¬
tin a été traduite du latin par Huon sous le règne d’un roi Philippe,
qui parait être Philippe le Hardi ; elle comprend 4,092 vers octosylla-
biques dans l’unique manuscrit qui nous l’a conservée. L’édition de
MM. Lângfors et SOderhjelm est précédée d’une étude sur la langue
%
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94
BIBLIOGRAPHIE.
(lu copiste du manuscrit 4 et sur celle de l'auteur, sur la date et les
sources du poème et sur d’autres vies françaises de saint Quentin.
Elle est suivie de quelques notes sur le texte, d’un glossaire et d’un
index des noms propres; le tout fait avec beaucoup de soin.
Je comprends autrement que les éditeurs quelques passages qui leur
ont paru peu clairs. Le sens des vers 50 et suivants est : « La France
est bien fortifiée et bien gardée de reliques du côté où saint Quentin
repose ; Dieu veuille la garantir des autres côtés » ; vers 435, 1’ ne se
rapporte pas à la parole du vers suivant, mais à saint Quentin, qui
vient de parler; la parole est le régime direct de joi, qui est un verbe
actif; il faut donc mettre une virgule après l'ol et supprimer celle qui
suit parole; vers 459, des « verges de plain puing trencans » ne
peuvent pas être des « verges si épaisses qu’on pouvait à peine les
tenir dans la main » (cette explication n’est donnée au lexique qu’avec
un point d’interrogation); des verges de cette grosseur ne seraient
plus des verges, mais des bâtons, et précisément les « bastons » sont
mentionnés au vers suivant; d’ailleurs, de grosses verges ne seraient
pas tranchantes : de (peut-être faut-il lire a) plain puing signifie « à
pleines mains, en poignées »; au vers 1513, je crois qu’il faut lire toi
au lieu de roi; au vers 2421, mors est un substantif et non un adjectif
(autrement on devrait substituer cors à chars) ; au vers suivant, il faut
lire ains au lieu de a inc : la perte de la chair ne fut pas une mort;
au contraire, les souffrances qu’endura le corps furent un grand bien
pour l’âme.
Ernest Langlois.
Guillaume de Machaut. Poésies lyriques. Édition complète en
deux parties, avec introduction, glossaire et fac-similés, publiée
sous les auspices de la Faculté d'histoire et philologie de Saint-
Pétersbourg, par V. Chichmaref. 2 vol. in-8®, dont le l' r com¬
prend les pages i-cxvi et 1-275, le II* les pages 277-705. Paris,
1909, à la librairie Champion.
Guillaume de Machaut, « le grant rethorique de nouvelle fourme »,
fut considéré par ses contemporains et par les versifieurs de la géné¬
ration qui a suivi la sienne comme un maître en poésie et en musique.
Quelle est la place qui lui revient en réalité dans l’histoire de ces
t. L’unique argument invoqué pour faire du copiste un Hainuyer est fondé
sur « le traitement picard du c, réuni avec la diphtongaison i« < Ç *. En
réalité, M. Hermann Suchicr, dont l’autorité est invoquée, ne confine pas, et
il a raison, la juxtaposition de ces deux phonèmes dans le Hainaut, ou, s’il le
fait, et il aurait tort, c'est en élargissant considérablement les frontières de
cette province, et en y enfermant, par exemple, la ville d’Aire (Pas-de-Calais).
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BIBLIOGRAPHIE.
95
deux arts ; on ne pourra le savoir sûrement avant d’avoir en mains
toutes ses œuvres. En 1849, P. Tarbé imprima un choix de ses poé¬
sies; il en donna d'autres en 1856, dans sa publication des Poésies
d'Agnès de Navarre-Champagne; en 1871, P. Paris publia le Voir
Dit pour la Société des bibliophiles françois; en 1877, L. de Mas
Latrie fit paraître la Prise d'Alexandrie pour la Société de l'Orient
latin; en 1903, quinze rondeaux et ballades ont été imprimés dans un
livret pour noces. Toutes ces publications réunies ne donnent pas la
moitié des vers du trop fécond rimeur. La Société des anciens textes
français décida en 1906 de publier, par les soins de M. E. Hoepffner,
les Œuvres de Guillaume de Machaul, moins le Voir DU et la
Prise dAlexandrie; le premier volume de M. Hoepffner a paru en
1908 : il comprend le Prologue , le Dit dou Vergier , le Jugement
dou roy de Behaingne, le Jugement dou roy de Navarre et le
Lay de Plour. Mais un savant russe, M. Chichmaref, préparait,
depuis de longues années peut-être, une édition des poésies lyriques
de Guillaume de Machaut; il ne s’est pas laissé faucher l’herbe sous
le pied, et personne ne serait autorisé à le lui reprocher.
L’édition de M. Chichmaref est précédée d’un court avant-propos et
d’une longue introduction. Dans son avant-propos, il prévient que
son édition de l’œuvre lyrique de Guillaume de Machaut « devait
suivre, comme une sorte de complément documentaire, une histoire
de la poésie lyrique dans le nord et le midi de la France pendant la
seconde moitié du moyen âge >. Des « circonstances imprévues »,
qu’on devine sans peine et sans jugement téméraire, l'ont « amené à
faire paraître d’abord cette seconde partie », que l’autre, espère-t-il,
suivra de près. Il réserve donc « pour le volume en préparation l’ana¬
lyse de cette œuvre et l’appréciation de son rôle dans l’ensemble du
mouvement littéraire de l’époque. Les traits essentiels et caractéris¬
tiques de son inspiration y seront mis en relief et présentés comme
un des sujets d'étude les plus intéressants pour l’histoire de cette
décadence poétique ». Tout le monde prendra acte avec plaisir de cette
promesse.
La partie la plus intéressante de l'introduction est le chapitre con¬
sacré à la « Vie de Guillaume de Machaut » ; on y trouvera de nom¬
breuses rectifications aux biographies antérieures, des précisions et
des identifications nouvelles. Ce chapitre est suivi d’un autre sur les
manuscrits des poésies de Guillaume.
Les textes publiés sont : 1° le Prologue; 2° la Louange des dames,
qui se compose de 274 courtes pièces : rondeaux, ballades et chants
royaux; 3° dix pièces groupées sous le titre, qui ne convient pas à
toutes, de Complaintes ; 4° un Dit intitulé : Vez ci les biens que ma
dame me fait; 5° les Lais, au nombre de vingt-quatre ; 6° les Motets,
au nombre de vingt-trois; 7° les Ballades notées (les manuscrits en
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96
BIBLIOGRAPHIE.
donnent quarante-cinq, mais seize figurant déjà parmi les ballades
sans musique, M. Chichmaref naturellement n’imprime ici que les
vingt-neuf autres); 8° les Rondeaux notés (vingt et un dans les
manuscrits : trois ont été imprimés parmi les rondeaux sans musique ;
les dix-huit autres le sont ici); 9° les Chansons balladées notées*;
10° un Appendice comprenant dix-neuf ballades et un virelai (auquel
il manque un vers). La raison pour laquelle ces vingt pièces ont été
rejetées en appendice est donnée dans une note de la page en : c’est
qu’elles n'existent que dans un seul manuscrit et que l'éditeur n’est
pas certain de leur authenticité.
Le Prologue, déjà publié par Tarbé, figure aussi en tête de l’édi¬
tion de M. Hoepffner, où il est mieux à sa place que dans celle de
M. Chichmaref, puisqu’il doit précéder immédiatement le Dit dou
Vergier. Le Lay de Plour a été de même imprimé à la fois par
M. Hoepffner et par M. Chichmaref ; comme M. Chichmaref, M. Hoepff¬
ner a donné dans son introduction une bonne biographie du poète.
Ces doubles emplois sont très regrettables, mais on n’en fera grief à
aucun des deux éditeurs : M. Chichmaref avait commencé d'imprimer
en janvier 1907 ; il ne pouvait, à cette époque, connaître le contenu
du volume de M. Hoepffner, et, d’autre part, M. Hoepffner ne pouvait
savoir de quoi se composerait la publication de M. Chichmaref, parue
après la sienne. La Société des anciens textes publie avec une lenteur
qui peut être sage, mais qui n’en est pas moins excessive : le pre¬
mier volume des Œuvres d’Eustache Deschamps a paru en 1878, le
neuvième et dernier en 1903; le premier volume des Œuvres de
Christine de Pisan est daté de 1886, le troisième de 1896, et l’on
n’entend pas encore parler du quatrième; on ne peut donc que souhai¬
ter avec reconnaissance la bienvenue à l’édition, d’ailleurs soignée,
de M. Chichmaref.
Ernest Langlois.
Géraud Lavergne. Le parler bourbonnais aux XIII • et
XIV e siècles. Étude philologique de textes inédits. Paris, Cham¬
pion, 1909. In-8°, 175 pages.
Ce livre utile ne répond pas à son titre. Le sous-titre seul est exact.
Nous avons là un bon nombre de textes inédits, principalement des
aveux, d'origine bourbonnaise, s'étendant sur une période qui va de
1245 à 1325. Les particularités phonétiques et morphologiques de ces
textes ont été relevées avec soin. Mais elles nous renseignent fort
incomplètement sur le « parler bourbonnais » des xni* et xiv e siècles.
Comme l’auteur le reconnaît lui-même, page 137, « le problème de la
1. Ni pour les ballades, ni pour les rondeaux, ni pour les chansons balla¬
dées, M. Chichmaref n’a donné la musique.
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BIBLIOGRAPHIE.
97
langue parlée en Bourbonnais au moyen âge reste à peu près intact ».
Il ajoute, en effet, très justement : « Nos constatations portent, il ne
faut pas l'oublier, sur la langue écrite officielle, dont l’orthographe
déjà fixée, compliquée de fausses élégances et modelée sur le latin des
clercs, supprime déjà la spontanéité de la langue parlée. » Le phéno¬
mène le plus curieux qui transparaisse, c’est, dans une pièce de Ver-
neuil, la désinence atone en eis , à rapprocher de la désinence en ais
qu’on rencontre en 1308 dans la Parabole de l’Enfant prodigue,
traduite en patois d’Ébreuil. Signalons, dans une note détaillée des
pages 140 et 141, un complément de la Bibliographie de Behrens en
ce qui touche le Bourbonnais. Le volume se termine par une table des
noms de personnes et des noms de lieux qui paraissent dans les textes
publiés.
L. C.
L. Salembier. Les œuvres françaises du cardinal Pierre
d’Ailly, évêque de Cambrai, J350-f420. Arras, Sueur-Char-
ruey (s. d.). ln-8°, 109 pages. (Extrait de la Revue de Lille, 1907.) '
Alors que les œuvres latines de Pierre d’Ailly sont très connues et
que les manuscrits, aussi bien que les éditions, en sont nombreux, ses
œuvres françaises ne nous sont parvenues que dans un manuscrit de
la bibliothèque d’Avignon (ms. 343), et une édition gothique, dont le
seul exemplaire connu est à laColombine de Séville (Rec. G. 37-27); il
est vrai que ces œuvres françaises sont peu nombreuses et d’impor¬
tance secondaire. On sera heureux toutefois d'en posséder une édition
moderne. Malheureusement, si M. Salembier connaît mieux que qui¬
conque la vie de Pierre d’Ailly 1 et sait très bien commenter ses
ouvrages, il semble peu préparé à la publication de textes en vieux
français; il n'indique jamais quelle leçon il donne, ses lectures ne sont
pas très sures 1 , enfin sa graphie, non seulement n’est pas conforme
à celle adoptée généralement aujourd’hui, mais elle est loin d’étre
logique, les accents et les élisions étant tantôt employés et tantôt pas.
H. L.
Georges Durand. Emoul Boulin, Alexandre Huet et les autres
huchers des stalles de la cathédrale d’Amiens. Notes biogra¬
phiques. Amiens, impr. de Yvert et Tellier, 1908. In-8°, 54 pages.
(Extrait des Mémoires de l’Académie d'Amiens, 1908.)
M. Georges Durand, dans cette intéressante notice parue voici déjà
1. Cf. Petnu de Allioco, a uct or e Ludovico Salembier,... Insulis, ex typis
J. Lefort, 1886, in-8*.
2. Nous relevons, entre autres erreurs, riengle pour rieugle, p. 34.
1910 7
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98
BIBLIOGRAPHIE.
quelque temps, nous fait pénétrer dans la vie des bûchers d’Amiens
au xvi* siècle, décrit leur mobilier, leurs ateliers, leur outillage. Dans
les premières pages, M. Durand montre la différence qui existait entre
les huchers, ouvriers du bois, et les menuisiers, qui se livraient aux
travaux délicats, en pierre, bois ou métal. Plus loin, M. Durand
recherche le salaire attribué aux maitres qui ont sculpté les stalles ;
ce salaire, fixé à 4 s. par jour, semble assez rémunérateur. Cette notice
se termine par une étude sur les compagnons des maitres huchers
d’Amiens, au nombre desquels était Jehan Turpin, à qui l’on attri¬
buait, avant les travaux savants de M. Durand, la paternité des stalles
d’Amiens.
M. A.
Recueil mémorable d’aulcuns cas advenus depuis l’an 1573
tant à Beauvais qu’ailleurs, publié d’après le manuscrit origi¬
nal, avec notes et documents complémentaires, par le D r Victor
Leblond,... Paris, H. Champion; Beauvais, impr. départemen¬
tale de l'Oise, 1909. In-8°, xvn-276 pages. (Publications de la
Société académique de l’Oise, II. Documents pour servir à l’his¬
toire de Beauvais et du Beauvaisis au xvi* siècle.)
L’auteur de ce Recueil mémorable est un certain Ricquier, sur la
personnalité de qui on manque de renseignements. Il commença à
écrire en 1573 et nota dans son registre les événements locaux, la
chute du clocher de la cathédrale, le prix des denrées, les phénomènes
météorologiques, les accidents de la foudre, les mutations de mon¬
naies, les petites séditions qui eurent lieu à Beauvais, le décès de
dignitaires ecclésiastiques (il n’appartenait pourtant pas lui-même au
clergé, car il semble avoir été marchand drapier), les épidémies, le
passage d’illustres personnages ou de troupes royales, les processions
extraordinaires, etc. Tout d’abord, son horizon fut étroit, et c’est à
peine s’il songea à marquer quelques faits intéressant la politique
générale du temps; mais, vers la fin du règne de Henri III, il com¬
mença à élever davantage ses regards, et son journal prit une bien
plus grande extension. De 1589 aux premiers mois de 1593, il abonde
en renseignements fort précieux. Naturellement, ce sont les guerres
de religion qui alimentent son récit, la lutte des ligueurs triomphants
à Beauvais contre les royalistes de Henri III et de Henri IV. Mais il
ne se contenta plus de rappeler le souvenir de ce qui se passait autour
de lui; ce sont maintenant tous les faits accomplis entre Paris et
Amiens par exemple qui eurent le don de l’intéresser. Aussi son
Recueil devient-il une source des plus importantes pour l’histoire de
cette région.
Le manuscrit qui l’a conservé se trouve aujourd’hui dans cette belle
collection de pièces d’archives, que M. le baron de Brétizel, au château
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BIBLIOGRAPHIE.
99
du Vieux-Rouen, communique si libéralement aux érudits. Il avait
déjà été connu et utilisé; même des copies partielles en avaient été
répandues. Il appartenait à M. le D r Leblond, si dévoué à la Société
académique de l’Oise qu’il préside, et si passionné pour l’histoire de
sa ville, de nous le présenter avec tout l’appareil scientifique exigé. Il
a enrichi son édition de nombreuses notes explicatives; il a ajouté
même de très abondants documents qui ont plus que doublé l’impor¬
tance de son volume. Ces documents, qui permettent le contrôle du
Recueil mémorable et complètent ses lacunes inévitables, ont été
extraits des Mémoires historiques de Jean Mollet ou de chroniques
contemporaines plus étendues, des registres capitulaires de la cathé¬
drale, des registres des délibérations de l’hôtel de ville, des recueils
Le Mareschal et de Troussures.
J’aurais cependant peut-être souhaité une autre disposition de ces
notes et documents, car il est assez incommode d’être obligé de cher¬
cher les unes et les autres à la fin du volume. Les notes explicatives
du texte, les identifications des personnages présentés, les rectifica¬
tions du Recueil auraient fort bien pu être imprimées au bas des
pages, tandis que les documents auraient été donnés dans un appen¬
dice distinct, chacun avec son numéro d’ordre et une courte analyse en
tête. J’ai remarqué aussi que la table alphabétique des matières et
des noms était loin d’être complète : je n’y ai pas trouvé les person¬
nages étrangers au pays signalés par Uicquier. Puisque j'en suis à ces
remarques, me permettra-t-on d'observer que les « connins » n’étaient
pas des canards (voir p. 5), mais des lapins, et de rectifier Fernaques
(p. 7) en Fervaques? Mais je serais injuste si je ne donnais un tribut
mérité d’éloges à l’activité et à la science historique de M. le
D r Leblond. Son volume est extrêmement précieux, et il faut le féli¬
citer de nous l’avoir présenté si riche de renseignements de tout pre¬
mier ordre.
L.-H. Labande.
J.-B. Martin, docteur de l’Université de Lyon. Histoire des
églises et chapelles de Lyon , publiée avec la collaboration de
MM. J. Armand-Caillat, L. Bégule, J. Beyssac, D r J. Birot,
A. Bleton, R. Cox, F. Desvernay, P. Dissard, F. Benolt-d’En-
trevaux, Mgr Forest, L. Galle, J.-B. Giraud, A. Grand, R. Le
Nail, S.-M. Perrin, A. Poidebard, J.-B. Vanel. Introduction par
S. G. Mgr Dadolle, évêque de Dijon, ancien recteur des Facul¬
tés catholiques de Lyon, et M. l’abbé J.-B. Vanel, curé de Saint-
Bonaventure de Lyon. Lyon, H. Lardanchet, 1908-1909. 2 vol.
in-4°, planches hors texte et gravures.
C'est un bien gros travail et d’une utilité incontestable qu’a entrepris
sous ce titre M. l’abbé J.-B. Martin, aidé de dix-huit collaborateurs.
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100
BIBLIOGRAPHIE.
Pareil ouvrage semblait comporter de la part du conducteur un
plan... méthodique, topographique, chronologique..., ou le plan
démocratique de l’ordre alphabétique.
M. Martin débute, chapitre i or , par la cathédrale, Sainte-Croix et
g
Saint-Etienne, ses annexes, nous laissant entrevoir un plan protoco¬
laire. Mais, dès le second chapitre, il groupe ensemble, sans souci des
dates, de la topographie, des origines, les Célestins du bord de la
Saône, au cœur de la ville, Saint-Bruno des Chartreux, sur la colline
de la Croix-Rousse, les Frères Prêcheurs, qui, du centre de la presqu’île,
l’entraînent aux Brotteaux, d’où il remonte à la Croix-Rousse pour
décrire l’église Saint-Denis des Augustine, redescendre à la chapelle
de l’Hôtel de ville, traverser la Saône, escalader la colline de Four-
vière, pour traiter du couvent des Minimes.
Sans plus de souci, M. Martin groupe dans le même chapitre (t. II,
ch. vu) religieux et religieuses : Cordeliers de l’Observance, Petites-
Sœurs de l'Assomption, Sœurs de Marie-Joseph, religieuses du
Sacré-Cœur, Sœurs de Notre-Dame de Fourvière, religieuses Notre-
Dame de l’Assomption, Nazareth, Servantes des pauvres, Missions
africaines, Notre-Dame d’Afrique, Oratoriens, Saint-Polycarpe, Pro¬
pagation de la foi.
Notre-Dame d’Afrique, une fondation du cardinal Lavigerie, Naza¬
reth, l’Assomption, le Sacré-Cœur et autres ordres du xix° siècle sont
dans le même chapitre que les Cordeliers de l’Observance fondés au
xv« siècle et les Oratoriens au xvn«.
D’un bout à l’autre de l’ouvrage, la classification de M. l'abbé Mar¬
tin déroute le chercheur; ses notices semblent jetées au hasard.
Peut-être faut-il en trouver la raison dans ce fait que, des dix-huit
collaborateurs, neuf seulement ont fourni une collaboration effective
et dans une mesure fort restreinte. Le travail presque tout entier est
donc l’œuvre de M. Martin, et on doit lui savoir gré de l’avoir mené
à bien.
Mais accomplir une lourde tâche dans un délai relativement court
n’est point une garantie pour la perfection du travail; en lisant le
livre de M. Martin, on se demande d’une page à l’autre si c’est là
œuvre de vulgarisation, d’édification ou d’érudition ; cette impression
provient sans doute de la précipitation avec laquelle il a été procédé
à la rédaction; précipitation sensible surtout pour ceux qui, connais¬
sant quelque peu l’histoire de Lyon, retrouvent, presque dans les
mêmes termes, ce qu'ils ont pu lire ailleurs :
J.-J. Grisard, Documents pour ser¬
vir à t histoire du couvent des
Carmélites. Lyon, 1887, p. 2.
... firent venir de la capitale sept
religieuses qui arrivèrent A Lyon le
J.-B. Martin, Histoire des églises et
chapelles, t. I, p. 80.
... Elles arrivèrent le 12 septembre
1616 et logèrent d’abord A Ainay, chez
les Dames de la Visitation, d'où elles
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BIBLIOGRAPHIE.
101
12 septembre 1616 et furent logées d'a¬
bord à Aioay, chez les Visitandines,
d'où elles sortirent le 9 octobre sui¬
vant pour s'installer dans le monas¬
tère qu elles ont occupé jusqu'en 1792
et qu elles devaient & la munificence
de Jacqueline de Harlay, qui prit le
titre de fondatrice de leur couvent,
dédié par la première prieure, la
R. M. Magdeleine de Saint-Joseph, à
Notre-Dame de la Compassion.
Le lieu choisi pour l'établissement
du nouveau couvent faisait |»artie du
territoire de la Geila et était situé au
sommet de la côte Saint-Vincent, qui
prit dés lors le nom du nouvel éta¬
blissement. Il ressortait de la rente de
l'abbaye d'Ainay en concours avec
celle de Saint-Pierre.
sortirent le 9 octobre suivant pour
occuper le monastère qu elles ne quit¬
tèrent plus qu'en 1792 et qu'elles
durent à la munificence de Jacque¬
line, dont elles récompensèrent le
zèle par le titre mérité d'insigne fon¬
datrice. Leur première prieure, Ma¬
deleine de Saint-Joseph, dédia cet
asile définitif A Notre-Dame de Com¬
passion. Le lieu choisi faisait partie
du territoire de la Gella, au sommet
de la côte Saint-Vincent, qui prit dès
lors le nom du nouvel établissement.
Le terrain ressortait de la rente de
l'abbaye d'Ainay en concours avec celle
de Saint-Pierre...
Les Carmélites n’ont pu loger en 1616, à Ainay, chez les Dames de
la Visitation, puisque M. Martin (même tome, p. 126-127) constate
que les Visitandines, arrivées à Lyon le 1 er février 1615, furent ins¬
tallées aux Terreaux, rue du Griffon, et que ce n’est que le 14 juin
1617 qu elles prirent possession de leur monastère de Bellecour sur la
paroisse Saint-Michel.
Cette impossibilité n'avait point échappé à J.-J. Grisard, qui, p. 345,
corrige : « à Ainay, dans le logis de M. d’Halincourt, joignant
l’abbaye. »
Dans la bibliographie du chapitre v du tome II, deux noms d’au¬
teurs seulement sont cités pour le couvent des Carmes déchaussés,
ceux des abbés Duplain et Giraud ; il en est un troisième qui s’impo¬
sait, celui de Paul Saint-Olive, preuve :
P. Saint-Olivb, le Quartier de*
Grands-Capucin», dans Revue du
Lyonnais , 1874, 3* série, t. XVII,
p. 180 et saiv.
La première maison queje remarque
au sommet de la montée des Grands-
Capucins. aujourd'hui des Carmes-
Déchaussés, est celle des Mascrani,
originaires du pays des Grisons. Ils
vinrent s'établir à Lyon vers 1580 et
furent naturalisés français en 1622
(Arm. lyonnais)...
Ils avaient le titre de seigneurs de
Laverrière et de Thunes, et ce der¬
nier titre indique parfaitement leur
J.-B. Martin, Hist. des églises, t. II,
p. 171.
... C'est la maison Mascranni, ainsi
nommée de ses propriétaires, origi¬
naires des Grisons. Les Mascranni
vinrent s'établir A Lyon vers 1580 et
furent naturalisés français en 1622;
ils devinrent seigneurs de Laverrière
et de Thunes; ce dernier titre indique
parfaitement leur propriété sur le
coteau de Fourviére. Leurs posses¬
sions s’étendaient sur la plus grande
partie du terrain jusqu’au plateau
supérieur dit tènement de la Thibau-
dière. Ce fut Paul Mascranni, ban-
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102
BIBLIOGRAPHIE.
propriété sur ce coteau. Us possé¬
daient une grande partie du terrain
situé au-dessous de Fourrière, dit
tènement de la Thibaudiére, et ce fut
un Paul Mascrani, prérôt des mar¬
chands, en 1667, qui vendit aux Laza¬
ristes la maison où ils établirent leur
communauté, occupée aujourd’hui par
le raste pensionnat des Frères des
Écoles chrétiennes. Ce Paul Mascrani
mourut en 1675 et fut inhumé dans
l'église des Grands-Capucins...
Pareil travail de marqueterie pourrait être constaté dans d’autres
notices, notamment tome I, page 182, les Recluseries , dont le texte
est à rapprocher de celui de la Bibliothèque historique du Lyon¬
nais, p. 73.
De cette constatation, pour qui connaît M. l’abbé Martin, il n’y a
qu’une conclusion à tirer, c’est qu’obligé de faire vite, il a .conscien¬
cieusement dépouillé lui-même, ou par procureur, les ouvrages
qui pouvaient lui être utiles, établissant des fiches avec larges
citations, et que, dans la hâte de la rédaction, il a oublié de guille-
meter les emprunts et de noter exactement les références, car la
bibliographie, fort riche, même pour de petits sujets, devrait être
rationnellement réduite à l'ouvrage utilisé.
Cette hâte se constate un peu partout : qu’il s'agisse de l’église
Saint-Pothin (t. I, p. 248), M. Martin oublie que l’un de ses collabo¬
rateurs a signalé une paroisse sous ce vocable (même tome, p. 47) ; de
la maison des religieuses Trinitaires, il oublie de nous en préciser
l’emplacement actuel. De la Propagation de la foi, fondation du
xvii* siècle (t. II, p. 337), qui aurait été œuvre de « douceur », il nous
est dit : « Voici comment un ancien document manuscrit raconte la
fondation de la maison de Lyon », et le lecteur devra chercher quel
est ce manuscrit. De la Propagation de la foi, œuvre contemporaine,
deux notices (t. I, p. 295; t. II, p. 254) ne peuvent être lues avec pro¬
fit que par les initiés capables de faire la distinction ou le rapproche¬
ment entre la fondation de l’abbé Moyne et les dizaines de Pauline-
Marie Jaricot, etc., etc.
Il y a pourtant dans ce livre des pages traitées de main d’ouvrier
qui démontrent que M. l’abbé Martin pouvait être à la hauteur de la
tâche assumée et rompre cette sorte de fatalité qui, depuis et y com¬
pris la publication de la Nouvelle histoire de Lyon d’A. Steyert,
semble marquer les ouvrages illustrés publiés sur la région lyon¬
naise.
Telle qu’elle est, l'Histoire des églises et chapelles de Lyon,
incomplète, écrite hâtivement, ne sera point sans rendre service à
quier, prévôt des marchands en 1667,
qui vendit aux Lazaristes la maison
oh ces religieux établirent leur com¬
munauté. Devenue à la Révolution
bien national, elle fut achetée plus
tard par les Frères des Écoles chré-
tiennnes, qui y fondèrent un vaste
pensionnat appelé Les Lazaristes , du
nom des anciens religieux qui l’avaient
occupé. Paul Mascranni mourut en
1675 et fut inhumé dans l’église des
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BIBLIOGRAPHIE.
103
ceux qui en useront avec prudence et négligeront celles des gravures
qui nous donnent des reconstitutions romantiques.
M. l’abbé Martin est capable de faire bien; il se doit à lui-même
une revanche. Qu’il veuille bien considérer le retard apporté à la
publication du présent compte-rendu comme une marque de confiance
et de sympathique intérêt.
G. G.
Ville de Marseille. Inventaire sommaire des archives com¬
munales antérieures à 1790. Série BB... T. I. Marseille,
Moullot fils aîné, 1909. In-4°, 239 pages.
M. Philippe Mabilly, qui conserve actuellement les archives muni¬
cipales de Marseille, continue avec zèle la publication de ses inven¬
taires entreprise depuis trois ans. Voici le deuxième fascicule qu’il
nous donne : il contient l’analyse des quatre-vingt-treize pièces ou
délibérations distinctes qui composent les liasses BB 1 à 10, et des
vingt-trois premiers registres de délibérations. Les pièces séparées
datent de 1225 à 1788; le plus grand nombre appartient à la période
antérieure au xvi« siècle. Les registres ici présentés débutent en 1318
et finissent en 1481; mais que de lacunes! Une première nous
empêche de connaître les décisions prises par les assemblées munici¬
pales en 1321 et pendant les dix premiers mois de 1322; une autre
embrasse toute l’année 1324; puis c’est pour les années 1327, 1330 et
1331 (dix premiers mois) ; c’est encore de novembre 1332 à novembre
1336, de mai 1337 à octobre 1339, de novembre 1340 à août 1348, etc.
Si le xiv* siècle est en somme assez favorisé, le suivant est tout à fait
appauvri : nous n’y avons de délibérations que pour les années 1401,
1403, 1469, 1470, 1471, 1472, 1480 et 1481. Elles nous sont aussi par¬
venues dans le plus grand désordre. Les registres du xiv* siècle, qui
ont été respectés, sont encore loin d'être en parfait état : beaucoup de
leurs feuillets ont été gâtés par l'humidité et sont devenus presque illi¬
sibles. Ne nous plaignons pas trop cependant; ces volumes fournissent
de très abondants documents.
Le rédacteur du présent inventaire a compris toute l’importance des
liasses et registres qu’il a eus entre les mains; ils les a analysés fort
longuement et n'a laissé de côté aucune des décisions prises par les
assemblées municipales. Son exemple est vraiment à retenir : si les
mêmes principes avaient été toujours adoptés, nous n’aurions pas
aujourd'hui tant d’inventaires insuffisants.
On se doute bien que les matières traitées sont des plus variées. On
trouvera donc ici, avec les documents qui intéressent la vie et les
événements d’une grande ville, de précieux renseignements sur les
rapports des Marseillais avec les comtes de Provence, les guerres
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104
BIBLIOGRAPHIE.
soutenues par eux, les expéditions faites sur terre ou sur mer, la pèche
et le commerce du corail, le consulat de Naples, etc. On relèvera de
nombreuses décisions pour la défense des commerçants attaqués par
les pirates italiens et catalans ou bien exposés aux effets des lettres
de marque ; on peut en signaler d'autres sur l’assistance médicale, les
hôpitaux, l’enseignement, même celui des sciences naturelles, la police
des rues, les marchés, les monnaies, le traitement des Juifs, la régle¬
mentation des bonnes mœurs et nombre d’autres sujets. Les récep¬
tions des papes au xiv* siècle et des rois préoccupèrent encore assez
fréquemment les Marseillais. Ils avaient aussi à enregistrer les lettres
patentes nommant aux fonctions administratives et judiciaires, telles
que celles de sénéchal de Provence et de viguier, de sous-viguier et
de juge. On voit qu’ils pouvaient se refuser à accepter un fonction¬
naire du comté qui ne leur plaisait pas. Je n'en dirai pas plus long
sur l’intérêt que présente ce premier tome d’inventaire de la série BB.
On n'aura qu a lire la lettre de M. Mabilly, qui sert de préface, et sur¬
tout à parcourir le volume pour être pleinement édifié.
Les analyses ont été soigneusement rédigées; j'aurais cependant
quelques rectifications à proposer d’ajouter aux errata, surtout pour
des noms de personnes. Ainsi, il faut lire, p. 37, le Soudan de Baby-
lone, au lieu de Saudan Bobilonie; p. 42, 2 e col., Simon Boccane-
gra, doge de Gênes, au lieu de Simon Bouchenoire, duc de
Gênes (aux errata, Boccanegro; voir aussi p. 94, 2° col.; en général,
les doges de Gênes sont ici improprement appelés ducs); p. 43, 2 e col.,
et p. 45,1" col., Ayton Doria, au lieu d 'Aycon Doria; p. 44, l ro col.,
teneri prostibulum, au lieu de teni postribulum; p. 79, 1” col.,
Lercari, au lieu de Larcari; p. 80, 2 e col., Pierre de Cervole, au
lieu de Pierre de Cervola, et je doute que le mot de Ginasservis,
nom d’un prieuré, soit bien lu; p. 104, 2 e col., Louis de Tabia, non
Louis de Tubia; p. 109, l™ col., au lieu des châteaux de Monteux
et d’Adhémar, ne faut-il pas lire le château de Montélimar; même
col., faro et non farot; p. 110, 1™ col., Adomo , et non Adomi;
p. 125, 1" col., Jean Doria , au lieu de Jean d’Auria; p. 138, 2° col.,
château de Grimaud, et non Grimaldi; p. 141, 2 e col., Jean d’Èze,
et non Jean d’Isie (voir aussi p. 215, l re col., Isnard d’Èze, au lieu
d ’lsnard d’Ysia), etc. Pourquoi imprimer aussi la patrie de Provence,
au lieu du terme consacré de pays de Provence? Qu’est-ce aussi que
que le duc de Berivo en 1382 (p. 161, 2 e col.)?
Ce sont là de petites taches qui ne doivent pas nous faire oublier
les efforts du rédacteur de cet inventaire pour nous donner, dans le
plus bref délai possible, communication d’une foule de documents
extrêmement, importants, non seulement pour l'histoire de Marseille
et de la Provence, mais encore pour le commerce méditerranéen au
xiv® siècle. Il me faut donc encore insister sur ses mérites et le féli-
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BIBLIOGRAPHIE. 105
citer de la conscience qu’il a apportée dans l’accomplissement de son
œuvre.
L.-H. Labande.
Jos. Berthelé. Montpellier en il68 et en 1836, d’après deux
manuscrits inédits. Montpellier, impr. Serre et Roumégous,
1909. In-fol., 188 p. (Extrait des Archives de la ville de Mont¬
pellier, inventaires et documents, t. IV.)
— Plaquettes montpelliêraines et languedociennes. IV :
la Vieille chronique de Maguelone, chronicon Magalo-
nense vêtus, nouvelle édition. Montpellier, impr. générale du
Midi, 1908. In-8°, paginé 101-200. — V : Un conflit sco¬
laire au XIV e siècle. Le Vigan, impr. Ch. Bausinger, 1909.
In-8°, paginé 201-208. (Extrait de la Revue historique du dio¬
cèse de Montpellier.)
— Opuscules campanaires. III : les Fontes de cloches à
l'intérieur des églises. Château-Thierry, impr. moderne, 1908.
In-8°, paginé 25-36. (Extrait des Annales de la Société histo¬
rique et archéologique de Château-Thierry.) — IV :
Anciennes cloches municipales de Bordeaux, d’Orléans et
d’Amiens. Montpellier, impr. coopérative ouvrière, 1909. In-8°,
paginé 37-58. (Extrait du Bulletin mensuel de l’Académie des
sciences et des lettres de Montpellier.)
L 'État et description de la ville de Montpellier , rédigé en 1768
par un anonyme, dont M. Berthelé n’a pu découvrir la personnalité,
est un mémoire considérable qui nous fournit sur l’état matériel et
moral de la ville un peu après le milieu du xviii* siècle, sur les
classes sociales, sur les institutions et les mœurs, sur le commerce et
l'industrie une ample moisson d’informations.
Le Voyage à Montpellier en 1836 est également anonyme; mais
M. Berthelé a pu établir qu’il a pour auteur François-Louis Jourdan,
père du directeur du télégraphe à Montpellier, Alexandre Jourdan.
Simple journal rédigé par l'auteur pour sa famille, ce Voyage n’est
pas, comme le mémoire précédent, une description raisonnée et sys¬
tématique. Les extraits qu’en donne notre confrère, qui l’a jugé
indigne d’une publication intégrale, contiennent plus d’un détail
curieux et permettent de constater sur quelques points comment la
physionomie de Montpellier s’était modifiée ou au contraire conservée
en trois quarts de siècle.
Le Chronicon magalonense vêtus est une œuvre du xii* siècle,
qui est bien loin d’étre inconnue des érudits, puisque déjà elle a été
trois fois éditée. Elle abonde en indications sur la construction de la
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BIBLIOGRAPHIE.
cathédrale, et M. Berthelé, après avoir montré que l’attribution
qu’Alexandre Germain en a faite à l’évêque Jean de Montlaur ne
repose que sur l'interprétation erronée d’un des passages de la chro¬
nique, émet l'hypothèse que l'auteur est le chanoine « ouvrier » de la
cathédrale au temps de cet évêque, et que ce chanoine pourrait être
Bernard de Tréviers, l’auteur supposé de Pierre de Provence. Les
arguments de M. Berthelé sont ingénieux sans emporter la conviction.
Quant à l’édition qu’il nous donne du texte de la chronique, elle se
distingue surtout par l’abondance et la précision des éclaircissements
topographiques dont il l’a enrichie.
Le conflit scolaire élevé au xiv* siècle entre le curé et les habitants
de Marsillargues ne nous est connu que par une bulle de Jean XXII,
dont la publication a donné naissance à la cinquième des Plaquettes
montpelliéraines de M. Berthelé; nous n’apprenons guère que l’ob¬
jet du conflit : prétention du curé d’être seul instituteur dans sa
paroisse et prétention contraire des habitants de choisir un instituteur
à leur gré.
En même temps que la publication de ses Plaquettes montpellié¬
raines, notre excellent confrère continue celle de ses opuscules cam-
panaires. Dans l’un, il établit qu’un four découvert en 1892 dans une
église de Château-Thierry, et où l’on avait prétendu voir un four cré¬
matoire, est un four ayant servi, suivant un usage assez commun
chez les saintiers, à la fonte ou refonte des cloches. Dans l’autre, il
nous fait connaître quelques documents sur les cloches municipales
de Bordeaux (1774-1775), d’Orléans (1458) et d’Amiens (1748-1757).
E.-G. Ledos.
*
Une relique nationale. La maison de Jeanne d’Arc à Orléans ,
par Eugène Jarry. Ouvrage accompagné de 7 gravures et de
4 plans. Orléans, Marcel Marron, 1909. In-8°, 90 pages.
La gloire croissante de Jeanne d’Arc, à laquelle il nous est bien
permis de dire que l’École des chartes n’a pas été étrangère, fait avi¬
dement rechercher toutes les traces de son passage sur notre sol. « La
moindre bourgade en recherche avec passion les vestiges, dit notre
confrère Eugène Jarry dans l’avant-propos du travail dont on vient de
lire le titre. Quelques villes pourtant, continue-t-il, sont plus fortu¬
nées. Parmi elles, Domrémy garde la maison où naquit et grandit la
Pucelle; Chinon, les murs ruinés du château où brillèrent les pre¬
miers signes de sa mission; Reims, sa cathédrale splendide où Jeanne,
radieuse, vit sacrer le roi; Rouen, la sombre tour où elle fut mise en
présence des instruments de torture, et les fondations de celle qui vit
sa captivité : émouvants souvenirs de l’épopée merveilleuse qui res¬
taura la France, en la replaçant dans les conditions politiques néces-
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BIBLIOGRAPHIE.
107
gai res à son existence nationale et à son développement. — A Orléans,
nous possédons encore l'abside de notre cathédrale et ses charmantes
chapelles, où vinrent s’engouffrer en ondes formidables les harmonies
d’un enthousiaste Te Deum. — Récemment reparurent à nos yeux
les bases des tours de la bastille des Tourelles, où se joua le dernier
acte de la délivrance. — Nous avons enfin, de science certaine, la
maison du trésorier Jacques Boucher et une portion notable de l’ap¬
partement où Jeanne reçut asile pour accomplir l’un des grands actes
de sa mission : la levée du siège d’Orléans. »
A cette dernière « relique », connue à Orléans sous le nom de
« maison de la Pucelle » et menacée dans l’un de ces conflits où l’ar¬
chéologie et les souvenirs de notre histoire se trouvent aux prises
avec la passion de régularité dont sont animées les autorités de nos
jours, notre confrère a voulu apporter le témoignage et le secours de
l’érudition, et il en a entrepris dans cette vue la monographie détail¬
lée. Il s’est imposé là un rude labeur, qu’il n’a pu mener à bien que
par de longues et patientes recherches dans les archives anciennes
des notaires d’Orléans, mais d’où est résulté un remarquable travail
de topographie et de reconstitution historiques.
Il a distribué sa matière en cinq chapitres : I. La maison de Jacques
Boucher au xv e siècle. II. L’emplacement de la Porte-Renard. III. Les
transformations de l’hôtel de Jacques Boucher au début du xvi* siècle.
IV. Vente de l’hôtel à la famille Colas des Francs. — Nouvelles trans¬
formations. — La chambre et l’hôtel de la Pucelle. V. Examen archéo¬
logique et historique. — Conclusion. — Deux appendices ont pour
sujets : I. Les possesseurs anciens de la maison de Jeanne d’Arc.
II. Discussion du plan de restitution. — Trois documents sont publiés
en pièces justificatives : I. 30 octobre 1543. Vente de la maison de
Jacques Boucher à la famille Colas des Francs (Minutes Provenchère.
•
Etude Gillet). — II. 2 mars 1599. Description de la maison de Fran-
_ 9
çois Colas des Francs (Extrait de partage. Minutes Riou. Etude Les-
tang). — III. 15 mars 1635. Description des maisons de l’Annonciade
et de la Pucelle (Extrait de l’acte de vente à Pierre Baron. Minutes
9
Cahouet. Etude Gaullier). — Les planches suivantes illustrent le
texte et aident l’intelligence du lecteur : I. Ancienne maison de
Jacques Boucher (maison de la Pucelle). II. Porte de la maison de
Jacques Boucher. III. Plan de restitution au xv° siècle. IV. Plan ter- *
rier. V. Plan général. VI. Pavillon dit de Jeanne d’Arc. VII. Maison
de la Vieille-Porte-Renard. VIII. Fenêtre voisine du pavillon dit de
Jeanne d’Arc. IX. Premier étage de la maison de Jacques Boucher
(extérieur). X. Solives du premier étage. XI. Coupes et plan du soli¬
vage de la maison de Jacques Boucher (premier étage).
Notre confrère, dans ses recherches et son exposé, a voulu suivre
en toute rigueur la forte méthode de notre école. Son travail est
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BIBLI06BAPME.
P88entiellement technique. Il a bravé l'aridité afin d’obtenir une com¬
plète précision. Il s'est dédommagé dans son avant-propos, où il a
donné libre vol aux élans de son cœur, exprimé en termes éloquents
et même poétiques son culte pour la vierge libératrice, marqué
notamment son adhésion au caractère surnaturel, inséparable selon
nous, de la vie et de l’œuvre de Jeanne d’Arc.
Marius Sepet.
Mémoires de la procession de la ville de Valentienne, compo¬
sés par sire Simon Le Boucqécrits en 1653, publiés par
M. Bauchond. Valenciennes, G. et veuve P. Giard, 1908. In-8°,
208 pages, avec 5 planches par A. Boutique.
La « procession de la ville de Valentienne » remonte au haut moyen
âge. En 1587, un écrivain local, Jean Cocquiau, expose son origine
dans des termes que reproduit M. Bauchond : « On raconte qu’en l’an
mil VIII, la procession de ceste ville fut instituée, parce qu’ung her-
mitte, demorant près la chapelle de Nostre Dame de la Fontaine, près
de Pont, durant que la peste estoit ici très vehemente, annoncea que
la Vierge Marie commandoit de, au lendemain vin de septembre, faire
le mesme tour avec ung cordeau, à l’environ de la ville, comme on
l’avoit veu du soir le faire avec ung cordeau, lequel s’est depuis gardé
en la fierte des royés. »
Depuis le xi a siècle, cette cérémonie ne parait pas avoir cessé d’être
célébrée. Mais les historiens ne s’en occupèrent pas avant le xvi*. Ce
fut au milieu de la période séculaire suivante qu’un écrivain valen-
ciennois fort connu, Simon Le Boucq, « escuier, ancien prévôt de la
ville », écrivit à son sujet deux mémoires conservés en autographe
dans un manuscrit de la bibliothèque de Mons et dont la publication
forme l’origine et le fond du travail de M. Bauchond.
Ils sont précédés d’une introduction comprenant trois parties. D’une
part, comme cette cérémonie n’a été étudiée, nous venons de le dire,
qu'à une époque relativement récente, mais qu’elle est bien antérieure,
l’auteur expose les sources de son histoire au moyen âge. Elles se
ramènent à trois groupes : les archives des comtes de Hainaut, main¬
tenant au dépôt de l’État à Mons et remontant à 1265; les archives
municipales de Valenciennes, renfermant en particulier les comptes
depuis 1347 : M. Bauchond en a donné le seul conservé intégralement,
de 1484; enfin, les archives, valenciennoises encore, des confréries et
débutant aussi au xiv® siècle : une charte de la confrérie des royé6 du
8 septembre 1380 existe en original. La seconde et la troisième partie
de l'Introduction comprennent la bibliographie et l'iconographie,
celle-ci relative aux seules gravures ; l’une et l'autre ont été dressées
depuis le xvn e siècle.
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BIBLIOGRAPHIE.
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Viennent ensuite naturellement les deux écrits : les < mémoires de
la procession de la ville de Valentienne », de 1653; puis « l'abandon
de la Mere de Miséricorde par... la ville », « plainte de la glorieuse
Vierge sur son abandon » ; c’est une sorte d'apostrophe de la Vierge
aux habitants, où elle leur rappelle ses bienfaits et se plaint de leur
ingratitude, surtout de leur délaissement de son sanctuaire tradition¬
nel de Notre-Dame-la-Grande. Deux appendices, comprenant deux
documents de 1761 et de 1766, complètent les mémoires.
Enfin, cinq planches, reproduisant soit des miniatures du xvi® siècle,
tirées d'un manuscrit de la bibliothèque de Douai, soit des gravures
anciennes de l'auteur, ont été reproduites en phototypie par M. Bou¬
tique.
Des deux mémoires que contient l’élégant volume de M. Bauchond,
le premier en particulier donne certainement plus encore que son titre
ne le promet. L’exposé dans tous ses détails de cette cérémonie reli¬
gieuse constitue en effet une précieuse contribution à l’histoire de la
civilisation urbaine au milieu du xvii® siècle. Les chapitres consacrés
à la « marche et à l’ordre de la procession », à la « marche des confré¬
ries », à la « suite des fiertres et corps saints » que porte le clergé
abbatial, offrent une énumération précise et utile de tous les éléments
personnels et réels du défilé : « Serments », « stilz et mestiers », ordres
religieux, confréries, ou reliquaires et autres richesses du même genre,
surtout des abbayes; ainsi, la liste des cinquante corporations énonce
les dates de « leurs premières ordonnances » et de « leurs Chartres », les
noms de leurs patrons, les « dates de leurs fetes et de leurs églises » ;
des indications analogues existent au sujet des autres groupements.
La description de toutes les châsses et parties de trésors mérite éga¬
lement d’étre mentionnée au point de vue artistique. On a ainsi un
ensemble précieux de renseignements sur la vie des associations dans
une cité du nord de la France sous l’ancien régime. On ne peut donc
que féliciter M. Bauchond qui, dans de telles conditions et avec tous
les éclaircissements désirables, a ajouté un nouveau chapitre à la
monographie de cette ancienne fête religieuse et plus généralement a
contribué encore à nous faire connaître l’histoire de la ville de Valen¬
ciennes, qui lui est si familière. L’auteur a déjà donné, en effet, il y
a quelques années, on se le rappelle, un excellent mémoire sur « la
juridiction criminelle du magistrat de Valenciennes au moyen âge »,
dont il a été parlé ici même 4 ; à ce travail juridique vient maintenant
s’en ajouter très heureusement un autre d’histoire religieuse et sociale.
Georges Espinas.
1. Bibliothèque de l'École des chartes , t. LXVI, 1905, p. 144.
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110
BIBLIOGRAPHIE.
L'Abbaye de Villers-en-Brabant aux XII* et XIII* siècles ,
étude d'histoire religieuse et économique par E. de Moreau,...
suivie d'une notice archéologique par le chanoine R. Maerb,...
Bruxelles, A. Dewit, 1909. In-8°, lxxii-350 pages, planches.
Comme il l’indique dans sa préface, M. de Moreau ne s’est pas
attaché à décrire les ruines pittoresques d’une ancienne abbaye, bien
connue de tous les habitants de Bruxelles et du Brabant. Il s’est
efforcé de retracer la fondation, le développement pendant le xii* et
le xm e siècle d’un des monastères les plus riches des Pays-Bas, et
l’étude qu’il nous donne est excellente ; les faits sont présentés avec
clarté, selon un plan très bien conçu et bien divisé. Le lecteur passe
successivement en revue l’histoire générale, si l’on peut dire, de l’ab¬
baye et de ses abbés, la vie religieuse menée par les moines et enfin
l’administration des biens temporels du monastère. Une notice
archéologique sur l’abbatiale et les bâtiments claustraux complète
heureusement le volume.
La fondation de l’abbaye cistercienne de Villers date du voyage
effectué par saint Bernard dans les Pays-Bas en 4146-1147. L’influence
exercée par le saint fut telle que de nombreux laïcs fortunés, des
clercs prébendés abandonnèrent leurs biens pour entrer dans l’Ordre
de Clteaux; les monastères d’Aulne, de Cambron, de Loos se fon¬
dèrent ou passèrent sous la dépendance de Clairvaux. Villers naquit
du même mouvement; saint Bernard y envoya dix-huit moines de
Clairvaux. Les premiers temps furent rudes; mais le travail opiniâtre
des religieux vint à bout de toutes les difficultés en même temps que
leur ferveur et leur zèle leur conciliaient les faveurs et les dons des
seigneurs voisins. Les abbés ne tardèrent pas à prendre dans le Bra¬
bant une place qui leur assura l’appui souvent utile des ducs. Pendant
tout le xiii° siècle, les biens s’accrurent, les bâtiments claustraux se
complétèrent, mais quand apparut le xiv e siècle, par suite d’une crise
commune à tous les monastères de la région, Villers vit venir, avec
la décadence financière, une période de déclin.
La vie religieuse suivit la même évolution ; la ferveur très vive des
«
premiers temps, entretenue par l’exemple de nombreux ascètes, par
les visions de mystiques, se modéra petit à petit avec les progrès de
la prospérité matérielle.
L’histoire économique du domaine est une des parties les plus inté¬
ressantes du volume, et elle peut servir de modèle aux érudits qui
voudront entreprendre des monographies de monastères. M. de Moreau
montre très bien les différentes phases de la formation du domaine :
d’abord la création des différents centres d’exploitation agricole, les
divers modes d’acquisition, les dons qui viennent s’ajouter aux pre¬
miers biens de l’abbaye, enfin la consolidation du domaine ainsi
«
V
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BIBLIOGRAPHIE.
111
formé, échanges de terres trop éloignées contre d’autres plus voisines
des granges. L’organisation, l’administration de ce domaine, la gestion
financière de cette vaste entreprise de culture font autant de chapitres
également instructifs.
On ne saurait trop louer M. de Moreau pour cet excellent travail, à
la fois bien conçu et bien traité; la seule critique qu'on puisse lui
faire est d'avoir laissé passer sous sa plume un trop grand nombre de
provincialismes.
Henri Lemaître.
Lettres de Jean XXII (1316-133^ ). Textes et analyses publiés par
Arnold Fa yen. T. 1: 1316-132 4. Rome, Bretschneider ; Bruxelles,
Dewit; Paris, Champion, 1908. In-8°, lxix-753 pages. [Analecta
Vaticano-Belgica, publiés par l’Institut historique belge de
Rome, vol. II.)
L’Institut historique belge de Rome, qui poursuit pour le royaume
de Belgique un but analogue à celui que notre École française de
Rome se propose pour notre pays, donne dans ce second volume de
ses Analecta les lettres de Jean XXII, de 1316 à 1324, se rapportant
aux anciens diocèses de Cambrai, Liège, Thérouanne et Tournai tels
qu’ils existaient à cette époque. Cette indication permet de suite de se
rendre compte de l’importance que peut présenter une semblable
publication pour l’histoire des provinces du nord de la France. De
plus, comme M. Arnold Fayen publie ou analyse non seulement les
lettres secrètes et curiales, mais aussi les lettres communes, on pourra
trouver dans ce recueil beaucoup de renseignements précis et intéres¬
sants sur un grand nombre de personnages importants ou secondaires
de la première moitié du xiv* siècle.
Ce recueil est précédé d'une introduction de près de 80 pages, dans
laquelle l’auteur fait connaître d’une façon claire et succincte l’impor¬
tance et l’état des registres pontificaux du xiv° siècle. Cette introduc¬
tion contient également une description sommaire de tous les registres
ou fragments de registres relatifs au pontificat de Jean XXII. Ces
registres sont au nombre de 102, soit 46 volumes numérotés de 2 à 47
pour la série d'Avignon et 56 volumes numérotés de 62 à 117 pour la
série du Vatican, qui offre une copie sur parchemin de la première
série. Pour former son recueil, M. Fayen ne s’est pas contenté seule¬
ment de dépouiller ces deux séries, il a pu ajouter aux documents
recueillis aux archives du Vatican un certain nombre de bulles con¬
servées dans les dépôts d’archives de Belgique ou de l’étranger (spé¬
cialement de Paris et de Lille) et dont il n’avait pas trouvé trace dans
les registres. A la suite de l’Introduction, M. Fayen a publié sous le
titre de Formulaire 31 lettres in extenso, représentant différents
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112
BIBLIOGRAPHIE.
types de lettres expédiées couramment par la chancellerie pontificale ;
elles permettront de reconstituer ainsi le texte complet des actes ana¬
lysés qui presque tous sont des lettres communes. Les lettres secrètes
ont été au contraire imprimées in extenso ou par extraits. Ce volume
contient 1,630 pièces publiées ou analysées. L’éditeur a accompagné
sa publication de quelques notes destinées en général à faire connaître
les personnages mentionnés dans les actes. Une table des noms de
lieux et des noms de personnes permet d’utiliser facilement cet
ouvrage qui offre une mine d’excellents renseignements pour l'histoire
du premier quart du xiv® siècle.
Jules V IARD.
R. P. René, de Nantes, O. M. C. L’Indulgence de la Portion-
cule et la critique moderne . Couvin (Belgique), maison
Saint-Roch, 1908. ln-8°, 40 pages. (Extrait des Etudes francis¬
caines.)
Contestée depuis le xm a siècle, la question de l'indulgence de la
Portioncule a été agitée de nouveau par M. Sabatier dans sa Vie de
saint François; depuis lors, elle a été étudiée par un certain nombre
d’érudits qui se sont prononcés pour et contre l’authenticité. Le
P. René s’efforce dans le présent travail de résumer le débat et de
démontrer que l’on peut faire remonter l’indulgence au temps de
saint François, malgré l'absence de documents contemporains. Les
premiers actes certifiant la vérité de l’indulgence datent de 1277; ces
actes offrent toutes garanties d’authenticité; ce sont des procès-ver¬
baux d’une enquête au sujet de l’indulgence ; les témoins interrogés
rapportent ce qu’ils ont appris traditionnellement, c’est-à-dire que
saint François serait allé demander à Honorius III, alors à Pérouse
(fin juillet 1216), une indulgence pour tous ceux qui visiteraient la
Portioncule, qu’il aurait obtenu gain de cause et qu’il aurait proclamé
l’indulgence devant sept évêques le jour de la dédicace de l’église.
Avant cette date de 1277, aucun écrit relatif à saint François ne
fait allusion à l’indulgence; fait plus grave, aucune bulle, aucun texte
officiel ne la promulgue, et c’est un fait pour le moins singulier
qu'une grâce de cette importance n’ait pas été notifiée aux fidèles
intéressés à en connaître l'existence. Aussi, quelles que soient les
garanties présentées par l’enquête de 1277, les conclusions du P. René
sont loin d’entraîner notre conviction. Nous penserions plutôt que la
croyance à une indulgence a pris naissance et s’est constituée petit à
petit parmi les pèlerins attirés annuellement à Sainte-Marie-des-
Anges par la fête de la dédicace et qu’elle s’est enfin affirmée dans
l’enquête que nous possédons.
H. L.
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RIBLI0GBAPB1Ë.
113
La carrière d'un favori : Jacques d’Albon de Saint-André ,
maréchal de France (1512-1562) t par Lucien Romier. Paris,
Perrin, 1909. In-8°, vi-462 pages.
C’est une curieuse figure que celle de Jacques d’Albon de Saint-
André, maréchal de France; ami intime de Henri II, il joua un rôle
important sous le règne de ses fils jusqu’en 1562, mais n'exerça pas
cependant une influence aussi considérable que celle d’un Montmo¬
rency, d’un Guise ou d’un Condé; il fut avant tout un favori, « mais
un favori qui eut de la valeur et qui sut employer à l’édification, à
l’accroissement et au maintien de sa fortune un véritable talent ».
C’est cette impression qui se dégage du travail de M. Romier, dont
la remarquable, étude semble définitive : il a comblé de fort heureuse
façon une importante lacune dans la littérature historique du
xvi c siècle.
L'ouvrage, présenté d’abord comme thèse d’archiviste paléographe,
à l'École des chartes, en janvier 1909, s’appuie sur des documents de
la Bibliothèque nationale (lettres du fonds français), des Archives
nationales (séries J, K, P, X, Y, etc.), d’archives départementales
et communales (entre autres Lyon, Clermont-Ferrand, Moulins,
Périgueux, Saint-Flour, etc.) et des Archives du royaume de Belgique
(correspondance de Chantonay, vol. 189 des cartulaires et manuscrits).
Jacques d’Albon, de modeste famille roannaise, fut introduit à la
cour par son père, Jean, gouverneur de Henri, le second fils de Fran¬
çois I er . Grâce à son caractère séduisant, il devint l’ami du jeune
[•rince et. fit partie du groupe des mécontents qui l’entouraient. Il
commença sa carrière militaire en Roussillon, à Thérouanne, à Céri-
soles et à Boulogne. Dans l’intervalle, le 27 mai 1544, il épousa Mar¬
guerite de Lustrac, mais, devant la colère du roi, il dut. se tenir pru¬
demment à l’écart.
Sa fortune politique et matérielle commença avec l’avènement de
Henri II. Créé chevalier de l’Ordre de Saint-Michel et maréchal «le
France, il entra au Conseil, et sa souplesse lui permit de rester en
bons termes avec Montmorency, l’ennemi déclaré de la nouvelle
royauté. Héritier des charges paternelles, il fut chargé de missions
diplomatiques avec la principauté de Monaco et l’Angleterre.
Il dirigea ensuite les travaux de fortification et de défense de Ver¬
dun et mérita par son activité des félicitations de. Montmorency. Il
sut maintenir les communications entre la cour et Metz assiégé. En
Picardie, il contribua à la défaite des Impériaux à Doullens-Beau-
quosne (13 août 15531, puis, nommé lieutenant général, il ravagea les
provinces du Nord jusqu’à la trêve de Vaucelles (février 1556).
Fait prisonnier par le duc de Brunswick à la bataille de Saint-
Quentin. Saint-André ne se résigna pas à son sort; il obtint un congé
1910
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BIBLIOGRAPHIE.
114
pour venir sonder les dispositions de Henri II et s’efforça d'orienter
la situation vers la paix. Il fut du nombre des plénipotentiaires avec
Montmorency, son compagnon de captivité, et assista aux différentes
réunions qui eurent lieu à Cercamp, puis au Cateau-Cambrésis. La
mort de Marie Tudor interrompit les négociations : Saint-André en
profita pour venir en France régler la question de sa rançon, qui était
de 60,000 écus d’or. Il n’hésita pas à rentrer plus tard que la date qui
lui était fixée et manqua ainsi à sa parole, puisqu’il était prisonnier
de guerre. La paix fut enfin conclue, mais Saint-André ne fut délivré
qu’en avril et ne vint à la cour qu’en mai.
Cependant, il profita de l’inébranlable amitié du roi pour acquérir
une fortune considérable ; afin de faire face aux dépenses qu’il fit dans
ses résidences de Vallery, de Saint-André et de Fronsac, il n’hésita
pas à recourir à de nombreuses exactions. Gouverneur et lieutenant
général d’un immense gouvernement du Centre (Lyonnais, Beaujo¬
lais, Bourbonnais, Auvergne, Marche, etc.), il se fit suppléer par diffé¬
rents lieutenants, entre autres Néry de Torvéon, Louis de Grignan et
Antoine d’Albon, et sut trouver dans cette charge importante des res¬
sources pécuniaires.
i A la mort de Henri II, la situation de Saint-André fut compro¬
mise par l’arrivée au pouvoir des Guises, oncles de la nouvelle reine
et tout-puissants sur l'esprit du jeune roi François II. Le maréchal
sut se concilier le duc et le cardinal et entra en relations suivies avec
Chantonay, le nouvel ambassadeur espagnol. Il contribua à la répres¬
sion du tumulte d’Amboise et fut chargé de surveiller le prince de
Condé, soupçonné d'avoir organisé la conjuration : il essaya, — mais
en vain, —de le compromettre dans la tentative que firent les protes¬
tants pour s’emparer de Lyon.
Peu après la mort de François II (5 décembre 1560), Saint-André
parvint à rapprocher Montmorency et Henri de Guise et fonda avec
eux le Triumvirat (6 avril 1561); puis il sut gagner le roi de Navarre
à la défense de foi et enflammer son zèle. Après le massacre de Vassy,
les Triumvirs entrèrent triomphalement à Paris et obligèrent
Charles IX à les suivre par le coup de force de Fontainebleau; la
régente d'ailleurs se lia avec eux et abandonna Condé. La guerre
civile imminente éclata à la fin de juin 1562. Saint-André s’empara
de Poitiers, qui fut livré au pillage, puis de Bourges, qui capitula le
31 août. En octobre, il se rendit en Champagne pour barrer le passage
aux Allemands de d’Andelot, mais en vain. Il défendit Corbeil contre
Condé et mourut le 19 décembre 1562, à la bataille de Dreux, assas¬
siné par Jean Perdriel de Bobigny.
Telle fut la carrière de ce « prodigieux trompeur », qui fut guidé
par son intérêt personnel et sut par ses intrigues influencer les évé¬
nements. M. Romier, frappé de l'importance du rôle du maréchal,
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BIBLIOGRAPHIE.
115
l’explique par l'attrait et le charme séduisant de son esprit. Cette
curieuse personnalité est mise en relief avec beaucoup de vigueur et
de finesse par M. Romier, dont l'étude est agréablement écrite et pré¬
sentée, et qui a joint à une très complète et très consciencieuse étude
des sources une pénétrante sagacité 4 .
Paul-M. Bondois.
J. Paquibr. Lettres familières de Jérôme Aléandre (1510-
1540j. Paris, A. Picard, 1909. In-8°, [vn-]183 pages.
Ces lettres « familières » du célèbre cardinal ont été publiées par
M. l’abbé J. Paquier, dont on connaît les nombreux travaux relatifs à
Jérôme Aléandre, dans la Revue des études historiques.
Beaucoup de ces lettres sont signées des noms de Michel Hummel-
* f
berg, Enckenvoirt, Adrien Amerot, Christophe de Brillac, Etienne
Poncher, Alberto Pio de Carpi, Gilles de Viterbe, J. M. Giberti,
J. P. Caraffa, Marino Grimani, Antoine Éparque, etc. L’auteur a eu
l’heureuse idée de les réunir en volume, après les avoir revues et
accompagnées d’un copieux index, où l’on trouve cités quantité de
noms de grands personnages et savants allemands, français, italiens
ot grecs de la Renaissance.
H. O.
D r Karl Gottfried Hugelmann. Die deutsche Kœnigswahl im
Corpus juris canonici. Breslau, Marcus, 1909. In-8°, xvi-
. 221 pages. (Fasc. 98 des Untersuchungen zur deutschen
Staats- und Rechtsgeschichte , publiées sous la direction du
D r Otto Gierke.)
L’auteur semble bien avoir donné à son sujet tout le développement
qu’il comporte. Et ce n’est pas peu dire, puisqu’il s’agit ici des rap¬
ports du droit canonique avec le droit germanique. Après une intro¬
duction de vingt-deux pages, où il expose les théories qui eurent cours
* _ 9
au moyen âge sur les relations de l’Etat allemand et de l’Eglise,
— le synergisme, le droit de translation, la hiérocratie, le droit de
dévolution, — M. Hugelmann rappelle les règles du droit canon et de
1. M. Romier a complété son travail par trois appendices sur la généalogie
de la maison de Saint-André, sur la compagnie du maréchal et sur sa person¬
nalité dans la littérature, et par vingt-huit pièces justificatives intéressantes.
Quelques observations de détail : on aurait aimé que M. Romier fit suivre son
Avertissement d'une bibliographie. Il y a des fautes d'impression : p. 77, J455
pour 1555; p. 189, n* pour note; p. 224, J. Charlety pour S. Charlety, —
P. 246, c’est dans l’inventaire manuscrit de 1789 des archives de Saint-Flour
que sont mentionnées les lettres patentes dont parle M. Romier. — P. 288, ce
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116
BIBLIOGRAPHIE.
sa glose en ce qui touche la provision du trône d’Allemagne, règles
empruntées au Décret de Gratien, aux Décrétales de Grégoire IX, au
Liber Sextus, aux Clémentines, aux Extravagantes 4 , et il en étudie
les applications à divers cas célèbres dans l’histoire d’Allemagne.
Au xiii° siècle, alors que le droit canon semble formé et clos à tout
jamais, le système électif s’introduit définitivement dans le Saint-
Empire par l'organisation du collège des Sept et ne laisse plus guère #
à la papauté, en fait, qu’un droit de confirmation qui ne fut pas tou¬
jours respecté. C’est la lutte de ces deux influences, leur pénétration
réciproque, leur opposition fatale qui font l’objet du second chapitre
de ce mémoire. La distinction à faire des deux notions de royauté et
d’empire*, puis leur confusion, y sont rappelées et prises en considé¬
ration, comme elles l’étaient dans la théorie et la pratique du temps.
Pris en considération également les incessants conflits politiques et
juridiques entre l’Eglise et l’Etat; car si en ces matières le droit pro¬
cède de la vie publique (etn Produkt des Gemeinschaftslebens),
l'État n’en est pas moins l'expression d'un droit antérieur déjà déve¬
loppé.
Entraîné par son sujet plus loin peut-être qu’il n’était indispen¬
sable, M. Hugelmann s'arrête à la difficile question de l’origine du
collège des grands électeurs, — si controversée depuis bientôt qua¬
rante ans entre Schirrmacher, Quidde, Kirchhoefer, Lindner, — puis
nous montre l'influence que le droit canonique exerça sur les décisions
de ce collège jusqu’à la promulgation de la Bulle d’or. Cette influence
fut grande assurément, et pourtant, constate notre auteur, le droit
public de l’Allemagne n’en fut pas étouffé.
Le mémoire de M. Hugelmann est l’œuvre d’un historien inspiré et
guidé par deux juristes aussi éminents que les professeurs von Sche-
n’est pas en octobre que François II cassa et annula les aliénations du domaine
royal, mais le i8 août i559. Voir : Arcb. nat., X u 8623, fol. 1; P 2555,
fol. 57; Arch. de l’Isère, B 3193, etc. Le texte est d'ailleurs imprimé, entre
autres dans Isambert, t. XIV, p. 3. — P. 297, dés le 1*' novembre, François II
était à Orléans. C'est au milieu du mois d'octobre qu’il s'arrêta a Vailery.
Pour son itinéraire A cette époque, voir de Ruble, la Jeunesse de Marie
Stuart , p. 258, et Dupré-Lasale, Michel de L'Hospital , p. 259, d'après Arcb.
nat., K 92.
1. 11 est surprenant que M. Hugelmann ne connaisse pas ou du moins ne
cite pas les travaux des grands canonistes d’Italie et de France en cette
matière. — M. Hugelmann renvoie (p. vm) au Jus pontificium d'Estevan
Daoyz, édité en 1624 h Burdegalæ, sans paraître se douter qu’il s’agit de Bor¬
deaux.
2. Voy. le travail du D r Krammer, Der Reichsgedanke , dont nous avons
rendu compte dans une précédente livraison de la Bibliothèque , 1909, p. 370.
\
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BIBLIOGRAPHIE.
117
rer de Vienne et Rietschel de Tubingue. Il tient compte des principes
autant que des laits, conformément à la vraie méthode d’interpréta¬
tion historique.
Alfred Leroux.
Histoire de la dîme ecclésiastique principalement en France
jusqu'au Décret de Gratien . Thèse pour le doctorat par Paul ,
Viard, docteur ès lettres, docteur en droit. Dijon, Jobard, 1909.
In-8°, xi-266 pages.
Ce sujet, très intéressant et peu étudié en France, était trop vaste
pour que M. Viard pût le traiter à fond dans sa thèse de doctorat et,
avec raison, il s'est arrêté à la date importante de l’apparition du
Décret de Gratien. Après avoir parlé brièvement de la dîme juive, ori¬
gine logique sinon historique de la dîme chrétienne, et de l’organisa¬
tion financière chrétienne des premiers siècles, il étudie, en juriscon¬
sulte et en historien, la dîme dans les régions soumises à la domina¬
tion franque, puis, à partir de la fin du ix* siècle, dans la partie qui
constitue le royaume de France. Pour être plus complet, il examine
en passant l'état de la dîme dans l'ancienne Lotharingie et compare
au besoin la dîme française avec la dime allemande et la dîme ita¬
lienne.
La dime, ou mieux les dîmes, dont aucune décision ecclésiastique
ne prescrivit le paiement pendant les premiers siècles de l’Église,
étaient considérées par saint Jérôme comme un impôt cultuel, tandis
que saint Augustin en faisait une aumône obligatoire; elles devaient
être remises à l'évêque qui veillait à leur répartition entre les
#
ministres du culte et les personnes secourues par l’Eglise. Au début
du V e siècle, leur paiement apparaît dans les constitutions apostoliques
comme obligatoire, mais seulement en conscience et non au for exté¬
rieur; on les trouve surtout dans le sud-est de la France : Pomère et
saint Césaire d’Arles en font souvent mention, le premier comme
d’un usage, le second comme d’un devoir moral. C’est au siècle sui¬
vant qu’apparaît nettement l’obligation morale; les évêques de la pro¬
vince ecclésiastique de Tours le rappellent en 567 et le concile de
#
Mâcon (585) en parle comme d’un impôt exigé par l’Eglise çur les pro¬
duits du sol dans tout le royaume de Gontran, sous peine d’excom¬
munication, et destiné au soulagement des malheureux, au rachat des
captifs et à la subsistance du clergé. La sanction civile fait encore
défaut.
A la fin du vu 0 siècle, une charte de l’évêque du Mans prouve que
les terres ecclésiastiques payaient aussi la dime et que les évêques se
réservaient le droit d’en choisir les bénéficiaires. Il faut cependant
noter que l’usage de la dime, bien établi alors dans la Grande-Gre-
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118
BIBLIOGRAPHIE.
tagne, n’était pas encore admis par la masse des populations de l’em¬
pire franc. A l’avènement de Pépin, l’institution s’étendit considéra¬
blement; dans la France orientale, saint Boniface contribua beaucoup
à l’implanter, et, dans une lettre adressée (probablement en 765)
d’abord à Lull, archevêque de Mayence, puis à tous les évêques
francs, Pépin ordonna que la dîme fut payée dans son empire ; c’est
. la première intervention du pouvoir civil dans le paiement de cette
redevance. Le capitulaire d’Héristall (mars 779) alla plus loin, désor¬
mais la dîme entra dans le droit civil ecclésiastique comme un impôt,
dont le recouvrement pouvait être obtenu avec l’aide du bras séculier.
A vrai dire, les populations manifestaient une opposition sérieuse,
quoique passive, et quelques ecclésiastiques, notamment Alcuin, pro¬
testaient au nom de la doctrine. La dime se prélevait sur tous les
produits du sol et le croit des animaux. Le célèbre évêque d’Orléans,
Tbéodulfe, l’exigeait bien des bénéfices commerciaux, mais son
exemple ne fut pas suivi.
Le taux est uniformément le dixième, et la perception de cet impôt,
strictement réel et de quotité, se fait en nature, directement par le
curé dans l’étendue de sa dîmerie, sans l’intermédiaire des autorités
laïques. Généralement, le produit est réparti entre l’évêque, le reste
du clergé, les pauvres et la fabrica, c’est-à-dire l’ensemble des édi¬
fices sacrés d’une paroisse. Cette division matérielle était opérée par
le curé en présence de témoins. En cas de conflits, de procès, les tri¬
bunaux ecclésiastiques demeuraient compétents. Déjà le clergé régu¬
lier et des laïques entrent en possession des dîmes, et cette grave
dérogation aux principes ne peut être arrêtée ni par les protestations,
ni par les condamnations.
Nous arrivons à l’histoire de la dîme féodale (887-H50), et désor¬
mais il existe trois classes de décimateurs : le clergé séculier, les
moines et les laïques. L’assiette ne change pas avec la qualité du
bénéficiaire; elle s’étend aux produits agricoles, aux bénéfices indus¬
triels (produits des salines, de la chasse, de la pêche...) et aussi, mais
rarement, aux bénéfices commerciaux. Quant aux revenus seigneu¬
riaux (droits de marché, de péage, de port...), ils ne sont décimables
que par une concession de leurs propriétaires. La dîme est donc un
impôt qui atteint la production matérielle ou juridique des richesses,
dont le taux est toujours du dixième, et qui est dû par tous les fidèles,
même par les abbayes, mais pour ces dernières les exemptions
devinrent bientôt la règle. Sur qui pesaient ces dîmes, que les cano¬
nistes distinguent en réelles et personnelles, grosses et menues,
anciennes et novales? Il est difficile de savoir si elles incombaient au
propriétaire ou au tenancier, mais, en fin de compte, elles retombaient
très probablement sur ce dernier. En ce qui concerne la date des paie¬
ments et les détails matériels de la perception, les textes sont rares et
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BIBLIOGRAPHIE.
119
I
peu précis. La répartition en quatre parte n’a pas changé et l’inter¬
vention du bras séculier pour en assurer le recouvrement demeure
très vraisemblable; dans certains cas, elle est certaine. Le clergé
séculier reste toujours un décimateur important; mais, à ses dépens,
se sont considérablement développées les dîmes monastiques et les
dîmes laïques. La papauté a imposé à l’épiscopat la reconnaissance
juridique des premières, dont ne voulait pas l'austère fondateur de
Clteaux, et qu’il est difficile d’apprécier juridiquement. Quant aux •
dîmes laïques, condamnées par les conciles et les papes, surtout par
Grégoire VII, elles persistèrent sans prendre une plus grande extension.
Comment était considérée la dîme par les décimateurs? Ecclésias¬
tiques aussi bien que laïques la considéraient comme une redevance
purement patrimoniale, analogue au champart, dont on pouvait trafi¬
quer, bien plus que comme un impôt religieux.
Voici M. Viard arrivé au terme qu’il s’est fixé; après de brèves
indications sur les nones, les prémices et les redîmes, sur la dîme
établie en Palestine parles croisés et dont les Sarrasins se trouvaient
exemptés, il synthétise les idées de Gratien sur cet ouvrage important.
Pour le célèbre canoniste, les dîmes sont obligatoires; après trois
admonitions, les récalcitrants peuvent être excommuniés, mais l'in¬
tervention du bras séculier n'apparaît pas ; les laïques ne doivent pas
en posséder, ils ne peuvent invoquer la prescription et sont obligés à
les restituer; enfin les dîmes s’étendent à tous les produits agricoles,
commerciaux et industriels.
Bien documentée, exposée avec clarté et précision, la thèse de
M. Viard rendra de réels services à tous ceux, et ils sont nombreux,
qui s’intéressent au moyen âge. Il faut l’en remercier et prendre acte
de l’excellente intention qu’il manifeste de continuer l’histoire de la
dîme ecclésiastique en France.
F. Aubert.
Prof. D r Andrea Galante. L’efficacia del diritto canonico in
Inghilterra. Catania, R. Tip. Giannotta. In-8°, 25 pages.
(Estratto dalla parte I del volume in onore di Federico Cicca-
glione.)
Le sujet étudié par le savant professeur d’Innsbruck offre un réel
intérêt non seulement pour l’histoire du droit ecclésiastique de l’An¬
gleterre, mais aussi pour l’extension du droit canonique romain dans
ce pays et sa persistance depuis Henri VIII. Aux recherches appro¬
fondies et aux arguments très sérieux de Frédéric William Maitland,
dont la science historique déplore la mort prématurée, M. Galante
ajoute les siens et arrive à la même conclusion : malgré l’interdiction
faite par Henri VIII d’enseigner le droit canonique dans les univer-
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120
BIBLIOGRAPHIE.
sitég anglaises et malgré l’affectation des juristes d’ignorer ce droit,
l’influence de la législation canonique émanée de la cour de Rome
persista dans la Grande-Bretagne.
F. Aubert.
Ernest Champeaux. Les Ordonnances des ducs de Bourgogne
sur l’organisation de la justice dans le duché, avec une
introduction sur les origines du parlement de Bourgogne. Paris-
Dijon, 1908. 1 vol. in-8°, cccxxxi-351 pages. (Collection de textes
relatifs au droit et aux institutions de la Bourgogne, par une
Société de professeurs et d'anciens élèves de la Faculté de droit
de l’Université de Dijon. Extrait de la Revue bourguignonne ,
publiée par l’Université de Dijon, 1907, t. XVII, n 011 2-3.)
Le fort volume que publie M. Champeaux comporte une introduc¬
tion qui occupe à peu près la moitié de son étude totale. Sous un
titre modeste, elle constitue donc, en réalité, une étude fondamentale.
Nous y trouvons l’histoire des origines du parlement de Bourgogne,
faite grâce à une enquête patiente et originale dans les archives.
Pareille histoire nous manquait jusqu’ici, et son auteur a vraiment
comblé une grave lacune. Le sujet, en effet, peut être considéré
comme entièrement neuf. Les historiens du parlement, de Dijon
n’avaient guère débrouillé les antécédents du parlement de l'époque
monarchique, objet de tous leurs soins : il faut reconnaître, d’ailleurs,
que la tâche était malaisée. C’est que les sources même se dérobaient.
Chroniqueurs ou écrivains politiques de la Bourgogne ducale, histo¬
riographes officiels ou officieux out prêté aux faits de guerre et aux
pompes de cour une attention qui les a détournés des questions
administratives. Les tournois et les banquets ont fait tort aux institu¬
tions. Heureusement les sources diplomatiques suppléent aux insuffi¬
sances des sources narratives : les Ordonnances des Valois n’ont pas
péri aussi complètement qu'on l’avait cru et qu’on l’avait affirmé avec
trop de facilité. Les coutumiers épars, les pièces isolées ou groupées
dans les liasses d’archives permettent d’en reconstituer assez bien la
série. Du moins, M. Champeaux en a rassemblé un assez grand
nombre pour en former la matière de son ouvrage, et la découverte
de si précieux textes a été la récompense méritée de son zèle opi¬
niâtre. On doit le féliciter particulièrement d’avoir mis au jour la
grande ordonnance de 1474, qui témoigne avec tant d’éclat de la sollici¬
tude de Charles le Téméraire pour l’organisation judiciaire du duché.
Dans son étude, abondamment documentée, l’auteur analyse la
genèse et la croissance du parlement, depuis cette nébuleuse primi¬
tive des institutions ducales que fut la Curia ducis jusqu’à la réu¬
nion définitive de la Bourgogne à la France. Les divers degrés de la
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BIBLIOGRAPHIE.
1*21
justice capétienne nous sont expliqués par un spécialiste averti et
attentif; nous assistons à la naissance et au développement de l’appel,
au fonctionnement des jours généraux et de Vauditpire des cours
d'appeaux. Des tableaux chronologiques, clairs et commodes, nous
permettent de suivre les tribunaux supérieurs dans leurs sessions
successives. A cet égard, le livre de M. Champeaux forme répertoire,
et peut-être, pour la consultation comme pour la lecture, l’économie
de l’ouvrage aurait gagné à une combinaison un peu différente : reje¬
ter ces tableaux eu un appendice, qui les eût groupés tous, semble¬
rait, en effet, d’une méthode plus pratique. Quoi qu'il en soit,
M. Champeaux n’a pas craint de couper son développement par ces
tableaux étendus et fréquents, non plus que par des citations do
textes fort longs parfois, insérés dans ses chapitres. I)u moins, si ces
ruptures fréquentes du développement gênent le lecteur, elles n’en¬
lèvent rien à la valeur scientifique de l’teuvre, et c’est l’essentiel.
Les progrès de l'appel, la situation respective des juridictions
ducales et des juridictions royales sont autant de points que M. Cham¬
peaux examine avec le plus grand soin. Grâce aux détails minutieux
dont s'accompagne son exposé, nous comprenons comment, après le
perfectionnement du xitt® siècle, les juridictions supérieures se
dégagent et se fortifient dans le duché au xiv®. En 1301, il n’existait
encore, comme tribunaux supérieurs et distincts, que ceux des baillis
et les jours généraux (grands jours de Beaune), tandis qu’en 1314 nous
trouvons la cour d’appeaux, issue de l’emploi des juges commissaires,
et la cour du chancelier, subordonnée à la précédente, destinée, à
décharger d’une partie de leurs occupations le Conseil et les baillis.
La cour d'appeaux apparaît comme soumise à l’appel du Conseil en
1321. Il ne reste plus à cette date qu’à distinguer et à subordonner à
la cour d'appeaux les tribunaux du gruyer et du maître des foires de
Chalon et, d’autre part, à doubler le parlement de Beaune du parle¬
ment de Saint-Laurent. Cette tâche est terminée en 1362. Les Valois
n’ont donc pas à créer de nouveaux tribunaux; ils n’ont qu’à perfec¬
tionner l’organisation qui leur a été léguée et à obtenir pour la justice
ducale une souveraineté que le roi Jean a déjà fait entrevoir.
A l'avènement de Philippe le Hardi, le 6 septembre 1363, l’édifice
judiciaire en Bourgogne présentait, dans son ensemble, l’aspect qu’il
devait conserver jusqu’à l’annexion : en bas, c'était la foule des
minores judices et des justices seigneuriales comprimées par la
puissance ducale; au-dessous et à coté se dressent les quatre tribu¬
naux des baillis, du chancelier, du gruyer, du maître des foires de
Chalon comme autant de colonnes qui supportent l’auditoire des
causes d’appeaux, tandis que, plus haut encore, le parlement de
Beaune domine le tout. L’appel est à plusieurs étages, puisque « les
appeaux en Bourgogne vont par ordre », et l’on peut appeler en der-
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122
BIBLIOGRAPHIE.
nier ressort devant le parlement de Paris. La belle ordonnance archi-
tecturale de cet édifice judiciaire a frappé d’admiration les contempo¬
rains. Aussi bien, Philippe le Hardi a-t-il su avoir une bonne justice.
Il avait l’art de faire que l’on vit « toutes ses terres gouvernées par
belle, sage et traittable pollicie >, selon le mot à peine complaisant
de Christine de Pisan. Or, le premier duc Valois n’a pas seulement
veillé au bon fonctionnement des juridictions, il a sérieusement tra¬
vaillé à consolider l'œuvre judiciaire de ses prédécesseurs. M. Cham¬
peaux le prouve en étudiant à fond l’ordonnance de 1370 et ses consé¬
quences : il n’en résulte rien de moins, en effet, qu’une transformation
du parlement en ce qui concerne la procédure, le personnel, la pério¬
dicité. Un nouveau pas en avant est fait lorsque la présidence du
parlement passe à un Bourguignon au lieu d’étre confiée à un agent
royal.
Antoine Chuffain dirige le parlement de Beaune en 1397, 1398 et
1401 ; il reçoit une nomination ducale, en vertu de lettres données à
Conflans-les-Paris, le 30 septembre 1400. Toutefois, si l’on peut vrai¬
ment dire qu’il y a désormais un président du parlement de Bour¬
gogne, ce président est encore, en môme temps, président de l’audi¬
toire des causes d’appeaux et bailli de Dijon.
Une simplification des juridictions d’appel semblait maintenant
désirable. Mais Jean Sans-Peur paraît avoir singulièrement négligé
l’administration judiciaire. Sous son règne, un seul parlement se tient
à Beaune. Sous Philippe le Bon, l’organisation, au lieu de se simpli¬
fier et de se fixer, se complique et se trouble : la compétence judiciaire
du Conseil ducal tend à faire échec à celle du parlement; il se produit
alors des conflits, tandis que les appels débordent les uns sur les
autres. Il en résulte la confusion et l’instabilité. M. Champeaux ana¬
lyse, à travers ses multiples péripéties, cette sorte de crise qui,* au
XV e siècle, mit trop souvent obstacle à la bonne marche de la justice
ducale, favorisant môme, à certaines heures, les prétentions de la
Cour de Paris. En revanche, l’auteur réhabilite Charles le Téméraire,
qu’il ne craint pas d’appeler « un grand justicier ». Peut-être y a-t-il,
à l’œuvre judiciaire du dernier duc, une face politique qui est trop
laissée dans l’ombre par M. Champeaux; mais on ne saurait se refu¬
ser à reconnaître avec lui la haute portée de l’ordonnance de 1474,
qui constituait véritablement le parlement de Beaune comme cour
annuelle et qui en déterminait le ressort, en même temps qu’elle
l’affranchissait du parlement de Paris. Par ces mesures décisives, le
dernier duc Valois conférait enfin au parlement de Bourgogne une
existence propre, tandis qu’il le dotait de la vitalité et de la force
nécessaires à une grande et durable institution.
Les textes qui suivent cette savante étude en forment les pièces
justificatives, en même temps qu’ils offrent à quiconque étudiera la
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BIBLIOGRAPHIE. 123
justice du duché à ses différents degrés un appoint de premier ordre.
Des tables tainutieuses en facilitent la consultation.
En somme, l’ouvrage, par l’ampleur et l’abondance des documents
comme par la nouveauté et l'intérét des éléments qu’il met en
lumière, mérite d’être considéré comme l’une des plus importantes
parmi les contributions qui ont été apportées, en ces derniers temps,
à l'histoire des institutions en Bourgogne.
J. Calmette.
Ernest Perrot, docteur en droit. Note sur les divers registres
Saint-Just conservés aux anciennes archives de la Chambre
des comptes. Paris, Larose, 1909. ïn-8*, 16 pages. (Extrait de la
Nouvelle revue historique de droit français et étranger ,
t. XXXIII, année 1909.)
Jusqu'à présent, l’on avait pensé qu'il n’y avait jamais eu qu’un
geulvr&i registre Saint-Just, le Saint-Justl normand, et que le Saint*
Just2, ou second livre de Saint-Just, auquel renvoient les copies de
mémoriaux, exécutées aux xvn a et xviir siècles, n’existait que dans
l’imagination des copistes de ces mémoriaux. M. Perrot, qui a donné
récemment une édition des Arresta communia de l'Échiquier de
Normandie, croit au contraire qu'il existait deux registres Saint-Just,
dont l’un au moins fut détruit par l'incendie de 1737. Le registre qui
fut brûlé à ce moment (dénommé Saint-Just a par M. Perrot) était le
mémorial de la Chambre des comptes de Paris. Il contenait, ainsi que
nous l’apprend la table fragmentaire dressée par (ou pour) Pierre
Pithou*, « les droictz et la coustume de Normandie » (fol. 44-100),
qui ne se trouvaient pas dans le Saint-Just normand (ou Saint-Just b).
L'existence des deux registres est d'ailleurs prouvée par la note qui
se trouve dans les manuscrits fr. 4411 et lat. 9045 de la Bibliothèque
nationale, en tête des extraits donnés par ces manuscrits d’après le
Saint-Just a. Cette note est ainsi conçue : « Dans la Chambre de Nor¬
mandie se trouve un pareil registre que celluy de Saint-Just, à la
réserve du traitté des droicts et coustumes de Normandie. •
Georges Lardé.
Ministère de l’Instruction publiqueet des Beaux-Arts. Archives
nationales. Inventaire analytique des ordonnances enre¬
gistrées au Parlement de Paris jusqu'à la mort de Louis Xll,
par Henri Stbin,... Paris, Impr. nationale, 1908. In-4 # , xi-132 p.
On ne saurait trop applaudir à la décision prise par l’administration
des Archives nationales de publier un inventaire analytique complet
1. Cette table se trouve à la Bibliothèque nationale dans le ras. Dupuj 142.
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124
BIBLIOGBàPHIE.
des ordonnances enregistrées au Parlement de Paris, qui constituent
l'une des plus précieuses séries du fonds si riche des archites de cette
cour. On y trouve la transcription officielle d’actes du pouvoir souve¬
rain depuis le xiv e siècle jusqu’en 1785, avec les vidimus d’actes plus
anciens, auxquels leur enregistrement par ordre du roi donnait force
de loi. Ce fut au début du règne de Philippe VI, après l’établissement
définitif d’un parlement sédentaire à Paris, que l’on sentit l’utilité que
présenterait la constitution d’un recueil spécial contenant la suite des
ordonnances royales. Sur un premier registre, coté aujourd’hui U 446,
furent transcrits des actes royaux, de 1306 à 1557, qui, choisis quelque
peu arbitrai rement jusqu’au xvi e siècle, sont pour la plupart relatifs à
la juridiction criminelle du Parlement à partir de cette époque. La
grande série, qui devait se poursuivre sans lacunes presque jusqu’à la
chute de la royauté et qui comprend 242 registres (X ,A 8602-8843), fut
commencée vers le milieu du règne de Philippe VI. Les pièces y sont
transcrites à peu près dans l’ordre chronologique de l’enregistrement.
On comprendra tout le prix d’une pareille collection, si l’on songe
qu’un grand nombre des actes qu’elle comprend ne se rencontrent pas
dans les Ordonnances des rois de la troisième race et dans les
recueils de Fontanon et d’Isambert.
Le premier fascicule de l’inventaire analytique des ordonnances
enregistrées au Parlement de Paris vient de paraître sous la signature
de M. Henri Stein, qui a fait précéder son travail d’une introduction
où l’on trouve d’intéressants détails sur la formation de cette collec¬
tion. Il comprend l’analyse des neuf premiers registres antérieurs à
l’année 1515 (registres A-J, aujourd’hui X 1 * 8602-8610), et, en appen¬
dice, du registre primordial (U 446). M. Stein ne s’est point contenté
de nous donner une très claire analyse de tous les actes transcrits sur
les registres du Parlement, il a encore pris la peine de faire suivre
chaque notice, lorsqu’il y avait lieu, de l’indication du recueil ou du
volume où ces actes avaient été publiés intégralement. Ces rensei¬
gnements bibliographiques,' qui ont coûté à M. Stein de longues
recherches, ne pouvaient être absolument complets. Nous nous per¬
mettrons de lui signaler quelques impressions qu’il n’a point connues.
L’ordonnance pour les orfèvres parisiens, du 23 mars 1429 (n° 575), a
été publiée à Paris, chez S. Cramoisy, en 1636 (in-8°). Il existe des
lettres patentes d’octobre 1410 sur la trésorerie de la Sainte-Chapelle
(n° 1052), une édition in-fol. (s. 1. n. d.), de l’édit de novembre 1482,
en faveur des notaires royaux, une édition in-4°, de 1637, sans indi¬
cation de lieu. Les privilèges de l’Université de Paris, de mai 1489,
ont été publiés à Paris, chez M. Brunet, en 1638 (in-8°). Enfin Guil¬
laume Eustace a donné en 1512 une édition en caractères gothiques
de l’ordonnance de décembre 1344 sur le style du Parlement (n° 1494).
L'inventaire de M. Stein se termine par une table alphabétique des
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BIBLIOGRAPHIE.
125
matières, des noms de personnes et de lieux, — ceux-ci identifiés
avec le plus grand soin, — qui rendra de réels services aux travailleurs.
Albert Isnard.
Bibliothèque nationale. Département des estampes. Un siècle
d’histoire de France par l’estampe , 1110-iSli. Collection
De Vinck , inventaire analytique, par François-Louis Bruel,...
T. I : Ancien régime. Paris, Impr. nationale, 1909. Gr. in-8°,
xxxvii-692 pages, 23 pl. en héliogr.
Avec le don que vient de lui faire M. De Vinck, le Cabinet des
Estampes s'accroît d'une collection historique de tout premier ordre,
qui complétera heureusement les séries de la « Collection de l’His¬
toire de France » et de la collection Hennin. Près de 25,000 estampes
entrent de ce chef à la Bibliothèque nationale, admirablement clas¬
sées et bientôt luxueusement répertoriées. Le présent volume fait
bien présager de ce que sera le catalogue et des services qu'on pourra
en attendre. Non seulement les estampes y sont décrites de façon
très détaillée, mais un commentaire historique puisé en grande par¬
tie dans les gazettes du temps vient encore ajouter à l'intérêt que pré¬
sentent les pièces en elles-mêmes; aussi sera-ce bien « Un siècle
d'histoire », comme l’annonce le titre, que nous fera passer en revue
cette belle publication. L’historien comme l’artiste y trouveront
maints documents intéressants, et ils les trouveront d'autant plus
facilement que les groupements sont faits selon une excellente
méthode. M. De Vinck a reconnu avec beaucoup de justesse les
imperfections d’un classement purement chronologique, qui réunit
souvent des événements entièrement étrangers l’un à l'autre alors
qu'il sépare les différentes phases d’un même événement. Il a donc
réparti sa collection en chapitres, si l'on peut dire, et en a fait ainsi
un instrument facilement maniable et un recueil d'autant plus instruc¬
tif que chaque pièce profite du voisinage de celles qui l’entourent. Ce
premier volume contient la description de plus de 1,400 estampes,
concernant l'histoire de Louis XVI depuis son mariage jusqu’à la
convocation des états généraux, illustrée par de nombreuses repro¬
ductions en héliogravure. Des sommaires placés en tête de chaque
chapitre permettent au lecteur de chercher rapidement en attendant
qu'ait paru la table générale.
Henri Lemaître.
Araédée Boinet. Les Richesses d’art de la ville de Paris. Les
édifices religieux , Moyen âge, Renaissance. Paris, H. Lau-
rens, 1910. In-4°, vi-210 pages, planches.
Les églises de Paris sont intéressantes par leur construction pro-
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126
BIBLIOGRAPHIE.
prement dite, par les objets qu’elles renferment et par les souvenirs
qu’elles évoquent. M. Boinet a su nous les montrer sous ces différents
aspects. L’archéologue et l'historien trouveront à glaner dans cet
ouvrage, mais surtout, et c’est là le but que se proposait l’auteur,
nous pourrons tous visiter maintenant avec plus d'intérét nos monu>
ments parisiens. Combien de fois ne sommes-nous pas passés près de
telle ou telle chapelle sans y prêter grande attention; il est certain
que beaucoup de ces anciennes églises sont bien déchues de leur
ancienne splendeur ; le xvm e siècle, hostile à tout ce qui était gothique,
la Révolution avec ses incendiaires et ses bandes noires, le milieu du
xix e siècle et ses pseudo-restaurations, enfin les grands travaux de
voierie modernes, tout contribue depuis deux siècles à les faire dispa¬
raître, et, aujourd’hui encore, elles sont quelquefois menacées; mais,
cependant, il subsiste encore à Paris d’admirables monuments de
toutes les époques, depuis le XI e siècle de Saint-Germain-des-Prés
jusqu’au xvi e de Saint-Eustache, en passant par les chefs-d’œuvre de
l’architecture gothique que sont Notre-Dame et la Sainte-Chapelle.
Parmi les historiens et les archéologues, combien dédaignent ces
monuments qui sont trop près de nous, pour aller étudier bien loin
quelque monument perdu, et cependant beaucoup d’églises de Paris
n’ont pas encore d’histoire; bien des problèmes, même pour celles qui
sont plus connues, restent encore à élucider; les guides ne font guère
que répéter ce qui a été dit avant eux. C'est justement un des mérites
de l’auteur d’avoir su prendre dans les vieilles histoires de Paris et
dans les guides et notices du xix a siècle ce qui pouvait être intéressant
et vrai ; nous ne le suivrons pas dans le détail de chaque monument,
dont l’historique et la descriptioh sont traités d'une manière claire et
précise. La critique trouverait peut-être certaines choses à reprendre ;
mais les quelques erreurs ou omissions que l’on pourrait rencontrer
dans cet ouvrage ne doivent pas surprendre dans un travail embras¬
sant un si grand nombre de monuments, dont presqu’aucun n'a encore
été étudié d'une façon scientifique et critique.
L’illustration, abondante et très heureusement choisie, complète
fort bien ce bel ouvrage; on aimerait cependant à y trouver des plans
qui, pour le travailleur, et même pour le simple visiteur, permettent
de mieux saisir l’ensemble d’un monument et de mieux en suivre la
description.
Marcel Aubert.
L’abbé E. Dambrine. Créteil (Seine), premiers monuments de
son histoire. I : Origines. Deux monnaies mérovingiennes.
Le diplôme de l'an 900. Paris, Vie et Amat, 1908. In-8°,
104 pages et planches.
' Comme M. l’abbé Dambrine, curé de Créteil, l'annonce dans son
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BIBLIOGRAPHIE.
127
introduction, ce volume ne formera que la première partie d'un tra¬
vail plus considérable destiné à nous donner une histoire complète de
cette localité. Dans ce volume, ainsi que l’indique le sous-titre, l’au¬
teur ne s’occupe que des périodes préhistorique, mérovingienne et
carolingienne. D’après les objets trouvés sur le territoire de Créteil,
l’origine de cette ville remonterait à une haute antiquité; mais l'au¬
teur s’avance sans doute beaucoup en disant que ce lieu « pouvait
être habité environ 5,000 ans avant l'ère chrétienne ».
A l’époque mérovingienne, Créteil devait avoir déjà une certaine
importance, car des monnaies y furent frappées et deux d’entre elles
sont conservées au Cabinet des médailles de la Bibliothèque nationale.
M. Dambrine s’étend longuement sur ces monnaies et donne à ce
propos des renseignements qui seraient mieux placés dans un traité
de numismatique que dans une histoire locale.
Dans le troisième chapitre, consacré à l’étude du diplôme de Charles
le Simple du 24 avril 900, nous relevons le même défaut. Par ce
diplôme, Charles le Simple confirme la donation de quinze manses
situées à Créteil, faite par Grimohard, vicomte de Paris, à l’église
Saint-Christophe. Or, à propos de cette charte, M. Dambrine donne
une suite de dissertations sur les serfs, le droit de poursuite, les cor¬
vées, le formariage, le cens, la justice féodale, l’esclavage, le droit
d'asile, les sceaux, etc., qui sont un peu longues dans une histoire
locale. Il tire en outre des conclusions plutôt hasardées, surtout au
sujet du chiffre de la population de Créteil à l'époque carolingienne.
Malgré ces défauts, qui montrent chez l’auteur le désir d'être aussi
complet que possible, cette histoire de Créteil, surtout quand elle sera
terminée, ne pourra manquer d’intéresser les habitants de cette com¬
mune et leur fournira sur elle d’utiles renseignements.
Jules Viard.
P. Aubry. La musique et les musiciens d’église en Norman¬
die au XIII • siècle , d’après le Journal des visites pastorales
d’Odon Rigaud. Paris, Champion, 1906. Gr. in-8°, 54 pages,
avec musique et reproductions. Prix : 3 fr. 50.
Notre confrère M. Pierre Aubry, dont l’érudition s’est portée depuis
longtemps, avec une sagacité rare, sur les choses de musique, a eu
l'idée, qui n’était encore venue à personne, de rechercher si le Journal
de l’archevêque de Rouen, Odon Rigaud (1248-1369), si précieux pour
l'histoire de la société religieuse au temps de saint Louis, ne contien¬
drait pas quelques indications intéressantes au sujet de l’exécution du
chant liturgique dans les églises. Et, s’il n’a pas trouvé grand’chose, au
bout du compte, ce qu'il a trouvé, une fois mis en lumière et com¬
menté comme il sait faire, ne laisse pas d’être vraiment piquant et bon
à noter.
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128
BIBLIOG&APHIE.
D’autant, — il le fait justement remarquer, — que plus d’une obser¬
vation consignée, à juste titre, en ce xm c siècle, par l'austère prélat,
pourrait être exactement de mise encore aujourd’hui. Quand Odon
Rigaud examinait un prêtre qui se proposait à lui comme curé, après
les questions essentielles sur la connaissance du latin, il ne manquait
jamais de lui demander s’il chantait et de l’interroger sur le chant. Et
nous constatons qu'en plus d’un cas il n’hésitait pas à l’écarter pour sa
nullité sur ce chapitre. Cette conviction que le chant et la musique
sont des quantités négligeables parmi les qualités nécessaires au minis¬
tère ecclésiastique et spécialement pastoral était courante au xui« siècle ;
nous l’apprenons sans étonnement, car la masse du clergé, en dépit
des séminaires et des prescriptions venues de haut lieu, ne sait pas
chanter les choses les plus élémentaires, de nos jours encore, et ne se
soucie nullement de le savoir. Combien d’ecclésiastiques, interrogés
dans les mêmes conditions par leur évêque, ne mériteraient-ils pas la
note qu’inscrivait Odon Rigaud : Noluit cantare et dixit se nihil
scire de cantu ?
L’un de ceux qu’interrogea ainsi l’archevêque de Rouen, et qu’il
refusa, a donné lieu à une indication assez énigmatique. Non seulement
il ne savait pas chanter sans musique, mais encore, musique en main,
il chantait faux : Nihil sciebat cantare sine soif a sive nota, et etiam
discordabat in solfa sive nota. Le texte est doublement curieux,
quelque sens qu’on lui donne (M. P. Aubry hésite), soit que le solfa,
prototype de « solfège », soit pris ici comme synonyme de nota, ou
qu’il désigne une autre notation que l’usuelle, la notation par lettres.
Pour les exécutions liturgiques des offices, les reproches portent
tantôt sur la mauvaise volonté des clercs ou des moines à chanter pour
leur compte et à répondre aux chantres, tantôt sur l’habitude prise par
certains de bredouiller (syncopare) ou encore de faire chevaucher ver¬
sets sur versets sans attendre, la fin de l’un pour entamer l’autre (on
appelle ceci, paraît-il, le tuilaye, et le mol est assez suggestif en effet),
ou enfin de ne pas respecter la pause marquée au milieu des versets.
D’autres renseignements nous sont donnés sur d'autres façons imagi¬
nées par les chantres des deux sexes, — dans les couvents de femmes
le fait est encore plus souvent relevé, — pour tromper l’ennui des
offices et en varier le texte. C’est, d’une part, les chants farcis , avec
intercalation soit de français, soit de latin, tantôt pour amplifier sim¬
plement l’exécution, tantôt pour la tourner en passe-temps. M. Aubry
cite deux spécimens d’« épîtres farcies » avec leur musique; toutes
«leux étaient pour la fête des saints Innocents, où la coutume avait fini
par permettre bien «les choses. De l’autre, les chansons pieuses à cou¬
plets et à refrains, où l’on « faisait le vireli » ou le virelai, c’est-à-tlire
les reprises, ou, chose plus grave, les chants mêlés de danses, voir»* les
processions déguisées, en chaîne joyeuse, autour du chœur.
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BIBLIOGRAPHIE.
129
Les réprimandes, ici, qui ne portaient d’ailleurs que sur la pratique,
aux heures et au lieu des offices, de divertissements propres aux seuls
temps de récréation, étaient d'autant plus justifiées que de telles habi¬
tudes entraînaient à accepter ou même rechercher le concours d’* ar¬
tistes > professionnels, et que ces ambulants de très basse condition,
clercs défroqués, jongleurs, bohèmes de toute façon, se donnaient large
licence pour farcir les versets et môme exercer leur verve la plus gros¬
sière contre les choses saintes, l’Église, le pape ou le roi. Du reste, non
seulement l’envie de s’amuser un peu, mais le manque de conscience
pouvaient engager les chantres à tolérer de tels auxiliaires, car nous
trouvons encore cette constatation que certains n’hésitaient pas à aban¬
donner leur poste pour aller chanter ailleurs quelque office lucratif.
M. P. Aubry termine son substantiel et amusant travail par un mot
sur les livres de chant. Leur bon état, leur correction et leur authenti¬
cité comptaient parmi les conditions essentielles à maintenir pour la
célébration du culte. Mais, comme nous savons par ailleurs quelle
unité l’Église a toujours eu le soin constant de maintenir au moyen âge
dans ces manuscrits liturgiques, nous nous étonnerons peu de trouver
fort peu de renseignements sous la plume de l’archevêque Odon Migaud.
Ne trouvant rien à redire, il n’a rien noté, ou peu s’en faut.
Henri de Curzon.
Jules Valéry. Une traite de Philippe le Bel. Contribution à
l’histoire de la lettre de change. Paris, 1909. In-8°, 45 pages.
(Extrait de la Revue générale du droit )
Dans cette brochure, M. Valéry étudie un mandement de Philippe
le Bel au bailli de Caux, ordonnant de payer à Rodolphe de
Saint-Ouen une somme qui lui est due par le roi; la lettre est du
lundi d'avant la Chandeleur 1296 (1297, n. st.), et le jour fixé pour le
paiement est la mi-carême. Ce document n’est pas inédit, mais l’au¬
teur l'a choisi pour objet de son analyse, parce qu’il y voit le premier
modèle connu d’une lettre de change, présentant toutes les conditions
requises pour ce genre de pièce et rien de plus. C’est ce que prouve
l’examen des textes antérieurs où l’on a vu des lettres de change, la
comparaison avec celui-ci et avec les prescriptions de notre code.
M. Valéry en conclut que c’est la chancellerie royale qui a inventé
cet instrument si utile au commerce, ou qui du moins lui a donné
cette forme concise et substantielle seule capable d’assurer sa valeur
légale. Le commerçant a le génie de l’activité féconde, mais non pas
celui des formes rigoureuses ; tant pour aller vite que pour éviter
d’importuner son client, il a Une tendance à s’échapper des formali¬
tés, qui ferait tort aux affaires elles-mêmes, si l’administration ne
donnait à cet excès d’individualisme un contrepoids souvent salutaire.
1910 9
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BIBLIOGRAPHIE.
130
La lettre de change existait dans le commerce, mais n'offrait pas toutes
les garanties d’un titre consacré : un scribe en a formulé la rédaction
définitive, et le commerce s’est bien trouvé de l'adopter.
A un autre point de vue, la notice de M. Valéry nous montre com¬
bien se développait dès le règne de Philippe le Bel le mouvement de
l’argent et presque déjà le crédit; les règlements à terme et à distance
étaient courants ; aussi faut-il nous méfier des interprétations étroites
appliquées aux opérations du monnayage de cette époque et chercher
plutôt la clef des variations monétaires, avec M. Borrelli de Serres,
dans une étude approfondie de la comptabilité publique et privée.
A. Dieudonné.
Ad. Dieudonné. Mélanges numismatiques. 1 r ® série. Paris,
Rollin et Feuardent; A. Picard et fils, 1909. In-8°, 372 pages et
11 planches.
Les Mélanges numismatiques de M. Dieudonné sont une réunion
d'articles parus en général dans la Revue numismatique et rangés
par ordre d’apparition. Us sont au nombre de vingt-deux : un se rap¬
porte à la numismatique en général, quinze à la numismatique
grecque, un à la romaine et trois à celle du moyen âge. On ne peut
tout à la fois que féliciter l’auteur de cette diversité et la regretter
comme lecteur, car, si elle prouve la variété des connaissances du
premier, il n’en résulte pas moins pour le second que la plupart des
recherches en question sont en dehors du genre de cette revue. Nous
tenons cependant à citer le premier mémoire, d’ordre général, inti¬
tulé : De l'authenticité des monnaies à propos de quelques écrits
nouveaux. Ceux-ci, qui se rapportent plutôt, il est vrai, à l’histoire
ancienne, concernent les moyens de prémunir les savants contre les
monnaies non pas proprement fausses, mais pour ainsi dire artifi¬
cielles, fabriquées par des érudits marchands, et ils traitent des
moyens légaux que l'on pourrait et devrait opposer à ces abus. Dans
un spirituel article, M. Dieudonné fait justice de pareilles visées de
constituer un code et des professeurs de l'authenticité. Mais, ces pré¬
tentions sont curieuses comme ces observations sont valables pour
l'histoire numismatique générale et même les secondes ne manquent
pas d’intérêt pour l’ensemble des historiens.
Les trois articles concernant les monnaies françaises se rapportent,
malgré leurs titres divers, à une même question : il s’agit des change¬
ments monétaires attribués à Philippe le Bel, exposés d’après l’exa¬
men du travail fort connu de M. Borrelli de Serres 1 .
t. Les Variations monétaires tous Philippe le Bel , extrait de la Gazette
numismatique française , 1901-1902. Paris, Picard, gr. in-8*.
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BIBLIOGRAPHIE.
131
Le premier mémoire, intitulé en effet les Variations monétaires
sous Philippe le Del d'après un livre récent, est avant tout un
« résumé » de l’étude du précédent érudit sur ce sujet, mais « un
résumé dont le plan sera nouveau > et sans que l’on « s’interdise au
besoin les observations de détail et les critiques ». Aussi, tout en
acceptant le cadre de la contribution originelle, M. Dieudonné a établi
un certain ordre qui, peut-être, n’était pas absolument inutile, et sur¬
tout il a complété les recherches d’un travailleur qui s’est limité aux
manuscrits par les connaissances d’un numismate familier avec les
monnaies; il a pu ainsi, d'ailleurs avec beaucoup de modération, faire
quelques réserves et présenter quelques aperçus nouveaux. Dans l’en¬
semble, les unes et les autres sont plutôt favorables à Philippe le Bel.
Ce n’est pas que M. Dieudonné ait prétendu innocenter complètement
le roi. Il ne croit pas, il est vrai, que les gros dans leur immense
majorité aient été altérés ni en poids ni en alliage; au seul témoi¬
gnage de Lautier, sur lequel M. Borrelli de Serres s’appuie, M. Dieu-
donné oppose les pièces, leur aspect, leurs pesées, les analyses. Mais
tout d'abord, il admet très bien l'altération des doubles émis avec la
valeur de 2 d. et qui en vinrent à ne plus posséder en valeur de fin
que le tiers du titre normal, et, à cette époque, les doubles comme les
deniers ont plus d’importance qu’on ne le croit même pour les grosses
sommes; l’or et les gros également sont moins répandus par contre
qu’on ne se l'imagine. M. Dieudonné admet en outre une certaine
altération temporaire de l’or. A cet égard, il croit aussi à des surélé¬
vations de cours dues à un rapport abusif établi entre ce métal pré¬
cieux et l’argent. Si l’on ajoute que, par suite de la guerre, la mon¬
naie se cacha et que des hausses spontanées en résultèrent, que le
peuple attribua, bien entendu, à des manœuvres administratives, on
voit bien que M. Dieudonné ne croit pas Philippe le Bel indemne de
toute accusation.
Le second article est intitulé le Livre de raison de Guillaume
d’Ercuis (Monnaies du temps de Philippe le Del). Ce personnage,
précepteur du roi et gros propriétaire du temps, a laissé en effet un
livre de raison qui, déjà connu et étudié de préférence au point de vue
économique, mérite de l'être également sous le rapport numismatique,
car il fournit d’intéressantes indications au sujet de la circulation
monétaire du temps. M. Dieudonné l’examine à cet égard et passe en
revue successivement les monnaies d’or, d’argent et noires, en s’ap¬
puyant sur les principes déjà utilisés pour le mémoire précédent.
Enfin, dans la dernière contribution, Essai de classification des
gros tournois de Louis IX à Philippe le Del, M. Dieudonné s’occupe
de nouveau de compléter le travail de M. Borrelli de Serres d’après
l'étude spéciale d’une espèce fondamentale, le gros tournois de saint
Louis à Philippe VI, et il recherche si les affirmations de l’auteur sont
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132
BIBLIOGRAPHIE.
d’accord avec les monnaies mêmes. Il croit, après M. de Marchéville,
que Louis X n'a pas frappé de gros et que tous ceux à la légende Lud.
rex doivent être réservés à saint Louis. A l’égard de Philippe le Bel
en particulier, il estime, contrairement à M. Borrelli de Serres, que
les altérations qu’il apporta à cette pièce furent très minimes et
qu’elle demeura excellente; les mutations portèrent presque uni¬
quement sur les deniers et sur les doubles, ce qui entraîna d'ailleurs
une surélévation de cours pour les gros et pour les espèces supé¬
rieures.
M. Dieudonné a enfin complété quelques-unes des idées précédentes
dans une série d’additions et de corrections.
On voit que ces trois recherches portent sur l’une des questions les
plus délicates et les plus discutées de l’histoire non seulement moné¬
taire, mais en somme générale de la France. Ce problème pourra-t-il
être jamais complètement élucidé? En tout cas, M. Dieudonné, par ses
connaissances proprement numismatiques, a heureusement complété
les recherches d’un historien un peu exclusif et, par la sagacité de ses
déductions comme par la finesse de ses hypothèses, il a pu corriger en
plusieurs points les assertions, d’ailleurs fort originales, de M. Borrelli
de Serres. Dans certaines matières, ce dont il faut avant tout savoir gré
aux auteurs, c’est de poser à nouveau les problèmes et ainsi de faire
réfléchir et discuter le lecteur. M. Dieudonné s’est très heureusement
arrêté à ce résultat; il s’est ainsi acquis un mérite trop rare pour qu’il
ne convienne pas de l’en féliciter tout particulièrement.
Georges Espinas.
Jean Audouard. Un conflit entre le parlement Maupeou et la
sénéchaussée d'Aix (avril illk). Paris, H. Daragon, 1909.
In-8 # , 15 pages.
La courte et estimable étude de M. Audouard sur le conflit survenu
en avril 1774 entre le parlement Maupeou et la sénéchaussée d’Aix,
d’après les documents inédits des archives du parlement de Provence,
n’offre qu’un intérêt local. Entre les deux juridictions, les rapports
manquaient de cordialité et, jalouse de ses nouvelles prérogatives, la
commission judiciaire, instituée par le chancelier, n’admettait pas
l’esprit frondeur de la sénéchaussée; de là des querelles qui sont loin
de nous passionner actuellement. A vrai dire, ces conflits, cette oppo¬
sition souvent ridicule, se produisaient dans la plupart des provinces,
mais on peut les regretter, car la réforme de Maupeou offrait un réel
mérite. Les parlements étaient devenus si vains, si hostiles aux inté¬
rêts du peuple, qu’on ne devait pas désirer leur rétablissement.
F. Aubert.
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BIBLIOGRAPHIE.
133
L’Assistance et l’État en France à la veille de la Révolution
tgénéralités de Paris, Rouen, Alençon, Orléans, Châlons,
Soissons, Amiens) (176U-H90), par Camille Bloch,... Paris,
A. Picard et fils, 1908. In-8°, lxiv-504 pages.
Le livre de notre confrère M. Bloch lui a valu le titre de docteur
ès lettres, puis une des meilleures récompenses de l'Académie des
sciences morales et politiques; il n'est pas de ceux que l’on puisse
apprécier par un examen rapide. Il faut le lire et le relire pour bien
se pénétrer de l’importance qu’il présente et se rendre compte du très
grand progrès qu’il fait faire à nos connaissances sur l’assistance
publique au xvni* siècle. Il est bourré de documents, il répond
à des idées, il donne matière à de nombreuses réflexions.
La difficulté, quand on embrasse un tel sujet, est de le bien déli¬
miter, car il y eut de très grandes différences entre la situation éco¬
nomique du nord de la France et celle du midi, entre celle de la Lor¬
raine et celle de la Bretagne. Notre confrère s'est volontairement
borné à la généralité de Paris et à toutes celles qui l'enveloppaient.
Cette région, soumise au même régime administratif, avait l’avantage
d'avoir plus directement intéressé les personnages au pouvoir et
d'avoir inspiré plus de projets de réformes. Les documents sont aussi
extrêmement copieux pour elle, et il suffit, pour en être convaincu,
de jeter les yeux sur la bibliographie dont M. Bloch a fait précéder
son ouvrage. Je noterai en passant que cette bibliographie, fort com¬
plète, est en même temps analytique et critique ; elle est aussi distri¬
buée selon un ordre méthodique très judicieux.
L’idée principale du livre dont je rends compte est que les lois de la
Révolution sur l’assistance se trouvaient préparées par une série
d’actes qui conduisaient à considérer la bienfaisance, non plus comme
un devoir de charité et de religion, mais comme un service public et
national. On a été amené à cette conception par les défauts et les
vices de l’organisation de l’assistance sous l’ancien régime. Il fallait
donc pour l'auteur, en premier lieu, dévoiler ces défauts et ces vices,
montrer la misère profonde d’une grande partie de la population et
les causes de cette misère, puis l'insuffisance et la mauvaise qua¬
lité des remèdes qu'on y avait appliqués. Et pourtant, depuis le
xvi« siècle, l’État avait pris l'habitude d’intervenir; sous Louis XIV,
on avait vu la création des hôpitaux généraux, le gouvernement avait
entrepris la lutte contre la mendicité avec des mesures très rigou- •
reuses; mais cette politique, continuée par Louis XV, n’avait produit
que des résultats déplorables. La mauvaise exploitation des terres, le
marasme de l’industrie, les guerres, les impôts trop lourds avaient
augmenté le nombre des pauvres ; vagabonds et gens sans aveu pul¬
lulaient, contribuant encore à la ruine de ceux qui restaient dans leurs
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134
BIBLIOGRAPHIE.
misérables chaumières. Les hôpitaux étaient trop peu nombreux,
spécialisés à certaines maladies ou à certaines classes de la société ;
l’esprit qui présidait à leur administration était souvent très étroit; le
personnel médical n’y jouissait pas d’une influence légitime; dans les
centres populeux comme Paris, l’entassement des malades était une
chose vraiment écœurante. Les enfants abandonnés, cette plaie des
sociétés besoigneuses, étaient extrêmement nombreux malgré une
législation très dure pour les filles-mères et l’admission par les tribu¬
naux de la recherche de la paternité ; cela tenait à des causes mul¬
tiples, non pas seulement à la pauvreté des mères, mais encore à la
dégradation des mœurs. Or, ces malheureux, recueillis dans les rues
ou dans les tours des hôpitaux, avaient été mis à la charge de l’hôpital
de Paris. On les expédiait donc de province, et de Paris on les ren¬
voyait chez des nourrices de la campagne; mais dans quelles condi¬
tions déplorables se faisaient ces voyages, combien peu arrivaient à
destination! Une fois arrivés, combien trouvaient encore des soins
insuffisants! Enfant abandonné, enfant tué : on aurait pu le dire. En
dernier lieu, la charité de l’ancien régime, aux xvii® et xvm® siècles,
s’était ingéniée à créer des œuvres paroissiales et des associations
pour le soulagement à domicile des pauvres et des malades : c’était
évidemment une grande amélioration, mais forcément le caractère
religieux et confessionnel de ces bureaux de charité limitait leur
action.
Le mal était donc très grand et menaçait de tarir les sources vives
de la nation. Aussi tous les économistes du xvm® siècle s’en préoc¬
cupèrent-ils. C’est Turgot et Necker qui engagèrent surtout de nou¬
velles mesures et se firent les protagonistes de cette idée que c’était la
nation qui devait prendre la charge de ses pauvres, de ses malades et
de ses vieillards. On n’avait pas attendu jusqu'à eux cependant pour
entreprendre des réformes ; soutenu par l’opinion publique, le gouver¬
nement royal, pendant les dix dernières années du règne de Louis XV,
s’était rendu compte des améliorations qu’il fallait apporter. En 1764,
le contrôleur général L’Averdy avait commencé par nommer une
commission, qui avait eu pour tâche d'établir un plan de classifica¬
tion des pauvres et des divers traitements qu’on aurait à appliquer à
chaque classe. C’est elle qui rédigea la déclaration relative au vaga¬
bondage, promulguée le 3 août de la même année ; les vagabonds
valides seraient punis des galères à temps; les non valides, les femmes
et les enfants seraient enfermés pendant un temps plus ou moins long
dans l’hôpital le plus voisin. Mais on aboutit rapidement à l’encom¬
brement et il fallut songer à augmenter les hôpitaux, à créer des
dépôts de mendicité, etc.
Je ne suivrai pas notre confrère dans le développement qu’il a
donné aux diverses mesures administratives qui furent prises et aux
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BIBLIOGRAPHIE.
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résultats qui furent atteints. Il vaut beaucoup mieux renvoyer à son
livre. Je noterai cependant la part très belle qu’il a faite à Turgot et
à Necker, dont l'influence fut prépondérante : le premier considéré
comme le théoricien de la législation des pauvres, le promoteur des
bureaux et des ateliers de charité, où les mendiants étaient traités
avec plus d'intelligence et de profit; le deuxième présenté comme le
réformateur pratique des services des hôpitaux et des enfants trouvés ;
tous deux ayant été les créateurs d'un service médical public.
A ce propos, notre confrère aurait pu montrer ce que ces novateurs
avaient emprunté aux institutions du passé, tombées déjà dans l’oubli.
Depuis le xiv* siècle, peut-être même plus tôt en certains pays,
comme par exemple la Provence, il avait existé des médecins et apo¬
thicaires recrutés et payés par les communautés, qui devaient leurs
soins et leurs médicaments indistinctement et gratuitement à tous les
habitants. En matière d’assistance comme en beaucoup d’autres, le
progrès ne marche pas d’une façon uniforme; on est quelquefois
obligé de revenir en arrière pour faire revivre d’anciennes habitudes*.
L’impulsion donnée par Turgot et Necker, les réformes opérées par
eux pour la réduction des mendiants, l’occupation des sans-travail, la
réorganisation des hôpitaux et l’entretien des enfants trouvés, l’exemple
donné par M m ® Necker elle-même suscitèrent une émulation féconde
entre les particuliers et les représentants du gouvernement. Jusqu’au
moment où s’ouvrirent les États Généraux de 1789,les bonnes volontés se
mirent à l’œuvre, des essais furent tentés, de nouveaux établissements
furent créés ; les Académies firent des enquêtes et mirent au concours
l’étude des meilleurs procédés d’assistance; les curés et leur entourage
instituèrent des hospices régionaux, des bureaux de charité, etc. Le
gouvernement élabora de son côté toute une législation.
Dans le nombre, des lois nouvelles ne répondirent pas à l’objet
qu’on en attendait; d’autres ne faisaient qu’apporter de la confu¬
sion ou un remède insuffisant. Il y en a pourtant qui ont eu une très
grosse portée. Ainsi, par exemple, l’édit de 1780, sur lequel notre
confrère a insisté très justement. Partant de ce principe que les fon¬
dations pieuses n’étaient possibles qu’avec l’autorité de l’État, qu’elles
avaient fini par constituer des biens de mainmorte privilégiés, que
par conséquent l’État avait le droit de changer la destination des
immeubles légués ou donnés aux établissements d’assistance, le légis-
1. Cela est vrai aussi en matière d’assurances : le moyen Age les a connues.
11 y eut des assurances contre la perte des marchandises, pour l'expédition
des navires, etc. Des caisses de chômage avaient été organisées par des corps
de métiers en certaines villes. Les études faites en Belgique ont montré que
l'assistance A domicile des vieillards incapables de travailler, par une sorte de
retraite légale, avait existé.
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BIBLIOGKAPHIE.
lateur permit aux hospices et hôpitaux d'aliéner leurs biens, d’acquit¬
ter toutes leurs dettes avec le produit de la vente et de verser le sur¬
plus dans la caisse du Domaine qui leur servirait une rente fixe. Ce
n'était alors qu’une faculté donnée aux maisons endettées, la Con¬
vention en fera une obligation.
La nécessité où se trouvait l'Etat de parfaire les ressources des
hôpitaux surchargés amenait tout naturellement cette idée que l'État
avait le droit de contrôler leur fonctionnement, de s’immiscer dans
leur administration. De là à considérer le service d’assistance comme
»
une attribution de l'Etat, il n’y avait qu’un pas, et ce pas fut vite
franchi. Tous les auteurs qui s'intéressèrent à la question du paupé¬
risme sous le règne de Louis XVI furent unanimes à déclarer qu’il
n’appartenait plus seulement aux particuliers et aux membres du
clergé de le diriger : les pauvres, les mendiants valides ou non, les
9 9
vieillards sont des membres de l’Etat, l’Etat lui-méme leur doit des
secours. Les théories des publicistes, les mémoires des intendants et
des sociétés académiques, les règlements des assemblées provinciales,
les édits du pouvoir royal aboutirent tous à la doctrine que formula
en 1790 le célèbre Comité de mendicité. On sait que La Rochefou¬
cauld-Liancourt en fut le personnage le plus connu. Rappelons en
deux mots que le Comité préférait les secoure à domicile à l'hospitali¬
sation partout où cela était possible; qu’il entendait renfermer les
mendiants valides, et ne voulant pas travailler, pour les corriger de leur
paresse et non pas pour les accabler de punitions; enfin et surtout
qu’il proposait d’organiser un service d’État, avec des fonctionnaires
officiels, pour répartir les secoure et diriger les hospices, dépôts de
mendicité, hôpitaux, ateliers de charité. Ce service serait alimenté par
une caisse nationale constituée avec les biens des établissements hos¬
pitaliers, avec ceux du clergé séculier qui, à l’origine, étaient destinés
à la charité, avec ceux des Ordres religieux spécialement voués à l’as¬
sistance ou à l’enseignement des pauvres, et enfin avec les allocations
de l'État.
La doctrine révolutionnaire était donc constituée ; ainsi que le dit
fort bien M. Bloch, son programme, mis à exécution par la Conven¬
tion (les assemblées précédentes n’ayant pas eu le temps de le discu¬
ter), avait été dessiné, trait par trait, par les philanthropes et les éco¬
nomistes du xvnr siècle ; il avait été préparé par l’œuvre administrative
des trente dernières années de l’ancienne monarchie. Ainsi présentée,
« la transformation révolutionnaire de l’assistance sociale résulte
donc d’une lente évolution. Elle a, dans l’ancien régime même, de
fortes et profondes racines. Elle procède d’une réaction contre des
institutions vicieuses, du besoin de leur en substituer de meilleures,
de plus propres à faire obstacle à une mendicité exubérante... Elle a
pour cause le mouvement continu et profond des idées philanthro-
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BIBLIOGRAPHIE.
137
piques et politiques et une suite de tentatives officielles de réformes ».
J’ai tenu à citer les phrases elles-mêmes de notre confrère, qui
expriment bien la conclusion de son livre. On s'en rend compte main¬
tenant : la Révolution ne fut que l'héritière de l’ancien régime; c’est
elle qui fut chargée de mettre en pratique des théories déjà discutées
et admises.
Il y aurait encore bien des choses à ajouter, mais j’ai hâte de ter¬
miner. J’espère en avoir assez dit pour marquer l’intérêt exceptionnel
qui s’attache au livre de M. Bloch. J’ai déjà observé qu’il s’appuyait sur
de très nombreux documents* et qu’il embrassait une région assez
grande et surtout assez caractéristique pour permettre des généralisa¬
tions ; je ne reviendrai donc pas là-dessus. Assurément, le tableau qu’il
a brossé de la misère publique et de l’organisation de l'assistance subi¬
rait quelques retouches s’il fallait l’appliquer à d’autres régions de
la France : il serait peut-être encore plus sombre en Bretagne, beau¬
coup moins en Provence et Languedoc. Mais il n’en est pas moins
vrai que ce sont les maux, dont on souffrait à Paris et dans les pro¬
vinces voisines, qui ont déterminé les réformes et décidé les théori¬
ciens du xvm e siècle à proposer des remèdes plus efficaces que ceux
qu’on avait appliqués jusqu’alors. Par conséquent, c’était là que l'his¬
torien devait porter ses regards. Quand il a une méthode d’investiga¬
tion aussi sûre que notre confrère, quand il a un esprit aussi averti,
il a chance d’écrire un livre non pas définitif, car il n’y a rien de
définitif en histoire, mais d’un intérêt permanent et d’une consulta¬
tion indispensable : c'est certainement ce qu’a fait notre confrère
M. Bloch 3 .
L.-H. Labande.
F. Uzureau,... Andegaviana. 8° série... Paris, A. Picard et fils;
Angers, J. Siraudeau, 1909. In-8°, 540 pages.
Le labeur de M. l’abbé Uzureau ne s’interrompt jamais. A peine un
1. Peut-être notre confrère a-t-il montré une certaine facilité A accueillir
ceux qui lui permettaient de stigmatiser les désordres et les vices des insti¬
tutions charitables de l’ancien régime. Je le trouve de ce côté un peu trop
pessimiste, et il me semble qu'on pourrait lui opposer de nombreux exemples
de bonne et intelligente administration des hôpitaux, de soins éclairés don¬
nés aux malades et aux invalides. Il faut se garder en effet de conclusions
trop rapides. Je suppose que M. Bloch s’est laissé impressionner par les cri¬
tiques des réformateurs. Mais ceux-ci n'avaient-ils pas intérêt, pour se faire
valoir, à décrier ce qui se faisait avant eux?
2. Quelques lapsus se sont glissés dans la rédaction. Quelques-uns ont été
relevés dans les errata, d'autres ont échappé A une révision de l’auteur, ainsi
par exemple cette expression (p. 361, I. 5) : a Compagnie royale d'assurances
contre la vie. #
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BIBLIOGRAPHIE.
volume de ses Andegaviana est-il achevé et distribué qu’une nou¬
velle série est mise sous presse; en six ans, huit tomes ont paru. Il
est vrai que la composition de ces recueils ne comporte que relative¬
ment peu d’efforts de la part de leur auteur. La rédaction de M. l’abbé
Uzureau est réduite le plus souvent au strict minimum : quelques
lignes en tête de chaque document pour en faire une présentation
sommaire, et c’est tout. Ici, cependant, on trouve des notes biogra¬
phiques assez développées sur les membres du clergé et des congré¬
gations religieuses de plusieurs paroisses importantes de l’ancien
diocèse d’Angers, même sur les généraux républicains morts en
Vendée.
Ainsi que j’ai déjà eu l’occasion de le dire, l’intérêt de cette publi¬
cation réside entièrement dans les pièces transcrites. Avec cette
huitième série, il nous est offert encore quelques notes d’après des
ouvrages récents sur le moyen âge en Anjou; mais la plupart des
notices sont relatives à l’époque révolutionnaire et aux temps posté¬
rieurs. On constate cependant que le xix® siècle est ici plus abondam¬
ment représenté que dans les séries précédentes : les renseignements
sont extraits surtout des rapports officiels.
A ce propos, je me permettrai de demander que ces rapports officiels
soient contrôlés et critiqués. Il semble que ce travail peut être assez
facilement exécuté : il ne manque pas de documents autres qui per¬
mettent de reconnaître l’exactitude de tel ou tel administrateur.
M. l’abbé Uzureau sait lui-même combien les passions ont été vio¬
lentes en Anjou sous la Révolution et même longtemps après; il
n’ignore pas combien l’esprit de parti a dénaturé jusqu’aux événe¬
ments les plus ordinaires de la vie publique. Mais, justement, ce tra¬
vail de critique, qui sera indispensable un jour ou l’autre, retarderait
la publication des nouvelles séries, et M. l’abbé Uzureau semble
avoir hâte d’en augmenter le nombre.
Il y aurait beaucoup à signaler dans le volume actuel : je me con¬
tenterai de noter d’une façon particulière la notice sur l’assemblée
provinciale d’Anjou en 1787 et la commission intermédiaire qui lui
succéda; la correspondance des administrateurs du département de
Maine-et-Loire avant et après le siège d’Angers par les Vendéens
(décembre 1793); les documents sur les hôpitaux et établissements
charitables de 1800 à 1802 et en 1836; la liste des émigrés rentrés en
Maine-et-Loire de 1802 à 1804; les listes des préfets et des conseillers
généraux, etc.
M. l’abbé Uzureau ne se contente pas de publier ses Andegaviana ;
il donne à différentes revues de nombreux articles, qu’il répand sou6
la forme de tirages à part. Ën voici quelques-uns, dont il suffit de
transcrire le titre, car la méthode de l’auteur consiste, ici comme ail¬
leurs, à éditer des textes. Il en est un cependant qui est une bonne
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BIBLIOGRAPHIE.
139
étude de géographie historique pour l’époque qui s’étend du xvii* au
xix* siècle : Les divisions administratives de la province d’Anjou
et du département de Maine-et-Loire. Il est extrait des Mémoires
de la Société nationale d’agriculture , sciences et arts d’Angers
pour l’année 1907.
Dans le même recueil ont paru : 1° Une page de l’histoire litté¬
raire de l’Anjou; c’est l’histoire de l'établissement de l’Académie
royale des sciences et belles-lettres d’Angers, avec la biographie des
académiciens auteurs, le tout rédigé par l’abbé Jacques Rangeard de
1764 à 1770;—2° Le présidial d’Angers. Les dernières ■ Rentrées
publiques » avant la Révolution , d’après l’unique journal de la loca¬
lité, les Affiches d’Angers; — 3° Les chouans dans le Craonnais
(119^-1196); extraits des rapports adressés aux administrateurs du
département par ceux du district de Segré. Dans la Revue des
sciences ecclésiastiques (juillet 1907), le même auteur a publié de
nombreux documents sur la Séparation de l’Église et de l’État
dans un grand diocèse (1800-1802), c’est-à-dire sur l'organisation
du culte catholique en Maine-et-Loire avant l’application du Concor¬
dat. Enfin, dans le Bulletin des sciences économiques et sociales
du Comité des travaux historiques et scientifiques (année 1906),
il a donné l’extrait d'un rapport adressé, le 17 septembre 1802, par le
préfet Montaut des Isles, extrait concernant les Eaux minérales en
Maine-et-Loire au début du XIX • siècle.
L.-H. Labande.
Collection de documents inédits sur l’histoire économique de
la Révolution française, publiés par le ministère de l'Instruc¬
tion publique. Paris, E. Leroux, 1906-1909. In-8°.
Vers la fin de l’année 1903, le ministre de l’Instruction publique,
déférant à un vœu de la Chambre des Députés, a institué, à côté du
Comité des travaux historiques et scientifiques, une Commission
chargée de rechercher et de publier les documents relatifs à la vie
économique de la Révolution. La présidence de la Commission fut
dévolue à M. Jaurès, auteur de la motion parlementaire; une sous-
commission, composée de M. Aulard, président, de M. Caron, secré¬
taire, de MM. Camille Bloch, Brette, Dejean et Seignobos, fut chargée
d’assumer la direction effective des travaux.
Le programme de la Commission comprend la recherche et la publi¬
cation de documents concernant les biens nationaux, les plaintes et
doléances des paroisses en 1789, l’agriculture, le commerce des
céréales, l’industrie, l’assistance, le papier-monnaie, de 1789 à
l’an VIII. Ces limites chronologiques n'ont toutefois rien d’absolu,
l’intelligence des faits de la période révolutionnaire pouvant, pour
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140
BIBLIOGBAPHIE.
certaines catégories de documents, nécessiter un retour en arrière, ou
l’évolution de l’état de choses nouveau pouvant normalement conduire
l’historien au delà de 1800.
Le premier soin de la Commission, une (ois son programme arrêté,
a été de faire constituer dans chaque département des comités locaux
composés de l’inspecteur d’Académie, de l’archiviste départemental et
de personnes qualifiées, en raison de leur compétence ou de leur situa¬
tion, pour diriger la recherche des documents et collaborer à leur
publication.
Des circulaires et instructions ont été rédigées à l’usage de ces
comités; des recueils de textes ont été publiés en vue de leur faciliter
l’intelligence et le groupement des documents particuliers. Ces circu¬
laires, instructions, ainsi que les recueils de textes trop peu étendus
pour former des volumes à part, sont insérés dans un Bulletin spé¬
cial qui paraît depuis 1906 1 2 . Cette revue contient également de courts
mémoires historiques et une chronique des travaux de la Commission
centrale et des comités départementaux. Quelques-uns de ceux-ci
ont, en outre, grâce à des subventions des Conseils généraux, pu
faire paraître des Bulletins locaux, c’est le cas pour les comités
de la Sarthe (1906), des Vosges (1907), de Seine-et-Oise (1907) et dans
une certaine mesure pour le comité de l’Aube*.
La plupart des publications faites par la Commission nous ont été
adressées. On analysera d'abord celles qui sont dues à la Commission
centrale elle-même et qui ont un caractère général, on indiquera
ensuite celles qui émanent des comités locaux et qui, comme telles, ont
un caractère plus spécial 3 .
Comités d’agriculture et de commerce. — La Constituante, la
Législative et la Convention donnèrent successivement mission à des
comités tirés de leur sein d’étudier, en vue de la préparation des
décrets, toutes les questions concernant l'agriculture et le commerce.
Nos confrères MM. Gerbaux et Schmidt ont été chargés de publier les
1. Ministère de tInstruction publique, des Beaux-Arts et des Cultes. Com¬
mission de recherche et de publication des documents relatifs à la vie éco¬
nomique de la Rérolution. Bulletin trimestriel (Paris, E. Leroux, in-8*).
2. Dans ce département, il s’est fondé, à côté du comité officiel, dont le pro¬
gramme est limité à l'histoire économique, une Société départementale d’his¬
toire de la Révolution qui publie depuis 1908 un recueil périodique, intitulé la
Révolution dans l'Aube, que dirigent nos confrères M. Boutillier Du Retail,
archiviste du département, et O. Beuve, conservateur-adjoint de la biblio¬
thèque et archiviste de la ville de Troyes.
3. Une innovation est à signaler pour ces dernières : toutes les fois que cela
a été possible, la Commission, affranchie du monopole dont jouit l'Imprimerie
nationale pour les publications de l'État, a confié l'impression des volumes A
un imprimeur de la région intéressée.
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BIBLIOGRAPHIE.
141
procès-verbaux des séances de ces comités 4 . Parmi les nombreuses
questions qui furent traitées au cours de ces séances, le partage des
communaux, la création des canaux, le commerce des subsistances,
les douanes, les ports francs, la circulation et l'exportation des grains
furent plus particulièrement l'objet d’études approfondies que sanc¬
tionnèrent des décrets importants. Il est superflu d’insister sur l’inté¬
rêt que présente ce recueil ; les documents qui y sont rassemblés font
suite à ceux qui sont compris dans l'Inventaire analytique des ■pro¬
cès-verbaux du Conseil du commerce et du bureau du commerce,
par MM. Bonnassieux et E. Lelong.
Abolition du régime féodal. — En votant la suppression des droits
seigneuriaux, universellement réclamée dans les cahiers du tiers
(décrets des 4-11 août 1789), la Constituante n’avait émis qu’un vote
de principe ; pour étudier les questions nombreuses et complexes que
soulevait l'organisation du régime nouveau, l'Assemblée nomma un
comité des droits féodaux. Les légistes de ce comité répartirent les
droits féodaux en catégories fondées sur des distinctions absolues :
d’une part, droits légitimes ou droits réels qui n’atteignaient l’individu
que par le moyen de la terre qu’il occupait, et, d’autre part, droits
usurpés ou droits personnels qui pesaient directement sur les indivi¬
dus; les premiers étaient susceptibles de rachat, alors que les seconds
étaient purement et simplement supprimés. Distinction parfaite en
théorie, mais qui ne cadrait pas toujours avec la réalité. La légiti¬
mité des droits réels parut à ce point juridiquement établie qu’on mit
à la charge non du créancier, comme dans le droit commun, mais du
débiteur le soin de faire la preuve en cas de contestation ; et qu’on
excepta même de la faculté de rachat les droits dont les titres n’im¬
pliquaient pas transfert de propriété, ceux qui étaient perçus pour
simple jouissance. Mais on sait combien étaient variés les contrats
passés sous le régime de l’ancien droit, combien étaient différents, au
point de vue juridique, des baux qu’en diverses régions on désignait
par un même nom. Dans quelle catégorie ranger des contrats mixtes
impliquant, comme le domaine congéable breton, vente des édifices et
louage de la terre? La complexité des questions que le comité eut à
examiner est inimaginable, et il n’est guère de mesure législative
prise en vue de l'application du décret du 4-11 août qui n’ait soulevé
des difficultés d’application et provoqué des réclamations, tant de la
part des seigneurs que de la part des tenanciers. Pétitions et adresses
affluèrent au comité établi par la Constituante.
La Législative, pour trancher les difficultés touchant la détermina-
1. F. Gerbaux et Ch. Schmidt, Procès-verbaux des comités d'agricuUure et
de commerce de la Constituante , de la Législative et de la Contention, I. I
à III (Paris, 1906-1908, in-8*, xxrv-775, xxxi-823 et xiv-763 p.).
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142
BIBLIOGRAPHIE.
tion des droits réels, fit passer du débiteur au créancier le soin de
faire la preuve en cas de désaccord.
La Constituante alla plus loin encore, par le décret du 17 juillet
1793, elle supprima toutes les redevances seigneuriales, à l’exception
des rentes purement foncières dont la légitimité serait établie par pro-
duction de titres. Cette production devait devenir de plus en plus dif¬
ficile au fur et à mesure que les brûlements de titres anéantirent les
archives particulières.
Les dossiers des comités des droits féodaux de la Constituante et de
la Législative, ceux du comité de législation de la Convention forment
une masse considérable de documents variés : projets de décrets,
mémoires, adresses. M. Sagnac, professeur à l’Université de Lille, et
notre confrère M. Caron ont, avec beaucoup de sagacité, fait un choix
de pièces concernant soit des droits seigneuriaux d’un caractère géné¬
ral, soit des droits spéciaux particuliers à certaines régions 1 . Le recueil
qu’ils ont ainsi formé n’est pas seulement intéressant pour l’histoire
de l’abolition du régime féodal de 1789 à 1793, on y trouve sur l’or¬
ganisation même de ce régime à la veille de sa disparition des rensei¬
gnements d’une portée rétrospective souvent fort lointaine et dont les
historiens et les juristes devront faire leur profit pour l’étude du
moyen âge.
Biens communaux. — La question des biens communaux fut,
avec celle des droits seigneuriaux, l’une «les plus complexes qu’eurent
à régler les assemblées de la Révolution. Les économistes des assem¬
blées provinciales préconisèrent maintes fois le partage de ces biens
pour en porter le rendement à un degré que l’exploitation ou l’usage
en commun était inapte à leur procurer et que seule la culture parti¬
culière pouvait obtenir. Si parfois l’opinion publique manifestée dans
les cahiers de doléances engloba les communaux avec les terres sei¬
gneuriales et les biens ecclésiastiques dans ces vastes domaines dont
on réclamait le morcellement, il faut bien reconnaître cependant qu’en
bien des endroits le sentiment populaire, influencé par les traditions,
guidé par le souci de besoins économiques particuliers, laissait les
biens communaux en dehors des partages si ardemment souhaités.
Au surplus, une première difficulté était à résoudre : le tiers des com¬
munaux appartenait au seigneur en vertu du droit de triage ; ce droit
fut implicitement supprimé en même temps que les autres droits sei¬
gneuriaux, qu’allait-il advenir de ce tiers communal précédemment
dévolu au seigneur? La Constituante laissa à peu près les choses en
l’état, les droits des communautés furent réservés, mais sans qu’au-
1. Ph. Sagnac et P. Caron, les Comités des droits féodaux et de législation
et l’abolition du régime seigneurial (Paris, 1907, in-8*, xuv-826 p.).
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BIBLIOGRAPHIE. 143
cun moyen (ùt établi pour les faire valoir, les situations acquises
reçurent provisoirement une consécration légale.
Il appartenait à la Législative et à la Convention d’appliquer aux
communaux une législation nouvelle. Ce sont les travaux prépara¬
toires de cette législation qu'a réunis notre confrère M. Bourgin*. Le
comité d’agriculture de la Législative fit une enquête sur les commu¬
naux auprès des directoires des départements. Les mémoires émanés
de quarante-cinq directoires nous sont parvenus ; pour treize autres,
il a pu être suppléé à l’absence du mémoire du Directoire par les déli¬
bérations des Conseils généraux provoquées par l’enquête; pour sept
autres enfin non encore représentés, on a pu recourir aux documents
d’une enquête au second degré organisée auprès des districts. Grâce
à cette recherche très avisée, M. Bourgin a pu, somme toute, reconsti¬
tuer à peu près intégralement l’enquête officielle du comité. Mais les
rapports envoyés à l’occasion de cette enquête ne reflètent parfois
qu’imparfaitement les sentiments populaires. Le désir de concilier des
tendances opposées a pu amener tel rapporteur à atténuer l’expression
de ces tendances ; la qualité même des rapporteurs a pu influencer le
sens de leurs réponses. Pour corriger ce défaut inhérent à tous les
rapports officiels, M. Bourgin a eu l’heureuse idée de donner le texte
d'une quarantaine de mémoires et pétitions adressés directement au
comité par des communautés ou par des particuliers.
Deux rapports furent présentés à la Législative : l’un, par Aveline,
concluait au partage facultatif; l’autre, par Danthon, de l’Isère, con¬
cluait à la vente. Une série de décrets s’ensuivit, deux sont particu¬
lièrement importants : l’un, du 14 août 1792, ordonnait le partage;
l’autre, du 11 octobre 1792, ajournait l’exécution du précédent. Ces
deux décrets provoquèrent la rédaction de mémoires et adresses qui
furent présentés à la Législative et à la Convention par les directoires de
départements et de districts, par des communautés et des particuliers. Ce
sont là les documents d’une nouvelle enquête spontanément organisée
par le sentiment populaire. Sur trois rapports de Fabre, de l’Hérault,
de Souhait, des Vosges et de Marin, député du Mont-Blanc, la Con¬
vention rendit de février à juin 1793 une série de décrets qui reflètent
les hésitations du législateur. Enfin, le 10 juin, le partage par tète,
plus généralement réclamé par l’opinion publique, fut voté. Là s’arrête
le recueil de M. Bourgin, mais notre confrère a le soin d’avertir que
si la préparation de la loi fut marquée par bien des incertitudes, son
exécution entraîna tant de difficultés qu’il fallut revenir par la suite à
des dispositions moins radicales et que la question des communaux
après le 10 juin représente un ensemble de faits et de textes qui pour-
1. G. Bourgin, le Partage des biens communaux , documents sur la prépa¬
ration de la loi du 10 juin 1793 (Paris, 1909, in-8*, xxiv-757 p.).
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144
BIBLIOGRAPHIE.
rait fournir la matière d’une autre publication. L’excellent esprit de
méthode dont l’auteur a fait preuve dans le premier volume ne peut
que faire souhaiter la prompte apparition du second. Un vœu enfin
nous est suggéré par le recueil sur les communaux, c’est que, sur ce
point tout au moins, la Commission ne se laisse pas trop arrêter par
la limite chronologique de ses travaux et songe quelque jour à nous
faire connaître comment à travers le xix® siècle s’est reconstitué ce
mode de propriété et nous apporte à ce sujet des données topogra¬
phiques dont les documents révolutionnaires dès maintenant publiés
sont un peu trop sobres.
Commerce des céréales et agriculture. — A côté de ces trois
recueils de textes, d’autres encore ont paru dans le Bulletin de la
Commission. Ils se rattachent à la circulaire du 2 avril 1906 concer¬
nant les documents relatifs à l'agriculture, aux subsistances, au com¬
merce et à l’industrie. Le premier, dû à notre confrère M. Caron,
comprend des instructions pour la publication des documents locaux
relatifs au commerce des céréales, des notes et documents sur la
législation et l’administration de 1788 à l’an V, des rapports de Grivel
et Siret, commissaires parisiens du Conseil exécutif provisoire, sur
les subsistances et le maximum (septembre 1793-mars 1794) ; le second,
dû à notre confrère M. Bourgin, contient des notes et documents ana¬
logues concernant l’agriculture. Tout récemment, notre confrère
M. Camille Bloch a fait paraître des textes concernant l’assistance, et
ce travail sera complété par la publication, en collaboration avec
notre confrère M. Tuetey, des procès-verbaux du comité de mendicité;
enfin nos confrères MM. Caron et E. Déprez préparent un autre recueil
pour les biens nationaux ; un autre recueil encore concernant les assi¬
gnats est projeté.
Les volumes publiés par la Commission centrale, les instructions
insérées par elle dans son Bulletin ont pour objet de provoquer et de
faciliter l’élaboration de recueils de documents régionaux concernant
l’histoire économique de la Révolution. Ce sont ces recueils qu’il nous
reste à signaler.
Biens nationaux. — La première en date des publications faites
sous les auspices de la Commission est consacrée aux dossiers de
vente des biens nationaux dans le département du Rhône, réunis et
analysés par M. Charléty. Ce volume ne nous a pas été envoyé, il a
de plus fait l’objet de plusieurs comptes-rendus critiques, nous nous
abstiendrons donc de l’examiner en détail. Il suffira de dire qu’il est
formé de deux parties, l’une traite des inventaires de biens de première
origine (biens ecclésiastiques) et de deuxième origine (biens des parti¬
culiers) et l’autre des ventes faites à des époques variées et dans des
conditions différentes. Aussi bien dans la circulaire du 20 décembre
1905 que dans la deuxième instruction parue dans le Bulletin de 1908
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BIBLIOGRAPHIE.
145
et que dans le recueil du département du Rhône, l'on semble avoir
fait aux inventaires et déclarations une place trop étroite en compa¬
raison de celle accordée aux dossiers de vente. L'importance de ces
derniers est certes incontestable : c’est d’eux que procède la réparti¬
tion nouvelle de la propriété, c’est à eux qu’il faut remonter pour
trouver l’origine de l’un des principaux facteurs de la vie économique
contemporaine. Mais cela ne doit pas faire oublier que les inventaires
et déclarations constituent le bilan de la propriété mobilière et immo¬
bilière de la vieille France, le bilan d’antiques institutions religieuses
et d’illustres fortunes patrimoniales dressé à la veille même de leur
disparition. A chaque ligne de ces documents sont mentionnés les
mêmes terres, les mêmes bâtiments, les mêmes objets qu’on trouve
cités dans les chartes du moyen âge; beaucoup de ces droits et de ces
redevances, qui existaient à la veille de la Révolution, ont une origine
qui remonte à travers les siècles jusqu’à l’époque mérovingienne
même. Quarante générations d’hommes ont vécu des fruits de tous
ces biens, ont plié sous le faix écrasant de toutes ces charges. On con¬
viendra que, pour être d’un intérêt moins actuel que les dossiers de
ventes, de tels documents sont, même au seul point de vue économique,
d’une importance historique non moins grande. On a contesté, il est
vrai, la précision et même la sincérité des déclarations et des inven¬
taires. Si les premières demandent à être contrôlées, doit-on envelop¬
per les seconds dans une même suspicion. Je ne le pense pas, pour ma
part, après avoir examiné plus de 1,500 de ces inventaires, dont les dupli¬
cata existent aux Archives nationales, et m’être rendu un compte exact
des conditions dans lesquelles ces procès-verbaux en ont été rédigés.
Les officiers municipaux présents en personne dans les couvents s’y
firent remettre les comptes des années précédentes, établis alors que
rien ne faisait prévoir les événements qui devaient se dérouler par la
suite ; les revenus de tout genre portés sur ces comptes furent contrô¬
lés sur les baux et titres de jouissance : conditions des tenures, noms
et qualités des occupants, montant et nature des redevances furent
relevés. Pour la partie des biens improductive de revenu, pour les
bâtiments, le mobilier, les officiers n’avaient qu’à ouvrir les yeux. On
ne saurait même supposer qu’il y ait pu avoir détournement préalable,
du fait des religieux, ni complaisance coupable de la part des agents
de l’autorité, car lorsque les inventaires furent dressés, l’on n’en était
pas encore à la suppression de tous les établissements ecclésiastiques ;
les religieux, par exemple, s’ils pouvaient rentrer dans la vie civile,
avaient encore la faculté d’opter pour la continuation de la vie en
commun, et à cet effet un certain nombre de couvents, et on ne savait
lesquels, devaient subsister. Dissimuler une partie des biens d’une
communauté, c’eût été appauvrir celles dont on attendait la reconsti¬
tution. Si ce n’était pas assez dit pour établir la sincérité des inven-
1910 10
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146
BIBLIOGRAPHIE.
taires, j’ajouterais que, pour quelques abbayes dont l’histoire m'était
assez bien connue depuis leur origine, j’ai eu l'occasion de vérifier les
assertions des inventaires et j’y ai trouvé, en ce qui concerne les biens
fonciers, une concordance parfaite et complète avec ce que m’avaient
appris les documents antérieurs. Je crois donc pour ma part qu’au
moment où la publication des dossiers de vente des biens nationaux
momentanément interrompue est appelée à être reprise activement,
la Commission et ses collaborateurs doivent accorder à la recherche
et à l'analyse des inventaires une attention toute spéciale 4 .
Cahiers de doléances. — Dans l’enquête locale d’histoire écono¬
mique entreprise par la Commission, la recherche et la publication
des cahiers de doléauces occupe de beaucoup la place la plus impor¬
tante. Une circulaire du 5 avril 1905 contient sur cet objet des ins¬
tructions sommaires, précisées, au point de vue purement pratique,
dans une instruction complémentaire du 13 juin 1907. Les cahiers
ont été définis : « L'ensemble des écrits contenant vœux, plaintes et
doléances rédigés en 1789 dans les assemblées électorales qui avaient
un caractère de légalité reconnue, soit parce qu’elles avaient été con¬
voquées en exécution d’ordres royaux, soit parce que les députés élus
en conséquence de ces assemblées furent admis à l’Assemblée natio¬
nale. » Sont compris dans le programme de la Commission les
cahiers de paroisses rédigés dans les assemblées primaires, ceux des
corporations rédigés dans un certain nombre de villes, ceux du tiers
état rédigés dans les assemblées dites préliminaires des bailliages
secondaires et des bailliages principaux ayant des secondaires, ceux
enfin destinés aux États-Généraux et rédigés par l’assemblée des trois
ordres. Le bailliage ou la juridictiou assimilée, constituant la circons¬
cription électorale en 1789, a très justement été choisi comme cadre
géographique pour la publication des cahiers.
1. On annonce la publication des dossiers des biens nationaux de l’Aube, de
l'Ille-et-Vilaine, de la Gironde, de l'Yonne, de la Saône-et-Loire, des Alpes-
Maritimes et du district d'Épinal. Au moment même où ce compte-rendu est
mis sous presse, nous recevons les tomes 1 et II des Documents relatifs à
la vente des biens nationaux des Bouches-du-Rhône , publiés par M. Moulin
(Marseille, 1908-1909, in-8*, lxu-592 et 674 p.). Ce recueil a certes plus d’am¬
pleur que celui du Rhône; une place toute spéciale y est faite a l'orfèvrerie
des églises, et les historiens de l'art, non moins que ceux qui s'occupent d'his¬
toire économique, en seront satisfaits; mais il n'en reste pas moins que,
en recourant aux dossiers des Archives nationales, l’éditeur n'aurait pas eu
besoin de suppléer à l’absence de certains inventaires par des déclarations
plus sommaires et plus sujettes à caution et qu'il aurait pu aussi faire figurer
dans la première partie du recueil, consacrée aux inventaires, des établisse¬
ments pour lesquels les documents lui ont fait défaut, et dont le nom n’est
que rappelé dans la deuxième partie, consacrée aux estimations et ventes
par localités.
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I
BIBLIOGRAPHIE. 147
En même temps qu’elle rédigeait sa circulaire, la Commission don¬
nait avec les cahiers du bailliage d’Orléans, que notre confrère M. Ca¬
mille Bloch s’était chargé de publier, un spécimen dont pourraient
s’inspirer les autres éditeurs*. L’introduction placée en tête du recueil
constitue un véritable exposé de la méthode à suivre pour les ouvrages
de ce genre. Le texte démontre l’excellence de cette méthode : déli¬
mitation géographique du bailliage, sources manuscrites et imprimées,
groupement des cahiers ruraux selon leur degré de similitude ou
d'analogie résultant de l’influence des mêmes présidents ou de la com¬
munication des mêmes mémoires et instructions, réunion pour chaque
paroisse de renseignements géographiques, topographiques, Gnanciere,
statistiques susceptibles à la fois de reconstituer les conditions dans
lesquelles les cahiers furent rédigés et de contrôler les assertions qui
s’y rencontrent. Cette manière de comprendre la publication des
cahiers a permis à M. Bloch de tirer lui-même les conclusions géné¬
rales qui ressortent de leur examen et d'esquisser un tableau de l’état
économique de l'Orléanais en 1789. Les textes compris dans le
premier volume concernent 165 paroisses rurales du bailliage, sur 169
qu’il comptait, et les villes de Jargeau, Meung, Pithiviers et Sully; le
deuxième volume est consacré aux cahiers des communautés et cor¬
porations d’Orléans, à ceux du tiers état du bailliage principal d’Orléans
et des bailliages secondaires, enün à ceux des trois ordres du bailliage.
Une table générale contient, outre les noms de personnes et de lieux,
un grand nombre des rubriques matières, qui permettent de retrouver
tout ce qui dans les cahiers concerne les institutions et les mœurs.
Aux deux volumes de M. Bloch a succédé rapidement toute une
série de recueils similaires :
M. G. Laurent, greffier du tribunal correctionnel de Reims, a réuni
les cahiers des bailliages de la généralité de Ch&lons-sur-Marne com¬
pris dans le département actuel de la Marne; le tome I qui a paru
comprend le bailliage de Châlons-sur-Marne (173 cahiers)*.
M. Ch. Etienne, professeur au lycée de Bourg, a entrepris la publi¬
cation des cahiers des généralités de Metz et de Nancy et donné tout
d’abord ceux du bailliage de Vie (161 cahiers sur 165)*, dernier ves¬
tige de l’ancienne principauté temporelle des évêques de Metz.
Les cahiers du bailliage de Cotentin forment deux volumes publiés
1. C. Bloch, Département du Loiret. Cahiers de doléances du bailliage
dOrléans pour les États-Généraux de 1789 (Orléans, 1906-1907, in-8*, lxiv-
800 p. et n-515 p.).
2. G. Laurent, Département de la Marne. l r * série : Cahiers de doléances
pour les États-Généraux de 1789. T. I : Bailliage de Châlons-sur-Marne
(Épernay, 1906, in-8*, xxxii-872 p.).
3. Ch. Étienne, Cahiers de doléances des bailliages des généralités de Metz
et de Nancy pour les États-Généraux de 1789. P* série : Département de
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148
BIBLIOGRAPHIE.
par M. Bridrey 4 . Pour cette circonscription, il existe de grosses lacunes
dans les cahiers ruraux, et les cahiers des corporations font totale¬
ment défaut; l'éditeur, qui a eu recours à tous les moyens propres à
lui faire retrouver les absents, a pu expliquer la plupart des lacunes
par le fait qu'il ne fut pas toujours rédigé de plaintes et doléances.
Son introduction renferme à ce point de vue des renseignements fort
intéressants. Comme M. Bloch, M. Bridrey a reconnu l’existence de
cahiers types, dont se sont inspirées ou qu’ont simplement copiés plu¬
sieurs communautés. A signaler en appendice des documents sur le
commerce et l'octroi de Granville, sur les mesures, sur l’estimation
des rentes, sur l’instruction dans le bailliage de Valognes, sur les
foires et marchés dans la même région.
Pour la sénéchaussée d’Angoulême et le siège royal de Cognac, des
500 cahiers de communautés ou procès-verbaux d’assemblées qui ont
été jadis résumés par Charles de Chancel dans son Angoumois en
1189 (1847), la plupart ont disparu, mais M. Boissonnade, professeur
à l’Université de Poitiers, a pu réunir un groupe encore important de
documents restés généralement inconnus à Chancel et qui forment un
volume*.
La sénéchaussée de Nîmes a fait l’objet d’un recueil établi par
M. Bligny-Bondurand, archiviste du Gard. Pour cette circonscription,
il n’y a pas de cahiers des corporations et il n’y a pas d’indice qu’il en
ait été rédigé; il n’existe pas non plus de cahiers spéciaux du tiers, la
sénéchaussée de Nîmes étant sénéchaussée principale sans secon¬
daire. Malgré ces particularités, M. Bligny-Bondurand a pu grouper
le texte de trois cent quarante-cinq cahiers de paroisses, plus les
cahiers de chacun des trois ordres de la sénéchaussée 3 .
Le bailliage de Blois avec son bailliage secondaire de Romorantin
est l’une des plus vastes circonscriptions électorales de 1789, il com¬
portait 247 paroisses. MM. le D r F. Lesueur et A. Gauchie, membres de
la Société des sciences et lettres du Loir-et-Cher, n’ont retrouvé que
178 cahiers; pour les deux villes de Blois et de Romorantin 4 , il
Meurthe-et-Moselle. T. I : Cahiers du bailliage de Vie (Nancy, 1907, in-S*,
xxxvi-775 p.).
1. Bridrey, Déparlement de la Manche. Cahiers de doléances du bailliage
de Cotentin (Coutances) et secondaires pour les États-Généraux de 1789
(Paris, 1907-1908, in-8*, 808 et 806 p.).
2. Boissonnade, Département de la Charente. Cahiers de doléances de ta
sénéchaussée dAngoulémc et du siège royal de Cognac pour les États-Géné¬
raux de 1789 (Paris, 1907, in-8*, 555 p.).
3. E. Bligny-Bondurand, Département du Gard. Cahiers de doléances de la
sénéchaussée de Nîmes pour les États-Généraux de 1789 (Nîmes, 1908-1909,
in-8*, lv-584 et 676 p.).
4. D* F. Lesueur et A. Caucbie, Département de Loir-et-Cher. Cahiers de
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BIBLIOGRAPHIE.
149
n'existe pas de cahiers des corporations; le cahier de l’assemblée pré¬
liminaire de Blois fait également défaut. En dépit de ces lacunes, les
éditeurs ont pu constituer un recueil compact dont tous les textes
sont éclairés par les mêmes notices statistiques que celles données
pour le bailliage d’Orléans.
M. Fourastié, archiviste du Lot, a formé un volume avec les cahiers
de la sénéchaussée de Cahors 4 , l’une des huit subdivisions de la géné¬
ralité de Montauban et la seule pour laquelle les cahiers nous soient
parvenus. La collection en est presque complète, 106 cahiers pour
109 paroisses.
A l’activité si féconde de notre confrère M. Forée on doit le recueil
des cahiers du bailliage de Sens 9 . Cette circonscription comprenait
239 paroisses ou communautés réparties entre les généralités de Paris,
Chàlons et Orléans ; il faut y ajouter 23 paroisses du bailliage secon¬
daire de Villeneuve-le-Roi réunies en sept groupes épars. La parenté
étroite qui ressort de l’examen des cahiers a permis à M. Porée d’imi¬
ter l’exemple de M. Bloch au point de vue de leur classement, et de
substituer à l’ordre alphabétique, plus généralement adopté par les
autres collaborateurs de la Commission, un ordre fondé sur les rap¬
ports de filiation apparents entre les textes.
La sénéchaussée de Marseille, dont M. Joseph Fournier a réuni les
cahiers 9 , se présente sous un aspect un peu différent de celui des
autres circonscriptions dont les doléances ont été publiées. Cette séné¬
chaussée ne comprenait en effet dans son ressort que la ville même
de Marseille et sa banlieue. Par suite, les cahiers des corporations et
non pas ceux des paroisses occupent la place la plus importante. C’est
une particularité intéressante à retenir pour l’histoire de l’industrie et
du commerce.
A ces volumes déjà parus s'en ajouteront prochainement de nou¬
veaux : sont annoncés dès maintenant comme devant bientôt voir le
jour les cahiers de doléances du bailliage de Saint-Mihiel, du bailliage
de Troyes, Bar-sur-Seine, etc., de la sénéchaussée de Rennes et de la
doléances du bailliage de Blois et du bailliage secondaire de Romorantin
pour les États-Généraux de 1789 (Blois, 1907-1908, in-8\ xcix-576 et 510 p.,
carte).
1. V. Fourastié, Département du Lot. Cahiers de doléances de la séné¬
chaussée de Cahors pour les États-Généraux de 1789 (Gahors, 1908, in-8*,
xrv-383 p., carte).
2. Ch. Porée, Département de VYonne. Cahiers de doléances du bailliage
de Sens pour les États-Généraux de 1789 (Auxerre, 1908, in-8*, xxxvm-847 p.,
carte).
3. J. Fournier, Département des Bouches-du-Rhône. Cahiers de doléances
de la sénéchaussée de Marseille pour les États-Généraux de 1789 (Marseille,
1908, in-8*, lxi- 557 p.).
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150
BIBLIOGRAPHIE.
sénéchaussée de Grasse. Tous ces recueils ont été généralement rédi¬
gés sur le plan adopté par M. Bloch et conformément à la méthode
préconisée par lui. Toutefois, quelques améliorations ou modifications
d’ordre surtout matériel ont été suggérées par l'expérience ou intro¬
duites par les préférences personnelles «les auteurs, tel le rejet dans
les notes des renseignements statistiques, tel aussi, par une heureuse
innovation, pour les bailliages de Blois et de Sens et la sénéchaussée
de Cahors, l’insertion de cartes qui donnent une forme concrète aux
recherches géographiques qui se sont imposées aux éditeurs. La
Commission rendrait un très réel service en faisant dresser et gra¬
ver des cartes pour les recueils précédemment parus et qui n’en sont
point pourvus ; seul un groupement désintéressé comme l’est la Com¬
mission peut avoir la gracieuseté de réparer un oubli de cette nature.
Des cahiers de doléances, il convient de rapprocher un groupe très
original de documents particulier au Dauphiné.
En se s'éparant le 16 janvier 1789, les États de Dauphiné, qui ne
devaient plus se réunir, avaient nommé une commission intermédiaire
«le douze membres. Le 28 février, cette commission adressa à toutes
les communautés du Dauphiné un questionnaire en vingt-quatre
articles. Les réponses fournies par les communautés de l’élection de
Gap, l’une des six élections du Dauphiné, sont conservées, à de très
rares exceptions près, dans la série C des archives des Hautes-Alpes,
et M. l’abbé Guillaume, archiviste du département, les a publiées 4 .
On aura quelqu’idée de la nature «les renseignements contenus dans
ce recueil par une analyse sommaire du questionnaire : 1. Étendue
territoriale; 2. Population; 3. Médecins et chirurgiens; 4. Accou¬
cheuses ; 5. Épidémies, inoculation de la petite vérole ; 6. Manière de
bâtir; 7. Nature du sol; 8. Récoltes et arbres fruitiers; 9. Rapport
entre les grains et comestibles et la consommation, nourriture ordi¬
naire; 10. Origine des grains en cas de disette; 11. Production sura¬
bondante, marchés, exportation, foires; 12. Bois et forêts; 13. Com¬
munes; 14. Rivières et torrents, irrigation, inondations; 15. Bétail;
16. Vétérinaires et maréchaux ; 17. Industrie et commerce ; 18. Forme
du régime municipal; 19. Revenus de la communauté; 20. Charges
de la communauté; 21. Comptes des collecteurs; 22. Biens et revenus
des pauvres ; 23. Hôpitaux et enseignement public ; 24. Date du der¬
nier parcellaire, conservation des titres.
Sur chacun de ces points, les communautés fournirent des réponses
sobres et précises et dont la sincérité a pu souvent être contrôlée par
l’éditeur d’après d’autres documents qu’il cite en notes. M. l’abbé
1. Abbé Guillaume, Recueil des réponses faites par les communautés de
l'élection de Gap au questionnaire envoyé par la Commission intermédiaire
des États du Dauphiné (1908, in-8% xvn-609 |>.).
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BIBLIOGRAPHIE.
151
Guillaume a fait précéder le mémoire de chaque communauté d’une
courte notice contenant l’identification de la localité, son altitude, sa
superficie et le nombre des habitants au recensement de 1906. Autant
de renseignements qui permettent d’établir des comparaisons entre
l’état ancien et l’état actuel. S’il faut louer ici la conscience de l’édi¬
teur, nous sera-t-il permis d’exprimer un regret au sujet de sa discré¬
tion? Son introduction de dix-sept pages paraîtra bien brève; sans
prétendre tracer un tableau détaillé de la situation économique du
département en 1789, à cela il faudrait consacrer tout un volume,
n’aurait-on pas pu reprendre en une vingtaine de pages chacun des
articles du questionnaire pour indiquer sommairement les réponses
qui y furent généralement faites. L’homogénéité des documents, infi¬
niment plus grande ici que dans les recueils de cahiers de doléances,
rendait ce travail facile.
Nous ignorons si les réponses des communautés des cinq autres
élections du Dauphiné (Grenoble, Vienne, Romans, Valence, Monté-
limar) se sont conservées, M. l’abbé Guillaume ne nous le dit pas, il
serait à souhaiter, si elles sont accessibles, qu’elles fissent l’objet de
volumes analogues à celui qui a été consacré à l’élection de Gap. Ces
réponses, peut-être moins spontanées que les cahiers de beaucoup de
paroisses, ont sur ceux-ci l’avantage d’avoir été préparées par des
interrogateurs avisés, au courant des hommes et des choses de leur
temps et soucieux du bien public.
Délibérations municipales. — Les registres municipaux peuvent
fournir à l’histoire économique une multitude de petits renseigne¬
ments dont le groupement finit par former un ensemble significatif.
C’est ce qu’a voulu montrer M. Mourlot en explorant les registres
municipaux du département de l’Orne pour en tirer des extraits con¬
cernant les impôts, les droits féodaux, les biens nationaux, les biens
communaux, l’agriculture, les approvisionnements et subsistances,
l’industrie, le commerce, les salaires, l’assistance. Ces extraits sont
publiés suivant un ordre géographique, chacun d’eux est précédé d’in¬
dications sur les registres de la commune. M. Mourlot, ancien inspec¬
teur d’Académie de l’Aveyron, aujourd’hui dans l'Orne, s’est toujours
employé de son mieux en faveur des archives municipales; il a fait,
pour intéresser les instituteurs et les secrétaires de mairie à leur con¬
servation et à leur étude, des efforts dont on ne saurait trop lui savoir
gré; il apporte dans l’introduction de son volume, pour défendre ces
modestes dépôts contre les dilapidations des particuliers et l’indiffé¬
rence des autorités à tous les degrés de la hiérarchie administrative,
une chaleur qu’on aimerait à retrouver chez tous ses collègues. Ceci
dit, pour rendre pleine justice à M. Mourlot, on me permettra de
regretter le caractère factice des extraits tirés à un point de vue spé¬
cial ries registres municipaux. Les faits qu’ils énoncent se présentent
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152
BIBLIOGRAPHIE.
isolés de tous les événements locaux concomitants, qui les expliquent
ou qui en sont résultés et dont ces mêmes registres portent la trace.
Au point de vue général môme, ces extraits ne sauraient avoir toute
leur signification que si M. Mourlot trouve de nombreux imitateurs et
si la Commission leur accorde son patronage. M. Mourlot se réfère
bien à une circulaire du 2 mars 1906, mais il ne semble pas que le
texte en ait été publié dans le Bulletin de la Commission, et on
aimerait à savoir dans quelle mesure et comment les extraits des
registres municipaux se rattachent à un plan de travail arrêté d’avance.
D’autres publications préconisées par la Commission me paraissent
mieux cadrer avec un programme directeur préconçu. Tel le volume
de notre confrère M. Bruchet qui est le développement particulier pour
la Savoie du recueil général de MM. Sagnac et Caron sur l’abolition
du régime féodal; tel le recueil sur l’industrie dans le département de
Vaucluse, sur le commerce des céréales dans les districts de Chau-
mont-en-Bassigny et de Versailles, développements particuliers des
Procès-verbaux du comité de l’agriculture et du commerce, et des ins¬
tructions particulières indiquées plus haut.
L’œuvre accomplie par la Commission en trois années est considé¬
rable. Les subsides ne lui ont pas été ménagés, les collaborations les
plus zélées ne. lui ont pas non plus fait défaut, et parmi celles-ci il
faut noter tout particulièrement le concours direct et indirect que lui
ont prêté les archivistes des Archives nationales et départementales.
En s’associant en si grand nombre aux travaux d’histoire économique
de la Révolution, les anciens élèves de l’Ecole des chartes ont mon¬
tré, mieux encore que par des plaidoyers pro domo , que la méthode
scientifique de l’École s'applique non moins bien à l’histoire des temps
modernes qu’à celle du moyen âge.
A. Vidier.
LIVRES NOUVEAUX
SOMMAIRE DES MATIÈRES.
Généralités, 175, 276, 307, 407, 450.
Sciences auxiliaires. — Paléographie, 18, 347, 413, 500. —
Manuscrits, 9, 13, 51, 64, 88, 112, 141, 182, 225, 234, 242, 243, 255,
257, 273, 292, 324, 380, 400, 436, 484, 520. — Imprimés, typogra¬
phie, 59, 91, 121, 142, 190, 259, 361, 395. — Bibliothèques, 68, 84,
258, 374, 494.
Sources, 192. — Chroniques, H, 53, 170, 187, 198, 240, 266, 360,
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BIBLIOGRAPHIE.
153
442, 485. — Correspondances, 385. — Inventaires d’archives, 2, 212,
228, 238, 270, 294, 345, 365, 378, 473, 483. — Cartulaires, 58, 90, 95,
127, 143, 152, 168, 180, 220, 231, 244, 298-300, 364, 376, 411, 446. —
Chartes, 70, 114, 171, 441, 499. — Regestes, 393, 493, 501. — Inven¬
taires, 50. — Censiers, pouillés, etc., 295, 297, 367.
Biographie, généalogie. — Architectes, 87 ; artistes, 178; saints,
46, 348. — Angleterre, 87 ; Artois, 204; Savoie, 77, 181 ; Séville, 178.
— A. Adam, 170; Albert I er , 399; Amédée VIII de Savoie, 136; s. Aqui-
lin, 338; s. Arbogast, 387; J. d’Arc, 89, 144, 435, 459, 489; Avitus,
72 ; s. Basile, 415 ; s u Bathilde, 103 ; Boccace, 236 ; s. Boniface, 521 ;
Caxton, 514; s. Célestin, 19; Charles V de France, 104; Clément VII,
48; Conrad II, empereur, 95; Dante, 512; Fournier, 36; s. François
d’Assise, 79, 157, 233; b. François de Florence, 363; Frédéric I er de
Bohême, 69; Frédéric Barberousse, 441 ; Frédéric II, empereur, 196;
Gilles Le Breton, 448; b. Girard, 183; L. Giustiniani, 153; s. Gré¬
goire le Grand, 461; Gui Foucoi, 460; Henri II, empereur, 95;
Henri II, roi d’Angleterre, 220; Jacques de Vitry, 167; Jean XXII,
pape, 152; Jean d’Andine, 78; E. Leblanc, 342; M&reschal de Longe-
ville, 356; Mathilde de Toscane, 133; Médicis, 472; D. Morone, 107 ;
N. Oresme, 278; Pétrarque, 247; Philippe-Auguste, 310; Philippe le
Bon, 323; s. Pierre Damien, 140; G. de Rais, 89; René II de Lor¬
raine, 322; Robert le Pieux, 171; Rodrigue de Villandrando, 78;
Ruysbroeck, 122 ; P. Savelli, 388 ; Savonarole, 421 ; Sidoine Apolli¬
naire, 5; Sigismond d’Autriche, 215, 418; s. Thomas Becket, 210;
Thun, 279; Van Eyck, 135; P. Vischer, |392; W. v. d. Vogelweide,
422.
Droit, 24, 76, 81, 83, 84, 96, 97, 104, 137, 139, 174, 182, 191, 255,
267, 280, 283, 334, 377, 398, 412, 425, 455, 491, 497, 521.
Institutions, 24, 31, 129, 148, 219, 250, 269, 290, 301, 446.
Histoire économique, moeurs, 1, 6, 27, 71, 86, 94, 110, 146, 160,
166, 172, 177, 186, 214, 217, 219, 229, 248, 250, 261, 310, 330, 331,
350, 370, 381, 438, 443, 453, 479, 490, 509.
Médecine, 117.
Sciences, enseignement, 12, 22, 23, 33, 102, 108, 124, 140, 179,
200, 311, 416, 466, 476, 492, 506.
Géographie, 400, 515.
Religions. — Judaïsme, 200. — Christianisme, 49, 246, 481 ;
papauté, 4, 130, 482; conciles, 130, 482; ordres religieux, 8, 43, 79,
275, 349, 433, 464, 470; Inquisition, 283; liturgie, 17, 35, 52, 75, 138,
163, 451, 504; théologie, 126,169,179, 224,251, 328, 434, 510; lipsano-
graphie, 478. — Hétérodoxie, 263, 268, 284, 318, 428, 481. — Maho¬
métisme, 355.
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154
BIBLIOGRAPHIE.
Langues et littératures, 239, 3%. — Grec, 474, 510. — Latin,
52 , 93, 109, 126, 138, 248, 328, 358, 369, 434. — Langues romanes, 340;
français, 30, 57, 169, 204, 253, 282, 314, 384, 391, 430, 468, 496; ita¬
lien, 7, 20, 25, 92, 99, 100, 156, 162, 184, 185, 249, 286, 335, 353, 358,
379, 382, 385, 443 ; provençal, 50, 155, 319, 507 ; wallon, 29. —
Langues germaniques : allemand, 56, 206, 207, 265, 361, 380, 408,
447, 452, 518 ; anglais, 194, 227 ; gothique, 65 ; néerlandais, 486, 487.
— Langues Scandinaves, 67. 150, 159, 208, 397, 402, 439. — Langues
slaves, 292. — Copte, 510.
Archéologie, 14, 15, 26, 32, 44, 47, 60, 63, 74, 75, 99, 101, 120,
125, 132, 149, 188, 189, 205, 209, 226, 237, 252, 271,272, 289, 302, 312,
320, 329, 336, 339, 359, 383, 389, 409, 410, 419, 423, 440, 465, 475, 477.
480, 502, 503, 522. — Architecture, 10, 16, 87, 151, 161, 193, 195,235.
241, 281, 285, 2%, 304, 325, 357, 373, 394, 444, 458. — Sculpture, 21,
111, 118, 317, 332, 392, 456, 458, 498, 519. — Peinture, 13, 21, 38, 39,
61, 64, 107, 131, 135, 141, 173, 176, 211, 216, 254, 262, 273, 308, 315,
324, 352, 371, 386, 458, 463, 472, 484, 505. — Peinture sur verre, 287,
306. — Art industriel, 154, 293, 313, 343, 390. — Mobilier, 98, 288.
— Armes, 203. — Sépultures, 62, 176, 274, 513. — Campanographie,
113. — Musique, 234 , 401, 454. — Numismatique, 116, 119, 123, 316.
426, 471. — Sigillographie, 28, 431, 437.
SOMMAIRE GÉOGRAPHIQUE.
Abbeville, 118; Aberdeen, 8; Airaines, 321; Alfeld, 228; Alle¬
magne, 27, 97, 139, 176, 196, 216, 219, 267, 277, 293, 381, 425, 452,
470, 505; Amiens, 125; Angleterre. 1, 94, 193, 370, 460, 464 , 509;
Antoing, 117; Anvers, 111, 214, 424; Arabie, 91, 217; Arcole, 85;
Arezzo, 149; Arras, 30; Asie, 66; Assise, 151,189; Athos (Mont-), 275;
Autriche, 176, 316, 330, 331, 360, 416, 517 ; Bade, 437 ; Bâle, 231,287 ;
Bautzen, 205; Bayeux, 300; Belgique. 74; Bénévent, 336 ; Berne, 199;
Besançon, 478; Boehmisch-Brod, 383 ; Bohême, 86, 377, 432 ; Bologne,
222, 522 ; Bonelles, 223; Boulogne, 460; Boves, 125; Brake, 32; Bran¬
debourg, 357; Breda, 256; Brede, 164; Breno, 389; Brescia, 477;
Breslau, 33; Bretagne, 129; Brickwall, 164; Brie, 449; Bruges, 180,
488; Bruxelles, 123; Butjadingen, 32; Byzance, 172; Calvisson, 50;
Capriata d’Orba, 128; Casal-Montferrat, 168; Castelvetro, 403; Cas-
tiglione-Fiorentino, 320; Challans, 274; Chalon, 296; Chartres, 332,
337; Cilli, 202; Coire, 83; Cologne, 147, 148; Conty, 125; Corsley,
110; Cortone, 320; Dalmatie, 241 ; Darlington, 305; Dijon, 171; Dom¬
rémy, 40; Dordrecht, 483; Douai, 104, 146; Drente, 502; Durham,
457 ; Écosse, 47, 462 ; Einsiedeln, 405 ; Eisenacli, 455 ; Eppeville,
54; Eppingen, 359; Eschenbach, 209; Espagne. 6; Essex, 113; Étalle.
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BIBLIOGRAPHIE.
155
290; Eupen, 270; Faenza, 339; Flandre, 48; Flensburg, 344; Flo¬
rence, 45, 63, 76, 115; Forli, H; Fossano, 299; France, 98, 220,
310, 324 , 373; Fribourg, 437; Gahmen, 280; Gand, 237; Gênes, 38,
79, 80, 438 ; Genève, 136 ; Gisors, 394 ; Glasgow, 102 ; Gôrlitz, 244,
245; Gotha, 455; Goths, 240; Grande-Bretagne, 14, 15 ; Gronau, 378;
Hainaut, 191 ; Halicz, 28 ; Halle, 334 ; Hanovre, 228, 378 ; Heimburg,
55 ; Hersfeld, 354 ; Hollande, 323 ; Hoogstraten, 2 ; Inde, 492 ; Irlande,
14, 15, 198; Isigny, 232; Italie, 154, 211, 254, 268, 443, 480; Itzehoe,
213 ; Jever, 32 ; Jumièges, 325 ; Kinsberg, 429; Kleinzell, 264 ; Krems-
mün8ter, 414; Laeme, 16; Lancashire, 368; Lausanne, 41; Lebus,
252 ; Lesum, 229 ; Leyde, 345 ; Liège, 367 ; Lierre, 190 ; Ligurie, 38 ;
Lille, 398; Limbourg, 266; Limousin, 291; Livonie, 446; Lobbes,
375; Lombardie, 106, 201, 456; Londres, 479; Lorrach, 437; Lund,
127 ; Lusace, 244 ; Lwow, 24 ; Lyon, 43, 77, 78 ; Magdebourg, 426 ;
Maine, 322; Malines, 221, 260; Malmédy, 270; Marchélepot, 62;
Marches, 315 ; Mayence, 493, 501 ; Mecklenburg, 516 ; Meiningen,
503; Melk, 475; Menton, 411 ; Mesnil-Domqueur, 186; Mirepoix, 406;
Monjoie, 270; Montecchio-Vesponi, 320; Moravie, 69, 86; Münden,
309; Namur, 68; Naples, 374; Nassau, 445; Neuenburg, 287; Neu-
markt, 226; Nice, 38; Nîmes, 341 ; Nortbiam, 164; Notre-Dame-de-
Foy, 165; Nuremberg, 427, 508; Orthez, 31; Osimo, 298; Ostende,
471; Palatinat, 303; Paris, 30, 218, 376; Pays-Bas, 362 , 502, 505;
Pforte, 58 ; Pistoia, 297 ; Posen, 195; Pouille, 197 ; Provence, 38, 348 ;
Prusse, 404; Rambouillet, 304; Randazzo, 120; Ravenne, 132; Rhé¬
nans (pays), 21,148, 270 ; Riga, 73 ; Rome, 302, 469,513 ; Roquebrune,
411; Rothem, 212; Rufach, 506; Ruremonde, 333; Rüstringen, 32;
Saint-André-les-Bruges, 485 ; Saint-Denis, 295 ; Saint-Germain-en-
Laye, 230; Saint-Germain-des-Champs, 467; Saint-Mars-la-Jaille,
34 ; Saint-Omer, 499 ; Saint-Paul-Trois-Chàteaux, 3 ; Saint-Philbert-
de-Grandlieu, 281; Saint-Pol-de-Léon, 285; Saint-Valéry, 70; Sainte-
Marie, 290; Salm-Salm, 2; Haute-Saône, 294; Sardaigne, 42, 158;
Savoie, 136; Schalmey, 327 ; Schleiz, 420; Séville, 178; Sienne, 417 ;
Silésie, 69, 86, 177 ; Sinsheim, 359 ; Slaves (pays), 372 ; Soissons,
145 ; Solothurn, 287 ; Southwark, 465 ; Spilamberto, 317 ; Stettin, 289 ;
Suèves, 240; Suisse, 10, 215, 287 ; Sussex, 351 ; Syracuse, 329; Syrie,
192 ; Tamise, 495 ; Tiron, 449 ; Tivoli, 409 ; Tombelaine, 134 ; Tongres,
364-366 ; Tortora, 90 ; Toscane, 26 ; Tours, 37 ; Tréport, 101 ; Trêves,
261, 326, 419; la Turbie, 411; Turnov, 440; Tyrol, 453; Valcamo-
nica, 389; Vandales, 240; Varel, 32; Venise, 80, 463; Vérone, 44,
107; Vesoul, 346; Vicence, 61, 187 ; Vienne, 416; Villigen, 437; Vin-
cennes, 161 ; Waltershausen, 455; Westbury, 82, 511 ; Westminster,
60; Westphalie, 269; Westprignitz, 271; Wieslach, 359; Würtem-
berg, 272; Xanten, 301; Yorkshire, 368; Zerbst, 393; Zurich, 105,
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CHRONIQUE ET MÉLANGES
— Par arreu'* ministériel, en date du 14 février 1910, ont été nommt
archivistes paléographes dans l’ordre de mérite suivant :
MM. 1. Hirschauer (Auguste-G hurles).
2. Chohaut (//yacinfhe-Ernest).
3. IIuisman ((Georges-Maurice).
4. Hoykh (Louis).
M ,,c 5. Ar.LOC.QUE (Léopoldine-Marie-Geneméwe).
MM. 6 . Barennes (Jean-Marie-Jacques).
7. Gastineau (.4/areef-Marie-Gustave).
8. Godet (Jean-François -Marcel).
9. Ruinaut (Julos-Josep/i).
10. Loirette (Gabriel-Camille-Marius).
H. Pichard du Page (ftené-IIippolyte).
12. Faucher (Étienne-François-/jen;amtn).
13. Barelon (Jean-François-Laurent).
Et hors rang comme appartenant à des promotions antérieures
(ordre alphabétique) :
MM. Chodron de Courcel (Louis- Vaten/in-Joseph).
Garric ((ïabnef-Marie-Picrre).
Isnard (É/m7e-Marie-Noël).
Loncle (Maitrice-Hector).
Rousset (Maurice).
— La Société de l’Ecole des chartes a procédé le 28 avril 4910 au
renouvellement de son bureau et de ses commissions, qui se trouvent
ainsi composés pour l’année 1940-4941 :
Président d'honneur, M. Léopold Delisle; président, M. P. Viol-
let; vice-président, M. E. Lelong; secrétaire, M. L. Mirot; secré¬
taire-adjoint, M. Marcel Aubert; commission de publication,
MM. Omont, Stein et Valois, membres ordinaires; MM. Ledos et
Poupardin, membres adjoints; commission de comptabilité,
MM. A. Bruel, Eug. Lefèvre-Pontalis et H. Moranvillé; archiviste-
trésorier, M. le comte de Germiny; commission de la collection
des « Mémoires et documents », MM. P. Guilhiermoz, F. Lot,
A. Morel-Fatio, M. Prou et N. Valois.
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202
CflaONIQUE ET MÉLANGES.
— Notre confrère M. Maurice Prou a été élu, le 11 février dernier,
membre ordinaire de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, en
remplacement de notre confrère M. Henry d’Arbois de Jubainville,
décédé.
— Par arrêté ministériel, en date du 12 décembre 1909, notre con¬
frère M. L. Halphen est chargé, pendant l’année 1910, du cours d’his¬
toire du moyen âge à l’Université de Bordeaux.
— Par arrêté ministériel, en date du 13 janvier 1910, notre confrère
M. R. Poupardin a été nommé secrétaire de l’École des chartes, et,
par un .autre arrêté, en date du 10 mars, il a été nommé bibliothé¬
caire honoraire à la Bibliothèque nationale.
— Par arrêté ministériel, en date du 28 février 1910, notre confrère
M. Paul Cauwès a été nommé, pour trois ans, doyen de la Faculté de
droit de Paris.
— Par arrêté ministériel, en date du 21 janvier 1910, notre confrère
M. Ch. de la Roncière a été nommé membre de la commission des
Archives au ministère de la Marine.
— Par arrêté ministériel, en date du i ,r janvier 1910, ont été nom¬
més nos confrères dont les noms suivent : MM. Camille Anchier,
Camille Couderc, Adolphe Dieudonné, Philippe Lauer, Paul Le Bre-
thon, Paul Le Cacheux, Léon Mirot, Charles Portai, René Poupardin,
Henri de Roux, officiers de l’Instruction publique; et MM. Étienne
Guillemot, Louis Jacob, Fernand Martin-Chabot, officiers d'Académie.
Par un autre arrêté, en date du 2 avril, à l’occasion du Congrès
des sociétés savantes, ont été nommés nos confrères dont les noms
suivent : M. Max Prinet, officier de l’Instruction publique, et M. Henri
Labrosse, officier d’Académie.
%
— Par arrêté ministériel, en date du 24 avril 1909, nos confrères
MM. Gandilhon et Lesort ont été nommés correspondants du Comité
des sociétés des beaux-arts.
— Notre confrère M. Lesort a été chargé, pendant l’année 1909-
1910, du cours d’histoire de l'architecture à l’École régionale des
beaux-arts de Rennes.
— Par arrêté préfectoral du 24 janvier 1910, notre confrère M. Henry
Prost a été nommé sous-archiviste-adjoint aux archives de la Seine.
— Par arrêté préfectoral du 16 avril 1910, notre confrère M. R.
Burnand a été attaché à la Bibliothèque historique de la ville de Paris.
— Par arrêté préfectoral, en date du 31 mars 1910, notre confrère
M. J. Machet de La Martinière a été nommé archiviste du Morbihan.
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203
CMONIQUE ET MÉLANGES.
— Par arrêtés, en date des 26 octobre, 24 novembre et 16 décembre
1909, notre confrère M. Marcel Godet & été nommé conservateur de
la bibliothèque d’Abbeville, archiviste communal de cette ville et con¬
servateur des musées d'Abbeville.
— Par arrêté municipal du 28 février 1910, notre confrère M. Georges
Ritter a été nommé bibliothécaire-adjoint de la ville de Rouen.
— Par arrêté municipal du l* r mai 1910, notre confrère M. J. Kui-
naut a été nommé bibliothécaire de la ville de Pau.
— Nos confrères MM. Charles Beauquier, Jules Delafosse, Louis
Passy et Camille Pelletan ont été réélus membres de la Chambre des
députés.
— Notre confrère M. Lecestre a commencé le 10 mars dernier une
série de conférences à l’Institut catholique sur la Cour de Louis XIV
de il 00 à 1115.
— Nous empruntons au discours présidentiel de M. Bouché-
Leclercq, prononcé dans la séance publique annuelle du 26 novembre
1909, le passage suivant relatif au prix Gobert attribué à deux de nos
confrères par l’Académie des inscriptions et belles-lettres :
« Il est un nom qui, depuis trois quarts de siècle, signale À l’atten¬
tion les travaux les plus « éloquents », — au jugement de l’Académie
française, — et « les plus savants et les plus profonds », — au juge¬
ment de l’Académie des inscriptions, — sur l’histoire de France : le
nom du baron Gobert. Cette année, le premier prix Gobert a été
décerné à M. R. Delachenal, auteur d'une Histoire de Charles V
dont il nous donne les deux premiers volumes; le second, à M. L.
Caillet, pour son Étude sur les relations de la commune de Lyon
avec Charles VII et Louis XI. L’ouvrage de M. Delachenal ajoute
aux sources jusqu’ici connues des documents inédits et apporte à
l’histoire du règne de Charles V beaucoup de faits nouveaux, d’appré¬
ciations personnelles, qui rectifient sur bien des points des opinions
accréditées. Au mérite d'une large information, d’un sens critique
aiguisé, l’auteur joint un remarquable talent d’exposition, le don du
style sobre et clair, qui dégage de la masse des textes et références
rejetées dans les notes les faits et les idées mis ainsi en pleine
lumière. Moins soucieux de la forme et de la coordination des
matières, M. Caillet, admirablement servi par des archives d’une
incomparable richesse, retrace la vie agitée de la commune de Lyon
à une époque où la ville était, autant que Paris, la capitale écono¬
mique et morale de la France. Les appendices qui occupent plus de
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204
CHRONIQUE ET MELANGES.
la moitié de ce gros volume, c’est-à-dire 330 pièces justificatives
choisies avec discernement, des tables des noms de personnes et de
lieux témoignent du labeur patient et de la conscience de l’auteur. »
NÉCROLOGIE.
HENRI D’ARBOIS DE JUBAINVILLE.
9 f
L’Ecole des chartes et la Société de l'Ecole des chartes viennent
d’étre attristées par la mort d’un confrère les plus estimés, dont la
carrière et les travaux lui ont fait le plus d’honneur. Henry d’Arbois
de Jubainville, décédé à Paris le 26 février dernier, dans sa quatre-
vingt-troisième année, était né à Nancy le 5 décembre 1827. Sorti de
l’École des chartes en 1850, le premier de sa promotion, après avoir
été pendant vingt-sept ans archiviste du département de l’Aube (1852-
1880), notre regretté confrère était venu à Paris occuper jusqu’à sa
mort la chaire de langues et littératures celtiques créée pour lui en
1882 au Collège de France. La même année il était devenu membre
résidant de la Société nationale des Antiquaires de France ; deux ans
après, en 1884, l’Académie des inscriptions et belles-lettres lui ouvrait
ses portes et le désignait en 1896 pour faire partie du Conseil de per¬
fectionnement de l’École des chartes.
Nous reproduisons les discours prononcés à ses obsèques par
M. Edmond Pottier, président de l’Académie des inscriptions et
belles-lettres; M. Émile Levasseur, membre de l’Institut, au nom du
Collège de France; M. René Cagnat, membre de l’Institut, au nom
de la Société nationale des Antiquaires de France, et M. le comte
Paul Durrieu, au nom de la Société de l’École des chartes.
DISCOURS DE M. EDMOND POTTIER,
PRÉSIDENT DE L’ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS ET RELLES-LETTRES.
Messieurs,
Si grand que soit notre désir d’honorer nos morts, nous ne pouvons
pas nous dissimuler que nos hommages restent faibles à côté des sen¬
timents profonds qu’inspire la perte d’un homme comme M. d’Arbois
de Jubainville à ceux qui l'ont connu et tendrement aimé. En pré¬
sence d’une famille qui se souvient et qui pleure, en présence d’amis
qui ont été les compagnons d’une vie si longue, que dire qui soit une
vraie consolation?
Je ne puis donc que leur apporter nos regrets sincères et saluer une
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CHRONIQUE ET MELANGES.
dernière fois, au nom de l’Académie, le confrère vénéré, le grand
savant, — qui fut en même temps un cœur bon et modeste, — que
pendant tant d'années nous avons eu la joie de conserver parmi nous.
Mon rôle est de vous retracer brièvement les étapes d’une carrière
uniquement consacrée au travail et à la science. Et cependant, com¬
ment ne pas dire aussi ce que nous pensions de l’homme, comment
ne pas rappeler sa physionomie si expressive, en qui transparaissait
l'àme même, le fond intime de la vie intérieure, tant il était sans
détours et toujours semblable à lui-même, tant il s’imposait tout de
suite à l'attention par la force et l'originalité de sa nature?
Sa parole, d'abord un peu hésitante, puis martelée et comme scan¬
dée de gestes rythmés, devenait chaleureuse et pressante; l’étendue
de son savoir, la vigueur de ses convictions, le sérieux et la gravité
de son esprit toujours occupé de problèmes historiques apparaissaient
dans ses moindres entretiens et, fùt-ce dans un salon, dans l’intimité
d’une réunion d’amis, on le trouvait toujours prêt à causer des plus
hautes questions, sans apprêt, sans pédanterie, même en souriant et
avec cette bonne humeur qui éclairait si souvent son visage, mais
avec l’invincible penchant d’un esprit né pour la réflexion et pour
l'étude.
La vie de M. d’Arbois de Jubainville explique son caractère. Né à
Nancy, le 5 décembre 1827, fils d’avocat, il fut élevé au séminaire et
se destina d’abord à l’état ecclésiastique, puis, entraîné par l’exemple
de son père, il commença des études de droit qui, dans la suite, lui
furent très utiles pour ses travaux, et eniin entra, en 1847, à l’École
des chartes, d'où il sortait, en 1850, avec une thèse intitulée :
Recherches sur la minorité et ses effets dans la France coutu¬
mière au moyen âge.
En 1852, il s’installait à Troyes comme archiviste du département
de l’Aube, et c’est là qu'il commence la série d'admirables travaux
qui remplirent toute son existence et dont Gaston Paris a montré
l'unité profonde, en présentant ses titres à l’Institut, il y a vingt-six ans.
C'est l'histoire de France qui l'attire, mais, en remontant le cours
des temps, il voit se poser devant lui le problème de nos origines
nationales, et c’est dans ce domaine qu'il s’installe pour n'en plus
bouger. Son étude sur YÉtat intérieur des abbayes cisterciennes
est de 1858. Sa grande Histoire des ducs et des comtes de Cham¬
pagne est commencée en 1850 et ne s’achève qu’en 1800 avec sept
volumes; elle lui a valu, dès 1864, le premier prix Gobert. L’Acadé¬
mie des inscriptions s’intéresse de plus en plus à ce travailleur obstiné
et modeste qui, du fond de sa province, avec peu de livres à sa dispo¬
sition, lui envoie des œuvres de si haute valeur; en 1867, elle le
nomme son correspondant.
Mais voici que la pensée de l’historien évolue vers des époques plus
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CraoniQUE R rfURfi&B.
anciennes. O’est par la philologie, et non par l’archéologie, que
M. d’Arbois veut aborder le redoutable problème des origines fran¬
çaises. Ce n’est pas seulement un plan nouveau qu'il apporte, c'est
une méthode. Comme me le rappelait un de ceux qui ont le mieux
pénétré l’œuvre de notre confrère, M. d’Arbois apparaît comme un
des premiers représentants de la méthode scientifique en histoire, à
une époque où les historiens de la Gaule étaient surtout des écrivains
éloquents, comme Michelet, Amédée Thierry, Henri Martin. Dans
l’histoire, M. d’Arbois introduit comme bases l’ethnographie, la juris-
prudence, la philologie, la paléographie. Son Étude sur la. décli¬
naison des noms propres dans la langue franque est de 1870. En
1877 parait le livre qui rend l’auteur célèbre dans le monde savant et
qui est comme le manifeste de cette école nouvelle, les Premiers
habitants de l’Europe. Puis les livres ou les mémoires se succèdent
coup sur coup, affirmant la maîtrise et l’originalité de ces théories :
Études sur le droit celtique et Études grammaticales sur les
langues celtiques (1881), Introduction à l’étude de la littérature
celtique (1882), Essai d’un catalogue de la littérature épique de
l’Irlande (1883), le Cyole mythologique irlandais et la Mythologie
celtique (1884).
Le modeste archiviste de Troyes était devenu un savant célèbre et .
un chef d'école. A côté des érudits qui, comme Alexandre Bertrand,
organisaient la science du préhistorique en classant et en étudiant lee
monuments d’art et d’industrie, d’Arbois de Jubainville apportait a la
môme science tout un outillage nouveau, construit avec d’autres
matériaux. En trente ans, il avait accumulé un formidable appareil
de connaissances historiques et linguistiques, tout entier dirigé vers
un but unique, vers la solution de ce problème : qu’est-ce que l’élé¬
ment gaulois dans la formation et le développement de la nationalité
française ?
Gaston Paris l’a dit : dans ce grand effort, la persévérance de d’Ar¬
bois fut admirable. Dès qu’un obstacle se présentait, il allait droit à
lui et le surmontait. Pensant que le breton d’Armorique est le repré¬
sentant moderne du gaulois, il avait appris le breton. Constatant
ensuite que le bas-breton n’est que du gallois importé, il apprit le
gallois. Possédant à fond les livres de Zeuss, — pour lequel il profes¬
sait une admiration profonde et qu’il fut un des premiers à faire con¬
naître en France, — et amené à comprendre l’importance de l'irlan¬
dais dans ce sujet, il étudia l’irlandais et toutes les langues
germaniques voisines du groupe celtique; il alla en mission en
Irlande. Jamais aucune difficulté ne le découragea ni ne le détourna
de 1a voie qu’il s'était tracée.
M. d’Arbois avait beau être très modeste, tant de mérites et tant de
travaux originaux ne pouvaient pas le laisser dans l’ombre. En 4880,
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CHtONIQUB ET MELANGES.
il était venu à Paris pour y trouver plus de livres et de ressources
scientifiques. En 1882, il fut nommé titulaire d’une chaire de celtique,
créée au Collège de France sur les instances d’Henri Martin, qui avait
bien compris quel appui l’histoire des antiquités nationales trouvait
dans ce puissant ouvrier. En 1884, il était élu membre de l’Académie
des inscriptions, ayant pour parrains Alexandre Bertrand et Gaston
Paris.
C’est à cette époque que j’eus l'honneur de rencontrer M. d’Arbois
de Jubainville dans le salon de la rue du Bac, bien connu de plusieurs
d'entre nous, où notre regretté et cher Gaston Paris recevait ses amis
le dimanche et où l'on voyait tant de célébrités aujourd’hui disparues,
Renan, Taine, Sully-Prudhomme, de Heredia, Albert Sorel. M. d’Ar¬
bois était un des plus fidèles habitués et l’on y goûtait fort sa tournure
d'esprit si personnelle. Les paradoxes et les propos sceptiques avaient
peu de prise sur lui. Dans un temps où toutes les idées semblent
ondoyantes, où les principes fondamentaux d’autrefois sont mis en
discussion, il apparaissait comme un homme d’un autre âge, par la
force tranquille de ses convictions. Sa candeur, entendue au sens
noble du mot, c’est-à-dire sa confiance indestructible dans les pré¬
ceptes simples qui règlent la vie, religion, science, patrie, famille,
donnait à sa parole, dans ce milieu de philosophes, de romanciers et
de poètes, une saveur toute particulière. Sa structure physique elle-
même ajoutait à l’impression qu'il faisait et, en le voyant, on évoquait
volontiers l’image d’un arbre robuste, dont les racines vont chercher
dans une terre salubre les sucs qui vivifient; sa santé morale égalait
sa santé physique.
A partir de cette époque, vous connaissez, Messieurs, son histoire;
elle vous appartient. Vous n’avez pas eu de confrère plus assidu à vos
séances, plus intimement lié à vos travaux. Son zèle ne s’était pas
ralenti et il a publié, comme membre de lTnstitut, des ouvrages consi¬
dérables parmi lesquels je citerai 1 Épopée celtique en Irlande (1892),
la Civilisation des Celtes et celle de l’épopée homérique (1899).
Après avoir étudié le breton, le gallois et toutes les langues germa¬
niques, M. d'Arbois s’était épris d’Homère et lisait le grec avec pas¬
sion. Il a dirigé pendant vingt-quatre ans la Revue celtique, après
M. Gaidoz, et il a dispersé quantité d’articles et de comptes-rendus
dans des publications savantes que je ne saurais énumérer ici.
Quand l’heure du repos a sonné pour lui, ce n’était pas ce repos
volontaire ou résigné que souhaitent les cerveaux fatigués et les corps
lassés. C’était, ce ne pouvait être pour lui que l’heure du repos éter¬
nel. Il y a quinze jours, il travaillait encore à sa table; il y a un mois,
nous avions vu avec admiration ce vieillard de quatre-vingt-deux ans
franchir Paris inondé et monter en barque dans la rue Mazarine pour
ne pas manquer notre séance du vendredi 28 janvier. Et maintenant,
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208 CHRONIQUE ET MÉLANGES.
confiant dans les promesses de la religion à laquelle il avait gardé
l’ardente foi de son enfance, confiant dans la mort comme il l’a été
dans la vie, ce grand et honnête cœur va dormir dans la terre fran¬
çaise, dans la terre gauloise qu'il a tant aimée.
DISCOURS DE M. ÉMILE LEVASSEUR, MEMBRE DE L’INSTITUT,
AU NOM DU COLLÈGE DE FRANCE.
Messieurs,
Le Collège de France vient de perdre sou doyen d’âge qui était aussi
un de ses doyens du professorat.
M. d’Arbois de Jubainville a eu une longue existence, toute remplie
par le travail. Il n’y faut pas chercher d'incidents dramatiques; mais
on y trouve le salutaire exemple de l'accomplissement constant du
devoir professionnel uni à l’amour de la science et à la pratique de
l’élude.
D’Arhois de Jubainville appartenait à une famille originaire du pays
messin qui s’était fixée depuis deux générations à Nancy. C’est là
qu’il a vécu ses années de jeunesse et qu’il a fait ses classes. Au sor¬
tir du collège, il eut d’abord l’intention d’entrer dans la carrière ecclé¬
siastique et il passa un an au séminaire. Sa vocation était, ailleurs. Il
#
entra à l’Ecole des chartes, et, après sa thèse, en 1852, il fut nommé
conservateur des archives du département de l’Aube.
Nous étions presque contemporains; c’est en 1852, au sortir de
l’Ecole normale, que j’ai été nommé professeur au lycée d’Alençon.
Je n’ai pas tardé à entrer en relation avec d’Arbois de Jubainville. En
1854, j ’étudiais en vue de Y Histoire des classes ouvrières l’ouvrage
qu’il venait de faire paraître l’année précédente, Fouillé du diocèse
de Troyes rédigé en ikOl et publié pour la première fois, ouvrage
qui, indépendamment de l’intérêt géographique qui en est le fond
essentiel, contient d’intéressants documents sur l’histoire des prix.
Le volume est dédié à Guérard, directeur alors de l’École des chartes,
comme « hommage de la reconnaissance et du respect de son ancien
élève » ; l’élève devait se montrer digne du maître. Cette première
œuvre a été suivie, à huit ans de distance, du Répertoire archéolo¬
gique du département de l’Aube, publié sous les auspices île la
Société d’agriculture, sciences et belles-lettres du département. Ce
répertoire est le premier et a été le modèle d’une série de travaux du
même genre édités par le ministère de l’Instruction publique sous la
direction du Comité des travaux historiques et dont les érudits regrettent
l'interruption depuis une trentaine d'années.
L’œuvre maîtresse de d’Arbois de Jubainville pendant sa carrière
d’archiviste est YHistoire des ducs et comtes de Champagne depuis
le VF siècle jusqu’à Philippe le Bel et Jeanne de Navarre. Des
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CHRONIQUE ET MÉLANGES. 209
publications partielles avaient été faites sur ce sujet, mais aucune
œuvre d'ensemble définitive.
Les Bénédictins de Saint-Maur avaient amassé, pendant un demi-
siècle, un grand nombre de matériaux, ils n’avaient pas commencé la
rédaction. D’Arbois de Jubainville l’entreprit et l’acheva. « Une cor¬
poration, disait-il, pouvait seule donner autant de temps à la prépara¬
tion d’un livre. La congrégation de Saint-Maur croyait à son immor¬
talité... Aujourd’hui, privés du concours de ces associations puissantes
que la Révolution a brisées, tout homme sait qu’un terme fatal est
proche et que, pour ses entreprises littéraires, il n’aura pas d'hé¬
ritier. >
11 n’a pas eu besoin d’héritier; mais il a eu un collaborateur auquel
il se plaît à témoigner sa gratitude, M. Pigeotte, et, en sept années,
de 1859 à 1866, il a composé et fait paraître en six tomes (et sept
volumes) cette histoire très abondamment et très solidement documen¬
tée, dont il a tiré les pièces non seulement des archives de l’Aube,
mais de maint autre dépôt; c'est une œuvre de bénédictin, cette fois
définitive.
Le temps que d'Arbois de Jubainville consacrait à ses travaux per¬
sonnels n’était pas pris aux dépens de sa fonction d'archiviste dépar¬
temental, car il la remplissait avec conscience. Il a laissé la trace de
son passage à Troyes par des classements de pièces et par la publica¬
tion de plusieurs volumes d’inventaire, tant pour le fonds de l’inten¬
dance de Troyes que pour celui de l’église cathédrale.
Il était tenu en haute estime par les savants qui se trouvaient en
rapport avec lui ; il a fait des disciples dont quelques-uns ont été des
érudits distingués. Pendant la guerre, au milieu du désarroi, il est
resté à son poste, et il a bien voulu remplir auprès du préfet la fonc¬
tion, pénible alors, de chef de cabinet.
La longue existence de d’Arbois de Jubainville offre cette particula¬
rité qu’elle a sulfi à une double carrière de savant et de fonctionnaire,
et que, dans l’une et l’autre, il est resté une trentaine d’années, le
temps réglementaire de l’activité de service. C’est par sa seconde car¬
rière qu’il appartient au Collège de France. Sur le vœu exprimé par
les professeurs, un décret du 2 janvier 1882 dota le Collège de France
d’une chaire de celtique, et un second décret du même jour nomma
M. d’Arbois de Jubainville, alors correspondant de l’Institut, profes¬
seur titulaire de cette chaire.
Ce n’était pas un professeur improvisé. D’Arbois de Jubainville
s’était préparé pendant des années, à Troyes, à explorer ce nouveau
terrain par des études de linguistique qui avaient porté principalement
sur le sanscrit et sur les langues néoceltiques; c'était, dans sa pensée,
un instrument nécessaire pour composer une histoire des Gaulois à
laquelle il songeait et qu’il n’a jamais écrite. Il venait précisément
1910 14
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CHRONIQUE ET IféLANGBS.
d'être chargé, avec Alexandre Bertrand, d’une mission en Angleterre
et en Irlande, dont l'objet était de dresser un catalogue des manuscrits
irlandais et d’étudier les antiquités celtiques irlandaises.
Son élection à l’Académie des inscriptions et belles-lettres, après la
mort de Lenormant, a suivi, à deux ans de distance, son entrée au
Collège de France.
Il avait alors passé la cinquantaine. Mais il avait encore toute la
vigueur de son intelligence et toute sa puissance de travail, et il les
conserva longtemps. Ses publications en rendent témoignage. Pour
les deux plus importantes, les Anciens habitants de l’Europe ,
ouvrage qui, quoique ayant eu deux éditions, est resté inachevé, et
l’Étude sur la propriété foncière en Gaule et les plus anciens
noms de lieu , je me borne à rappeler les titres; le président de
l’Académie des inscriptions et belles-lettres vient d’en parler avec la
haute compétence qui appartient à sa Compagnie.
C’est par le celte, qui n'avait qu'un cours à l’Ecole des Hautes-
Etudes, tandis qu’il était professé à l’étranger dans des chaires d’Uni-
versité, que d’Arbois de Jubainville est entré au Collège de France,
et c'est par l’enseignement du celte et par les publications celtiques
qui en ont été l’accompagnement que son nom y reste attaché. Cet
enseignement, il l’a à peu près concentré sur le fenish-irlandais, qui
est la source la plus riche de traditions et de poésies celtiques; il a
étudié successivement la littérature, la grammaire et la phonétique,
le droit, l'ancienne histoire de l’Irlande et de la Gaule, les épopées;
l’analyse de l’Enlèvement du taureau divin et des vaches de Cooley a
été le sujet de ses dernières leçons.
Depuis 1886, il n'a pas cessé de diriger la Revue celtique , qui avait
eu M. Gaidoz pour premier rédacteur en chef.
Depuis 1883, il a publié une série de sept volumes sur la littérature,
la mythologie, l’épopée de l'Irlande, la civilisation des Celtes compa¬
rée à l’épopée homérique qui reproduisent une partie de ses leçons,
reproduction dont deux volumes ont été rédigés avec la collaboration
de M. Loth.
Les leçons et les publications de d’Arbois de Jubainville, depuis son
entrée au Collège de France jusqu'à sa mort, représentent une somme
énorme de travail accumulé pendant une trentaine d’années. Ceux qui
ont pour mission de frayer des voies nouvelles dans une science et
d’y pénétrer plus avant chaque année par leur enseignement savent
seuls ce que coûte de recherches et d’études préparatoires l'acquisi¬
tion des connaissances qui se condensent dans une suite de leçons
publiques. Pour d'Arbois de Jubainville, ce n’était pas un effort inter¬
mittent. Il travaillait, travaillait toujours, par habitude comme par
goût. Il travaillait à Paris; il travaillait à la campagne.
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CHRONIQUE et MELANGES. 211
C’était même à la campagne, dans le petit village de Jubainville,
peu loin de la vallée de la Meuse, où il passait les mois d'été, qu’il
préparait d'ordinaire la matière du cours de la prochaine année sco¬
laire.
Sa propriété de Jubainville était le foyer estival de sa famille. Ses
enfants et ses petits-enfants y ont pris leurs ébats. D'Arbois de
Jubainville y retrempait ses forces, en se faisant tout rural et en
surveillant l’aménagement et la coupe de son bois qu'il était fier
d’exploiter lui-même en forestier compétent.
J'estime qu’il a dû y vivre heureux : la campagne repose. D’ailleurs,
la destinée ne semble pas lui avoir été cruelle, quoiqu’il soit bien
difficile de pénétrer dans le fond d’une âme, et que le calme de la
surface couvre parfois des soulèvements, des affaissements, des
troubles intérieurs dont le patient seul possède le secret. D’Arbois de
Jubainville, sans doute, a eu ses peines. Les mortels n’en sauraient
être exempts, les vieillards surtout qui voient le vide se faire dans les
rangs de leur génération. D’Arbois de Jubainville, malgré sa robuste
constitution, a été éprouvé plusieurs fois par la maladie. Il y a envi¬
ron six ans, la phlébite l'a retenu plusieurs mois dans le lit ou sur
une chaise longue. Pendant ce temps, le consciencieux professeur
continuait à donner ses leçons à ses disciples qui se réunissaient aux
heures réglementaires dans sa chambre. Il a eu la douleur de perdre
un gendre et sa femme. D’autre part, chef de famille, il a eu la satis¬
faction de voir ses enfants conquérir par leur travail une situation
honorable et ses petits-enfants grandir sous ses yeux.
Arrivé au terme du chemin de la vie, à un grand âge, avant de fer¬
mer les yeux pour la dernière fois, s’il a porté un regard rétrospectif
sur les étapes qu’il avait parcourues, il a dû n’avoir aucun reproche à
se faire, ni peut-être aucun regret à concevoir, et, s'il a cherché à
entrevoir devant lui le futur, il a dû avoir l’esprit tranquille sur l’ave¬
nir de la famille que sa mort allait laisser dans le deuil.
Ce deuil, Messieurs, le Collège de France le partage avec elle, et
c’est au nom de mes collègues que je lui adresse l’expression de notre
sympathique condoléance. Nous aimions d’Arbois de Jubainville
comme collègue en même temps que nous l’avions en haute estime
comme savant. Son nom est inscrit dans nos annales à côté d'autres
noms illustres; il restera comme étant le nom de l’homme qui dans
notre maison, demeurée toujours fidèle depuis François I er à la tradi¬
tion des enseignements nouveaux, a été le docte initiateur de la géné¬
ration présente à la langue la plus anciennement connue de la Gaule
et à la civilisation d’une des premières races ([ui ont peuplé dans les
temps historiques ou semi-historiques l’occident de l'Europe.
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CHRONIQUE ET MÉLANGES.
DISCOURS DE M. CAGNAT, MEMBRE DE L’INSTITUT,
PRÉSIDENT DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE DES ANTIQUAIRES DE FRANCE.
Messieurs,
Si quelqu'un était désigné par la nature même de ses études pour
faire partie de la Société des Antiquaires de France, c'était bien le
membre éminent que nous venons de perdre. Quel autre, mieux que
d’Arbois de Jubainville, pouvait honorer un groupe d’érudits rassem¬
blés, suivant la charte même de leur fondation, pour « reproduire
l'histoire des Celtes, rechercher leurs monuments, les examiner, les
discuter, les expliquer »? Aussi bien était-il des nôtres depuis un
demi-siècle. C’est en 1859, alors que sa situation d’archiviste le rete¬
nait encore en province, qu’il était élu correspondant national; le
5 avril 1882, en possession de sa chaire du Collège de France, qui le
fixait à Paris, depuis deux mois, il devenait membre résidant, huit
jours exactement avant la mort de sou maître Quicherat, un de ses
patrons les plus chaud6. Durant les cinquante années qu'il nous
appartint, il n’a cessé de collaborer à notre œuvre, en nous envoyant
des notes et des mémoires quand ses occupations professionnelles le
retenaient encore loin de nous, en prenant une part active à nos
séances lorsqu’il lui fut donné d’y pouvoir assister régulièrement.
Notre Bulletin est véritablement le reflet de ses préoccupations scien¬
tifiques et de ses études successives; on y sent, année par année, le
progrès de la vaste enquête qu’il a si vaillamment conduite sur l’his¬
toire et la civilisation de la Gaule, et qui a abouti à ces belles publi¬
cations que viennent d’énumérer ceux qui ont pris la parole avant
moi. Nous l’avons entendu aborder, les uns après les autres, tous les
problèmes que soulève l’origine de ce peuple gaulois, naguère si mal
connu, sa langue, sa mythologie, son organisation militaire, civile ou
religieuse, ses mœurs, sa géographie. Un jour, — et je choisis au
hasard, — il fixait le senB des mots Galale , qui veut dire « brave », et
Celte, qui signifie « grand » ; un autre jour, il combattait les juge¬
ments portés par Amédée Thierry sur les origines celtiques et montrait
que ces jugements reposent sur des assertions peu exactes de Tite-
Live; une autre fois, il expliquait la valeur de noms propres gaulois
de personnes ou de lieux, Vercingétorix, Renogenus, Ploermel, Allo-
brox, et tirait de ces exemples des règles générales sur la méthode à
suivre dans les recherches d’étymologie celtique; une autre fois encore
il établissait que l’inhumation et l’incinération avaient été également
pratiquées chez nos aïeux, la première dans les classes élevées, la
seconde surtout dans les classes inférieures; ou bien, en analysant les
noms des grandes rivières de France, il prouvait que, celui du Rhin
excepté, aucun ne s’explique par les langues celtiques et qu’ils
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CHRONIQUE ET MBLAAGES.
doivent tous remonter à une population antérieure. Je pourrais mul¬
tiplier indéfiniment les citations; il suffira de constater que ces notes,
dont il enrichissait nos volumes, et que j’ai relues ces jours derniers
avec un vif intérêt, sont remplies de trouvailles de détail. Leur portée
véritable apparaît clairement à ceux qui connaissent les grands
ouvrages de d’Arbois de Jubainville, dont elles étaient la préparation
et comme l’annonce.
Et vous savez avec quelle fermeté, avec quelle chaleur il exposait
toutes ces découvertes, mais aussi avec quelle bonhomie modeste,
avec quelle mesure dans la discussion et dans la critique. C’est qu’il
n'était pas seulement un maître dans l'érudition ; on sentait en lui le
meilleur des hommes. Aussi attaché à ses opinions que tolérant pour
celles des autres, l’esprit ouvert à toutes les nouveautés scientifiques,
mais avec un discernement très réfléchi; réservant son approbation et
au besoin sachant la refuser, mais toujours sans aigreur; comman¬
dant le respect par la sincérité de sa méthode, la sympathie par sa
courtoisie, l’affection par sa bienveillance, il est de ceux que des
confrères ne peuvent pas se résoudre à voir disparaître, après tant
d’années de féconde collaboration et dont ils conserveront pieusement
le souvenir. C’est ce que je tenais à dire, au nom de la Société des
Antiquaires de France, à la famille qui le pleure aujourd’hui; surtout
à ceux de ses petits-fils qui, frappés tout jeunes encore d'un deuil
cruel, ont trouvé asile à son foyer et dont il m’a parlé, plus d’une fois,
avec une tendresse touchante. Qu'ils n’oublient pas l’exemple de droi¬
ture et de bonté que leur a donné leur grand-père et qu’ils tiennent à
honneur de lui ressembler.
DISCOURS DE M. LE COMTE PAUL DURRIEU, MEMBRE DE L’iNSTITUT,
AU NOM DE LA SOCIÉTÉ DE L'ÉCOLE DES CHARTES.
Messieurs,
La Société de l’École des chartes est cruellement frappée par la
mort de M. Henry d’Arbois de Jubainville. Celui-ci comptait au
nombre de nos doyens les plus révérés; il était, parmi nos confrères,
un de ceux qui nous faisaient le plus grand honneur par la puissance
de son érudition et l’éclat de sa carrière; un de ceux dont la fidélité
nous était infiniment précieuse et que nous entourions du plus res¬
pectueux attachement.
Des voix éloquentes ont rappelé devant vous les principaux traits
de la vie de M. d’Arbois de Jubainville. vie toute de travail et qu’il y
a un tiers de siècle, quand j’étais sur les bancs de l’Ecole des chartes,
notre professeur Léon Gautier nous citait déjà comme un exemple de
ce que doit être une existence d’érudit.
Né à Nancy le 5 décembre 1827, Henry d’Arbois de Jubainville
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214 CHRONIQUE ET MÉLANGES.
entra à l’École des chartes en 1847 et en sortit le 25 novembre 1850,
classé le premier de sa promotion après avoir soutenu brillamment
une thèse sur la Minorité et ses effets dans la France coutumière
au moyen âge.
Archiviste de l’Aube de 1852 à 1880, il montra combien il s’était
9
pénétré de l’enseignement professé à l’Ecole des chartes; il en appli¬
qua les rigoureux principes de méthode, non seulement en s’acquit¬
tant de ses fonctions professionnelles avec un zèle et une compétence
hors ligne, mais encore en faisant paraître une série de publications
se rapportant à l’histoire de France, qui lui valurent une brillante
moisson de récompenses académiques. Plus tard, Henry d’Arbois de
Jubainville, venu à Paris, nommé professeur au Collège de France,
élu en 1884 membre de l’Académie des inscriptions et belles-lettres,
s’engagea dans une nouvelle voie d’étude. Il consacra ses recherches
aux langues et aux littératures celtiques. Mais même dans cette autre
catégorie de travaux, c'est encore la forte discipline de l’éducation
par l’École des chartes que l’on sent transparaître à travers les écrits
de l’illustre érudit. Notre Ecole a donc grandement contribué à former
son esprit et son talent; elle pourra en rester toujours justement fière.
Nous avions manifesté la haute estime que nous éprouvions pour
M. d’Arbois de Jubainville en l’élisant, en 1886, vice-président de
notre Société, puis président pour la période de 1887-1888. De son
côté, M. d’Arbois nous apportait un précieux concours scientifique.
Pendant presque toute sa longue carrière, il a pris une part active à
la publication de notre recueil périodique, la Bibliothèque de l’École
des chartes, nous fournissant depuis 1851 une ample contribution
d’articles très variés.
Un heureux événement vint encore resserrer les liens qui l’unis¬
saient à nous. Il vit un de ses fils, Paul d’Arbois de Jubainville, suivre
9
ses traces, entrer à son tour à l’Ecole des chartes et en sortir avec le
diplôme d’archiviste paléographe en 1893. L’Académie des inscriptions
elle-même rattacha M. d’Arbois de Jubainville à l’École dont il sortait,
en l’appelant en 1896 à faire partie de son Conseil de perfectionne¬
ment, où il ne cessa plus dès lors de siéger assidûment.
La dernière fois que j’eus l’honneur de m’entretenir avec M. Henry
d’Arbois de Jubainville, ce fut le vendredi H février dernier, au sortir
de la séance de notre commune Académie des inscriptions. Ce jour-là,
«
l’Académie venait de procéder à l’élection d’un membre ordinaire, et
9
l’élu était justement un ancien élève de l’Ecole des chartes. En me
séparant de M. d’Arbois de Jubainville, je lui indiquai que je m’ap¬
prêtais à aller féliciter chez lui le nouveau membre de l’Institut. Il
me chargea alors de dire en son nom à celui-ci combien il était heu¬
reux du résultat des scrutins. Ainsi les derniers mots que j’ai recueil¬
lis des lèvres de notre vénéré confrère disparu célébraient un succès
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CflftOltIQUE ET MÉLANGES. 215
de l'Ecole des chartes. Presque au seuil de la tombe, il témoignait de
son attachement à la chère institution qui avait vu s’épanouir sa jeu¬
nesse de grand savant.
La Société de l’École des chartes n’oubliera jamais son ancien pré¬
sident. Par ma voix, elle s’adresse particulièrement à celui des enfants
de M. Henry d’Arbois de Jubainville qui se trouve être un des nôtres;
elle le prie de vouloir bien recevoir et transmettre à tous les membres
de sa famille l’expression des sentiments très douloureux avec lesquels
nous nous associons de tout cœur à leur deuil.
AUGUSTE-GABRIEL DEMANTE.
M. Auguste-Gabriel Demante, professeur honoraire à la Faculté de
droit de Paris, qui est mort i Castelnaudary le 24 novembre dernier,
était, avec M. Chàtel, l’un des doyens des anciens élèves de l'École
des chartes. M. Gabriel Demante, né à Paris le 3 mars 1821, était le
fils de M. Antoine Demante, professeur à la Faculté de droit de Paris,
et représentant du peuple en 1848. Il se fit recevoir licencié ès lettres
9 9
tout en suivant les cours de l’Ecole de droit et entra à l’Ecole des
chartes au mois de décembre 1840; le 26 février 1843, il obtenait le
diplôme d’archiviste paléographe en même temps que M. Cléophas
Dareste, le futur doyen de la Faculté des lettres de Lyon. M. G. De¬
mante, comme son père et son grand-père, se destina à l’enseigne¬
ment du droit. Nommé professeur suppléant à la Faculté de droit de
Toulouse en 1852, à la suite d’un brillant concours, il y professa le
droit romain pendant plusieurs années. Au mois de novembre 1864,
à la rentrée des cours, il fut appelé à une chaire de droit civil à la
Faculté de droit de Paris, où il se distingua par la clarté de l’exposi¬
tion autant que par son savoir, et où il enseigna pendant vingt-six
ans; mais, dans le dernier quart du xix® siècle, l’école exégétique, à
laquelle il appartenait comme son père, commençait à tomber en
défaveur et à être supplantée par une nouvelle école, qui, sous l'in¬
fluence des travaux de Zachariæ, préférait à l’interprétation du Code
civil, article par article, un exposé systématique.
L’œuvre juridique la plus importante qu’ait laissée M. G. Demante
est son Exposition raisonnée des principes de Venregistrement
en forme de commentaire de la loi du 22 frimaire an VII, qui a
eu quatre éditions, dont la première est de 1857 et la quatrième, com¬
plètement refondue et mise au courant, a paru en 1888. Cet ouvrage,
où l’autenr a montré toutes ses qualités de jurisconsulte, en déga¬
geant les principes qui régisseut une des parties les plus arides de
notre droit fiscal, fait encore autorité dans la matière. M. G. Demante
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216
CHRONIQUE ET MELANGES.
a en outre prêté une active collaboration à la Revue critique de
législation et de jurisprudence, danB laquelle il a inséré notam¬
ment des dissertations sur la loi et la jurisprudence en matière de
donations déguisées (1855), sur la position que la loi du 24 mat
1825 fait aux associations religieuses de femmes non autorisées
(1858). Bien que M. G. Demante se soit plutôt spécialisé dans les
questions de droit civil et d’enregistrement, il ne s’est jamais désin¬
téressé de l’histoire du droit et il n’a pas oublié la Bibliothèque de
l’École des chartes, où il a publié l’Histoire de la publication des
livres de Pierre du Puy sur les libertés de l’Église gallicane
(1844), une notice nécrologique sur M. Pardessus, sa vie et ses
ouvrages (1854), dans le volume suivant (1854-1855), des Observa¬
tions sur les actes d’affranchissement du Cartulaire de Notre-
Dame de Paris , et plus tard des Observations sur la formule « Car
tel est notre plaisir » dans la chancellerie française (1893), et une
note sur l’École des chartes en 18>t0 (1898). Entre temps, il avait fait
paraître dans la Revue historique de droit français et étranger, en
1860, un court article sur les Précaires ecclésiastiques dans leur
rapport avec les sources du droit romain. En6n un de ses derniers
travaux est une Étude historique sur les gens de condition main-
mortable en France au XVIIP siècle, insérée dans le Recueil de
l’Académie de Toulouse (1893-1894), dont il avait été l’un des fonda¬
teurs.
Au mois de février 1890, M. G. Demante ressentit les premières
atteintes d’une fatigue cérébrale qui l’obligea d'abord à prendre un
congé, puis à demander sa retraite. Il se retira alors dans le Midi,
partageant son temps entre Toulouse et Castelnaudary ; c’est là qu’il
passa les dernières années de sa vie s’occupant à rédiger des articles
de revues, tout en n’oubliant pas les œuvres charitables et philanthro¬
piques. Il nous a paru utile de rappeler au souvenir des lecteurs de
la Bibliothèque de l’École des chartes la carrière si bien remplie
de ce jurisconsulte distingué qui, par l’élévation de son esprit et la
dignité de son caractère, a tenu une place importante dans l’enseigne¬
ment du droit et que l’École des chartes peut, à juste titre, revendi¬
quer comme une de ses illustrations.
J. Tardif.
EUGENE CHATEL.
Nous reproduisons les deux discours prononcés aux obsèques de
notre regretté confrère Eugène Chàtel par M. A. Tuetey, vice-prési¬
dent de la Société de l’École des chartes, et par notre confrère M. A.
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CHRONIQUE ET MELANGES. 217
Héron de Villefosse, membre de l’Institut, au nom des amis du
défunt.
DISCOURS DE M. A. TUETEY,
VICE-PRÉSIDENT DE LA SOCIÉTÉ DE L’ÉCOLE DES CHARTES.
Quelques semaines à peine se sont écoulées depuis que nous
avons eu le chagrin de conduire à sa dernière demeure l'un de nos
anciens confrères, d’Arbois de Jubainville, et voici qu’un nouveau
deuil vient de nous frapper inopinément. Cette fois c’est le doyen
même de notre chère École des chartes, le digne et excellent Eugène
Chàtel, qui nous a quitté, plein de jours, avec la résignation et la
sérénité d’un ferme chrétien. Une voix plus autorisée que la mienne
devait lui rendre un suprême hommage, mais l’absence de M. le comte
Durrieu, président de la Société de l’École des chartes, m’impose la
douloureuse mission d’apporter ici l’expression profondément émue
des regrets unanimes que nous fait éprouver la perte de ce vénéré
confrère. Athanase-Eugène Châtel, né à Rouen le 2 mai 1820, entré
à l’École des chartes en 1843, appartenait à la promotion du 25 jan¬
vier 1849; quelques années après sa sortie de l’École, il fut nommé,
au début de 1855, archiviste du Calvados, et il occupa ce poste jusqu'à
la fin de 1884. C’est en Normandie que s’exerça son activité scienti¬
fique; il donna plusieurs mémoires aux deux Compagnies savantes,
dont il devint le président, la Société des Antiquaires de Normandie
et l’Académie des sciences, arts et belles-lettres de Caen. En dehors
de ces notices historiques ou archéologiques, il se fit connaître par la
publication, en 1856, en collaboration avec M. de Rozière, de la Table
des mémoires de l’Académie des inscriptions et belles-lettres ,
qui obtint, cette même année, une mention hors ligne au concours
des Antiquités de la France; plus tard, la croix de la Légion d’hon¬
neur vint récompenser sa laborieuse carrière d’archiviste. Lorsque
Eugène Chàtel prit sa retraite il vint se fixer à Paris, où son besoin
d’activité trouva un nouvel aliment au sein de la Société de l’École
des chartes, dont il suivit assidûment les réunions. Il aimait tant sa
»
chère Ecole des chartes qu’il était heureux d’applaudir aux succès de
tous les anciens élèveB de cette École, et s’associait à toutes nos joies
avec un entrain communicatif et un enthousiasme juvénile qui ne se
sont jamais démentis. Vous me permettrez de rappeler tout particu¬
lièrement le concours si dévoué qu’il apporta à l'Œuvre de secours des
anciens élèves de l’Ecole des chartes, qu’il eut l’honneur de présider
et à laquelle il. rendit d’inappréciables services. Obliger les autres, se
dévouer sans cesse était l'un des traits distinctifs de son caractère et
la préoccupation de toute sa vie. Tous ceux qui ont connu cet excel¬
lent confrère, cet homme, de bien aux sentiments si généreux et si
élevés lui conserveront au fond du cœur un fidèle souvenir.
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218
CHHONIQUE ET MELANGES.
DISCOURS DE M. A. HÉRON DE VILLEFOSSE, MEMBRE DE l/lNSTITUT.
Au nom des amis de M. Eugène Châtel, je voudrais exprimer la
peine profonde qu’ils éprouvent aujourd'hui et adresser en môme
temps un dernier souvenir à l’homme excellent que nous venons de
perdre. Il appartenait à la promotion de 1849, dont nous comptons
encore parmi nous, avec une fierté légitime, un très illustre représen¬
tant. A cette époque on entrait à l’École des chartes pour devenir
archiviste départemental. Eugène Châtel suivit la carrière des archives
et la plus grande partie de sa vie s’écoula doucement en province. Le
riche dépôt du Calvados fut confié à sa garde et à sa vigilance. Avec
une discrétion, un dévouement et un empressement qui ne se las¬
saient jamais, il y rendit d’importants services aux érudits normands.
Préoccupé de ses devoirs professionnels, il ne songea pas à entre¬
prendre de grandes publications, heureux de réserver son temps aux
travailleurs et de classer pour eux les documents intéressants conte¬
nus dans ses archives. Les Sociétés normandes se souviennent pour¬
tant du concours qu'il apportait à leurs travaux, notamment l’Acadé¬
mie des sciences, arts et belles-lettres de Caen, comme la Société des
Antiquaires de Normandie dont il fut pendant plusieurs années le
dévoué secrétaire, et qui lui doit plusieurs mémoires intéressants.
La mort d'un fils tendrement chéri assombrit un instant sa vie,
il reprit courage et continua bravement sa route. Quand l’heure de la
retraite eut sonné, il vint se fixer à Paris : devenu chevalier de la
Légion d’honneur, il trouva dans la capitale de nouvelles occupations.
Les cours du Collège de France lui procuraient d’agréables moments ;
tant qu’il put gravir les escaliers du Louvre il prit une part régulière
aux réunions de la Société des antiquaires de France ; il suivait avec
une égale assiduité les séances de la Société pour l’Encouragement
des études grecques en France; enfin notre Société de l’École des
chartes n'avait pas d’assistant plus fidèle et ne connaissait pas de
membre plus obligeant. Devenu le doyen des archivistes départemen¬
taux il se montrait particulièrement fier de ce titre : aussi ne man¬
quait-il jamais, au banquet de l’École, de prendre la parole en leur
nom avec sa vivacité naturelle, il y mettait môme une certaine coquet¬
terie. Depuis plusieurs années nous admirions le zèle qu’il déployait
pour la Société de secours dont il était devenu le président. Ceux de
nos confrères que la mauvaise fortune avait atteints trouvaient en lui
un ami aussi affectueux que discret; en môme temps il prodiguait ses
encouragements aux jeunes et s’efforçait de seconder leurs débuts.
Habitués à sa bonté, aux effusions de son excellent cœur, aux témoi¬
gnages d’une amitié qui avait besoin d’expansion, nous en goûtions les
charmes sans croire qu’elle pourrait un jour nous manquer. Le
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219
CHB0N1QDB ET MÉLANGES.
moment est venu de rappeler le bien qu’il & su faire au cours de sa
longue existence et d’assurer les siens que le souvenir de ce vénéré
confrère restera vivant chez ceux qui l’ont connu, qui l’ont estimé et
qui l’ont aimé.
— Notre confrère M. l’abbé Antoine - Adrien - Paul Veyrier du
Muraud, premier vicaire honoraire de Saint-Pierre de Neuilly, est
décédé à l’âge de soixante-dix ans, le 23 février 1910, à Neuilly-sur-
Seine. Il a été inhumé le 26 du même mois au cimetière de Neuilly.
La Société de l'École était représentée à ses obsèques par son prési¬
dent, M. le comte Durrieu.
M. Veyrier du Muraud appartenait à la promotion de 1860-1861. Sa
thèse était intitulée ; Essai sur la juridiction et la procédure cri¬
minelles du Parlement durant la première moitié du XIV e siècle;
elle est restée manuscrite. Au sortir de l’École, M. Veyrier du Muraud
fut archiviste de la ville d’Orléans. Il entra deux ans plus tard au
grand séminaire de Saint-Sulpice et occupa divers postes dans le dio¬
cèse de Paris.
P. V.
— Nous avons le regret d’enregistrer la mort d’un de nos confrères
M. Charles Estienne, ancien archiviste de l’Aveyron, et, depuis 1884,
archiviste du Morbihan, décédé à Vannes, le 27 janvier 1910, à
l’âge de cinquante-huit ans. M. Charles Estienne, qui appartenait à
la promotion de 1880, avait présenté comme thèse, pour obtenir le
diplôme d'archiviste paléographe, une Étude sur le gouvernement
et l'administration de la ville d'Orléans (XII e -XVIII e siècle).
— Nous avons aussi perdu un de nos jeunes confrères, M. Fran¬
çois Emanuelli, bibliothécaire-archiviste de la ville de Cherbourg,
directeur de la Revue d’études normandes , décédé à Pau, à l’âge
de vingt-huit ans, le 18 avril dernier. Il avait obtenu le diplôme
d’archiviste paléographe, en 1904, avec une thèse sur le Parler popu¬
laire des îles anglo-normandes.
UN RÔLE GASCON D’ÉDOUARD I" RETROUVÉ.
Le tome 646 du fonds Moreau à la Bibliothèque nationale contient
des copies prises par les collaborateurs de Bréquigny sur les Rôles
gascons. On y lit trois chartes datées de la 14® année d’un roi Édouard,
qui a été identifié avec Édouard II, et rapportées par conséquent à
l’année 1320 4 . Par la première (fol. 128), donnée à Saint-Pierre en l’île
1. La 14* année du régne d’Édouard II a commencé le 8 juillet 1320.
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220
CflRONIQCE ET MELANGES.
d’Oleron le 2 octobre, le roi donne à son clerc, Itier Bochard d’An-
gouléme, les terres, vignes et marais qui avaient appartenu à Guil¬
laume de Fay dans cette île. Par la seconde (fol. 130), donnée à Saintes
le 12 octobre, le roi loue à un marchand du château d’Oleron, Jakes
Le Engleys, les marais de « Fyneleres ». Par la troisième (fol. 132),
il concède divers droits et privilèges aux bourgeois et habitants de
111e. Il est facile de prouver que deux au moins de ces trois chartes
9 _ »
émanent de la chancellerie, non d’Edouard II, mais d’Edouard I ar .
Dans la première, en effet, le roi concède < terram, vineas et mare-
sia... que Bartholomeus de Podio tenuit de dono domini H. regis,
patris nostri », et l’on sait de reste qu’Édouard I er était le fils de
Henri III ; en outre, Itier Bochard d’Angoulême, personnage souvent
mentionné dans les Rôles gascons , mourut en 1299*. Pour la troi¬
sième, qui est une caria, c’est-à-dire un diplôme rédigé dans une
forme solennelle et toujours accompagné d’une liste de témoins*, il
suffira d’interroger les noms de ces derniers. Voici seulement le début
de la liste : « Hiis testibus : venerabili pâtre R., Bathoniensi et Wel-
lensi episcopo, cancellario nostro, Henrico de Lascy, comité Lin-
colnie, Hugone de Leziniaco, comité Marchie et Engolisme, Mauricio
de Credonio, Johanne de Greilliaco... » Or, l’évêque de Bath et Wells
mentionné en premier lieu ne peut être que Robert Burnell, chance¬
lier d’Angleterre en 1274, mort en 1292*; le second est Henri de Lacy,
comte de Lincoln, mort en 1311 1 2 3 4 ; le troisième est Hugues XIII de
Lusignan, comte de la Marche, mort en I302 5 6 ; le quatrième est Mau¬
rice V de Craon, mort en 1294 e ; le cinquième enfin Jean de Grilly,
mort peu après 1301 7 8 . Ces deux actes sont donc certainement de
l’année 1286 ; ils s’encadrent exactement avec l'itinéraire d’Edouard I ar8 ,
tandis qu’Édouard II ne quitta pas son royaume pendant la 14 a année
de son règne.
Mais comment l’erreur a-t-elle pu être commise? Le copiste de Bré-
quigny a puisé les trois documents signalés plus haut dans un rouleau
composé de trois pièces de parchemin ; sur le revers (membrana 1 in
doreo), on lit deux cotes inscrites par d’anciens archivistes : la pre¬
mière, en très fine minuscule gothique : 14 E. 1; la seconde, en très
gros caractères : 14 Edwardi 2 e *. Cette seconde cote a été répétée en
tête de la troisième membrane, au dos : Vase. 14 Edw. II. Aussi,
1. Rôles gascons, t. III, p. xcm.
2. Rôles gascons, snpplément au t. I, p. xm-xiv.
3. Rôles gascons, t. III, p. xxix-xxxn.
4. Rôles gascons, t. III, p. lxx-Ixxij.
5. L. Delisle, Bibl. de ÏÊcole des chartes, 4* série, t. U (1856), p. 544.
6. Rôles gascons, t. III, p. I-lij.
7. Rôles gascons, t. III, p. xxxiij-xlvij.
8. Rôles gascons, t. III, p. xi.
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221
CHRONIQUE ET lféLlN6E$.
dans le dernier classement des rôles gascons au F. Record Office 1 2 3 4 ,
a-t-il reçu la cote suivante : 34 Vascon Roll. 14 Edw. II. L’erreur
s'explique donc, non par le fait, en soi-méme invraisemblable, qu’un
copiste de la chancellerie royale aurait par étourderie transcrit deux
• # 9
actes d’Edouard I er sur un rôle d’Edouard II, trente-quatre ans après,
mais par la négligence d’un archiviste, qui s'est trompé d’un chiffre.
Est-il besoin d'appuyer cette affirmation de preuves? Le nombre
des actes transcrits sur ce rouleau de parchemin est de vingt-neuf.
Dans ce nombre, on trouve deux actes datés de Paris l’an 1286, en
toutes lettres 3 . Le second de ces actes est en outre une charte pour le
Ponthieu délivrée par le roi Édouard et sa femme Aliénor. Les numé¬
ros 4 et 7 sont adressés au sénéchal de Gascogne, Jean de Grilly, qui
géra en effet ces importantes fonctions pour la troisième fois dans les
années 1283-1286 3 , et les numéros 6, 8, 10, 16 à Raimond du Mirail,
connétable du château de Bordeaux, qui figure également parmi les
fonctionnaires d’Édouard I er4 . Enfin, au n° 9, qui est aussi une lettre
adressée au sénéchal Jean de Grilly, sont mentionnés comme vivant
encore Gaston, vicomte de Béarn, B. (Béatrice), fille du feu comte
Pierre de Savoie, comtesse de Vienne et d’Albon et dame de Fauci-
gny, sa femme, cousine du roi d’Angleterre. Or, on sait que Pierre II,
comte de Savoie, mourut en 1268, que sa fille Béatrice devint la
seconde femme de Gaston de Béarn en 1273 et quelle resta veuve en
1290 5 . Cela fait donc encore onze actes qu’il faut reporter certaine¬
ment au règne d’Édouard I« r , et il serait facile de grossir ce
nombre. Par contre, aucun ne pourrait être attribué avec la moindre
vraisemblance au règne d’Édouard II. Dernier fait à signaler. On a
déjà dit plus haut qu'Édouard II ne quitta pas son royaume en 1320;
Édouard I er au contraire vint en France en 1286; les vingt-neuf
chartes du rôle retrouvé sont toutes datées de localités françaises;
elles ajoutent quelques précisions nouvelles à l’itinéraire de ce roi.
Elles nous le montrent à Paris pendant tout le mois de juin : le 4
(n°« 1-5); le 8 (n° 8) ; le 9 (n°* 6, 7,17); le 10 (n°* 9-15); le 11 (n°* 16-18);
le 14 (vendredi après la Saint-Barnabé, n°24); le 20 (n os 21-22); le 22
1. Voir Scargiil-Bird, A guide to lhe principal classes of documents pre-
served in lhe P. R. O., 3* éd., 1908, p. 38.
2. C'est : 1* le n* 19 : « Datum et actum Paris., die lune proxiraa post
festum apostolorum Pétri et Pauli, anno Domini m* .cc. lxxxvj ; » 2* le n* 24 :
« Donné à Paris, le venderdi prochein après la (este saint Barnabé, apostre,
l’an de grece m. cc. quatre vinz et sis. »
3. Rôles gascons, t. III, p. Ixxxj.
4. Rôles gascons, t. III, p. cm.
5. Rôles gascons, t. II, n* 879, note 1 de la p. 245. Béatrice de Faucigny
était cousine d’Édouard I* r , puisque la mère de celui-ci, Aliénor de Provence,
était nièce de Pierre de Savoie.
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222
CHBONIQOB ET MELANGES.
(d° 23), et encore le l ar juillet (n° 19), puis le 22 du même mois (n° 20).
Nous le retrouvons enfin sur la voie du retour : à Saint-Pierre d’Ole-
ron le 2 octobre (n oa 25-26), à Saintes le 12 octobre (n° 28) et à Cognac
le 16 octobre (n° 29). Il n’y a pas de doute : le rôle tout entier doit
être attribué à Édouard I er et à l’année 1286. M. Salisbury, du Public
Record Office, à l’érudition et à la bonne gr&ce duquel on ne s’adresse
jamais en vain, a reconnu le bien-fondé de ces observations et, par ses
soins, le rôle est désormais classé sous la cote 16 Vascon Roll. ik
Edw. /.
Dans la suite des Rôles gascons d’Édouard I ar qui ont été publiés,
ce rôle retrouvé devrait prendre le n° XI bis. Le texte en sera publié
dans le tome XLV des Archives historiques de la Gironde.
Ch. Bémont.
SUR JEANNE D’ARC.
Les moindres mentions contemporaines sont précieuses sur la car¬
rière de Jeanne d'Arc. Au cours d’une révision des manuscrits du
fonds français à la Bibliothèque nationale, entreprise en vue d’un
répertoire des ouvrages et documents relatifs à la littérature drama¬
tique, et qui nous a donné quelques curieux résultats, notre attention
fut attirée sur le n° 7519 des Nouvelles acquisitions, intitulé dans le
catalogue de notre confrère Henri Omont : « Mélanges sur l'histoire
de Charles VII », et plus particulièrement sur la pièce commençant
au fol. 15 et désignée ainsi dans le même et si utile inventaire :
« Chronique de France abrégée, jusqu’en 1440. »
L’examen de cette chronique nous a convaincu qu’elle est un des
produits de l’atelier historique existant à l’abbaye de Saint-Denis,
comme l’indiquent les mentions relatives à cette abbaye (fol. 36 v°,
39 v°, 42 v°, 50 r°, 67 r°, 83 v°). Dans sa dernière partie les notes qui
la composent sont relativement contemporaines des faits qu’elles
enregistrent. Voici celles qui concernent la Pucelle. On les trouve
aux fol. 80 v° et 81 r° :
«
• L’an mil IIII« XXVIII, en mars, à Letare Jherusalem , arriva
devers le roy Charles Jehanne la Pucelle...
« L’an mil IIII C XXIX, en la fin de may, et au premier de juign,
leva ladicte Pucelle le siégé d’Orléans tenu par Anglois, et assaillit et
derompit leur bastille. (En marge , d’une autre main : Et à celui
siégé fut tué d’un canon le conte de Sabbery qui y tenoit le siégé.)
« Oudit an, vers la fin dudit mois de juign, eut une grosse destrousse
sur Anglois à Patay près Boaisgency. (En marge : Et en celui temps
ladite Pucelle print Jargeau d’assault, et fut prins le sire de Talbot et
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223
CHRONIQUE ET MELANGES.
celui d’Escalles. Et estoient avec ladite Pucelle le duc d’Alençon, le
conte de Richemont, Jaques de Dinam et Poton de Santrailles et plu¬
sieurs autres.)
* L’an mil 1111 e XXIX, en juillet, fut couronné le roy Charles,
VII m * de ce nom, à Raina, en moult notable compaignie, et fit comtes
et chevaliers pluseurs. Et à ce fut présente Jehanne la Pucelle, qui
l’acompaigna à son sacrement. Audit sacre fist le roy conte le sire de
Laval et celui de Suly.
« L’an mil IIII C XXX, environ may, fut ladicte Pucelle prinse par
les Bourgoignons devant la ville de Compiegne...
« L'an mil 1111 e XXXI, la veille du Sacrement, fut ladicte Pucelle
brullée à Rouan ou condampnée à l’estre. a
La chronologie de l'auteur ou des auteurs de ces notes est un
mélange singulier de précision et d'inexactitude. L’erreur est évidente
pour la levée du siège d’Orléans (8 mai 1429). Mais, au contraire, il
est parfaitement exact que le supplice de Jeanne d’Arc eut lieu la
veille de la Fête-Dieu (mercredi 30 mai 1431). Quant à la date de l’ar¬
rivée de la Pucelle à Chinon, le quatrième dimanche de carême, dit
Lætare, tombait en 1429 (1428, v. st.) le 6 mars, et notre chronique
vient ici à l’appui de l'opinion généralement adoptée par les historiens
de Jeanne d’après un continuateur de Guillaume de Nangis, dont le
texte a été publié par Quicherat ( Procès , t. IV, p. 313) et avait été
copié par l'auteur de la Chronique du Mont-Saint-Michel. Cette
date a été contestée dans un mémoire présenté par M. de Boismarmin
au Congrès des sociétés savantes et inséré dans le Bulletin histo¬
rique et philologique du Comité des travaux historiques (1892,
p. 350). Le système de M. de Boismarmin, fondé sur le Livre noir de
la Rochelle, fut adopté parM. Francis C. Lowell dans son très remar¬
quable livre : Joan of Arc (Boston et New-York, 1896, p. 62, note 1).
Nous nous y étions rangé nous-méme dans l’une des révisions de
notre livre sur Jeanne d’Arc, publié par la maison Marne, de Tours,
mais, sur les observations que nous lit l’honneur de nous adresser,
dans une lettre particulière, M. Andrew Lang, nous revînmes, dans
les éditions ultérieures de notre ouvrage, à la date du 6 mars, adoptée
aussi publiquement par M. Lang dans son récent et très beau livre :
The Maid of France (Londres, 1908, p. xm, 79, 339). Le texte de
notre chronique achève, croyons-nous, de fixer ce point.
La fin de la dernière note est à remarquer. Il y est dit que « ladite
Pucelle fut brûlée à Rouen ou condamnée à l’être ». Ce doute singu¬
lier nous parait se rapporter à l’apparition de la fausse Jeanne d’Arc,
Claude des Armoises, qui réussit, on le sait, à décevoir les frères
mêmes de l’héroïque vierge. Il suivrait de là que cette note fut rédi¬
gée, non seulement avant l’ouverture du procès de réhabilitation,
mais, selon toute probabilité, avant l’avanie publiquement infligée à
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224
CHRONIQUE ET MÉLANGES.
l’aventurière, au mois d’août 1440, par l’Université et le Parlement de
Paris ( Procès , t. V, p. 334, 335).
Le manuscrit 7519 des Nouvelles acquisitions françaises provient de
la bibliothèque de sir Thomas Phillipps.
Marius Sepet.
INSTRUCTION POUR LA PUBLICATION
DES ANCIENS TEXTES FRANÇAIS.
Notre savant confrère M. P. Meyer a rédigé dernièrement, avec sa
compétence habituelle, pour les futurs éditeurs de la Société des
anciens textes français ( Bulletin , année 1909, p. 64-79) une instruc¬
tion relative à la publication des textes français du moyen âge, qu’il a
bien voulu nous permettre de reproduire. Ceux de nos confrères qui,
avant d’éditer un document, peuvent hésiter parfois entre tel ou tel
système de publication, trouveront dans la lecture de cette instruc¬
tion, avec des indications précises et logiques, un guide sûr et un
profit certain :
« Cette instruction a pour objet d’introduire dans nos publications
l’uniformité, au moins extérieure, qui leur a manqué jusqu'ici. On
peut en effet observer dans les nombreuses éditions que la Société a
mises au jour depuis sa fondation de notables différences dans la
façon de concevoir les introductions, de disposer les textes, de rédiger
les glossaires ou les tables. Le moment est venu de faire un choix
entre les diverses méthodes qui ont été mises en pratique par nos édi¬
teurs et d’adopter celles dont l’expérience a fait reconnaître les avan¬
tages. Même dans les cas où deux procédés sont absolument équiva¬
lents, il est plus régulier de s’en tenir à l’un d’eux et de l’employer
exclusivement. D’ailleurs les règles qui vont être proposées ne sau¬
raient avoir pour résultat de gêner l’initiative des collaborateurs de la
Société en fermant la voie à des perfectionnements toujours possibles.
Elles ont un caractère très large et très élastique quand elles visent
les principes généraux de l’art d’éditer les textes; elles ne deviennent
précises que lorsqu'il s’agit de points de détail, de dispositions pra¬
tiques sur lesquels tout le monde peut tomber d’accord.
« 1. Introductions. — L’introduction doit fournir au lecteur toutes
les informations nécessaires pour lui permettre d’apprécier l’ouvrage
publié au point de vue littéraire, historique, linguistique. Tout ce qui
concerne la biographie de l’auteur, ou, s’il n’est pas connu, tout ce qui
peut servir à déterminer la date, le pays d'origine, les sources de
l’œuvre, doit être l’objet de recherches approfondies; mais on recom-
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f
CHRONIQUE ET MELANGES. 225
mande aux éditeurs de ne point se laisser entraîner à de trop longs déve¬
loppements. Certains poèmes, par exemple, offrent une forme parti¬
culière d'un conte plus ou moins traditionnel qui se retrouve en des
états variés dans la plupart des littératures du moyen âge chrétien,
parfois même jusqu’en Orient. 11 est juste d’indiquer ces formes
variées d’un même récit et d’en noter les traits caractéristiques, mais
il serait inopportun d'en imprimer ou réimprimer le texte, et même
d'instituer entre elles une comparaison trop détaillée qui exigerait des
développements démesurément étendus. Pour faire l'histoire des
contes que l’on peut reconnaître dans la Manehine, VEscoufle, Robert
le Diable, il faudrait écrire des volumes, et nous ne devons pas
oublier que la Société des Anciens textes a pour but de publier des
textes bien établis, et non pas des livres d’histoire littéraire. S’imagine-
t-on un éditeur d’Homère traitant, dans sa préface, toute la question
#
homérique? Evidemment l’étendue à donner aux introductions ne
peut être fixée a priori : c’est affaire de mesure, mais il ne faut pas
perdre de vue que les recherches littéraires trouveront toujours leur
place naturelle dans les mémoires des Sociétés savantes et dans les
recueils périodiques, maintenant fort nombreux, qui sont spécialement
destinés à la philologie du moyen âge. La même sobriété est recom¬
mandée en ce qui concerne l’étude de la langue. Les faits caractéris¬
tiques, c’est-à-dire qui sortent de l’usage commun, sont seuls à relever.
Il ne faudrait pas, à l'occasion d’un texte même important, se laisser
entraîner à passer en revue toute la grammaire de l’ancien français.
L’analyse de l’ouvrage sera accompagnée de renvois fréquents aux
numéros des vers ou des paragraphes du texte. Il sera bon enfin que
les titres des diverses sections de l'introduction soient reproduits au
haut des pages en titres courants.
« 2. Edition des textes. — Il ne saurait être question d'exposer ici
les méthodes variées qui, selon les cas, doivent être appliquées à
l’édition des anciens documents de notre littérature. L’objet qu’on se
propose est beaucoup plus modeste. On se contentera d’appeler l’at¬
tention sur certaines dispositions extérieures, sur certains agence¬
ments typographiques qu’il y aurait avantage à adopter d’une façon
générale et constante, pour assurer dans la mesure convenable l'uni¬
formité de nos publications. Nous parlerons de l’emploi des accents et
du tréma, de la numérotation des vers, ou, pour les textes en prose,
de la division en paragraphes, de l’appareil critique et des notes.
« Des accents. — L'introduction d'accents dans des textes qui en sont
dépourvus 1 est sans inconvénient, pourvu qu’ils ne soient pas placés
1. Nous laissons de côté les cas fort rares où le manuscrit d’après lequel se
fait la publication est pourvu d'accents (par exemple le Psautier dit d'Oxford,
1910 15
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226
CHRONIQUE ET MELANGES.
à contresens, puisque le lecteur, sachant bien que ces signes typo¬
graphiques n'existent pas dans les manuscrits, peut en faire abstrac¬
tion. En revanche, l’usage des accents a certains avantages, de même
que la distinction de l’t et du ;, de l’u et du v et autres artifices typo¬
graphiques. Il facilite la lecture et empêche de confondre livre et
livré, jure (et ivre) et juré. Nous transportons légitimement à l'an¬
cien français un usage qui ne s’est établi chez nous que du xvi* au
xvu* siècle; et, comme cet usage ne s’est jamais établi d'une façon
régulière en provençal, nous ne le transporterons pas à l’état ancien
de cet idiome, où pourtant il pourrait trouver son application, puisque
le provençal a, comme le français, des voyelles ouvertes et des voyelles
fermées. Nous introduisons donc les accents dans les vieux textes
français, pour la commodité des nombreux lecteurs qui, sans avoir
poussé bien loin l’étude de notre vieille langue, veulent cependant
prendre une connaissance directe de nos anciens auteurs. Et, comme
le but qu'on se propose est simplement d'ordre pratique, on ne pré¬
tendra pas régler l’emploi des accents conformément aux règles d'une
rigoureuse logique. Logiquement, il y aurait lieu d’appliquer nos deux
accents à toute voyelle ayant deux sons. On placerait l’accent grave
sur l’o ouvert et l’accent aigu sur l’o fermé 4 . En fait, nous n’employons
nos accents que pour distinguer l’e ouvert de l’e fermé. C'est notre
usage depuis Corneille. Nous transportons cet usage à l’ancien fran¬
çais, parce qu'il en résulte une certaine commodité pour le lecteur.
Mais il est bien entendu que cet emploi doit être réglé, sinon de façon
à toujours indiquer la prononciation, du moins de façon à ne pas la
contrarier. On ne placera l’accent que sur l’e tonique, ouvert ou
fermé 3 . Les éditeurs français, tout en étant à peu près d’accord sur ce
principe, varient plus ou moinB dans l’application. Certains s’abs¬
tiennent d'accentuer l’e tonique suivi de t final, parce qu’on ne le fait
pas actuellement en français (projet), mais ils accentuent le même e
suivi d’un s (procès). Notre orthographe est ici inconséquente, et on
ne voit pas bien la nécessité, quand il s'agit de l'ancienne langue, de
la suivre dans ses erreurs, d'autant qu’il y a, en ancien français, des
finales en -et où l’e est fermé, et réclame par conséquent l’accent
dont le ms. appartient au fonds Douce, à la Bodléienne). 11 va sans dire qu’en
tel cas les accents du ms. doivent être reproduits sans mélange d’accents
modernes.
1. L’accent circonflexe, qui est originairement un signe d’abréviation, doit
être rejeté. Il n'existe dans notre ancienne langue aucun cas où son emploi
soit légitime.
2. On peut hésiter sur la question de savoir s'il ne conviendrait pas de pla¬
cer un accent (aigu) sur la tonique, quelle qu’elle soit, des proparoxytons,
tels que àngele, àrdene, vlrgene, etc. (pour éviter la fausse prononciation
angète , ordène, virgène), glérie , victôrie, ehanànie.
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227
CHBOIfIQOE ET MELANGES.
aigu 1 2 3 4 * * * * . Il nous semble que, pour la finale -ef, en raison de la diffé¬
rence de son, il y a lieu de faire usage de nos deux accents. Faut-il,
de même, mettre l’aigu sur les finales en -er, -ier, -ez, -iez ? Ce serait
logique, mais c’est moins nécessaire, l'usage moderne avertissant
suffisamment de la prononciation 9 . On peut également hésiter sur
l’utilité de l’accent dans les monosyllabes, tels que dès, mès (== mais),
ou dans les cas où l'e tonique est suivi d'un e atone, amée, mangiée.
Certains éditeurs n'en mettent point, contrairement à l’orthographe
actuelle*. Même hésitation pour pere, mere, qui se prononçaient cer¬
tainement père, mère. L’important est de ne pas écrire père, mère.
Il n’y a pas lieu, dans cette instruction générale, de prescrire une
règle absolue, puisqu’ici aucune question de doctrine n’est engagée, et
qu'il s’agit simplement de l’application à l’ancien français d’usages
modernes parfois assez incohérents.
< Il va sans dire que l’accent ne doit jamais être introduit dans les
textes anciens pour distinguer les homonymes, comme on le fait en
quelques rares cas dans notre orthographe actuelle (a à, la là, des
dès, ou où).
« Du tréma. — L'emploi du tréma est, en français actuel, comme
celui des accents, fort irrégulier. On le fait servir à des fins diverses
(ainsi dans haïr et dans aïeul). Appliqué à l'ancien français, ce signe
doit être réservé aux cas où l’on veut indiquer que deux voyelles juxta¬
posées ne forment pas une diphtongue, mais se prononcent séparé¬
ment (eür, seür, Noël, praël, siënce ). Les éditeurs ne sont pas d’ac¬
cord sur la place qu’il convient d’assigner au tréma : les uns le
placent sur la première voyelle, les autres sur la seconde; certaines
lettres attirent le tréma de préférence à d’autres, sans qu’on sache
bien pourquoi, notamment l't. Cela est assez peu important pourvu
qu’un des deux systèmes étant adopté, on s’y tienne. Autre difficulté.
Ici, comme pour l’emploi des accents, nous sommes dirigés plutôt
par nos habitudes modernes que par la pure logique. Actuellement on
écrit muer sans tréma, parce qu’il n’y a pas de doute sur la pronon-
1. Dans les textes du nord de la France, les mots où la finale -ét correspond
au lat. -a tu ni, prêt, gril, les part, passés de la première conjugaison, piét
(pedem), etc.
2. Amer, cher t millier, mer, Orner ont maintenant l'e ouvert, mais avaient
jadis l’e fermé.
3. On considère ici l'accent comme superflu, parce que dans ces finales il est
impossible que la prononciation soit différente de la prononciation actuelle
-ée. Ce ne serait pourtant pas une raison de ne pas la noter. Et en outre,
dans les textes anglo-normands, ee est employé avec une tout autre valeur
qu’en français du continent : ce double e correspond souvent à l’e tonique
simple du français, et il y a avantage à le distinguer d’-ée en ne l'accen¬
tuant pas.
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228
CHRONIQUE ET «LANGES.
dation, l’ancienne diphtongue ue n’existant plus (cependant accueil,
recueil); mais en ancien français la graphie de muer (lat. mu tare)
et celle de muer (morior) sont semblables, bien que le premier ait
deux syllabes, tandis que le second n’en a qu’une, d'où il suit que le
tréma établirait ici une distinction nécessaire.
« 3. Textes en prose : division en paragraphes. — Nos pages
ont normalement 36 lignes, lorsqu’elles ne contiennent pas de notes.
On ne peut y trouver sans perte de temps le mot auquel on est ren¬
voyé par le glossaire ou par l'index, lorsqu'il n’y a pas d’autre indi¬
cation que celle de la page ; d’où la nécessité d'une division qui per¬
mette des références plus précises. Dans certaines éditions, surtout à
l'étranger, on a coutume de numéroter les lignes de cinq en cinq, et
la table renvoie à la page et au numéro de la ligne. Nous écartons ce
procédé qui, outre qu’il exige deux chiffres pour chaque renvoi, offre
des inconvénients de plus d'un genre. Si la numérotation est placée
dans la justification, la longueur des lignes se trouve notablement
réduite; si elle est placée en dehors, il en résulte un surcroît de
dépense. Ensuite cette disposition ne permet pas de préparer l’appa¬
reil critique avant l’impression, puisqu'on ne peut savoir d’avance à
quelle ligne correspondra chaque variante. Le procédé que nous
recommandons, et qui a été suivi déjà en plusieurs de nos volumes 4 ,
consiste à diviser le texte en paragraphes occupant au plus une demi-
page, et généralement un quart ou un tiers. Ces paragraphes sont
fixes, et par conséquent peuvent être reproduits dans des éditions
successives, quels que soient le format et la juxtaposition adoptés
dans ces éditions*. Ils se prêtent par leur brièveté aux références et
permettent de disposer sur la copie, d’une façon définitive, les renvois
aux variantes, renvois formant une série qui recommence à chaque
paragraphe. Il est vrai que certains ouvrages, les romans en prose
notamment, ne s'accommodent pas d’une division en courts alinéas.
Mais on peut du moins numéroter les phrases sans les mettre à la ligne.
« 4. Textes en vers : numérotation des vers. — La numérotation
des vers doit être en rapport avec la forme du poème. Pour les poèmes
en laisses à nombre de vers variable (chansons de geste ou poèmes en
forme de chansons de geste), la numérotation par cinq, qui est la plus
usitée, est très applicable. Il ne faut pas oublier que les laisses doivent
être aussi numérotées, de préférence en chiffres romains. Il faut avoir
soin qu’il n’y ait pas coïncidence entre un numéro de laisse et un
1. Le Débat des Hérauts , le Voyage du seigneur d’Anglure, les Quatre
âges de l'homme, la Chirurgie de Henri de Mondeville.
2. C’est le grand avantage de la division de Joinville en paragraphes, tou¬
jours les mêmes, dans les diverses éditions de M. de Wailly.
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i
CHRONIQUE ET MÉLANGES. 229
numéro de vers, ce qui serait d’un effet déplorable au point de vue
typographique. Le moyen d’éviter cette coïncidence est très simple :
il suffit de placer le numéro du vers au vers précédent en le diminuant
d'une unité 1 2 .
< Pour les poèmes en vers accouplés, il vaut mieux adopter la
numérotation par quatre, de façon que le numéro corresponde toujours
au second vers d’une paire*.
< Pour les poèmes strophiques, il convient d’adopter un mode de
numérotation qui corresponde aux diverses parties de la strophe.
Ainsi un poème en strophes de douze vers (la strophe des Vers de la
Mort, aa b aab bba bba) devra être numéroté 3, 6, 9, 12, 15, etc., à
quatre chiffres par strophe 3 . Une chanson en strophes de sept vers
(abab bcc) sera numérotée 4, 7, 11, 14, etc., à deux chiffres par
strophe, le premier correspondant à la fin de la première partie, le
second à la fin de la strophe 4 .
« 5. De l'appareil critique. — On n’y fera pas entrer les variantes
purement graphiques, sauf en des cas exceptionnels. La graphie de
chaque manuscrit pourra être étudiée en détail et justifiée par des
exemples dans la partie de l’introduction réservée à la description des
manuscrits. Lorsqu’il aura été possible de classer les manuscrits par
familles, il sera le plus souvent inutile de publier les variantes isolées
de tel ou tel manuscrit. Il suffira de donner les variantes communes à
toute une famille. On économisera ainsi beaucoup de place, et l’appa¬
reil critique, débarrassé de leçons sans valeur, deviendra plus clair.
Dans cet appareil critique, qui sera placé au-dessous du texte, on fera
entrer tout ce qui intéresse l’établissement du texte : discussion des
leçons, proposition de conjectures, rapprochement de passages paral¬
lèles, etc. En principe, les notes servant à l’interprétation ne doivent
pas prendre place dans l’appareil critique. On pourra en faire une
1. C'est le procédé qui a été suivi dans Aiol. — La coïncidence entre le
numéro de la laisse et celui du vers se reproduit souvent dans Florence de
Rome. Ainsi, t. II, p. 13, le numéro de laisse X a dû être placé en dehors de
l'alignement A cause du numéro de vers 275. Il n'y avait qu'à mettre 274 au
vers précédent. De même p. 19, 35, 37, 40, etc. — On peut toujours éviter la
coïncidence en plaçant le numéro de la laisse en vedette, mais ce procédé,
qui a été adopté dans la plupart des éditions de chansons de geste que nous
avons publiées, a l'inconvénient de faire perdre beaucoup de place.
2. C'est le système qui a été suivi dans les éditions de Guillaume de la
Barre, des Œuvres de Guillaume de Machaul et de Simund de Freine.
3. Dans l'édition des Vers de la mort, la numérotation recommence à chaque
strophe. L'inconvénient de ce système est que les renvois doivent être indi¬
qués par deux chiffres : le n* de la strophe et le n* du vers.
4. C’est le système qui a été suivi dans l’édition de Christine de Pisan, de
Gace Brulé et des Cent ballades.
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CHRONIQUE ET MELANGES.
série à part qui sera imprimée en petit texte, soit au bas des pages,
si cette annotation exige peu de place, soit plutôt après le texte, avant
le glossaire. Toutefois, en général, des notes de ce genre peuvent être
fondues dans le glossaire, où doit entrer tout ce qui concerne l’inter¬
prétation du texte*.
« Les variantes sont désignées pour chaque manuscrit par des capi¬
tales penchées, ou pour chaque groupe de manuscrits par une lettre
grecque. Il est assurément indifférent que ces lettres soient placées
avant la variante ou après. Cependant on conseille de les mettre avant,
selon l'usage qui, jusqu’ici, a été le plus généralement suivi dans les
publications de la Société.
« Une question qui peut se poser est celle de savoir comment
doivent être imprimées les variantes. La plupart des éditeurs s’at¬
tachent à reproduire, dans l’appareil critique, aussi littéralement que
possible, le texte du manuscrit, s’abstenant d’accentuer, de ponctuer,
de distinguer l’i du l’u du v. Il y a là une affectation d’exactitude
qui n’offre aucun avantage. Si on place un mot en variante, ce n’est
pas pour indiquer que le manuscrit ne distingue pas l’i du j; qu’il
n’emploie ni les accents, ni les apostrophes, ni aucun autre des signes
que les typographes ont inventés : on le sait bien. L’objet de la
variante est de faire savoir que la leçon admise dans le texte n’est pas
fournie par l’unanimité des manuscrits, que tel manuscrit présente
une leçon différente. C’est sur cette leçon qu’on appelle l’attention et
non sur la forme de l't ou de l’u. Il y a plus : cette affectation d’exac¬
titude dissimule en bien des cas une réelle inexactitude. Lorsqu’une
leçon est donnée d’après plusieurs manuscrits, soit d’après A H C, la
forme sous laquelle cette leçon est reproduite en variante est toujours
celle d’A; les leçons de Ii et de C présentent assez ordinairement
de légères différences graphiques dont on n’avertit point le lecteur, de
peur de trop grossir l’appareil des variantes. Alors à quoi bon affecter
une exactitude qui n’est rigoureuse que pour la leçon d’A ?
« 6. Glossaire. — Le glossaire a un double but. Il doit suffire à
l’interprétation du texte pour les personnes qui n’ont pas à leur portée
les grands répertoires lexicographiques, et, d’autre part, il doit offrir
le dépouillement de tout ce qu’il y a d’intéressant dans le texte édité
tant au point de vue des mots qu’au point de vue des formes. Il n’est
cependant pas nécessaire, 6auf en de rares cas, notamment lorsqu'il
s’agit de textes d’une importance exceptionnelle, que ce dépouillement
soit complet. Beaucoup de mots suffisamment clairs par eux-mémes
et ne figurant pas en des locutions intéressantes n’ont pas besoin
1. Des gloses interprétatives, comme celles qo’on a imprimées au bas des
pages d'Kustache Deschamps, doivent être absolument proscrites.
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[
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CHRONIQUE ET MÉLANGES.
d'étre relevés. Et quant aux formes, le dépouillement, au moine pour
l'essentiel, peut prendre place dans l’introduction. L’éditeur expéri¬
menté trouvera facilement la juste mesure. Dans certains cas, spécia¬
lement pour les verbes, il peut être utile de diviser l’article en deux
parties, l’une consacrée au relevé des formes, l’autre à l'interpréta¬
tion; les mêmes références reparaîtraient dans les deux parties, la
première fois pour noter la forme, la seconde pour noter le sens.
Pour certains mots rares ou difficiles, on rendra service au lecteur en
lui indiquant brièvement les interprétations proposées ailleurs. C’est
souvent le moyen de couper court à de longues explications. Les
glossaires déjà publiés par la Société pourront fournir l’occasion
d’utiles références.
« Pour les verbes, les formes devront être groupées sous l’infinitif,
même si cet infinitif ne parait pas dans le texte. On pourra en ce cas
le placer entre [ ], mais le seul fait qu’il ne sera pas accompagné d’un
chiffre de renvoi montrera suffisamment qu’il a été introduit par l’au¬
teur du glossaire. Il sera toujours loisible, quand on le jugera utile,
de placer les formes diverses à leur rang alphabétique avec renvoi à
l’infinitif.
« Lorsqu'une leçon restituée par conjecture est admise dans le glos¬
saire, il est utile de noter, entre parenthèses, que cette leçon est conjec¬
turale. Dans certains cas il est utile d’indiquer, également entre paren¬
thèses, qu’un mot est en rime, et de citer la rime correspondante;
mais il faut s'abstenir de donner cette indication dans les cas où elle
est sans utilité.
« Des dispositions typographiques assez variées ont été adoptées
dans les glossaires rédigés pour la Société. Ainsi, dans quelques-uns
de nos volumes, les têtes d’articles ont été imprimées en caractère
gras. C'est une complication inutile : deux caractères suffisent, le
romain pour les mots du texte, les italiques pour les explications. Il
est inutile de marquer le genre des substantifs, sauf quand il diffère
de l’usage actuel. Inutile aussi d’indiquer les personnes des verbes :
il suffit d’indiquer le mode et le temps. Le chiffre de renvoi sera placé
après le mot, sans virgule entre deux, et sera suivi de la traduction,
lorsque celle-ci sera jugée nécessaire. On aura soin de relever les
expressions qui peuvent servir à caractériser le style d’un auteur,
même lorsqu’elles ne présentent pas de difficultés d’interprétation, et
les locutions proverbiales 4 . Plusieurs des glossaires déjà publiés
1. On peut introduire dans le glossaire un article proverbe* (ce qui a été
fait dans L'Escou/le). Si les proverbes sont très nombreux, comme dans cer¬
tains poèmes du xiv* siècle, on peut en faire une table A part, ce qu’a fait le
baron de Reiffenberg dans son édition de Philippe Mousket.
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232
CHRONIQUE ET MELANGES.
peuvent servir de modèle, ceux de G. Paris, celui du Tristan de Tho¬
mas par M. Bédier, etc.
« 7. Table des noms. — A la suite du glossaire, nous plaçons
ordinairement une table des noms de personnes et de lieux. Il est
utile de distinguer typographiquement ces deux séries, en imprimant
les noms de personnes en petites capitales et les noms de lieux en
romain 4 .
c D’ordinaire on relève les noms de lieux sous leur (orme actuelle,
joignant en italiques la forme du texte lorsqu’elle diffère de la (orme
actuelle. Cette forme en italiques pourra d'ailleurs être rangée dans
la table à son rang alphabétique avec renvoi à l’article principal.
« Pour les noms fréquemment cités, il sera nécessaire de rédiger
les articles en forme analytique, car une table, comme on en fait trop
souvent, où un nom est suivi de vingt ou trente renvois, sans aucune
explication, ne sert à rien. Il est commode, au contraire, quand il
s’agit d’un personnage qui joue un rôle important, de trouver à la
table un résumé de ses faits et gestes. A ce propos, il faut se rappeler
que la table doit rappeler tous les passages où parait le personnage
qui est l’objet de l’article, de quelque façon qu'il soit désigné. Dans
beaucoup de tables on se contente de renvoyer au passage où il est
désigné par son nom, ce qui est insuffisant. L’article Charlemagne
doit renvoyer aussi bien aux passages où le texte porte « l’empereur ».
Ajoutons qu’il n’est pas nécessaire, pour les personnages qui sont en
scène pendant des pages entières, de renvoyer à chacun des passages
où ils sont nommés : il est plus simple et plus commode de rédiger
des renvois collectifs, comme par exemple : « laisses xx-xxiv » ou :
« vers 250-290 ».
« Il est souvent nécessaire, pour donner une base à l'étude de la
langue, d’insérer dans l’introduction une table complète ou partielle
des rimes. Mais il est toujours indispensable, au moins pour les
poèmes en laisses monorimes, surtout si les assonances y dominent,
de placer à la suite du glossaire et de la table des noms une table des
rime8qui sera divisée en deux parties : 1° rimes masculines; 2° rimes
féminines.
« Entre les avis proposés dans les articles qui précèdent, il en est
assurément qui n’ont point une valeur essentielle. On ne saurait pré¬
tendre qu’il y ait toujours une raison évidente pour préférer une dis-
1. Un emploi un peu différent de ces caractères a été fait dans la table du
Tristan de Thomas, mais il s'agissait d'un cas exceptionnel qui a été expliqué
dans une note. — Dans certaines des publications de la Société (Eustachc
Deschamps, Orson de Beauvais), les noms de personnes et ceux de lieux ont
été répartis entre deux tables. Il ne paraît pas que la commodité des recherches
y gagne.
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CBBONIQUE ET MELANGES.
position typographique à une autre. Il est toutefois désirable, même
lorsqu’il s’agit de détails sans importance, que les membres d'une
même société, unissant leurs efforts en vue d’une œuvre commune,
s’entendent, autant que possible, pour procéder de la même façon
dans les cas identiques.
Paul Meyer.
« Novembre 1909. *
MANUSCRITS BÉNÉVENTAINS ET WISIGOTHIQUESL
»
Un jeune américain, M. E. A. Loew, membre de l’Ecole américaine
de Rome, qui prépare un recueil de fac-similés de manuscrits béné-
ventains, m’a demandé de communiquer à l’Académie quelques obser¬
vations paléographiques, dont j'essaierai d’indiquer en peu de mots
l'importance.
M. Loew commence par définir, en termes plus précis qu’on ne
l’avait fait jusqu’ici, d’abord les traits caractéristiques qui sont com¬
muns aux anciennes écritures de l’Italie méridionale et à celles de
l’Espagne, puis ceux qui sont propres aux écritures de chacun de
ces pays.
Les caractères communs sont la forme des lettres a et f, l'emploi
de l’t allongé dans des textes écrits en minuscules. Les différences
s’observent dans la forme de la lettre g et dans les ligatures de la
lettre t avec différentes lettres.
Après avoir fait cette distinction, M. Loew étudie les règles que les
copistes des deux pays suivaient pour figurer, dans certains cas, des
lettres ou des groupes de lettres qui devaient prendre place dans les
textes qu’ils avaient à reproduire. Ces règles ont pour objet l’emploi
de la lettre I capitale ou allongée, et la distinction des deux formes de
ligatures usitées pour unir, dans des cas déterminés, les deux lettres
de la syllabe fi.
Emploi du grand I allongé dans l’écriture bénéventaine.
Ce grand I doit être employé quand la lettre i sert d'initiale à un
mot et quelle est suivie d’une lettre dépourvue de haste montante
dépassant le niveau supérieur des lignes. Exemples : /am, Iecit,
Igitur, Impar, In, lob, Ira, Iter, Iubeo.
L’initiale i suivie d’une lettre à haste ne doit pas dépasser la hau-
1. M. L. Delisle a bien vonln noos autoriser a reproduire les remarques
suivantes, publiées par lui dans les Comptes-rendu» de l’Académie des ins¬
criptions, séance du 5 novembre 1909, p. 775-778.
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CHK0MQUE ET MELANGES.
teurdes lettres dépourvues de haste. Exemples : ibi, illius, ipse, iste.
Il y a des exceptions à cette règle dans quelques manuscrits du ix« et
du x* siècle.
La même lettre i, dans le corps des mots, prend la (orme allongée
quand la syllabe où elle se trouve doit être prononcée comme notre j.
Exemples : malus, élus, hulus, culus, Ielunia, malestate,
conluge.
Emploi de VI allongé dans les manuscrits wisigothiques.
Mêmes règles que pour l'écriture bénéventaine. Toutefois, dans les
plus vieux manuscrits espagnols, les copistes emploient l’I allongé au
commencement des mots, même quand l'initiale est suivie d'une lettre
à haste : Ille, Ibant... — La règle relative à l’I allongé qui devait
être prononcé comme notre j a été scrupuleusement observée en
Espagne.
Double forme de la ligature unissant les deux lettres
de la syllabe ti.
A partir du ix a siècle 1 , les écrivains de l’Italie méridionale et ceux
du X e siècle de l'Espagne ont figuré la syllabe ti de deux manières dif¬
férentes, suivant qu’elle devait se prononcer ti ou si.
Dans l’Italie méridionale, on liait la tête des deux lettres par un
trait arrondi au-dessus du niveau des lignes et on prolongeait la partie
inférieure de la lettre i par un trait tourné du côté gauche et tracé
au-dessous du niveau inférieur des lignes.
En Espagne, on se contentait de réunir la tête des deux lettres par
un simple délié et de prolonger le bas de la lettre i par un trait fort
peu développé et tourné à gauche.
Ainsi le copiste italien devait écrire le mot justifia en liant par un
trait arrondi la tête des deux lettres de la troisième syllabe du mot.
— Le copiste espagnol devait simplement unir par un petit délié la
tête de ces deux lettres.
Le professeur Rostagno a bien remarqué que le copiste du manu¬
scrit bénéventain de Tacite, qui est à la bibliothèque Laurentienne,
avait observé la distinction ; mais il s’est mépris sur la cause de cette
distinction. Il pensait que la ligature san6 trait arrondi se trouvait
dans les mots où t est suivi d'une voyelle; mais le même manuscrit
de Tacite contient les mots hostium et istius, dans lesquels les deux
lettres de la syllabe ti sont unies par un simple délié.
1. On cite même de pins anciens exemples de l'usage dont il est ici ques¬
tion. Il y en a des traces dans an manuscrit de la fin du vui* siècle, venu du
Mont-Cassin, le n* 7530 du fonds latin de la Bibliothèque nationale.
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235
CHBOltlQOE ET MELANGES.
L’emploi de la ligature par un trait arrondi ou par un délié désigne
à coup sûr les passages dans lesquels la syllabe ti doit être prononcée
si, et nous devons transcrire ces passages par ti, jamais par ci.
D’après ce qui vient d’être exposé, il est évident que plusieurs des
règles imposées aux scribes de l’Espagne et de l'Italie méridionale
avaient pour but de faciliter la lecture courante et correcte du manu¬
scrit. A la simple vue de la ligature des lettres ti, on était averti de la
façon dont cette syllabe devait être prononcée, ti ou si.
Au sujet de la double forme de la ligature des deux lettres ti,
M. Prou m’a rappelé une observation de feu le professeur Paoli, insé¬
rée dans la Miscellane a di paleografia e diplomatica, XI (Archivio
storico italiano, 4* série, t. XVI, p. 284-288). Paoli prétend que la
ligature des lettres ti par un trait arrondi, sous la plume de quelques
scribes de chartes, spécialement à Volterra et Passignano, représente
le son du z, et cela dès la fin du vin* siècle. Car dans certains mots
la lettre i est répétée après la ligature ti : redempt-iione, palat-iiolo.
Paoli a cité une charte de 968 où un même nom d’homme est écrit
Act-io dans le texte et Aczo dans la souscription. Le nom du notaire
d’une charte d’Arezzo de 1013 contient la ligature t-i répétée : At-it-io,
ce qui ne peut guère être lu qu’ A zzo. — Paoli a répété ses observa¬
tions à propos des chartes reproduites dans les planches 29 et 36 de la
Collezione fxorenlina di facsimili (de Vitelli et Paoli).
Quant à la distinction de Yi employé comme voyelle et du j comme
consonne, ce n’est pas seulement dans l’Italie méridionale et dans
l’Espagne qu’on a, au moyen âge, compris qu’il était utile de distin¬
guer par un signe particulier la façon dont devait être prononcée une
syllabe contenant une lettre susceptible de causer de l’hésitation au
lecteur. II existe à la Bibliothèque nationale un psautier français, de
la fin du xii e siècle et d’origine anglaise, dans lequel le copiste a mar¬
qué un accent sur les i et les u qui devaient être prononcés comme
voyelles, tandis qu'il ne mettait pas d'accent sur ces lettres quand
elles étaient employées comme consonnes.
Je n’ai pas vérifié sur les manuscrits bénéventains et wisigothiques
qui sont à Paris, ni sur les fac-similés du grand recueil d’Ewald, les
constatations dont M. Loew a rendu compte en termes qui m’ont paru
clairs et judicieux. D’ailleurs, le contrôle en avait été fait par un pro¬
fesseur de l’Université de Saint-Andrews, M. Lindsay, qui, dans un
récent voyage, a fait preuve de son expérience paléographique par de
curieuses observations sur les abréviations d'un manuscrit wisigo-
thique conservé à Autun, celui dont quelques feuillets, volés par Libri,
ont été reconnus à la Bibliothèque nationale par notre confrère
M. Châtelain.
L. Delisle.
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236
CHRONIQUE ET MELANGES.
ORDONNANCE DE PHILIPPE LE BEL
CONCERNANT LE RESSORT DES BAILLIAGES DE CHAMPAGNE
(16 mars 1294).
L’étude assez compliquée des divisions administratives de ia Cham¬
pagne au moyen âge a été successivement faite par MM. Lefèvre,
Boutiot, d’Arbois de Jubainville et Auguste Longnon. M. le colonel
Borrelli de Serres, dans ses Recherches sur divers services publics
(t. II, Notices relatives au XIV e siècle , Paris, 1904, in-8°, p. 405-
419, et Appendice B, III), a très heureusement complété et précisé les
résultats acquis; mais une ordonnance de Philippe le Bel, du mardi
16 mare 1294, renfermée dans un vidimus de Baudouin de Laon, bailli
de Troyes, du jeudi 1 er avril de la même année et conservée aux
archives départementales de l’Aube (G. 3344), ne parait pas avoir été
utilisée par ces auteurs. L’ordonnance de 1294 a pour objet la fixation
des bailliages auxquels devaient ressortir certaines seigneuries ecclé¬
siastiques, ainsi que les fiefs et gardes enclavés dans le comté de
Champagne et en particulier les châtellenies de Nogent-sur-Seine 1 2 3 4 ,
Pont-sur-Seine*, Sézanne, Lachy et toutes les terres constituant le
douaire de la reine Jeanne. Cette délimitation est une conséquence de
la fin de l’autonomie du comté de Champagne consacrée, le 6 octobre
1285, par l’avènement au trône de Philippe le Bel, époux, depuis le
16 août 1284, de l’héritière de Champagne, Jeanne, fille de Henri III
le Gros et petite-fille de Robert d’Artois par sa mère Blanche, nièce
de saint Louis. Les documents, datés du commencement et de la fin
du règne de Philippe IV, nous apprennent que Sézanne 3 et Lachy 4
dépendaient du bailliage de Meaux-Provins ; de même, la seigneurie
ecclésiastique de Meaux ressortissait à la prévôté de Paris avant 1294.
L’ordonnance du 16 mars 1294, en plaçant ces localités dans le bail¬
liage de Troyes, nous fait connaître un état de choses qui n’a pas duré
longtemps, mais dont il faut tenir compte pour l’interprétation d’autres
textes et l’histoire .exacte de l'administration champenoise, aussi
croyons-nous devoir publier in-extenso cet acte inédit :
« A touz ces qui ces présentes lettres verront et orront, Bauduins
de Loon, baillis de Troyes, salut. Saichent tuit que nous avons veu et
1. Aube, ch.-l. d’arr.
2. Arr. et cant. de Nogent-sur-Seinc.
3. Marne, arr. d’Épernay.
4. Marne, cant. de Sézanne.
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237
CHRONIQUE ET MELANGES.
leu les lettres nostre seingneur le roi en la fourme qui s'ensulst :
« Philippus, Dei gracia Fraucorum rex, uoiversis présentes litteras
« inspecturis, salutem. Notum facimus quod nos ob transquillitatem
« et utilitatem patrie ordinavimus quod Latigniacum super Mater-
« nam*, ecclesia, cum omnibus pertinenciis eorum, sicuti se compor-
■ tant et ripparia de Materna ex parte Brie Campanose, civitas Mel-
« densis, episcopus, capitulum, omnes ecclesie, cum pertinenciis
c dictorum locorum, ecclesia Faremonasterii 1 2 , villa et omnes perti-
« nencie ex parte Brie Campaniose, episcopus et capitulum Trecenses,
c omnes ville illius Trecensis ecclesie et omnes pertinencie in finibus
« Campanie, in marchia baillivie Trecensis, remanebunt in baillivia
• Trecensi et se gubernabunt per baillivum Trecensem et si aliqua de
• Campania inclavata fuerint in Francia ex parte Senonensis, Viroman-
« densis bailliviarum vel prepositure Parisiensis ultra metas superius
« divisas, sicuti feoda et garde, ea remanebunt in resortibus baillivia-
« rum in qua vel quibus fuerint inclavata. Similiter si qua de Francia
« inclavata fuerint in Campania, videlicet feoda et garde, in Campania
« remanebunt. Item, Nogentum, Pons super Secanam, Sezana,
« Lachiacum et omnes pertinencie castellariarum ipsarum et omnia
• alia que sunt de dotalicio Campanie et que marcantur ballivie Tre-
« censis remanebunt in ressorto baillivie Trecensis, inhibentur bail-
« livo Senonensi et preposito Parisiensi ne ipsi justiciare présument
« in locis supradictis et quod ipsi teneant et custodient ordinationem
« predictam. Item, civitas Lingonensis, ecclesia, episcopus et capitu-
« lum ejusdem loci, ratione dicte ecclesie, remanebunt in resorto
« baillivie Calvimontis in Bassigneio, inhibentur baillivo nostro Seno-
« ne nsi ne de biis de cetera se intromittat. Domania vero, feoda archie-
« piscopatus Senonensis remanebunt in baillivia Senonensi, inhiben-
■ tur baillivo Trecensi ne de biis de cetera se intromittat. Actum
« Parisius, die martis post Reminiscere, anno Domini rnillesimo CC°
« nonagesimo tercio. » En tesmoing des quelx choses nous avons mis
le seel de la baillie de Traies ou transcript de ces lettres. Ce fu feit le
judi après mikaresme en l'an desus dit.
« (Au dos :) Ordinatio regis pro resortis. »
Maurice Jijsselin.
1. Lagny, Seine-et-Marne, arr. de Meaux.
2. Farerooutiers, Seine-et-Marne, cant. de Rozoy-en-Brie, arr. de Cou-
lommiers.
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238
CHRONIQUE ET MELANGES.
LA PLUS ANCIENNE CHARTE SUR PAPIER.
Deux diplômes grecs de Roger II de Sicile, des années 1139 et 1140,
publiés avec fac-similé, en 1708, par Montfaucon, au livre VI de sa
Palæographia græc a, ont été longtemps considérés comme les plus
anciennes chartes sur papier. Montfaucon n'avait pas vu les originaux
de ces diplômes, dont il devait une reproduction au P. Menniti, géné¬
ral des Basiliens, et il ajoutait, à la p. 380 de sa Paléographie, sans
se prononcer au sujet de la matière sur laquelle ils étaient écrits :
« Autographum nec ego, nec ipse fortasse vidit. » Il a été reconnu
depuis que ces deux diplômes avaient été transcrits non sur papier,
mais sur un vélin très fin (Bresslau, Handbuch der Urhundenlehre
(1889), I, 892-893).
On pouvait désormais croire qu’il n’existait en Sicile aucun docu¬
ment sur papier de l’époque normande, quand un érudit italien, M. le
chevalier Giuseppe La Mantia, a eu la bonne fortune de découvrir, à
l’Archivio di stato de Palerme, une charte sur papier de l’année 1109
et lui a consacré récemment un savant mémoire intitulé : Il primo
documento in caria (contessa Adelaide, 1109} esistente in Sicilia
e rimasto sinora sconosciuto (Palermo, 1908, gr. in-8°, 34 p. et fac-
similé). C’est un mandement, en grec et en arabe, de la comtesse
Adélaïde, troisième femme du comte Roger I er et régente pendant la
minorité de Roger II, adressé aux officiers de sa terre de Castrogio-
vanni et relatif à des franchises pour le sel accordées aux moines de
S. Filippo di Demone.
H. O.
JULES QUICHERAT
ET LES CHANGEMENTS DE NOMS DES RUES DE PARIS.
Nous empruntons à la Vie à Paris publiée par M. Jules Claretie
dans le journal Le Temps, du 17 décembre 1909, le texte de la lettre
suivante de Jules Quicherat adressée à Étienne Arago, maire de Paris,
au lendemain du 4 septembre 1870. « Étienne Arago, dit M. Claretie,
avait pris un arrêté portant la révision des noms qu’on avait donnés
aux vieilles rues du temps de M. Haussmann. L’historien de Jeanne
d’Arc, ami du passé, aimant Paris jusqu’en son vieux langage et ses
inscriptions abolies, prit la plume et écrivit au maire pour le supplier
de protéger les antiques appellations comme aussi les monuments qui
sont la physionomie même, le visage d’une ville.
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CHRONIQUE ET MÉLANGES. 239
« La lettre est curieuse et, bien que datée d'une heure de fièvre, elle
est de tous les temps. Quicherat disait :
« Paris, 16 septembre 1870.
« Monsieur le maire,
■ Vous venez de prendre un arrêté pour la révision des noms nou-
« veaux donnés à nos rues sous le précédent régime.
« En ma qualité d’expert dans les choses qui concernent les anti-
« quités de Paris, je profite de la circonstance pour demander le réta-
« blissement pur et simple des dénominations anciennes auxquelles ont
« été substitués, non seulement les noms de tant de personnages
« obscurs ou indignes du premier et du second Empire, mais même
« ceux de beaucoup d’hommes utiles et justement célèbres.
« Les noms des rues, aussi bien que ceux des villes, appartiennent
« à l'Histoire. Ils ont été créés le plus souvent par le peuple et rap-
« pellent presque toujours des faits intéressants.
« De plus, ils sont consignés dans une infinité d'actes authentiques,
« de même dans des monuments littéraires dont leur changement rend
« l’intelligence impossible, à moins d'une recherche que ne peut pas
« faire le premier venu.
« Enfin, en baptisant les rues comme on a fait, on a mis les écri-
< vains qui auront à en parler dans la nécessité de les appeler par leur
« nom ancien, c’est-à-dire par un nom qui ne dira rien à l’esprit des
« lecteurs, ou bien d’accoupler des termes dont la rencontre consti-
• tuera de bizarres anachronismes. Quoi de plus ridicule, par exemple,
« que d'avoir à dire que le connétable Olivier de Clisson fut l’objet d'une
« tentative d’assassinat dans la rue de Sévigné, ou que Racine demeura
« successivement dans les rues Visconti et Champollion?
« Il n’est raisonnable de donner des noms nouveaux qu’aux voies
« nouvelles, et c’est une tentative insensée de vouloir qu'une ville, qui
« a quinze cents ans de célébrité, ne rappelle à la mémoire que les
« choses et les hommes d’aujourd’hui ou d’hier.
« Je vous prie, monsieur le maire, de vouloir bien soumettre ces
« observations à la commission que vous choisirez pour faire l'utile
« travail dont vous avez décidé l'exécution.
« Agréez l’assurance de toute ma considération.
« J. Quicherat,
« Professeur A l’École des chartes,
« rue Casimir-Delavigne, 9.
« Au citoyen maire de Paris. »
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240
CHRONIQUE ET MELANGES.
LES ARCHIVES HISTORIQUES DES COLONIES.
Le ministère des Colonies a transféré, dans sa nouvelle installation
de la rue Oudinot, ses archives, à l’exception de la plus grande partie
des documents antérieurs à 1789, qui présentent un intérêt unique¬
ment historique et pouvaient être sans inconvénient déposés aux
Archives nationales.
Le palais Soubise vient d’entrer, ces jours derniers, en possession
de ce fonds précieux entre tous pour l’histoire encore mal connue de
notre ancien domaine colonial.
Assurément, des ouvrages comme ceux de M. le professeur Cultru
sur Dupleix, de M. Salone sur le Canada, de M. P. de Vaissière sur
Saint-Domingue, de M. Henri Lorin sur Frontenac, de M. Dessales
et de M. L. Peytraud sur les Antilles, et quelques autres encore, sont
là pour attester tout le parti que l’on peut en tirer, mais ce qui a été
fait n'est rien en comparaison de ce qui reste à faire. Et si bien des
papiers ont été perdus ou détruits, comme ceux de l'ancienne Compa¬
gnie des Indes (on en retrouve quelques débris au greffe de l’amirauté
de Lorient), on a heureusement conservé des fonds à peu près intacts
pour le Canada, pour la Louisiane, pour la Martinique, pour la Gua¬
deloupe, pour Saint-Domingue, pour la Guyane.
La correspondance générale, les dossiers du personnel, la collection
Moreau de Saint-Méry pourront fournir les matériaux de plus d’un
livre d’histoire, quand tout cela sera inventorié et mieux connu.
Voici le nombre de cartons et de registres pour chaque série : Cor¬
respondance (198); Extrême-Orient (22): Guadeloupe (48); Martinique
(110); Saint-Domingue (211); Antilles (60); Canada (170); Louisiane
(55); matricules et recrues (310); dossiers du personnel (392); collec¬
tion Moreau de Saint-Méry (280) ; ce dernier fonds du plus haut inté¬
rêt constitué par un homme politique originaire de la Martinique qui
fut successivement membre du conseil colonial de Saint-Domingue,
député de la Martinique à la Constituante, et, plus tard, historiographe
de la marine et conseiller d’Etat.
Ce qui manque à cette collection des archives coloniales, c’est un
inventaire imprimé : à peine possède-t-on un petit fascicule pour le
fonds de la Cochinchinc, édité il y a quelques années par le défunt
chef du bureau des archives du ministère, E. Tantet. Pour le reste,
un état général manuscrit, œuvre de Guet, est le seul moyen de
recherches que l'on pouvait utiliser jusqu'ici. La confection et la
publication d’un répertoire complet, analogue à celui qui fut imprimé
naguère pour le fonds des archives de la marine également déposées
au palais Soubise, est de tout point désirable.
1T*11
Bon à tirer, 12 mai 1910.
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LES ORIGINES
DU
MONASTÈRE DE NOUAILLÉ
- _ --» > » T ♦ - -
I.
Le monastère de Nouaillè n’a pas eu la bonne fortune jusqu’à
présent de trouver un érudit pour éditer un recueil de ses chartes,
ni un historien pour raconter, en une monographie scientifique,
sa vie tout entière. Ce ne sont point les bonnes volontés qui ont
fait défaut.
Au xvii® siècle déjà, un moine de Nouaillè, D. Barnabé Du Cas,
copiait la plupart des chartes de Nouaillè et composait son Fas-
ciculus antiquitatum Nobiliacensium , qui est à la fois une
histoire du monastère et un recueil de documents ; mais l’œuvre
est restée manuscrite 1 . Quelques années plus tard, D. Ëstiennot,
1. Ce manuscrit est aujourd'hui la propriété de la Société des Antiquaires
de l'ouest. Sur ce document, voir les notes de Rédet et de Barbier de Mon-
tault dans Bulletin* de la Société de* Antiquaire* de l'ouest, 1839, p. 4, et
2* série, t. III, p. 293-29(3. On l’attribue généralement à D. Ëstiennot, et
D. Fonteneau déjà le citait sous le titre de Histoire manuscrite de Nouaillè
comme étant de cet auteur. Cependant, l’écriture ne parait pas être celle de
D. Ëstiennot, et D. Ëstiennot lui-méme, en tête de la troisième partie de
ses Antiquité* de l'Ordre bénédictin dans le diocèse de Poitiers, nous
indique ses sources et cite expressément le Fasciculus antiquitatum Nobi¬
liacensium comme l’œuvre de D. Bernard Lucas; en marge, ce dernier nom
a été corrigé, d’une autre main, en Barnabé Du Cas. II y a d'autres correc¬
tions marginales dans les Antiquités d'Estiennot; elles sont probablement
l'œuvre d’un moine de Nouaillè, car nous savons, par une lettre de D. Mabil-
lon au prieur de Nouaillè D. Jean Navières, que les Antiquités furent ren¬
voyées à Nouaillè pour y être copiées. Voir cette curieuse lettre publiée par
Barbier de Montault, Bull, de la Soc. des Antiq. de l'ouest, 2* série, t. III,
p. 293. C'est pourquoi la correction du nom de l'auteur me parait devoir être
acceptée.
1910 16
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242
LES ORIGINES DU MONAStIbE DE NOUAILLÉ.
se conformant au plan général des enquêtes bénédictines, écrivait
une histoire sommaire des abbés et transcrivait de nouveau les
chartes; il se servit, du reste, de l’œuvre de son devancier. Ce
n’est, selon l’expression de D. Mabillon 1 , qu’un « tissu de pièces >
qui se trouvaient dans les archives du monastère 2 .
Au siècle suivant, D. Fonteneau réunissait, dans sa célèbre
collection, les transcriptions de toutes les chartes de Nouaillé
qui étaient venues à sa connaissance et faisait suivre chaque
pièce d’abondants commentaires 3 . A la même époque, Gaignières
constituait son Chartularium monasterii Nobiliacensis ordi¬
nis sancti Bénédicte.
Ces documents ont été utilisés par les historiens de l’Église.
D. Mabillon s’est servi de l’œuvre de D. Estiennot dans ses
Acta sanctorum 5 et pour la rédaction de ses Annales Bénédic¬
tin t c , mais en la contrôlant et en la repensant : il a fait œuvre
personnelle et solide. L’oratorien Le Cointe était aussi amené à
parler, en passant, de l’abbaye de Nouaillé dans ses Annales
1. Mabillon, lettre au R. P. Dom Jean Navières, 29 avril 1700, loc. cit. —
L'original de cette lettre est relié avec le Fasciculus dans le manuscrit des
Antiquaires de l'ouest; l'édition de Barbier de Montault n’est pas impeccable.
2. Le titre complet est : Antiquitatum in dioecesi Pictariensi Benedictini
or du us pars IIP complectens chronica coenob. Mariaci, Kobiliaci ad Miltio-
nem, Maceriolarum ad Vigcnnam et aliorum modo asceterio Sobiliacensi
vel unilorum tel subjcctorum (Bibl. nat., lat. 12757). D. Claude Estiennot a
composé cette histoire lorsqu'il résida A Nouaillé avec le titre de sous-prieur
(juin 1674 et 1675); il l'envoya à D. Mabillon, qui la confia deux ans au prieur
de Nouaillé, D. Germain Ferrand (1675-1678), « pour en faire copie »; mais,
du jour où ce prieur la lui eut renvoyée, elle « n'est pas sortie de mes
mains », dit Mabillon en 1700. Cependant, D. Placide Porcheron, bibliothé¬
caire de Saint-Germain-des-Prés, ne sachant ce qu'elle était devenue, la
demandait A D. Estiennot, qui, de Rome, lui répondait, le 19 novembre 1686,
qu'il ne savait dire où elle était. Voir A. Vidier, Un ami de Mabillon :
D. Claude Estiennot, dans Mélanges Mabillon, p. 283, n. 3, et p. 285.
3. L'original de cette collection est conservé A la bibliothèque municipale
de Poitiers; il en existe une copie moderne partielle A la Bibliothèque
nationale de Paris. Je cite ici les documents d'après la collection de Poitiers.
4. Bibl. nat., lat. 5450. Ce cartulaire ne renferme guère que des analyses de
documents pour la partie ancienne; il contient quelques pièces originales
pour la partie moderne.
5. Mabillon, Acta sanctorum Ordinis sancti Benedicti , saec. IV, pars I*,
p. 431.
6. Mabillon, Annales Ordinis sancti Benedicti, liv. XV, n* 36; liv. XXIV,
n* 74; liv. XXVI, n» 25; liv. XXX, n* 46, etc. (t. I, p. 474-475; t. II, p. 239-
240, 307-308, 532, etc.).
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LES ORIGINES DD MONASTBRE DE NODAILLÉ.
243
ecclesiastici 1 . Mais les auteurs de la Gallia christiana étaient
les seuls à donner une histoire continue de l’abbaye, dans une
notice relativement étendue 1 2 , que l’abbé Dutems ne fit guère que
résumer dans le Clergé de France 3 . Les grands siècles de
l’érudition ecclésiastique laissaient au xix® siècle un beau sujet
à traiter. Alors M. l’abbé Dubois, curé de Mignaloux, consa¬
cra de longues années à réunir les matériaux d’une histoire de
Nouaillé 4 ; mais il mourut en 1849 sans avoir rien publié. Un autre
membre du clergé poitevin, M. l’abbé Véron, rédigea trente ans
plus tard une Histoire de Nouaillé et de ses saints , qui devait
être mise en vente par souscription « au profit du rétablissement
de la crypte de l’église abbatiale de Nouaillé > 5 ; la table seule
du livre (dont la publication resta à l’état de projet) a été livrée
au public avec le prospectus de la librairie 6 : la lecture de ce
papier commercial permet d’affirmer que la science historique
n’avait rien à perdre à ce que l’œuvre de M. Véron demeu¬
rât inédite 7 . Et voici que pour savoir quel est, au début du
xx® siècle, l’état des connaissances sur les origines de Nouaillé,
nous serions encore obligés de nous adresser à une œuvre d’en¬
semble où les faits qui concernent Nouaillé sont dispersés, à
Y Histoire générale, civile, religieuse et littéraire du Poitou
du chanoine Auber, ou à des notices sommaires ou même à des
ouvrages de piété, si les auteurs de tous ces travaux avaient,
comme ceux des siècles précédents, travaillé immédiatement sur
les sources; mais tous se rattachent plus ou moins directement
1. Le P. Le Cointe, Annales ecclesiastici Francorum, t. VIII, passim.
2. Gallia christiana, nouv. éd., t. II, col. 1237-1244.
3. Dutems, le Clergé de France ou Tableau historique et chronologique
des archevêques, évêques, abbés et abbayes du royaume (Paris, 4 vol., 1774-
1775), t. II (1774), p. 441-445.
4. Bull, de la Soc. des Antiq. de l’ouest, 1840, 2* trim., p. 43 et suiv.
5. Sur cette crypte, voir le R. P. C. de la Croix, la Crypte de téglise de
Nouaillé (Vienne), dans la Revue poitevine et saintongeaise, t. I, t882, p. 1-2.
6. Ce prospectus (4 p. in-4*) a été imprimé chez Oudin A Poitiers.
7. M. l'abbé Véron lut le chapitre de son œuvre consacré à Notre-Dame de
Montvinard à C époque païenne dans la séance de la Société des Antiquaires
de l'ouest tenue le 15 juin 1882 ( Bull. de la Soc. des Antiq. de T ouest,
2* série, t. II, p. 441). Il avait soumis le manuscrit entier de son Histoire au
chanoine Auber, l’auteur de la très médiocre compilation sur Y Histoire géné¬
rale, civile, religieuse et littéraire du Poitou, et A la Société des Antiquaires
de l'ouest. Si le premier décernait A M. Véron des éloges, la seconde se
montra peu empressée A accueillir Y Histoire de Nouaillé dans ses publications.
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2 \\ LES ORIGINES DO MONASTÈRE DE NOCAILLÉ.
à D. Mabillon ; et comme ce qu’ils ont apporté de nouveau ne
repose que sur des hypothèses ou sur des erreurs, on peut négliger
toute l’œuvre de recherches historiques entreprise au xix° siècle
sur l’histoire de Nouaillé 1 et demander à D. Mabillon ce que l’on
sait jusqu’à présent de plus exact sur les origines de cet ancien
monastère 2 .
II.
Pendant tout le moyen âge et jusqu’aux temps modernes, on
a considéré que le monastère de Nouaillé avait été instauré
par Louis le Pieux, roi d'Aquitaine, sous le règne de son père
Charlemagne : c’était déjà au xi e siècle l’affirmation d’un conti¬
nuateur d’Aimoin de Fleury 3 qui s’inspirait là de la biographie
anonyme de Louis le Pieux, dite de l'Astronome 4 . Mais les
chartes de Nouaillé s'opposaient à cette doctrine comme le
virent D. Du Cas, D. Estiennot et le P. Le Cointe; et D. Mabil¬
lon le premier allait établir l’histoire de Nouaillé sur toutes les
sources connues.
Pour l’illustre Bénédictin, l’abbaye de Nouaillé existait dès
le temps où l’évêque Ansoaldus siégeait à Poitiers, c'est-à-dire
au vu® siècle. Après avoir cité le fragment de document méro-
1. Babault de Chaumont, Notes sur l'ancienne abbaye de Nouaillé, dans
Bull, de la Soc. des Anliq. de l'ouest, 1840, p. 73-82. — De Longuemar.
Essai historique sur l'église collégiale de Saint-Hilairc-lc-Grand, dans Mém.
de la Soc. des Antiq. de l'ouest, t. XXIII, p. 177-178. — L’abbé Drochon,
Notice sur Nouaillé, dans Robuchon, Paysages et monuments du Poitou. —
Un anonyme, Nouaillé et son histoire, notice publiée, s. d. s. I., au dos
d’une gravure extraite des Paysages et monuments du Poitou. — D. Cha-
mard, Pèlerinage de. Notre-Dame de Montvinard à Nouaillé (près Poitiers).
Poitiers, 1888, in-32, 8 p. — L’abbé N. Airault, Souvenir de la fête de la
translation des reliques de saint Junien à Nouaillé le dimanche i6 août
1891. Poitiers, typ. Oudin, s. d., in-32, 20 p. (extr. de la Semaine religieuse
du diocèse de Poitiers des 9, 16 et 30 août 1891).
2. C’est ce qu’ont fait, avant nous, l’abbé Largeault, lorsqu'il commenta
les inscriptions métriques d'Alcuin pour Nouaillé, et A. de La Bouralière,
lorsqu’il composa son Guide archéologique du congrès de Poitiers, dans
Congrès archéologique de France, LXX* session (séances générales tenues à
Poitiers en 1903), p. 79.
3. Aimoin de Fleury, Historia Francorum, continuatio, liv. V, c. 8. Cf. Jean
Bouchet, Annales d Aquitaine (Poitiers, 1644, in-4*), p. 93.
4. L'Astronome, Yita Uludowici pii, dans Rec. des hist. de Fr., t. VI,
p. 95.
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LES ORIGINES DU MONASTERE DE NOUAILLÉ. 2'l5
vingien (dans lequel il reconnut le testament d’Ansoaldus 1 ) rela¬
tif à l’attribution de Mazerolles au monastère d’un certain abbé
Chroscelmus 2 , Mabillon raisonne ainsi : « Le monastère de
Nouaillé était soumis à la basilique de Saint-Hilaire, et la celle de
Mazerolles fut unie à ce monastère avant qu’il n’eût été établi
par Aton [sous le règne de Louis en Aquitaine] ; d’où il suit que
Chroscelmus était abbé du monastère auquel la celle fut remise et
que déjà le monastère de Nouaillé existait... Parmi les premiers
bienfaiteurs de cette dernière abbaye, on trouve les évêques de
Poitiers Ansoaldus, Ebarcius et Gaozbertus, cités dans un
diplôme de Louis, roi d’Aquitaine. L’antiquité de ce monastère
est par là certaine, mais sa première origine ne l’est pas. Nous
apprenons toutefois, par un jugement rendu au temps de l’abbé
Hermenbertus, qu’un certain Frotselmus donna et soumit à Saint-
Hilaire cette celle. Peut-être celui-ci était-il le fondateur du
monastère 3 . » Mais l’abbaye fut réduite avec le temps à n'être
plus qu’une petite celle « cui unicus fere sacerdos abbatis seu
rectoris titulo praeerat ». Cent ans après Chroscelmus, elle
avait à sa tête l’abbé Abbomierus, qui eut pour successeur
Hermenbertus. C’est sous l’administration de ce dernier que
l’abbé de Saint-Hilaire-le-Grand « Aton entreprit de restituer
la celle dans son état premier », au plus tard en 793 4 5 , et « de
la promouvoir au rang d’abbaye » b .
Voilà tout ce que les textes autorisaient D. Mabillon à dire.
Il n’est pas sans intérêt pour la suite de cette étude de voir ce
que sa doctrine est devenue.
III.
L’incertitude qui entoure la première fondation du monastère,
dans le système de D. Mabillon, a permis de donner à cette mai-
1. Cette attribution, acceptée par tous les éditeurs, est des plus vraisem¬
blables.
2. Pièces justificatives, n* I.
3. Mabillon, Annales Bened., t. I, p. 471-475. — D. Esticnnot (Ilibl. nat.,
lat. 12757, p. 9) fait de Chroscelmus un abbé de Mairé; mais, comme il ne
connaît pas d'autre source que le testament d’Ansoaldus, il n'y a pas A tenir
compte de cette opinion. Mairé n'a été uni à Nouaillé qu’en 830.
4. Mabillon, Ibid., t. Il, p. 307-308.
5. Mabillon, t. II, p. 532.
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246
LES ORIGINES DD MONASTÈRE DE NOOAILLÉ.
son de moines une très haute antiquité. Déjà D. Fonteneau
déclarait que probablement l’abbaye de Nouaillé « subsistoit...
depuis le vi c siècle ou environ Avec Babault de Chau¬
mont, une nouvelle précision semble acquise : « Dès le milieu
du vi° siècle, il existait sur les bords du ruisseau nommé dès lors
comme à présent le Mioson ou Miosson (Milcione) une petite
chapelle placée sur une colline et qui portait, comme de nos
jours, le nom de chapelle Sainte-Marie de Mont-Vinard. Grande
était la vénération des fidèles pour ce lieu qui est à huit kilo¬
mètres à l’est de Poitiers. Ce fut peut-être l’origine de l’abbaye
de Nouaillé... 1 2 . » Et voici alors D. Chamard qui apporte l’auto¬
rité que lui donnaient ses recherches sur l’histoire ecclésiastique
du Poitou : « Dom Estiennot, écrit-il, estime que le culte de
Notre-Dame de Nouaillé et son pèlerinage remontent au berceau
même de l’abbaye 3 . Or, l’origine du monastère de Nouaillé se
perd dans la nuit des temps. On le trouve, au vm c siècle,
dépendant de l’abbaye de Saint-Hilaire-le-Grand de Poitiers;
mais il est bien probable que cette dépendance venait de ce
qu’il avait été fondé, peut-être dès le v* ou le vi° siècle
par les moines établis sur le tombeau de l’illustre docteur des
Gaules. Peut-être même avait-il été créé plus tôt encore, comme
semblent le prouver les substructions voisines de l’église
actuelle 4 5 . » Confiant dans cette autorité, un anonyme a pu dire :
« On a des raisons de croire que Nouaillé est une des premières
fondations monastiques des Gaules et l’œuvre de saint Hilaire lui-
même, dont il porta primitivement le nom ; » et cet auteur ajou¬
tera sans hésitation que, dès 664, le monastère était assez impor¬
tant pour avoir un abbé ’. Alors D. Besse croira pouvoir dire que
1. D. Fonteneau, t. XXI, p. 26.
2. Babault de Chaumont, Notes sur l'ancienne abbaye de Nouaillé , p. 74-75.
3. Le passage de D. Estiennot, auquel D. Chamard fait allusion, est en
réalité celui de D. Du Cas : Fascicnlus antiquitalum Nobiliacensium, cap. i,
'i 2 : « In hac villula Nobiliacensi in fundo crclesiac beati Ililarii maioris
Pictaviensis ci rca annum domini scxcentesimum octogesimum constructa fuit
ccclesia sub invocationc b. Mariae seinper virginis et gloriosissimi confes¬
sons Ililarii. Cujus vero pictate sacer illc locus conditus fueril, cujusque
liberalilatc ac munilicentia dotatus, hactenus reperire non licuil » (p. 4).
4. D. Chamard, Pèlerinage de Notre-Dame de Montvinard, p. 3. — Je ne
sais & quelles substructions cet auteur fait allusion. Le R. P. de la Croix n'a
trouvé là que des murs d'époque assez basse, peut-être des vin* et ix* siècles
{Bull, de la Soc. des Antiq. de l'ouest, 3* série, t. I, 1908, p. 306-307).
5. Nouaillé et son abbaye, placard. — Cf. Drochon, Notice sur Nouaillé. —
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les origines or monastère de nouaillé. 247
* le monastère Noidgelense , dont il est question dans la vie de
saint Lubin 1 , ne peut être que celui de Nouaillé » 2 .
On a ainsi un curieux exemple des progrès à rebours dus à .
l'abus des conjectures. Il est temps de revenir à l’étude directe
des sources et de donner à l’histoire des origines de Nouaillé un
caractère plus historique.
IV.
L’existence de l’église et du monastère de Nouaillé à l’époque
mérovingienne n’est pas douteuse : un diplôme de Louis, roi
d’Aquitaine, atteste qu’en 794 l’abbé Hermenbertus a soumis à
ce prince les actes par lesquels les évêques de Poitiers, Ansoal-
dus, Ebarcius et Gaozbertus avaient uni à la celle de Nouaillé
des locella 3 . Et, comme le premier cité et le seul connu d’autre
part de ces prélats poitevins est monté sur le siège épiscopal de
Poitiers entre 672 au plus tôt et 677 au plus tard, et qu’il vivait
encore le 14 mars 697 4 , il est sûr que, dans le dernier quart du
vii® siècle, l’église de Nouaillé existait.
De La Bouralière mentionne aussi cette date de 664 : « Tout ce que l'on sait,
dit-il, c'est que, vers 664, il fut soumis A l'abbaye de Saint-Hilaire de Poi¬
tiers » ( Guide du Congrès archéologique. , p. 79). Cette date est le résultat
d’une méprise assez singulière. D. Mabillon [Annales Rened., t. I, p. 474) a
cru pouvoir identifier l'évêque irlandais Romanus, mentionné dans le testa¬
ment d'Ansoaldus, avec un prêtre irlandais dont parle Bède le Vénérable A
l’année 664, et alors, sous cette date mise en marge, il rapporte l'acte d'An¬
soaldus et le commente sans prétendre aucunement placer en cette année les
données qui concernent Nouaillé. — Il semble d'ailleurs que D. Mabillon
avait commis ici une erreur sur la personne. Voir, sur cette question, Joseph
Tardif, les Charles mérovingiennes de l'abbaye de Noirmoulier (Paris, 1899,
in-8% extr. en partie de la Nouvelle Revue historique du droit français et
étranger , t. XXII), p. 1S, et spécialement notes 3 et 4.
1. Pseudo-Fortunat, VUa Leobini, g 1, éd. Krusch, Mon. Germ. hist ., Auc *
tores anliquissimi , t. IV, 2* partie, p. 73 : « monachum Noidgelensera. »
2. Dom Besse, les Moines de l'ancienne France (pétiode gallo-romaine et
mérovingienne), p. 159. — Philologiquement, Noidgelum n'a aucun rapport
avec les formes anciennes du nom de Nouaillé : Nobiliacus, Noviliacus,
Novaliacus. S'il nous avait été donné de suivre pas A pas l'histoire d'un
monasterium Noidgelense, cette histoire nous aurait conduit vers Nueil-sous-
Faye, Nieuil-l'Espoir ou Nieuil-sur-l’Autise, tous trois en Poitou (les deux
premiers dans le département de la Vienne, le troisième en Vendée), bien
plutôt que vers Nouaillé.
3. Pièces justificatives, n* VI.
4. Joseph Tardif, les Chartes mérovingiennes de l'abbaye de Noirmoulier, p.14.
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m
LES ORIGINES Dü MONASTÈRE DE NOUAILLÉ.
C’est peut-être au testament d’Ansoaldus que le document
précédent fait allusion : ce testament, que l’on conservait dans
le chartrier de l’abbaye, est d’une telle importance ici que nous
traduisons fidèlement la partie qui intéresse notre sujet : « J’ai
trouvé la celle de Mazerolles-sur-Vieune déserte, inhabitée,
improductive. Nous l’avons fait ensuite restaurer entièrement.
J’y plaçai comme recteur le saint pèlerin de Dieu, l’évêque
Romanus, de race irlandaise, avec ses compagnons; et j’avais
décidé que ces étrangers y demeureraient toujours. Mais après
la mort du saint homme de Dieu, — et comme il n’y avait per¬
sonne parmi ses compagnons en état de gouverner la congré¬
gation, — pour que l’œuvre accomplie ne pérît pas, j’ai recom¬
mandé cette petite celle à notre vénérable frère en Christ l’abbé
Chroscelmus et je l’ai unie à son monastère afin que tous trouvent
dans cette union la consolation de mieux servir Dieu 1 . »
Les termes mêmes dans lesquels ces choses sont dites ne sont
pas indifférents : tandis que le diplôme royal parle des « con-
junctiones » accomplies par les évêques, Ansoaldus dit de son
côté : « Ipsam cellulam... suo monasterio conjunxi. » En
outre, Mazerolles, dont le nom disparaît des documents jusqu’au
x° siècle, reparaît en 964 toujours au nombre des domaines de
Nouaillé’ 2 ; et nous savons pertinemment que, dès le vm“ siècle,
ce monastère possédait d’autres biens que celui-là dans cette
même région de Lussac-le-Chàteau 3 . Le fait, enfin, qu’on gardait
dans les archives de Nouaillé un exemplaire du testament d’An¬
soaldus vient s’ajouter aux indices précédents pour fournir une
nouvelle présomption favorable à l’assertion de D. Mabillon que
le monastère de Chroscelmus est bien Nouaillé. Mais il est un
autre argument qui me parait aussi pouvoir étayer cette opinion
et qui permet dans une certaine mesure de préciser l’époque de
la fondation.
1. Pièces justificatives, n* I. — L’union du monastère et de la celle de
Mazerolles, étant postérieure à la mort de l’évéque-moine irlandais Romanus,
ne saurait être antérieure au 1" avril 678, puisque, à celle dernière date,
Romanus souscrivait encore l'un des actes d’Ansoaldus (J. Tardif, op. cit.,
p. 28, n* II). Cela permet de resserrer les dates extrêmes entre lesquelles le
testament de l’évèque de Poitiers fut rédigé.
2. Charte citée par L. Rédet, Dictionnaire topographique de la Vienne,
v Mazerolles.
3. Pièces justificatives, n* IV.
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LES ORIGINES DD MONASTERE DE NOUAILLÉ.
249
Dans un accord intervenu entre Hermenbertus de Nouaillé
et un adversaire des droits du monastère, le premier de ces deux
personnages invoque le testamentum, acte de dernières volontés
ou simple donation, de Frotselmus 1 . Quoique le texte de cette
notice soit mutilé, il semble bien que, par son acte, Frotselmus
avait attribué au temporel de Saint-Hilaire les bois de Marnay
et d’Artron en même temps qu’il soumettait la celle de Nouaillé
à la basilique; et, depuis lors, les prédécesseurs d’Hermenber-
tus avaient toujours été investis de la celle et des bois : per¬
sonne n’avait contesté aux hommes de Saint-Hilaire, de Nouaillé,
de Marnay ou d’Artron, le droit de mener leurs bêtes au pacage
dans ces bois. C’est ainsi que D. Mabillon entendait ce texte 2 :
avec sa sagacité habituelle, il en a conclu que Frotselmus pou¬
vait être le fondateur du primitif monastère de Nouaillé puisque
seul le fondateur eût eu le droit de disposer de cet établisse¬
ment monastique comme de sa propriété, dans le cas présent.
Le rédacteur de l’acte parle du testament de Frotselmus
comme d’un document de notoriété publique ; et les contemporains
étaient, comme nous, censés connaître ce Frotselmus, qui nous
est, à nous, en réalité inconnu. Son nom même ne nous est pas
parvenu exactement orthographié : si D. Estiennot a lu Frot¬
selmus, D. Fonteneau le corrige et lit Frotfelmus. Frotselmus
(ou Frotfelmus) peut désigner l’abbé Chroscelmus : on a souvent
signalé que, sur les monnaies au vu 0 siècle et dans les textes au
ym c , l’aspiration germanique initiale des noms propres, rendue
par Ch devant les consonnes continues liquides, l et r, s’est
transformé souvent en F au lieu de s’adoucir en H ou de dis¬
paraître. Ainsi, on eut Flodoaldus pour Chlodoaldus, Frodo-
lenus pour Chrodolenus , Frodinus pour Chrodinus, etc.; et
le radical du nom de Floovent, héros d’une chanson de gestes,
est emprunté au nom d'un Chlodovechus.
Si l’on admet la possibilité de cette identification, la conjecture
de Mabillon tire une force nouvelle du texte d’Ansoaldus : ipsam
cellulam venerabili in Christo fratri nostro Chroscelmo
àbbati commendavi suoque monasterio conjunxi , parce qu’a-
lors l’évêque de Poitiers ne veut pas dire seulement qu’il a uni
la celle de Mazerolles au monastère dont Chroscelmus est abbé,
1. Pièces justificatives, n* III.
2. Voir plus haut, p. 245.
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250
LES ORIGINES DO MONASTERE DE NOUAILLÉ.
mais qu’après avoir recommandé la petite congrégation irlan¬
daise à l’abbé Chroscelmus, il a réuni Mazerolles au monastère
fondé par celui-ci, à « son monastère ». D’où il résulterait que
le titre d’abbé donné à Chroscelmus ne lui serait pas nécessai¬
rement attribué en sa qualité de supérieur de Nouaillé : l’abbé
Chroscelmus devait être, en effet, abbé de Saint-Hilaire-le-Grand,
car le monastère fut construit sous le vocable de saint Hilaire 1 2 ,
en l’honneur de la Vierge*, sur des biens de Saint-Hilaire. Arrivé
à ce point, nous ne pouvons pas ne pas songer à un cas abso¬
lument analogue : une trentaine d’années plus tôt, en 651,
l’abbé de la basilique Saint-Aignan d’Orléans, Leodeboldus, fon¬
dait à Fleury-sur-Loire un monastère qu’il dédiait à saint
Pierre 3 . Ainsi s’expliquerait fort naturellement la dépendance de
Nouaillé à l’égard de Saint-Hilaire-le-Grand, puisque nous appre¬
nons, par le cas même de Mazerolles, que l'union des petits
monastères sous l’autorité d’un abbé, sans doute puissant, était
un moyen d’assurer l’avenir des instituts qui, dans l’isolement,
n’auraient peut-être pas échappé à la ruine ou à une subversion
irréparable.
Ainsi, les textes conduisent à affirmer l’existence de Nouaillé
à une date comprise entre 678 et 697 et laissent entrevoir
entre le célèbre monastère de Saint-Benoît-sur-Loire et le
monastère de Nouaillé une certaine communauté d’origine dans
le même siècle.
V.
La question est de savoir si cette dépendance de Nouaillé à
l’égard de Saint-Hilaire dès le principe est contredite par quelque
texte ou quelque conjecture fondée sur un témoignage. Les
auteurs anciens n’ont pas abordé de front ce problème. Mais,
1. Pièces justificatives, n* VIII : « Monaslerium ... de ratione sancli Hilarii
et in suo sancto Domine editum. » La similitude du vocable a souvent été
signalée par les historiens de l'Église comme une preuve de dépendance ori¬
ginelle d'un prieuré à l’égard de son abbaye.
2. Voir plus loin, g VI.
3. Leodeboldus, Testamentum, éd. M. Prou et A. Vidier, Recueil des
chartes de l'abbaye de Saint-Benoit-sur-Loire, t. I (Documents publiés par
la Société historique et archéologique du Gâtinais, t. V), p. 5. — Saint-
Aignan était une senior basilica comme Saint-Hilaire de Poitiers, Saint-Mar-
lin de Tours, etc., et on y trouve, comme dans ces deux églises, des chanoines.
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LES ORIGINES DD MONASTÈRE DE NOUAILLÉ.
251
sans vouloir leur prêter une opinion qu’ils n’ont peut-être pas
eue, je crois utile d’examiner ici l'objection qu’on pourrait tirer
du fait que D. Mabillon a admis l’existence d'abbés propres à la
congrégation de Nouaillé avant la réforme du vin® siècle 1 : la
présence d'un abbas pourrait indiquer un certain degré d’indé¬
pendance.
Les seuls abbés dont l’historien bénédictin ait rencontré les
noms sont Chroscelmus pour le vu® siècle et un certain Abbo-
mierus, prédécesseur d’Hermenbertus, mentionné dans une
charte de décembre 780 : « Decessor ipsius Abbomiere abba 2 . »
Pour l’abbé du vu® siècle, nous venons de voir qu’il y a doute
sur sa qualité d’abbé propre à Nouaillé. Pour celui du vm® siècle,
il faut faire de plus expresses réserves encore.
Je dois dire immédiatement que le texte est assez obscur pour
autoriser le P. Le Cointe à faire de cet Abbomierus un abbé de
Saint-Hilaire, et que les auteurs de la Gallia christiana consi¬
dèrent ce mystérieux personnage comme le prédécesseur non
d'Hermenbertus, mais d’un autre individu, Abolomierus, qui
aurait été co-abbé de Nouaillé avec Hermenbertus 3 . Une telle
diversité d'interprétations prouve jusqu’à l’évidence que le texte
doit être examiné de très près.
Le 1 er décembre 780, qui était un vendredi, le comte Abbon
et l’abbé Jepron 3 tenaient un plaid à Poitiers. Abolomierus inter¬
vint ce jour-là au procès qu’un certain Gratianus soutenait
contre Hermenbertus de Nouaillé. Ce dernier revendiquait le
domaine de Jassay qui était du temporel de Nouaillé et que Gra-
1. Mabillon, Annales Bened., t. II, XXVI, n* 25 : « Ejus loci abbas post
medium saeculum septimum fuisse videtur Chrocelmus, a nobis suo loco lau-
datus; et post annos fere centum Abbomierus, a quo Gratianus quidam
praedium Jaciacum per commutationem comparatum fuisse contendebat »
(p. 307). — Cf. D. Fonleneau, qui, à propos de notre deuxième pièce justifi¬
cative, écrit : « 11 paraît par cette charte et par plusieurs autres que le
monastère de Noaillé subsistoit déjà depuis longtemps. Il n'avoit plus en 780
le titre d'abbaye, mais il l'avoit eu auparavant, voiés la charte du mois de
décembre 780 » (t. XXI, p. 26). La charte à laquelle D. Fonteneau nous ren¬
voie est celle à laquelle D. Mabillon fait allusion et dont nous allons nous
occuper; mais notons qu'il n'y est pas question d'une « abbaye > de Nouaillé,
et que la qualité d’abbaye est tirée de la mention « decessor ipsius Abbo¬
miere abba », qui est en question.
2. Pièces justificatives, n* V.
3. Jepron et Aepron, nom qui apparaît dans une charte de même époque
{Pièces justificatives, n*IV), sont, d’après Mabillon, des déformations du nom
d’Aper, abbé de Saint-Hilaire.
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252
LES ORIGINES DU MONASTERE DE NOUAILLÉ.
tianus détenait. « Abolomierus adyenit et concambium de nomi-
nato Gratiano ibidem praesentavit quomodo decessor ipsius
Abbomiere abba prout Gratiano ipsum locellum concamiaverat. »
De quelque façon qu’on retourne le texte, on éprouvera
quelque difficulté à faire du « decessor ipsius Abbomiere abba »
un prédécesseur d’Hermenbertus. D’autre part, la qualité d’abbé
donnée à ce « decessor ipsius » conduirait assez logiquement à
appliquer le pronom démonstratif à une personne déjà nommée
avec le titre d’abbé, c’est-à-dire à Jepron (ou Aper) : c’est ainsi
que Le Cointe a dû traduire pour faire d’Abbomierus un abbé de
Saint-Hilaire-le-Grand. Mais les auteurs de la Gallia sont dans
la logique grammaticale de ce texte barbare quand ils rapportent
« ipsius » à Abolomierus; et cela d’autant plus sûrement que
« Abbomiere » est le résultat évident d’une cacographie. Ce nom
propre est, en effet, à un cas-complément et non au cas-sujet
que comporte le mot « abba » ; or, l’emploi fréquent que le rédac¬
teur de l’acte a fait du pronom ipse suivi d’un nom qu’il régit
autorise à supposer que « Abbomiere » résulte d’une mauvaise
transcription d’« Abolomiere » (pour Abolomieri) 1 . Le sens du
passage est alors celui-ci : « Abolomierus vint et présenta l'acte
d’échange du nommé Gratianus, en vertu duquel l’abbé prédé¬
cesseur de ce même Abolomierus, agissant ès qualité, avait
échangé à Gratianus ce lieu même. »
La suite du texte ne permet en aucune façon de croire qu’Abo-
lomierus et son prédécesseur anonyme aient eu des attaches
avec Nouaillé; Herraenbertus opposa au document produit la
notice d’un jugement qui établissait les faits suivants : après
l’échange fait à Gratianus, les clercs de Saint-Hilaire s’étaient
pourvus par-devant le prince Waïfre pour réclamer, au nom de
Nouaillé, le domaine de Jassay que Gratianus possédait contre
tout droit; l’un d’eux, Uncgarius, avait présenté au prince le
testamentum d’un certain Hernobertus antérieur à la cession de
ce domaine : c’était le titre de propriété de Saint-Hilaire-sur-
Jassay. Après examen de ce testament, Gratianus n’avait pu
garder Jassay : par la remise de gages, il avait rendu cette celle
avec toutes ses dépendances à Saint-Hilaire et il avait donné
1. Une autre charte de Nouaillé présente un cas absolument semblable de
cet emploi d 'ipse au génitif suivi d'un ablatif qu’il commande : « post mor-
lem ipsius Frotselmo » ( Pièces justificatives, n* III).
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LES ORIGINES DU MONASTERE DE NOUAILLÉ. 253
pour elle des fidejusseurs à Uncgarius. Les juges de 780 mirent
l’affaire en délibéré et le jugement fut renvoyé au premier jour
que le comte tiendrait ses assises à Poitiers : Abolomierus s’en¬
gageait, pour résoudre cette affaire, à se rencontrer de nouveau
avec Hermenbertus et le représentant de Saint-Hilaire.
Ainsi, Abolomerius nous apparaît comme l’abbé d’une église
dont le nom ne nous est pas livré 1 et comme le successeur de
celui qui avait transmis à Gratianus le domaine de Jassay
qu’Hermenbertus revendiquait pour la celle de Nouaillé et que
déjà Gratianus avait pris l'engagement de restituer, sans, du
reste, comme il semble bien, avoir tenu sa promesse. En dernière
analyse, le procès se réduisait à décider laquelle des deux, ou de
l'église d’Abolomierus ou de la congrégation san-hilarienne, était
légitime propriétaire de Jassay avant la cession faite à Gratia¬
nus : c’est pourquoi Abolomierus, qui intervenait en qualité de
tiers et de témoin le 1 er décembre 780, comparaîtra comme par¬
tie au prochain plaid.
Donc, nous ne trouvons pas d’abbé à Nouaillé au vin® siècle;
au contraire, dès que les textes sont précis, ils nous montrent
le monastère soumis à la grande basilique poitevine : en 780,
Nouaillé est un prieuré, une celle qui est dite « de ratione sancti
Hilarii » et qui est gouvernée, administrée par un obédiencier
de Saint-Hilaire. Ce prêtre, nommé par l’abbé de la basilique,
porte le titre de recteur, que nous lui conservons parce qu’il est
difficile de traduire ici le mot rectoi' par abbé. U semble bien
que cette condition remonte jusqu’aux premiers temps du monas¬
tère où Frotselmus investit le premier des prédécesseurs d’Her¬
menbertus de la celle et de ses dépendances 2 .
1. Inutile d’ajouter que rien n’autorisait les auteurs de la Gallia christiana
à faire d’Abolomierus un co-abbé d’Herinenbertus. Ici, il apparaît nettement
comme un adversaire des droits de Nouaillé. Ailleurs (Pièces justificatives,
n* IV), un clerc, Arembertus, qui appelle l’abbé Aepron « son seigneur », ce
qui fait de lui-méme un clerc d’un prieuré de Saint-Hilaire, de Nouaillé,
revendique au nom de Nouaillé un bien sis à Lussac contre les hommes de
ce même Abolomierus.
2. Pièces justificatives , n* III. Un certain N. avait osé chasser des bois de
Marnay et d’Artron les porcs des hommes de Saint-Hilaire. Dans la suite,
Constantin, prévôt ou prieur de Nouaillé, avait du reconnaître à N. quelques
droits sur ces bois, puisque celui-ci prétendait maintenant en faire « son
alleu »; ce qui provoque la plainte en justice d’Hermenberlus. On pourrait
être tenté de voir dans ce prévôt un prédécesseur de Hermenbertus; mais
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254
LES ORIGINES DU MONASTÈRE DE NOUAILLÉ.
YI.
La basilique primitive du monastère de Nouaillé fut dédiée à
Notre-Dame, et la Vierge fut l’objet d’un culte tout spécial à
Nouaillé dans la suite. Alcuin est notre premier garant : « Ces
lieux que tu vois, ô lecteur, dans la nef de cette église véné¬
rable, avaient été jadis une église. Mais le pieux père et pasteur
Aton la fit surgir de terre, cette église, parce qu’il t’aima d’un
amour infini, ô Vierge Marie, mère immaculée du Dieu tonnant,
toi la reine du ciel, suprême espérance de notre vie ! Pour qu’un
culte t’honore et garde en ce lieu ta mémoire, veille sur les ser¬
vantes et serviteurs de Dieu qui te prient avec leur piété accou¬
tumée, ô la plus douce des vierges 1 ! » Cette inscription, que
D. Mabillon 2 et, après lui, Duemmler et l’abbé Largeault ont
attribuée à l’église de Nouaillé, est en quelque sorte confirmée
par des documents contemporains et postérieurs. Elle est, en
effet, accompagnée, dans les manuscrits, d’autres inscriptions
pour le réfectoire des moines, pour le dortoir, pour l’hôtellerie
et pour l'infirmerie 3 . Or, l’abbé Aton de Saint-Hilaire-le-Grand
nous enseigne qu’il avait fait reconstruire le monastère de
Nouaillé : « Aliquod monasterium, cujus vocabulum est Nobi-
Mabillon a probablement raison de le considérer comme un subordonné de ce
recteur {Annales Bened., t. II, p. 287), et ce serait la souscription de ce per¬
sonnage qu’on trouverait, sans son titre, au bas de l'acte.
1. Alcuin, Carmina, XCIX, xn : « Haec loca quae cernis, lector, venerabilis
aulae | parti bu s ecclesiae, fiierant ecclesia quondam. | Sed pater et pastor
supplex Ato sustulit ista | e terris, quoniam nimio dilexit amore, | virgo
Maria, Dei genitrix lu intacta tonantis, | tu regina poli, vitae spes roaxima
nostrae : | ut tibi cultus, honor tierel meinorabilis isthic, | tu quoque respi-
ceres solita pietate precantes | hic famulas famulosque Dei, mitissima
virgo. | Tu precibus nostris semper clementer adesto, | atque dies nostros
precibus rege semper ubique, | ut nos conservet Jesu pia gratia Christ! »
(éd. Duemmler, Mon. Germ. hisl ., Poetae latini aevi carolini, t. I, p. 325).
2. Mabillon, Acta sanclorum Ordinis sancli Benedicti, saec. IV, pars I*,
p. 431; Annales Bened., t. II p. 307.
3. Voir l’intéressant commentaire qui accompagne le texte de toutes ces
inscriptions dans Alfred Largeault, Inscriptions métriques composées par
Alcuin à la fin du VHP siècle pour les monastères de Saint-Hilaire de
Poitiers et de Nouaillé, dans Mém. de la Soc. des Antiq. de l'ouest , 2* série,
t. VU, 1884 (Poitiers, 1885, in-8‘), p. 271-283.
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LES ORIGINES DG MONASTÈRE DE NOGAILLÈ.
255
liacus... ipsum renovavimus 1 . » Et, enfin, il est incontestable
que la Vierge fut, après cette.restauration, encore l’objet d’un
culte assez important pour que son patronage éclipsât celui de
saint Hilaire, dont le vocable avait été laissé au monastère 2 , et
contrebalançât pendant quelque temps celui de saint Junien,
qui finit par l’emporter 3 . Mais ce culte, pour être aussi ancien
que le monastère, ne semble pas lui avoir été antérieur dans la
région 4 .
1. Pièces justificatives, n* Vin.
2. Translatio sancli Juniani, 2 : « Inlatum est corpus ejus in basilicam
beati Hilarii, quam idem venerabilis abbas (Godolenus) mira operis pulchri-
tudine construiit » (Mabillon, Acta sanctorum Ordinis sancli Benedicti,
saec. IV, pars I*, p. 433; cf. Le Cointe, Annales eccles. Franc., t. VIII,
p. 60). — Charte de 868 : « inonasterium Nobiliacum in honorem sancti
Hilarii construclum, ubi sanctus Junianus umato quiescit corpore, super
amnern Miltionem. » — Charte de 901 : « monaslerium sancti Ilari de Nubi-
liaco. » — Ces deux chartes inédites sont citées par Rédet, Dict. lopogr. de
la Vienne , v* Nouaillé. Elles permettent d'affirmer que D. Mabillon a eu
tort d’interpréter le texte de la translation de saint Junien en ces termes :
« Id est, in basilicam abbatiae sancti Hilarii subjectam; nam ecclesia Nobi-
liacensis beatae Mariae sacrata erat, saltem ab instauratione per Atonem
facta, ex vetustis chartis et ex versibus Alcuini » ( Acta sanctorum Ordinis
santi Benedicti, saec. IV, pars I*, p. 433, n. b).
3. Charte de 912 : « monasterium Nobiliacense in honorent sancte Marie et
sancti Juniani construclum, in pago Pictavo, infra quintam ipsius civitatis »
(Rédet, Dict. lopogr. de la Vienne , v* Nouaillé). — L'importance prise au
x* siècle par le vocable ancien de Notre-Dame coïncide avec l'apparition du
culte de la Vierge à Montvinard. En janvier 906, le roi de France, Charles le
Simple, confirme & l'abbaye la possession du domaine de Montvinard, « pre-
diuin sancti Juniani quod nuncupatur Monte Vinardo » (D. Fonteneau, t. XXI,
p. 175; cité par Rédet, op. cil., v 1 ' Montvinard et Nouaillé, et par D. Cha-
mard. Pèlerinage de Notre-Dame de Montvinard, p. 3). Il n'est pas encore
question de l'église de Montvinard. En décembre 934, cette église est men¬
tionnée pour la première fois : < Ecclesia beatae Mariae, sita in loco qui dici-
tur Mons Vinarius, ex poteslate Nobiliacensis monasterii » (D. Fonteneau,
t. XXI, p. 243; cf. Rédet et D. Chamard, loc. cil.). — Les recherches archéo¬
logiques du R. P. de la Croix ont établi que celle chapelle était bâtie sur
l’emplacement d’un petit fanum romain et qu elle remontait à l'époque caro¬
lingienne (Bull, de la Soc. des Antiq. de l'ouest, 3* série, t. I, 1908, p. 306-
307). C'est probablement de ce temple romain que provient la colonne antique
qui se trouve dans le déambulatoire nord de l’église de Nouaillé.
4. Voir la note précédente. — D. Chamard a dit de son côté : « 11 est pro¬
bable que c’est dans l'église même de l'abbaye de Nouaillé que l'on honorait
à l'origine la Très Sainte-Mère de Dieu » (Pèlerinage de Notre-Dame de
Montvinard , p. 3). Voir plus haut (p. 246) une opinion contraire de Babault
de Chaumont.
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256
LES ORIGINES DD MONASTÈRE DE NOUAILLÉ.
VII.
Le prieuré possède des biens dont la gestion et la défense
sont confiées au recteur : il est incontestable que Saint-Hilaire
de Poitiers et Saint-Hilaire de Nouaillé avaient des menses sépa¬
rées, car nos sources distinguent les partes de l’abbaye et les
partes de la celle 1 2 . Mais il n’est pas moins certain que l’abbaye
avait une sorte de droit éminent sur les biens de son prieuré ;
la celle et toutes ses dépendances appartiennent aux < partes
sancti Hilarii », sont « de racione sancti Hilarii »♦. La petite
congrégation ne conserve que la possession avec usufruit de ses
biens, mais la propriété a passé à l’abbaye ; le recteur, même s’il
agit au nom de sa petite congrégation, ne peut aliéner définiti¬
vement des domaines du prieuré sans l’assentiment de l’abbé.
Au contraire, celui-ci doit pouvoir, je ne dis pas distraire sans
compensation, mais échanger des domaines au mieux des inté¬
rêts dont il a la garde et toute la responsabilité.
D. Fonteneau a soutenu une théorie contraire : <t Ce petit monas¬
tère a voit des biens particuliers, — distincts et séparés de ceux
de Saint-Hilaire. Les moines de Saint-Hilaire ne pouvoient pas
s’en emparer d’autorité, il falloit un consentement du supérieur
de ce petit monastère quand il étoit question de faire quelque
échange; en effet, les biens qui avoient été donnés à Noaillé
n’avoient pas été donnés à l’abbaye de Saint-Hilaire. Il en étoit
des biens de Noaillé par rapport à l’abbaye de Saint-Hilaire
comme de ceux des prieurés des différentes abbayes. Les prieu¬
rés en général appartenoient à ces abbayes, mais les biens de
chaque prieuré n’appartenoient pas tellement aux abbayes,
qu’elles eussent la liberté de les démembrer et de les affecter à
d’autres prieurés; ç’auroit été contre les intentions des fonda¬
teurs. Les abbayes avoient l’usufruit de ces biens, c’étoit à quoi
se bornoit leur autorité 3 . »
Laissons aux textes le soin de départager les deux théories
fondées, l’une et l’autre, sur eux. En juillet 780, l’abbé
de Saint-Hilaire, Aper, procède à une mutation de biens et de
serfs entre son abbaye et la celle de Nouaillé; nous devons,
1. Pièces justificatives, n“ II et III.
2. Ibid., n” III, VI et VIII.
3. D. Fonteneau, t. XXI, p. 25.
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LES ORIGINES DÜ MONASTERE DE NOCAILLÉ. 257
d’après D. Fonteneau, trouver le consentement exprès de Her-
menbertus, supérieur de Nouaillé. Ce consentement nous le
cherchons en vain. L’acte abbatial n’est pas un simple échange
conclu entre deux parties traitant sur le pied d’égalité, c’est aussi
et surtout une redistribution de biens faite par l’abbé de sa propre
autorité, selon son bon plaisir : « Placuit nobis ut aliquas reicu-
las monasterii ex cella Novaliacinse... conmutare deberemus 1 . »
L’abbé dispose ici en pleine indépendance : voilà le droit. En
fait, l’acte est probablement sorti des délibérations du chapitre
dont les membres ont signé après l’abbé ; mais la décision est
prise par l’abbé qui est seul responsable. Il n’est fait aucune
mention d’une requête du supérieur de Nouaillé, et celui-ci
n’est même pas appelé à souscrire le document, à donner une
adhésion quelconque aux résolutions prises. Même si l’on sup¬
pose que le recteur de la celle ait été consulté, ou qu’il ait
pris l’initiative de la proposition, — hypothèse gratuite quoique
très vraisemblable, — cela ne porte pas atteinte au droit qui
est ici dans les formules et non dans des conjectures. Et cela
s’accorde avec la conception qu’on pouvait se faire a priori
des choses : l’affectation des biens est un acte d’administration
intérieure.
De même, lorsque plus tard l’abbé Aton rend à Nouaillé les
domaines de Jouarenne et de Chaunay qui avaient été distraits du
temporel de la celle, il se contente de dire : « Locella, quas a
longo tempore ex ipso fuerant ablata. » Il ne dit pas que cette
soustraction a été faite indûment, — ce qu’on n’oublie pas géné¬
ralement d’exprimer quand on répare une injustice : l’aveu de
la faute et la réparation du tort causé sont actes louables. Ici
l’abbé opère la restitution parce qu’il faut assurer la subsistance
des moines bénédictins qu’il vient d’y installer, « propter néces¬
sitâtes monachorum et pauperum subplendas » 2 : c’est donc
encore un acte d’administration intérieure.
Mais quand un des biens affectés à Nouaillé est arraché à la
congrégation san-hilarienne, c’est au recteur de la celle qu’il
incombe d’en poursuivre la revendication parce que, en deve¬
nant recteur, il a pris en charge toutes les dépendances du
prieuré et qu’il en doit compte à l’abbé et à la congrégation tout
1. Pièces justificatives, n* II.
2. Ibid., n* VIII.
1910 17
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258
LES OBIGINES DU MONASTÈRE DE NOUAILLÉ.
entière : c’est ce qu’exprime Hermenbertus lorsqu’il expose que
les prieurs sont en quelque sorte investis des biens du temporel
de Nouaillé 1 . 11 agit en qualité de représentant des intérêts de
la congrégation entière, et, à son défaut, c’est un « missus de
partibus sancti Hilarii » qui le suppléera 2 : ainsi le supérieur de
Nouaillé, Hermenbertus, comparaît en personne dans les procès
du 17 novembre et du 1 er décembre 780 3 ; mais, le 18 novembre
780, c’est un fondé de pouvoirs qui plaide contre Abolomierus,
le clerc Arembertus qu’on a eu tort d’identifier quelquefois avec
le prêtre Hermenbertus 4 .
Nous sommes bien imparfaitement renseignés sur l’importance
du temporel de Nouaillé à la fin du viii® siècle. La celle, en
dehors de ses terres de Nouaillé, gardait encore sans doute
Mazerolles avec ses dépendances 5 ; on venait de lui enlever ce
qu’elle possédait à Bonneuil, à Cambon et à Joussé pour lui
donner, en compensation, d’autres biens sis en un lieu dont le
nom ne nous est pas parvenu en entier 6 ; elle revendiquait aussi
la propriété des bois de Marnay et d’Artron qui faisaient partie
de la dotation primitive du monastère 7 , d’un manse à Lussac 8 ,
du domaine de Jassay 9 qu’elle cherchait à recouvrer depuis plus
de douze ans 10 . Mais il n’est pas sûr que déjà Nouaillé fût entré
en possession des biens sis à Le-Pin-Saint-Denis et réclamés, le
lundi 27 avril 795, par Odascira, avoué d’une femme Abisana
et de son fils Condraldus, à un certain Faramundus 11 . Enfin,
elle avait possédé les domaines de Jouarenne et de Chaunay 12 qui
lui furent rendus au moment où l’abbé Aton opéra la réforme -
que nous allons maintenant étudier et qui clôt l’histoire primi¬
tive de Nouaillé.
1. Pièces justificatives, n° III.
2. Ibid., n* V.
3. Ibid., n" III et V.
4. Ibid., n* IV. Voir plus haut, p. 253, n. 1.
5. Ibid., n* I. Voir plus haut, p. 248.
6. Ibid., n* II : « ... danitus. »
7. Ibid., n* III. Voir plus haut, p. 249.
8. Ibid., n* IV.
9. Ibid., n* V. Voir plus haut, p. 251 et suiv.
10. Waifre, devant qui fut primitivement portée l'aflaire, est mort en 768.
11. Pièces justificatives, n* VU. — Pour la date, voir la note relative au
texte, p. 290, n. 2.
12. Ibid., n* VUI.
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LES ORIGINES DU MONASTERE DE NOUAILLE.
259
VIII.
Il est possible, — mais les textes ne le laissent pas découvrir
de manière à mettre le fait hors de contestation, — que le
monastère de Nouaillé ait été construit pour abriter des moines
qui, comme ceux de Fleury-sur-Loire, fussent soumis à la règle
de saint Columban et de saint Benoît; on tire une présomption,
assez faible du reste, de ce que l’évêque Ansoaldus unit le monas¬
tère fondé pour les moines irlandais de Romanus à Nouaillé ; la
similitude de la règle suivie dans les deux établissements serait
une raison du choix de l’évêque.
La décadence de Nouaillé au vni® siècle n’aurait pas fait sor¬
tir les habitants du petit monastère de la grande famille bénédic¬
tine si l’on en croit le dernier historien qui a traité de l’histoire
de Saint-Hilaire-le-Grand et qui s’est efforcé de montrer que
l’abbaye de Saint-Hilaire, dont Nouaillé n’avait pas cessé de
dépendre, avait conservé le caractère d’un institut bénédictin 1 ;
et D. Fonteneau sait aussi qu’à Saint-Hilaire on pratiquait la
règle de Saint-Benoît 2 .
Qu’on me permette de passer rapidement en vue leurs argu¬
ments. Voici comment s’exprime D. Chamard : « Fondées sur
les tombeaux et aussitôt après la mort des deux illustres pon¬
tifes leurs patrons, les deux abbayes de Saint-Martin de Tours
et de Saint-Hilaire de Poitiers ont eu à peu près les mêmes des¬
tinées au point de vue monastique. Que l’abbaye de Saint-Mar¬
tin de Tours ait été jusqu’au ix e siècle habitée par des moines,
c’est une vérité péremptoirement démontrée par Mabillon 1*1.
D’autre part, voici les preuves qui démontrent l’origine monas¬
tique de Saint-Hilaire. Au commencement du vr® siècle, on l’ap¬
pelait monasterium sancti Hilarii ; les frères ( J fpatres ) avaient
pour abbé un moine. On y pratiquait dès lors la vie monas-
1. D. Chamard, Histoire ecclésiastique du Poitou , t. I. Poitiers, 1874,
in-8* ( Mim . de la Soc. des Antiq. de l'ouest, t. XXXVII).
2. D. Fonteneau, t. XXI, passim.
[3]. Ann. Bened., lib. I, 20; VIII, 31; X, 57; XVII, 46; XIX, 59; XXVI.
n # 47, ann. 7%, déjà observance relâchée, n* 12, ann. 791 : dès cette époque,
un petit nombre se disaient moines; XXVIII, n* 10, ann. 813, 87, 178,
ann. 818 : sécularisation. — Je reproduis sous une numérotation entre cro¬
chets les notes de D. Chamard.
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*260
LES ORIGINES DD MONASTERE DE NOÜÀILïi.
tique 0). Saint Achard fut confié Ansfrido Pictavis ex monaste-
rio beati Hylarii coenobito justo Donc, au commencement
du vu 0 siècle, des cénobites habitaient l’abbaye. A la fin du
même siècle, même observation W. Au mois de juillet 768, le roi
Pépin dit encore : Bertinus abba de monasterio sancti Hila-
rii patroni nostri Pictavis civilate ... abba suique monà-
chiM. En juillet 780, ces moines ne prennent déjà plus ce
titre dans leurs signatures 151 . Enfin, en mai 808, c’est-à-dire à
la même époque à peu près qu’à Saint-Martin de Tours, la règle
de saint Benoît y est abolie. Les uns se retirent à Nouaillé pour
y conserver l’observance monastique, et les autres qui restent
dans l’abbaye revêtent l’habit des chanoines : dum hactenns
illorum vita sub habitu canonico constituta fueraV 6 l »
Le témoignage des textes invoqués par D. Chamard n’est
guère recevable ou probant. La Vie de saint Fndolin est sans
valeur historique aucune ; écrite à la fin du x° siècle par Bal-
therus, moine de Saint-Gall, elle est, selon le jugement déjugés
compétents, une œuvre de pure imagination 7 . Que pèse la don¬
née d’une telle source pour préciser l’état de Saint-Hilaire au
vi° siècle? La Vie de saint Achard ne paraît pas être d’une note
bien supérieure; œuvre d’un auteur anonyme, elle date vraisem¬
blablement du x° siècle après 920 s . Quant au témoignage de la
Vie de saint Léger , il est bien du vii° siècle ; mais il faut encore
ici distinguer. Nous avons deux vies anciennes de l’évêque
d’Autun : l’une, composée par Ursinus, moine de Saint-Maixent
et dédiée à Ansoaldus, évêque de Poitiers, et à Audulfus, abbé
de Saint-Maixent, est une copie infidèle d’une autre vie absolu¬
ment contemporaine du saint ; l’autre, rédigée par un moine de
Saint-Symphorien d’Autun et dédiée à l’évêque Hermenarius,
successeur de saint Léger (678-690), a combiné les deux pré-
[1]. Bolland. AA. SS., t. I, inarlii, p. 435, Vita S. Fridolini, n" 17, 19, 29.
[2J. Ibid., t. IV, sept., p. 86, n* 1.
[3] . Ibid., t. I, ocl., p. 425, Vita S. Leodegarii.
[4] . Mém. de la Soc. des Antiq. de l'ouest, t. XIV, p. 1, 2.
[5J. Loc. cil., p. 3.
[6]. Loc. cit., p. 3.
7. Voir la préface de Bruno Krusch, en tête de son édition, dans les i Mon.
Germ. hist., Scriplores rerum meroringicarum, t. III, p. 350-353. — Cf. G.
Kurtti, Clovis, 2* éd., t. II, p. 254.
8. A. Moliuier, les Sources de l’histoire de France, t. I, p. 159, n* 570.
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LES ORIGINES DD MONASTERE DE NOOAILLK.
261
cédentes*. C’est à cette dernière que D. Chamard nous renvoie,
autrement dit à la moins sûre; mais le petit ton détaché avec
lequel il nous signale sa preuve n'est que trop justifié par le
néant de cette preuve : le texte ne parle ni de moines, ni de
cénobites, ni d’abbé, comme les textes précédents le faisaient
expressément ; et là où il parle de monasterium , sa source porte
basilica , qui est une leçon excellente. Mais que l’on accorde, si
l’on veut, quelque autorité aux hagiographes les moins anciens,
et que l’on accepte le mot monasteHum comme traduisant
exactement la situation vraie de Saint-Hilaire, je dis qu’aucun
des textes invoqués, pas plus ceux des vies de saints que celui du
diplôme royal de 768, ne permettait de conclure à la pratique,
dans le monastère de Poitiers, de la règle bénédictine : car ce
n’est pas tant, à proprement parler, sur le caractère monastique
que sur 1a qualité bénédictine de l’ordre monastique que porte le
débat (nous le verrons tout à l’heure). Tout ce qu’on était en
droit de dire, jusqu’à présent, c’est ce que M. de Longuemar
avait dit en ces termes : « Nous ne savons rien de précis sur le
lien qui unissait les clercs primitivement réunis par saint
Hilaire pour le service de la petite église qu'il avait fondée sur
le caveau sépulchral de sa famille ; mais il est certain que les
termes des plus anciennes chartes (an. 768,834) désignent positi¬
vement les membres de la communauté alors existante sous le
nom de monachi et l’abbaye sous celui de monasterium. Si
donc les premiers clercs avaient été simplement séculiers, ce dont
on peut douter faute de preuves, il est certain qu’ils ne tardèrent
pas à être unis par une règle et soumis à la claustration, comme
l’indiquent les mots monachi et monasterium '. »
L’histoire de Nouaillé fournissait à D. Fonteneau les preuves
de l'existence de la règle bénédictine à Saint-Hilaire, et il est
possible que les commentaires du Bénédictin du xvm e siècle,
connus par le grand chercheur qu’était D. Chamard, aient pesé
sur l’esprit de ce dernier.
En 794, l’abbé Aton introduisait la règle bénédictine à Nouaillé.
D. Fonteneau commente ainsi l’événement : « Les moines qui
furent mis dans le monastère de Noaillé furent incontestable-
1. Kruscb, Die atteste Vita Leudegarii, dans Neues Archiv, t. XVI,
p. 565-596; cf. Analecta Bollandiana , t. XI, p. 104-110.
2. De Longuemar, Essai historique sur l'église collégiale de Saint-Hilaire ,
loc. cit., p. 84.
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262
LES 011GINE8 DD K01VASTBHE DE NOUAILLé.
ment tirés de l’abbaye de Saint-Hilaire, puisque Noaillé dépen¬
dent de cette abbaye. Or, puisque ces moines de Noaillé dévoient
pratiquer la règle de saint Benoist, c’est une conséquence que
cette règle étoit en usage dans l’abbaye de Saint-Hilaire 1 . »
L’intervention de l’abbé Aton et de ses moines, domnus Ato
abba suique monachi, auprès du roi d’Aquitaine pour que
celui-ci confirme à la celle de Nouaillé l’immunité provoque
cette explication du commentateur : « Si on n’avoit pas vu
cy-dessus dans le diplôme de Pépin le Bref du mois de juil¬
let 768 qu’il y avoit des moines dans l’abbaye de Saint-Hilaire,
dont Bertin étoit abbé, on pourroit dire que, dans ce texte Ato
abba suique monachi, il ne s’agit pas des moines de Saint-
Hilaire, mais de ceux de Noaillé qui s’étoient joints à Aton pour
demander au roi le présent privilège. Mais ce seroit forcer le
texte; le sens naturel qui se présente est qu’Aton, abbé de
Saint-Hilaire, et les moines de cette abbaye supplièrent d’accor¬
der à leur petit monastère de Noaillé la confirmation des biens
dont il jouissoit et l’exemption de toutes les charges publiques.
Il y avoit donc encore des moines dans l’abbaye de Saint-
Hilaire en 794 2 . » Enfin, prenant occasion de ce que Hermen-
bertus, qui, dans les chartes antérieures, prenait la seule qualité
de prêtre, se qualifie lui-même en 798 indignus sacerdos et
monachus, D. Fonteneau écrit : « Ceci servira à éclaircir
quelques endroits des chartes précédentes et ce qu’on doit
entendre par les mots Hermenbertus presbite?' nos ter, sacer¬
dos, rector ex cellola Novaliacinse. Comme Hermenbert ne
prend point dans ces chartes le titre de moine, mais seulement
celui de prêtre, des personnes auxquelles les anciens usages sont
inconnus pourroient en inférer qu’il n’étoit que prêtre, et non
pas moine, sans faire attention que les moines-prêtres ne pre-
noient souvent que le nom de prêtre, Presbyte?', Sacerdos,
comme les moines-diacres, celui de diacres, les moines-clercs,
celui de clercs, supprimant le nom de moines. 11 n’y a point ici
d’équivoque, il prend les deux qualités, Sacerdos et monachus.
Hermenbert étoit donc prêtre et moine. Or, dans la charte pré¬
cédente du mois de juillet 780, Aper, abbé de Saint-Hilaire de
Poitiers, citant Hermenbert, dit Presbyter noster, notre prêtre,
c’est comme s’il avoit dit notre moine, où (sic) le prêtre et moine
1. D. Fonteneau, t. XXI, p. 5t.
2. D. Fonteneau, t. XXI, p. 52; cf. aussi p. 65-66.
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1
LES ORIGINES DO MONASTÈRE DE NOUAILLÈ. 203
Hermenbert qui est un d’entre nous, qui est sorti d’avec nous,
que nous avons envoie pour gouverner le petit monastère de
Noaillé. Il y avoit donc encore des moines au mois de juillet de
l’an 780 dans l’abbaye de Saint-Hilaire de Poitiers 1 . >
Mais un texte semblait devoir renverser cet édifice fragile de
raisonnements : D. Fonteneau, — c’est une justice à lui rendre,
— ne tait jamais ni ne fuit la difficulté quand il la voit. Si le roi
d’Aquitaine, le futur empereur Louis le Pieux, nous dit en 808
que les San-Hilariens ont jusqu’à présent vécu sous l’habit cano¬
nial, sub habitu canonico , D. Fonteneau, s’autorisant du nom
de D. Mabillon, prendra soin de nous avertir que « l’habit des
moines étoit aussi quelquefois appellé habitus canonicus 2 3
parce que cet habit avoit été prescrit par la règle qu’on appelloit
canonique ordo canonicus 3 et par les canons, c’est-à-dire par
les loix et l’autorité ecclésiastique. Tous ces exemples doivent
s’appliquer aux moines de Saint-Hilaire de Poitiers. Jusqu’ici
ils avoient vécu sub habitu canonico,. c’est-à-dire sous l’habit
régulier ou prescrit par la règle. U y avoit donc encore des
moines dans l’église de Saint-Hilaire, au moins quant à l’habit,
en 808 4 . *
Bien plus, la célèbre basilique poitevine aurait même été une
église de moines « jusqu’au ix® siècle avancé et peut-être même
jusqu’au x® siècle et jusqu’à ce que l’église et le monastère furent
ruinés par les Normands. S’il faut même ajouter foi à la chro¬
nique de Maillezais, les chanoines ne furent introduits dans cette
abbaye que vers 921 par Ebles, abbé de Saint-Hilaire, frère de
Guillaume, comte de Poitou, surnommé Tête d’Étoupe 5 . »
Sur ce dernier point, dont la discussion nous entraînerait
trop loin de notre sujet, je me contente de citer encore M. de
Longuemar : « Le nom de chanoine, écrit cet historien, n’est
1. Fonteneau, t. XXI, p. 66-67.
2. Mabillon, Ann. Bened., i. DI, p. 72, n* 45 (note de D. Fonteneau).
3. Cf. D. Fonteneau, t. XXI : « La règle de saint Benoist a été mise autre¬
fois parmi les Écritures canoniques, inter canonicas Scripturas; elle portoit
le nom d'ordre canonique canonicus ordo , c'est-à-dire canonum ordo , où
(sic) leges canonum quidquid canonicus ordo rcl régula sancti Benedicti
edocet (Mabillon, Ann. Bened., t. I, p. 659, n. 2; p. 519, n. 37; p. 281, n. 28;
t. IV, p. 623, n. 191) », p. 79-80.
4. D. Fonteneau, t. XXI, p. 80-81.
5. Ibid., p. 60.
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264
LES ORIGINES DO MONASTÈRE DE NOUAILLÉ.
prononcé pour la première fois dans nos chartes (de Saint-
Hilaire) qu’en 922, et on ne les voit jamais souscrites avant le
x° siècle que par des clercs-religieux (clerici et presbyteri).
Ce n’est qu’à partir de cette époque qu’on voit apparaître suc¬
cessivement les dignitaires du chapitre, tels que le trésorier, le
doyen, le chantre, etc. A ce moment, la constitution de la com¬
munauté subit donc une modification profonde et qui arriva, fait
remarquable, précisément à lepoque où l’abbaye, après avoir été
abandonnée par l’ancienne communauté, renaissait de ses ruines
sous l’égide des ducs d’Aquitaine 1 . » La modification fut proba¬
blement moins profonde que le croit cet auteur.
lie moindre défaut des raisonnements de D. Fonteneau, c’est
de ne pas tenir un compte exact de la réforme opérée par l’abbé
Aton : l’étude de cette réforme va nous montrer qu’il n’est point
du tout incontestable que les mormchi de Saint-Hilaire aient été
des Hénédictins; que 1). Fonteneau commet une pétition de
principe et tourne dans un cercle en citant le cas de Hermenber-
tus prêtre et moine, puisque celui-ci prend le titre de monachus
après la réforme bénédictine de Nouaillé seulement; que c’est
enfin enlever tout sens au diplôme de Louis le Pieux que de vou¬
loir ici traduire habitus canonicus par habit de moine et non
par habit de chanoine 2 .
IX.
Trois documents nous font connaître l’œuvre accomplie à
Nouaillé par l’abbé Aton : ce sont deux diplômes de Louis le
Pieux, roi d’Aquitaine, respectivement du 3 août 794 et de
mai 808, et la charte de l’abbé de Saint-Hilaire, Aton, évêque de
Saintes, du mois de mars 798.
Dans le premier des diplômes royaux 3 , Louis nous apprend
que son parent, l’abbé de Saint-HÛaire, le diacre Aton, lui a
montré l’acte par lequel, selon l’avis de Charlemagne, il a ins¬
titué dans la petite celle de Nouaillé une congrégation de moines
astreints à la règle de saint Benoît ; et que cet abbé lui a demandé
la confirmation des biens anciennement et récemment octroyés
t. De Longucmar, Estai historique sur Sainl-Hilairc-le-Grand, p. 85.
2. Voir Du Cange, Glossarium, t. II, v* canonicus.
3. Pièces justificatives, n* VI.
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LES ORIGINES DU MONASTERE DE NOUAILLÉ.
265
à ce monastère. Le roi accorde l’immunité 1 et abandonne les
droits du fisc sur ces biens et sur ceux que le monastère recevra,
pour l’entretien du luminaire et pour les besoins des frères, à
charge de prières pour la paix du royaume.
Par le document abbatial 2 , Aton porte à la connaissance du
roi Louis, des grands et de tous les catholiques, que, pour se
conformer aux avertissements de Charlemagne, il a reconstruit
le monastère Saint-Hilaire de Nouaillé, à la tête duquel est le
prêtre Hermenbertus, qu’il y a introduit des moines et qu’il lui
a restitué les domaines de Jouarenne et de Chaunay depuis long¬
temps distraits du temporel de Nouaillé. Il interdit à ses succes¬
seurs d’oser jamais enlever ces petits domaines et les autres biens
conférés au monastère par de pieux donateurs pour subvenir à
la nourriture des moines. Hermenbertus, qui prend ici pour la
première fois la double qualité de prêtre et de moine, ajoute au
texte d’Aton, en son nom propre et au nom de ses frères les
moines, la promesse de célébrer une messe journalière et de
faire chanter, en guise de prière, pour l’évêque-abbé, un psaume
à toutes les heures canoniales (ad omnes cursos) : cette pro¬
messe doit être tenue éternellement pour le salut de l’âme d’Aton.
L’acte est souscrit par Aton, par le prêtre Bodosindus, coutre
du tombeau de saint Hilaire, et par d’autres personnages, dont
les uns étaient des ecclésiastiques, prêtres, diacre et clerc,
membres sans doute du chapitre de Saint-Hilaire, les autres
étant peut-être les nobiles viros invités par Aton à corroborer
de leur souscription les termes de la charte.
Par sa teneur, cette charte semblerait au premier abord devoir
se placer avant le diplôme précédent ; mais, comme l’abbé Aton
y est qualifié évêque, tandis qu’il est dit diacre dans le privilège
de 794, force est bien d’admettre que la date de 798 est bonne
et que ce document abbatial, reproduisant l’acte présenté au roi
quatre ans plus tôt, est une confirmation du texte primitif
1. Le savant diplomatiste allemand, Th. de Sickel, a cru que l’immunité
visait ici Saint-Hilaire-le-Grand (Beilrilge zur Diplomalik, V. Die Immuni-
tâtrechte nach den Urkunden der ersten Karolinger bis zum Jahre 840,
dans les Sitzungsberichte der phil.-hist . Classe der kais. (Wiener) Akad. der
Wissenschaften, t. 49 (1865), p. 320, n. 2). Son erreur a été dénoncée par
M&hlbacher, Die Regesten des Kaiserreichs unter den Karolingem, t. I,
1” édition (1889), p. 211 ; 2* édition (1908), p. 235.
2. Pièces justificatives , n* VIII.
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266
LES 0KIGINE8 DC MONASTERE DE NOUAILLÉ.
auquel est venu s’ajouter l’acte promissoire d’Hermenbertus qui
constitue la partie vraiment neuve et sans doute la raison d’être
de cette pièce curieuse.
Enfin, au mois de mai 808, des frères du monastère de Saint-
Hilaire-le-Grand demandèrent au roi d’Aquitaine, Louis le
Pieux, de leur permettre, bien qu’ils eussent vécu jusqu’alors
sous l’habit canonial, de mener une vie plus étroite en un lieu
approprié, où ils s’astreindraient à la vie cénobitique. Le roi les
autorise à se retirer à Nouaillé « afin qu’ils y demeurent au ser¬
vice de Dieu et du bienheureux confesseur (Hilaire) sous la loi
régulière, comme les cénobites ont accoutumé de vivre et vivent
jusqu’à présent, à la façon antique, selon la constitution de saint
Benoît ». Mais il met à son consentement cette condition qu’ils
reconnaîtront la prépondérance de Saint-Hilaire-le-Grand. S’il
consent, en effet, que, dans le présent et à l’avenir, ceux qui
auraient été élevés auprès du tombeau du saint confesseur et
qui voudraient choisir la vie cénobitique puissent faire leur rési¬
dence à Nouaillé et prendre part à l’élection de l’abbé de ce
monastère, il ne veut pas cependant les séparer complètement
de l’abbaye de Saint-Hilaire-le-Grand. Quant à ceux qui demeu¬
reront dans cette dernière abbaye, ils doivent observer pleine¬
ment l’institution canoniale. Afin de ne pas paraître avoir agi
par motif intéressé et pour prévenir aussi toute tentative de
revendication de l’abbé de Saint-Hilaire de Poitiers, au cas où
l’abbaye eût tiré de son monastère de Nouaillé quelques revenus,
Louis le Pieux décide de payer tous les ans, à la fête de saint
Hilaire 1 , vingt sous sur sa cassette. « C’est pourquoi, ajoute-t-il,
il nous a plu d’ordonner que l’abbé de Saint-Hilaire n’ait pas
d’autre privilège à Nouaillé que celui de faire le bien » ; et on lui
enlève le pouvoir de faire le mal. Enfin, le roi concède au monas¬
tère l’immunité et aux moines le droit de choisir parmi eux, avec
sa permission, le successeur de l’abbé défunt, s’ils peuvent trou¬
ver dans leur communauté des hommes qui aient la volonté de
vivre selon la règle 2 .
1. Le 14 janvier.
2. Pièces justificative*, n* IX. — Cf. Sickel, Beürüge zur Diplomatik, III.
Die Mundbriefe, Immunüûten und Privilegien der ersten Karolinger bis
zum Jabre 8b0, dans les SitzungsbericfUe... der kais. (Wiener) Akad., I. 47
(1864), p. 211-212.
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LES ORIGINES DU MONASTÈRE DE NOUAILLÈ.
267
X.
Pour bien saisir la portée de ces trois textes et le sens des
événements qui marquèrent, dans l’histoire intérieure de Saint-
Hilaire-le-Grand et de Nouaillé, la fin du vin® siècle et le com¬
mencement du siècle suivant, il ne faut pas demander aux seuls
pièces tirées des archives de ces établissements ou aux sources
narratives dont se sont servis nos devanciers des lumières que
de tels documents ne peuvent pas fournir. C'est aux conciles
du temps qu’il convient de s’adresser pour connaître l’état delà
vie monastique en ces âges reculés; et alors les textes ambigus
de nos chartes deviennent clairs et nous dévoilent la vérité
qu’ils contenaient et qu'il fallait apprendre à voir.
En dehors des communautés de chanoines séculiers, de ces
« canonici clerici civitatum » 1 , auxquels l’évêque de Metz,
Chrodegang, a donné leur règle et dont nous n’avons pas à
nous occuper ici, il existait deux autres sortes de congrégations :
celles des chanoines-moines 2 et celle des moines ou cénobites.
Il y avait, en effet, des « monastères dans lesquels on n’avait
jamais cessé de pratiquer la vie canoniale » 3 et des « monastères
de moines » 4 . Chanoines-moines et moines, sous l’autorité de
leurs abbés respectifs, vivent en commun dans leurs cloîtres,
dorment au dortoir, mangent au réfectoire, célèbrent à la
1. Concilium Turonente , ann. 813, c. xxm, éd. WerminghofT, Mon. Germ.
hist., Concilia, t. Il, p. 289. Cf. Hauck, Kirchengeschichle Deutschlands, t. II
(2* éd. Leipzig, 1900, in-8*), p. 66.
2. C'est à dessein que je ne me sers pas ici de l'expression « chanoines
réguliers », qui serait légitime, mais qui pourrait prêter à confusion; je crois
qu'il faut, en effet, réserver cette dénomination aux chanoines réformés par
le pape Alexandre II en 1063. Du reste, l’expression de chanoines-moines est
justifiée par un texte ancien, et déjà les historiens anciens des ordres monas¬
tiques s'en sont communément servis.
3. Concil. Turon., c. xxiv : « Abbates monasteriorum, in quibus canonica
vita antiquitus fuit vel nunc videtur esse, sollicite suis praevideant canoni-
cis > (p. 289).
4. Ibid., c. xxv : « ... monasteria monachorum, in quibus olim régula beati
Benedicti patris conservabalur » (p. 290). Cf. Capitulare HaristaUense, mars
779, c. iu : « De monasteriis qui regulares fuerunt, ut secundum regulam
vivunt » (éd. Boretius, Mon. Gtrm. hist., Capitularia, t. I, p. 47). Cette
façon de s’exprimer prouve qu'il y avait des monastères qui n'avaient jamais
été « regulares », c’est-à-dire soumis à la règle de saint Benoit.
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268
LES ORIGINES DO MONASTEBE DE NODAILLÉ.
chapelle les heures canoniales. Mais, pour parler comme
s’expriment les documents contemporains, les moines ont incon¬
testablement une existence « plus étroite » que celle des cha¬
noines-moines 1 : tandis que ceux-ci peuvent se vêtir de lin, se
nourrir de chair et boire vin ou bière, posséder en propre des
biens, et même, à la condition d’user modérément de cette faveur,
faire affecter à leurs besoins personnels les revenus de biens
appartenant à l’église 2 , les moines, eux, portent un costume
d’étoffe grossière, ont un régime alimentaire plus austère, dont
la rigueur ne s’atténue qu'exceptionnellement, se dépouillent de
tout, car ils ont fait vœu de pauvreté et n’attendent plus rien
que de la libéralité de leur abbé; enfin ils observent la règle du
silence et sont soumis à la loi du travail obligatoire.
Entre ces deux sortes de communautés, il y avait, en droit,
des différences qui s’atténuaient dans la réalité : un double mou¬
vement en sens contraire s’était produit qui avait diminué
l’écart entre moines et chanoines-moines. De bonne heure, on
a demandé que les moines bénédictins observassent la règle de
saint Benoît 3 , — ce qui laisse entendre qu’il y avait un certain
dérèglement, — et tardivement encore on constatait qu’il y avait
« des monastères de moines » dans lesquels on observait à
1. Concil. Aquisgranense , ann. 816, c. cxv : « ... monachis, qui secundum
regu larcin inslitutionein artiorem ducunt vilain » (éd. Werroinghoff, p. 397).
Cf. Pièces justificatives, n* IX.
2. Les termes dont se sert le rédacteur des actes du concile de Tours quand
il parle des canonici' clerici civüatum (c. xxm), puis des canon ici monaste-
riorum (c. xxiv), montrent qu’il n'y avait entre les deux sortes d'institutions
que des différences légères, dont la plus importante devait être que les pre¬
miers vivaient sous l'autorité de l’évêque, les seconds sous celle de l'abbé.
Aussi les conciles qui obligent les chanoines-moines à vivre selon les canon6
n'ont fait que remettre en vigueur les anciens canons en nous indiquant les
règles qui s'imposent aux chanoines : par là, ils nous ont fait connaître
l’existence que, depuis longtemps, on devait mener dans les monastères
canoniaux et dont Chrodegang a pu s'inspirer pour composer la règle des cha¬
noines de sa cathédrale. Cf. Concil. Aquixgran., ann. 816, c. cxv et suiv., p. 397.
Voir une thèse légèrement différente dans Hauck, op. cit., t. Il, p. 586, et
E. Lesne, t Origine des menses... au IX* siècle (Paris, 1910, in-8*), p. 39-40.
3. Concil. germanicum, ann. 742, c. vu, p. 4; Concil. Liftin., ann. 743, c. i,
р. 7; Concil. Suession., ann. 744, c. ni, p. 34, etc. — Charlemagne conforme
ses décisions à celles des conciles antérieurs. Admonitio generalis, ann. 789,
с. Lxxut : « Simul et hoc rogare curavimus, ut omnes ubicumque qui se
voto monachicae vilae constrinxerunt monachice et regulariter omnimodis
secundum votum suura vivant... > (éd. Boretius, p. 60).
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LES ORIGINES DU MONASTÈRE DE NOUA1LLÈ.
269
peine la règle de saint Benoît, quand on la possédait, parce que
les abbés, au milieu de leurs moines, donnaient l’exemple de
vivre plutôt en chanoines qu’en moines ! : quelquefois même ces
abbés de moines sont de vrais chanoines, comme on l’observe
dans le monastère de moines de Saint-Pierre de Ferrières 2 . Mais,
d'autre part, un texte conciliaire exige que les « évêques s’en-
quièrent du nombre de chanoines que chaque abbé a dans son
monastère », et il ajoute : « Si les chanoines veulent devenir
moines, qu’ils vivent selon la règle; sinon, qu’ils vivent cano-
nialement 3 . » On entrevoit ici assez clairement que, dans un
même monastère de chanoines, les uns gardaient les traditions
canoniales et que les autres vivaient à la façon des moines, en
prenaient le nom et en arboraient même le costume ; un concile
contemporain est obligé d’interdire aux chanoines le port de la
coulle du bénédictin : < Il est aussi indécent pour un chanoine
de se déguiser en moine qu’il l’est pour un homme de s’habiller
en fe mm e ou pour une femme de prendre les habits masculins 4 . »
t. Concil. Turon., ann. 813, c. xxv : « Aliqua sunt monasleria, in quibus
jam pauci sunt mooachi, quae praedicli palris regu la m suis abbatibus pro-
missain habeant, quippe cum ipsi abbates rnagis canonice quain monachice
inter suos conversari videnlur » (p. 290).
2. L'abbaye de Ferrières, surnommée Bethléem, était une colonie de
Luxeuil. Par conséquent, au commencement du ix* siècle, elle était rangée
parmi les monasleria monachorum; ce qui n'empéche pas que son abbé,
Sigulfus, était chanoine, comme nous l'apprend Loup de Ferrières, Epist. 29 :
« Certe Ferrariensis monasterii, cui indignus deservio, quondain nobilis
abbas et presbiter Sigulfus, qui usque ad senium canonico habitu laudabiliter
vixeral. spontc se |»otestate exuit et nostram, hoc est inonachicain, religio-
nem assumpsit atque, donec diem obirel, suo passus est subici discipulo,
quem ipsius voluntate ac fralrum consensu imperator Ludoguicus memorato
loco abbalem praefecerat » (éd. Duemmler, Mon. Germ. hisl., Epislolae ,
t. VI, p. 35). — Il n’est pas plus anormal, somme toute, de voir un chanoine
à la tète d'une abbaye de moines que d'y voir un simple laïque.
3. Concil. Mogunlinense, ann. 813, c. xxi : « Si monachi fieri voluerint,
regulariter vivant; sin autem, canonice vivant omnino » (p. 267).
4. Concil. Aquisgranense, ann. 816, c. cxxv : « Sicut enim turpe est virum
veslem muliebrein et mulierem vestem virilem induere, ita valde indecorum
est canonicuin vestem monasticam induere, nisi tamen cum veste eliam pro-
posituin voluerit assumere » (p. 405). Déjà, en 789, cette situation inquiétait
Charlemagne. Admonitio gencralis, ann. 789, c. lxxvii : « Ut illi clerici, qui
se 6ngunl habitu vel nomine monachos esse, et non sunt, omnimodis videtur
corrigendos atque emendandos esse, ut vel veri monachi sint vel veri cano-
nici » (éd. Borelius, p. 60).
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270 LES ORIGINES DU MONASTÈRE DE NOUAILL^.
Les textes conciliaires ont ici leur illustration dans l’histoire de
Saint-Martin de Tours. Charlemagne, qui a sujet de se plaindre
des San-Martiniens, — du moins il le croit, — leur écrit et entre
autres choses il leur adresse le reproche suivant : « Tantôt vous
déclarez que vous êtes moines ; tantôt que vous êtes chanoines ;
tantôt que vous n’êtes ni l’un ni l’autre... Vous qui méprisez nos
ordres et qui continuez de vous dire ou chanoines ou moines,
sachez que vous devez venir assister à notre plaid 1 . » Hélas!
depuis qu'il y avait des chanoines séculiers de cathédrale soumis
à la règle de Chrodegang et des moines réformés, les pauvres
San-Martiniens, qui n’étaient du nombre ni des premiers, ni
des seconds, pouvaient en effet être embarrassés pour le choix
de leur dénomination si on les obligeait à choisir, en réservant
les dénominations de chanoines et de moines aux seuls réfor¬
més 2 ; et, comme la chauve-souris du fabuliste, ils auraient pu dire :
Je suis oiseau ; voyez mes ailes.
Je suis souris, vivent les rats !
Mais il est probable que d’autres eussent été aussi embarras¬
sés qu’eux : par exemple, les chanoines de Saint-Martial de
Limoges, qui en 804 sont qualifiés de monachi 3 , et les hôtes de
l’abbaye de Saint-Denis, qui bientôt vont se diviser en deux
camps ennemis dont la rivalité nous révèle, dans le célèbre
monastère parisien, la présence des deux éléments monacal et
canonial 4 , quand rien dans les documents ne nous en laissait
supposer l’existence auparavant, — sans compter naturellement
les habitants de la basilique poitevine, qui vivent « sub habitu
canonico » et qui sont tout de même appelés monachi.
L’origine d’un tel état de choses doit remonter assez haut :
les moines ont vécu en Gaule sous des régimes très divers avant
que les règles de saint Columban et de saint Benoît n’aient réussi
t. Cette lettre est publiée par Duemmler au milieu du recueil des lettres
d’Alcuin (Alcuin, Epiât. 247; Mon. Germ. hist., Epistolae , t. IV, p. 399-401).
2. C’est ce que fait en particulier Charlemagne. Voir ci-dessus, p. 269, n. 4.
3. L. Leviilain, Note sur une charte du monastère de Paunat, dans Bull,
de la Soc. des Antiq. de t ouest, 1906, p. 526-533.
4. L. Leviilain, Un état de redevances dues à la tnense conventuelle de
Saint-Denis (832). Paris, 1909, in-8% p.’2-3 (extr. du Bull, de la Soc. de
i Hist. de Paris et de l’Ile-de-France, t. XXXVI, 1909).
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LES ORIGINES DU MONASTÈRE DE NOUAILLÈ.
271
à éclipser les autres et à prendre leur place. Dès le vi° siècle,
il y a des moines que l’on désigne indifféremment par les mots
clerici et monachi : la plupart des exemples que l’on puisse
citer de cette double désignation, sinon tous, visent des membres
de ces grandes basiliques qu’un texte du vu® siècle appelle les
seniores basilicae. Pour un certain nombre de ces basiliques, il
y eut une réforme qui consista dans l’introduction de la règle de
saint Columban et de saint Benoît : et précisément Saint-Martin
de Tours et Saint-Denis de Paris sont nommément désignés 1 .
Qu’en faut-il conclure? Que la réforme se heurta à un état de
choses qui, ayant pour lui la durée, ne disparut pas, soit qu’il
fallût composer pour la faire accepter, en laissant aux clercs le
choix entre la discipline ancienne et la discipline nouvelle, soit
qu’il y eût un retour aux traditions anciennes. Quelque chose
d’analogue dut se produire à Saint-Rémi de Reims, où, dans un
même acte, on distingue les clerici et les fratres 2 . La co-exis¬
tence des moines et des chanoines dans un monastère entraîna,
selon toute vraisemblance, une pénétration réciproque des deux
éléments qui rendit moins strict le genre de vie des moines et
moins libre celui des chanoines, sans que ces deux éléments se
confondissent jamais complètement ; il n’y a pas là, à propre¬
ment parler, le fruit d’un dérèglement profond : ainsi les frères
de Saint-Martin de Tours ne donnaient en rien l’exemple d’une
conduite répréhensible, et leur abbé Alcuin, qui est lui-même,
comme il semble 3 , un chanoine-moine, prend leur défense et
loue leur genre de vie dans une lettre qu’il écrivit en réponse à
la diatribe de l'empereur 4 .
1. Vita sanclae Balthildis (rédaction A), c. ix, éd. Krusch, Mon. Germ.
hist., Scriploret rerum merovingicarum , t. U, p. 493.
2. Charte de l'abbé Adon, avril 714 ou 715 (Pardessus, Diplomata, Char-
tae , t. Il, p. 300, n* 492). L’original de cette pièce est conservé A la Biblio¬
thèque nationale (ms. lal. 11834, n* 1). Cf. M. Jusselin, Notes tironiennes
dans les diplômes, dans le Moyen âge , 1907, p. 125.
3. Si D. Mabillon a revendiqué ce glorieux nom pour l'inscrire sur la liste
des illustrations de son ordre ( Acta sanctorum Ordinis sancti Benedicli,
saec. IV, pars I*; Elogium Alcuini, g 9-24, p. 156; Annales Bened., t. II,
liv. XXm, n* 28, p. 187-188), et s’il a été suivi de nos jours par des histo¬
riens avertis (A. Hauck, Kirchengeschichte Deutschlands, t. D, p. 125, n. 1;
Vaucelle, la Collégiale de Saint-Martin de Tours, p. 38, n. 2), U. W. Pückert
(Aniane und Gellone, Leipzig, 1899, in-8*, p. 248-258) a reconnu en Alcuin
un chanoine.
4. Alcuin, Epist. 249, éd. Duemmler, p. 401-402. — Dans son ouvrage sur
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272
LES ORIGINES DU MOIUSlilE DE IfOUAILLé.
Aux caractères qu'il présente nous pouvons, je crois, recon¬
naître facilement dans le monastère de Saint-Hilaire un monas¬
tère de chanoines-moines. De ce que, en 768, on trouve dans ce
monastère un abbé et des moines 1 , il ne faut pas conclure trop
vite que nous sommes en présence d’un « monasterium mona-
chorum », c’est-à-dire d’un établissement monastique soumis à
la règle de saint Benoît : c’est là le sens étroit que donnent à
cette expression les réformateurs de la fin du vin® siècle et du
commencement du ix° qui ne veulent plus connaître d’autres
moines que les Bénédictins ; et alors la démarche des « frères du
monastère de Saint-Hilaire de Poitiers » auprès de Louis le
Pieux pour lui demander, « bien qu’ils eussent vécu jusqu’à
présent sous l’habit canonial », qu’il leur fût loisible de mener
une « vie plus étroite », la vie cénobitique des Bénédictins, ne
permet pas de ne pas assimiler les monachi de Saint-Hilaire
aux chanoines-moines de Saint-Denis de Paris, de Saint-Martin
de Tours, de Saint-Martial de Limoges 2 . Et comment pour-
la collégiale de Tours, M. l’abbé Vaucelle a cité un texte qui pourrait faire
croire qu’il y avait réellement désordre moral A Saint-Martin depuis long¬
temps; l’auteur des Gesla abbatum Fontanel letisium raconte, en effet, qu’un
des plus mauvais abbés de Saint-Wandrille, qui était aussi (et antérieurement
même) abbé de Saint-Martin de Tours, Teutsindus, avait cependant coutume
de dire aux San-Martiniens : « Si vous ne corrigez votre vie et vos mœurs,
je vous amènerai de Fontenelle mon prévôt, Érinhard, qui vous apprendra A
tracer droit votre sillon », car, ajoute notre chroniqueur, Érinhard était
« fautor tamen et amator rcgulae castaeque religionis » ( op. cil., p. 51). Mais
il eut été bon de prévenir que ce renseignement n’a pas grande valeur.
L’œuvre, écrite par un moine de Saint-Wandrille d’après des chartes et des
vies de saints, fut composée entre 833 et 845, environ cent ans après l’abba-
liat de Teutsindus, à une é[>oque où la rivalité des moines et des chanoines
bat son plein. Un tel renseignement prouve seulement l’hostilité de son
auteur contre les chanoines, et non pas la véracité du fait rapporté : la haine
du moine se manifeste au sujet d’un abbé venu de Tours et auquel on est
heureux d’opposer le prieur de la maison. C'est vraiment cousu de lil blanc.
1. Diplôme de Pépin le Bref, juillet 768 : « Bertinus abba de monasterio
sancti Hilarii... Bertinus abba suique monachi... » (éd. Tangl, Mon. Germ.
hisl., Dipl. Karol., t. I, n* 24, p. 33). — Je ne cite pas ici le « domnus Àlo
abba suique monachi » de notre Pièce justificative, n* VI, parce qu'il n’est
pas sûr, quoi qu’en dise D. Fonteneau, qu'il faille voir dans ces moines les
Frères de Saint-Hilaire de Poitiers et non les Bénédictins de Saint-Hilaire de
Nouai! lé.
2. Pièces justificatives, n* IX. — L'opposition qui est faite ici entre la vie
sub hubilu canonico constiluta et la vita urlior des moines ne laisse aucun
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273
LES OAIGINES DO MONASTÈRE DE NOÜA1LLÈ.
rait-on douter que les San-Hilariens étaient des chanoines-
moines, puisque ceux qui restèrent dans le monastère conti¬
nuèrent d’observer Yinstitutio canonica et gardèrent les
traditions de la maison jusqu’au x° siècle sans disconstinuer,
tandis que ceux qui voulurent suivre Yartior vita des disciples
de saint Benoît durent se retirer à Nouaillé?
Le monastère de Nouaillé, en admettant qu’il eût été fondé
pour être peuplé de moines irlandais ou columbano-bénédictins,
avait dû subir l’influence de la grande maison religieuse à
laquelle il était rattaché ; il n’est pas douteux qu’il puisse, pour
le moins, être rattaché à la catégorie de ces monastères où la
règle n’était pas observée parce que les supérieurs eux-mêmes
n’appartenaient pas à la religion monastique 1 ; avant la réforme
du vin* siècle, Nouaillé n’était plus un monastère bénédictin, s’il
l’avait jamais été.
XI.
Charlemagne supportait mal cet état de confusion qui pesait
sur le monde religieux; comme tous les vrais organisateurs, il
aurait voulu plus de netteté dans la situation. Il ne cessait pas
de recommander, et de faire recommander par les conciles, aux
moines de vivre selon 1a règle et aux chanoines de se conformer
aux canons qui régissaient leur institution 2 ; il commença
l’œuvre de réforme religieuse à laquelle se consacrèrent, avec
lui et après lui, Louis le Pieux et Benoît d’Aniane, le véritable
doute sur le sens du mot canonico et rend incompréhensibles l'erreur de
D. Fonteneau et l'interprétation de D. Chamard.
1. Voir le texte du concile de Tours (ann. 813), cité plus haut p. 269, n. I,
et le cas de Ferrières, p. 269, n. 2.
2. Capitulare ffaristallense, mars 779, c. ni (éd. Boretius, p. 47); Admo-
nitio généra lis, ann. 789, c. lxxiii-lxxvii (p. 60); Duplex legalionis edictum,
23 mars 789, c. i-xvi (p. 62-63); Breviarium missorum aquilanicum, ann. 789,
c. iv (p. 65), etc.; Concilia Francofurtense, juin 794, c. xi-xix et xxxii
(éd. 'WerminghofT, p. 168-169); Concilia Rispacense, Frisingense. Salisbur-
gense, ann. 800, decretum, $ 2, et c. xviii-xxv, xxix et xl (p. 207, 210-212);
Concil. Aquisgranense , octobre 802 (p. 230); Concil. Arelalense, ann. 813,
c. vi (p. 251); Concil. Remense, ann. 813, c. xxm-xxx (p. 256); Concil.
Moguntinense, ann. 813, praef., et c. ix, xi, xxi (p. 259, 263, 264, 267); Con¬
cil. Cabilonente , ann. 813, c. xxii (p. 278); Concil. Turonense, ann. 813,
c. xxm et suiv. (p. 289-290).
1910 18
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274 LBS 0RIGIRE8 DO MONASTERE DE ROUAILL^.
fondateur de l’unité bénédictine dans l'empire franc. Theodema-
rus, l’abbé du Mont-Cassin, qui envoie à Charlemagne la règle
de saint Benoît et qui la lui commente, le loue de ses entre¬
prises : « Notre joie, lui écrit-il, s’est accrue à la nouvelle que
Votre Excellence, grandissant en vertu, cultive avec soin le
champ de Dieu et achève d’améliorer l’état de la religion monas¬
tique 1 . »
C'est à la réforme générale conçue par Charlemagne que se
rattache la réforme particulière réalisée par l’abbé Aton;
celui-ci nous prévient, en effet, qu’il s’est conformé aux con¬
seils de Charlemagne en apportant au gouvernement du trou¬
peau qui lui est confié toute la vigilance de son esprit 2 ; et,
quand il vint présenter au roi Louis l’acte d’établissement des
Bénédictins h Nouaillé pour en obtenir la confirmation, il reçut
du prince un diplôme où Louis rappelait que l’abbé avait reçu
l’inspiration de sa réforme de la bouche même du très glorieux
roi Charles 3 . Du reste, Aton semble bien avoir été, dans la suite
encore, l’un des collaborateurs de Charlemagne dans la restau¬
ration de la vie bénédictine dans les monastères, spécialement à
Saint-Philbert de Grandlieu 4 .
1. Theodemarus, Epistola ad regem Carolum , ann. 787-797; éd. Duemmler,
Mon. Germ. hist., Epistolae, t. IV, p. 510 et suiv.
2. Pièces justificatives, n* VIII.
3. Ibid., n* VI. — Cette dernière pièce est à peu près contemporaine du
concile de Francfort; elle est du 3 août 794; le concile est du mois de juin
794. De nombreux évêques et prêtres de toutes les parties du royaume de
Charles y assistaient (le texte dit même : « tous » les évêques) : « Conjun-
gentibus, Deo favente, apostolica auctoritate alque piissimi doinni nostri
Karoli régis jussioue anno XXVI, principatus sui cunctis regni Francorum seu
Italiae, Aquitaniae, Provintiae episcopis ac sacerdotibus synodali concilio,
inter quos ipse milissimus sancto interfuit conventui > (p. 165). — Ce ne
doit pas être cependant A Francfort qu'Aton reçut les conseils de Charle¬
magne, A moins toutefois qu’il eût fait reconstruire le monastère de Nouaillé
sans avoir encore l'intention d'y mettre des moines de l’ordre de saint Benoit
et qu'il se soit décidé, sur les instances du roi, A fonder un institut bénédic¬
tin. 11 est plus probable, A mon avis du moins, qu’Aton doit faire allusion A
VAdmonitio generalis et aux capitulaires de 789, surtout que l'un vise la
mission des envoyés du roi en Aquitaine et dit : < Ut episcopi, abbatis vel
coenobie sanctorum sub ordine sancto esse redebuissent, propter quid non
sunt » (éd. Boretius, t. I, p. 65).
4. On s’accorde généralement, en effet, A reconnaître ce personnage dans
celui qui est mentionné dans un diplôme de Louis le Pieux et Lolhaire en
ces termes : « Vir venerabilis Alto quondam episcopus monasterium sancli
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LES ORIGINES DO MONASTÈRE DE NOUAILLÉ.
275
En quoi a consisté exactement la réforme de l’abbé Aton ? De
deux choses l'une : ou bien il a affecté aux membres de la con¬
grégation san-hilarienne qui s’astreignaient à la vie monacale la
oelle de Nouaillé comme résidence et il leur a imposé la règle de
saint Benoît en plaçant à leur tète l’ancien supérieur du prieuré,
le prêtre Hermenbertus, qui a pris alors seulement le titre de
monachus 1 et qui en cette qualité est désormais le < pater > des
Bénédictins 2 ; ou bien il a réformé seulement la celle de
Nouaillé en y introduisant, avec la règle, des moines réformés
du dehors, ce qui rendrait compte que plus tard les frères de
Saint-Hilaire, voulant opérer la séparation des deux éléments
religieux qui formaient leur congrégation, aient eu besoin de
recourir à Louis le Pieux pour obtenir l’autorisation, pour le
présent et l’avenir, de se retirer dans le monastère bénédictin
de Nouaillé, h la condition expresse de prendre avec l’habit du
moine la profession monacale et la résolution de se conformer h
toutes les exigences de la règle.
Dans le premier cas, il se serait produit k Saint-Hilaire de
Poitiers une scission analogue k celle qui se produisit quelques
années plus tard entre les moines et les chanoines de Saint-
Denis ; dans cette dernière abbaye, la réforme opérée par des
abbés étrangers k la maison avait eu pour résultat momentané
d’exiler les moines dans une celle et de leur constituer un tem¬
porel k part, tandis que les chanoines restaient maîtres de la
maison-mère 3 .
Dans le second cas, Aton aurait fait ce que devait faire deux
ans plus tard l’abbé de Saint-Martin de Tours, Alcuin, qui,
*
Filiberti patronis nostri et preclarissimi confessons Christi, quod est sitnm et
ab eo constractum in Herio maris insula, per largitatem sanctae recordationis
domni Karoli genitoris nostri et praestantissimi imperatoris adeptus, ut ordo
regularis qui olim in eodem loco a praefato sanctissimo viro institutus et moi¬
tié post eum temporibus laudabiliter ac decenter conservatus ... ad pristinam
revocaretur statum » (éd. L. Maître, Cunauld , son prieuré et ses archives, dans
la Bibliothèque de CÉcole des chartes , 1898, p. 250). Cf. R. Poupardin, Monu¬
ments de rhistoire des abbayes de Saint-Philibert. Paris, 1905, p. xxv, n. 2.
1. Puisque l'abbé nous présente lui-inéme son œuvre comme une partie
intégrante des réformes ecclésiastiques de Charlemagne, il me parait évident
que monachus a pris dans l'acte de 1 )8 le sens indéniable de moine bénédictin.
2. Pièces justificatives, n* VIII.
3. L. Levillain, Un état de redevances dues à la mense conventuelle de
Saint-Denis, p. 2-3.
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276
LES ORIGINES DU MONASTiRE DE NOUAILLÉ.
dans le monastère de Cormery, fondé par Ithier son prédéces¬
seur, appelait en 796 des moines de Septimanie déjà réformés
par saint Benoît d’Aniane 1 . Le rapprochement des deux cas
Saint-Hilaire et Nouaillé, Saint-Martin et Cormery, a tenté
D. Mabillon 2 qui, au gré de M. Pückert, l’aurait poussé trop
loin ; car, écrit ce dernier, « Cormery n’est nullement devenu
pour les moines de Saint-Martin, comme Nouaillé pour les
frères de Saint-Hilaire, un lieu de retraite ou de restauration de
la vie régulière » 3 . Si cette différence, que D. Mabillon n’a
point en effet signalée, existe bien 4 , il faut noter qu’elle ne date
que de 808 et qu’on n’est pas nécessairement en droit de dire
que, dès 794, la création d’un monastère bénédictin à Nouaillé
avait été accomplie en vue de la réforme de Saint-Hilaire-le-
Grand.
XII.
Nous en venons à distinguer deux étapes dans l’histoire de
la réforme de Nouaillé.
En 794, l’abbé de Saint-Hilaire-le-Grand, après avoir restauré
les bâtiments claustraux et l’église du monastère de Nouaillé, y
institua des moines bénédictins; il participa ainsi aux projets de
Charlemagne de réformer et d’étendre la religion monastique et
régulière. Il laissa Hermenbertus à la tête de la congrégation
nouvelle, mais celui-ci n’avait dû qu’à sa qualité nouvelle de
bénédictin de conserver l’administration de la celle. En même
temps, le monastère recevait l’entière propriété de son temporel,
puisque l’abbé de Saint-Hilaire s’interdisait et interdisait à ses
1. Alcuin, Epist. 250, éd. Duemmler, p. 404. Voir E.-R. Vaucelle, la Collé¬
giale de Saint-Martin de Tours, p. 40-41, 53 et 150.
2. Mabillon, Annales Bened., t. II, liv. XXVI, n* 25, p. 287.
3. W. Pückert, Aniane und Gellone, p. 15, n. 116. — Cet auteur admet
que le monastère de Poitiers était tombé aux mains d'un chapitre de cha¬
noines par suite d'un dérèglement : les textes, nos sources, ne le disent pas.
4. Aucun texte ne permet d'affirmer que Cormery ait eu la destination
qu'eut Nouaillé, car on ne peut pas invoquer le témoignage trop vague d’Al¬
cuin, disant que la congrégation de Cormery « a été d'abord composée de
frères venus de Gothie, où l'abbé Benoit a établi la vie régulière », mais que
« maintenant d'autres viennent se soumettre à une vie de sainteté >. Il se
peut que, parmi ces « autres », il y ait eu des membres de la congrégation
san-martinienne ; mais c’est là une simple hypothèse.
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LES ORIGINES DD MONASTERE DE NODAILLÉ.
277
successeurs de disposer en aucun cas des biens du prieuré 1 . 11
fallait bien constituer une mense propre au prieuré, donner plus
de fixité au temporel qui devait fournir à la subsistance du trou¬
peau monastique (ad, alendam gregem ibidem, congregatam ) :
conséquence inéluctable de la règle bénédictine qui impose aux
sectateurs de saint Benoît l’obligation stricte de se dépouiller de
tout, de ne jamais plus rien posséder en propre, et de tout
attendre des mains de l'abbé qui doit assurer le « subsidium
temporale » des moines sur les revenus de la propriété commune
du monastère 2 .
Cette constitution d’un temporel affecté en toute propriété
aux besoins des moines avait pour conséquence la nécessité de
demander l’immunité pour le nouvel établissement et ses biens,
afin de leur assurer sans contestation possible le bénéfice du
régime privilégié sous lequel ils se trouvaient auparavant
comme membres de la basilique poitevine 3 .
Toutefois, le monastère de Nouaillé restait à l’égard de Saint-
Hilaire-le-Grand dans une dépendance étroite; c’était toujours
une celle, mais une celle de rang abbatial 4 , dont l’abbé de Saint-
Hilaire continuait d’être le chef suprême et de nommer le
« pater » 5 . Il est même bien possible que la basilique de Poitiers
ait reçu, après 794, du monastère une redevance annuelle qui
aurait attesté la subordination de celui-ci à celle-là, puisque, en
808, Louis le Pieux, se défendant de vouloir faire œuvre de
scission tout en enlevant à l’abbé de Saint-Hilaire le pouvoir de
dissiper les biens de Nouaillé, affecte cependant une rente
annuelle de vingt sous sur le trésor royal, « scilicet si forte de
ipso cenobiolo ad supradictum monasterium redditus fuisset for-
1. Pièces justificatives, n“ VI et VIII.
2. Benedicti régula monachorvm, c. xxxui, éd. Wœllïlin, p. 38; Concil.
Aquisgranense, ann. 816, c. cxv, p. 397.
3. Pièces justificatives, n* VI.
4. C'est aussi la situation de Cormery, comme l’a bien vu M. l’abbé Vau-
celle, la Collégiale de Saint-Martin, p. 151. Mais cet auteur n'a pas assez
précisé; un texte permettait d'affirmer que le monastère était une celle abba¬
tiale. Loup de Ferrières, recommandant à l'abbé de Saint-Martin, Hilduin,
son parent, Odacer, abbé de Cormery, lui dit : « Peto etiam, ut propinquum
meum abbalero cellae vestrae, quae dicitur Cor., ... honorifice suscipiatis... »
(Epist. 97. éd. Duemmler, p. 86).
5. Pièces justificatives, n* VIII. On sait que « pater » et « abbas » sont
synonymes.
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278 LES ORIGINES DU MONASTÈRE DE NOUAILLÉ.
sitan qaalisiibet abba per hanc occasionem illuc ingredere...
A cette dernière date, les liens de dépendance furent quelque
peu relâchés. La réforme vise alors spécialement Saint-Hilaire-
le-Grand ; elle n’est plus l’œuvre d’Aton, du moins cet abbé n’est
plus nommé; à la requête des frères, le roi Louis d’Aquitaine,
disciple docile du grand réformateur d’Aniane, prenait sur lui
d’autoriser la séparation des deux éléments qui vivaient jus¬
qu’alors juxtaposés dans le monastère de la basilique poitevine,
c’est-à-dire de ceux qui « monachicam vitam ducere videntur »
et de ceux qui « cannonicam institutionem pleniter ... debent
observare » ; et d’affecter le monastère de Nouaillé, dans le pré¬
sent et l’avenir, comme lieu de retraite pour tous les chanoines
qui se sentiraient attirés par les rigueurs de la loi bénédictine.
Il ne pouvait plus désormais y avoir, dans l’établissement san-
hilarien de Poitiers, confusion entre les deux ordres de religieux,
puisqu’on évacuait sans cesse sur Nouaillé ceux pour qui la vie
canoniale n’était plus assez étroite. Mais les moines qui entreront
par cette voie dans le monastère de Nouaillé continueront de
reconnaître l’hégémonie de la collégiale. A l’occasion de cette
réforme, Louis renouvelle l’immunité de Nouaillé et concède
aux moines bénédictins la liberté de l’élection abbatiale 1 2 .
En définitive, Nouaillé restait soumis à Saint-Hilaire; mais de
simple prieuré, il était devenu celle abbatiale et bénédictine, en
possession d’un temporel absolument distinct, et libre de choisir
son supérieur. Les textes postérieurs confirment cette condition
du monastère restauré.
XIII.
Concluons : le monastère Saint-Hilaire de Nouaillé, dont
l’église fut dédiée à Notre-Dame, fut construit, je crois, par un
abbé de Saint-Hilaire-le-Grand, Chroscelmus, peu de temps,
quelques années peut-être, avant que l’évêque de Poitiers réunît
à ce monastère la celle de MazeroÜes entre 678 et 697.
Aussi loin qu’on peut remonter dans son histoire, Nouaillé
1. Pièces justificatives, n* IX.
2. Pièces justificatives, n* IX. — Au sujet de l’élection abbatiale, bien que
le texte n’en parle pas, je suppose que les moines de Nouaillé n’avaient pas
seulement à obtenir la permission et le consentement du roi, mais aussi l’au-
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LES ORIGINES DD MONASTERE DE NOUAILLÉ.
279
n’est jamais qu’un prieuré de la grande basilique poitevine :
cette dépendance éclate surtout dans la qualité du supérieur de
la celle comme dans l’administration des biens dont, seuls, ceux
qui ont fait l’objet d’un acte de gestion ou d’un procès nous
sont connus.
S’il est possible que le monastère ait à l’origine abrité des
moines soumis à la règle réformée de Luxeuil, — ce qui n’est
pas suffisamment établi, — il est certain qu’à la fin du vm® siècle
la vie régulière y était abolie et qu’on y pratiquait le genre de
vie de la collégiale poitevine.
L’abbé Aton, de Saint-Hilaire-le-Grand, un apôtre de la
réforme bénédictine, entreprit de faire de Nouaillé une maison
de moines bénédictins : en 794, cette réforme était accomplie.
Si nous ne pouvons pas préciser toutes les conditions dans
lesquelles se fit l’introduction des premiers moines à Nouaillé,
nous savons que le nombre des fils de saint Benoît s’accrut par
la venue des frères de la grande abbaye de Poitiers qui cher¬
chèrent à gagner le ciel par la « voie royale », comme on disait
alors.
Nouaillé fut promu au rang de celle abbatiale, c'est-à-dire
d’abbaye bénédictine dépendant d’une autre abbaye qui, elle,
par la réforme de 808, rejetant du sein de la congrégation qui
vivait dans son cloître l’élément monacal, fut désormais une
collégiale soumise à la vie canoniale sans mélange.
L. Levillain.
torisation de l’abbé de Saint-Hilaire, pour procéder au choix de leur abbé :
peut-être même y a-t-il 1&, dans le texte qui nous est parvenu en original,
un lapsus du scribe, puisqu'il y a une faute certaine « per nostram permis-
sionem et consensu ». — Dans un diplôme de Pépin I*' d’Aquitaine (24 juin
827), on lit : « ... et abbatem, si eorum [abbas] viam univers? carnis abiret,
per Fulconis successoramque ejus consentaneara voluntatem elige[ndi] potes-
tatem [habeant] » (éd. Rédet, Mém. de la Soc. des Anliq. de Couest, année
1847, p. G). Foulques était abbé de Saint-Hilaire-le-Grand,
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PIÈCES JUSTIFICATIVES.
I.
Fin vu* siècle (678-697 environ).
Fragment du testament attribué à l’évêque Ansoaldus de Poi¬
tiers : l'auteur du document réunit la celle de Mazerolles
au monastère innomé de iabbé Chroscelmus et fait des
donations à l’hôpital qu'il a fondé à Poitiers.
A. Original perdu.
B. Copie du xi* siècle, parchemin perdu, d’après A.
C . Copie de D. Fonteneau, bibliothèque municipale de Poitiers, coll.
D. Fonteneau, t. XXI, p. 11, d’après B*. — D. Copie de D. Estien-
not, Antiquitatum in dioecesi Pictaviensi Benedictini Ordinis
pars IIP, Bibl. nat., lat. 12757, p. 195 (extrait).
a. Mabillon, Annales Ordinis sancti Benedicti, t. I, p. 474-475,
d’après D (extrait). — b. Gallia christiana, t. II, col. 1153 (extrait).
— c. Bréquigny et La Porte du Theil, Diplomata , Chartae, pars I,
t. I, n° 236, d’après B. — d. Pardessus, Diplomata, t. II, n° 438,
p. 239, d’après c et C. — e. De la Ménardière, Introduction à l’histoire
des établissements de charité à Poitiers, appendice, dans Mémoires
de la Société des Antiquaires de l’ouest, t. XXXVII, p. 35. —
f. Joseph Tardif, les Chartes mérovingiennes de l’abbaye de
Noirmoutier (extrait en partie de la Nouvelle Revue historique de
droit français et étranger, t. XXII, p. 763-790), Paris, 1899, in-8°,
p. 30, n° IV.
1. Si l'on en croyait le copiste, — et les deux derniers éditeurs repro¬
duisent ici son dire, — la transcription de C aurait été faite d'après l'original
perdu du chartrier de l'abbaye de Nouaillé. La correction des désinences
casuelles permet de douter. Hais, en outre, l'édition de Bréquigny, établie
d’après un fragment de parchemin du xr ou du xii* siècle conservé dans le
chartrier de Nouaillé, est trop semblable A la copie de D. Fonteneau pour
qu’on puisse croire que le modèle de celle-ci ne soit pas le document B.
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281
LES ORIGINES DU MONASTÈRE DE NOUAILL^.
Maciriolas* cellula super amnem Vigennam® *, quara desertam
absque cultoribus vel officium reddilum inveni, quara postea restau-
rare et reintegrare fecimus, in qua sanctum Dei peregrinura ex
genere Scotorum, nomen Homanum, episcopum cura suis pere-
grinis constitui redorera, et institueram ut ipsi pcregrini inibidem
perseverarent ; sed dura contigil mors ipsius sancti Dei et ex ipsis
talis non fuerat rector qui hoc gubernare deberet, ne ipsum opus
factum periret, ipsam cellulam venerabili in Christo fratri nostro
Chroscelmo abbati commendavi suoque monasterio conjunxi ut
simul in unum conglutinati raelius Domino servirent consolati.
Precor ut haec institucio, quam propter amorem Christi vel com¬
pendium servorum Dei feci, flrmum et inconvulsum permaneat,
sinodoxiura paupCrum, id est egrotorum et debilium, intra muros
Pictavis civitalis nostro opéré constructum, in quo et oratorium in
honore sancti Luce évangéliste aediflcare jussiraus, et constituimus
ut semper sint numéro duodecim egrotantium, cum unus invaluerit
de inflrmitate et recedit, alter egrotus in ejus introeat locum. Locella
vero que ad sustentationem ipsorum pauperura, unde victum et
vestitum vel necessaria habere possint, tam de ratione ecclesiae vel
de quolibet adtracto, ibidem semper, quorum sunt vocabula, Asi-
naria 3 in pago Briosinse 4 , Orcandogelus 5 in pago Ingolininse® quem
inlustris matrona Cartaria nobis donavil, Prantiaco villa 7 que est
super amnem Vedauna 8 , et Lentiaco* quem Leotbertus dericus
nobis habere flrmavit, et Lucaniaco <v quem Erpoaldus per nostrum
а. Vingennam, c.
1. Mazerol les, c&nt. de Lussac-le-ChAteau, arr. de Montraorillon, dép. de la
Vienne (L. Rédet, Dict. topogr. de la Vienne).
2. La Vienne.
3. Asnières, cant. de Brioux, arr. de Melle, Deux-Sèvres (J. Tardif, op. cil.,
p. 31).
4. Le Briançais (Longnon, Atlas historique de la France , p. 148).
5. Orgedeuil, cant. de Montbron, arr. d’Angoulême, dép. de la Charente
(J. Tardif, loc. cil.).
б. L’Angoumois.
7. Pranzay, comm. et cant. de Lusignan, arr. de Poitiers, dép. de la
Vienne (L. Rédet, Dict. lopogr. de la Vienne).
8. La Vonne, affluent du Clain.
9. Peut-être Lansac, hameau de Champniers, cant. et arr. d'Angouléme,
dép. de la Charente (J. Tardif, loc. cil.).
10. Probablement Leugny, village de Saint-Jean-de-Sauves, cant. de Mon-
contour, arr. de Loodun, dép. de la Vienne (J. Tardif, loc. cil.).
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282
LES ORIGINES DU MONASTÈRE DE NOUAILLÉ.
beneflcium habuit, haec vero Iocella cum ediftciolis, terris, vineis,
silvis, pratis, hominibus tara ingenuis quam servis, cura omnibus
beneflciis in se habentibus, cura pecuniis, peccoribus utriusque
generis vel sexus, volo ut orani tempore ad ipsum senodoxiolium
proflciat. Quod vero senodociolum cura omni constructione vel pre-
fata Iocella in omnibus nutrilo ac fideli nostro Guidobaldo corami-
simus ... [adjministrationem vel gubernacionem omniaque eorum
necessa[ria] ... fuerint suppleantur, precorque dictis successoribus
nostris per T[rinitatem] inseparabilem ut diebus vite ipsius ...
numque de ejus potestate ... sinodocioli auferatur nec nihii
exinde m... a .
II.
780, juillet.
Mutation de biens et de serfs entre Saint-H ilaire-le-Grand
et sa celle de Nouaillé, placés respectivement sous le gou¬
vernement de l’abbé Aper et de son prêtre Hermenbertus,
A. Original, archives de la Vienne, carton 8, Nouaillé n° I.
D. Copie de D. Barnabé Du Cas, Fasciculus antiquitatum Nobilia -
censium, p. 387, archives de la Société des Antiquaires de l'ouest,
1*° série, 1 er carton, pièce 2. — C. Copie de D. Estiennot, Antiqui-
tatum in dioecesi Pictaviensi Denedictini Ordinis pars ///•, Bibl.
nat., lat. 12757, p. 240. — D. Copie de D. Fonteneau, bibl. municipale
de Poitiers, coll. D. Fonteneau, t. XXI, p. 19. — E. Copie de Gai-
gnières, Chartularium monasterii Nobiliacensis , Bibl. nat.,
lat. 5450, fol. 31.
a. L. Rédet, dans Bibliothèque de l’École des chartes , 1 M série,
t. II, p. 77. — b. Du même, Documents pour l’histoire de l’église
de Saint-Hilaire, t. I, p. 2, n° 2, dans Mémoires de la Société des
Antiquaires de l’ouest, année 1847 (Poitiers, 1848, in-8°).
^ In Xpî nomen, venerabilis vir Aper, abba, rector ex monasti-
rio sancti Helarii ... et Ioca congruentia pro comunis conpendiis
placuit nobis fj* ut aliquas reiculas raonastirii ex cella Novaliacinse,
ubi Hermenbertus presbiter noster recto r esse cernitur, conmutare
deberemus, |* quod ita et fecimus. Providentes utriusque, recepi-
mus partibus monastirii de racione Novaliacinse, in villa cujus
o. omis, c.
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LES ORIGINES DU MONASTàRB DE NOUAI LL283
vocabulum est Bonogilo *, (J 1 2 3 4 Cambone* seo et Justiaco 3 , mansis,
villaris, vineis, terris, pralis, silvis, [cum ho]m[ine] nomen Donato
cum infantis suis quatuor et nepcias su[as], II 8 his nominibus
Juliane, Octolenane, cum infantis eorum et alius heredis ip[sorum]
qui sunt ad requirendo cum integritate ; recepitll 6 aecontra Hermen-
bertus presbiter partibus Novaliacinse locello cujus voc[abulum
est] ... danitus, quantum Ansfredus clericus per sua epistula
p[artes] || 7 sancti Helarii confirmavit habere, cum hominis ibitem
conmanentes Leodeg...io, Landrado cum infantis eorum cum inte¬
gritate. B 8 Et sic volumus ut duas convenentias® uno tenore con-
scriptas, una quem nos ha[beamus, alterja quem Hermenberthus
vel pars Novaliacinse habere debeat, [J® firmavimus et confratribus
nostris adfirmare rogavimus. Ego Aper (parafe). ^ Agomarus acsi
indignus (parafe). îfc Gundoenus (parafe ). |j 10 Godofredus (NT :
presbyter subscripsi). ^ Natalis (NT : clericus). ^ Ansfredus.
îfc Arnulfus (NT : clericus). Alexander (NT : presbyter in
Christo)* ... Dumfraxinnus c (parafe) || 44 Agli...s (parafe). %
Bertefredus (parafe). % ... (parafe). ^ Bernulfus (parafe).
Abbo (parafe ). | 4 * Bob...* presbiter (parafe). # Sigradus (parafe).
...ddradus (parafe). ^ Edenus clericus (parafe). jfi Brunicos
(parafe). |] 48 ^ (NT : Christus). Agoberthus (parafe). Agoma¬
rus (N T : clericus) (parafe). B 44 facta conmutacione in mens,
jul. ann. XII. régnante Carolo rege. # Bertholinus*.
III.
[780], 17 novembre, vendredi.
Notice d'un accord intervenu entre Hermenbertus , recteur de
a. Sic , A ; lisez convenientias. — b. Cette souscription est en interligne
au-dessus de celle de Dumfraxinnus qui 5Ut'{. — c. Devant ce nom il y a
des signes dont la signification m'échappe. — d. Le second b est suivi dune
abréviation assez semblable à notre chiffre 2. Fautril lire Bobur?— e. Cette
souscription se trouve juste au-dessous de celle d Agomarus à la ligne pré¬
cédente; c'est par hasard qu’elle est rejetée après la date.
1. Bonneuil, village, oomm. de Saint-Martin-la-Rivière, cant. de C ha u vigny,
arr. de Montmorillon, dép. de la Vienne (L. Rédet, Dict. topogr. de la Vienne).
2. Caïn bon, hameau, comm. de Quinçay, cant. de Vooillé, arr. de Poitiers,
dép. de la Vienne (L. Rédet, op. cil.).
3. Joussé, cant. de Charroux, arr. de Civray, dép. de la Vienne (L. Rédet,
op. cit.).
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284
LES ORIGINES DU MONASTERE DE ROUilLL^.
la celle de Nouaillé , et N., au sujet des bois de Mamay et
d’Artron que Frotselmus avait donnés à Saint-Hilaire avec
la celle de Nouaillé et que N., [qui avait reçu du prieur de
Nouaillé Constantin certains droits d'usage dans des bois ?],
réclamait comme sa propriété allodiale .
A. Original perdu.
B. Copie de D. Estiennot, Antiquitatum in dioecesi Pictaviensi
Benedictini Ordinis pars IIP, Bibl. nat., lat. 12757, p. 241, d’après
A. — C. Copie de D. Fontencau, bibl. municipale de Poitiers, coll.
D. Fonteneau, t. XXI, p. 27 (cf. p. 30), d’après B , revu et corrigé
d'après A.
Notitia qualiter vel quibus presentibus ubi venions Ennenbertus
rector ex cellola Nobiliaco die veneris, xvn. die quod fecit mensus
november, in ilia silva Matriniacinse* et Artroninse* ad ilia fossa
quid ... Unde ante hos dies lams a ex ipsa silva porcos ad homines
sancti Hilarii presumpseratducere, quae postea Constantino praepo-
sito ex cellola Nobiliaco ... suum alode facere volebat. Hermenbertus
e contra inlendebat quod de eo tempore postquam Frotselmus* testa-
mentum partibus sancti Hilarii ad (lrmaverat... cum cellola Nobi-
Kaco, communiter ex ipsa silva sui ancessoris usque in hodiernum
diem fuerant vestiti ad partibus Nobiliacinse, excepto illos defensus
gavione c ... et ad heredes suos, et nullus homo post mortem ipsius
FrotseImo rf , pascionem e vel pasluricium/ partibus sancti Hilarii
Nobiliacinse vel ad homines sancti Hilarii Matriniacinse vel Artro-
ninse nunquam intendideral, et taliter quo[ru]m* qui subterflrma-
verunt ibidem fuit repertum quod nullus homo ipsa silva partibus
sancti Hilarii Matriniacinse et Artroninse ... contendere non pete-
bat. Sic in invicem se concedentes cum pace ipsum placitum flnie-
runt. His presentibus actum fuit, Constantinus, Aigobertus, 3
f Dadone, S f Jordane, 8 f Hueberto, 3 -f* Ermendramno, 8
•f* Ainardo, 8 *f*...
Rognante Karolo rege. Benedictus clericus rogitus scripsit.
a. Sic, B, C. — b. Frolfelmns, C. — c. Sic, C; detemp... pour defensus
gavione, B; cf. C (p. 30). — d. Frolfelmo, C. — e. passionem, B. — f. pas-
chericium, B. — g. quorain, C (p. 27) ; quovam, C (p. 30) ; quojam, B.
1. Marnay, cant. de Vivonne, arr. de Poitiers, dép. de la Vienne (L. Rédet,
Dici. topogr. de la Vienne).
2. Artron, château et hameau, comm. d'Usson, cant. de Gençay, arr. de
Civray, dép. de la Vienne (L. Rédet, op. cil.).
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LES ORIGINES DU MONASTÈRE DE NOUAILLÈ.
285
IV.
780, 18 novembre, samedi, Poitiers.
Notice d’un plaid tenu par le comte Abbon assisté de l’abbé
Aepron, dans lequel le clerc Arembertus revendique, contre
des détenteurs illégitimes, un bien sis à Lussac et qui était
du temporel de Nouaillé.
A. Original perdu.
B. Copie de D. Esticnnot, Antiquitatum in dioecesi Pictaviensi
Benedictini Ordinis pars ///•, Bibl. nat., lat. 12757, p. 253, d’après
A. — C. Copie de D. Fonteneau, bibl. municipale de Poitiers, coll.
D. Fonteneau, t. XXI, p. 31, d’après B.
Notitiaa quibus praesentibus veniens Arembertus clericus die
sabbathi Pictavis civitate qualiter fuit presens in mensis november
dies x et octo coram Abbone comité vel seniore suo Aeprone abbate
repetibat adversusalicos homines ... Abolomieri; dicebatquod man-
sio sancti Helarii in villa Luciago * de ratione Novaliacinse, ubi
Dodina colona sancti Helarii visa sunt* ... raalo ordine possederint
in rebus, in aquis ..., eoque praesente quaesita responsit quod ipsa
in corte nec suos haeredes non debere gavia habere, sed alium ...
dixit quod de super Castro légitima initio habebant, per quid ipsa
mansa faciebant ; et in ipso initio in dies xv et eveniat dies sabba-
thus in ipsa civitate coram ipso comité, confirmaverunt etiam et
ipsi Arembertus ipso Abolomiere cum suos et ipsis quod villa
sancti Helarii de ipsa ratione Novaliacense ... Luciago modo redde-
ret, possederet simili ter initium sora pati ad ipsa placita*, acflrma-
verunt per quid ipsa villa possederint. His praesentibus factum fuit
S Thodoenus advocatus Abbon. comit.
S A. rf Matheo. S Yebrado. 8 Ghodoleno. 8 Hluduicus. 8 Melardo.
8 Conadelo. 8 Wannigo. 8 Warnecardo. 8 Dotino. 8 Bertramo...
a. Nous reproduisons ce texte tel que nous le livrent les copies sam pro¬
poser de corrections de mots qui seraient arbitraires dam cette langue
informe et parfois inintelligible. — b. Sic, B, C. — c. Phrase inintelligible.
— d. Sic , B, C. Cet A devait être une +.
1. Lussac, ch.-l. de cant., arr. de Montmorillon, dép. de la Vienne (L. Rédet,
Dict. topogr. de la Vienne).
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286 LES ORIGINES DO MONASTÈRE DE KO OA I LL È.
Data in anno XIII rognante domno Karolo rege in monse novem-
ber. Math a .
V.
780, l* r décembre, vendredi, Poitiers.
Notice d’un plaid tenu par le comte Abbon et l’abbé Jepron,
dans lequel Hermenbertus de Nouaillé revendique la pos¬
session de Jassay dont un certain Gratianus était devenu
détenteur à la suite d’un échange avec l’abbé prédécesseur
d’Abolomierus.
A. Original perdu.
B. Copie de D. Barnabé Du Cas, Fasciculus antiquitatum Nobi-
liacensium, arch. de la Société des Antiquaires de l’ouest, 1” série,
!•' carton, pièce 2, p. 385. — C. Copie de D. Estiennot, Antiquita¬
tum in dioecesi Pictaviensi Benedictini Ordinis pars III% Bibl.
nat., lat. 12757, p. 239. — D. Copie de D. Fonteneau, bibl. municipale
de Poitiers, coll. D. Fonteneau, t. XXI, p. 35, d'après B et C.
a. Besly, Histoire des comtes de Poitou, preuves, p. 149. —
b. Mabillon*, Annales ordinis sancti Benedicti, t. II, p. 710-711.
— c. Mabillon, op. cit., t. II, p. 716.
Indiq. : Bréquigny, Table des diplômes, p. 127, sous l’année 793.
Notitia ubi venions Abolomierus sexta feria, ipsa die cal. decemb.*,
Pictavis civitate inter duas ecclesias ante Abbonem comitem seu et
lepronem abbatem ad placitum ilium quem contra Ilermenbertum
ex cellola* Nobiliaco habebat Gratianus, unde ipsa die scripturae
initium legilimum praesentare deberet, per quod locellum nuncupa-
tum Jaciacus* de ratione Novaliacensi possèdent. Ad praesens Abo-
a. Ce nom, écrit en abrégé, était suivi de signes qui étaient peut-être un
seing manuel de scribe. — b. kalendis decembris, b. — c. cellula, b, c.
1. Mabillon semble avoir eu connaissance de deux autres copies que celle
de D. Estiennot, dont il avait, nous le savons par lui-même, les Antiquitates
entre les mains.
2. Rédet, Dict. topogr. de la Vienne, déclare ignorer ce qu'est Jaciacus, et
il reproduit l'opinion de M. de la Fontenelle, Histoire des ducs d Aquitaine,
p. 51, qui voit dans ce domaine Saint-Maurice, cant. de Gençay, arr. de
Civray, dép. de la Vienne, ou le hameau de même nom, comm. de Dangé,
cant. et arr. de Chêtellerault, dép. de la Vienne. — M. Alfred Richard, His¬
toire des comtes de Poitou, t. I, p. 4, identifie Jaciacus A Jassay, cant. de la
Mothe-Saint-Héraye, arr. de Melle, dép. des Deux-Sèvres.
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LES OftlGMES DU KOlfASTKtE DE NODAILLÉ.
287
lomierus advenit et concambium de nominato Gratiano ibidem
praesentavit a quomodo decessor ipsius Abbomiere* abba prout
Gratiano ipsum locellum concamiaverat. Et Hermenbertus ad prae-
sens notitias ostendit ad relegendum quomodo clerici sancti Hilarii,
postquam ipse concamius c fuit factus Gratiano, ante Waifarium
principem miserunt in rationes pro cellola rf Novaliaci quod malo
ordine ipse Gratianus ipsam cum appenditiis possedebat*, et testa-
mentum de nominato Hernoberto/ante cessionem ipsius Waifario*
principi nomine Uncgarius A praesentaverat, quomodo ipse Jaciacus
ad partes sancti Hilarii pervenerat, inspectoque ipso testament© ipse
Gratianus ipsum Jaciacum tensare 1 ’ non potuerat et per suos
wadios-' ipsam cellam cum reliquis appenditiis suis partibus sancti
Hilarii reddiderat et Uncgario*pro ipsa cella fidejussores donaverat.
Relicta' ipsa notitia, taliter ipsi viri dixerunt quod m quando probi
homines judicantes ante ipsum corn item adveniebant ad alias causas
judicandum, lune ita causa melius judicata esse poterat vel ab ipso
comité vel venerabili viro Ieprone" abbate. Etiam et ad invicem
litigatores convenit ut, quando ipse cornes in ipsam civitatem adven-
taret et missus ab ipso comité apud missum ipsius Hermenberti 0 ,
ipse Abolomierus denuntiabit in legitimo placito ante ipsum comi-
tem ipse Abolomierus advenisse p deberet ad hanc causam retiocinan-
dum apud ipsum Hermenbertum vel missum de partibus sancti
Hilarii. Taliter ipse Abolomierus visus fuit spondere. His praesen-
tibus actum fuit.
S? *f- Abbone comité. S *f* Matheo r . 8 -j* Sideberto. 8 -f* Dolinus.
8 *f* Ermedrinus. 8 f Ermentreus. 8 f Theodrado*. 8 -j- Dodone.
8 -j* Gacilone. 8 *f* Ermerigo. 8 f etc. Sign. f etc.
Data in mense decembri in an n o 13. f régnante Carolo rege.
VI.
794, 3 août, le Palais.
Louis , roi d'Aquitaine , à la demande de l’abbé Aton son
a. presentavit, B, C; praesentaret, b. — b. Abomiere, b. Corrigez Abolo-
mieri. — c. concammius, B. — d. cellula, b, c. — e. possidebat, c. — f. Hir-
noberto, c. — g. Werfario, B. — A. Unegarias, b , c. — ». tentare, e. —
j. vadios, b , c. — k. Unegario, b, c. — l. Sic, B, C, D, a, c; lisez relecta, b,
— m. ad, b, c. — ». Jepprooc, B, b. — o. Hermemberti, b. — p. advenire, b.
— q.B met partout Sign. au lieu de ce signe. — r. Mathaeo, b, c. — s. Theo-
drode, c. — t. decimo tertio, b, c.
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288
LES ORIGINES DO MONASTÈRE DE NOUAILLÉ.
parent , confirme le monastère bénédictin nouvellement
établi à Nouaillé dans la possession des biens réunis à la
celle de Nouaillé par l’abbé Aton, par le prêtre Hermenber-
tus , recteur de cette celle , et anciennement par les évêques
Ansaldus , Ebarcius, Gaozbertus et par d’autres catholiques ;
il octroie l’immunité audit monastère et abandonne les
droits du fisc pour l’entretien du luminaire et les besoins
des frères.
A. Original autrefois scellé, arch. de la Vienne, carton 8, Nouaillé
n° 2.
B. Copie de D. Barnabé Du Cas, Fasciculxis antiquilatum Nobi-
liacensium, arch. de la Société des Antiquaires de l’ouest, 1” série,
l ep carton, pièce 2, p. 374. — C. Copie de D. Estiennot, Antiquitatum
in dioecesi Pictaviensi Benedictini Ordinis pars III m , Bibl. nat.,
lat. 12757, p. 237. — D. Copie de D. Fonteneau, bibl. municipale de
Poitiers, coll. D. Fonteneau, t. XXI, p. 45.
a. Mabillon, Annales ordinis sancti Benedicti, t. II, p. 715, n° 33.
— b. Gallia christiana, t. II, instrumenta, col. 346. — c. Dom Bou¬
quet, Recueil des historiens de France , t. VI, p. 452. — d. Migne,
Patrologie latine , t. CIV, col. 979.
Indiq. : Bréquigny, Table des diplômés, t. I, p. 127, sous l’année
793. — Bôhmer, Regesta, p. 28, n° 202. — Bôhmer-Mühlbacher,
Regesta, t. I. 1™ édition (1889), p. 211, n° 497; 2 e édition (par Joli.
Lechner, 1908), p. 235, n° 516.
* ^ HLodolcus gracia Del rex ▲qultaniorom. In Xpi nomine
noble rectnm esse videtur ut qnandoque ecclesiastld viri
c&thollci et Del sacerdotes, clerici et |J a pauperes ad nostram
petent clemenciam, eis regalis potestas tuicionem inperciat qui flde-
liter ad nostram desiderant® pertingere magnificenciam ; et Xpô au-
spici sine dubio plenius credimus divina misericordia nobis exaudire,
II* si peticionibus sacerdotum placitis auribus obaudimus et ea que
recta poposcerint ad efTectum perducimus. Denique ostensum est in
conspectu nostro per magnifico viro et parente nostro Atone diacono
atque abbate statula (I 4 quam ipse ex ore gloriosissimi et genitoris
mei regis Caroli summumque catholicum sumsit 6 , qualiter cellola,
cujus vocabulum est Novaliacus, de racione sancti Hilarii sita in
a. Ce mot , dune encre pâlie, est écrit en interligne. — b. Sic, À. Corrigez
surnpsit.
i
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LES ORIGINES DU MONASTÈRE DE NOUAILLÈ. 289
loco quieto et valde congrus ad habitacione a servorum Dei et paupe-
rum juxta possibilitatem loci illius, monacos 6 qui secundum sancti
Benedicti régula degeredel>erentinstituit,etvenerabilis vir jammemo*
ratus domnus Alo abba parens noster, fidelisimus c domno et genitore
meo et noster, || 6 nobis subtiliter suggessit ut ipsa cella vel reiculas
quas ipse ibidem detullit necnon et hocquod Hermcnt)crtus sacerdus
rector ipsius cellole ibidem condrmavit et illas conjunctiones quas
anleriori ponteilci Pictavensis, qucm || 7 nos recognovimus, Ansal-
dus, Ebarcius et Gaozbertus ad ipsam cellam detullcrunl vel Dei
timentes et viri catholici inantea conferre voluerint, per nostram
munificenciam sempcr sit conjunctum et numquam sil inlerruptum.
Precipiendo precipimus fl 8 universis fidelibus nostrisepiscopis, abba-
tibus, ducibus, comilibus, vicariis, centenariis, telonariis* vel
omnibus missis noslris discurrentibus seu qui curam publicam et
privatam habere noscunlur, ut in reiculas prefate cellole vel homines
D’eorum* ubique conmanentibus qui ibidem recte aspiciunt nullum
quam tempore ad causas audiendas vel freda undiquc exigenda seu
mansiones aut paratas faciendum vel quascumque reddibutiones
requirendas |j <0 ingredi non présumant; sed pro integra firmitale
petiil memoratus domnus Ato abba suique monachi ut circa ipsa
cella Dei/per nostram auctorilatem in omnibus confirmare debere-
mus, quod pro reverencia domini ;| H et patronis noslri bealissimi
Hilarii benignissimo animo illud prestitisse vel confirmasse conpe-
rite. Et quicquid exinde fiscus noster augmentare potuerit, inspe-
ctam nostram llrmitatem, sicut per|| ,3 emunitatesanteriorum regum
declaratum fuisse indultum tam de ipsas res que presenli tempore
ad ipsa casa Dei légitimé obtingunt quam et de eas quae a Deo
timentibus hominibus ibidem in antea H 43 fueril condonatum, in
Iuminaribus ipsius sancti loci vel stipendia monachorum perpétua-
liter debeat proflcere in augmenlis quatenus ipsa congregatio pro
stabilitate regni nostri raelius delectet Domini misericordia* adten-
tius |i 14 exorare. Et ut hec precepcio flrmiorem habeatur et melius
a. Sic, A. — b. Le scribe de la chancellerie avait écrit monacus. Le cor¬
recteur, qui, plus haut, a écrit le mot désirant, a fermé l'a pour en faire
un o. — c. Sic, A. — d. telenariis, A, corrigé en telonariis, à l'encre pâle. —
e. Avec ce mot, c'est-à-dire au commencement de la ligne 9, l'encre est plus
pâle; l'écriture, plus grosse que la précédente, est cependant bien de la
même époque. —- f. Je lis Dei; mais l'abréviation au-dessus de di a une
telle forme que, dans les copies, D. Du Cas, D. Estiennot et D. Fonteneau
ont écrit Domini. — g. Sic, A.
1910 19
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290 LES OKIGOra DD HOlfASliftE DB HOCAILLÏ.
conservetur, subter eam decrevimus adfirmare. f In Dei nomine
Reginpertus seu indignus vocatus episcopi a sive cappalanus Hlodo-
wico regis Acquitaniorum |J 45 subsc. Signum 6 Magnario. Signum
Immone. Signum Adalberto. Signum Erlaldo. Signum Garico.
Signum Witfredo. Signum Ademaro. Signum Raganfredo. || 4 *
Signum Bicone. Signum Gislemaro. Item signum Garico.
îfc A[mu(?)]lus (parafe). Signum Harialdo. Signum Abbone.
|| 47 Jalinus clericus (parafe). Signum Wadone*.
f | 48 Signum (monogramme) d [Hlodoloi] e gloriosianimi regis.
(Sceau.)
|| 49 Actum Jogundiago 4 palatio nostro. I) 98 Data m. nonas a[ugu]s-
tas anno XX .../ regis et anno XIIII. regni nostri.
f' Bgo Hildigarins advioem Deodati snbs. (ruche) s.
VII.
[795]*, 27 avril, lundi.
Notice d’un plaid tenu par les missi de Louis , roi d’Aqui -
o. Sic, A. — b. Ici et partout dans la suite le mot est abrégé Sign, avec une
abréviation supérieure, et le dernier jambage de l'a se continue par une
petite barre horizontale coupée par un trait vertical : peut-être faudrait-il
traduire cela par une croix comme l’ont fait les copistes de la pièce précé¬
dente. — c. Les souscriptions sont autographes. — d. Le monogramme est bâti
sur une croix dont le centre est occupé par un o en losange. — e. Restitué
d'après R, C, D. — f. La date était anciennement déjà illisible ou peu
lisible en cet endroit. C, qui omet la ligne de date et la souscription de
chancellerie, a été complété postérieurement, en ce qui concerne la date, de
la façon suivante : Data vi nonas augusias anno XX.XI1I1 regni
nostri. Actum Jogundiago palatio nostro. — Mais B, C et D donnent
anno XXV.regn.regis. Il faut restituer : anno XX[V1I
regni Garoli gloriosissirni] regis. A noter la disposition anormale de cette
date où TActum précède le Data. Mais T Actum, écrit à droite et au-dessous
du sceau, a dû être écrit après que la chancellerie avait daté le diplôme.
— g. La souscription royale, la date et la souscription de chancellerie sont
d une autre main que la teneur et sont d’une écriture très fine et déliée.
1. Le Palais, cant. et arr. de Limoges, dép. de la Haute-Vienne (A. Richard,
Histoire des comtes de Poitou, t. I, p. 4). Voir cette identification déjà légi¬
timée dans une importante Dissertation sur la situation de l’ancien palais
de Jocundiaque de Moreau (Bibl. nat., coll. Moreau, t. 284, p. 130).
2. Dom Fontenean a donné, & ce document, la date du 28 aTril 791, et cette
date a été reproduite par Mabille, le Royaume d’Aquitaine et ses marches ,
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LES ORIGINES DU MONASTERE DE IfOUAILL^. 291
laine, dans lequel est jugé un procès entre particuliers au
sujet de biens situés à le Pin-Saint-Denis (?) en Aunis.
A. Original perdu.
B. Copie de D. Estiennot, Antiquitatum in dioecesi Pictaviensi
Benedictini Ordinis pars III*, Bibl. nat., lat. 12757, p. 255. —
C. Copie de D. Fonteneau, bibl. municipale de Poitiers, coll. D. Fon-
teneau, t. XXI, p. 41, d’après B.
Notitia qualiter venions Odascira die lunis v. kalendas mai
Pictavis civitate in aede sancti et domni Helari coram Aldebaldo
et Hermingaude misso domno Klodowich rege Aquitaniorum vel
aliis venerabilibus, qui cum Adrarde ... infensi repetibat adversus
alicos istos nomine Faresmundo dicebant eo quod alode suo in pago
Adeasnise 4 in villa que dicitur Pino*, quod ilia mediet... et quod
p. 39, et par A. Richard, Histoire des comtes de Poitou, t. I, p. 4. Elle est
doublement erronée : le cinquième jour des calendes de mai répond au 27 avril
et non au 28; et le 28 avril 791 ne tombe pas un lundi, mais un jeudi.
Le 27 avril étant un mercredi en 791, il y a contradiction entre la date de
jour exprimée dans la teneur de la notice et la date d'année exprimée au bas
du document, la vingt-troisième année du règne de Charlemagne donnant bien
791. Où est l'erreur? Supposons qu'elle soit dans le quantième des calendes.
Les copistes, même les scribes, ont souvent commis la faute de prendre v
pour ii ou inversement : la correction u pour v est inacceptable, parce que
le 30 avril fut un samedi et non un lundi. Mais D. Fonteneau nous dit
quelque part qu'il faut traduire l'iitioripov g par v, alors que cela équivaut,
comme chacun le sait, à vt : en corrigeant ainsi le texte, nous n’arrivons pas
encore à un résultat satisfaisant, car le 26 avril correspond à un mardi.
Comme toute autre correction serait arbitraire, il semble que l'erreur doit
être cherchée ailleurs.
Si nous faisons subir les mêmes opérations & la date d'année, xxui
devient ou xxvi ou xxci (= xxvu), c'est-à-dire 794 ou 795. Or, en l'an¬
née 795, le 27 avril était bien un lundi. En conséquence, n’est-ce pas le
chiffre des années du règne de Charlemagne qu'il convient de corriger? On
objectera peut-être que D. Fonteneau, par le fait même qu'il nous a prévenus
que g égalait v, ne pouvait pas lire m au lieu de ci ; mais je ferai remarquer
que, dans l'espèce, D. Fonteneau n'a pas vu l'original et que son texte est
une copie de la transcription de D. Estiennot, qui, lui, ne nous a pas dit
comment il lisait l'im'oritiov.
Cette correctioo, qui me paraît s’imposer, fait de notre acte le dernier
document dans lequel le comte Abbon soit mentionné. Cf. A. Richard, op. cit.,
t. I, p. 4.
1. Adeasnise parait être une cacographie. D. Fonteneau (t. XXI, p. 42) tra¬
duit ce mot par Aunis, et il est suivi par Mabille, op. cit., p. 39, et par
Richard, toc. cil.
2. Dom Fonteneau (t. XXI, p. 43) identifiait Pino avec le domaine do Pin,
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29 2
LES ORIGINES DD MONASTB&E DE NODAILL^.
ilia media ilia alia medielate qui ei erat débita, ad habendum, et ipsa
aede a apud suam silvam judicatum fuit in ipsa die et probari debere
ipsi Faramundo post se malere impedire et dim... indebiti sortem
coram ipsis missis se recognovit et per vadius suus Faremundus
de portione sua, de quorum in ilia medietatc nominatus Faremundus
ipsius Abisanae vel filio suo Condraldo reddet pretio quod necessa-
rium fuit Abisanae et felio suo Condraldo notitia recipere et fecisse
scum*. Actum fuit Afrialdo in advocatione Adelbaldi et Hcrmen-
gaudi missos. S Dodone. 8 Abbonis comitis. 8 Rotberto. 8 Ermein-
berto c . 8 Iiegemberto... Data in mense aprili anno XXIII . d
régnante Karolo rege. Theodoricus [parafe).
VIII.
798, mars.
Charte double d’Aton, évêque de Saintes et abbé de Saint-
Hilaire de Poitiers , et d'Hermenbertus , recteur de Nouaillé,
portant reconstruction du monastère de Nouaillé , restitu¬
tion audit monastère des domaines de Jouarenne et de
Chaunay , et promesse de prières perpétuelles et journalières
pour l’évêque abbé Aton.
A. Original perdu.
H. Copie figurée du xi* siècle, arch. de la Vienne, carton 8, Nouaillé
n° 3.
C. Copie de D. Barnabe Du Cas, Fasciculus antiquitatum Nobi-
liacensium, arch. de la Société des Antiquaires de l’ouest, 1™ série,
1 er carton, pièce 2, p. 372. — D. Copie de D. Estiennot, Antiquita¬
tum in dioecesi Pidaviensi Benedictini Ordinis pars IIP, Bibl.
nat., lat. 12757, p. 233. — E. Copie de D. Fonteneau, bibl. munici¬
pale de Poitiers, coll. D. Fonteneau, t. XXI, p. 57, d’après C, corrigé
d'après B par D. Mazet 1 .
«. die corrigé en aede, B. — b. Sic, B, C. Celle abréviation, qui correcte¬
ment doit se lire sanctum, signifie probablement ici sacramentum. — c. Sic.
B, C. Corrigez Ermemberto. — d. Sic, B, C. Corrigez XXVII ( voir p. 290, ». 2).
à quelques lieues de Poitiers, où exista une abbaye dite l’abbaye du Pin
(comm. de Bérugcs, dép. de la Vienne). — Le Pin-Saint-Denis, village, cant.
et arr. de Saint-Jean-d’Angély, dép. de la Charente-Inférieure (A. Richard,
loc. cit.), convient mieux.
I. D. Mazet a ajouté de sa main : « J'ai vn l’original sur lequel j'ai cor¬
rigé cette copie. Cet original, qui est endommagé en plusieurs endroits, est
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LES ORIGINES DD MONAST&HE DE NOOAILLé.
293
a. Le Cointe, Annales ecclesiastici Francorum , a. 812, t. VIII,
p. 160, d° 40 (fragment). — b. Gallia christiana, t. II, instrumenta,
col. 345.
Indiq. : Bréquigny, Table des diplômes, t. I, p. 131.
1 ^ Pervigil pastor curam gérât de suis creditis ovibus ne forte
lupus ille fraudulus qui semper rapiendi paratus est callidus inve-
niendi locum nequeat nec de manu pastoris vorare IP ovem valeat ;
ut ait Salvator : pastor bonus suam ponit pro ovibus animam * ; et
Gregorius : qui non dat suam pro ovibus substantiam, quomodo
pro hisdaturus est animam ? || 8 Igitur in Dei nomen ego Ato humi-
lis et servus servorum Dei ultimus, pontifex urbis Sa[nctonicae]
sancti Pétri ecclesiae senioris canonice necnon et rector monaslerii
sancti Hilarii U 4 situm prope Pictavis, ubi ipse sanctissimus huma-
tus esse videtur, monente summum catholicum domnum regem
Carolum gloriosum ut u[nusq]uisque pastor curam gérât super
gregem ||* sibi commissum vigilanti animo"; notumque est magni-
fico nobile domno Hlodoici* rege necnon et suis optimatis et viris
catholicis quod aliquod monasterium, cujus || 6 vocabulum est Nobi-
liacus, ubi a nobis pater ibidem preesse videtur Hermenbertus
sacerdos, de ratione sancti Hilarii et in suo sancto nomine çditum
situmque in loco D 7 quieto et valde congruum ad habitandos mona-
chos, ipsum renovavimus et m[onacho]s ibidem instituimus ad
mercedem comulandam domnorum regum et nostram. || 8 Locella,
quas c a longo tempore ex ipso fuerant ablata, propter nécessitâtes
monachorum et pauperum subplendas necnon et nostra facinora
abluenda reddendo conjuximus* || 9 vel adherere fecimus, quarum
sunt vocabula : una qui dicitur Jouarinna* et est inter Alona 3 et
a. La phrase reste inachevée. — b. La syllabe do est écrite en interligne
au-dessus dun grattage. — c. .Sic, B. — d. Sic, B. Corrigez conjunximus.
dans le trésor des religieux de Noüaillé, layette de Jouarenne » (coll. D. Fon-
teneau, t. XXI, p. 68). L'original dont parle D. Mazet n’est pas autre chose
que notre copie figurée, et cette copie figurée est du xi* siècle et non pas,
comme on l’a dit, du ix*.
1. Joan., X, 11.
2. Jouarenne, village à cheval sur les communes d’Alonne et de Château-
Larcher, cant. de la Villedieu, arr. de Poitiers, dép. de la Vienne (L. Rédet,
Dict. topogr. de la Vienne).
3. Alonne, cant. de la Villedieu, arr. de Poitiers, dép. de la Vienne
(L. Rédet, op. cil.).
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294
LES 01IGUTE8 DD MONASTERE DE IfODAlui.
alveum Cladra 1 2 3 , et alia Colnago* qui eet in Briosinse pago*. Il 40
Humili preee deposcor omnipotenti Domino ut semper bona digne-
tur augere suis ibidem servientcs famulis. Ex intimo corde et prumto
animo uni versos successoresque nostros || 44 firmiter conjuro et per
Trinitatem inseparabil[e]m conslringo ut supradicla locella vel alias
ad ipsum monasterium a viris catholicis adlatas numquam audeant
abstrahere, ||' a sed semper sint adjunclas vel adunatas ad alendam
gregem ibidem congregatam. Si quis per temeritate aliquis ausus
fuerit abstoll[ere], damnandum sentiat a Domino in profundum
II' 3 infernum. El ut haec conjuncta (Irmiorem habeatur vigorem,
manu nostra propria subter affirmavimus et confratres nostr[os] vel
nobiles viros post nos [I 44 ad roborandum decrevimus. Et ego Her-
menbertus acsi indignus sacerdos et monachus una cum meis fra-
tribus pariter libentissimo animo promisimus ad prefato pontifice
|j 4S domno Atone nobile pastorique nostro piissimo ut, dummodo
advivimus, per singulos dies propria missa pro eum celebrare debea-
mus, et ad omnes cursos unum psalmum in orationemll 46 decantare
faciamus. Unde et successoribus nostris, qui post nos in ipsum
monasterium [ve]nturi erunl, contes tare presummimus ut haec
supradicla domno Atone promissa g ' 7 numquam fiat dimissa, sed
incessanter pro salute anime ejus semper sit adimpleta.
Il 48 ^ Ego Ato indignus episcopus urbis Sanctonicç ecdesiae
hanc conjunctionem libentissimo animo fieri vel affirmare rogavi
[parafe). % Bodosindus acsi indignus presbiter seu custor || 49
sepulcri sancti Hilarii, jubente piisimo pontifice domno Atone
[parafe). % Arnulphus (parafe). ^ Aigobertus presbiter (parafe).
îf£ Frotbertus [parafe ). ^ Lonnaldus [parafe ). % Ragadeus pres¬
biter -j*. % Florenlius [parafe). || ao ^ Ibbo [parafe ). # Abbo
(parafe ). ^ Betolenusdiaconus [parafe). ^ Dodo clericus (parafe).
^ Madalfredus [parafe ). ||* 4 Ingobertus % Abbo clericus
[parafe). Gundolaicus (parafe). ^ Aldebertus [parafe ).
fl 11 Data in anno XXXI régnante domno Carolo rege in mense
marcio. # Bertramnus scripsit [parafe ).
1. Rivière, affluent du Glain.
2. Colnago n’a pas été, je crois, identifié. C’est probablement Chaunay,
cant. de Couhé, arr. de Poitiers, dép. de la Vienne, plutôt que Caunay (1 Col -
niacus), dans les Deux-Sèvres, qui était & l’époque carolingienne le chef-lieu
d’une viguerie (Longnon, Atlas historique de la France, texte, p. 148 et 174,
pl. IX) : l’un et l’autre se trouvent tn pago Briosinse.
3. Le Briançais (Longnon, op. cil., p. 148).
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LES ORIGINES DD MONASTÈRE DE NOOAILLÈ.
295
IX.
808, mai.
Diplôme de Louis le Pieux, roi d'Aquitaine, par lequel ce
prince, à la requête des chanoines de Saint-Hilaire de
Poitiers, concède, à ceux d'entre eux qui veulent mener la
vie cénobitique selon la règle de saint Benoît, Nouaillé
pour s’y retirer; s’engage à payer annuellement sur sa
cassette 20 sous à la fête de saint Hilaire, pour qu'ils aient,
entre autres choses, la permission d’élire leur abbé parmi
eux; oblige les membres de la collégiale qui resteront à
Saint-Hilaire à observer la vie canoniale ; enfin renouvelle
l’immunité.
A. Original mutilé, arch. de la Vienne, carton 8, Nouaillé u° 4*.
B. Copie du xi* siècle, arch. de la Vienne, môme cote que A,
d’après A.
C. Copie de D. Fonteneau, bibl. municipale de Poitiers, coll. D.
Fonteneau, t. XXI, p. 73, d’après A et B. — D. Copie de L. Itédct,
arch. de la Vienne, même cote que A et B, d’après A et B.
a. L. Rédet, dans Bibliothèque de l’École des chartes, 1” série,
t. II, p. 78. — b. Du même, Documents pour l’histoire de l’église
de Saint-Hilaire, t. I, p. 3, n° 3.
Indiq. : Bôhmer-Mühlbacher, Regesta, t. I, l re édition (1889),
p. 213, n° 500; 2 e édition (1908), p. 237, n° 519.
^ * Hlodowih * gratta Del rex Aquitanorum, Omnibus c epl-
a. Omit B. Cette copie du XI* siècle ne donne les lettres allongées que
jusqu'au mot fidelibus. Nous donnons ici les variantes de B, puisque nous
nous sommes servis de cette copie pour compléter le texte mutilé de A. —
b. Sic A; Hludovicus, B. — c. Avec un O majuscule dans A.
1. Dans son état actuel, le parchemin, qui devait avoir 0*52 de largeur, n'a
plus dans sa partie la plus large que 0*445; sa hauteur est de 0*445 égale¬
ment. Au dos, une cote ancienne est illisible; je ne suis arrivé A découvrir
que le mot previlegium. Une autre cote du xvu* ou du xvm* siècle porte :
« Layette 1, liasse 1, n* 2. Partie d’une chartre de Louis, roy d'Aquitaine, par
laquelle en suit de la requeste qui luy fut présentée par certains freres à ce
qu’il lui plust leur permettre de changer leur institut de chanoines, il leur
permet de se retirer au lieu appellé Nouaillé pour y mener une vie cenobi-
tique, etc. » Cotte I.
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296
LES ORIGINES DD MONASTERE DE NOUAILli.
scopls, obbatibua, docibaa, comitlbus, domaatiois, vioarlia, cen-
tenarila, se a ml sala dlacurrentibna Necnon et cunctia fldelibna
aanctae n Del el eccleslje^ et domni imperatorla ac noatria.
Qulcquid pro oportunitate aacerdotom ant aervornm Del agi-
mas hoo nobia] I 9 ad aeternam c beatitudinem vel stabilitatem
regni nostri pertinere confidimus. Igitur nolum sit omnium fîdelium
nostrorum rf magnitudini pracsentium scilicet et futurorum qualiter
fratres [ex monasterio sancti Hylarii Pictavensis ubi ipse gloriosus
corpore quiescit clementiam regni el celsitudinis nostrç, auxiliante
Deo,] ||* petierunt*, dum actenus illorum vila sub habitu canno-
nico/ constituta fuerat, eo quod illis vita artior^ libita fuerit et locum
talem exploratum haberent ubi vitam cenobialem * ducere potuissent
et in Dei servitio et ipsius pr[eciosi confessons ac pro nobis regni-
que nostri stabililate jugiter exorare debuissent, ut illis nos, Xpô
favente, ilia quç] || 4 petierunt* clementer concederemus. Quod nos
itaque, faciente miscricordia Dei, illis minime denegare [voluimujs,
sed libenti animo concedere el confirmare petitionem ipsorum decre*
vimus in loco qui dicitur Noviliacus', ut illuc [destinati et confir-
mati permancant in Dei servitio et supra memorali beatissimi con¬
fessons sub lege regulari sicuti] || 5 cenubialesy more antiquo
secundum conslitutionem * beati Benedicti vivere consuerunt et
actenus vivunt ita et istis victus et vestitus ibidem sufficiens tribua-
tur; ea* tamen conditionc"* ut omni tcmpore ad ipsum supra
m[emoratum locum ubi ipse gloriosus confessor quiescit magiste-
rium sufTerant, non tamen sub ordinatione alia nisi ad benefacien-
dum] li 6 propler diversos abbates quos saepe" nobis antecessoribus
successoribusque nostris mittere contingit propter rem p[ublic]am
perpctrandam. Et ut hoc tam praesentibus quamque el fuluris
pateat quod nos illud quasi ex [nostro et per nos in nostra defensione
et gubernalione habere volumus, non ab ilia casa Dei separando sed
illuc semper recipiendo et a nobis guber]- |P nando, ideirco de
caméra nostra annis singulis ad feslivitate 0 ipsius beati confessons
Ililarii* soledos* XX r donare faciemus ut* per hune censura comp-
tum fiat omnibus quod nos non separationis causa nec cupiditatis
a. sancte, B. — b. eccles..., A ; ccclç, B. — c. eternam, B. — d. Igitur
notum sit omnibus fideiibus nostris omnium fidelium nostrorum, B. — e. pecie-
runt, B. — f. canonico, B. — g. arc.ior, B. — h. cenobialem, B. — *. Nobi-
liacus, B. — j. cenobiales, B. — k. constitucionem, B. — l. Écrit avec un e
majuscule , A. — m. condicione, B. — n. sepe, B. — o. .S»c, A; festivila-
lein, B. — p. Hylabii, B. — q. solidos, B. — r. xx u , B. — s. Avec un u
majuscule , A.
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LES OftIGINES DD MONASTÈRE DE NOOAILL^.
297
nobis habendi vel aliubi a beneflciandi, [sed tantum modo Dei omni-
potentis et ipsius confessons servitium peragendi et pro nobis
regnique nostri stabilitate] j| 8 ibi jugiter exorandi ut nunc in prae-
senti vel in futuro in ipsa casa Dei enutriti 6 diverse 6 conditionis rf
tam lib[eri quam] servi et nunc et deinceps qui hanc vitam elegere*
voluerint quam sçpe/ supra memoravim[u]s, absque ill[iu]s abba-
tis contradictione eli[gere possinl illuc sicut diximus habitandi et Dei
servitium perpetrandi et pro nobis exorandi, vel per se] II* unacum
consensu fratrum suum abbatem tam in praesenti quamque et in
futuro elegendi * qui eos regulariter in Dei servitium gubernare
debeat. Ipsi vero qui supra memorato monasterio beati Hilarii*
remanere videntur, considéravimus una per Dei vo[luntatem, flde-
lium nostrorum consilio, ut, sicut isti in hanc cellulam divoluti
monachicam vitam ducere videntur, ut illi qui ibi] | 40 rémanent
cannonicam' inst[itutionem ple]niter in Dei voluntate nostroque
servitio debeant observare. Et hoc vos tam praesentes quam et
futures minime volumus ignorare, quam>ob causam hune ccnsum
de caméra nostra donare decrevimus scilicet si forte de ipso ce[no-
biolo ad supradictum monaslerium redditus fuisset forsitam qualis
libet abba per hanc occasionem illuc ingredereaut] [| 44 [e]xterminium
aut aliqua[m dissipation]em vel divisionem atque dissidiam in ipso
cenobiolo agere voluisset. Propterea de [nostro placuit donare] ut
nullum praevilegium* supra memoratus abba/ ibi habeat nisi tan¬
tum benef[aciendi et bona sicut cçteri Xpi emulatores ammonendi
nec habeat potestatem quicquid illic dissipandi nec quç ad rem
publicam pertinet ordinandi. His expletis, jubemus] II 49 omnibus"*
fldelibus domni imperatoris ac n nostris per hanc praeceptionem
nostram praesentibus et futuris ut nullus judex publicus super
ipsos monachos aut homines super terras eorum commanentes tam
ingenuis quam et servis qui per° ipsa casa Dei legibus [sperare
videntur vel ad ipsum monasterium aspiciunt in quibuslibet locis
ubicumque dicti monachi aliquid possidere] |] 43 [videntur ve]I dein¬
ceps in jure ipsius sancti loci voluerit divina pietas ampliare ingre-
dere nec ullam contrarietatem neque calumniam^ contra saepe 9
a . aliutn, B. Rédet a lu aliud; bien que l’encre ail beaucoup p&li, la lec¬
ture n’est pas douteuse. — b. enutrienti, B. — c. diverse, B. — d. condi-
cioois, B. — e. eligere, B. — f. sepe, B. — g. eligendi, B. — h. Hylaiui, B. —
i. canonicam, B. — J. Avec un q majuscule, A. — k. privilegium, B. —
I. abbas, B. — m. Avec un o majuscule, A. — n. bac, B. — o. pro, B. —
p. calnmpniam, B. — q. sepe, B.
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298
LES ORIGUIES DU MONASTERE DE NOUAILli.
dicto loco vel servientibus ipsius ecclesiae® facere non prae[sumat*.
Atque prae]c[ipimu]s ut neque c[oraes neque missi nostri neque
ulla judiciaria potestas aul ad freda exigenda vel paralas aut man-
siones faciendum in ipso sancto loco vel suis ,4 ||] c rebus ingredere
non praesumant, sed liceat eis absque malorum hominum tergiver-
sationes remota omni occasione quietos vivere vel resedere* in eli-
mosina* domni ac geniloris nostri vel nostra. El/ quando quide[m
divina vocatione abbas de praediclo monasterio de bac vita ad domi-
num migravit 4# || qjuamdiu ipsi monachi inter se taies invenire
potuerint qui secundum sanclum ordinem vel regulari norma degere
voluerint per nostram permissionem et consensu s liccntiam eligendi
habeant abbatem sicut [superius meminimus quatenus melius
delectet ipsos servos Dei qui ibidem Deo famulanlur pro nobis uxo-
rique ac liberis nostris attentius Domini ,# || mijsericordiam exorare.
Et A ut praesens auctoritas nostris et futuris temporibus inviolata 1 '
perdurare valeat, manus nostrae/ signaculis subter eam decrevimus
roborare et de anulo nostro [jussimus sigillari].
Il 17 Signnm * (monogramme) 1 Hlodolci m gloriosl— tint régis.
n . In Del nomine Helisachar ° re[cognovi] P.
| ,s [Datum in mense raaio a n no XXVIII] rognante [domino nostro
Illudovico rege Aquitanorum]?.
a. celle, B. — b. présumant, B. — c. A partir de la ligne 14 jusqu'à la
fin de la teneur, les commencements et fins de ligne sont incertains : c'est
pourquoi nous enfermons les traits verticaux de séparation dans les cro¬
chets carrés, et nous mettons les chiffres en ai'anl de ces traits verticaux
pour indiquer que le commencement de la ligne doit être cherché en avant.
— d. redere corrigé par suscriplion de la syllabe omise en resedere, A. —
e. helesmosina, B. — f. Avec un e majuscule, A. — g. Sic, A; concessu, B.
— h. Avec un e majuscule, A. — ». inviolatu, B. — j. nostre, B. — k. S. B.
— I. Omis B. Rédet (b, p. 5, n. 1) fait remarquer que le monogramme est
différent de ceux gravés dans la planche XXVI de la Diplomatique de Mabil-
lon. Il est construit sur C initiale du nom royal Hlodowih et se rapproche du
monogramme figuré dans Giry, Manuel de diplomatique, p. 722. — m. Ludo¬
vic», B. — n. omis ou plutôt lu ego, B. — o. Helisiachar, B. — p. cancella-
rius scripsi au lieu de recognovi, B. Rédet a proposé recognovit. Seules les
bases des premières lettres apparaissent. — q. Le texte étant déjà détérioré
du côté des souscriptions et de la date, comme le prouve la note précé¬
dente, B ne nous a livré qu'une date partielle et peut-être peu fidèle.
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L’ANCIEN
MANUSCRIT DE SAINT HILAIRE
N* 483 DE LA BIBLIOTHÈQUE DE L’ARSENAL.
En feuilletant les savantes recherches du Révérend Père
A.-L. Feder sur saint Hilaire de Poitiers, qui forment un des
plus récents fascicules des publications de l’Académie de Vienne 1 ,
j’ai remarqué plusieurs passages se rattachant à une question
qui m’a toujours vivement intéressé : les origines des anciens
manuscrits de nos bibliothèques.
En ce qui touche cet objet, le livre du P. Feder nous a mis
sur la voie de renseignements nouveaux pour l’histoire d’un des
plus curieux manuscrits du haut moyen âge que possède la
bibliothèque de l’Arsenal, le n° 483 : Recueil d’écrits de saint
Hilaire sur l’arianisme, dont le détail a été exactement donné
dans le Catalogue de M. Henry Martin 2 . Le P. Feder a très judi¬
cieusement identifié ce manuscrit avec le n° 32 des manuscrits
du château de Maffliers, dressé en septembre 1778 par Mercier,
abbé de Saint-Léger : Codex pergameneus X sœculo litteris
longobardicis exaratus in folio... Codex optimœ notœ. Le
dépouillement de l’abbé de Saint-Léger est conforme à la minu¬
tieuse description du ms. 483 de l’Arsenal rédigée parM. Henry
Martin. Le P. Fédéra seulement relevé à son droit l’impropriété
de la qualification donnée par Mercier à l’écriture du manu¬
scrit : litteris longobardicis. Les deux pages reproduites en
phototypie montrent que c’est un livre écrit en caractères caro¬
lingiens du ix e siècle.
Il est donc certain que le ms. 483 de l’Arsenal correspond au
1. Sitzungsberichte , 162 Band, 4 Abhaodlung. — Studien zu ffilarius von
Poitiers. 1. Von Alfred Leonhard Feder, S. J. Wien, 1910, in-8‘, 188 p. et 2 pl.
2. T. I, p. 332.
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300
l’ancien manuscrit de saint hilaire
ms. 32 de la bibliothèque du château de Maffiiers et qu’il fit
partie de la collection de manuscrits conservés dans ce château
au xviii* siècle. Compris dans la vente que le propriétaire fit en
1781 au marquis de Paulmy 1 , il fut alors incorporé dans la
bibliothèque que ce dernier avait installée dans les bâtiments de
l’Arsenal à Paris, où il est resté jusqu’à ce jour.
Où se trouvait le manuscrit des écrits de saint Hilaire sur
l’arianisme avant d’arriver entre les mains du baron d’Heiss?
Dom Pierre Coustant, qui l’employa pour son édition de saint
Hilaire, imprimée à Paris en 1693, dit 2 l’avoir eu en communi¬
cation de François Desraarets. C’était évidemment comme héri¬
tier en partie du dernier des Pithou que Desmarets le possédait
dans sa bibliothèque. Il l’avait recueilli dans la succession de
Pierre Pithou, petit-neveu de Pierre et de François, mort en
1687. Il dut être transporté au château de Palis vers le com¬
mencement du xviii' siècle. M. Babeau, qui s’est occupé de
la bibliothèque du château de Palis 3 , misérablement dispersée
pendant la Révolution, n’y a signalé que des manuscrits
modernes. Le recueil des écrits de saint Hilaire sur l’arianisme
avait dû en disparaître par suite de la vente faite en 1781 au
marquis de Paulmy.
Mais d’où venait le titre de Codex Pithœanus sous lequel est
habituellement cité le manuscrit depuis le commencement du
xvii* siècle? L’origine de cette dénomination est indiquée par
un humaniste très distingué, Nicolas Le Fèvre, à qui nous
devons l’édition princeps du Beati Hilarii ex opéré historico.
Dans deux dissertations publiées en 1903 4 au sujet de deux
lettres adressées au Père Sirmond, l’une touchant les épîtres de
saint Augustin écrites sur papyrus, l’autre touchant les frag¬
ments historiques de saint Hilaire, on a pu voir quels rapports
Nicolas Le Fèvre entretenait avec plusieurs des plus éminents
humanistes de son temps, et quelle confiance doit nous inspi-
1. Catalogue des manuscrits de la bibliothèque de VArsenal, t. VIII, p. 234.
2. P. 1402 : « Pithœanum exemplar quod v. c. Francisons Des Marés nobis
perhumane commodavit. »
3. Le Château de Palis et sa bibliothèque. Troyes, 1879, in-8* (extrait des
Mémoires de la Soc. acad. de F Aube).
4. L. Delisle, Deux lettres de Nicolas Le Fèvre au P. Sirmond, 1596-1599
(pièce publiée pour le jubilé de Gaston Boissier, 15 août 1903). — Le même,
Un feuillet retrouvé du recueil écrit sur papyrus de lettres et de sermons de
saint Augustin. Paris, 1903 (extrait de la Bibliothèque de VÉcole des chartes ,
t. LX1V).
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301
DE LA BIBLIOTHÈQUE DE l’ARSENAL.
rer son caractère. C’est uniquement sur son témoignage que
repose tout ce qui peut être dit de la découverte des précieux
fragments. Pierre Pithou les a trouvés à Paris en 1590, et il en
préparait la publication quand il mourut à Troyes, le 1 er novembre
1596, à 1 âge de cinquante-six ans. On n’a point divulgué les
noms des anciens détenteurs pour qu’ils n’eussent pas à rougir
d’avoir laissé dans les ténèbres des textes de grande valeur.
Telle est la version que le témoignage du premier éditeur a fait
prévaloir.
J’ai cru bon de reproduire textuellement ce que Nicolas
Le Fèvre dit à ce sujet dans la longue préface mise en tête
de la publication, sous forme d'épître dédicatoire adressée à
Jacques-Auguste de Thou. Ce que nous y lisons sur les rapports
de l’éditeur avec ses amis et coopérateurs offre le plus grand
intérêt :
Clarissimo viro Jacobo Augusto Thuano, sacri consistorii con-
siliario, senatusque Parisiensis præsidi doctissimo atque pruden-
tissimo, Nicolaus Faber, salutem.
Ecce tibi restituo, præses amplissime, beati Hilarii, Pictavensis
episcopi, librum a viro doctrina, prudentia morumque integritate
maximo, P. Pithœo suprema voiuntate reliclum meæque fidoi, ut
solidus ad te perveniret, id est sine ulla deductione et quam optimo
jure apud testatorem, fuit commissum. Munus est, si folia numéros,
non valde magnum, sed si auctoris dignitatem, si fatum libri, si rei
de qua tractat gravitatem considérés, ejusmodi ut non acceptissimum
esse nequeat. Tibi enim, omnium discipiinarum genere instructis-
simo, gallicæ salutis ac laudis amantissimo, et antiquæ pietatis ac
constantiæ studiosissimo, non potest non gratissimum esse, antiqui
scriptoris Galli, theologorum qui in Occidente floruerunt celeberrimi
ac disertissimi, excelsæque arboris, ut eum vocal beatus Hierony-
mus, qua ædificata est ecclesia Dei, ad hæc etiam fortissimi con¬
fessons librum, de gravissima omnium quæ umquam in Ecclesia
fuerunt controversia scriptum, post tôt annos e tenebris erutum,
clarissimi tui nominis auspiciis lucem aspicere.
... Quapropter ut divinæ Majestati pro hac eximia sui numinis
in nos benignitate numquam pro meritis dignas agere gratias vel
animo concipere possumus, ita etiam piis optimi viri et de genere
humano bene meriti Pithœi nostri manibus, cui nos hæc Frag¬
menta debere summa ilia Majestas voluit, parem gratiam referre
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302
l’iHCIEH MiRVBCBIT DE SAINT HILAIBE
vix ac ne vix quidem valeamus. Cum enim sic vit&m ipse instituis-
set, ut commoda publica ubique propriis negotiis præverteret, sævien-
teque Lutetiæ pestilentia, Augustobonam Tricassiura, quæ illud
nobis sidus ediderat, secessisset ; nactus a Francisco fratre, viro pro¬
pria Iaude virtutis et doctrinæ clarissimo et plane lanto fratri ger-
mano, vêtus exemplar fabularum Æsopiarum improbi, ut eum
vocal Martialis, Phædri, quo opéré eruditum Tiberii sæcuium
nihil venustius elegantiusve protulit, vel hujus sui secessus ratio-
nem publiée constare voluit. Ilaque procuratis characteribus pro
cap tu urbis quidem magnæ et frequentis, sed mercaturæ accommer-
cio penitus addictæ atque occupât», a litteris vero penitus alienæ,
elegantibus conductisque operis, illas fabulas suo sumptu atque hæc
Fragmenta typis vulgare constituit. In qua cogitatione absolutis
fabulis, hisque Fragmentis tantum non ad umbilicum perductis,
vir immortalitate dignissimus ad meliorem vitam assumptus est.
Adderem hoc loco unde hæc etiam Fragmenta eruerit, nisi bonis
viris ejusmodi rerum cognitionem profitentibus ruborem suffundere
vererer, qui delilescentis hujus in bibliothecis suis thesauri, vdut
gallus ille Æsopius unionis dignitatem non agnoverunt, vel agnitam
non sine publica jactura tam diu continuerunt. Dicam tantum, quod
prætermitti non potest, horum Fragmentorum unicum exemplar
Pithœum Lutetiæ anno salutis MDXC repertum habuisse. Non
magis enim noster ille sedecim tyrannis oppressa urbe, quam
Socrates triginta suas Athenas vexantibus, propositum vitæ decur-
sum philosophando remque publicam juvando intermisit. Unicum,
inquam, neque illud pervetus exemplar habuit, sed tantum abhinc
centum annis in charta, manu gallica, nec latinam linguam satis
percipiente, confusis dictionibus scriptam, quod præterea etiam
librorum Cassiani de incarnatione Christi epitomen eadem manu
scriptam contineret, illam fortasse quam Eucherium Lugdunensem
episcopum confecisse testis est Gennadius. Inde spem conceperat et
antiquum exemplar, unde recens illud exscriptum fuerat, aliunde
recuperari posse; quæ causa fuit cur tamdiu eorum editionem sus-
tinuerit. In quo certe illi hoc felicissime contigit, ut in publicandis
duobus istis eximiis antiquitatis monumentis, fato interceptus,
præclare actam vitæ fabulam illustriore fine veluti cygnea cantione
concluderet...
Q y a peut-être lieu de s’étonner du silence que Nicolas
Le Fèvre garde, dans cette épître, sur la bibliothèque dans
laquelle Pithou avait trouvé le manuscrit de saint Hilaire, et l’ex-
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303
DE LA MBUOTHiQUE DE l’aBSBVAL.
plication qu’il donne de son silence est difficile & admettre. U
ne faut pas, dit-il, faire rougir les possesseurs de manuscrits
qui n’ont pas apprécié la valeur des trésors de leurs biblio¬
thèques et qui ont laissé dans les ténèbres des textes qu’il
importait de faire connaître à la république des lettres. Fer¬
mons les yeux et prenons notre parti de ne pas savoir où
Pithou avait trouvé le fameux saint Hilaire. Appliquons à ce
grand savant ce que le regretté professeur de Munich, Ludwig
Traube, a dit des bibliophiles du xvi° siècle, accusés d’avoir lar¬
gement profité du pillage des abbayes françaises : Quem ad
modum potxti sint, latet, nec nos scire attinet , si tamen fures
fuerunt, iidem et sospitatores, quotntm tnemoriæ grattas
debemus pr'opter male facta, quæ nobis bene evenerint 1 .
Quoi qu’il en soit du cas de Pierre Pithou, nous devons user
d’indulgence. Ce n’est pas sa faute si les savants qui travail¬
laient avant la fin du xvr siècle n’ont pas joui des fragments de
saint Hilaire, mais c’est grâce à lui que les savants des siècles
postérieurs ont pu profiter d’un bon texte de ces écrits. Il vou¬
lait les publier aussitôt qu’il les eut à sa disposition et quand il
espérait bien les voir imprimés avec les caractères qu’il avait
fait venir à Troyes pour imprimer les Fables d’Esope. A l’ap¬
proche de la mort, il fit prendre solennellement à son ami Nicolas
Le Fèvre l’engagement de les publier sous les auspices de leur
ami commun le président de Thou. La dernière volonté du mou¬
rant fut religieusement exécutée par Nicolas Le Fèvre qui
n’épargna rien pour remplir dignement et à bref délai la charge
qu’il avait acceptée. Il ne se borna pas à reproduire et à com¬
menter le beau manuscrit du ix° siècle entré dans le cabinet de
Pithou : il étudia attentivement le manuscrit sur papier, cité un
peu plus haut, pour s’assurer si, malgré les graves imperfec¬
tions qu’il y avait reconnues, il n’y avait pas quelque parti à
en tirer. Ce manuscrit, qui a fait partie de la bibliothèque de
Colbert, est aujourd’hui à la Bibliothèque nationale, n° 1700 du
fonds latin, et les notes marginales que Le Fèvre avait ajoutées
sur les marges ont fixé l’attention des auteurs du Catalogue
imprimé au xvui® siècle 2 .
Je dois encore signaler un passage de l’épître dédicatoire adres-
t. Hieronymi Chronicorum codicis Floriacensis Fragmenta Leidensia , Pari-
sina , Vaticana phototypice édita. Lugduni Batav., A. W. Sijthoff, 1902, p. xvm.
2. T. III, p. 173 : « Saocti Hilarii, epiacopi PictaYieosis, Fragmenta ex
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304 ANCIEN MANUSCRIT DE SAINT HILAIRE.
sée au président de Thou. Nicolas Le Fèvre, dans son éloge de
Pierre Pithou, a eu soin de rappeler que son ami, pour donner
dans de meilleures conditions l’édition des Fables de Phèdre,
avait acheté les caractères qui servirent à imprimer l’édition
princeps des Fables d’Ésope dans la ville de Troyes, où les
lettres étaient alors moins en honneur que l’industrie et le com¬
merce. M. Louis Morin 1 , qui connaît à fond l'histoire de l’impri¬
merie troyenne, a bien voulu me faire savoir que ce qu’il avait
recueilli sur l’intervention de Pithou dans les affaires de l’impri¬
meur Oudot reposait uniquement sur une assertion de Grosley 2 .
Ce dernier auteur a dû connaître le témoignage d'un contempo¬
rain tel que Nicolas Le Fèvre, qui mérite d’être pris en très
sérieuse considération.
L. Delisle.
P.-S. — Au moment où je corrigeais l’épreuve de cette note,
j’ai reçu de Vienne le premier fascicule d’un recueil paléogra-
phique de premier ordre, qui fera le plus grand honneur à la
Bibliothèque impériale et royale. Il se publie sous la direction du
chevalier Josef von Karabacek et a pour titre : Monumenta
palœographica Vindobonensia. Il se compose de deux notices
du professeur Rudolf Beer, connu depuis longtemps par ses
études sur les manuscrits à peintures et sur l’histoire littéraire
de l’Espagne. Des deux notices qui remplissent les soixante-huit
pages de ce fascicule et qui contiennent un grand nombre de
fac-similés, la première fait connaître par le plus menu détail
l’exemplaire, copié sur papyrus en petits caractères semi-onciaux,
des écrits de saint Hilaire sur l’arianisme. La seconde notice a
pour sujet le Psautier qui passe pour avoir été envoyé par Char¬
lemagne au pape Adrien.
opéré bistorico; accedunt Nicolai Pabri emendationes ad marginem con-
jectffi. »
1. Le travail de M. L. Morin, communiqué au Congrès des Sociétés savantes
de 1910, sera publié dans ie Bulletin historique et philologique.
2. Les Troyens célèbres , t. II, p. 12.
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UNE PRÉTENDUE DISPENSE
DU
MARIAGE DE HENRI DE BOURDON
ET DE MARGUERITE DE FRANCE
EN AOÛT 1572.
Un des faits les mieux connus de l’histoire de nos guerres de
religion est certainement le mariage de Henri de Bourbon et de
Marguerite de France, célébré le 18 août 1572, quelques jours
seulement avant le massacre de la Saint-Barthélemy. Les
fameuses controverses suscitées par cette tuerie, les études spé¬
ciales auxquelles le mariage a donné lieu 1 ont éclairé singuliè¬
rement cette semaine tragique. Cependant, faute d’avoir com¬
mencé par une étude approfondie des sources, on n’a pu éviter
quelques erreurs de détail. En voici une assez curieuse :
On sait que, pour la bénédiction du mariage, une dispense de
l’Église était nécessaire non seulement à cause de la différence
de religion des deux jeunes gens, mais aussi à cause des liens
de parenté qui les unissaient. Cette dispense, Rome ne semblait
pas disposée à l’accorder. Comme son prédécesseur, Pie V, mort
le l ar mai 1572, Grégoire XIII s’obstinait dans un refus. Se
fiant peu aux belles paroles de la cour de France, qui lui pro¬
mettait la prochaine abjuration du roi de Navarre, il eût voulu
que celui-ci se convertît avant la cérémonie.
Cependant, autour de Charles IX, on avait hâte de voir le
mariage conclu. Pour diverses raisons, Coligny, Catherine de
1. J.-J.-C. Tauzin, le Mariage de Marguerite de Valois , dans Revue des
Questions historiques, 1906, t. □, p. 447 k 498.
1910 20
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306
UNE PRÉTENDUE DISPENSE
Médicis le désiraient ardemment. Devant l’obstination de Rome,
le jeune roi de France décida de passer outre : Henri de Bour¬
bon, protestant, épouserait sa cousine Marguerite de France,
catholique, sans l’autorisation du pape.
Mais on se heurta à une difficulté inattendue. On avait tout
prévu pour la cérémonie, et la bénédiction devait être donnée
par l’oncle du roi de Navarre, Charles, cardinal de Bourbon,
archevêque de Rouen, que sa qualité de prince du sang plaçait
au premier rang des prélats du royaume. Le cardinal s’y
refusa. Il déclara ne point pouvoir aller contre la volonté du
pape et attendit des ordres de Rome. Comme il était difficile, en
admettant même qu’on pût trouver un autre prélat d’un rang
certainement inférieur qui voulût bien bénir l’union, de négliger
le consentement d’un oncle et parrain, auquel Jeanne d’Albret
mourante avait recommandé de veiller sur son fils orphelin 1 , il
fallut différer le mariage.
Tous ceux qui l’attendaient, voyant ainsi retardée la réalisa¬
tion de leurs espérances, s’en prirent à l’archevêque de Rouen.
Ils étaient nombreux à la cour, huguenots ou partisans d’une
politique d’entente entre les deux factions; parmi les catho¬
liques intransigeants, seuls quelques affiliés des Lorrains osaient
s’y montrer. Le prélat fut en butte aux médisances, même aux
calomnies des mécontents. Comme nous le rapportent les his¬
toriens contemporains, on lui reprocha de ne point savoir se
libérer de vains scrupules de conscience. Bien plus, on l’accusa
de sacrifier l’intérêt de sa maison à l’intérêt de la maison rivale
de Lorraine. Et vraiment on ne peut guère comprendre l’entê¬
tement du cardinal, si l’on sait, comme les historiens nous l’ap¬
prennent, que le pape lui-même consentait presque au mariage
et qu’il lui avait fait connaître ses intentions par un bref parti¬
culier; mais les termes n’en parurent pas suffisamment clairs
au prélat, qui réclama de Grégoire XIII un consentement plus
explicite 2 .
On sait comment l’affaire se termina. Charles IX et Cathe-
1. [Simon Goulard,] Mémoire» de l'estai de France sous Charles neufiesme.
Meidelbourg, 1579, in-8*, 3 vol., t. I, fol. 168 v\
2. Mémoires de lestai de France, t. I, fol. 179; M. Pigucrre, VHistoire de
France... Paris, 1581, in-fol., p. 766; de Thou, Histoire universelle... Londres,
DU MARIAGE DE HENRI DE ROURBON ET DE MARGUERITE DE FRANCE. 307
rine de Médicis montrèrent an cardinal de Bourbon une lettre
qui, disaient-ils, venait directement de Rome; elle annonçait
l'arrivée prochaine de la dispense enfin arrachée à Grégoire XIII.
Il n’y avait plus lieu de différer. L’archevêque de Rouen célébra
le mariage le 18 août 1572.
On peut s’étonner de voir le prélat, si fermement résolu
quelques jours plus tôt à ne point bénir l’union sans mande¬
ment exprès du pape, y consentir si bénévolement sur la foi
d’une simple lettre, dont rien ne lui garantissait l’authenticité
et qui en réalité était fausse. On s’étonnera moins si l’on sait
que le cardinal, loin d’être opposé au mariage, le désirait de
toute son âme et que seuls de sincères scrupules de conscience
l’avaient retenu jusqu’alors. Si, aux premiers temps des négo¬
ciations, il avait manifesté quelque hésitation, le projet d’union
entre les deux maisons l’avait vite séduit et il s’en était montré
l’un des plus chauds partisans; il eût voulu seulement trouver
moins d’opposition chez le pape et il guettait le premier signe de
consentement pour le faire aboutir 1 .
Mais ces sentiments intimes, que nous révèle une étude du
personnage, sont en désaccord avec ceux que lui prêtent les
historiens les plus autorisés de l’époque, Simon Goulard, Piguerre,
Davila, de Thou, en nous affirmant l’existence d’une première
dispense que Grégoire XIII lui aurait fait parvenir? Les autres
gardent le silence, soit qu’ils négligent ce détail, soit qu’ils y
trouvent quelque obscurité 2 . Par la suite, le peu d’attention que
l’on porta au cardinal de Bourbon fit oublier l’importance de ce
1734, in-4*, 16 vol., I. VI, p. 376; Davila, Histoire des guerres civiles de
France... Amsterdam, 1757, in-4*, 3 vol., t. I, p. 402.
1. M. Tommaseo, Relations des ambassadeurs vénitiens..., t. Il, p. 254 :
« [H cardinale] in parte col suo per pet uo ossequio ha ridotle le cose a termine
che suo nipote, il principe di Navarra, di ri belle e inimico che prima era
chiamato dal re, al présente è, o presto sara, cognato délia MaestA sua; nel
quale negozio il procéder del cardinale ha concorso a si buono efletto.
2. Ni Pierre Matthieu dans son Histoire de France, ni d'Aubigné dans son
Histoire universelle, ni Belleforest dans ses Grandes Annales ne mentionnent
la première dispense, notant le mariage sans détail. Calipuli l'ignore égale*
ment dans Lo stratagème di Carlo IX re di Francia contro gli ugonotti
ribelli di Dio et suoi. Roma, 1572, in-4*. Quant à VariUas, Histoire de
Charles IX. Cologne, 1684, in-12, 2 vol., il déclare qu’une dispense régulière
était arrivée. Cf. t. II, p. 265.
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308
UNE PBfrENDVE DISPERSE
petit fait, et les deux seuls auteurs qui l’ont signalé, Désormeaux
dans son Histoire de la maison de Bourbon et Lefortier dans
son ouvrage sur la Saint-Barthélemy et les guerres de reli¬
gion en France , s’en sont tenus à l’assertion de leurs prédé¬
cesseurs 1 .
Examinons les témoignages des quatre historiens précités.
Simon Goulard, dans ses Mémoires de l’estât de France ,
déclare qu’une première dispense « n’estant pas assez ample
pour la conscience du cardinal de Bourbon, il la falut renvoyer
à Rome » 2 . Piguerre affirme que le prélat fit « renvoye[r] qué¬
rir une plus ample dispense que celle qu’on luy avoit fait
tenir » 3 . « Les termes [du bref de dispense] parurent insuffisans
au cardinal de Bourbon » 4 , dit Davila, et de Thou écrit que le
prélat « à qui le bref fut adressé parce qu’il en devoit faire la
cérémonie, n’en ayant pas été content, il en demanda un autre
plus précis, ce qui fit que le roi rejetta sur lui la faute de ce
retardement » 5 .
Il faut d’abord remarquer l’extrême rapidité avec laquelle les
quatre historiens mentionnent le fait. Aucun d’eux ne s’y
attarde, sans doute par faute de documentation. Et l’on peut
supposer que tous quatre l’ont tiré non de leurs propres souve¬
nirs, mais d’une source commune, à moins que les derniers
d’entre eux ne l’aient déjà emprunté aux premiers. En tout cas,
un seul texte serait à l’origine de la légende et on pourrait plus
facilement le suspecter d’inexactitude.
Il semble bien que ce texte primitif soit la rédaction intitulée
le Réveille-matin des François et de leurs voisins attribuée
à Nicolas Barnaud. Cet ouvrage parut pour la première fois sous
un titre différent au début de février 1573. On y lit : « ... pour
ce que le cardinal de Bourbon n’y osoit toucher sans dispense
du pape, qu’il luy avoit envoyé demander; laquelle après être
1. Désormeaux, Histoire de la maison de Bourbon... Paris, 1772-1788, in-4*,
5 vol., t. IV, p. 481 ; Lefortier, la Saint-Barthélemy et les premières guerres
de religion en France. Pari6, 1879, in-8*, p. 213.
2. [Simon Goulard,] Mémoires de lestât de France sous Charles neuflesme ,
t. 1, fol. 179.
3. M. Piguerre, lHistoire de France, p. 766.
4. Davila, Histoire des guerres civiles de France, t. I, p. 402.
5. De Thou, Histoire universelle, t. VI, p. 376.
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OU MARIAGE DE H EMU DE BOURBON ET DE MARGUERITE DE FRANCE. 309
venue et à son gré n’estant assez ample pour sa conscience, il
fallut renvoyer à Rome pour en avoir une à sa fantaisie 1 . »
L’œuvre de Barnaud est évidemment autre chose qu’un vul¬
gaire pamphlet, et son étendue et sa documentation doivent nous
prévenir en sa faveur. Cependant, on ne peut oublier qu’elle
fut rédigée par un protestant quelques semaines après le mas¬
sacre de la Saint-Barthélemy. Et si l’auteur fut présent à Paris
pendant ces tristes journées, on n’en relève pas moins chez lui
un certain nombre d'inexactitudes et de faussetés évidentes 2 .
D’ailleurs, peut-on se fier à son seul témoignage, lorsque pas
un ambassadeur étranger ne relate l’existence d’une première
dispense. Ni les dépêches italiennes, toscanes ou vénitiennes,
ni les espagnoles, ni les anglaises ne la mentionnent. Ce fait,
d’une importance considérable du moins pour les contemporains,
n’eût point échappé à la curiosité de tous ces étrangers, dont les
relations presque quotidiennes sont pour cette époque la plus
précieuse mine de renseignements.
Il faut donc croire à une erreur, volontaire ou non, de la part
de l’auteur du Réveille-matin , qui se retrouve chez les histo¬
riens suivants. Je dis volontaire ou non, car il est possible que
Barnaud fût de bonne foi en mentionnant cette première dis¬
pense. En effet, après la disparition de Jeanne d’Albret, morte
le 9 juin, on crut, et le cardinal de Bourbon plus que tout autre,
à l’abjuration prochaine du jeune roi de Navarre. Le prélat fit
part de ses sentiments à Grégoire XIII, qui lui répondit par un
bref daté du 7 juillet, où il l’exhortait à s’employer de tous ses
efforts à la conversion de son neveu et filleul; mais, du mariage
alors résolu, il ne parlait point 3 . Ce bref, qui vraisemblable¬
ment parvint à Paris dans les derniers jours de juillet, prêta
1. Le Réveille-matin des François et de leurs voisins , composé par Eusibe
Philadelphe, cosmopolite, en forme de dialogue , fut imprimé A Édimbourg
en 1574. Il avait paru dès 1573 sous ce titre : Dialogue auquel sont traitées
plusieurs choses advenues aux Luthériens et Huguenots de France :
ensemble certains points et avis nécessaires destre sceuz et suivis. BAle. Il
est imprimé en partie dans Cimber et Danjou, Archives curieuses de fhis-
toire de France , 1" série, l. VII.
2. J. Loiseleur, Trois énigmes historiques. La Saint-Barthélemy. Paris,
1882, in-8% p. 116.
3. Àug. Tbeiner, Annales ecclesiastici... Rome, 1856, in-fol., t. I, p. 48.
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310 MAEIAGE DE HEIIEI DE BOUBBOIf ET DE ■AEGOEBITE DE FEA1VCB.
peut-être à la confusion ; mais, véritablement, on ne peut y voir
un consentement du pape, même tacite, à l’union projetée.
Un fait qui tendrait à prouver que cette prétendue dispense
serait simplement le bref du 7 juillet, c’est que les historiens
déclarent qu'elle fut adressée au cardinal de Bourbon. Pourquoi
à lui particulièrement? Seul de Thou a été frappé de cette bizar¬
rerie; il a essayé de l’expliquer en donnant pour raison :
« Parce qu’il en devoit faire la cérémonie. »
Quoi qu’il en soit, il semble à peu près certain que cette pre¬
mière dispense jamais n’exista et qu’il faut rejeter les accusa¬
tions qu’en cette circonstance ont portées contre le cardinal de
Bourbon des historiens autorisés comme de Thou et Davila. La
lenteur du pape à accorder l’absolution après le massacre de la
Saint-Barthélemy suffirait presque à le prouver. Aussi doit-on
regretter une fois de plus de ne pas avoir encore l’étude appro¬
fondie des sources de la fin du xvi* siècle, qui rendra d’inap¬
préciables services en faisant justice de certains documents et
en révélant la richesse de mines bien peu exploitées.
Eugène Sàülnier.
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LETTRES DE GIOVANNI DALMATIO
AU CARDINAL FARNÈSE
(1558-1559).
Dans le Carteggio Famesiano des archives d’État de Parme
se trouve un nombre considérable de lettres de France, jusqu’ici
peu utilisées : correspondances de rois, de ministres, de capi¬
taines et d’agents diplomatiques, qui offrent un intérêt particu¬
lier pour l’histoire des relations politiques et religieuses des
Valois avec la famille Farnèse 1 .
Notre attention a été attirée par les lettres de Giovanni Dal-
matio au cardinal Farnèse. Ces lettres, originales, rédigées en
un français sobre et clair, sont remarquables par leur précision
et la valeur des informations qu’elles contiennent.
Dalmatio, qui signe en français « Dalmays », fut un agent du
cardinal Alexandre. Celui-ci, fils aîné de Pier Luigi et petit-fils
du pape Paul III, était le frère de cetOrazio, duc de Castro, qui
épousa la fille naturelle de Henri II, Diane, légitimée de France.
Il joua un rôle très important dans la politique italienne du roi
qui le pourvut d’innombrables bénéfices en France.
Mais, en octobre 1557, Henri II ayant appris que la famille
1. M. de Nolhac a extrait de cea archives des Lettres de la reine de Navarre
(Noces Péralé-Fabre. Paris, 1887, in-8*). Des lettres de Montmorency, Guise,
Monluc, La Noue, Soubise, etc. s'y trouvent, qui n'ont pas été utilisées par
les historiens de ces personnages. — Les meilleurs et plus récents travaux
sur la famille Farnèse sont : Carlo Capasso, la Politica di papa Paolo III
e l’Italia, t. I (Camerino, 1901, in-8*); Rafaello Massignan, Il primo duca
di Parma e Piacenza e la congiura del 1547 ( Arch. storico per le pro-
vincie Parmensi , nuova sérié, t. VU); Giulio Coggiola, / Famesi e il ducato
di Parma e Piacenza durante il ponlificalo di Paolo 1V (Arch. storico per
le provincie Parmensi, nuova sérié, l. III); Alberto del Prato, Il testamenlo
di Maria di Portogallo moglie di Alessandro Farnese (Ibidem , t. VIII).
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312
LETTRES DE GIOVANNI DALMATIO
Farnèse s’était alliée à Philippe II, les bénéfices du cardinal
Alexandre furent séquestrés, puis donnés à Hippolyte d’Este,
cardinal de Ferrare 1 . Pour tenter d’adoucir la colère du roi,
Giovanni Dalmatio fut alors envoyé à la cour de France. De cet
agent, nous ne savons rien : on peut affirmer cependant qu’il
possédait une culture très affinée et se servait avec une aisance
rare de la langue française. Les archives de Parme, outre les
lettres que nous publions, contiennent, d’autre part, un grand
nombre de lettres italiennes adressées par Dalmatio à des cor¬
respondants subalternes. De cet ensemble, écartant les lettres
d’affaires, nous n’avons retenu ici que les lettres qui offrent
un intérêt général.
La période pendant laquelle s’accomplit la mission de Dal¬
matio à la cour de France et dont sa correspondance - nous
donne l’histoire précise et détaillée pourrait s’appeler le
premier « ministère » des Guises, de la prise de Calais aux négo-
ciations de Cercamp. Le connétable de Montmorency, qui avait
dirigé pendant dix ans la politique française, était prisonnier,
depuis la bataille de Saint-Quentin, ainsi que son fils, et Coli-
gny, son neveu. Henri II se livra aux Lorrains. La prise de
Calais et de Guines consacra solennellement le crédit de Fran¬
çois de Guise.
Trois faits principaux marquent le caractère de cette période
de huit mois. Ce fut d’abord l’alliance de la maison de Valois
avec la maison de Lorraine, par l’union du dauphin François et
de Marie Stuart. Puis il faut noter la prépondérance donnée,
dans les conseils du roi, à la politique belliqueuse que les Guises
avaient toujours défendue contre les idées pacifiques de Montmo¬
rency : des préparatifs militaires extraordinaires furent accom¬
plis, grâce à l’appui des États de 1558. Cette politique belliqueuse
fut dirigée vers le nord du royaume et l’on abandonna les projets
italiens. Brissac, gouverneur de Piémont, qui vint demander des
1. L’agent du cardinal Farnèse lui écrivait, le 30 novembre 1557, de Saint-
Germain-en-Laye : « Le Roy m’a commandé vous dire deux choses : l’une qu’il
est fort inalcontent de Messieurs de la maison Farnèse pour leur ingratitude
et mesconnoissance de ses bienfaietz, et est délibéré de ne les tenir plus au
reng d’amitié qu'il a faict cy devant; plus, Sa Majesté m’a commandé vous
dire que vous et tous autres ministres de la maison Farnèse ayés A vous reti¬
rer hor6 la court et vous abstenir de leurs affaires de France » (Arch. di Stato
di P arma, Carteggio, Francia, A la date; original).
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AO CARDINAL FARN&SE.
313
secours, se vit menacé d’une disgrâce : le duc d’Aumale, frère
de François de Guise, parut même un moment devoir le rem¬
placer en Italie. Mais la manifestation la plus grave de la nou¬
velle politique fut une attaque violente dirigée contre les pro¬
testants : l’arrestation de d’Andelot, neveu du connétable de
Montmorency, et l’affaire du Pré-aux-Clercs produisirent un
scandale retentissant.
Dalmatio, en un style facile et concis, a noté la suite de ces
événements importants, s’attachant avec le même intérêt au
détail des fêtes, à l’organisation militaire, aux jeux de 1a
diplomatie et aux productions de la littérature. Ce mélange
d’humanisme et de politique offre un agrément particulier.
Il semble que Dalmatio ait quitté la cour de France en juillet
1558. Mais il y revint au début du règne de François II : la
dernière lettre que nous publions date de ce second séjour. Les
sources sûres de l’année 1558 sont très rares : c’est pourquoi
nous avons cru utile d’attirer l’attention sur cette corres¬
pondance.
Lucien Romier.
Paris, 25 janvier 1558.
Monseigneur,
... Vous aurés entendu par mes précédentes la prinse de Callais.
Despuis on dissimula de aller à Gravellines ; mays le sort est tumbé
sur Guynes 1 2 * 4 , qui a faict despendre beaucop de munition à cause
du chasteau qui estoyt tenu pour inexpugnable, et le xx* du présent
a esté prins par composition à discrétion et despuys led. chasteau
razé : au dedens y estoyt bonne garnison d'Angloys et quelque
nombre d’Espaignolz et, entre autres, ung capitaine nommé Mon-
dragone, quelques jours auparavant eschappé de la Bastille où il
avoit esté prisonnier de mons r d’Andelot, qui en ceste occasion l’a
recouvert*. Le Roy despartit pour aller à son camp le xvii* du pré-
1. On décida d’assiéger Guines parce que < Gaines importoit plus pour la
conservation de Calais > (Commentaires de François de Rabutin, éd. Michaud,
p. 582).
2. « Fut retenu prisonnier un capitaine espagnol que l’on appelloit Mont-
Dragon, lequel, auparavant, ayant esté prisonnier en la Bastille & Paris, s’es-
toit sauvé » ( Ibidem , p. 584).
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lett&es de giovanni dalmatio
sent, ensemble mons r le Daulfln*. Les Estas Généraux furent
achevé advant la despartie du Roy, la principale conclusion a esté
d’or et d’argent, à tant que le Roy tirera pour ceste année d’extra¬
ordinaire plus de vu milions d’or, dont les troys milions seront
payés par tout février, le demeurant par quartiers. Les autres
matières proposées ausd. Estas ont esté différées jusques à autre
diète, et cependant les poinctz ont esté baillés aux ambassadeurs
et commis des provinces pour les communicquer aux Estas provin¬
ciaux. Les deux nepveux de nostre Sainct Père ont heu leur congé,
et ce jourd’huy s’esloignent. Ilz passeront par Avignon et de là à
Marseille*. L’on a icy faict de grans et riches comptes de la guerre
Italique et victoyre de vostre voisin 1 2 3 . Mais le bon succès des affaires
de par deçà faict tenir les autres derrière la tapisserie. Etc.
De Paris, ce xxv* janvyer 1558.
Vostre très humble, etc.
Dalmays.
Au dos : A monseigneur le cardinal de Farnèze.
(Arcb. di Slato di Parma, Carteggio, Francia; original.)
Monseigneur,
Paris, 5 février 1558.
... Le Roy arriva icy hier revenant de Callais. Son camp est
rompu et desparti par les garnisons sans casser personne, en atten¬
dant le bon temps et la venue d’une autre grosse levée tant Suysses
que Allemans, que l’on s’attend avoyr par deçà par tout le moys
de mars, à tout le moins Jehan Fédéric, puisné de Saxe 4 , qui doibl
conduire grand nombre de pistoliers jusque à cinq mil et ung régi¬
ment de piétons, à tant que l’on faict compte de soixante mille payes
1. Rabutin ne donne pas la date dn départ du roi et dit seulement :
« Quelques jours ensuyvans il parfit son voyage de Calais » (p. 589).
2. U s’agit des petits-neveux de Paul IV. Voy. G. Duruy, le Cardinal Carlo
Carafa (Paris, 1882, in-8‘), p. 280.
3. Allusion aux hostilités que dirigeaient les Impériaux, avec l'appui du
duc de Parme et du duc de Florence, contre le duc de Ferrare, allié du roi de
France.
4. Frère de Jean-Guillaume, duc de Saxe.
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AD CARDINAL FARXàSE.
315
d’estrangers, tant à pied que à cheval, pour ceste prime. L’on a
voulu dire mi mil Italiens parmy, mais je n’y veoys aucung indice
ny apparance.
L’on a novelles fresches de Levant et confirmation de l’armée
plus grosse et plus prompte que par le passé et à deux costés. Il se
parle de fere passer xii de noz gallaires de Marseille en ces mers
de Ponant, soubz la conduicte du baron de la Garde 1 , avecq
autres vaisseaulx pour entreprendre en Angleterre, c’est-à-dire en
l’isle, car les Angloys n’ont plus rien par deçà. Guynes et tous les
autres fortz sont rasés. Mons r de Termes 3 demoure à Callais, beu-
tenant pour le Roy au conté d’Oye. La mareschaulcée de feu mons r
de Bouyllon 3 (à laquelle led. de Termes aspiroyt) finalement a
esté déclarée pour le noveau duc de Bouyllon ; touteffoys, l'on ne
luy en baillera le tiltre jusques à l’eage compétant. Mons r de Bris-
sac 4 est appellé pour doresnavant résider près du Roy, et mons r
d’Omalle 8 commis au gouvernement de Piedmont; cecy est tenu
pour chose certayne. Messieurs de Guyse* et le mareschal de Strozzi 7
sont encoires vers les frontières. Ils seront icy tout deux dens cinq
ou six jours au plus tard. Le Roy fera les jours gras en ceste ville.
Cependant l’on besongne aux finances à grande force. Oultre les
articles que vous ay cy devant escript, il y en a deux qu’on a trouvé
novellement pour l’année suyvante : l’un est que tous ceulx qui ont
achepté domayne, gabelle et autres rentes du Roy presteront une
année du revenu de leurs acquestz à déduyre sur l'enchère du
rachapt des aliénations que led. s r veult faire publier (ceste poste
monte plus de mi mitions de livres) ; l’autre article est une vente
extraordinaire de boix de haulte fustayepour huict cens mille livres...
Je vous envoyé les portraictz qu’on a faict de Callais différemment.
J’espère le vous envoyer plus véritable avecq l’assiette du camp et
batteries, qu’on est apprès à imprimer. Etc.
De Paris, ce v # de février 1558.
(Areh. di Stato di Parma, Carteggio, Francia ; original.)
1. Escalin, baron de Lagarde, général des galères du roi.
2. Paul de Labarthe, sieur de Termes, maréchal de France.
3. Robert de La Marck, duc de Bouillon.
4. Charles de Cossé, comte de Brissac, maréchal de France.
5. Claude de Lorraine, duc d’Aumale.
6. François de Lorraine, duc de Guise.
7. Pietro Stroxzi, maréchal de France.
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316
LETTRES DE GlOVAJIlfl DALMATI0
Monseigneur,
Paris, 18 février 1558.
... Mons r de Guyse venant de la frontière est icy arrivé, puys le
xvi* du présent, et mons r le mareschal Strozzi, puys hier tantseulle-
ment. Led. s r mareschal ne bougera d'icy de tout ce caresme pour se
mediciner. Le Roy et toute la suyte iront à Fontaynebleau dens
huict jours.
Cependant l’on faicl grand feste, toute fondée en la Bucolique,
sans autre passe temps. Hier le Roy et les princes et princesses,
ensemble plusieurs dames de la court, les magistras de la maison
commune et 400 femmes, moytié damoyselles et moytié bour¬
geoises, soupparent en lad. maison commune. Le festin et apparat
a esté fort sumptueux avecq bal et farce à nostre usaige.
Les ennemys ont voulu faire des maulvais du costé de Abbeville et
Montreuil, mais ilz ont esté rambarrés, joinct que les grandes pluyes
ont faict retirer les uns et les autres. Nos Suysses ont esté despuys
cassés, touteffoys ilz n’ont encoires deslogé attendant le payement.
L’arrière ban général de toute la France est mandé au premier
d’avril, pour estre pretz à marcher exemptz et non exemptz, et en
une façon qui n’a encoires esté faict, dont sortira plus de xx mille
chevaulx ou bien la contribution en argent à l’équipoltant, selon
l’estât qu'on en a faict. Car les nobles feudataires sont si bien bri¬
dés par ung edict noveau qu’ilz trouveront plus de commodité de
bailler argent que de servir en personne...
Je vous envoyé le vray portraict de Callais et certayne poésie
faicte par mons r de L’Hospital 1 , n’ayant pour le présent rien de
meilleur. Etc.
De Paris, ce xvm e février 1558.
(Arcb. di Stato di Parraa, Carteggio, Francia; original.)
Paris, 13 mars 1558.
Monseigneur,
...Le Roy se trouve à présent à Fontaynebleau puys le commen-
1. [L'Hospital], De Caleti et Guinx expugnatione carmen. Paris, 1558,
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AO CARDINAL PARUSSE.
317
cernent de caresme, et sera de retour en ces te ville la sepmayne
saincte pour y fere Pasques. Et peu de jours après seront faictes
les deux paires de nopces de messeigneurs le Daulfln 1 et de Lor-
rene*. A ces fin, les ambassadeurs des Estas d’Escosse sont icy arri¬
vés puys dix jours en grosse et magnifique trouppe pour honorer
lesd. nopces. Leur traject d’Escosse en France a esté fort tempesté
par fortune de mer, et de leur suytte sont péris environ vi** per¬
sonnes, mays non ja aulcung des principaux. A raesme fin, mons r
de Vaudemont*, oncle dud. s r de Lorrene, est ce jourd’huy arrivé.
Aussi le roi de Navarre estnaguyères arrivé aud. Fontaynebleau. A
tant que l’on croyt que lesd. nopces ne seront plus différées.
Les ennemys, le caresme prenant, s’estoyent engrossis et faisoyent
la mine de vouloyr fere quelque chose, mais despuys se sont retirés.
Le baron de La Garde a renoncé la generaulté des gallaires et armée
de Levant, et mons r le Grand-Prieur de France en est pourveu 4 ,
et led. baron faict lieutenant pour le Roy en Provence en l'absence
du conte de Tende*.
L’on raisonne icy que mons r le Connestable* s’en doibt venir
soubz sa foy pour traicter la paix, pour laquelle les légats aposto¬
liques trafflquent aussi de leur costé, et vont et viennent courriers
d’une part et autre. Touteffoys, les provisions de la guerre se font
icy plus grandes et gallardes que ne furent de mémoyre d’homme
et surtout d’argent extraordinaire. Entre autres provisions extra¬
ordinaires l’on a faictz ung impoz de pouldres et salpêtre par tout
le royaulme, qui n’avoyt esté faict puys l’année que l’Empereur
vint à Soyssons; et pareillement l’on couche au ban et arrière ban
les biens d’Esglise amortiz et autres qui n’y avoyent jamays esté
comprins. Ce caresme prenant, les marchans du grand party de
Lyon de toutes nations, convocqués par le Roy en ceste ville en bon
nombre des principaulx ayans procuration des autres, ont accordé
in-8*. Paradin et Buchanan publièrent également des < discours » ou < chants >
sur la prise de Calais.
1. François, dauphin, plus tard François II.
2. Charles III, duc de Lorraine, il séjourna pendant sept années A la cour de
France, de 1552 A 1559. Voy. Louis Davillé, les Prétentions de Charles III à
la couronne de France (Paris, 1908, in-8*).
3. Lorraine, comte de Vaudemont.
4. Frère du duc de Guise.
5. Claude de Savoie, comte de Sommerive et de Tende.
6. Le connétable Anne de Montmorency avait été fait prisonnier A la bataille
de Saint-Quentin, le 10 août 1557.
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318
LETTRES DE GIOVANNI D A LM ATI 0
aud. seigneur qu’il ne payera pour ceste année fors le quart de ce
qu’ilz avoyent à prendre de leurs assignations, qui montoyent pour
ceste année seize cens mille livres, et par ainsi luy restent en main
xii mille livres, lesquelles avecq les intéretz et donatif il a assignées
sur le dernier quartier de ceste année. Lesd. marchans s’en sont
allés fort contens apprès que le Roy leur a faict grand accueil et
justification de son intention, jusques à leur communiquer l’uni-
versel estât des finances ordinaires et extraordinaires de ceste année
qui surmonte de beaucop tous les autres estas précédons. Etc.
De Paris, ce xm* de mars 1558.
(Arch. di Stato di Para», Carteggio, Francia; original).
Monseigneur,
Paris, 20 mars 1558.
... Il se parle fort de trêve ou paix par la conduicte de noz légatz
apostolicques. Messire Lactance Bencini, dataire du cardinal Tri*
vulce, est allé en Flandres pourcest efTect; mays nous sentons qu’il
n’en sortira rien de bon pour le présent. Les préparatifs et diligences
par deçà sont si advanz et les coeurs si eslevés qu’ilz n’acquiesceront
sans quelque effort. Mons r de Brissac est naguières arrivé à la court ;
il ne se parle plus que mons r d’Omalle doyve aller en son lieu, ains
y doibt retourner led. s r de Brissac, incontinent apprès les nopces
de mons r le Daulfin et la royne d’Escosse 4 , lesquelles se feront
infalliblement incontinent après Pasques en ceste ville au Palays
duquel on a desjà faict desloger le Parlement et toutes autres les
cours, aussi les marchans, bouticquiers, et entyèrement vuyder de
toutes choses, et y font les apprestz nuptiaux. Les nopces de mons r
de Lorrene sont différées*, à tout le moins il ne s’en parle plus.
De Paris, ce xx* mars 1558.
(Arch. di Stato di P&rma, Carteggio, Francia; original.)
1. Marie Stuart. Bile avait été amenée en France dans l’été de l’année 1548,
A l’âge de cinq ans, et dés cette époque fiancée moralement au dauphin. Voj.
W. Friedensburg, Nuntialurberichle ans Deuttchland , t. X, p. 94.
2. Charles de Lorraine devait épouser Claude de France, fille de Henri II.
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Aü CARDINAL FARNKSE.
319
Paris, 12 avril 1558*.
Monseigneur,
... Demein l’on fera en ceste ville les funérailles de la royne Léo-
nor*, et troys ou quatre jours après, le Roy et toute la court sera
icy pour les nopces de monseigneur le Daulfln, qui se feront par
toute la sepmaine prochayne où l’aultre apprès au plus tard. Il y a
heu des difficultés au parachèvement de ce traicté de mariage avecq
messieurs les Escossoys, qui vouloyent ung puisné de France pour
leur Roy ; mais leur myne n’a de rien servi que de attrapper de
grans et riches présens, à tant que par ce moyen messieurs les
embassadeurs sont condescendus à tout ce qu’on a voulu. Led.
s r Daulphin, suyvant led. traicté, sera intitulé roy d’Escosse advant
tous autres tiltres.
Pour le regard de la guerre, elle s’appreste en grande diligence
et furie. Noz hommes d’armes et chevaulx légers, ensemble l’ar¬
rière ban, font la monstre en armes, chascung en son ressort,
le xx e de ce moys, et au mesme jour, sera déclairé à chascune
compaignie la partqu’ilz devront aller et marcher à la guerre, incon¬
tinent faicte la monstre. Mons r le mareschal Strozzi a forny sa com¬
paignie de cent hommes d’armes et a faict faire toutes les bardes
des chevaulx d’acier. Le semblable ont faict plusieurs autres
compaignies, tant des vieilles que nouvelles, si que l’on estime
qu’il y aura environ V e hommes d'armes ayans chevaulx bardés
d’acier. Led. s r mareschal ne s’est bougé d’icy puys le retour de
Gallays, faisant la diète et s’adonnant à l’estude des lettres greques
et de fllosofie et à la traduction des Commentaires de César*.
1. Dalmatio écrivait, le 29 mars 1558, de Paris, à Francesco Guerardino,
secrétaire dn cardinal Farnèse : « ... Quanto aile novelle, boramai non si
dubita délie nozze délia Regina Scozzeze, essendo gia ogni cosa in ordine per
la settimana prossima doppo Pasca. L’Anguillara pure non he adoperato in
comedie, che molto li sa male. Le gallere del Papa non sono ancora partite,
ne consequentemente i nipoti di S. S u . Saspetta hora per hora il ritorno di
M. Lattantio, datario del car 1 2 3 * Trivultio, délia Corte del Re Filippo, et si
ragiona délia partita del card 1 * Garaffa » (Arch. di Stato di Parma, Carteggio,
Francia; original).
2. Eléonore d’Autriche, reine de France, sœur de Gharles-Quint, seconde
femme de François I**.
3. Ce passage est intéressant A rapprocher de la notice de Brantôme :
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320
LETTRES DE GIOVANNI DALMATIO
L’on attend noz AUemans et Suysses bien tost en nombre plus
grand qu’ilz n’ont esté de nostre mémoyre en France. L’on a mandé
naguières faire une novelle levée de pistolliers, jusque à xn e , pour
envoyer en Piedmont, oultre ceulx qu’on a levé pour ce cartier,
qu’on dict qu’ilz seront plus de sept mil. Aussi l’on veult faire pas¬
ser ung bon nombre d’Allemans jusque à vi mil en Escosse, avecq
des Gaiscons qu’on amasse à ces Ans vers Bordeaux. Mons r de Bris-
sac est puys cinq ou six jours desparty pour s’en retourner en Pied-
mont, et s’en va bien content et pourveu pour faire une bonne force
de son costé, et ne sera despourveu de Suysses et AUemans. Incon¬
tinent apprès la célébration de ces nopces, la court se despartira et
commencera l’on d’aller à la guerre, le Roy et toute la suytte. L’on
dict que le roy de Navarre ' tiendra l’arrière garde avecq messieurs
le mareschal Strozzi et de Termes. Le Roy tiendra la bataille avecq
mons r de Guyse. Mons r le prince de la Roche sur Yon* tiendra l’ar¬
rière garde. Mons r de Nevers 3 fera son cas à part en ung aultre
endroict avec ung camp volant. Quant à l’infanterie françoyse, l’on
n’en faict poinct de novelle, hormys quelques compagnies de Gais¬
cons pour envoyer en Escosse. Vray est que, puys quinze ou vingt
jours en ça, le Roy a eslably une milice françoyse de gens de pied,
qui seront appelés légionnaires, en sept légions desparties comme
s’ensuyt : la première contient les pays de Provence, Daulflné,
Lyonnoys, Forest et Beaujoloys; la n® légion est dressée en Len-
guedoc; la ni* en Gascongne et demourant de la Guyenne, excepté
le pays de Poytou ; la mi* est distribuée en Bretaigne et Normandie;
la v® en Picardie et Champaigne ; la vi® en Bourgongne, Mascon-
noys, Charoloys, Bresse, Nyvernoys, Auvergne et autres terres
adjacentes à la Bourgongne; la vu* est distribuée en l’Isle de France,
Poytou, Anjou, le Mayne, Tourayne, Beausse, Berry. Chascune
légion a ung collonnel, quinze compaignies et enseignes. Led. col-
lonnel a ung lieutenant et trèze autres capitaynes ayans chascun son
« ... Pour plus grande preuve que j'aye jamais veu de monsieur le mareschal
[Strozzi], ç’a esté les Commentaires de Cæsar qu'il avoit tournées de latin en
grec, et luy-mesmes escrites de sa main, avec des commanlz latins, aditions
et instructions pour gens de guerre, les plus belles que je vis jamais... Le lan¬
gage grec estoit très beau et très éloquant, à ce que j'ay ouy dire à gens très
sçavans qui l'avoient veu et leu, comme M. de Ronsard et M. Dorât ... et
disoienl le grec valoir le latin » (éd. Laianne, t. II, p. 241).
1. Antoine de Bourbon, roi de Navarre.
2. Charles de Bourbon-tfontpensier, prince de la Roche-sur-Yon.
3. François de Clèves, duc de Nevers.
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AD CARDINAL FARNÈSE.
321
lieutenant et autres membres. Chascune compaignie de quatre cens
hommes complecte, chascune légion est de vi mil hommes, et sont
en somme tous lesd. légionnaires xlii mil hommes, sans avoyr rien
touché en Savoye, Piedmont, pays de Metz et autres terres de novel
acquêt. La pension du collonnel en temps de paix est, pour chas-
cun moys, mi** livres, du lieutenant de collonnel, lx 1 ., du capi-
tayne, xl 1., du lieutenant de capitayne, xx 1., de l’enseigne, xii I.
tous les moys. Et quant au soldat légionnaire, en temps de paix, il
n’aura aulcune pension menstrue, mays tant seullement vi 1. pour
chascune année, et sera exempt des tailles de xx s. t. en bas, qui
sera une grande commodité au soldat, et est lad. exemption de plus
grande utilité que ne monstre en apparence. En temps de guerre,
lesd. collonnelz, capitaynes et autre membres et pareillement lesd.
légionnaires auront la solde ordinaire tandis qu’ilz marcheront à la
guerre soubz l’enseigne ou seront en garnison. Tous lesd. collonnelz
et capitaynes ont esté despechés et sont allés chascung en son des-
troict dresser leur légions et rolles en grande diligence. L’on estime
que desd. légions l’on fera une eslilte de xii ou xv mil des plus
exercites pour les mener à la guerre ou bien aux garnisons et en
tirer autant desd. garnisons pour les amener au camp.
Messire Lactance Bencini, dataire du cardinal Trivulce, n’est
encoires de retour de Flandres; toutefîoys il est attendu d’heure en
heure. Il n’est point icy de mention que nostre légat s’advance, mais
son corrélatif est icy en maulvays prédicament : l’on dict qu’il est
entré en grosses parolles avecq le duc d’Albe. Messeigneurs le
Daulfin et de Lorrene heurent l’ordre Saint Michel, le jour de
Nostre Dame de mars dernier. Etc.
De Paris, ce xii* avril 1558.
(Arch. di Stato di Partna, Carteggio, Francia; original.)
VII.
Paris, 20 avril 1558.
Monseigneur,
Le xvi® avril, le Roy arriva icy avecq toute la court. Nous avons
icy heu nouvelles de la trêve de ceste guerre italicque et à présent
l’on dict que la paix s’en est ensuyvie. Au reste, quant à l’estât de
présent, l’on ne pense à autre chose que aux royales nopccs. Hier
apprès deisner furent faictes les flansailles et le contract de mariage
1910 21
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322
LETTRES DB GIOVAITM DALVATI0
publié en grosse assamblée des princes et seigneurs, en laquelle
assista le légat et les embassadeurs. Dimenche prochain, qui sera
le xrviii* de ce moys, feront les nopces et autres solennités. Bientost
après, mons r le duc de Lorrene sera conduict à Péronne par mons r
le cardinal de Lorrene pour visiter madame la duchesse de Lorrene *,
sa mère, laquelle s'en viendra à Cambray et de là s’assarableront en
terre limitrofe. L’on dict que lad. dame duchesse a faict supplier le
Roy de luy donner opportunité de veoyr son fllz, par lequel elle
entend faire porter à Sa Magesté propos utile à ces deux Roys et
à la chose publicque, ce que luy a esté accordé en la manière que
dessus. Lad. assamblée est fort solicitée par lad. duchesse, mesme
que hier arriva icy ung gentilhomme venant de Flandres, mandé par
lad. duchesse pour haster la venue de sond. fllz. Ceste menée nous
donne quelque indice de paix ou trêve, mays les autres actions et le
maulvays vouloyr d’aulcuns qui prenent plaisir aux grandes charges
nous mettent en opinion contraire, si n’est que la paeur de quelque
maulvays succès renge les uns et les autres. Lorsque les forces
seront assamblées, en quoy les nostres font extrême diligeance et
leur possible pour anticiper l'ennemy et forvaloyr en toutes choses
et tous lieux, incontinent faictes les nopces, mons r de Guyse s’en
ira à Laon, en Picardie, faire la monstre de l’arrière ban, lequel sera •
mieulx équippé et policé qu’il ne fut oncques et y concurrent plu¬
sieurs provinces qui n’avoyent accoustumé. Pareillement aud. Laon
se fera la monstre des légionnaires de Picardie et Champaigne,
suyvant ceste nouvelle institution militaire. Le semblable se faict
par toutes les provinces tant de la gendarmerie que infanterie. Il est
desja passé par deçà environ ni mil pistoliers, le demourant est
attendu de bref. Mons r le vidame de Chartres* s’en va lieutenant
général pour la Royne et no veau Roy en Escosse. Le s r Girolamo da
Turino est faict lieutenant dud. en l’estât de colonnel en Piedmont.
Il ne se parle poinct cncoire de la despartie de mons r nostre légat,
mays puys que le cardinal CaralTe est desparty, l’on estime que en
bref il aura mandement de Nostre Saint Père pour s’en retourner.
Mons r le mareschal Slrozzi tient encores chambre à cause d'ung
reume et à poyne se trouvera il à la feste. Mons r le conte de Tende
est arrivé en ceste court où il n’avoyt esté puys douze années. Il se
traicte mariage entre le fllz aysné dud. s r conte et la fille dud. s r
1. Christine de Danemark, duchesse douairière de Lorraine.
2. François de Vendôme, vidame de Chartres.
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AD CARDINAL FARNBSE.
323
raareschal *. Chascung en est content et la Royne le maine. L’on
attend le consentiment de mons r le connestable, sans lequel led. s r
mareschal ne veult rien faire, mays l’on estime que led. s r connes¬
table en sera fort ayse. Etc.
De Paris, ce xx* avril 1558.
(Arch. di Stato di Parma, Carleggio, Francia; original.)
VIII.
Monseigneur,
Paris, 28 avril 1558.
La despartie de mons r le cardinal de Lorrene devers Péronne sera
le ii* du prochain moys, pour parlamenter avecq madame la duchesse
de Lorrene et convoyer mons r de Lorrene devers elle. Au surplus,
ceste assamblée de Péronne est fort solicitée, et, pour mieux la
haster, mons r de Vaudemont est ici arrivé, de retour puys troys
jours, lequel aussi sera de la partie pour conduyre son nepveu et
estre à ce parlement. Il se parle fort que ceste assamblée doibt
amener quelque paix ou trêve, mays ceulx qui visent de plus près
n’espèrent rien moins pour le présent.
Les monstres générales de noz hommes d’armes, arrière ban et
légionnaires, sont prolongées au xv e jour de may prochain. L’on
a faict ung amas de mulctz jusques à quatre ou cinq mil en Pro¬
vence, Auvergne et autres pays produisans quantité de tels ani¬
maux. II se dict en plusieurs façons de la fin à quoy tend ceste
munition, mays la plus commune et vraisemblable est que l’on
veut envoyer Icsd. muletz à mons r de Brissac pour l’entreprinsc
ligustique qui est en grand prédicament.
Les nopces de mons r le Daulfin et de la Royne d’Écosse furent
parfornies le dimenche xxiv* du présent en ceste ville. Tout ce qui se
peult dire d’excellent en ceste festc c’est l’assemblée grande, riches
habitz et en grand nombre, dont les moindres estoycnt de brocar,
monstres de joyaux et daurures, parementz, tapisseries, masques, en
somme toutes choses représentables plus par paincture que par récit
et surtout le cabinet du Roy inestimable, lequel fut desployé en ung
buffect immensurable dressé dens la grande salle du palays où furent
faictes Iesd. nopces. Les espousailles furent en l’esglisc Nostre Dame.
1. Clarisse Strozzi, qui épousa, comme on le verra plus loin, Honorât de
Savoie-Tcnde.
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324
LETTRES DE GIOVANNI DALMATIO
Le Roy de Navarre conduysoyt l'époux et nostre Roy l'espouse
couronnée d’une couronne royale sur une coeffe d'or, le tout couvert
de pierreries et reluysant à merveilles. A présent, on appelle mons r
le Daufin le Roy Daufln. Les Épilhalames et autres compositions
faictes sur ce mariage sont en nombre infini, mays je n’ai rien trouvé
de bon goustfors ce que vous envoyé. Advant lesd. nopces et apprès
l’on a faict procéder et suyvre une infinité de nopces des dames de
la court et tous les jours en font à troys et quatre au coup, tellement
qu’il semble qu’on n’y veulle pas laisser une vierge. Dimenche
prochain seront faictes les nopces du filz du conte de Tende et de la
fille de mons r le mareschal Strozzi. Etc.
De Paris, ce 28 avril 1558.
(Arcb. di Slato di Partna, Carteggio, Francia; original.)
Paris, 12 mai 1558.
Monseigneur,
A présent la court s’en va à Monceaulx, qui est une maison que la
Royne a naguyères basty en Brie près de Meaux. On a continué
faire grand nombre de mariages, entre autres, du filz de mons r le
conte de Tende avecq la fille de mons r le mareschal Strozzi, lequel
mariage a esté grandement solemnisé et honoré, mcsmes de la Royne,
qui a constitué le dot du sien propre jusques à cinquante mil livres
assignées sur son domayne et dix mil livres comptant en bagues et
meubles. Mons r le mareschal a baillé tant seullement dix mil livres
de comptant et six mil en bagues et vestemens. Despuys led. s r conte
a tout amené en Provence. Monsieur de Lorrene despartit le n e du
présent, accompaigné de Mess" de Vaulderaont et d’Omalle, pour
l’assamblée d’avecq sa mère. Le mi® le cardinal de Lorrene suyvit et,
le vu®, l’assamblée et premier parlement se feyt et là sont encoires.
L’on parle assés de paix ou trefve.
Mays, cependant, l’on taille de la besongne au Roy Philippes de
tous costés, mesme à Tyonville, mi lieues par delà Metz, au duché
de Luxembourg, terre renommée des plus fortes, laquelle dict l’on
que mons r de Nevers tient assiégée ou bien que l’on la va assiéger à
bon essien. En somme tout le monde accourt à ce costé là, et,
advant la fin de ce moys, y aura grandes forces assamblées.
Mons r le mareschal Strozzi despartit d’icy le x® du présent en dili-
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AO CARDINAL FARNESE.
325
gence allant vers celle contrée, et là mesme est envoyée la plu¬
part de la gendarmerie pour faire la monstre et aller à la guerre
tout d’ung train. Nous y avons desjà grand nombre d’Allemans
et pistoliers. L'on mettra ensemble h mil hommes d’armes
sans la maison du Roy et l’arrière ban et sans les garnisons. Les
Angloys ont faict monstre sur la mer d’une armée de environ
ii e voilles, mays ils ont trouvé toute la couste marine si bien pour-
veue qu’ilz n’ont osé aborder. Ils ont prins environ xx navires
nostres qui revenoyent vuydes de Calays où l’on avoyt deschargé
des munitions. Puys sont descendus en ung village et port près
Montreuil qu’ilz ont bruslé et incontinent faict voille sans séjor-
ner. Etc.
De Paris, ce xii* may 1558.
(Arch. di Stato di Parma, Carteggio, Francia; original.)
X.
Paris, 27 mai 1558.
Monsieur,
Messieurs les duc et cardinal de Lorrene sont de retour à la
court puys huict jours, et n’ont rien apporté de bon qu’on scaiche
ne qu’on présume, allandu mesmement que mons r de Vauldemont,
qui conduisoyt ceste menée, s’est retiré à sa maison. A leur des¬
partie de Péronne, les ennemys ont faict bonne diligence de les sur¬
prendre par chemin et ont couru bien advant, mesme jusque en
une maison dud. cardinal, nommée Nelle, auprès de Roye, en
laquelle led. cardinal avoyt désigné de loger et y avoyt laissé escorte
de n e pistolliers et une compaignie de gens de pied, lesquelz par
faulte de bon guet se sont laissé surprendre au lict et ont esté des-
vallisés, et la maison pillée et bruslée sans autre mal.
Au reste ne se veoyt que imaige de guerre. Incontinent apprès l’ar¬
rivée dud. cardinal, mons r de Guyse est desparty et tiré vers Tyon-
ville, laquelle sans doubte est assiégée et abonnes enseignes. Mons r de
Nevers et mons r le mareschal Strozzi y sont au devant, et en espère
l’on bonne yssuc et briefve. Dens led. lieu y a faulte de gens et de
vivres, et, despuys que mons r de Vieilleville 1 a commencé de l’as¬
siéger, rien n’est peu entrer dedens. Mons r de Termes est aussi
1. François de Scépeaux, sieur de Vieilleville. Voj. Ch. Marchand, le Mari -
chai de Vieilleville et ses Mémoires (Paris, 1893, in-8*).
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326
LETTRES DE GIOVANNI DALMATIO
desparty de Calays et s’en va aud. Tyonville. Cependant, il se faict
ung autre gros amas et camp à Chaallons sur la frontière de Picar¬
die et Champaigne, qui est pour marcher à quelque autre part. Et,
puys quatre jours, ne cessent de passer en ceste ville novelles com-
paignies de gascons, et jusque à l’heure présente en sont passées
xxv enseignes, et doibvent arriver à xl. La monstre de la gendar¬
merie a esté faicte. L’on dict que mi mil de noz Allemans des
vieilles compaignies se sont voulu retirer, apprès avoyr reçeu argent,
voulans parcompter l’argent reçeu pour les payes passées. En
somme, ils ne veullent marcher sans advansement.
Le Roy est encoires à Monceaulx, maison de la Royne près de
Meaulx, où il fera la Penthecoste, et, incontinent apprès, avecques
les dames, au gille à Sainct Germain, pour de là s’encheminer à la
guerre. Il a esté résolu au Conseil privé de soy ayder des reliques et
joyaulx ecclésiaslicques pour l’année prochaine si la guerre durera.
Mons r le mareschal de Brissac est encoires à Lyon, s’il n’est desparty
puys quatre jours, où il a séjorné longuement attendant la provision
d’argent pour les affaires de Piedmont. Mays j’estime qu’il despar¬
tira bientost, car les provisions sont encheminées. Mons r le Grand
Prieur de France est icy arrivé puys troys jours, pour haster aussi
ses provisions et deniers à cause du prochain advènement de l’ar¬
mée de Levant. L’armée d’Angleterre a faict quelque pillaige vers
la Rochelle et puys s’est retirée.
Au surplus, le dimenche advant Rogations, aussi les lundy,
mardy et mercredy desd. Rogations, et le jeudy feste de l’Ascension,
ont esté faictes des grosses assamblées en ceste ville par ceulx de la
secte luthérienne en troys endroictz tout au coup, à sçavoyr : au
Pré aux Clercs et aux champs hors les portes Sainct Antoyne et
Sainct Victor, sur les sept heures apprès midy ; et là, en pleyne
campaigne, lesd. assamblées chantoyent les pseaulmes de David en
françoys, à l’usaige de Genève. Chascune desd. assamblées estoyt
de environ deux ou troys mil personnes. Je vous laisse penser que
ce peult estre, puysque un Roy, plusieurs ducs, contes, barons et
grans seigneurs et dames y ont assisté et chanté comme les autres.
L’assamblée duroyt jusque à une demy heure advant la nuyct, et au
despartir desd. lieux, s’en alloyent et retiroyent à leurs cartiers à
grandes trouppes chantans par les rues le pseaulme Judicia tua ,
Domine, Régi da, à l’usaige susd. de Genève. Le Roy s’en est fort
resenty et a mandé en ceste ville mons r le cardinal de Sens pour y
mettre police; mays il est bien empêché pour la grandeur des per-
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AD CARDINAL FARNÈSE.
327
sonnaiges à qui touche et multitude des gens qui en sont broullés.
Mons r d’Andelot • en est fort envelouppé et pour ceste cause en par¬
tie a esté faict prisonnier. ToutefToys, la principale cause de son
emprisonnement est que le Roy se doutant avecq luy de ce qu'il
avoyt puys naguyères faict prescher à Angers ung sien prescheur,
qui avoyt presché choses scandaleuses, led. s r d’Andelot respondit
qu’il avoyt assisté à son presche et qu’il n’avoit presché fors l’Evan¬
gile purement, et qu’il vouloyt soustenir ce que led. prescheur
avoyt dict. Sur quoy le Roy luy replicqua que led. prescheur avoyt
mesdict de la messe et autres choses qu’il spécifia aud. d’Andelot,
lequel soustint le dire de sond. prescheur et entra bien advant en la
confession de sa foy, à tant que le Roy luy commanda soy retirer,
et tost apprès donna charge à La Bourdaisière 1 2 de luy faire entendre
qu’il eust à se rendre prisonnier à l’évesché de Meaulx, où il est à
présent. Les affaires de la religion sont fort troublées par deçà, et
en plusieurs villes grosses ont faict le mesme que en ceste ville.
Je vous envoyé les vers de mons r de l’Hospital exhortatoyres à la
paix, n’ayant rien de meilleurs à présent.
De Paris, ce xxvu* may 1558.
(Arcb. di Stato di Parma, Cartcggio, Francia; original.)
Paris, 6 juin 1558.
Monseigneur,
Vous avés peu entendre cy devant le siège de Tyonville, lequel
est à présent bien estroyct, et le jour d’hier devoyt commencer la
batterie, laquelle sera furieuse à cause du grand nombre d’artillerie
qu’on y a au devant. La principale batterie sera du costé de la
rivière, laquelle l’on a divertie, et pareillement donné suytle aux
caves des fossés et marez d’alentour par contrefossés et autres telles
industries par force de pyonniers. Mons r de Nevers est chef en lad.
entreprinse; mons r le mareschal Strozzi y est pieça; mons r de
Guyse s’est tenu à Metz jusque au ni® du présent qu’il s’est trans¬
porté au camp dud. Tyonville faire une veue. Mays il n’y sejomera
poinct, car il s’en viendra incontinent à l’autre camp qui se dresse
en Picardie vers Compiègne, Soyssons et Chony. Toutes les forces
1. François de Coligny, sieur d'Andelot.
2. Philibert Babou de la Bourdaisière.
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328
LETTRES DE GIOVANNI DALMATIO
qui sont au devant dud. TyonviUe sont ung régiment de vi c hommes
d'armes, cinq ou six mille pistolliers et environ xxv mil hommes de
pied et plus de mi mil pyonniers, artillerie plus de cinquante
canons et coilevrines. L’on tient pour chose asseurée qu’on empor¬
tera led. TyonviUe, mesme du costé de la rivière qui est demourée
foyble, à cause de la fiance qu’on avoyt à l’eaue. Du costé de
Mariembourg, nous avons ung régiment de cinq cens hommes
d’armes et environ mi mil hommes de pied et xn* pistolliers, soubz
la charge de mons r le mareschal Strozzi et, en son absence, du gou¬
verneur de Mariembourg, lesquelz courent le pays de Lyège. L’en-
treprinse qu’on dresse en Picardie sera forte, car il y a desjà
iiii c hommes d’armes soubz mons r de Termes et mons r d’Omalle en
sa compagnie, qui sont à la frontière vers Sainct Quintin et Han
aux forteresses. L’on y envoyé le premier régiment d’hommes ■
d’armes, qui est de nombre vi c et desjà est encheminé. La maison
du Roy aussi y est mandée et tout le ban et arrière ban, grand
nombre aussi de pistolliers. Toutes les noveües compaignies des
Gaiscons, qui sont xl enseignes, sont allées vers ce costé là et plus
de mi mille pyonniers, qui ont passé par ceste ville et passent
encoires conduysans artiUerie. J’estime que, apprès la prinse de
TyonviUe, l'on ira à Luxembourg, qui n'est tenable à ce qu’on dict
pour le présent, et que toutes ces forces se joindront en quelque
lieu qu’on ne pense. Mons r de Brissac est encoires à Lyon, atten¬
dant sa provision d’argent, laquelle est encheminée, à ce que j’en-
tens, et les princes et seigneurs qui sont destinés de aller en Pied-
mont deslogent à grans tas ; entre les autres, mess" les princes de
Condé 1 2 et d’Anville* sont despartis et plusieurs compaignies
d’hommes y sont pieça encheminées. Les Angloys ont faict quelques
descentes aux isles devers la Rochelle et Poyttou, mays le peuple
avoyt vuydé et tout retiré en terre.
Mess" de la Sorbonne et Faculté de Paris sont bien embesongnés
pour nostre Sainct Père le Pape à consulter et respondre sur cer¬
tains articles que Sa Saincteté leur a envoyés concernans l’élection
de l’empereur Ferdinand faicte par héréticques, et, à ce que nous
entendons, il ne la veult autoriser et prétend l’Empire ou bien l’élec¬
tion d’Empereur luy estre dévoluz 3 .
1. Louis de Bourbon, prince de Condé.
2. Henri de Montmorency, sieur de Dainville.
3. Paul IV avait refusé de reconnaître valable la renonciation de Charles-
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AD CARDINAL FABNRSE.
329
Mons r d'Andelot est hors de prison estroicle, soubz l’arrest de la
Court de Paris. L’on l’a voulu délivrer et eslargir du tout, pourveu
qu’il voulsist couvrir et pallier ou bien excuser ses actions et len-
gaige en quelque façon qui eût coleur de pénitance verbale, et en a
esté fort solicité de la part du Roy, qui monstre que mal voulentiers
et par grande constraincte luy a donné ceste attaincte, et finalement
l’a voulu envoyer à sa charge, laissant aller les choses par dissimu¬
lation, pourveu qu’il baillast une confession de sa foy telle qu’on
luy avoyl dictée et qu’il la signast de sa main, ce qu’il a refusé de
faire et respondu qu'il abandonnera plustost la vie persistant à son
opinion. Cependant, l’on a mys Mons r de Monluc à sa charge, lequel
par constraincte l’a acceptée et fort pressé par led. s r d’Andelot de
l’accepter, mais ce n’est que par provision 4 . Madame la marquise
de Ruthelin a esté mandée quérir à la court pour le faict de la reli¬
gion, par ce, comme l’on dict, que de son commandement en ung
sien villaige, où elle faict sa résidence en la Beausse, les imaiges de
l’église ont esté déjectées, et y a introduict la religion de Genève. Le
semblable a esté faict dens l'église principale de Chartres, où il y a
heu mutinerie et esmotion d’une part et autre avecq occision de per¬
sonnes. Etc.
De Paris, ce vi® de juing 1558.
(Arch. di Slato di Parma, Carteggio, Francia; original.)
Paris, 26 septembre 1559.
Monseigneur,
Vous escripvys de la diète, qui se tient à Chasteau Cambrésis
entre les députés des deux Roys, pour la décision des limites de la
frontière, de la souverayneté de la conté Sainct Paol et autres diffé¬
rons qui rostoyent à décider par le traicté de paix, tant entre les
deux Roys que le duc de Savoye et autres. Ceulx qui sont en lad.
Quint à l’empire et l’élection de Ferdinand (24 février 1558). Voy. Pietro
Nores, Sloria délia guerra di papa Paolo IV conlro gli Spagnuoli, dans
Arehivio storico ilaliano, 1" série, t. XII, p. 237.
1. On voit que Dalmatio fournit une nouvelle version du grave épisode de
l’arrestation de d’Andelot. Monluc accepta la charge de colonel des gens de
pied sur la prière de d'Andelot lui-même, et non pas sur un ordre formel du
roi, comme l’a écrit M. P. Courteault ( Biaise de Monluc historien, p. 350).
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330
LETTRES DE GIOVANNI DALMATI O
diète de nostre part l'ung est mons r de Senerpont, chevallier de
l'ordre et gouverneur de Bolloigne, l’autre est mons r Seguyer, pré¬
sident en la court de Parlement de Paris, et l’autre mons r de Passy,
premier m® des requestes de l’hostel.
MM. de La Brosse 4 et d’Amyens heurent une tormente en la mer
sur leur passage en Es cosse ; finalement ilz sont passés en saulveté
avecq quatre compagnies d’infanterie.
Le sacre du Roy fut faict le xvm e du présent à Reims, à l’accous-
tumée. La compagnie a esté fort grande tant de Franç.oys que
estrangers. Le duc de Savoye* y a assisté, le prince d'Orenge aussi
et le conte d’Egamont, avecq infinité de grans seigneurs de
Flandres. Le Roy est despuys desparty de Reims pour aller à Bar
le Duc en Barroys, qui est une duché que le duc de Lorrene tient
en l’obeyssance de France. Là le Roy laissera sa sœur la duchesse
de Lorrene, apprès y avoyr tenu l’Ordre Sainct Michel. De là il s’en-
cheminera vers Bloys, où il prétend faire son yver. Le duc de
Savoye s’en ira dud. Bar le Duc en hors vers Lyon, passant par la
Bourgongne, et de Lyon ira en Avignon et à Marseille pour s’em¬
barquer et retirer à Nice. Madame de Savoye suyvra le Roy jusques
à Bloys, puys prendra le chemin de sa duché de Berry, où elle
séjournera quelque temps pour donner ordre à ses affaires 1 2 3 , et de là
s’en ira trouver son mary. Vous sçavés que, par le traicté de paix,
le feu Roy, oultre les cinq forteresses qu’il s’estoyt réservé au pays
de Piedmont, se réserva aussi les villes, villages et tous les ressortz
desd. forteresses avecq tous les droietz et revenuz du domayne et
jurisdiction, si que led. duc n’avoyt rien à veoyr ni prendre en une
grande partie du Piedmont occupée soubz coleur du ressort desd.
cinq forteresses. Puys quelques jours, le noveau Roy a quitté tous
les ressortz et tous autres droietz, hormys lesd. cinq forteresses
purement. Cecy a esté faict à la requeste et faveur de madame de
Savoye, en quoy la Royne mère a monstré son autorité nonobstant
la contradiction des Guyses. L’on dict que la restitution de la Cor-
sique a esté contremandée et qu’il se traicte de la bailler au duc de
Savoye.
Mons r le Connestable s’en va à Chasteaubriant en Bretaigne ; il a
1. Jacques de La Brosse. Voj. Brantôme, éd. Lalanne, t. V, p. 47-49.
2. Emmanuel-Philibert, duc de Savoie, qui avait épousé, en vertu du traité
de Cateau-Cambrésis, Marguerite de Valois, sœur de Henri II.
3. Marguerite de Valois était duchesse de Berry.
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Ali CARDINAL FARNESE.
331
lenu son rang au sacre et, quatre jours apprès, s’en est retourné à
sa maison. Pareillement, tous les autres princes et seigneurs cour¬
tisans se sont esloignés de la court, excepté les Guyses. Le s r Lodo-
vico da Birago* est faict gouverneur du pays de Salluces. L’on tient
que mons r d’Anville* sera chef en ce que tenons au pays du Pied-
mont au despartir de mons r de Brissac, qui sera lorsque le duc ira
aud. pays.
J’avoys obmys vous dire que le Roy a faict et estably le douaire
de la Royne sa mère, et luy a assigné en domayne jusque à quatre
cens mille livres de rente, comprins ce que le feu Roy luy avoyt
assigné. C’est le plus opulent douaire qui fut jamays assigné à
Royne vefve, tellement que, comprins son patrimoync, elle tirera
environ cinq cens mille livres de revenu. En autres pièces de sond.
assignai, l’on luy baille les duchés de Bourbon, Chastellerault, con¬
tés de Meaux, Mante, Melland, Valloys, et la maison de Villiers
Costeretz. Etc.
De Paris, ce xxvi® septembre 1559.
(Arch. di Stato di Parma, Carteggio, Francia ; original.)
1. Ludovic de Biragne, cousin du président de Birague.
2. En fait, ce fut Imbert de La Platière, sieur de Bourdillon, qui succéda au
maréchal de Brissac en Piémont.
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BIBLIOGRAPHIE
E.-Ch. Babut. Priscillien et le priscillianisme. Paris, H. Cham¬
pion, 1909. In-8°, 316 pages. Prix : 10 fr. (Bibliothèque de
l’École des Hautes-Études, fasc. 169.)
Tout ce qu'il est possible de connaître avec certitude sur le fonda¬
teur de la secte priscillianiste et sur ses démêlés avec l’autorité ecclé¬
siastique se ramène à un très petit nombre de dates et de faits : en
octobre 380, le concile de Saragosse, qui condamne certains usages
particuliers adoptés par des groupes d'abstinents ; en 385, la condam¬
nation de Priscillien et de quatre de ses coaccusés par le préfet des
Gaules à Trêves; entre ces deux événements, un voyage de Priscillien
à Rome. Il semble, en outre, que Priscillien était lusitanien et qu'il
habitait Mérida. Quant à sa doctrine, il est fort difficile de la connaître
exactement, car elle ne nous est guère exposée que dans les accusations
de ses adversaires ; il est vrai que, grâce à l’heureuse découverte faite par
G. Schepss, il y a un quart de siècle, nous possédons onze opuscules
de Priscillien lui-même, mais l’obscurité de la pensée, incomplète¬
ment élaborée, et la construction enchevêtrée des phrases lourdes et
lâches en rendent l’intelligence singulièrement laborieuse.
C’est en reprenant l’étude de ces diverses sources que M. Babut a
entrepris de reviser le procès de Trêves; afin que le lecteur ne puisse
se méprendre sur l'intention de son travail, il établit dès le principe
ses positions et nous déclare que Priscillien ne doit pas être considéré
« comme l’inventeur ou l’adepte d’une théologie hétérodoxe, mais
comme le prédicateur d’une réforme ascétique »; le mouvement reli¬
gieux qui porte son nom « doit surtout être regardé comme un effet
des progrès que firent dans les pays latins, entre 370 et 380, l’esprit et
les institutions ascétiques; et la persécution qui l’enraya ne fut aussi
que l'épisode sanglant de la réaction qu’a provoquée, chez les catho¬
liques d’Occident, la prédication de la morale monastique et l’appari¬
tion des premiers moines ». Sans doute, cette réaction est un fait
indéniable que récemment encore M. Georges Goyau a fort bien mis
en lumière dans son excellent petit volume sur Sainte Mêlante, mais
je n’oserais cependant me porter garant de l’orthodoxie de Priscillien
avec autant d’assurance que le fait M. Babut. Concevoir « la vie chré¬
tienne comme un commerce continuel avec Dieu », ce n’est pas là un
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BIBLIOGRAPHIE.
333
trait particulier à Priscillien, mais sa manière de concevoir ce com¬
merce a pu être personnelle et l’être même au point de cesser d’être
orthodoxe. Assurément, il a toujours proclamé la pureté de sa foi et
la fermeté de son attachement à la doctrine catholique ; mais une telle
affirmation ne constitue pas, il s’en faut de beaucoup, une preuve
d’orthodoxie, et M. Bahut n’est parfois pas bien loin de le reconnaître
lui-même. Il rejette, par exemple, l’accusation de manichéisme por¬
tée contre Priscillien, mais il avoue que cet auteur a poussé si loin
l'antithèse entre le bien et le mal et l'a exprimée dans des termes tels
« qu’elle paraît presque se confondre avec l’antinomie métaphysique
entre deux substances éternelles » ; et, d’autre part, ce droit exclusif
que revendiquent les priscillianistes d'interpréter les Ecritures en leur
qualité de « saints » n’est-il pas en opposition avec l'autorité doctri¬
nale de l’Église? D’ailleurs, pour si hostile qu'il ait été à la condam¬
nation capitale de Priscillien et de ses partisans, saint Ambroise
n’hésite pas à reconnaître dans leurs théories des tendances nettement
hérétiques.
M. Babut a fait de très louables efforts pour jeter quelque clarté
dans ce chaos, et nous devons en particulier lui savoir gré de ses études
comparatives sur l'interprétation de quelques mots de sens obscur,
propres à Priscillien ou communs aux écrivains ecclésiastiques de son
époque. Ce n'est cependant pas dans son exposé ni surtout dans sa
défense de la doctrine priscillianiste que gît le principal intérêt de ce
livre ; on le trouverait plutôt dans les dissertations qui composent la
majeure partie du volume, soit sous la forme d'introduction, soit en
appendices, et ce qu’il y a d’un peu anormal dans cette disposition, —
qui n’accorde que 140 pages au corps du travail, alors que l’introduction
en occupe 56 et les appendices 112, —est amplement racheté par la saga¬
cité de la critique et l'importance des résultats auxquels elle aboutit.
L’introduction est consacrée à l’étude des sources de l'histoire pris¬
cillianiste. L’une des principales serait, si elle n'était perdue pour nous,
l’apologie publiée par l’un des plus ardents adversaires de Priscillien,
l’évêque Itace d’Ossonoba; or, M. Babut, en comparant les informa¬
tions que nous apportent saint Jérôme et Sulpice Sévère, parvient
assez bien à en dégager certaines données communes, qu’aucun de ces
auteurs n'a empruntées à l’autre, mais qu’ils semblent avoir tous deux
tirées de Y Apologie d’Itace, et ces conclusions sont en partie vérifiées
par le De scriptoribus ccclesiasticis d’Isidore de Séville. Remontant
plus loin encore, M. Babut croit pouvoir affirmer que l’exposé d’Itace,
en ce qui concerne la doctrine gnostique, est emprunté au livre de
saint Irénée Contra haereses. On voit tout de suite l’importance de
cette étude pour l’appréciation de la valeur historique de ces différentes
sources.
Une autre question capitale, qui forme la matière de l’appendice II,
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BIBLIOGRAPHIE.
334
est celle des Écritures apocryphes dans lesquelles on sait que Priscil-
lien prétendait, en sa qualité de « saint », avoir le droit et le pouvoir
de distinguer « la pure prophétie primitive des interpolations héré¬
tiques ». M. Bahut croit que l’évêque d’Avila n’a entendu utiliser que
des apocryphes du Nouveau Testament, des actes en particulier et prin¬
cipalement ceux du pseudo-Thomas et du pseudo-Jean. Mais, comme
il y a eu certainement une condamnation, prononcée vraisemblable¬
ment en Espagne entre la publication de deux opuscules de Priscillien,
le Liber ad Damasum (382?) et le Liber de fide (384?), M. Bahut
est amené à examiner si cette condamnation ne serait pas celle qui a
pris place dans la liste damasienne, elle-même intercalée dans le docu¬
ment connu sous le nom de Décret gélasien; 8a conclusion est que
cette liste est entièrement apocryphe et non pas seulement interpolée,
comme on le dit généralement. Cette étude, d'ailleurs bien conduite,
aurait peut-être gagné en précision si M. Babut avait pu connaître
celle de F. Piontek, Die katholische Kirche und die hikretische
Apostelgeschichten bis zum Ausgange des 6. Jahrh., qui a paru
en 1907, à Bresslau, sous forme de dissertation universitaire, et au
t. VI des excellents Kirchengeschichtliche Abhandlungen de
Max Sdralek.
Citons encore cette interprétation fort ingénieuse d’un passage du cin¬
quième traité de Priscillien, où M. Babut fait voir que l’auteur compte
sept degrés de la perfection chrétienne, par comparaison avec les jours
de la semaine, et cette dissertation (appendice IV) sur les prologues
des quatre Évangiles, dont la conclusion est que ces prologues ne sont
pas l’œuvre de Priscillien, comme le croit dom Chapman, mais celle
d’un priscillianiste qui écrivait après 400 et qui a utilisé la préface
Plures fuisse de saint Jérôme, en la complétant à l’aide des apo¬
cryphes et de la traduction d’Eusèbe par Rufin.
Peut-être touvera-t-on que ce compte-rendu ne donne de l’ouvrage
qu’une idée bien imprécise; mais on voudra bien penser que cet
ouvrage lui-même manque un peu d’unité. Il n’épuise cependant pas
le problème du priscillianisme : la pauvreté et l’obscurité des sources
laisseront longtemps encore un vaste champ à la discussion, et, d’ail¬
leurs, M. Babut a délibérément laissé de côté certains aspects de la
question, notamment tout ce qui touche au rôle de saint Martin. Tel
qu’il est, il forme une contribution à l’histoire religieuse de la fin du
IV e et du début du v® siècle et, plus encore peut-être, à l'étude des
sources de cette histoire 4 .
André Lesort.
1. H est, dans le livre de M. Babut, une fâcheuse lacune que nous ne pou¬
vons passer sous silence; il y manque un index bibliographique, et cet index
aurait été d'autant plus nécessaire que les références placées en notes se bornent
le plus souvent à une indication très abrégée du titre des ouvrages cités.
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BIBLIOGRAPHIE.
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Monumenta Germaniae historica. Legum sectio III. Conci¬
lia. Tomus II : Concilia aevi Karolini , recensuit Albertus
Werminghoff. Hannoverae et Lipsiae, Hahn, 1904-1908. Un
tome en 2 vol. in-4° à pagination continue, xi-1015 pages.
La série conciliaire inaugurée en 1893 par un volume consacré aux
synodes mérovingiens (Paris, 511, à Auxerre, 695) a subi un temps
d’arrêt après la mort de l’éditeur Fr. Maassen. La suite de l’entreprise
a été confiée à M. Karl Zeumer. Ce savant s'en est réservé seulement
la direction générale et s’est déchargé de l’exécution des synodes caro¬
lingiens sur M. Albert WcrminghofT. Celui-ci vient de s’acquitter avec
succès de cette lourde tâche. Il nous donne, en utilisant naturellement
l’ensemble des manuscrits et des éditions, le texte d'une soixantaine
de conciles authentiques et de dix actes faux. Il a, en outre, avec des
collaborateurs, dressé les tables de tous genres sans lesquelles la con¬
sultation d’un recueil de cette espèce est pratiquement inefficace : tables
des incipit (p. 864-884), des canons passés dans le Décret de Gratien,
des auteurs utilisés dans les canons conciliaires (p. 888-907), des
manuscrits, éditions et regestes (p. 908-919), des noms de personnes
et de lieux, copieux et précieux « index verborum et rerum » (p. 945-
1006), etc. Les actes synodaux, réédités selon toutes les exigences de
la science dans le présent volume, vont de 742 (passé 695 on sait
qu’il ne s'est plus tenu de synode dans le royaume franc) à 842. Ils
couvrent exactement 1ère < carolingienne », pour laquelle ils consti¬
tuent une source non moins précieuse peut-être que les « Capitu¬
laires ». Les critiques que l’on peut faire à l'éditeur ne se révèlent
guère qu'à l’usage. Voici une pincée d’observations qu» me suggère
un acte pris au hasard. J’ouvre l’ouvrage page 690. Je trouve la
reproduction de la Partitio bonorum monaslerii S. Dionysii faite
par l’abbé Ililduin en 832. Elle renferme quantité de noms de lieux.
La plupart sont correctement identifiés. Je remarque pourtant que la
liste des identifications pourrait sans eflort être augmentée : Vitriaco ,
nommé après Tauriacus (Toury, Eure-et-Loir et non Loire), est sans
doute Vitré, coma, de Gilles (Eure-et-Loir). Salice, nommé après
Garsanveau (Seine-et-Oisc), ne peut être Saulges dans la Mayenne.
Ferrariis avant Mairiu (Méru, Oise) répond très probablement à
Ferrières dans l’Oise (arr. de Clermont, cant. de Maignelay), Flaviaco
à Fly, anciennement Flay, aujourd’hui Saint-Germer-de-Fly (Oise).
Muscellam est Moisselles (Seine-ct-Oise, arr. de Pontoise, cant.
d’Ecouen). Gahareium in Dagasino répond à Guerrie, comm. de
Merlerault (Orne), à condition d’admettre que le Bessin embrassait
occasionnellement l’IIiémois. Trimlido, nommé à côté de Villapicta
(Villepinte, Seine-et-Oise, cant. do Gonesse), ne peut être que Trem¬
blay (ibid.) à quatre kilomètres au nord-est de Villepinte. Il est à
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336
BIBLIOGRAPHIE.
remarquer que Tremblay est dit « en l’Ile * (in insula) : c’est l’Ile-de-
France, région entre la Seine, le Maine, l’Oise (voy. Longnon au t. I
des Mémoires de la Société de Paris). Mares... supra mare est Mère
dans la Somme (arr. d’Abbeville, cant. d’Ault). Alvemis est Auvers-
sur-Oise (Seine-et-Oise, cant. de Pontoise). Flandrise n Ponthieu, ou
près de Ponthieu, est Flandres dans la Somme (comm. de Rue). Un
certain nombre de localités non retrouvées doit sans doute être cher¬
ché vers le nord : Latuero est très probablement Laviers-le-Grand
ou Laviers-le-Petit, dans la Somme, et Melnacus, Miannay, dans le
môme département (et non Mauny, Seine-Inférieure), etc. En feuille¬
tant, je tombe, page 858, ligne 26, sur la phrase : « Saint-Benoit-sur-
Loire, proche Fleury. » Saint-Benoît-sur-Loire n’est pas « près Fleury »,
c’est Floriacus lui-même qui a changé de nom dès l’époque franque.
Ces menues rectifications, que chacun de nous peut multiplier au hasard
de ses lectures, ne doivent diminuer en rien la reconnaissance que
nous devons au savant qui a consenti à se charger d’un labeur ingrat
mais indispensable.
Ferdinand Lot.
D r Arnold Poschl. Bischofsgut und Mensa episcopalis, ein
Beitrag zur Geschichte des kirchlichen Verroiigcnsrechtes.
I er Theil : Die Grundlagen, zugleich cinc Untcrsuchung zum
Lehensproblem. — 11 er Theil : Die Güterteilungen zwischen
Prâlaten und Kapitcln in Karolingischer Zeit. Bonn,
Hanstein, 1908-1909. 2 vol. in-8°, xm-182 et vii-310 pages.
Abbé E. Lesne. L’origine des menses dans le temporel des
églises et des monastères de France au IX e siècle. Lille,
Giard; Paris, H. Champion, 1910. 1 vol. in-8°, n-165 pages.
— Lapropriété ecclésiastique en France aux époques romaine
et mérovingienne. Lille, R. Giard; Paris, II. Champion, 1910.
In-8°, n-496 pages.
Il est singulier que depuis la Disserlatio de origine bonorum
mensae episcopalis d'un canoniste du xvm e siècle, Johann Ernest
F’ioercke, publiée à Iéna en 1720, il n’ait paru aucun travail consacré
spécialement aux origines de la mense épiscopale et aussi de la mense
abbatiale. Il est également curieux que la pensée de combler cette
lacune soit venue simultanément, en Autriche, à M. le D r A. Poschl, pri-
vat-docent à l’Université de Graz, en France à M. l’abbé Lesne, profes¬
seur à l'Université catholique de Lille. Ce dernier n’a appris qu’il avait
un concurrent que lorsque son travail était déjà achevé en manu¬
scrit. Il n’a pas cru cependant devoir abandonner la partie, bien qu’il
ne se dissimulât point que l’ouvrage de M. Poschl est plus copieux et
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BIBLIOGRAPHIE.
337
sur plusieurs points plus approfondi, et il a eu raison. Les deux tra¬
vaux se complètent. Pour les monastères soumis à un évêque, à une
église, à un autre monastère, M. Pôschl nous donne beaucoup plus
(t. II, p. 175-309) que M. Lesne (p. 94-121). D’autre part, M. Lesne est
plus complet en ce qui concerne les monastères indépendants. Surtout,
il présente une doctrine différente de celle de son émule. Il se refuse
à faire remonter jusqu'à Charlemagne le début de la séparation du
patrimoine ecclésiastique en deux parts, mense épiscopale ou abba¬
tiale d’un côté, portion des chanoines ou des moines d'un autre côté.
Les premiers témoignages de l’institution ne remontent pas au delà
du règne de Louis le Pieux. M. Lesne met bien en valeur l'impor¬
tance de l'organisation en services distincts des biens ecclésiastiques;
il a raison de voir là (contre M. Pdschl) l’étape nécessaire qui a con¬
duit de l'indivision primitive à ce régime des menses séparées qui a
donné une physionomie si particulière aux établissements ecclésias¬
tiques après l’ère carolingienne. Peut-être aurait-il pu pousser plus
loin et indiquer le caractère général de ce phénomène : il atteint bien¬
tôt jusqu'aux paroisses et, à partir du x c siècle, le prêtre de campagne
ne conservera plus qu’une portion de la dotation affectée à l’église
rurale. Il eût été bon aussi de dresser des partages un tableau métho¬
dique par diocèses avec les dates initiales. Un reproche pour finir.
L’auteur n’est pas très grand clerc en ce qui touche la diplomatique
carolingienne. Il lui arrive d’utiliser des actes faux ou suspects. Ainsi,
p. 4, note 4, et p. M6, note 3, le prétendu diplôme de Charles le
Chauve pour Saint-Denis de 856 (Tardif, Cartons des rois, n° 196H
p. 32, note 2, un autre diplôme pour Saint-Denis, dont l'inauthenticité
a été démontrée par M. Giry (dans les Mélanges Julien Havet).
La valeur de l’acte pour Aniane, utilisé p. 70, note 5, 71, note 2, a été
attaquée par M. Pückert dans son livre Aniane und Gellone (Leip¬
zig, 1899), p. 164. Le même érudit a émis des doutes sérieux touchant
la Constitutio Iiludovici pii de servitio monasteriorum (811),
dans les Berichte über die Verhandlungen der kôniglich-sâchsi-
schen Gesellschaft der Wissenschaften :u Leipzig, Philologisch-
historische Classe , t. XLII, 1890, p. 46-71.
Il n’y a, par contre, que des éloges à adresser au grand travail sur
la Propriété ecclésiastique en France , d’ailleurs moins neuf que le
précédent*. Personnellement, il m’aurait semblé préférable de fondre
le livre II (intitulé les Nouveaux propriétaires ecclésiastiques)
avec le livre III (fa Formation du temporel ecclésiastique à
l'époque mérovingienne). On eût mieux saisi la suite des idées.
Ainsi le chapitre i ,r du livre III (fa Croissance du temporel monas-
m
1. Ces deux volumes ont valu & leur auteur le grade de docteur ès lettres
avec la plus haute mention.
1910 22
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338
BIBLIOGRAPHIE.
tique, p. 143) se relie tout naturellement au chapitre ix du livre II,
qui traite des Origines du temporel monastique (p. 101); de même
le chapitre sur l'Affectation des offrandes, les charges et fondations
(liv. III, p. 173) s’unit étroitement au chapitre x (p. 112) du livre II,
intitulé le Fondateur et la dotation du monastère. J’aurais réuni
en un seul ces deux livres et les aurais subdivisés ainsi : 1° le tempo¬
rel épiscopal; 2° le nouveau temporel : a) paroisses; b) monastères.
La division du reste de l’ouvrage ne prête pas à la critique. Le livre I* r
traite de la propriété dans la Gaule romaine; le livre IV décrit la
structure du temporel (le mot « constitution > dont use l’auteur est
équivoque) ; le livre V traite de l’administration ; le livre VI des charges
de la propriété. Le livre VII expose les attaques dont est victime le
temporel et montre que la sécularisation de l’ère carolingienne se pré¬
pare dès la fin de la période mérovingienne.
Ferdinand Lot.
Albert Vogt. Basile I er , empereur de Byzance (861-886), et la
civilisation byzantine à la fin du IX e siècle. Paris, A. Picard
et fils, 1908. In-8°, xxxm-447 pages.
Le très intéressant livre de M. Vogt complète heureusement les
diverses études de détail dont le règne de Basile I er avait été l’objet 1 .
Monté sur le trône en 867, Basile, en rétablissant l’ordre dans l’empire,
en défendant les frontières et en tentant la réorganisation de l'admi¬
nistration, s’est efforcé de réparer le mal qu’avait fait la querelle ico¬
noclaste; il réussit en partie à atteindre le but qu’il s’était proposé et
a mérité ainsi d’occuper parmi les grands basileis un rang très hono¬
rable; mais, tout en rendant pleinement justice à sa valeur et à son
œuvre, on peut trouver quelque peu exagérée la comparaison que
M. Vogt a instituée entre Basile et Napoléon (p. 424).
L’ouvrage débute par une étude critique des sources (p. v-xxm), que
l’auteur groupe en deux catégories : les unes sont l’œuvre des adver¬
saires de Basile (Léon le Grammairien, Georges le Moine et le
pseudo-Siméon) ; les autres au contraire ont été composées pour laver
la mémoire de Basile I er des accusations violentes dont il a été l’objet
(telles sont la Vita Basilii composée à l’aide des documents officiels
par Constantin Porphyrogénète et aussi, dans une certaine mesure, les
œuvres de Genesios, qui s’est tu volontairement sur beaucoup de choses
qu’il avait été à même de savoir parfaitement). Certains passages du De
Cerimoniis se rapportent à l’époque de Basile I er , tel est notamment le
1. Hergenrôther, Photios, Ratisbonne, 1867-1869, 3 vol. in-8*, 1867-1869. —
Vasiliev, Vizantia i Arabj, Saint-Pétersbourg, 1900-1902, 2 vol. in-8*. —
J. Gay, lItalie méridionale et t'empire byzantin, Paris, 1904, in-8*.
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BIBLIOGRAPHIE.
339
Clérotologe de Pbilothée, rédigé au temps de Léon VI, et qui est, en
quelque sorte, l’analogue du décret de Messidor sur les préséances. A
ces sources, M. Vogt a ajouté le Livre du préfet , publié il y a quelques
années par M. Nicole, les actes des conciles de Constantinople, enfin
la Vie de saint Ignace (contrairement à l’opinion de M. Papadopoulo-
Kerameus, ci. Byz. Zeitschrift, t. IX, 1900, p. 272, M. Vogt l’attribue
à Nikétas) et les Lettres de Photius. Il est regrettable que M. Vogt,
qui a utilisé les sources arabes étudiées par M. Vasiliev, q'ait pas
caractérisé en quelques mots leur valeur et n’ait pas fixé le lecteur
sur l’époque de leur rédaction; la même observation s’applique aux
vies de saints. Sur Constantin Porphyrogénète, M. Vogt ne paraît
pas avoir connu les deux importants articles de M. Bury, The céré¬
monial Booh of Cons tan tine Porphyrogennetos (dans The English
historical Review, t. XXII, 1907, p. 209 et suiv.) et The treatise
De administrando imperio (dans la Byz. Zeitschrift, t. XV, 1906,
p. 517 et suiv.). De même, à propos de l’auteur de la Tactique,
M. Vogt ne cite pas l’article de M. Kulakovskij (dans la Vtz. Vre-
mennih, t. V, Saint-Pétersbourg, 1898, p. 398 et suiv.).
Le livre I comprend trois chapitres ; dans le premier, l’auteur expose
l’histoire de l'empire grec de la mort de Théophile à la retraite de
Théodora, 842-856 (le titre du chapitre par suite d’une faute d’impres¬
sion porte 846); dans le second est exposé l'histoire de Basile jusqu’à
son avènement; dans le troisième, M. Vogt étudie la personne de l'em¬
pereur et trace le tableau de la cour. Sur la question si controversée
des origines du fondateur de la dynastie macédonienne, l'auteur se
rallie à l’opinion de M. Vasiliev, d’après lequel Basile serait issu d’une
famille arménienne établie en Macédoine; M. Vogt cherche à expliquer
certains traits du caractère de Basile en supposant que celui-ci a pu
avoir du sang slave dans les veines, c’est là une simple hypothèse. A
propos de la famille impériale, M. Vogt me parait avoir commis une
légère erreur : p. 59, il écrit que Léon fut tonsuré et, p. 60 et 61, il
parle du mariage du jeune prince. Léon ne me parait pas avoir été
jamais tonsuré; dans le passage du De Cerimoniis cité, il est fait
allusion à l’usage qui transformait en une cérémonie la première
coupe de cheveux d’un enfant impérial ; on recueillait les cheveux cou¬
pés et on les distribuait aux hauts dignitaires ; cette cérémonie avait un
sens symbolique et indiquait que l’enfant était placé sous la protection
de ceux qui recevaient ses cheveux ; on verra dans le Liber pontifi-
calis (éd. Duchesne, t. I, p. 363) que le pape Benoit II et l’armée de
Rome reçurent ainsi quelques mèches de cheveux des princes Justi¬
nien et Héraclius (cf. la note 5 de l'éditeur, p. 364).
Le livre II est consacré au gouvernement intérieur de Basile et il y
est traité successivement de l'administration financière, de l'organisa¬
tion judiciaire, de l’administration intérieure de l’empire et de l'admi-
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340
BIBLIOGRAPHIE.
nistration ecclésiastique. Ce chapitre est d'autant plus important que
sur beaucoup de points M. Vogt est le premier à avoir cherché à appor¬
ter des solutions précises. Si celles-ci sont parfois hypothétiques, et
M. Vogt est d’ailleurs le premier à en avertir le lecteur, la faute n’en
est point à l’auteur, qu’il convient plutôt de féliciter pour avoir sou¬
vent réussi dans sa tâche. Disons néanmoins que l’ordre adopté a
engendré une certaine confusion, car l’histoire de quelques institutions
se trouve scindée entre deux parties de l’ouvrage. Il en est ainsi
notamment de la question de la lutte de Basile contre la féodalité dont
traitent le livre II et le premier chapitre du livre IV. Pour M. Vogt,
Basile n’a point cherché à ruiner la grande féodalité; il a surtout
voulu que les fonctionnaires fussent surveillés et les paysans garantis
contre les exactions. Cette théorie me paraît appeler quelques réserves
et je persiste à croire que Basile a surtout cherché à réagir contre les
usurpations des familles puissantes (cf. Vita Basilii, éd. de Bonn,
ch. lxxii, p. 315).
Toute une partie du livre II est consacrée à l’histoire de la rupture
entre Rome et Byzance; M. Vogt a très heureusement caractérisé le
rôle particulier que Basile a joué. L’empereur, peu favorable à Photius,
a surtout cherché à rétablir d’une façon définitive la paix religieuse,
de là est venu son refus d'approuver la sentence du pape Hadrien, car
celle-ci, rendue sans que Photius eût été entendu, lui paraissait
manquer d’autorité. L’empereur eût voulu que l’affaire fût évoquée
devant le Concile (869), tandis que les légats pontificaux entendaient
seulement appliquer la sentence. Cette différence de points de vue
explique fort bien les événements de 869. Dans la rupture définitive,
Basile malade n’a eu qu’un rôle secondaire.
Dans le livre III, M. Vogt a étudié, d’après MM. Vasiliev et Gay,
la politique extérieure du règne et a traité dans un chapitre spécial de
l’organisation de l’armée. M. Vogt n’a pas abordé la question de l’au¬
thenticité de la lettre de Louis II à Basile (il ne cite pas l’article de
M. Poupardin, la Lettre de Louis II à Basile le Macédonien, dans
le Moyen-Age, 1903, p. 185 et suiv.).
Le livre IV trace le tableau de la civilisation byzantine à l’époque de
Basile. Le premier chapitre est consacré à la condition des terres que
M. Vogt expose d’après le vôjio; ye«pyix6c. qui pour lui fait encore par¬
tie de la législation impériale.
Dans le chapitre suivant, M. Vogt a tiré un excellent parti du Livre
du Préfet, qui lui a servi à tracer un tableau fort réussi de la vie
commerciale de la capitale. Le dernier chapitre esquisse une histoire
de l’art à Byzance au ix« siècle. Le livre de M. Heisenberg, Die Apo-
stelkirche in Constantinopel (Leipzig, 1908), a paru sans doute trop
tardivement pour que M. Vogt ait pu en avoir connaissance.
Un appendice est consacré à la chancellerie impériale; M. Vogt y a
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BIBLIOGRAPHIE.
341
réuni les divers renseignements que nous possédons sur la diploma¬
tique des basileis. Il indique les formules employées pour les novelles
et les documents législatifs, pour les documents d’ordre privé et enfin
pour les lettres qui sont écrites d’après un formulaire rigoureuse¬
ment établi suivant le souverain auquel elles s’adressent.
Une table des noms propres termine le volume; on regrette que
l’auteur n’y ait pas ajouté une table des principaux termes se rappor¬
tant à l’histoire des institutions; le maniement du livre et l’utilisation
des nombreux renseignements qu’il nous fournit eussent été rendus
plus faciles, et son absence se fait cruellement sentir.
F. Chalandon.
Lettres de Louis XJ..., publiées pour la Société de l’histoire de
France par Joseph Vaësen et Étienne Charavay. T. X et XI,
publiés par J. Vaësen et B. de Mandrot. Paris, Renouard, 1907
et 1909. In-8°, 502 et ix-333 pages.
Notre regretté confrère M. Joseph Vaësen est mort avant d'avoir pu
mener à terme la grande œuvre à laquelle il avait consacré toutes ses
forces et toute son intelligence. Mais cette œuvre était tout près de
son achèvement et elle restera comme un témoignage de l’érudition
sûre et du labeur immense de J. Vaësen, au nom duquel il me sera
0
permis d’associer celui d’Etienne Charavay qui publia le premier
volume. Pour terminer la publication des Lettres de Louis XI, la
Société de l’histoire de France a su trouver le digne continuateur de
Vaësen en la personne de notre confrère M. B. de Mandrot, qui, par
tant de travaux, s’est placé au premier rang des historiens de la
seconde moitié du xv e siècle. Par ses soins diligents, les deux derniers
volumes de la collection, les tomes X et XI, viennent de paraître.
Le tome X comprend deux parties inégalement volumineuses. Les
104 premières pages nous donnent les lettres relatives à la période qui
s’étend d’octobre 1482 à la mort du roi. Les pages 141 à 466 contiennent
un supplément où l’on trouve des lettres de toutes dates, du 8 juin
1445 à 1483, plus un certain nombre de lettres auxquelles il a été
impossible d’assigner une date. Enfin quelques pièces justificatives ter¬
minent le volume.
La première partie a donc trait à cette dernière période du règne de
Louis XI où se négocie et s’exécute le traité d’Arras. Un nombre
assez considérable de lettres sont relatives à ce traité, tant en ce qui
concerne sa préparation qu’en ce qui concerne son exécution. Les autres
sont consacrées à toutes les affaires intérieures et extérieures, dont le
roi, même dans les dernières années de sa vie, s’occupait avec une
activité inlassable.
Le supplément, qui ne contient pas moins de 149 pièces, complète
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342
BIBLIOGRAPHIE.
heureusement la collection en réunissant toutes les lettres qui ont été
trouvées en cours de publication. Elles ont trait à trop de périodes
et à trop d'événements différents pour que, dans un bref compte-rendu,
on puisse en donner une idée générale. Mais plus d'une a une impor¬
tance politique indéniable.
Dans les deux parties, l’annotation a cette précision, cette concision
et cette sûreté qui font de cette publication une collection de textes
modèle. Je n’y ai point relevé d’erreur ni de lacune. Tout au plus,
sur deux points, eût-il été possible de préciser les indications données.
Dans une lettre qui, comme le constatent les éditeurs, est certaine¬
ment de 1461 (p. 166), la suscription porte : « Au grant seneschal. »
M. de Beaucourt avait émis l’hypothèse qu’il pourrait s'agir de Jean
de Croy. Avec grande raison, M. de Mandrot repousse cette hypothèse.
Mais il n'en indique pas une qui s'impose et qui est infiniment plus
vraisemblable. Ce grand sénéchal est très probablement Louis d’Es-
touteville, que, en août 1461, Louis XI avait nommé grand 6énéchal
de Normandie à la place de Pierre de Brezé, alors poursuivi. L’hypo¬
thèse est d’autant plus admissible que la lettre est relative à un procès
fait « au seneschal », en qui on ne saurait hésiter à voir Pierre de
Brezé, en butte à des poursuites dont l'affaire Mariette, à laquelle
il est fait allusion, faisait précisément le fond.
A la note 1 de la page 213, il est dit que le même Louis d’Estoutevill e
serait mort en septembre 1463 selon Chastelain, avant 1463 selon
Anselme. On peut préciser, ce qui permettrait sans doute de dater la
lettre avec plus de sûreté. Louis d’Estouteville mourut à coup sûr en
juillet ou août 1464, plus probablement en août. Le 31 août 1464, en
effet, Pierre de Brezé était nommé grand sénéchal de Normandie
(Bibl. nat., Pièces orig. 509, dossier Brezé, n° 49, et Arch. comm. de
Rouen, reg. U*, fol. 95 v°). A cette date, son prédécesseur était donc
mort. Une autre pièce (Bibl. nat., Pièces orig. 1083, dossier Estoute-
ville, n° 198) nous apprend qu’Estouteville avait touché ses gages pour
les six premiers mois de l’année. Enfin, la Chronique du Mont-
Saint-Michel (éd. Luce, t. I, p. 67) dit que Louis d’Estouteville mou¬
rut le 21 août 1464. On voit que cette date est très vraisemblable et
paraît corroborée par des documents d’archives. Je m’excuse d’insis¬
ter sur d’aussi insignifiants détails. Faute de grives on prend des merles.
On ne saurait rendre plus direct hommage à la sûre érudition de nos
confrères.
Le tome XI contient la préface, un itinéraire et les tables. La pré¬
face, très brève, après avoir retracé l’histoire de la publication, à
laquelle ont tour à tour collaboré M 11 ® Dupont, M. L. Pannier,
M. E. Charavay, M. J. Vaësen, — tous disparus avant l’achèvement,
— fait un portrait rapide de Louis XI et examine les caractères prin¬
cipaux de sa correspondance. Peut-être pourrait-on désirer que cette
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BIBLIOGRAPHIE.
343
préface eût poussé un peu plus loin l’étude de la correspondance.
Bien des observations eussent pu être groupées pour le plus grand
profit des historiens appelés à y recourir. Quant à l’itinéraire, il ren¬
dra d'inestimables services à tous ceux qui s’occupent du règne de
Louis XI. Les éditeurs successifs des lettres l’ont dressé avec un soin
minutieux au moyen de tous les documents qui pouvaient leur four¬
nir à cet égard quelque renseignement. Evidemment, comme le fait
remarquer M. de Mandrot, cet itinéraire présente des lacunes. Mais
on s’étonnera plutôt qu’il n’en présente pqs plus pour le règne de ce
grand voyageur devant l’Éternel que fut Louis XI. Tel qu’il est (et on
ne pourrait le faire plus complet en l’état actuel de nos connaissances),
il constitue un instrument de travail d’une valeur considérable. Il
convient de noter qu’il ne s’applique qu’au règne môme de Louis XI.
Pour Louis, dauphin, il faudra toujours recourir à l’essai d’itinéraire
publié par M. Pilot de Thorey dans son Catalogue des actes du dau¬
phin Louis II (t. II, p. 449-552).
La table des sources, manuscrites et imprimées, est soigneusement
dressée. L’index, complet et précis, permettra, désormais, un usage
facile de la volumineuse collection.
Grâce au zèle et à la science des éditeurs de cette publication, nous
possédons maintenant un instrument de travail d’un prix inestimable
pour l’histoire du règne de Louis XI. Depuis quelques années, nous
devions déjà à M. de Mandrot une édition critique et, on peut le dire,
définitive du principal chroniqueur de ce temps, Philippe de Com-
mines. Désormais, une histoire d’ensemble pourrait être tentée, et il
faut espérer que ce roi, qui ne fut pas un roi sympathique, mais qui
fut un grand roi, trouvera son historien. Ses prédécesseurs, Charles VI
et Charles VII, ont trouvé les leurs. Louis XI attend toujours le
sien, car M. Legeay, qui a consacré à ce souverain deux volumes
médiocres et indigestes, ne saurait prétendre à ce titre, pas plus que
ses prédécesseurs de jadis, Mathieu, Duclos et autres. Dans notre his¬
toire, peu de règnes peuvent rivaliser en importance politique avec
celui de Louis XI. Il est infiniment à désirer qu’un homme entreprenne
de grouper et de synthétiser tous les travaux de détails. Si cette œuvre
est actuellement possible on le doit, pour une large part, aux éditeurs
des Lettres de Louis XI.
Pierre Bernus.
Marius Sepet. Louis XVI, étude historique. Paris, Pierre Téqui,
1910. In-16, v-495 pages. 3 fr. 50.
Le livre de M. Sepet que nous annonçons ici se rattache dans une
certaine mesure aux études qu’il avait commencées il y a une ving¬
taine d’années sur la Chute de l’ancienne France et les débuts
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BIBLIOGRAPHIE*
de la Révolution * ; il les synthétise et en même temps les complète,
puisqu'il embrasse ici dans son ensemble le règne de Louis XVI.
L’auteur se place d’ailleurs à un point de vue un peu différent; c’est
le roi qui devient le centre de son livre, l’objet principal de son étude.
Ce n’est pas cependant « une histoire critique et complète de
Louis XVI » que notre savant confrère et bien cher ami a prétendu
nous donner; une telle entreprise « exigerait plusieurs volumes et
peut-être une vie d’homme ». Il a voulu simplement, « dans un
cadre restreint, accessible à tous..., montrer, nous dit-il, Louis XVI
et son règne tels qu’ils nous sont apparus ». Pour une étude histo¬
rique de ce genre, les matériaux, abondants déjà, que de nombreux
travailleurs ont mis à notre disposition semblent suffire sans qu'il soit
besoin de fouiller les archives et les bibliothèques et d’en dépouiller
les moindres pièces avec une âpre curiosité. Des recherches ulté¬
rieures pourront bien préciser un détail, éclairer mieux tel ou tel évé¬
nement; il est douteux qu’elles modifient sensiblement le portrait de
Louis XVI ou le tableau de son règne. Au reste, M. Sepet ne s’est pas
interdit de recourir à l’inédit; il a mis heureusement à profit, par
exemple, les papiers de Lameth et d’autres pièces conservées au
Cabinet des manuscrits de la Bibliothèque nationale, dont mieux
que personne il connaît les ressources pour notre histoire contempo¬
raine.
Ayant à condenser en un seul volume l’histoire de Louis XVI,
M. Sepet s’est gardé de donner à son livre l’aspect d’un manuel
en le bourrant de faits; on n’y cherchera pas le détail des événements,
un récit par exemple de la guerre d’Amérique. L’auteur choisit les
traits qui peuvent nous faire saisir sur le vif le caractère de Louis XVI
et de ceux qui l’entourent et le conseillent, son système de gouverne¬
ment, la marche générale et les résultats de son règne. Il y réussit
admirablement, et je ne sais pas si son talent d'historien s’est jamais
manifesté avec plus de bonheur; son pinceau a une vigueur de touche
et un éclat de coloris qui mettent gens et choses dans un relief sai¬
sissant.
Le respect qu’inspirent à M. Sepet les vertus de Louis XVI, la sym¬
pathie qu’excitent ses malheurs n’ont point influé sur son impartialité.
Ce n’est pas un panégyrique qu’il écrit ni une apologie ; il ne mécon¬
naît ni les défauts de l’homme ni le6 faiblesses du prince; il juge sans
passion les hommes dont il parle. Ici comme ailleurs nous retrouvons
cette justesse de pensée et d’expression, cette pondération et cette
sérénité de jugement auxquelles nous avons eu déjà l’occasion de
rendre hommage.
E.-G. L.
1. Voir Bibl. de l’École des chartes , t. LVII, p. 452, et t. LXIV, p. 623.
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BIBLIOGRAPHIE.
345
Comte d’Armancourt. Chartres. Notes héraldiques et généalo¬
giques. Chartres, à l’hôtel de la Société archéologique, 16, rue
Saint-Pierre, 1908. In-8°, 295 pages.
M. d’Armancourt a choisi un programme bien délimité. Il s'e9t pro¬
posé d'étudier tous les monuments héraldiques qu’il pourrait trouver
dans la ville où il fait sa résidence. Il a parcouru les rues, les églises,
les cimetières, les bibliothèques (mais non les archives), les musées,
quelques collections particulières, même les boutiques des marchands
d’antiquités, et il y a relevé soigneusement toutes les armoiries qu’il a
rencontrées. Les unes étaient déjà identifiées par des inscriptions;
d’autres étaient anonymes. C’est sur ces dernières qu’a porté son prin¬
cipal effort, et le succès de ses recherches démontre la valeur de sa
méthode.
Des monuments armoriés que l’auteur a eus à étudier, les plus inté¬
ressants, pour l'archéologie et pour l'histoire, sont les vitraux de la cathé¬
drale. Les armoiries qui s’y rencontrent permettent de rechercher les
noms des donateurs, tous personnages d’importance, et, par là, de
tenter d’identifier les portraits peints sur les verrières. Mais les mêmes
armoiries conviennent à un grand nombre de membres de la même
famille. De là une sérieuse difficulté pour la détermination des indi¬
vidus représentés sur les vitraux du xiii* siècle. En s'aidant de données
historiques, M. d'Armancourt présente des attributions qui, en grande
majorité, semblent plausibles, mais qui toutes ne s’imposent point. Je
ne crois pas indiscutable, par exemple, le choix qu’il a fait entre les
membres de la maison de Blois-Champagne, pour rapporter à tel ou
de tel d’entre eux la donation de chacune des verrières blasonnées
d’un écu d’azur à la bande d’argent coticée d’or. Ainsi, la variante de
ces armoiries qui comporte un champ semé de croisettes, se retrouvant
sur les sceaux des comtes de Blois, il y aurait autant et plus de rai¬
sons de voir un comte de Blois qu’un comte de Champagne dans le
seigneur dont les arme9 portent ce semis de croisettes (n° 72 a). Je ne
vois aucun motif, — en dehors de la confiance que peuvent inspirer
les opinions de Gaignières, — pour reconnaître Amaury de Montfort
et Simon, comte de Leicestcr, son frère, plutôt que d’autres membres
de leur famille, dans les deux chevaliers portant les armes de Mont-
fort qui figurent sur des roses de la cathédrale (n°* 192, 193).
Les éléments d’information se multiplient avec le nombre des
armoiries apposées sur le même monument. Les écus écartelés, par¬
tis ou accolés précisent la personnalité des princes et des princesses
représentés sur les verrières de la chapelle Saint-Piat et de la chapelle
de Vendôme, si malencontreusement dépecées et déplacées, dont
M. d’Armancourt, grâce aux dessins exécutés pour Gaignières, a su
adroitement reconstituer l’état primitif.
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346
BIBLIOGRAPHIE.
En dehors des vitraux de Notre-Dame, la plupart des monuments
armoriés qu'étudie l'auteur ne datent que de la fin du moyen âge
ou des temps modernes. A cette époque, le choix à faire entre les
membres de la même famille est souvent facilité par les insignes de
dignité personnelle qui se trouvent joints aux armes familiales. Mais
il ne faut pas oublier que la plupart des marques des dignités civiles
et ecclésiastiques n’ont reçu un emploi systématique qu’à des dates
assez récentes, et que la fantaisie a toujours eu part à l’usage qui s’en
est fait. On sait quels abus se sont produits, et se produisent, en ce
qui touche les couronnes. Les chapeaux, les mitres et les crosses ont
souvent été apposés sur les armes des gens d'église sans souci des
règles édictées par les héraldistes. Les exemples mêmes qu'a étudiés
M. d'Armancourt suffiraient à montrer ce que ces lois ont de relatif.
On a toujours apporté beaucoup plus de rigueur dans la représenta¬
tion de l’écu armorié que dans celle des ornements extérieurs des
armoiries. Aussi convient-il de noter scrupuleusement les formes et la
disposition des figures qui le décorent. M. d’Armancourt le fait d'or¬
dinaire avec beaucoup de précision. Cependant, il nous jette parfois
dans l'incertitude en ne conformant pas exactement les images aux
descriptions. Ici, le dessin de croix potencées (pl. X) correspond à la
description de croix recroisetées (n° 15); là, le dessin d’une croix
ancrée (pl. Il), à la description d’une croix potencée (n°260). Plusieurs
fois, nous trouvons confondus le « parti » et le « mi-parti », qui ont
évidemment la même signification héraldique, mais qui offrent à l’œil
des aspects tout différents. L’auteur nous parle, à la page 69, d’un
« fascé de treize pièces » : par définition, tout fascé comporte des pièces
en nombre pair.
Sur quelque 300 armoiries qui sont décrites dans l’ouvrage de
M. d’Armancourt, 270 environ se trouvent identifiées. Cette propor¬
tion est fort honorable, et un pareil résultat n’a pu être obtenu sans
beaucoup de patience et de perspicacité. Des quelques problèmes que
l’auteur n’est pas arrivé à résoudre, il expose les données avec un
soin qui permettra aux chercheurs de reprendre aisément la suite de
ses investigations.
Max Prinet.
Em. Duvernoy. Les corporations ouvrières dans les duchés
de Lorraine et de Bar au XIV e et au XV e siècle. Nancy,
A. Crépin-Leblond, 1907. In-4° à 2 col., 40 pages. (Annuaire
de Lorraine , 1905-1906-1907.)
Le mémoire de M. Duvernoy est rédigé en particulier à l’aide des
documents des archives départementales de Meurthe-et-Moselle. Dans
les duchés de Lorraine et de Bar, la corporation s’appelle le plus souvent
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BIBLIOGRAPHIE.
347
han ( hansa , compagnie). Son apparition, tardive par opposition à sa
venue dans les trois villes de Metz, Toul et Verdun, ne remonte pas
au delà de la seconde moitié du xiv a siècle et, en général, surtout dans
la Lorraine, ne se place qu’au xv a . C'est que le pays est très féodal
et militaire, peu urbain et indépendant, d’un développement écono¬
mique fort relatif et même ses seules industries, celles des mines, du
verre et du papier, sont purement rurales : bref, c’est là une contrée de
Naturalwirtschaft (Introduction). — Historiquement, dans le Barrois,
les plus anciennes corporations sont celles des drapiers; en Lorraine,
tout d’abord ne se montrèrent bien plutôt que des confréries et au
xv a siècle seulement apparaissent les associations professionnelles inté¬
ressant au début également la draperie, puis s’étendant à d'autres
métiers. Vers le milieu de l’époque précédente, la période de forma¬
tion est close pour les villes et leurs principales industries ; ensuite,
seules les professions secondaires imitent ces dernières, comme les
petites agglomérations se borneront à se modeler sur les grandes. Les
chartes de métiers, originairement, viennent pour la plupart des inté¬
ressés eux-mêmes, qui se contentent de les faire confirmer par le pou¬
voir; mais cette liberté aura une tendance à s’amoindrir et l’autorité
imposera des statuts tout faits. A l’égard du mode de groupement, dans
des conditions assez spéciales et qui montrent combien la valeur éco¬
nomique du pays resta toujours limitée, chaque métier urbain forme
rarement une corporation indépendante, mais ou dans chaque ville
un seul groupe social comprend divers groupes professionnels simi¬
laires, ou chaque district administratif et au besoin tout le duché même
englobe tous les travailleurs d’un même métier : en somme, la ten¬
dance à la fédération n’est pas douteuse (ch. i).
La hiérarchie corporative se compose des apprentis, compagnons,
maitres et chefs. Le recrutement des premiers est mal connu, mais
il semble peu réglementé et très libéral, en dehors d’une taxe d’entrée
à payer au duc ou au groupement, sinon aux deux. La situation des
compagnons demeure encore plus obscure. C’est au contraire avec
beaucoup plus de soin que l’on règle l’accès de la maîtrise, en raison
de son importance générale. La condition d’entrée, très rarement
technique et presque toujours exclusivement pécuniaire, consiste
dans le versement du droit de han, peu élevé d’ailleurs et revenant
surtout au pouvoir. En compensation, celui-ci accorde au métier
l’exercice d'un monopole économique. Les professions, en raison des
avantages faits aux fils des maitres, avaient d’ailleurs une tendance à
devenir héréditaires. D’autre part, les violations des règlements
entraînent l’exclusion temporaire ou perpétuelle du groupe (ch. h).
Du côté constitutionnel, l’organisme jouissait d’une autonomie se
manifestant d’une façon assez uniforme par la dévolution du pouvoir
à un maître assisté de rewardeurs ou inspecteurs. Les membres du
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348
BIBLIOGRAPHIE.
groupement élisaient leur gouvernement, bien que le chef nommât
directement aussi ses agents. Les droits des élus consistaient dans la
jouissance partielle ou totale des taxes et des amendes ; leurs devoirs,
surtout pour les maîtres, dans l'exercice de la juridiction purement
professionnelle, dans la convocation et la présidence des assemblées
obligatoires, dans la reddition des comptes faite à la sortie de
charge, non seulement à l'association, mais au duc; aux esgardeurs
spécialement revenaient l’inspection et le relevé des contraventions.
Ainsi les charges de maître du moins étaient-elles assez astreignantes
et onéreuses. Financièrement, le métier possédait encore une certaine
autonomie. L'absence de tout rôle politique assura aux corporations
lorraines une vie paisible (ch. m).
A titre social, très forte fut et demeura l’influence de la confrérie.
Au point de vue organique, elle fut souvent même antérieure à la cor¬
poration, qui n'était qu’une confrérie légalisée et devenue obligatoire :
en toutcas, régulièrement, les deux éléments ne faisaient qu’un. L’or¬
ganisation du groupement confessionnel, entrée, hiérarchie, constitu¬
tion, se trouvait analogue à celle du groupe civil. Mais surtout le but
du premier était de veiller et de maintenir chez ses membres une vie
religieuse et charitable intense par un certain nombre de pratiques :
dévotion envers le patron de la confrérie, versement de secours en
argent ou en nature pour les fêtes religieuses, les messes, le lumi¬
naire; puis, assistance aux enterrements des confrères; enfin, interdic¬
tion de travail dominical et conservation de la dignité et de l'honneur
professionnels (ch. iv).
Après cet examen général, l’auteur passe en revue des groupes de
métiers similaires : les métiers de l'alimentation, où les bouchers sur¬
tout sont soumis à des prescriptions hygiéniques très strictes; les
métiers textiles, où comme toujours l’industrie la plus importante est
celle du drap, bien que sa valeur restât assez limitée pour n’entraîner
que dans le Barrois la division du travail en plusieurs métiers distincts.
réuniB d’ailleurs toujours en une profession unique; la technique y
est assez bien connue, beaucoup mieux que celle de la fabrication très
différente des toiles; enfin, viennent les métiers de la tannerie et de
la cordonnerie, assez essentiels dans ce pays d’élevage et de forêts
(ch. v-vn).
Le mémoire de M. Duvernoy, écrit avec beaucoup de précision, de
propriété et même d’élégance, constitue une contribution certaine¬
ment intéressante et utile pour une histoire générale des corporations.
Dans l’ensemble, on doit louer l’auteur d’avoir fait ressortir certains
côtés régionaux spéciaux des groupements lorrains, comme d’avoir
insisté sur leurs tendances morales, de même qu’à des points de vue
plus particuliers, ses renseignements concernant les prescriptions hygié¬
niques imposés aux métiers de l’alimentation et surtout son analyse de
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BIBLIOGRAPHIE. 349
la technique de la draperie, si peu connue encore, méritent d'ôtre
signalés.
La seule remarque, qui se présentera d’ailleurs sous diverses
formes et que nous nous permettons de soumettre à l’auteur, concerne
sa bibliographie. En soi tout d’abord, elle aurait pu être plus récente
ou plus complète. Pour la France, si les recherches de M. Fagniez sur
Paris sont demeurées excellentes, à l’égard de Levasseur, qu'il n’était
peut-être pas a priori indispensable d’utiliser, on devait au moins ne
plus renvoyer à la première édition, vieille d’un demi-siècle, mais à
la seconde ne remontant qu’à quelques années 1 2 3 4 ; de plus, les travaux
de MM. Boissonnade* et Hauser 3 6 , et même d’Eberstadt 4 eussent été
plus ou moins utiles à consulter. A l’égard de la Belgique, il eût été
plus simple de laisser l’ouvrage « vieilli et insuffisant * de Iiuyttens
sur les Corporations gantoises* au profit des Recherches de M. Des
Marez concernant l’Organisation du travail à Bruxelles au
XV* siècle *. Quant à l’Allemagne enfin, on s’étonnera qu’étant donné
surtout la région frontière à laquelle se rapporte le travail de
M. Duvernoy, il ne cite que les ouvrages de Schünberg et de Dettme-
ring. Sans doute la littérature récente allemande n'est pas décisive à
l’égard de la question qui nous occupe et elle n’offre pas pour elle le
nombre et la valeur des œuvres consacrées à un sujet tout à fait
connexe, celui des villes; mais elle ne manque pas non plus de
mémoires précieux à utiliser en raison de leur valeur scientifique et
critique 7 . Cette imperfection bibliographique n’est pas seulement mau¬
vaise absolument, mais peut-être a-t-elle entraîné deux conséquences
qu’il importe d’examiner.
Les travaux allemands en premier lieu eussent pu attirer l'attention
de l’auteur sur un point fondamental, on peut le dire, fort débattu,
comme toutes les questions de point de départ et resté même encore
incertain jusqu'ici, celui de l'origine des corporations. Sans doute, en
raison de l'importance économique modérée de la région lorraine,
1. Paris, 1901, 2 vol. in-8*.
2. Essai sur torganisation du travail en Poitou. Paris, 1900, 2 vol. in-8*.
3. Les origines du capitalisme moderne en France (Revue d'économie
politique, 1902); Des divers modes d'organisation du travail dans t ancienne
France (,Revue d'histoire moderne et contemporaine, t. VII, 1905-06), et sur¬
tout Ouvriers du temps passé, dont une 3* édition vient de paraître.
4. Magisterium u. Fratemitas et Dos franzôsische Gewerberecht (Leipzig,
1897 et 1899, in-8*).
5. Gand, 1861, in-4*. Voy. Fris, Bibliographie de l'histoire de Gand, n* 182,
p. 133.
6. Bruxelles, 1904, in-8*.
7. Voir Dahlmann-Waitz, Quellenkunde der deutschen Geschichte, 7 Aufl.
berausg. von E. Brandenburg, n*' 1836-1864, 4264-4288, 5202-5231.
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350
BIBLIOG11PHIE.
l’étude de ses groupements professionnels, dans les conditions spéciales
précédentes, pourrait n’ôtre que relativement fructueuse. Mais mieux
aurait encore valu dire quelques mots du problème, hasarder quelque
hypothèse à son sujet que le passer complètement sous silence. Cette
omission complète et, par suite, l’ignorance où nous nous trouvons
des détails exacts de l’histoire urbaine et en particulier des conditions
d'apparition précise des chartes ne nous permettent guère non plus
d’essayer de résoudre la difficulté. Comme cependant on constate la
forme première fréquemment pieuse des unions laïques, si bien que
« les corporations ne sont d’habitude que des confréries légalisées » 1 2 3 4 * ,
— et il doit y avoir là une influence, sinon un lien, d’une importance
probable assez générale 9 , — comme il semble aussi que le plus sou¬
vent les métiers s’organisèrent eux-mémes et que le pouvoir public
intervint simplement pour ratifier leurs statuts, on peut attribuer à ces
corporations lorraines un point de départ non pas domanial, ni même
seigneurial entièrement, mais récent et spontané, et exactement mixte,
à la fois social et officiel. Les groupements étudiés par M. Duvernoy
peuvent ainsi, quant à leur origine, confirmer d'intéressantes remarques
générales émises il y a quelque temps sur la formation des métiers*.
On ne saurait préciser davantage, mais nous ne doutons pas qu’il
suffise de signaler le problème à l’érudition et à la sagacité de l'auteur
pour qu’il essaie de le solutionner complètement.
D'autre part, la connaissance des recherches françaises, et en parti¬
culier des travaux de M. Boissonnade 4 , eût sans doute permis à
M. Duvernoy de préciser un second point également fort important,
concernant non plus l'origine, mais le développement corporatif. Les
unions professionnelles lorraines paraissent avoir pris un réel essor,
mais on aurait désiré en savoir l’importance véritable et, à cette inten¬
tion, il eût été indispensable de chercher à déterminer la valeur de la
persistance éventuelle du travail libre : il fallait pouvoir comparer
association et individualisme. L’intérêt de cette question n’est pas seu¬
lement absolu, mais il vient aussi des tendances que l’on est trop
porté à attribuer au moyen âge à ce sujet et qui n’ont au fond rien de
scientifique. « Il est bien connu, dit M. Duvernoy, que cette époque a
été la belle période de l’histoire des corporations ouvrières. » On dirait
1. Duvernoy, p. 24.
2. Voir Eberstadt, Magisterium «. Fralemüas; livre II : die Frotenilas,
p. 159 et suiv., et, en particulier, p. 168-174, 177-196; et joindre à la rigueur
Keutgen, Aemter u. Z Un fie , cb. ix, die Bruderschaft , p. 169 et suiv. (1903).
3. Cf. Pircnne, compte-rendu de l'ouvrage de Keutgen cité à la note précé¬
dente, dans Rev. hisl., t. XCVI (1908), p. 139-141.
4. Estai sur forganisation du travail en Poitou, livre III, ch. i (l. II, p. 3
et 9uiv.).
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BIBLIOGRAPHIE.
351
plus précisément peut-être : » Il a été bien connu », car il semble
qu’à mesure que l'on approfondit davantage ce côté de l’histoire
médiévale, deux conclusions se dégagent. Absolument, les organismes
dont nous parlons, apparus au xn e siècle seulement, assurément déve¬
loppés déjà au xiii*, mais restés toujours jusque-là très « sporadiques »,
ne commencent à prendre une réelle importance que dans les deux
siècles suivants; si donc, dans la région qu’étudie M. Duvernoy, leur
apparition a pu être relativement tardive, leur mode de croissance,
considéré par lui comme d’une lenteur exceptionnelle, ne fait à peu
près que confirmer une règle générale ; c’est que, dans l’ensemble, le
mouvement corporatif n’appartient sans conteste qu’à la décadence
du moyen âge. De plus, relativement, s'il ne s’arrêta point, sa marche
et son développement restèrent cependant assez modérés pour que ce
système d’organisation du travail ne paraisse jamais avoir englobé
qu’une partie et même secondaire des intéressés ; or, si on le constate à
des époques plus récentes, à plus forte raison dut-il en être ainsi aux
temps plus anciens. Les deux conclusions précédentes se montrent
ainsi comme parfaitement connexes. Dans l’ensemble, il peut donc
paraître assez exact de dire que le moyen âge a été seulement la
période de formation des corporations qui n’y ont joué qu’un rôle
effacé, quoiqu'à la rigueur plus pur que postérieurement, selon l’état
assez compréhensible des institutions commençantes. Les raisons
d’une telle restriction seraient, semble-t-il, assez aisées à rechercher,
mais leur exposé nous entraînerait trop loin. A la rigueur, suffira-t-il
de remarquer qu’au point de vue d’abord réel, cette époque a été sur¬
tout une période d’économie naturelle, si bien que, même lorsque l'éco¬
nomie pécuniaire apparut, « l’atmosphère rurale » demeura prédomi¬
nante et la grande industrie ne prit et n’eut jamais qu’une valeur
secondaire; au point de vue personnel, ce temps n’est pas non plus, et
pour le motif précédent, mais aussi on ne saurait l’oublier, pour des
raisons religieuses, un moment de luttes sociales : ces deux causes
n'ont pas dû rendre les unions très nécessaires.
Georges Espinas.
D r Alf. Weyhmann. Histoire de l’ancienne industrie du fer en
Lorraine. Strasbourg, impr. Du Mont-Schauberg, 1905. In-4°,
223 pages et une carte. (Trad. française d’un travail paru dans le
Jahrbuch der Gesellschaft fur lothringische Geschichte u.
Altertumskunde, Band XVII, 1905.)
M. Weyhmann étudie, grâce surtout aux documents des archives
départementales de la Meuse, de la Meurthe-et-Moselle et de la Lor¬
raine, l’histoire de la métallurgie du fer dans la partie ouest de la Lor¬
raine allemande et spécialement dans les vallées de l’Orne et de la
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352
BIBLIOGRAPHIE.
Fensch, avec les deux centres connus de Moyeuvre et d’Hayange. La
première trace de cette économie apparaît en 1240 par la concession
perpétuelle que Philippe de Florangefit à l’abbaye de Villers-Bettnach
des droits de recherches et d’extraction du minerai dans ses propres
terres, situées sans doute vers Hayange; puis, en 1260, Thierry, sei¬
gneur d’Hayange, concéda à Thiébaut, comte de Bar, « la mine dou
ban de Haienges pour toz ses fevres ki forgent en ses fores de Brie ».
Des détails plus précis manquent avant le xiv 8 siècle. A ce moment,
juridiquement, existaient deux sortes de forges : les unes, situées dans
le domaine direct du comte de Bar, étaient des exploitations « à rente »
ou « à cense », comme affermées moyennant le paiement d’une rente,
d’abord en nature, puis transformée au profit du bénéficiaire en un
versement en argent fait par chaque usine à titre d’affermage pour
toute journée d’exploitation; de ce côté, on a même conservé deux
livres de comptabilité du « clerc recevor des forges » pour le duc, de
juillet 1324 à novembre 1327 et en 1345; les autres forges dites « de
protectorat », situées sur le domaine du petit seigneur d’Hayange,
mais s’étant placées par mesure de sûreté sous « la garde » du plus
puissant comte de Bar, lui payaient une redevance « de fidélité » fixe
et en nature de 100 livres de fer, qui n’excluait pas la redevance due
au seigneur direct ; la première relation disparut au xv° siècle lors de
la réunion de la Lorraine à la Bourgogne. Entre ces deux modes juri¬
diques existait la distinction de la seigneurie foncière et de la suze¬
raineté. A titre technique, en 1523 apparaît la première forge hydrau¬
lique ; quant aux produits, qui s'exportaient plutôt vers Metz que sur
la France, on sait seulement qu’en 1324-1327, lors des guerres, on
fabriqua des quantités de fers à chevaux.
Néanmoins, au xv 8 siècle, l’industrie de la vallée de l’Orne se mit
à décliner pour des raisons techniques encore : difficultés d’extraction
ou imperfection dans la production. Aussi, la plupart des forges fores¬
tières disparurent-elles au profit de l’exploitation plus importante de
Moyeuvre. Juridiquement, après une courte période de deux années,
de 1564 à 1566, pendant lesquelles le pouvoir usa du système de la
régie, l’affermage fut remis en vigueur. Les fermes étaient de durées
différentes, mais toujours assez longues, variant de douze à vingt-
quatre années. Les preneurs, auxquels on accordait d’ailleurs toutes
les facilités nécessaires, et aidés par la prospérité générale de l’indus¬
trie, retiraient de leurs exploitations des bénéfices sérieux. Ce fut le cas
en particulier pour le célèbre maréchal de Fabert ; quoique officier
d’artillerie, il avait repris les forges de son père, un patricien messin,
et les garda de 1627 à 1639, avant les guerres auxquelles il prit natu¬
rellement part. Si Moyeuvre dominait vers l’Orne, d’autres forges y
existaient encore, ainsi que dans la vallée de la Fensch; seulement,
de ce second côté, comme elles ne suffisaient pas à absorber le mine*
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BIBLIOGRAPHIE.
353
rai produit, par un phénomène surprenant à cette époque, on l'expor¬
tait par eau surtout vers la Sarre, où se trouvait également une forge
(1621-1630). Mais la guerre de Trente ans et tous ses désastres vinrent
interrompre cette floraison qui, même jusqu’à la fin du xvn e siècle, ne
reparut pas, arrêtée par une mesure fiscale vexatoire d'origine fran¬
çaise, « le droit de marque de fer ». Heureusement, en 1707, les
usines d’Hayange passèrent par vente judiciaire à Jean Martin de
Wendel, dont le nom familial est, on le sait, inséparable de l’histoire
de l'industrie métallurgique, en particulier dans cette contrée. Possé¬
dant les capacités personnelles nécessaires, muni des ressources finan¬
cières suffisantes, il développa rapidement son industrie, dont l’état
prospère se maintint avec ses héritiers au cours du xviii® siècle. A
cette époque, la même situation favorable se constate pour le groupe
resté toujours domanial de Moyeuvre, grâce surtout à la politique
économique heureuse de Léopold I« r . Enfin, pendant la période
révolutionnaire, comme la Lorraine se trouvait dans la région des
opérations militaires les plus importantes, « les commissaires de la
République furent chargés par la représentation nationale d’aviser à
tous les moyens propres à tenir les usines d’Hayange dans le meilleur
état d’activité possible ». Néanmoins, sous le prétexte que la dame
Wendel, veuve, était mère d’émigrés, dans l’hiver 1793-1794, le gou¬
vernement mit les forges sous séquestre, tout en ne se décidant
qu’après bien des hésitations à les faire vendre en 1797. Mais, après
diverses péripéties, la famille put acquérir de nouveau l’usine et ne
tarda pas à lui rendre son ancienne prospérité.
Nous nous sommes efforcé de résumer suffisamment ce travail, sans
prétendre y être parvenu, en raison, nous n’hésitons pas à l’avouer,
de sa composition. Il est, on le sait, une traduction de l’allemand. Or,
tandis que la plupart des recherches d’origine germanique présentent
l’avantage incontestable, et que l’on ne remarque même pas assez par¬
tout, de ne pas se perdre dans des réalités de détails, mais de savoir
s’élever au-dessus des documents, de délaisser heureusement les faits
pour la théorie, et ainsi de fournir par de simples recherches locales
. des contributions précieuses à l’histoire d’ensemble, cette contribution
est absolument dépourvue de tout plan et de toute idée générale.
Aucune distinction entre les parties technique, économique et sociale;
aucune conclusion, mais uniquement des analyses ou même des repro¬
ductions de documents rangés les uns au bout des autres, le plus sou¬
vent avec un luxe de détails et de chiffres tout à fait inutiles, bref,
aucune considération d’ensemble. Aussi la lecture est-elle difficile,
l'intérêt médiocre, le profit nul. Dans ces conditions, nous nous deman¬
dons vraiment pourquoi ce travail a été traduit en français.
Georges Espinas.
1910 23
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354
BIBLI0G1AFIIE.
Henri Courtbault. Le Bourg-Saint-Andéol. Essai sur la cons¬
titution et l’état social d’une ville du midi de la France au moyen
âge. Introduction à l'Histoire de la maison de Nicolay, rédigée
et publiée sous les auspices de M. le marquis de Nicolay et d’après
les documents recueillis par M. A. de Boislisle. Paris, H. Cham¬
pion, 1909. In-4°, xxiv-287 pages.
M. A. de Boislisle a travaillé pendant près d’un demi-siècle à la
préparation de l’Histoire de la maison de Nicolay. Il avait reconnu
que la généalogie, largement comprise, d’une grande famille française
pouvait concourir à illustrer l’histoire de la France elle-même. Dans
le précieux chartrier des anciens premiers présidents de la Chambre
des comptes de Paris, il avait trouvé la matière d'une étude générale
sur une institution des plus considérables de l’ancien régime, en même
temps que les éléments de l’histoire propre d’une race féconde en
hommes éminents.
Dix ans lui avaient été nécessaires pour classer les archives que lui
avait largement ouvertes le marquis Aymard-Charles-Léon de Nico¬
lay. En 1873 et en 1875, parurent deux volumes qui comprennent les
Pièces justificatives de l'histoire de la maison de Nicolay, accompa¬
gnées d’une Notice préliminaire où sont étudiées l’organisation et les
attributions de la Chambre des comptes, et d’un Avertissement où
est décrite la formation du chartrier de la famille.
Ce n’était qu’un travail préliminaire. L'histoire même de la maison
de Nicolay restait à écrire. Elle devait, dans l’esprit de l’auteur, se
diviser en deux parties : l’une contenant la biographie de tous les
membres de la famille; l'autre étudiant, à l'égard de l’histoire géné¬
rale, la carrière des neuf Nicolay qui se succédèrent à la première
présidence de la Chambre des comptes.
Lorsque, en 1908, la mort est venue surprendre M. de Boislisle, la
première partie seule avait reçu un commencement d'exécution : les
éléments en étaient rassemblés, des morceaux considérables déjà
presque définitivement composés.
La documentation dont disposait M. de Boislisle, empruntée tant
aux archives particulières de la maison dont il avait entrepris la généa¬
logie qu’aux dépôts publics, lui permettait de retracer l’histoire morale
d’une race, de montrer comment de simples bourgeois du Bourg-
Saint-Andéol avaient pu s’élever au premier rang de la société et
s’y maintenir durant trois siècles.
Soucieux d’étudier la famille de Nicolay dans son berceau, il voulut
reconstituer la ville du Bourg-Saint-Andéol, telle qu’elle avait été
au temps où les ancêtres des premiers présidents y faisaient leur
résidence. Les archives fort riches de cette petite cité vivaroise lui
en fournissaient le moyen. Il les a dépouillées avec soin. Mais le
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BIBLIOGRAPHIE.
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temps lui a manqué pour utiliser les documents qu’il avait rassemblés.
L’édition des Mémoires de Saint-Simon et d’autres travaux considé¬
rables absorbaient ses instants. Il dut s’associer un collaborateur et
eut la bonne fortune de trouver en M. H. Courteault un auxiliaire que
ses goûts et sa compétence en matière d’histoire sociale préparaient
à terminer dignement l’œuvre commencée. C’est à lui seul qu’incombe
maintenant la tÀche de publier les résultats de si vastes recherches.
M. Courteault nous donne aujourd'hui cette étude sur le Bourg-Saint-
Andéol dont M. de Boislisle avait conçu le projet et réuni la plupart
des éléments. Pour faire comprendre le développement de cette ville,
l’auteur remonte jusqu’aux temps les plus reculés, à l’époque où l’an¬
tique Bergoiate des Helviens n’avait pas encore été christianisée par
l’apostolat de saint Andéol. Mais il n’a pas entendu écrire les annales
chronologiques de la ville ; il a voulu, surtout, exposer l'état du Bourg
durant la période qui s’étend depuis le xii* siècle jusqu’au xvi e . Il pré¬
sente, d’abord, la topographie de la cité avec ses monuments religieux
et civils, puis le tableau de ses institutions pieuses et charitables, de
sa situation féodale, de son organisation municipale, judiciaire et
financière.
M. Courteault insiste sur l’état social des diverses classes de la
population, 4 l’époque où vivaient les premiers Nicolay connus. Les
chapitres consacrés à l’histoire collective et particulière des familles
patriciennes sont singulièrement instructifs. L’auteur y a mis en
lumière cette accession progressive de la bourgeoisie à la noblesse qui,
& partir du xiv a siècle, s’est produite dans toute la France, mais qui
est plus sensible dans le midi qu’ailleurs. Les roturiers qualifiés
a nobles hommes », fussent-ils marchands ou notaires, par courtoisie
et en raison de leur notabilité personnelle comme de l’ancienneté
de leur famille, ont constitué d'abord un degré supérieur dans
la classe bourgeoise. Riches, possesseurs de biens féodaux, alliés
par mariage aux maisons nobles, ils étaient confondus par le public
avec les gentilshommes. Parvenaient-ils à quelque office judiciaire
important, leur noblesse se trouvait, pour ainsi dire, consacrée par ce
fait. Comme l’a remarqué Fustel de Coulanges, un légiste était aisé¬
ment tenu pour noble. Les officiers du roi jouissaient d'exemptions
d’impôts ; peut-être leurs descendants se sont-ils prévalus de ce privi¬
lège et en ont-ils altéré le sens, l’attribuant non 4 la fonction, mais
4 la naissance.
Il s’est, certainement, créé une noblesse de possession d'état qui ne
pouvait se réclamer ni de lettres d'anoblissement, ni de charges ano¬
blissantes, mais qui se trouvait, au bout de quelques générations,
solidement incorporée dans la caste privilégiée. M. Courteault pense
que cette sorte d’anoblissement de fait était légitime. Les généalo¬
gistes officiels et les commissaires du roi 4 la recherche des faux
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356
BIBLIOGRAPHIE.
nobles étaient d’un avis différent. Ils la considéraient comme une
simple usurpation. Aussi les traces en ont-elles été dissimulées avec
soin par les intéressés et sont-elles fort difficiles à retrouver actuel¬
lement. Les notices généalogiques données par M. Courteault sur les
familles importantes du Bourg-Saint-Andéol permettent de constater
ce passage de la bourgeoisie à la noblesse chez les Bonot, marchands
et notaires au xv e siècle, dont l’Armorial général de d’Hozier ren¬
ferme une généalogie altérée; chez les Fayn, dont les parchemins les
plus anciens ont été complaisamment corrigés par un faussaire du
xvn e ou du xviii* siècle ; chez les Jausent, les Maroan, les Vincent-
Mazade. On en trouvera le plus illustre exemple dans l’histoire de la
maison de Nicolay.
Max Prinet.
Henry Moris. L'abbaye de Lérins : histoire et monuments ,
ouvrage accompagné d’une carte et de 40 illustrations en phototy-
pie. Paris, Plon-Nourrit et H. Champion, 1909. Gr. in-8°,
l-429 pages.
M. Moris tient la promesse qu’il faisait, il y a quelques années,
dans le Cartulaire de Lérins , en publiant aujourd’hui l'histoire de la
célèbre abbaye. Ce fut au début du vi e siècle que saint Honorât, après
avoir fondé un premier établissement dans l’Esterel, à la Baume-Saint-
Honorat, alla, chassé par les pirates, coloniser l’une des îles qui, entre
Fréjus et Antibes, émergent, « verte aigrette des flots », à peine au-des¬
sus de la mer. Florissante à l’époque romaine, cette île abandonnée à
l’époque des invasions était devenue inhabitable, infestée de serpents.
En quelques années, les saints anachorètes qui s’y établirent à la suite
de saint Honorât la transformèrent en un lieu dont on célèbre les
vivantes perspectives, la verdure, les fleurs, les sentiers embaumés,
avant-goût du paradis. Très peuplée de moines, pépinière de saints
et de savants, elle jouit bientôt d’une grande célébrité. On vient de
toutes parts lui demander des évéques : saint Vincent, saint Fauste,
saint Loup en sortirent, pour ne citer que les plus célèbres. On y sui¬
vit tout d’abord la règle de saint Pacôme, que supplante bientôt celle
de saint Benoit vers 661. Ce fut à cette époque que commencèrent les
malheurs de l’abbaye qui, aux vin® et IX e siècles, eut à subir les
attaques et les ravages des Sarrazins. Elle s’en releva cependant sans
rien perdre de sa vitalité ni de son renom.
Favorisée au xi e siècle par les princes de la terre, elle devient le
centre d’une importante puissance territoriale; soixante-dix prieurés
et fiefs, quatre-vingts même à un moment, en relevèrent tant dans les
pays voisins que dans les diocèses éloignés, Avignon, Albenga,
Viterbe, Barcelone, Saint-Flour et Clermont; l’abbaye possède d’im-
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BIBLIOGRAPHIE.
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portants privilèges, droits de pèche, de naufrage, de' franc-salé,
droit de monnayage dans la principauté de Sabourg. Puissance terri¬
toriale, l’abbaye se transforme et devient un château fort. En 1073,
l’abbé Adebert II jette les premiers fondements de cette importante
fortification, sentinelle avancée, servant de tour-signal pour la défense
de toute la région. Malgré de nombreuses attaques des Maures et des
corsaires génois, l’abbaye ne cessa de croître jusqu'au moment où, en
1464, Isnard de Grasse fut nommé premier abbé commendataire.
Ce fut le début de sa chute. Au xvi* siècle, Lérins ne rappelait en
rien la vie monastique. Unie à la congrégation de Mont-Cassin par
l'abbé Augustin Grimaldi dans l'espoir de faire refleurir la ferveur dans
l’ile des Saints, Lérins n'en acquit pas plus de gloire. Des luttes s'en¬
gagèrent entre l’abbaye et l'évêque de Montpellier; unie en 1639 à la
congrégation de Saint-Maur, elle se vit disputée par les nouveaux pos¬
sesseurs et par les moines de Mont-Cassin, jusqu’au moment où, en
1788, Louis XVI autorisa l'évéque de Grasse à poursuivre la suppres¬
sion canonique de l’abbaye et à entrer en possession de ses biens.
Le monastère, l'un des plus célèbres du monde chrétien, avait vécu.
Vendue à des particuliers, l’ile Saint-Honorat passa en diverses mains
jusqu’au jour où les Cisterciens de Senanque vinrent en 1869 y faire
revivre la gloire des anciens jours.
Telle est, brièvement résumée, l’histoire qu’expose M. Moris. Il l’a
fait suivre d’études intéressantes sur les nombreux privilèges accordés
par les papes et les princes, sur le droit de monnaie à Sabourg (accom¬
pagné d’une description des types connus de cette monnaie), sur les
statuts du monastère, sur les nombreuses possessions classées par
diocèse et dans chaque diocèse par ordre alphabétique accompagné
d’une substantielle notice, sur la condition des personnes, sur les
abbés, sur les attaques du monastère au cours des guerres du ix° au
xviii* siècle, sur la construction du château fort, sur les archives,
la bibliothèque et le trésor, qui font de cet ouvrage un volume des
plus importants pour l'histoire d'une de nos plus célèbres abbayes fran¬
çaises.
L. M.
Courte chronique écrite à Ayen (Corrèze), 1560-1585, publiée
par Georges Mathieu, archiviste de la Corrèze. Paris, H. Cham¬
pion, 1909. In-8°, 46 pages. (Extrait du Bulletin de la Société
des lettres de Tulle.)
Aux nombreuses chroniques paroissiales rédigées en Limousin
pendant les xvi*, xvn* et xvm* siècles doit s’ajouter désormais, pre¬
mière en date, celle que M. G. Mathieu vient de tirer des registres
paroissiaux d'Ayen. Ce D'est ni la moins longue ni la moins instruc-
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BIBLI06BAPHIE.
tive. Comme elle s’étend sur les années 1560-1585, elle (ait une large
place aux troubles civils et autres misères de ce temps et apporte un
contingent, encore ignoré, de menus faits au mémoire de M. Clément-
Simon sur Tulle et le Bas-Limousin pendant les guerres de reli¬
gion , comme à l’histoire économique de la région par la mention du
prix des denrées pendant ces dures années.
L’annotation mise par M. G. Mathieu au bas des pages est suffi¬
sante et de bon aloi, encore qu’on puisse regretter d’y trouver (p. 33)
l'identification de Chalucet, château fort des vicomtes de Limoges,
avec la petite ville de Chalus. Mais il reste à établir la valeur propre
de cette chronique, dont l’auteur ne peut avoir été témoin de tout ce
qu’il raconte. Que cet auteur soit le curé d'Ayen, M. G. Mathieu
hésite à l’affirmer, par manque de preuves. A défaut de l'étude gra¬
phique du texte, qui ne peut rien prouver puisqu’il est dit que le docu¬
ment a été recopié d’un autre registre, on trouverait peut-être la solu*
tion de ce petit problème en recherchant, dans les registres
d’insinuations ecclésiastiques, si à ces années 1560-85 ne correspond
pas en la paroisse d’Ayen le rectorat d’un seul et même curé.
A. L.
Joseph Poux. La cité de Carcassonne à la fin du XV* siècle,
étude archéologique d’après des comptes royaux inédits. Paris,
Morin, 1907. In-8°, 47 pages.
— La châsse de Saint-Gimer, conservée jadis à Sainte
Nazaire de Carcassonne, essai de reconstitution à l’aide de
documents inédits. Caen, 1908. In-8°, 30 pages. (Extrait du
Congrès archéologique de i908.)
— Les salaires agricoles à Bouilhonnac (Aude) en 15ii-15i2.
Carcassonne, 1909. In-8°, 7 pages.
— et Henry Mullot. Nouvelles recherches sur l’itinéraire du
Prince Noir à travers les pays de l’Aude (29 octobre-16 no¬
vembre 1355). Toulouse, 1909. In-8°, 15 pages. (Extrait des
Annales du Midi, t. XXI.)
I. La cité de Carcassonne dut aux troubles religieux de la seconde
moitié du xvi* siècle un regain de vie; on fortifia, on restaura ce puis¬
sant organisme militaire déjà bien déchu de sa splendeur féodale et qui
bientôt s’engourdira « dans une sorte de mortelle léthargie ». Les états
de la recette et de la dépense du domaine du roi de la sénéchaussée de
Beaucaire et de Carcassonne ont permis à M. Poux de rassembler les
éléments nécessaires à une étude des réparations faites aux ouvrages
et châteaux forts de la sénéchaussée et plus particulièrement de la cité
de Carcassonne. Ces états permettent de se rendre compte des tra-
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BIBLIOGRAPHIE.
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vaux exécutés au château, aux tours et aux enceintes, aux ports et
aux ouvrages accessoires. Un appendice nous renseigne sur le régime
des travaux, les salaires et le prix des matériaux.
II. Le culte de Saint-Gimer est le plus populaire parmi les fidèles car-
cassonnais. Pierre de Rochefort a, au xiv« siècle, concrétisé cette dévo¬
tion et donné au diocèse une châsse célèbre sur laquelle on n’avait jus¬
qu’ici que peu, pour ne point dire pas, de renseignements. Les archives
du chapitre de Saint-Nazaire ont permis à M. Poux de retrouver dans
des inventaires des sacraires de la cathédrale une description minu¬
tieuse de cette châsse. Elle présentait l'aspect d’une chapelle rectangu¬
laire couverte d’un toit à double versant ; des tourelles se dressaient
aux angles et au milieu un baldaquin formait flèche. Les motifs orne¬
mentaux la divisaient en seize compartiments, chaque face d’avant et
d’arrière comprenant deux panneaux séparés par des colonnes déta¬
chées; chacun des côtés était semblablement divisé en six panneaux.
Les personnages représentés étaient sur les petits côtés, d’une part, la
Vierge et l’ange annonciateur, d’autre, saint Nazaire et saint Celse;
sur les grandes faces, les apôtres.
Existant encore en i754, ce précieux joyau, déjà fort délabré, a dis¬
paru depuis la fin du xviii' siècle.
III. Le domaine de Bouilhonnac appartenait à l’abbaye de Lagrasse.
Philippe de Lévis, évêque de Mirepoix, le possédait comme abbé. Il
y fit faire en 1511-1512 d’importants travaux. Le compte étudié par
M. Poux donne un état de l’activité rurale pour toute une année, tra¬
vaux des bois, des vignes, appropriation des prés, fenaisons, battage,
vendanges,<mesurages des grains, etc. Des détails sur la nourriture fort
abondante et ne différant guère de celle de nos ouvriers agricoles,
plus riche peut-être en viande, sur les salaires, etc., permettent de
dire que « la condition matérielle du paysan n’était pas, en 1511, sensi¬
blement plus misérable que celle de ses descendants de 1909 ».
IV. En reprenant de près le texte de Geoffroy-Le Backer sur l’ex¬
pédition des Anglais dans le midi de la France en 1355, en le contrô¬
lant sur des documents originaux, MM. Poux et Mullot sont arrivés
à déterminer d'une manière plus précise la marche du Prince Noir et
à corriger certaines erreurs d’identification des localités où séjourna
l’armée anglaise.
L. M.
L’église de Saint-Philbert-de-Grandlieu (Loire-Inférieure),
par R. de Lasteyrie, membre de l’Institut. Paris, Impr. nationale,
libr. C. Klincksieck, 1909. In-4°. (Extrait des Mémoires de l’Aca¬
démie des inscriptions et belles-lettres , t. XXXVIII, 2 e partie.)
Le rapport dont nous allons tenter de présenter une analyse n’a
rien laissé dans l’ombre et résume tout ce qui a été publié sur cet
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BIBLIOGRAPHIE.
important monument. Il est divisé en sept chapitres qu’il faut énumé¬
rer pour donner une idée du développement qu’a pris ce travail de cri¬
tique très bienveillant pour tous ceux qui ont pris part au débat.
Le début est une exposition des renseignements que nous ont con¬
servés les documents sur l’arrivée des religieux, leur installation et
leur départ. Après, succède une description de l’état actuel de l’église
et des efforts dépensés pour le faire connaître à nos contemporains.
Le troisième chapitre est surtout un examen des théories du Père
Camille de la Croix. Dans le quatrième, les textes contemporains sont
appliqués à la construction de 815 pour en déterminer la forme et la
grandeur. Puis vient l’énumération des changements opérés en 836
dans le sanctuaire autour de la crypte et dans le déambulatoire.
Enfin, le vu* chapitre sert à établir les raisons qui déterminent le rap¬
porteur à croire à une reconstruction de la nef après l’incendie de
847, en dehors de toute conception de voûtes.
On discute depuis quinze ans sur la question de savoir si l'église de
Saint-Philbert-de-Grandlieu peut être classée parmi les monuments
de l’époque carolingienne. M. Brutails s’est beaucoup récrié quand je
lui ai présenté cet édifice comme le produit d'un art inconnu, il n’a
rien voulu retrancher à l’enseignement de Quicherat. Ses yeux voient
une grande différence de date entre la nef et le transept, sa critique
descend jusqu’au xn e siècle. Quant au P. de la Croix, non seulement
il adopte cette opinion, mais encore il prétend démontrer que les arcs
du transept et certains murs de l'abside sont les restes d’un édifice
romain. Pour moi, j’ai toujours pensé et écrit sous différentes formes
que l’église Saint-Philbert-de-Grandlieu me semblait être l’œuvre
d’une seule génération dans ses parties essentielles, parce qu’elle por¬
tait la marque d’un procédé unique de maçonnerie qui n’aurait pas pu
refleurir exactement de la même façon au xi« siècle, après avoir pris
naissance au ix e .
Mes arguments ont été ceux d'un touriste qui passe et repasse dans
un édifice en prenant des photographies, tandis que la démonstration
de M. de Lasteyrie est scientifique. C’est un véritable cours d’archéolo¬
gie e.x cathedra qui met en œuvre tous les moyens d’apprécier les
textes historiques et les membres de l’édifice en question. Il arrive à
point pour convaincre mes contradicteurs que je suis demeuré très près
de la vérité en défendant la thèse carolingienne. M. de Lasteyrie est
de mon côté puisqu’il aboutit à cette conclusion capitale : « Cette
église, malgré ses mutilations, est encore un des spécimens les plus
authentiques et les plus considérables qui restent en France de l’ar¬
chitecture religieuse à l'époque carolingienne ». Nous allons voir dans
les détails quelques applications de sa méthode.
I. Restitution du premier édifice. — En cherchant ce qu’était la
forme primitive de cette église, M. de Lasteyrie est amené à examiner
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BIBLIOGRAPHIE.
361
les diverses hypothèses émises par ses prédécesseurs et naturellement
il s’arrête longuement sur l’opinion que le Père C. de la Croix a mise
en avant après avoir exploré tous les recoins de l’édifice. Cet éminent
fouilleur a rencontré tant de briques alliées à la maçonnerie, de tous
côtés, qu’il se croit encore dans son chantier de ruines de Sanzay. Il
se laisse aller à l’idée qu'il est en face d’un monument romain trans¬
formé en église par les religieux et prononce même les gros mots de
basilique, de portique et de forum.
M. de Lasteyrie, après moi, lui fait remarquer qu’il n’est pas dans
une localité gallo-romaine et renverse courtoisement sa théorie en
ajoutant diverses remarques sur l’agencement des claveaux, l’absence
de petit appareil, la différence d’épaisseur dans les murs, la difficulté
d’utiliser le carré du transept en l’isolant de son entourage et l’invrai¬
semblance du chevet polygonal que son imagination seule a restitué.
La démonstration est si habile qu’elle entraîne invinciblement la
conviction que le P. de la Croix s’est totalement trompé dans ses
interprétations, elle contient en même temps une leçon pour tous les
chercheurs : c’est à savoir qu’une analyse trop prolongée des maté¬
riaux d’un chantier peut faire dévier le jugement du fouilleur quand
il oublie de visiter les chantiers analogues.
M. de Lasteyrie a trouvé la lumière non pas tant dans l’examen de
la chaux et des pierres que dans les édifices attribués à l'époque
carolingienne à Angers, à Chartres et à Orléans. Protégé par son rôle
de juge, il combine les réalités qu’il a sous les yeux d’une façon
plus positive et nous présente un plan d’édifice plus acceptable. C’est
une nef avec bas-côtés, transept et chevet terminé par trois absides ;
il n’a pas écarté cependant toutes les objections. Les substructions
des piliers de la nef qu'il fait remonter à 815 pourraient être celles de
la reconstruction de 847, car elles dépassent les dimensions d’une
construction qu’on voulait faire provisoire.
II. Le transept et ses arcades. — L’examen consacré au transept
soulève diverses questions qu’il n’est pas aisé de résoudre. Il est évi¬
dent que la première église en avait un qui renfermait deux absidioles,
et que le chevet en abside est désigné par les expressions prima
frons, que ces divers membres ont été renversés, mais jusqu’où les sup¬
pressions se sont-elles étendues? C’est là le point obscur que M. de
Lasteyrie n'a pas éclairci. On ne constate pas assez d’unité dans ce
qu’il appelle le carré du transept pour oser dire qu’il fut entièrement
construit par l'architecte de 815. L’arc triomphal, en effet, est plus
large, dans son bandeau, que les deux autres du nord et du sud, il
prend naissance à une hauteur différente. Quant à l’arc de l’ouest, il
a été restitué témérairement et au hasard, sans qu’on ait trouvé une
justification dans ses bases. Voilà des discordances graves. Il est donc
permis de croire que le transept a été atteint par les agrandissements
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BIBU06KAPHIB.
de 836. Les petites portes qui touchent les absidioles supprimées sont
du plan primitif parce qu’elles conduisaient à un réduit nécessaire au
logement du matériel. Elles ne sont pas indifférentes à mon point de
vue, parce que M. de Lasteyrie en fait une entrée de déambulatoire
ouverte en 836 qui nous semble inacceptable en présence des textes
et peu en rapport avec la foule des pèlerins. Ce déambulatoire, qui
est une des particularités intéressantes de l’église de Saint-Philbert, se
trouverait par là transformé en entonnoir, puisqu’il devient spacieux
en s’allongeant. Pour moi, il a été très largement établi dès 836 pour
recevoir la foule des pèlerins.
III. Premier état du sanctuaire et de la crypte. — Le procédé que
M. de Lasteyrie emploie pour nous expliquer ce qu'était le premier
sanctuaire, en 836, après l’arrivée des reliques ressemble à celui que le
P. de la Croix applique à la restitution du transept. Il est arrivé ches
nous comme s’il avait été prendre des inspirations dans la crypte méro¬
vingienne de Jouarre. Il ramène tous ses jugements à cette concep¬
tion ; il est pourtant bien sensible que l’installation des reliques de
saint Philbert offre peu d’analogie avec les confessions connues. C'est
un reliquaire de pierre que nous avons sous les yeux au niveau du
dallage du chœur, à quelques marches près, et non une crypte comme
on l’entend généralement ; il en résulte un trouble dans ses appréciations
qui l’empêche de voir le caractère secret de Yenfeu et de comprendre
pourquoi l'intérieur impénétrable au public est moins décoré que l’ex¬
térieur. Si la théorie de M. de Lasteyrie était admise, il en résulterait
que cette confession, bâtie en 836 et dépouillée en 858 de son trésor,
aurait passé par deux états différents en ce laps de temps. D’une con¬
fession ouverte et décorée de colonnes on aurait fait une crypte
fermée?...
IV. La nef. —- Du côté de la nef, nous sommes à peu près d’accord,
c’est-à-dire que nous arrivons aux mêmes conclusions en suivant des
chemins différents. Au premier abord, on se croirait en présence de
travées édifiées après l’an mille, les piliers sont à bases cruciformes,
les cintres sont doubles et à ressaut, des imitations de pilastres
montent sur la face intérieure vers les combles, comme pour suppor¬
ter des doubleaux, et leur donne un faux air de construction romane.
A les regarder de plus près, on s’aperçoit que le revers des murs est
également renforcé par un contrefort jusqu’au toit et que ce système
de consolidation correspond à la place occupée par les entraits de la
charpente. D’ailleurs, il n’apparait pas qu'on ait tenté de voûter les bas-
côtés comme on le faisait à l’époque romane pour les nefs voûtées, ce
qui constitue une lacune très grave dans l’agencement général ; il faut
donc croire que l’église de Saint-Philbert était couverte d’un lambris.
Si on a fait d’épais piliers, dit M. de Lasteyrie, ce n’est pas qu’on eût
l’intention de voûter l’édifice, c’est une preuve que la nef de 815 s’était
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BIBLIOGRAPHIE.
363
sans doute écroulée pendant l’incendie de 847 et qu’on voulait éviter
une nouvelle catastrophe. Pour lui, les autres artifices de construction,
tels que les arcs à ressaut et la forme des piliers en croix, ne sont pas
des caractères qui appartiennent exclusivement aux architectes romans.
A ce propos, il fait une déclaration de principe qui est toute une révolu¬
tion dans l’enseignement de l’archéologie monumentale. Contrairement
aux leçons de Quicherat qui a vieilli, dit-il, M. de Lasteyrie enseigne
que les générations antérieures à l’an mille ont pu faire des voûtes,
des piliers au lieu de colonnes et des arcs à ressaut au lieu de per¬
cements directs. Ses visites répétées à Saint-Philbert l’ont persuadé
qu’il y a une architecture carolingienne, distincte de l’architecture
romane et qui en a préparé l’éclosion, elle est reconnaissable & l’em¬
ploi des briques insérées deux par deux dans les murs, les cintres
et les jambages. Refuser d'admettre qu’on ait essayé de faire, dès
l’époque carolingienne, des piliers et des arcades à ressaut, dit M. de
Lasteyrie, « c’est dire qu’en l’an mille l’architecture romane est sortie
de la cuisse de Jupiter, sans avoir été préparée par rien d’analogue >
(p. 69).
Léon MaItrb.
Abbé Ch. Aimond. La cathédrale de Verdun. Étude historique
et archéologique. Nancy, Royer et C u , 1909. In-4°, ix-226 pages,
20 planches. (Publication de la Société philomathique de Verdun.)
Lorsqu'on s'approche pour la première fois de la cathédrale de Ver¬
dun, on ne voit tout d’&bord qu’un monument bâtard, dépourvu de
caractère et où il semble que, sur une œuvre du xvm* siècle, on ait
greffé des détails imités du moyen âge. Or, il en est tout autrement
dans la réalité : la structure même du monument remonte au milieu
du xn a siècle (1136-1150) et, dans ses dispositions générales, avec son
double chœur, ses deux transepts, à l’est et à l’ouest, les quatre clo¬
chers qui les flanquent, il se rattache très directement à la belle série
des églises de l'école romane germanique. Pour peu qu’on approfon¬
disse davantage son examen, on découvre d’autres détails très carac¬
téristiques : notamment des chapiteaux cubiques, dans ce qui reste de
la crypte orientale et aux colonnes des contreforts de l’abside, et des
galeries ouvertes à l’extérieur dans le mur du transept oriental. Cela
n’a pas lieu de nous surprendre, puisque Verdun appartenait à l’Em¬
pire, que les églises du cours inférieur de la Meuse, comme celles de
la vallée de la Moselle, appartenaient à cette même école (voy. Hel-
big, VArt mosan, t. I, p. 56-60 ; C. Enlart, les Traditions archi¬
tecturales du pays messin, dans VAustrasie, nouvelle série, t. I
(1905-1906), p. 399-405) et que, dans le voisinage même de Verdun, à
Dugny et à Mont-devant-Sassey (paroisse qui dépendait du diocèse
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BIBLIOGRAPHIE.
de Reims), on remarque d’indéniables influences germaniques. D'autre
part, suivant la juste observation de M. l’abbé Aimond (p. 125), la
forme polygonale de l’abside orientale, les chevets plats des transepts
et des absidioles, le plan carré du chevet occidental, des tours et des
tourelles d'escaliers, la forme des clochers et des flèches sont nette¬
ment français et se ressentent du voisinage de la Champagne.
C’est seulement par une minutieuse et patiente étude qu’il est
aujourd'hui possible de dégager cette église romane, dont l'aspect
devait être à la fois sobre et harmonieux ; il est même surprenant qu’il
en soit resté quelque chose après toutes les injures dont il a été vic¬
time et que M. Aimond nous fait connaître en détail, grâce aux nom¬
breux documents d’archives qu’il a explorés et notamment au précieux
journal du chanoine Guesdon et aux papiers du chanoine de Plaine,
celui-là môme dont les entreprises furent peut-être le plus nuisibles
au monument. On s’expliquera, après cela, l’aspect composite et décon¬
certant de cette cathédrale. Au cours du xm« siècle, sans doute sous
l’épiscopat de Robert de Milan (1255-1271), on éleva un porche gothique
orné d’une série de statues et sur le tympan duquel le sculpteur avait
figuré la scène du Jugement dernier. La grande nef a été voûtée dans
le dernier quart du xiv® siècle, ce qui a entraîné des modifications
importantes dans la forme des fenêtres hautes; à la même époque, on
a élevé les chapelles des collatéraux et l’on a remplacé, à l’abside
orientale, la voûte en cul-de-four par un rond-point ogival, dont la toi¬
ture masque la plus grande partie du pignon roman; ces modifica¬
tions, où l’on relève des traces certaines d’influence champenoise,
furent exécutées par l’architecte Pierre Perrat, qui travailla aussi aux
cathédrales de Metz et de Toul. Au xvi® siècle (1507-1515), l’architecte
Nicolas Masson construisit la chapelle du Rosaire, dont l'ornementa¬
tion extérieure est vraiment charmante. L’incendie du 2 avril 1755 fut
moins terrible par lui-même que par l’occasion qu’il fournit au cha¬
pitre de dénaturer complètement sa cathédrale, sous prétexte de res¬
taurations : les vitraux des fenêtres romanes et des fenêtres gothiques
furent détruits, les cryptes comblées et leurs voûtes défoncées, les
tombeaux supprimés, de même que les tribunes, les absidioles, le
jubé; les piles romanes disparurent sous une décoration en style
rocaille. Moins d’un demi-siècle plus tard, la Révolution ajoutait à
ces déprédations, et la Commission des arts de la Convention signalait
à la vindicte publique le vandalisme du serrurier Carrage. Au cours
du xix® siècle, et jusqu’au début du xx®, de maladroites restaurations
et de malencontreux crépissages n'ont fait que supprimer ou masquer
les vestiges subsistants de la cathédrale romane.
En somme, de l’église construite au XI e siècle par l’évêque Thierry
on n’a plus que la partie inférieure du chœur, du transept et des tours de
l’ouest; celle du xii® siècle subsiste dans son ossature, mais cette ossa-
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BIBLIOGRAPHIE.
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ture disparaît sous un décor moderne, et, de son ornementation, il reste
à l’est quatre bas-reliefs remployés plus tard à l'extérieur de l’abside,
la partie supérieure d'une porte, les imbrications du chevet, et surtout
une suite de beaux chapiteaux dans le transept, dans la partie subsis¬
tante de la crypte et aux colonnes d’angle des contreforts. Le porche
du xiii s siècle n’a conservé que la décoration de feuillages qui orne
sa première archivolte et la moulure du gable qui le surmonte. Au
xm a siècle appartiennent encore les beaux chapiteaux des collatéraux ;
au xiv e , ceux des colonnes adossées de la grande nef, très inférieurs aux
premiers, et des gargouilles assez curieuses. Le xv e siècle nous a laissé
des peintures aux voûtes de la crypte. De ses anciennes dépendances,
la cathédrale a conservé un beau cloître, en partie du xiv e siècle,
en partie du xvi e , une gracieuse construction servant de sacristie et
remontant au xm e siècle, mais les salles capitulaires, la bibliothèque,
l'école sont aujourd’hui méconnaissables.
Du mobilier, il subsiste moins encore : le jubé et les stalles de la
Renaissance ont disparu, de même que l’horloge astronomique. En
dehors d’une statue de sainte Barbe, qui semble remonter au moyen
âge, et d’un vitrail peint en 1633 par le verrier Ferry et figurant des
sujets relatifs à l’Eucharistie, on ne trouve plus à la cathédrale que
des œuvres du xvm e siècle : les belles stalles exécutées par le Tou-
lois Lacour, le baldaquin imité de celui de Saint-Pierre de Rome,
quelques statues, dues notamment aux ciseaux du Nancéien Jonkker
et de l’Anver9ois Schobbens. Les reliquaires furent vendus en 1746
par l’évéque ou brisés à la Révolution, mais de précieuses étoffes
orientales qui enveloppaient les reliques n’ont quitté la cathédrale,
pour passer dans une collection particulière, qu’au milieu du dernier
siècle. La mosaïque du chœur occidental et les carrelages du xm e siècle
ont disparu depuis moins de cinquante ans, mais M. Aimond a pu
du moins trouver un dessin de la première et il publie la reproduc¬
tion d'un certain nombre de carreaux vernissés qu’il a pu retrouver
de droite ou de gauche. La bibliothèque, qui contenait des trésors, a
été dispersée : en 1636, le chapitre en vendit une partie; en 1790, on
voulut soustraire à l'inventaire les manuscrits les plus précieux, mais
plusieurs se perdirent entièrement et l’un d’eux, un magnifique sacra-
mentaire du IX e siècle, recouvert de plaques d’ivoire et d’argent, a été
acheté par l’Électeur de Bavière et se trouve aujourd’hui à la Biblio¬
thèque royale de Munich.
On ne peut que louer la conscience avec laquelle M. l'abbé Aimond
a recherché les documents intéressants pour l'histoire de la cathédrale
de Verdun, le soin avec lequel il les a mis en œuvre, la précision
qu’il apporte dans ses descriptions, la critique avec laquelle il discerne
les apports de chaque période dans ce monument composite, l’érudi¬
tion dont il fait preuve dans ses comparaisons avec d'autres monu-
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BIBU0G1APHU.
menta. Son vocabulaire est généralement exact; parfois cependant
(p. 96,101,127), le mot « ogive » est employé à tort pour désigner un arc
brisé. La bibliographie est assez complète ; il aurait peut-être fallu y
ajouter la mention d’une notice sur Verdun publiée en 1901 par
M. Pionnier dans Y Annuaire de la Meuse, k cause des dessins dont
l’a illustrée le regretté W. Konareki, et celle des Enquêtes camp a-
nairea de M. Berthelé (Montpellier, 1903), qui reproduisent le petit
bourdon fondu en 1874 par Farnier-Bulteau, et renferment quelques
indications dont M. Aimond aurait pu tenir compte dans l'appendice,
d’ailleurs fort érudit, qu’il a consacré aux cloches de la cathédrale.
L’illustration, que l’on voudrait plus abondante, notamment en ce
qui concerne les chapiteaux gothiques et la décoration de la chapelle
de l’Assomption, est cependant assez riche, puisqu’elle ne compte pas
moins de cinquante planches ou dessins, très judicieusement choisis
et exécutés avec une netteté parfaite; signalons, entre autres, deux
plans, celui de Robert de Cotte (1724) et celui de 1755, les photogra¬
phies des bas-reliefs et des chapiteaux romans, des peintures de la
crypte, du sacramentaire de Munich.
Exprimons, en terminant, tous nos compliments et tous nos remer¬
ciements à la Société philomathique de Verdun, qui n’a rien négligé
pour donner tout le lustre qu’il méritait à cet excellent travail, dont
elle s’est faite l’éditeur désintéressé.
André Lbsort.
Max Prinet. Les Armoiries écartelées des conjoints d'après les
sceaux français. Paris, Rollin et Feuardent, 1909. In-8°.
(Eitrait de la Revue numismatique, 1909, p. 372.)
Bien que les manuels français de blason et de sigillographie n’in¬
diquent, lorsqu’il s’agit de faire figurer sur un môme écu les armoiries
de deux conjoints, qu’un procédé de combinaison qui est le parti, con¬
sistant à partager l’écu par un trait vertical pour y mettre d’un côté
les armes du mari et de l’autre celles de la femme, il est un autre pro¬
cédé dont les sceaux offrent de nombreux et indiscutables exemples,
c'est l’écartèlement. L’écu étant divisé en quatre parts ou quartiers
par deux traits se coupant à angle droit, les armoiries de l’un des con¬
joints se trouvent répétées aux premier et quatrième quartiers; celles de
l’autre aux second et troisième. Il y a, on le voit, double représenta¬
tion des mêmes armes qui, dans le parti, ne sont figurées qu’une fois.
Roger Bernard III, comte de Foix, porte, sur son sceau, en 1281, un
écu écartelé de Foix et de Béarn, sa femme étant Marguerite de Mon-
cade, vicomtesse de Béarn. Otton IV, comte de Bourgogne, en 1302,
mari de Mahaut, comtesse d’Artois, écartèle les armes de Bourgogne
de celles d’Artois. De môme pour Colard d’Estouteville et Jeanne de
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BIBLIOGRAPHIE.
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Mauquenchy (1378, 1405, 1410, 1415); Jean de Rieux, maréchal de
France et de Bretagne, et Jeanne de Rochefort; René, b&tard de
Savoie, et Anne Lascaris de Vintimille, comtesse de Tende, etc.
C'était parfois une condition imposée au mari par les parents d’une
fille unique qui l'obligeaient ainsi à relever les armes de leur maison
près de s’éteindre en les joignant à celles de sa propre famille. Tel fut
le cas pour François de Bourbon, comte de Saint-Pol, et Adrienne
d'Estouteville, pour leur fille Marie qui successivement épousa Jean
de Bourbon, François de Clèves, Léonor d’Orléans-Longueville.
Les armoiries ainsi relevées par un mari peuvent être aussi celles
d’une maison dont la famille de sa femme était l’héritière. Antoine de
Chabannes écartela ses armes de Nanteuil et non de Dammartin.
D’autres fois, surtout en Allemagne, ce sont les femmes qui ont com¬
biné les armes de leur famille paternelle avec celles de leur mari.
Ainsi un écu écartelé de deux blasons n’appartient pas toujours,
comme on le croit généralement, à une personne issue de deux familles
propriétaires de ces deux blasons ; il peut représenter les armes d’un
membre de l’une de ces deux familles allié à l'autre par son propre
mariage. Telle est la conclusion pratique clairement formulée et soli¬
dement établie par la courte mais substantielle étude de M. Prinet.
Aug. Coulon.
Georges Doutrbpont. La littérature française à la cour des
ducs de Bourgogne : Philippe le Hardi, Jean sans Peur,
Philippe le Bon, Charles le Téméraire. Paris, Honoré Cham¬
pion, 1909. In-8°, lxviii-544 pages. (Tome VIII de la Biblio -
thèque du XV* siècle.)
Lorsqu’en 1906, M. Doutrepont publia l’Inventaire de la « librairie »
de Philippe le Bon, dressé en 1420 et resté jusqu’alors inédit, il nous
promettait dans son introduction un ouvrage qui devait porter sur
l’ensemble du mouvement littéraire à la cour des ducs de Bourgogne.
C’est cette promesse que M. Doutrepont vient de réaliser en faisant
paraître le présent travail qui sera lu avec intérêt et profit non seule¬
ment par ceux qui s’occupent de l’histoire de la maison de Bourgogne,
mais aussi par tous ceux pour qui les productions littéraires du
XV* siècle ont quelque attrait.
L’auteur s'est surtout attaché à montrer en quoi les œuvres parues
sous l’influence des ducs sont l’expression d’une société. Sa princi¬
pale préoccupation a été de rechercher ce que la littérature de Bour¬
gogne pouvait fournir d’indications précieuses à noter et susceptibles
de renseigner sur le tour d’esprit, les vues politiques, la psychologie
même des princes qu’elle a célébrés et parfois inspirés. Il a moins visé
à écrire l’histoire des nombreux manuscrits réunis par les ducs en
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BIBLIOGRAPHIE.
l’espace de plus d'un siècle qu’à montrer comment ces manuscrits
répondaient aux tendances du milieu qui les a vus paraître et qui bien
souvent a provoqué leur apparition. Mais, tout en étudiant ainsi la lit¬
térature bourguignonne au point de vue social, en tant que représen¬
tation d'une cour brillante et fastueuse, M. Doutrepont s’est appliqué
à la situer dans le mouvement général des lettres. Et, sans vouloir
rien exagérer, ce n'est pas à tort qu'il pense avoir apporté ainsi sa
contribution à l’étude des origines lointaines de la Renaissance qui fut
moins une rupture avec le passé que l’introduction de l’idée de l’art
dans une société qui, connaissant déjà les œuvres des anciens, ne
savait pas les comprendre parce qu'elle s'obstinait à y chercher seu¬
lement des prétextes à enseignements moraux.
Malgré les défauts qu'il lui reconnaît très simplement, il semble
bien que le plan adopté par l'auteur, — division par genres littéraires
et étude de chaque genre par règne, — soit le seul qui lui permette de
maintenir sans cesse en vedette la personnalité des ducs et d’étudier
en même temps, sans fragmenter trop son étude, une série d'œuvres
inspirées par une grande idée ou un grand projet, tel par exemple que
la croisade turque.
Dans un premier chapitre, M. Doutrepont étudie les épopées et
romans d’inspiration médiévale. Il distingue d'abord les œuvres dont
l’inspiration est antérieure à l’ère bourguignonne. Il passe en revue
les romans possédés par les ducs et dont on trouve trace dans les
inventaires. Cette revue est surtout intéressante pour le règne de Phi¬
lippe le Bon. L’importance du Girard de Roussillon de Jean Wau-
quelin est soulignée à juste titre, et ce n’est pas sans raison que
M. Doutrepont reconnaît après M. Meyer que Wauquelin « avait une
érudition assez variée pour l’époque et un certain talent de mise en
œuvre ». Le parallèle que maître Wauquelin a eu souci de suggérer
au lecteur entre Girard de Roussillon et le puissant duc d’Occident
est noté comme l’on peut s’y attendre, quand on connaît la thèse de
M. Doutrepont. Et si parfois le souci de soutenir sa thèse entraîne
peut-être l’auteur à multiplier les hypothèses (ainsi p. 378 et 481). il
est parfaitement dans son droit en attirant ici notre attention sur un
parallèle qui s’impose de lui-même.
Parmi les œuvres dont l’inspiration est contemporaine de l’ère bour¬
guignonne, la Geste des ducs Phelippe et Jehan de Dourgongne,
si elle n’offre qu’un faible intérêt au point de vue littéraire, possède
en revanche une valeur historique réelle. Comme le remarque M. Dou¬
trepont, l’auteur anonyme de cette geste nous fournit les plus pré¬
cieuses indications sur l’état des esprits des partisans de Jean sans
Peur. Le Pastoralet est ensuite étudié assez longuement. Cet ouvrage
présente des qualités d’invention et de forme qu’on ne saurait nier.
Avec assez de vraisemblance, M. Doutrepont pense que l’auteur doit
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BIBLIOGRAPHIE.
369
être un partisan de la faction des bouchers de Paris qui avaient à leur
tâte les Gois, avec lesquels Jean sans Peur entretenait des relations.
L’hystoyre et plaisante cronicque du Petit Jehan deSaintré et de
la jeune dame des belles cousines fournit à l'auteur l'occasion d’une
étude assez pénétrante sur la dualité de l'intrigue que l’on a si sou¬
vent signalée dans ce roman. L’ironie court d'un bout à l'autre de
l’œuvre. La dame des belles cousines semble surtout désireuse de
« farcer », et c’est ce que certains semblaient avoir peu vu jusqu’à
présent. Un autre point sur lequel M. Doutrepont est d’accord avec
M. Sdderhjelm, c'est la portée du dénouement. La Sale a-t-il voulu
ridiculiser la chevalerie autant qu’on l’a déclaré ? Il ne semble pas.
Sans doute, la chevalerie est raillée, mais elle l'est sans fiel et sans
amertume, et l’ouvrage se termine par la défaite de damp abbé, la
confusion de la dame des belles cousines et à l’honneur de Jehan.
Dans un chapitre intitulé l'Antiquité, l’auteur étudie les traduc¬
tions, compilations et romans antiques. Parmi ces œuvres, l’une des
plus intéressantes est le Livre des conquestes et faits d'Alexandre
le Grand que compila Jean Wauquelin. Nous en avons trois copies
bourguignonnes dont l'une est au nombre des plus magnifiques livres
qui soient sortis des ateliers de librairie de la Flandre. M. Doutrepont
examine longuement ensuite les origines de la Toison d'or, ses
patrons : Jason et Gédéon, et les livres qu’elle a inspirés. Il n’a pas de
peine à montrer l’inanité de l’anecdote amusante qui attribuerait à la
Toison une origine galante et en ferait un hommage rendu par Phi¬
lippe le Bon à une favorite à la chevelure dorée.
C’est avec raison que dans son chapitre troisième, consacré à la lit¬
térature religieuse et didactique, comme d’ailleurs un peu partout
dans son livre, car c'est là une des idées qui lui sont chères et que
cependant il évite bien d’exagérer (voir à ce sujet p. 236), M. Doutre¬
pont montre que le projet de la croisade turque a préoccupé tous nos
ducs. Dès 1393 commence ce que l’auteur appelle la littérature turco-
phobe avec la Dolente et piteuse complainte de l’Église moult
désolée d’Eustache Deschamps et naturellement cette littérature fleu¬
rit surtout sous Philippe le Bon.
Les Cent Nouvelles nouvelles sont étudiées ensuite avec les
fabliaux et nouvelles. M. Doutrepont croit que le personnage appelé
Monseigneur ne peut être que le duc de Bourgogne et il produit un
nouvel argument en faveur de cette opinion (p. 338). Le théâtre, la
poésie lyrique, puis les historiens et chroniqueurs font l’objet des
chapitres suivants. Et avant de conclure l’auteur nous donne des ren¬
seignements précis et intéressants sur la situation faite aux écrivains
et aux livres chez les ducs de Bourgogne.
En résumé, l’ouvrage de M. Doutrepont, très soigneusement docu¬
menté, très critique (ainsi voir p. 463 ce que l’auteur pense de la des-
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BIBLIOGRAPHIE.
cription donnée par Reiffenberg de la bibliothèque du palais de
Bruxelles), muni d'un index soigneusement dressé, est un livre qui
sera utilement et facilement consulté. En le lisant, on y a eu plaisir
à voir que l’auteur disculpait Philippe le Bon et Charles le Témé¬
raire de l’injuste grief qu’on leur a si souvent adressé d’avoir accueilli
et encouragé le groupe des grands rhétoriqueurs. C’est seulement
à la cour de Maximilien I er et de Marguerite d’Autriche qu'a surtout
vécu Jean Molinet. Enfin l’on ne peut que reconnaître l’exactitude du
jugement porté par M. Doutrepont lorsque, voulant caractériser d'une
manière générale la littérature de Bourgogne, il écrit qu'elle suit une
courbe analogue à celle de la politique des ducs et que de française et
de parisienne qu elle est à ses débuts elle tend dans la suite à devenir
régionale et particulière.
Henry Prost.
Dictionnaire d'histoire et de géographie ecclésiastiques , publié
sous la direction de Mgr Alf. Baudrillart et de MM. Alf. Vogt
et Urb. Rouziès. Fasc. 1 : Aachs-Achot. Paris, Letouzey et Ané,
1909. In-4 # , 320 col.
L'Encyclopédie des sciences ecclésiastiques, dont la publication
a été entreprise depuis plusieurs années par la librairie Letouzey et
Ané et qui comprenait déjà le Dictionnaire de la Bible de M. Vigou¬
reux, le Dictionnaire de théologie catholique de MM. Vacant et
Mangenot, le Dictionnaire d’archéologie chrétienne et de liturgie
du R. P. dom Cabrol, s'enrichit d'une nouvelle branche fort utile dont
le besoin se faisait bien sentir. Il y a, en effet, dans l'histoire de l’Église,
un assez grand nombre de personnages qui ont joué des rôles impor¬
tants, sans que leur action se soit cependant beaucoup manifestée au
dehors, et qui, pour cette raison sans doute, ne figurent pas dans les dic¬
tionnaires généraux ; il y a aussi des institutions particulières soit à une
époque, soit à une région et sur lesquelles on chercherait en vain des
indications dans les encyclopédies destinées au grand public ou même
aux seuls érudits. D’ailleurs, ces encyclopédies, qui embrassent le plus
souvent l’ensemble du savoir humain, doivent nécessairement n'accor¬
der qu’une part restreinte au domaine de chacune des branches de ce
savoir, et puis, il faut bien le dire, le domaine des choses religieuses
y est trop souvent considéré comme dénué de tout intérêt.
Mais, pour rendre vraiment les services qu’on est en droit d'attendre
de lui, un Dictionnaire comme celui qui commence à paraître doit
donner au lecteur un exposé exact et complet des résultats auxquels
ont abouti les derniers et les meilleurs travaux d’une science qui a
fait d’immenses progrès depuis quelques années. Le seul fait que la
haute direction en appartient à Mgr Baudrillart est à ce point de vue
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BIBLIOGRAPHIE.
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la meilleure des garanties, et le savant recteur de l’Institut catholique
de Paris a su grouper autour de lui des collaborateurs qui, pour la
plupart, sont des spécialistes déjà bien connus par des publications
estimées.
A travers les notices très diverses que contient le premier fascicule,
on rencontre constamment un évident souci d’impartialité et d’objec¬
tivité ; toutes ces notices sont terminées par des bibliographies géné¬
ralement dressées avec beaucoup de discernement, et plusieurs
d’entre elles (par exemple celle de l’abbaye d’Acey, en Franche-Comté)
sont rédigées presque uniquement à l’aide de documents d’archives.
Citons parmi les articles les plus originaux ou les plus complets ceux
de M. L. Guérard sur « J.-P. d’Abbadie, évéque de Lescar » (1599-
1609) et sur « Bernard d’Abbadie, évêque de Dax » (1690-1732); de
M. Aie. Ledieu sur l’histoire religieuse d’« Abbeville » ; de dom Ursmer
Berbère sur Abbon de Fleury; de M. l'abbé Vacandard sur Abélard;
du professeur Guidi et de M. H. Froidevaux sur l’église et les mis¬
sions d’Abyssinie. Signalons aussi quelques courtes, mais substantielles
notices de M. Georges Goyau, de M. Aug. Audollent, de M. le cha¬
noine Ulysse Chevalier, de M. le professeur Cauchie, de M. l’abbé
Clerval.
Par le domaine qu’il embrasse, ce nouveau Dictionnaire vient
combler une importante lacune dans l’outillage des recherches histo¬
riques, et par l’érudition et le talent de ses rédacteurs il semble
devoir répondre à toutes les exigences de la science moderne en
matière d’histoire religieuse 4 .
André Lesort.
Boninus Mombritius. Sanctuarium , seu vitae sanctorum;
novam hanc editionem curaverunt duo monachi Solesmenses
[D. A. Brunet et D. H. Quentin]. Paris, A. Fontemoing, 1910.
2 vol. gr. in-8°, xxxi-687 et 835 pages.
C’est au Milanais Bonino Mombrizio qu’est dû le premier recueil de
vies de saints, publié à Milan, avant 1480, en deux gros et magnifiques
1. Quelques petites chicanes de détail : à propos de saint Aaron de Bretagne,
M. l’abbé Duine renvoie à la Vita de saint Malo publiée par dom Plaine, mais
il eût fallu citer aussi le récent travail consacré à cette Vita par M. Ferdinand
Lot, dans ses Mélanges d histoire bretonne, où il est précisément question
(ch. iv, 2 6; Annales de Bretagne, juillet 1907, p. 747-749) des modifications
subies par la légende d’Aaron dans les différentes versions de la Fila S. Machuti.
— Dans l’article de M. l’abbé Corbierre sur l’Abbaye-aux-Bois, on regrette de
ne pas trouver de renseignements précis sur la communauté qui a occupé la
célébré maison durant le xix* siècle, tout au moins la date de son installation
et la liste des supérieures.
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372
BIBLIOGRAPHIE.
volumes in-folio, et dédié au célèbre Cicco Simonetta. Les grands
recueils postérieurs de Lipomani, de Surius, des Bollandistes n'ont pu
le faire oublier et ne l'ont pas remplacé. Il est en effet plusieurs vies
de saints, qui ne sont imprimées encore que dans le Sanctuarium,
ou dont le texte y présente de très nombreuses et importantes diffé¬
rences avec les éditions postérieures.
On ne trouve les deux gros volumes de Mombritius que dans un
très petit nombre de bibliothèques, et ils sont devenus d’une rareté
extrême, aussi ne saurait-on être trop reconnaissant aux deux auteurs
de la nouvelle édition, D. A. Brunet et D. H. Quentin, de la peine et
du soin qu’ils ont apportés à la réimpression présente du Sanctua-
rium. Ils en ont reproduit le texte avec la plus minutieuse exactitude,
reportant à YApparatus , qui accompagne chaque volume, quantité
de corrections, additions et remarques, qui donnent un prix particu¬
lier à la nouvelle édition. Une table très complète des noms de per¬
sonne, de lieu et des principales matières, due à D. Q. Chauvin, ter¬
mine le second volume et facilitera singulièrement la consultation du
Sanctuarium.
II. O.
P. Nicolas Dal-Gal, O. F. M. Saint Antoine de Padoue, thau¬
maturge franciscain (1195-123Î), traduit de l’italien par le
P. Théobald Aumasson... Rome, 12, via Giusti, et Paris, Vie et
Amat (s. d.). In-8°, lv-407 pages.
Hilaire de Barenton. L’Action sociale de François d’Assise,
d’après des documents peu connus. Paris, T « Action franciscaine »
(s. d.). In-8°, 53 pages, fig. (Extrait de VAction franciscaine.)
Le livre du P. Nicolas, s’il n’apporte guère d’inédit sur la vie du
saint, n’en est pas moins une bonne biographie, claire, bien divisée,
qui intéressera le grand public auquel il est destiné. L’historien aurait
peut-être souhaité que les documents eussent été étudiés de nouveau
et de plus près; quelques détails, qui restent encore douteux, auraient
gagné à être serrés davantage par la critique; mais l’ensemble de
l’ouvrage dans ses grandes lignes n'en aurait tiré qu'un profit peu appré¬
ciable pour le public.
Le P. Hilaire, dans la présente plaquette, n’a fait que mettre en
œuvre la plupart des sources utilisées et publiées pendant ces dernières
années par les historiens de saint François. Il s’est efforcé de montrer
brièvement l’influence exercée par saint François sur la société de son
temps, à exposer succinctement ce que le public ne serait pas allé
chercher dans des ouvrages d'érudition.
H. L.
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BIBLIOGRAPHIE.
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« Les Saints ». Sainte Colette (Î38Î-WÛ), par André Piboux.
Paris, Victor Lecoffre, 1907. ln-12, 190 pages.
Continuant une série où des biographies de valeur ont été éditées,
la librairie Lecoffre a confié à M. Pidoux, archiviste paléographe,
docteur en droit et camérier de S. S. Pie X, le soin d’écrire la vie de
la célèbre réformatrice. Je ne suis malheureusement pas compétent
pour juger ce que l’édification du public y gagnera; mais je crains
que l’auteur n’ait rien trouvé de nouveau à nous apprendre. Sans
doute son but n’a pas été de faire œuvre d’érudition : les lecteurs
auxquels il s’adressait ne s’en seraient pas consolés; cependant, en
passant, il eût pu, sans sacrifier les éléments de piété pure, accorder
plus à la curiosité de lecteurs un peu profanes. Ainsi, j’ai vivement
regretté de ne pas trouver de notice du « splendide bréviaire enlu¬
miné » donné par Benoît XIII à sainte Colette et conservé « encore
aujourd’hui dans une armoire vitrée au sanctuaire de la chapelle des
Pauvres Clarisses de Besançon ». La chose est d’autant plus fâcheuse,
à mon avis, que ce livre a été, parait-il, l’objet d’un miracle de la sainte,
puisque « le diable, dans une des attaques qu’il dirigea contre elle,
renversa méchamment la lampe » sur le volume qui fut entièrement
gâté. « Mais l’œuvre satanique ne résiste pas à la prière des saints »
et le lendemain le manuscrit était « aussi frais et propre qu’avant le
diabolique accident ».
H. Moranvillé.
The Anglo-Saxon chronicle , newly translated by E. E. C.
Gomme. London, George Bell, 1909. In-12, xvi-315 pages.
La librairie Bell, de Londres, a entrepris d'offrir au public, en tra¬
duction anglaise, la série complète des sources de l’histoire de la
Grande-Bretagne du vi e au xiii® siècle pour le moins. Huit ouvrages
ont déjà paru. Le plus curieux (avec le Bède, traduit par M. Sellar) est
sans doute celui que nous annonçons. Ce n’est pas cependant que le
traducteur se fasse illusion sur la valeur historique de la partie la plus
ancienne de la Chronique anglo-saxonne. Il nous avertit (p. vu) que
les matériaux qu’utilisa le roi Alfred lorsqu’il fit exécuter cette com¬
pilation en 893, sans doute à Winchester, étaient de mince valeur
pour la période des invasions des Angles, des Jutes et des Saxons.
Nous ne savons rien d'assuré avant la diffusion du christianisme au
vu® siècle. Notons l’intéressante hypothèse que les passages concer¬
nant les invasions danoises du ix® siècle sont dus à la plume du roi
Alfred lui-méme. Le traducteur a naturellement pris pour base de sa
translation l’excellente édition de M. Ch. Plummer. C'est également
à celui-ci qu'il a emprunté la substance de l’annotation très sobre
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r
374 BIBLIOGRAPHIE.
rejetée à la fin du volume. Il serait à souhaiter qu’une entreprise du
môme genre se fondât en France. Les traductions de la collection
Guizot sont introuvables et, d’ailleurs, périmées.
F. Lot.
John Leland. The itinerary of John Leland in or about the
years 1535-15k3. Parts I to XI, edited by Lucy Toulmin Smith.
London, George Bell and Sons, 1906-1910. 5 vol. in-8°, avec
portrait et cartes.
En 1533, Henri VIII avait chargé son bibliothécaire et antiquaire
John Leland de rechercher dans les bibliothèques des monastères et
des collèges les monuments des anciens historiens pour la composi¬
tion d’une grande histoire d'Angleterre. Pendant neuf années, de 1535
à 1543, Leland parcourut les villes et les moindres bourgs de l’Angle¬
terre et du pays de Galles, visitant en détail les cathédrales et les châ¬
teaux, notant les ruines des anciens monuments romains ou saxons,
examinant les vieux manuscrits des bibliothèques et compulsant les
archives, enregistrant soigneusement les moindres détails de topogra¬
phie et d'histoire locale. Mais toutes les notes qu'il avait ainsi recueil¬
lies ne devaient pas être utilisées pour l'histoire qu’il avait projeté
d’écrire. Leland mourait en 1552 et ses manuscrits, après avoir passé
entre différentes mains, trouvaient au xvn* siècle un asile sûr a
Oxford dans la bibliothèque Bodléienne. C'est là qu'au début du
xviii® siècle un autre antiquaire anglais, Thomas Hearne, donnait en
neuf petits volumes, publiés de 1710 à 1712, sous le titre d'Itinerary,
une première édition, tirée seulement à 120 exemplaires, des pré¬
cieuses notes historiques et archéologiques de Leland. Après la mort
de Hearne, une nouvelle édition, revue sur les manuscrits de la
Bodléienne, était publiée de 1745 à 1747 ; une troisième édition, qui
n’est que la reproduction de la seconde, paraissait enfin en 1770.
Mais ces différentes éditions ne reproduisaient pas le texte complet
des recherches et des notes de Leland. Grâce à une érudite anglaise,
M ,le L. T. Smith, connue par de nombreuses et excellentes publica¬
tions historiques, on possédera désormais une édition enfin complète,
scrupuleusement exacte et, on peut dire, définitive de ïltinerary de
John Leland. Les onze parties du manuscrit de la Bodléienne ont été
imprimées en cinq élégants volumes, publiés de 1906 à 1910, accom¬
pagnés de cartes, et chacun d’eux est terminé par d'excellents index
de noms de personnes et de lieux. Tous ceux qui s’intéressent à l’his¬
toire, à la topographie et à l’archéologie de l’Angleterre et du pays de
Galles seront reconnaissants à M lla L. T. Smith et à son éditeur,
M. G. Bell, de l'érudition et du soin apportés à la préparation et à la
publication de cette nouvelle édition de Y Itinerary de John Leland.
H. O.
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BIBLIOGRAPHIE.
375
La cité de Liège au moyen âge, par Godefroy Kurth. Paris,
A. Picard et fils, 1910. 3 vol. in-8°, lxxi-322, viii-345 et vii-
417 pages.
Après l’avoir annoncée par toute une série de mémoires, son Not-
ger de Liège , son Henri de Din&nt , ses Origines de la commune
de Liège , et tant d'autres publiés en divers temps depuis nombre
d’années, M. G. Kurth nous donne enfin son histoire de la ville de
Liège. Il la mène depuis les origines jusqu’à la destruction de la cité
par Charles le Téméraire en 1468. Étant donné le talent que l’on con¬
naît au maitre éminent qui, après avoir professé si longtemps à l’Uni¬
versité de Liège, dirige aujourd’hui l’École belge de Rome, je n'ai pas
besoin de dire que le nouveau livre de M. G. Kurth est remarquable.
L’auteur n'a pas été géné, comme les historiens de certaines autres
villes, par l’extrême abondance des documents et la difficulté de se
rendre maître des sources. La ville de Liège, en effet, n’a pas con¬
servé d’archives antérieures à la fin du xviii* siècle, et les chroniques
liégeoises, qui sont en nombre sans pareil, se rapportent toutes à l’his¬
toire de la principauté et négligent celle de la ville. M. G. Kurth ne
s’est cependant pas trouvé démuni et placé dans la nécessité de faire
appel seulement à ses rares facultés de divination. C’est que les
archives des nombreuses institutions ecclésiastiques de Liège se sont,
en général, parfaitement conservées. Or, on sait le rôle que ces
institutions, à commencer par la célèbre collégiale de Saint-Lambert,
ont joué dans l’histoire civile de la cité. De plus, M. G. Kurth
a pu utiliser cette source abondante qu'on appelle à Liège des Paweil-
hars, qui ne sont autre chose que des recueils de documents concer¬
nant surtout l'histoire constitutionnelle liégeoise. C’est à l’aide de ces
sources directes, complétées avec sagacité par des renseignements gla¬
nés de diverses parts avec une inlassable patience, que l’auteur a pu
composer ses trois volumes.
L’histoire de Liège ressemble à celle des autres communes, en ce
sens qu’on y constate les mêmes luttes pour parvenir à la liberté et
pour conquérir le droit de justice, les mêmes dissensions aussi entre
les classes, patricienne et plébéienne, à l’occasion de l’exercice du
pouvoir communal. Mais, d'autre part, les citains de Liège se pré¬
sentent fréquemment sous un jour spécial, qui donne à l’histoire de
leur ville un caractère insolite. Pourquoi? C’est, je crois, parce que
la ville de Liège n’a jamais eu le souverain qu’elle aurait voulu et
qu’il lui eût fallu. Le souverain des Liégeois, en effet, c’est le prince-
évêque de Liège et, la plupart du temps, ce souverain est un étranger
à la principauté, qui ne comprend pas ses sujets, entre à tous propos
en lutte avec eux et, pour les réduire, ne trouve pas mieux que d’ap¬
peler les armes étrangères à la rescousse. Le patriotisme des Liégeois
ne s’accommode pas de cette situation ; il supporte aussi mal les évêques
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376
BIBLIOGRAPHIE.
allemands d’origine, soutenus par des princes d’Allemagne, que les
évêques à la remorque des ducs de Bourgogne; et ce patriotisme,
exaspéré jusqu'à la folie, aboutit au triomphe de la démagogie, à la
révolte en quasi-permanence, et finalement au sac, à l’incendie, à la
destruction complète de Liège par Charles le Téméraire.
Ne pouvant suivre ici pas à pas M. G. Kurth dans tous les dévelop¬
pements de son histoire de Liège, je me borne à appeler particulière¬
ment l’attention sur le troisième volume de cette histoire. Presque
tout ce troisième volume est consacré aux guerres des Liégeois contre
leur prince-évêque Jean de Bavière, soutenu par Jean sans Peur, ou
contre leur prince-évêque Louis de Bourbon, soutenu par les ducs
Philippe le Bon et Charles le Téméraire, qui cachaient à peine leurs
idées d’annexion de la principauté de Liège à leur duché de Brabant.
Ce troisième volume est des plus intéressants. M. G. Kurth a su y
renouveler une histoire tristement célèbre. Il l’a fait en un récit dra¬
matique, profondément émouvant.
A l’autre extrémité de l’ouvrage, je veux dire au seuil du premier
volume, l’auteur a mis une Introduction que je m’en voudrais, d'autre
part, de ne point signaler. Chacun lira ces pages éloquentes avec inté¬
rêt, avec plaisir, avec profit. M. G. Kurth nous y présente un tableau
d’ensemble de l’état des communes au moyen âge. Pour lui, € la civi¬
lisation moderne s’est élaborée, au cours des siècles, dans trois centres
successifs. Ce furent les monastères pendant le haut moyen âge; pen¬
dant le bas moyen âge ce furent les communes; depuis la Renais¬
sance, ce sont les Etats ». Et ces prémisses entraînent cette conclu¬
sion, qui pourra sembler d’abord étrange, mais qui veut être méditée :
« Les communes du moyen âge ont parcouru, sur la scène restreinte
des banlieues urbaines, la carrière que les nationalités parcourent
aujourd’hui sur le vaste théâtre du monde. Elles ont créé des civilisa¬
tions locales qui sont, en miniature, ce que sont aujourd’hui les civi¬
lisations internationales. Elles ont traversé les mêmes phases, elles
ont rencontré les mômes problèmes, elles ont subi les mêmes crises.
Le drame n’a pas changé; les proportions seules ont grandi. C’est là
ce qui fait pour les contemporains l’intérêt capital et parfois poignant
d’une histoire comme celle que raconte ce livre. En voyant débuter
de nos jours des tragédies dont il a suivi toutes les péripéties dans le
passé, l’historien peut, sans être prophète, entrevoir sous quels
aspects elles se présenteront dans l’avenir. »
Armand d’Herbomez.
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BIBLIOGRAPHIE.
377
Les sources de l’histoire nationale conservées à l’étranger
dans les archives privées, par A. Cauchie et L. van der
Essen. Bruxelles, M. Weissenbruch, 1909. In-8°, 60 pages.
(Extrait du t. LXXVIII des Bulletins de la Commission royale
d’histoire de Belgique.)
Le titre donné à ces notes n'est pas exact; il y est, en effet, question
de bien des sources de l'histoire nationale [belge] conservées à l’étran¬
ger dans des archives publiques. Il est vrai que, pour les auteurs, les
archives des maisons souveraines de Mantoue,d’Este ou de Médicissont
des archives privées; mais cette opinion sera difficilement admise. —
La plupart des « archives privées » signalées par MM. Cauchie et Van
der Essen se trouvent en Italie. C’est que la péninsule leur est rela¬
tivement bien connue et qu’ils en pouvaient parler sciemment. Que
ne s’y sont-ils confinés? Ils auraient alors évité, par exemple, le
paragraphe malheureux consacré par eux (p. 47-48) aux archives pri¬
vées qui se trouvent à Paris, à la Bibliothèque nationale, et parmi les¬
quelles ils comptent la collection Moreau.
Armand d’Herbomez.
Andréas Walther. Kanzleiordnungen Maximilians I, Karls V
und Ferdinands I. (Sonderabzug aus dem Archiv fur Urkun-
denforschunq , herausgegeben von Brandi, Bresslau und Tangl,
Band II, p. 335 à 406.)
L'histoire des chancelleries des princes de la période dite moderne
est encore à peu près inconnue. M. Walther, qui a publié récemment
un livre intitulé Die burgundischen Zentralbehôrden unter Maxi-
milian I und Karl V (Leipzig, 1909, in-8°), nous donne, dans un article
spécial, de précieux renseignements sur la chancellerie des empe¬
reurs germaniques au xvi® siècle. Très averti des idées juridiques qui
dirigèrent l’organisation et les pratiques de cette chancellerie, il
expose avec soin les diverses réformes qui y furent introduites. Les
notions sur la chancellerie de Charles-Quint seront particulièrement
utiles aux érudits français. En effet, à l'aide de documents extraits
des archives d’Etat de Bruxelles, M. Walther a pu fournir des détails
sur l’œuvre de Mercurino di Gattinara, grand chancelier de Charles-
Quint, du président Viglius de Zwychem et de l’archevêque Albert II
de Mayence.
M. Walther publie, à la fin de son mémoire, quatre documents.
Trois de ces documents offrent un grand intérêt. C’est d'abord une
Consultation du grand chancelier Mercurinus sur le tiltre, signa¬
ture, armes, seaulx et monnoyes (décembre 1519 ou janvier 1520).
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378
BIBLIOGRAPHIE.
On peut voir dans ce texte curieux les difficultés qu’éprouvait l’empe¬
reur pour ne pas blesser la susceptibilité des sujets de chacun de ses
innombrables États : « Semble estre expédient, pour le contentement
des subjectz, faire lettres déclaratoires que Sa Majesté, par l’assump-
tion du tiltre de roy des Romains et eslu empereur, n’entend aulcu-
nement préjudicier aux droictz et prééminences des royaulmes d’Es-
paigne... Sa Majesté doit signer de son propre nom « Charles » en
tous les pays, tant Espaigne que ailleurs, sans nommer « yo el Rey •
ne t yo el Imperador », car l’un seroit détractif de la dignité impé¬
riale et l’autre ne seroit agréable aux subjectz. » Les Status et Ordi-
nationes cancellariae imperialis (l« r janvier 1522) permettraient de
faire une intéressante comparaison avec les règles de la chancellerie
royale de France et celles de la chancellerie pontificale, pour l’ordre,
les mentions et les taxes. Enfin il faut signaler le document intitulé
Conceptum ordinationum cancellariæ imperialis revisum (9 avril
1550), qui est une sorte de code de chancellerie. A ces documents,
M. Walther a ajouté deux extraits de listes d'officiers de la chancel¬
lerie, où l’on trouve les « Rigentes de la cancilleria y del consejo » et
les « secretarios » (1520-1522).
Outre l’intérêt qu’il offre pour les études de diplomatique, le travail
de M. Walther sera d’une grande utilité aux historiens du xvi e siècle
qui rencontrent à tout instant des pièces émanées de la chancellerie
de Charles-Quint. Les « faux » politiques furent alors employés sans
retenue. Une sérieuse connaissance des règles est nécessaire pour
procéder avec sûreté. Il est à souhaiter que l’étude de M. P. Bon-
dois sur la diplomatique française de la même époque soit bientôt
publiée et donne un complément aux heureuses recherches de l’école
allemande, recherches inaugurées il y a déjà longtemps par MM. See-
liger et KretschmayrL
Lucien Romier.
Ernest Gossart. Charles-Quint roi d’Espagne. Bruxelles, Lamer-
tin, 1910. In-8°, vm-277 pages.
En poursuivant ses remarquables études sur les Espagnols et Fla¬
mands au XVI • siècle , M. E. Gossart ne s’astreint pas à suivre l'ordre
des temps. Son dernier volume se rapportait à la fin du règne de Phi¬
lippe II; aujourd'hui, en étudiant la prise de possession par Charles-
Quint des royaumes de Castille et d’Aragon, M. Gossart nous ramène
1. Le travail de M. Walther est très soigné. Cependant la ponctuation du
texte français (Doc. I] est insuffisante. Il eût été utile aussi de dire en note
que « Atrebatensis » (Doc. ni) désigne Granvelle, évêque d'Arras. P. 341, n. 2 :
histoire au lieu de historié; p. 342, n. t : des secrétaires au lieu de secrétaire.
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BIBLIOGRAPHIE.
379
aux débuta du règne du grand empereur. Cette prise de possession
des royaumes que le (ils de Philippe le Beau et de Jeanne la Folle
tenait de ses aïeux les rois catholiques, Ferdinand et Isabelle, fut
pénible, compliquée qu’elle se trouva parce que la mère de Charles-
Quint, encore vivante, était en somme l'héritière directe de la Castille
et que bien deB gens soutenaient que Juana la Loca n’était pas la folle
que, dans l’entourage du jeune empereur, on la prétendait être. Bref,
l’héritage d'Isabelle fut contesté à Charles-Quint les armes à la main ;
il y eut guerre, la guerre des Comunidades comme on l’appela, et ce
ne fut qu’au bout de trois années que le prince parvint à régner paisi¬
blement en Espagne. M. Gossart a fait sur ces événements des années
1517-1520 une lumière complète. Il l’a fait avec cette simplicité et
cette clarté que j'ai déjà eu l'occasion de louer dans ses livres. L’auteur
est de ceux qui veulent être lus du grand public ; chez lui, l’érudition
très profonde se dissimule. Pour avoir démoli l’échafaudage après
avoir construit l’édifice, pour n’avoir pas encombré son nouvel ouvrage
d'un appareil scientifique rébarbatif, il est possible qu’il soit encore
pris à partie au pays où l’on aime les longues dissertations vagues et
les interminables discussions sur des vétilles. Chez nous, où l’on
apprécie par-dessus tout l’ordre, la clarté, la précision, le Charles-
Quint roi d’Espagne sera goûté comme il faut.
Le nouveau livre de M. Gossart est accompagné d’appendices dont
deux au moins me paraissent devoir être signalés. Le premier, sous
ce titre : « L’apprentissage politique de l’empereur », est la réédition
d’un mémoire publié en 1897 par M. Gossart dans son volume inti¬
tulé : Notes pour servir à l’histoire de Charles-Quint. L’auteur y
étudie minutieusement les débuts politiques de l'empereur dès sa sor¬
tie de tutelle. Dans le second appendice visé par moi, M. Gossart
examine la question de la folie, réelle ou supposée, de Juana la Loca
et conclut à la folie de la reine.
Armand d'Herbomez.
Andrea Galante. L'epistolario del cardinale Christoforo
Madruzzo presso VArchivio di stato di Innsbnich. Trieste,
1910. Gr. in-8°, 19 pages. (Estr. dalla Miscellanea di studi in
onore diAttilio Hortis.)
Ce bref mémoire du professeur Galante révèle aux érudits une des
sources diplomatiques les plus importantes de l'histoire du xvi® siècle :
la Corrispondenza Madruzziana, de 1539 à 1567, conservée aux
riches archives d’État d’Innsbruck.
Encore que M. Walter Friedcnsburg ait donné quelques extraits de
ces documents dans les Nuntiaturberichte a us Deutschland et que
la Gôrres Gesellschaft se soit proposé de publier ce qui touche direc-
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380
BIBLI06KAPHIE.
tement au Concile de Trente, les renseignements précis que fournit
l’étude du professeur Galante offrent un intérêt nouveau, particuliè-
ment pour les historiens français. — Cristoforo Madruzzo occupa le
siège épiscopal de Trente pendant toute la durée du fameux Concile :
mêlé aux discussions dogmatiques de l’assemblée, il fut de plus un
acteur de premier ordre dans les négociations diplomatiques qui entou-
rèrent le Concile et il joua en particulier le rôle d’intermédiaire entre
la cour impériale, les légats pontificaux et la curie romaine. Le Diaire
de Massarelli, publié en 1901 par Seb. Merkle, met en vive lumière
l’œuvre diplomatique de Madruzzo.
La correspondance de l’évêque de Trente offre des matériaux his¬
toriques d'une richesse et d’une ampleur considérables. Elle con¬
tient une série importante de lettres du cardinal Alexandre Far-
nèse, du cardinal Morone, du cardinal d’Augusta, du cardinal Pacheco
ainsi que d’autres princes de l'Église.
Parmi les plus illustres correspondants se trouvent François I* r ,
Charles-Quint, Philippe II, les ducs de Savoie, de Ferrare, de Man-
toue, d’Urbin, de Florence, les del Vasto, les Doria, les Trivul-
zio, les délia Pescara, les Gonzaga, les Challant, les Borromeo, etc.
Madruzzo recevait de ses agents des rapports de Milan, Venise, Naples,
Bruxelles, Gand, Londres, voire de Constantinople. On trouve encore
dans ses dossiers des avisi de France, Espagne, Allemagne, Venise et
Levant.
La Corrispondenza Madruzziana est classée, aux archives d’Inns-
bruck, en trois séries chronologiques : 1529-1551, 1553-1556, 1557-
1567. Elle comprend plus de quinze cents lettres.
M. Galante publie en appendice une assez longue poésie latine
adressée par Nicolô Secco au cardinal Madruzzo et la réponse de
celui-ci.
Lucien Romier.
Joaquin Miret y Sans. Documents en langue catalane (haute
vallée du Sègre , XI'-XII* siècles). New-York et Paris, 1908.
In-4°. (Extrait de la Revue hispanique , t. XIX.)
En 1900, M. Joaquin Miret y Sans avait publié dans son Investig a-
ciôn histôrica sobre el vizcondado de Castellbô, comme étant le
plus ancien texte écrit en langue catalane, un traité passé en 1211 au
sujet de la reddition du château de Llorens, entre Pierre II d’Aragon
et le comte d’Urgel, Guereau de Cabrera. M. Joaquin Miret y Sans a
découvert, il y a deux ans, un document catalan plus ancien dans le cartu-
laire du chapitre de la Seu d'Urgel. C’est le serment par lequel Pere
Ramon, comte de Pallars, et ses barons s’engagent à observer fidèlement
la trêve que leur a imposée l’évêque d’Urgel. Ce texte n’est point daté.
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BIBLIOGRAPHIE.
381
mais M. Miret sait nous prouver qu’il est sûrement du premier tiers
du xii* siècle. Il est également beaucoup d’actes bilingues dont la
partie latine est si réduite qu’on les peut considérer comme des actes
catalans. M. Miret nous en cite quelques-uns qu'il a trouvés dans l’an¬
cienne collégiale d'Orgonyà, au diocèse d’Urgel, et dont le plus ancien
lui parait être des dernières années du xi* siècle.
Théodoric Legrand.
I
Francesch Carreras v Candi. Lo Castell de Burriach 6 de Sant
Vicents (excursiô , historia y traditions). Matarô, est. Vila y
Font, 1908. In-4°.
Le volume II de la Biblioteca histôrica del Maresma est consacré
par Don Francisco Carreras y Candi à une étude historique et archéo¬
logique du très ancien château de Burriach, près de Matarô. Indé¬
pendamment de l’histoire du Castell et des seigneurs de Sant Vicents
qui en furent les possesseurs plus ou moins immédiats du xi a siècle au
milieu du siècle dernier, M. Carreras donne une étude très nettement
présentée du régime féodal en Catalogne et rapporte quelques légendes
populaires de la région. De nombreuses pièces justificatives rendent
particulièrement précieux ce petit ouvrage, qui a été conçu avec une
méthode critique qui fait grand honneur à son auteur. C’est un excel¬
lent modèle de monographie historique.
Théodoric Legrand.
Navegantes Guipuzcoanos , por D. Ramon Seoanb y Ferrer,
marqués de Seoane,... Madrid, impr. delasecciôn de hidrograûé,
1908. In-8°.
Le marquis de Seoane, correspondant de l’Académie royale de San
Fernando, célèbre avec enthousiasme les hardis marins guipuzeoans
qui, dès les temps les plus reculés, sillonnèrent l’océan et s’y firent
admirer et craindre par leur bravoure et leur intrépidité. Dès le xn® siècle,
Saint-Sébastien obtint du roi de Navarre, Sanche le Sage, un fuero
qui, dans toute la région basque, fut pendant longtemps un code mari¬
time très apprécié. Les marins basques surent de bonne heure se
constituer, dans chaque port, en confréries (cofradias de mareantes)
et ces confréries s’étant, à leur tour, confédérées en hermandades,
le Guipuzcoa jouit du xn« au xvii® siècle d’une véritable hégémonie
navale. La célèbre Hermandad de las Marismas , établie entre les
villes de la côte cantabrique, traita, à plusieurs reprises, avec les sou¬
verains étrangers qui recherchaient l’appui de ses galions pour leurs
entreprises maritimes ; le roi de France y fit appel au début de la guerre
de Cent ans. Les Guipuzeoans entretinrent d'importantes relations
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382
BIBLIOGRAPHIE.
avec les marchands flamands; au xv« siècle, ils avaient, à Bruges,
un consulat spécial ; la Hanse teutonique, de son côté, eut des agents
spéciaux à Saint-Sébastien. Bien que fervent admirateur de ses vail¬
lants ancêtres, le marquis ne veut affirmer que les faits qui lui sont
démontrés par des documents authentiques et ne peut admettre que
Juan de Echaide ait découvert Terre-Neuve. Il énumère ensuite toutes
les gloires maritimes de Guipuzcoa, auxiliaires de Colomb et de Magel¬
lan, compagnons de Fernandez Quiros et de Bonechea, dont il sait en
quelques mots retracer de brillante façon la vaillante histoire. Des
planches, modèles de navires, reproductions de tableaux de marine et
de portraits de marins célèbres, des listes d’amiraux, d’intendants de
marine et de constructeurs guipuzcoans augmentent encore la valeur
de ce précieux manuel de l'histoire de la marine guipuzcoane. Nous
ne reprocherons qu’une chose à M. de Seoane, c’est de n'avoir peut-
être pas toujours suffisamment indiqué les sources de son intéressant
travail.
Théodoric Legrand.
Théodore Blancard. Les Mavroyeni. Histoire d’Orient de 1100
à nos jours. Paris, Leroux, 1909. 2 vol. in-8°, xv-757 et
824 pages.
Quelques-uns des membres de la famille des Mavroyeni ont joué un
rôle dans les divers états de l’Europe orientale, mais néanmoins c'est
beaucoup que d’écrire leur histoire en 1,600 pages. Nous ne dirons
rien du second volume, c’eBt un livre de famille et non un livre d’his¬
toire. Le premier volume est consacré à Nicolas Mavroyeni qui, en
1786, fut nommé hospodar de Valachie. M. Blancard fournit d’intéres¬
sants détails sur les démêlés de Nicolas avec l’Autriche et la Russie
(4786-1790) et sur sa fin tragique après la bataille de Calafat; mais
trop souvent il ne cite pas ses sources ou se sert d’ouvrages de seconde
main. Le chapitre consacré aux origines de la famille Mavroyeni, qui
veut se rattacher aux Morosini de Venise, ne prouve absolument rien.
Au lieu de l’opinion d’autrui, M. Blancard eût mieux fait de nous
donner les documents sur lesquels s’appuie cette opinion. Pour le
lecteur impartial, la conclusion du chapitre de M. Blancard est qu'en
1440, on trouve à Corfou un Mavroyeni juge, et qu’ensuite on ne sait
plus rien sur cette famille jusqu’au xviii® siècle ; M. Blancard a publié
un certain nombre d’actes diplomatiques relatifs aux événements
de 1770 environ à 1825; il est regrettable que trop souvent l’auteur
ait omis d’indiquer leur provenance; quand, par hasard, des indica¬
tions de ce genre existent, elles sont généralement incomplètes.
F. Chalandon.
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BIBLIOGRAPHIE.
383
Henri Matrod. Le voyage de frère Guillaume de Rubrouck
(1253-1255). Couvin, 1909. 127 pages. (Extrait des Études fran¬
ciscaines*.)
Il y a quelques années, M. Rockhill a publié pour la Hakluyt Society
une traduction anglaise du récit de voyage fait par le moine francis¬
cain Guillaume de Rubrouck envoyé par saint Louis, en 1253, auprès
du grand khan Mangou, petit-fils de Gengis-khan*. Nul n’était mieux
qualifié que le traducteur pour une œuvre de ce genre; voyageur
lui-même, M. Rockhill a parcouru la Mongolie et l’Extrême-Orient, il
connaît les pays visités par le moine franciscain, « pays de l’immuable
où les mœurs ne connaissent que des évolutions infiniment lentes »
et où les choses sont demeurées jusqu’aujourd’hui telles qu’elles
étaient au xm # siècle ; aussi le traducteur de frère Guillaume a-t-il su
éclairer l’ouvrage de celui-ci par un lumineux commentaire pour
lequel il a utilisé les auteurs arméniens, arabes et chinois. Ce sont les
résultats du travail de M. Rockhill, dont l’œuvre, tirée à petit nombre,
n'a pas été mise dans le commerce, que l’auteur de l’article des Études
franciscaines a voulu faire connaître. Après un court résumé de l’his¬
toire des Mongols au début du xui° siècle et l’exposé de la mission
confiée par saint Louis à frère Guillaume, vient le récit des longues
pérégrinations de celui-ci, renvoyé de horde en horde à travers la
Russie méridionale et l’Asie jusqu’au moment où, après sept mois de
voyage, il finit par rejoindre le camp impérial. Ce qui caractérise
l’œuvre de frère Guillaume, ce sont les qualités d’observation exacte
dont témoigne l’auteur; elles sont telles que la plupart des renseigne¬
ments que la science a acquis en ces dernières années n’ont fait que
confirmer les vues de l’ambassadeur de saint Louis. Au triple point de
vue géographique, ethnologique et linguistique, Guillaume de Rubrouck
a fait une œuvre remarquable. Au point de vue historique, son récit
abonde en détails curieux sur les mœurs de la horde, et aussi sur ces
chrétientés qui, depuis des siècles, avaient perdu tout rapport avec
Rome ou Constantinople. Signalons spécialement l’intérêt que pré¬
sentent les renseignements sur les Nestoriens, la peinture de la cour
de Mangou et de sa capitale Karakoroum, où affluaient les ambassa¬
deurs de tous les pays. L'un des personnages importants de la cour du
t. Le tirage A part qui nous a été envoyé ne contient l’indication ni de la
tomaison, ni de la pagination des Études franciscaines.
2. W. Rockhill, The joumey of William of Rubruch to the Eastem parts
of the World, 1253-1255, as narrated by himself, voith tvoo accovnts of the
earlier joumey of John of Pian de Carpine. Translated from the latin and
edited, vrith an introduclory notice by... London : printed for the Bahluyt
Society, M D CCCG.
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384
BIBLIOGRAPHIE.
souverain mongol, Guillaume Bouchier, était d'origine parisienne;
jadis orfèvre près du Grand-Pont, il avait été fait prisonnier par les
Mongols à Belgrade.
La mission de Guillaume de Rubrouck échoua et il dut rapporter
une lettre par laquelle Mangou invitait saint Louis à lui payer tribut.
De retour pendant l’été de 1255, frère Guillaume, envoyé à Acre par
son provincial, écrivit pour saint Louis le récit de son voyage. On ne
savait si frère Guillaume était plus tard revenu en France. Un pas¬
sage de Roger Bacon a permis à l'auteur de l'article de prouver que
le moine voyageur était venu à Paris entre 1257 et 1267.
Le récit des voyages de frère Guillaume contribuera à rendre à celui-ci
la popularité à laquelle il a droit. Oublié jusqu'au xvn* siècle, mal
jugé sur de mauvaises éditions et de pires traductions par un certain
nombre de géographes môme récents, frère Guillaume a été remis en
honneur surtout par les Anglais, qui non seulement ont conservé son
œuvre (les cinq principaux manuscrits de l’œuvre de Guillaume sont
en Angleterre ou en proviennent), mais l’ont fait connaître et ont su
montrer quelle en était la portée scientifique. Hautement appréciée en
Allemagne, où Schmidt lui a consacré une importante étude 4 , l’œuvre
de frère Guillaume justifie la parole d'un savant moderne : « Le
XIII e siècle connaissait la Chine mieux que nous ne la connaissions
au milieu du xix*. »
F. Chalandon.
Comte Henry de Castries. Les sources inédites de l’histoire du
Maroc de 1530 à 1845. i re série : Dynastie saadienne , 4530-
1660. Archives et bibliothèques de France, t. II. Paris, E. Le¬
roux, 1909. In-4°, 609 pages.
Comme les précédents, le dernier volume de documents marocains
publié par M. de Castries abonde en révélations et en précisions sur
l’histoire intérieure et sur l’histoire extérieure du Maroc. Enumérer
toutes les trouvailles du consciencieux éditeur, telles qu’il les a consi¬
gnées et commentées, ne serait pas possible. Je dois me borner à en
signaler quelques-unes.
La plus importante des pièces publiées se trouve être un document
portugais provenant de notre Bibliothèque nationale (ms. port. 57).
C’est une description du Maroc due à un inconnu de nationalité por¬
tugaise, qui fit dans ce pays un séjour de dix-sept années, de 1579 à
1. F. Schmidt, üeber Rubruk's Reise , dans Zeiltchrifï der Gesellschaft filr
Erdkunde, t. XX, p. 161-253, Berlin, 1885. Rappelons que le récit de Guillaume
de Rubrouck a été édité par d'Avezacdans le Recueil de voyages et de mémoires
publiés par la Société de géographie , t. IV, p. 213 et suiv., Paris, 1839, in-4*.
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BIBLIOGRAPHIE.
385
1596 (n° LXXXVII, p. 231-313). M. de Castries pense que cet anonyme
dut résider au Maroc en qualité de captif et que son ouvrage n’est que
la mise au net des notes qu’il avait recueillies sur place au jour le
jour.
Cette copia do emperio e reinos dos xarifes est de caractère
strictement documentaire. C’est une suite de routiers s'appliquant aux
principaux itinéraires de l’empire chérifien, avec l’indication des dis¬
tances et de brèves descriptions, tant des accidents naturels que des
lieux habités. Pour les dénominations topographiques notées par le
captif portugais, M. de Castries a presque toujours proposé des iden¬
tifications ; sa connaissance de la géographie marocaine lui a permis
de ne laisser en cette matière que le minimum d'indécisions. Ainsi
édité, le document rendra les plus grands services aux érudits qui
s’occuperont du Maroc des Saadiens.
Ce Maroc des Saadiens est d’ailleurs sensiblement le même que
celui des chérifs actuels, c'est-à-dire que la consistance du bled-
maghzen ou pays soumis à Moulay Ahmed-el-Mansour se trouve à
peu près identique à celle du bled-maghzen d’aujourd’hui. Au
xvi* siècle, comme au xix a et au XX e siècle, le soi-disant souverain
du Maroc n’était reconnu comme tel que dans quelques provinces. Le
reste du Maroc, dont l’anonyme ne traite que par prétérition, formait
alors aussi le bled-siba ou pays indépendant. Exception faite des
oasis sahariennes et des régions soudanaises qu’il conquit, Moulay
Ahmed-el-Mansour ne disposait pas d’un domaine plus étendu que
Moulay El-Hassane 4 .
Deux autres documents très curieux, qui sont espagnols, et con¬
servés aux Archives du gouvernement général de l’Algérie, se réfèrent
à l'ambassade envoyée par Philippe II à Moulay Ahmed en 1579 (n oa X
et XI, p. 30-54). Pour les amateurs de bijoux, je transcris ici la liste
des pierreries dont l’envoyé espagnol fit présent au chérif lors de sa
première audience : un rubis carré, grand comme la paume de la
main, au-dessous duquel pendait une perle grosse comme une belle
noix; deux émeraudes, l'une du volume d’une pomme, l’autre de la
longueur d’un doigt ; un collier composé de douze beaux rubis balais
carrés et de trente-six perles grosses comme des châtaignes; enfin,
cent vingt onces de perles, dont la plus petite était comme une noi¬
sette.
Ces générosités de Philippe II furent en pure perte. Les relations
hispano-marocaines restèrent toujours des plus médiocres. Moulay
Ahmed fut constamment en coquetterie avec les ennemis de l’Espagne,
tels que le prétendant de Portugal dom Antonio ou la reine Élisabeth
1. M. de Castries a publié à part la Description du Maroc , eu y joignant
une traduction française du texte portugais (Paris, Leroux, 1909, in-4% 149 p.).
1910 25
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386
BIBLIOGRAPHIE.
d’Angleterre, et Philippe II, de son côté, non content de viser l’occu¬
pation des ports marocains (notamment de Lar&che), favorisa la ten¬
tative de Moulay Nasser en 1595-15%.
Sur cette tentative, M. de Castries publie deux relations françaises
contemporaines (n°* LXXXIV et LXXXV, p. 205-227), dues sans
doute l’une et l’autre au pharmacien Pierre Treillault, acolyte du
médecin A. de Lisle, qui représentait la France à la cour chérifienne 1 .
Il annonce la publication dans un volume suivant d’une troisième rela¬
tion d’un agent espagnol nommé Balthazar Polo. On sera ainsi à,
même d’établir une version à peu près satisfaisante de ces événements
de 1595-1596, sur lesquels le chroniqueur officiel marocain El-Oufrani
ne donne que des renseignements tendancieux. Des récits de Treil¬
lault, il résulte que Moulay Nasser était loin d’être un personnage
méprisable ; peu s'en fallut qu'il ne réussit.
On parle beaucoup en ce moment des possibilités minières du
Maroc. Un document du volume sous revue montre que ces possibi¬
lités étaient déjà escomptées au xvi* siècle. Dans les Instructions
données le 16 juillet 1579 (n° VIII) à notre premier agent au Maroc,
G. Bérard, il est dit que Moulay Abd-el-Melek avait accordé à
celui-ci une « traite » de 40,000 quintaux de « rosette *, c’est-à-dire
de cuivre brut; après avoir extrait et fondu le minerai à ses frais, le
bénéficiaire devait acquitter un droit de douze livres par quintal.
Bérard avait charge d’obtenir de Moulay Ahmed le renouvellement de
cette concession. On notera qu’elle portait sur une quantité de métal
considérable pour l’époque, 40,000 quintaux faisant environ 2,000 de
nos tonnes métriques. Il n'est pas spécifié de quelle région du Maroc
proviendrait ce cuivre. Mais son existence était considérée comme cer¬
taine et nos bons amis les Anglais en étaient aussi persuadés que
nous, car ils enchérirent sur les propositions de Bérard et acceptèrent,
comme une faveur, de payer la « sortie de la rosette • à raison de
vingt-deux francs le quintal (n° XXXIII, p. 106).
Autre point des Instructions de Bérard. Henri III lui ordonne de
solliciter de Moulay Ahmed un prêt de 150,000 écus. Le souverain du
Maroc était alors considéré comme un bailleur de fonds des plus
sérieux, susceptible de consentir des emprunts à caisse ouverte. En
1610, les Etats Généraux de Hollande demanderont de même une
avance d'un million. Les rôles sont renversés maintenant; c’est nous
qui offrons aux Marocains de leur prêter notre argent.
Le successeur de Bérard au Maroc fut le médecin A. de Lisle. La
correspondance de cet agent serait tout à fait intéressante à retrouver
1. J’ai moi-même imprimé ces deux documents dans la Revue africaine ,
t. XXVIII (1891), p. 7-33.
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BIBLIOGBAPHIE.
387
dans son intégralité, si l’on en juge par les quatre lettres* qui figurent
dans le présent volume (n°* XCVI, XCVII, CV et CXXIV), les
seules qui semblent subsister aujourd’hui dan6 nos dépôts, puisque
M. de Castries n’a pu en découvrir d'autres. Elles complètent et
éclairent les documents néerlandais de la mission Coy publiés précé¬
demment (au t. I des Archives et bibliothèques des Pays-Bas). Je
renvoie à la chronologie que j’ai déjà donnée des événements de la
période troublée à laquelle se rapportent ces lettres d’A. de Lisle
(voy. Bibliothèque de l'École des chartes , 1907, p. 609-610).
L’affaire de la bibliothèque de Moulay Cidan, dont j’ai eu à parler
dans un précédent compte-rendu (voy. Bibliothèque de l'École des
chartes, 1908, p. 450-452), apparaît, du côté français, dans le pré¬
sent volume. Le n° CLXXXIII est le « Mémoire des hardes du roy
Moulay Sidan > du ms. fr. 16147 que j’ai signalé à ce propos. Ce
« mémoire » est malheureusement par trop succinct. Pour les manu¬
scrits chérifiens, il n’en dit rien autre chose, sinon qu’ils faisaient
ensemble « septante troys fardaus ou balles grandes ». Et quant au
reste des « hardes », il les décrit sommairement ainsi qu’il suit :
« Plus trente quatre caisses fermées et scellées du seau dudit Moulay
Cidan, s’estant trouvé en icelles, lorsque don Loys Faxardo print
ledict navire en la mer océane, la couronne et le septre dudict Moulay
Cidan et ung pair de pantoufles de la reyne, couvertes de pierreries de
très grand valeur, cent et septante robes ou vestes de brocard, plu¬
sieurs toilles de Cambray et plusieurs autres choses quy ne sont point
été invantérisée8, comme l’ambre gris, perle, or en paste et autre chose
de valeur. Plus seize balles grandes charges de chameau de drap siné
escarlate de Paris et autres couleurs. » Concision d’autant plus
fâcheuse qu’elle n’exclut pas les erreurs, des articles tels que le
sceptre et la couronne ne pouvant être admis raisonnablement, ainsi
que le fait observer M. de Castries.
Les documents subséquents font connaître la suite qu’eut l'affaire
en Espagne, le mauvais succès des démarches de notre ambassadeur
à Madrid pour obtenir restitution aux mains du chérif spolié et le trai¬
tement que subirent Castellane et les marins de son équipage, qui
furent tous envoyés aux galères.
M. de Castries a publié (n° CXIX, p. 383-417) les passages relatifs
au Maroc des Voyages de Jean Mocquet, apothicaire ordinaire
de Henri IV et de Louis XIII et « garde du cabinet des singularitez du
roy aux Tuileries ». Mocquet toucha au Maroc à deux reprises. La
première fois, en 1601, il ne dépassa pas Mazagan, qu’occupaient les
1. J'ai eu occasion de les publier dans la Revue africaine, lue. sup. cil.,
p. 33-64.
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388
BIBLIOGRAPHIE.
Portugais. La seconde fois, en 1606, ayant débarqué à Safi, il poussa
jusqu’à Merrakech. Le récit de ce second voyage est intéressant.
A Safi, Mocquet avait conquis l’amitié d’un certain Ahmed, secrétaire
de Moulay Abou-Farès, qui était malade, en le purgeant de la bonne
sorte et en lui faisant « jetter par bas comme de petits serpenteaux »,
opération qui le guérit merveilleusement. Après ce signalé service,
Ahmed ne put faire moins que d'autoriser Mocquet à l'accompagner
jusqu’à Merrakech, où celui-ci trouva de Lisle et où il séjourna durant
sept semaines environ. Ses observations dans cette ville et au cours
des deux voyages d’aller et de retour constituent un document des
plus curieux.
G.Jacqueton.
LIVRES NOUVEAUX
SOMMAIRE DES MATIÈRES.
Généralités, 549-550.
Sciences auxiliaires. — Chronologie, 742. — Diplomatique, 966.
— Paléographie, 837, 863, 864, 966. — Manuscrits, 524, 542, 579, 584,
619, 651, 682, 736, 751, 752, 812, 841, 861, 877, 881, 905, 932, 964,969,
1002, 1019. — Papyrus, 844. — Bibliothèques, 611, 642, 656, 881. —
Imprimés, 527, 597, 603, 604, 631, 838, 842, 887, 1004.
Sources, 633, 908. — Légendes, 577, 608, 754. — Chroniques, 562,
680, 693, 760, 761, 805, 846, 973. — Biographies, 885, 898. — Corres¬
pondances, 558, 794. — Archives, 588, 670, 714, 790, 831, 878, 879,
1008, 1021, 1025. — Cartulaires, 530, 602, 618, 745, 926, 952, 9$2,
1000,1045. — Chartes, 617,796, 867, 942. — Regestes, 552, 561,609. —
Comptes, 659, 661, 710, 714.
Biographie, généalogie. — Saints, 824, 885, 898, 1032. — Alle¬
magne, 660; Bretagne, 824; Irlande, 898; Liège, 858; Roussillon,
598; Ternois, 678. — Adrien III, 709; Aichinger, 977; Alexandre
de Raes, 960; fra Angelico, 843; Jeanne d’Arc, 581, 610, 708, 968;
Ausone, 794; Bellême, 655; Charlemagne, 919, 988; Charles d’Or¬
léans, 611 ; s t# Claire, 816; Jacques Cœur, 916; Dante, 570, 821, 840;
Édouard IV, 985; Ermanarich, 577; s. Ferdinand, 804; s. François
d’Assise, 578, 776, 856, 937, 949, 1012; Frédéric II, empereur, 622;
Girolamo da Camerino, 694; Grandson, 556; Grégoire VII, 847;
Guido da Pavia, 830 ; Henri II d'Angleterre, 926 ; Hermann de Salza,
873 ; Hohenstaufen, 558 ; Hugues de Fosses, 797 ; Jacqueline de
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BIBLIOGRAPHIE.
389
Settesoli, 949; Jean III, 817; Jean XXII, 540; Jean de Bernin, 621 ;
8. Jean Colombini, 997 ; Jean sans Peur, 664 ; Jourdain d'Osnabruck,
960; Jules II, 668; Laurens de Villars, 650; Manfred, 682; Mathias
de Janov, 793 ; Matteo da Siena, 748 ; Nicetas, 884 ; 8. Paulin de Noie,
794 ; Pétrarque, 840 ; Philippe-Auguste, 600 ; Philippe le Bon, 849 ;
Philippe le Hardi, 601, 891; Pierre de Castelnau, 663; s t0 Radegonde,
706; René d’Anjou, 686; Richard Cœur de Laon, 600; Savonarole,
615, 1029; Anne Sforza, 667; Sigismond I er , 697 ; Syrlin, 740; Théo-
doric, 577; Thièblemont, 690; Vogelweide, 755.
Droit, 539, 635, 637, 641, 657, 662, 671, 683, 696,711,712,718,725,
764, 766, 777, 796, 808, 813, 820, 828, 835, 850, 866, 961, 978, 980,
1018, 1026, 1041, 1050, 1054.
Institutions, 537, 580, 623, 632, 666, 699, 705, 759, 774, 803, 857,
859, 895, 953, 984.
Histoire économique, moeurs, 526, 544, 545, 551, 552, 586, 607,
627, 666, 677, 684, 691, 702, 728, 789, 806, 829, 866, 908, 918, 965, 987,
993, 1005, 1011, 1027, 1047.
Médecine, 532, 629, 896.
Sciences, enseignement, 535, 618, 644, 665, 717, 724, 930, 1012,
1024, 1055.
Religions. —Judaïsme, 624. — Christianisme, 531, 536, 590, 641,
753, 955; papauté, 787, 821, 834, 916; conciles, 633; ordres religieux,
533, 567, 733, 923; pèlerinages, 673; liturgie, 527, 651, 668, 735, 922;
théologie, 922, 948, 963, 1001. — Schisme, 590, 946. — Hérésies, 793.
— Superstitions, 605.
Langues et littératures, 983. — Langues celtiques, 981,1048. —
Latin, 626, 636, 693, 706,734, 884,890, 909, 1001. — Langues romanes,
1044 ; français, 525, 557 , 594, 610, 613, 614, 645, 692, 700, 775, 788,
799, 800, 865, 970, 975, 999, 1030,1035; italien, 594, 636, 681, 715, 716,
726, 770, 771, 880, 902, 924, 931, 936, 954, 976, 1049,1053; provençal,
729. — Langues germaniques, 1038 ; allemand, 571, 606, 719,762, 801,
809, 815, 827, 833, 883, 1033; anglais, 560, 675, 765, 782, 956, 962,
972 ; anglo-saxon, 934 ; flamand, 948 ; gothique, 606, 730, 1052. —
Langues slaves, 563, 593, 772, 812, 914, 942, 971, 982,1034. — Langues
Scandinaves, 689, 701, 853, 875, 991. — Letton, 897. — Langue japo¬
naise, 646.
Archéologie, 538, 541, 553, 566, 568, 576, 585, 593, 599, 612, 615,
634, 648, 653, 674, 695, 756, 763, 773,785, 810, 832, 839, 913, 917,929,
937,957,994, 1006, 1007, 1017, 1031, 1036, 1057. — Architecture, 561,
569, 638, 661, 669, 676, 688, 737, 848, 860, 862, 882, 893, 903, 904, 906,
927, 935, 940, 951, 996. — Sculpture, 528, 647, 740, 741, 786, 798, 858,
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390
BIBLIOGRAPHIE.
938. — Peinture, 628, 651, 668, 682, 694, 727,779, 861, 877. — Dessin,
744. — Céramique, 587, 658, 781. — Glyptique, 574. — Orfèvrerie,
581. — Campanographie, 989. — Numismatique, 664, 828, 845. —
Sigillographie, 687, 750, 907, 915, 939. — Héraldique, 685, 915, 1020,
1056. — Armes, 554. — Jeux, 579, 967. — Sépultures, 871. — Musique,
894, 1014, 1051.
SOMMAIRE GÉOGRAPHIQUE.
Aix, 567 ; Alexandrie, 761 ; Allemagne, 545, 547, 548, 558, 635, 671,
677, 742, 784, 893, 907, 918, 958, 965, 1042; Altenplathow, 1043;
Ambierle, 583; Ambrussum, 565; Amérique, 836, 1056; Andelot, 713;
Angers, 1015, 1016; Angleterre, 587, 607 , 825, 850, 876, 913, 984,
989; Argentan, 661; Arles, 567; Artins, 628; Artois, 759; Asti,
569; Auch, 567 ; Autun, 648; Avignon, 567, 623, 704, 728; Ayr, 866;
Bacharach, 699 ; Bade, 702 ; Bâle, 586, 633 ; Baltique, 947 ; Balugola,
625; Bari, 599; Beaucaire, 859; Belgique, 655, 1022; Bénévent, 973;
Bernay, 906 ; Berry, 845 ; Bieloserskaia, 869 ; Biévène, 654 ; Bohême,
793; Bologne, 618, 773; Bordeaux et Bordelais, 551, 567, 620, 670;
Bourg-Saint-Andéol, 639; Bourgogne, 595, 601, 860; Brabant, 1025;
Brandebourg, 546; Bresse, 596; Bretagne, 805: Bruges, 656; Bulgarie,
900; Bures, 555; Burzenland, 873; Capodistria, 831; Castres,* 632 ;
Chalais, 796 ; Chalon-sur-Saône, 722 ; la Chapelle de Guinchay, 889 ;
Chartres, 526; Châtellerault, 854; Coire, 988; Cologne, 888; Conflans,
749; Constantinople, 676; Corbie, 643 ; Cours, 1011 ; Crécy, 807 ; Digne,
769; Dortmund, 852, 978; Douville, 927; Écosse, 589, 757, 866;
Égypte, 723; Ellwangen, 1041; Embrun, 567; Eschenau, 738;
Espagne, 786, 980; Eu, 808; Europe, 554, 789; Ferrare, 528; Flandre,
684; Florence, 619, 862; Forum Domitii, 565; Fouras, 672; France,
529, 532, 537, 580, 605, 617, 627, 669, 691, 764, 798, 813, 832, 839, 926,
958, 961, 967, 987, 1047; Franconie, 718; Frioul, 552; Gand, 1021;
Gandorsheim, 979 ; Gardane, 686 ; Gênes, 622 ; Genève, 594 ; Géorgie,
950 ; Géra, 928 ; Goettingue, 637 ; Gontroux, 707 ; Goslar, 712 ; Grande-
Bretagne, 538, 705; la Graulière, 688; Grunwald, 995; Hainaut, 1026;
Ilameln, 780; la Haye, 575; Heathfield, 826; Hegenheim, 871; Her-
culanum, 1039; Hesse, 783; Hongrie, 835; Hoorn, 1023; Houplin,
814; Hunawein, 1009; Irlande, 538, 898; Italie, 534, 696, 778, 779,
786, 1028; Jamoigne, 1003; Kaub, 699; Koriajem, 790; Kreuznacb,
1037; Lancaster, 573; Landelipr, 707; Languedoc, 580; Lausanne,
568 ; Lerici, 899 ; Leyde, 908 ; Lichtenberg, 1013; Liège, 731, 732, 791,
795, 858; Limbourg, 1025; Lithuanie, 818; Livonie, 530; Llantwit,
1006 ; Loders, 745; Logenpré, 927 ; Lyon, 595, 596; M&connais, 596;
Magny, 1011 ; Maine, 802; Malines, 634, 710; le Mans, 609, 655, 855,
1007; Mantoue, 882 : Marche, 1000; Mas Thibert, 867; Mésopotamie,
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1031 ; Metz, 1046 ; Milan, 904 ; Mistra, 986 ; Montberaud, 683 ; Mon*
técl&ir, 713; Montfort, 933; Montmajour, 941 ; Montpellier, 564; Mont-
Saint-Michel, 673; Mourom, 790; Munich, 1036; Mülhausen, 1027;
Münster, 1045; Nabburg, 763; Naugard, 810; Neustetten, 1010; Niort,
720 ; Normandie, 535, 539, 604, 1018 ; Norvège, 872, 957, 959 ; Notre-
Dame de l’Épine, 920; Oltrepo, 822; Ombrie, 649, 811 ; Orient, 923;
Orléans, 629; Ortona, 925; Padoue, 703, 882; Paris, 533, 652, 747,
766, 767, 768, 886, 945; Pavie, 903; Pays-Bas, 849, 895; Pérignat,
612; Périgueux, 848; Pérouse, 758; Pesaro, 1017; Pesmes, 556;
Phlégréens (Champs-), 653; Pologne, 829,; Pont-Saint-Pierre, 927 ;
Provence, 572 ; Prusse, 546, 746 ; Pskov, 917 ; Quercy, 685 ; Raudnitz,
674; Regnitz, 1040; Reims, 610; Rheinfelden, 591 ; Rhénans (pays),
699, 851 ; Rochefort du Gard, 892 ; Rome, 566, 647, 739, 879 ; Russie,
523, 590, 593, 666, 737, 819, 901, 990; Saint-Hubert, 721; Saint-
Martin-de-Londres, 582; Saint-Nectaire, 938; Sainte-Aulaye, 796;
Salonique, 996; Salzbourg, 952; Samara, 1031 ; Sandec, 993; Savoie,
595; SchaUhouse, 943; Schlettstadt, 1041; Sentis, 541; Sens, 910;
Sezze, 823; Sicile, 803, 896, 1054; Slavonie, 868; Smyrne, 874;
Souabe, 1041; Strasberg, 944; Stuhm, 553; Styrie, 857; Subasio, 679;
Suède, 992; Suisse, 753, 754; Tannenberg, 698; Tarragone, 543;
Teiro, 640; Teramo, 602; Thuin, 870; Tolède, 543, 576, 911 ; Toula,
790; Toulouse, 717 ; Transylvanie, 561; Trêves, 687; Troyes, 638;
Turnhout, 774; Turquie, 630; Udine, 882; Venise, 912; Verdunois,
529; Vérone, 882; Viatka, 1008; Vicence, 882; Vienne, 574; Ville-
voques, 616 ; Vilna, 878 ; Voghero, 822 ; Vouillé, 921 ; Wavro (Basse-),
662 ; Wismar, 998 ; Wurzbourg, 743 ; York, 974 ; Ypres, 659 ; Zeeland,
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Catalogi antiquissimi prima opuscula quattuor et soliloquium animae.
De paupertate humilitate et patientia sive de tribus tabernaculis, de
vera compunctione cordis, sermones devoti, epistula ad quendam, cel-
lerarium, soliloquium animae. Adiectis epilegomeis adnotatione critica
indicibus tabulis photographicis. Ad codicum manuscriptorum editio-
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CHRONIQUE ET MÉLANGES
Les examens de fin d'&nnée de l’École des chartes ont eu lieu du 2 au
9 juillet 1910. Ils ont porté sur les textes et les questions qui suivent :
Première année.
Épreuve écrite.
%
1° Texte latin à transcrire d'après le n° 731 de l'ancien fonds de
fac-similés de l’École.
2° Texte provençal à transcrire d’après le n° 205 des héliogravures.
3° Texte latin à traduire, donné aux examens de fin d’année 1886
(Bibl. de l’École des chartes , t. XLVII, p. 449-450).
4° Texte provençal à traduire, donné aux examens de fin d'année
1896 : extrait de la coutume de Limoges. Les élèves ont eu à déter¬
miner la région dans laquelle ce document a été rédigé et à indiquer les
caractères linguistiques qui justifient l’attribution proposée.
5° Bibliographie. I. Expliquer brièvement en quoi l’imitation du
livre italien a modifié le livre français pendant la première moitié du
xvi* siècle. Nommer les principaux imprimeurs à qui sont dues ces
modifications. — IL Exercices pratiques de rédaction de fiches.
Épreuve orale.
1° Paléographie latine : Lecture d’un texte emprunté au ms. 2788 de
la bibliothèque Sainte-Geneviève.
2° Paléographie française : Lecture d'une charte du xiv* siècle du
ms. nouv. acq. lat. 1373 de la Bibliothèque nationale.
3° Philologie romane : Traduction et commentaire de quelques vers
du Couronnement de Louis (éd. Langlois, v. 20 et suiv.).
4° Traduction latine : Lettres d’Alfonse de Poitiers (Layettes du
Trésor des chartes, t. V, p. 277, n° 812).
5° Histoire de France : Interrogations sur divers points de chrono¬
logie historique.
Deuxième année.
Épreuve écrite.
1° Texte latin à transcrire d’après le n° 735 de l’ancien fonds de6
fac-similés de l’École.
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CHRONIQUE ET MELANGES. 439
2° Texte latin à traduire : Hautcœur, Cartulaire de l’église collé¬
giale de Saint-Pierre de Lille , t. I, p. 84, n° LXXXI).
3° Texte latin à analyser : A. Molinier, Correspondance adminis¬
trative d’Alfonse de Poitiers , n® 1222.
4° Diplomatique : Exposer les raisons pour lesquelles un prétendu
privilège de Serge III, pape de 904 à 911 ( Bibl . de l’École des
chartes , t. XXX, p. 449), n’a pu être expédié par la chancellerie pon¬
tificale sous cette forme et indiquer les formules du protocole qui
étaient alors en usage dans cette chancellerie.
5® Histoire des institutions : De quelle institution de Philippe le
Bel procèdent les ministres de la monarchie absolue? Comment
étaient remplies aux xvii® et xvm* siècles les fonctions exercées
aujourd’hui par les ministres individuellement et par le Conseil des
ministres? Comment le ministère fut-il organisé par l’Assemblée
constituante et qu’appelait-on, après le 10 août 1792, Conseil exécutif
provisoire ?
Épreuve orale.
1® Paléographie : Lecture d’un texte emprunté au ms. nouv. acq.
lat. 151 de la Bibliothèque nationale.
2® Diplomatique : Quelles sont, au point de vue de la forme, les
diverses espèces de lettres patentes qui ont été expédiées par la chan¬
cellerie de France, de François I er à Louis XVI? Indiquer les carac¬
tères communs à toutes les lettres patentes de cette période et les
caractères distinctifs de chaque espèce.
3® Institutions : I. Qu'entendait-on par capitation et par dixième
sous le gouvernement de Louis XIV? A quelles dates ces impôts
furent-ils établis? II. Quelles étaient les attributions des intendants
en matière d’impôts directs?
9
4® Sources de l’histoire de France : Enumérer les principales sources
françaises et étrangères de l’histoire de Louis VI, en donnant pour
chacune d’elles quelques indications très sommaires sur : 1® l'époque
à laquelle elles ont été composées; 2® la période qu'elles embrassent;
3® leur autorité.
5® Classement d’archives : I. Les archives des Conseils du Roi et
_0 9
les Archives du Conseil d’Etat, f. Etat de ces archives en 1790; —
2. Leur sort pendant la Révolution ; — 3. Leur classement actuel aux
Archives nationales. II. Classement des archives des municipalités de
canton établies par la Constitution du 5 fructidor an III.
Troisième année.
Épreuve écrite.
1® Texte à transcrire d’après le n® 380 du fonds des héliogravures.
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440
CHRONIQUE ET MELANGES.
2° Droit : I. Que savez-vous des lois destinées aux Gallo-Romains
et promulguées par des rois barbares? II. Que savez-vous de l’histoire
de la représentation en droit successoral?
3° Archéologie : I. Quel était le plan d’une abbaye dans ses grandes
lignes? II. Indiquer les principaux types de plan et les caractères des
églises cisterciennes.
4° Sources de l’histoire de France : Énumérer, apprécier sommai¬
rement et dater au moins approximativement les sources de l’histoire
de Charles V composées dans les limites actuelles de la France et de
la Belgique.
Épreuve orale.
1° Paléographie : Lecture d’un texte emprunté au ms. lat. 15093 de
la Bibliothèque nationale.
2° Droit : I. Que savez-vous d’Ives de Chartres et de ses œuvres?
II. Le domaine congéable en Bretagne et les lois révolutionnaires.
3° Archéologie : Décrire une pierre tombale et les différentes pièces
de l’armure d’un chevalier du xiv» siècle.
A la suite de ces examens ont été admis à passer en deuxième
année (ordre de mérite) :
MM. 1. Dermenghem.
2. Berger.
3. Vallet.
4. La Cropte de Chantérac.
5. Bonnet.
6. Laval.
7. Massiet du Biest.
8. Gaucheron.
9. Girard.
10. Boucher.
11. Paul.
12. Baudry.
13. Reizler.
Ont été admis à passer en troisième année (ordre de mérite) :
MM. 1. Hellouin de Cénival.
2. Marx.
3. Loew.
4. Braibant.
5. Jablonski.
6. Boucher.
7. Oudot de Dainville.
8. Morel.
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CHRONIQUE ET MELANGES. 441
MM. 9. Verrier.
10. Baron.
11. Guigue.
Ont été admis à subir l’épreuve de la thèse (ordre alphabétique) :
MM. 1. Billioud.
2. Blum.
3. COURTECUISSE.
4. Decq.
5. Deschamps.
6. Despras.
7. Estienne.
8. Fournier.
9. Girod.
10. Lemoine.
H. Lyon.
12. Papinot.
13. Perrier.
14. Peyrichou.
15. Roman.
16. Roussier.
17. Servant.
18. Stryienski.
19. Vallery-Radot.
20. Waquet.
— Notre confrère M. Alfred Morel-Fatio a été élu le 27 mai dernier
membre de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, en rempla¬
cement de notre confrère M. H. d’Arbois de Jubainville.
— Dans la même séance, notre confrère M. Noël Valois a été élu
membre du Conseil de perfectionnement de l’École des chartes en
remplacement de M. H. d’Arbois de Jubainville.
— Notre confrère M. le comte Paul Durrieu a été élu au mois de
janvier dernier membre honoraire de l’Académie royale des beaux-
arts de Milan.
— Par décret, en date du 1 er août 1910, notre confrère M. Abel
Lefranc a été nommé chevalier de la Légion d’honneur.
— Par arrêté ministériel, en date du 4 juillet 1910, nos confrères
MM. H. Lemaître, M. Prévost et L. Engerand ont été nommés biblio¬
thécaires à la Bibliothèque nationale ; par arrêté du même jour, notre
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442 CHBONIQUE ET MELANGES.
confrère M. P. Le Brethon a été nommé bibliothécaire honoraire au
même établissement.
— Par arrêté ministériel, en date du 4 juillet 1910, déterminant le
classement du personnel technique de la bibliothèque de l’Université
de Paris, sont nommés : bibliothécaire en chef de première classe,
notre confrère M. Paul Viollet; bibliothécaire de première classe, notre
confrère M. Victor Mortet.
— Par arrêté préfectoral, en date du 18 mai 1910, notre confrère
M. Léo Imbert a été nommé archiviste de la Charente.
— Par arrêté préfectoral, en date du 4 juillet 1910, notre confrère
M. Robert Latouche a été nommé archiviste du Tarn-et-Garonne.
— Notre confrère M. R.-N. Sauvage a été récemment nommé archi¬
viste-adjoint du Calvados.
— Par arrêtés ministériels, en date du 28 juillet 1910, Ont été chargés
pour l’année 1910-1911 nos confrères : M. Halphen, d'un cours complé¬
mentaire des sciences auxiliaires de l’histoire à la Faculté des lettres
de l’Université de Bordeaux; M. Brutails, d’un cours complémentaire
de paléographie à la même Faculté; M. Ernest Langlois, d’un cours
complémentaire de paléographie à la Faculté des lettres de l’Univer¬
sité de Lille ; M. L. Clédat, d’un cours complémentaire de paléographie
à la Faculté des lettres de l’Université de Lyon.
— Par arrêté ministériel, en date du même jour, notre confrère
M. F. Lot a été nommé pour l’année 1910-1911 maître de conférences
d’histoire du moyen âge à la Faculté des lettres de l’Université de
Paris.
— Par arrêtés ministériels, en date du même jour, nos confrères
MM. Germain Martin et Cauwès ont été autorisés à faire, le premier, au
lieu du cours d'histoire des doctrines économiques, un cours complé¬
mentaire de législation financière à la Faculté de droit de l’Université
de Dijon; le second, au lieu du cours d’histoire du droit, un cours
d’économie politique à la Faculté de droit de l’Université de Paris.
— Par arrêté préfectoral, en date du 29 avril 1910, notre confrère
M. Herbet a été nommé membre du Conseil supérieur de l’Assistance
publique.
— Notre confrère M. Didier-Neuville a été nommé, par un récent
décret, administrateur de l’établissement des Invalides de la Marine.
— Notre confrère M. Martineau a été nommé, par un récent décret,
gouverneur intérimaire de l'Inde française.
— Notre confrère M. Charles Grandjean a été récemment promu
sous-chef des secrétaires-rédacteurs du Sénat.
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CHBOirïQCE ET MÉLANGES. 443
— Par décision de Mgr l’archevêque de Paris, notre confrère
M. l’abbé Georges Périnelle a été nommé professeur à l’école Sainte-
Croix de Neuilly.
— L’Académie des inscriptions et belles-lettres a attribué le second
prix Gobert à notre confrère M. Robert Michel pour son étude sur
VAdministration royale dans la sénéchaussée de Beaucaire au
temps de saint Louis; notre confrère M. H. Courteault a obtenu à
la même Académie la seconde médaille au concours des Antiquités
nationales pour son volume sur Bourg-Saint-Andéol.
— Notre confrère M. François Bruel a obtenu à l’Académie fran¬
çaise une récompense sur le prix Charles Blanc (ouvrages traitant de
questions d’art) pour le tome I de son Inventaire de la collection
de Vincky conservée au département des Estampes de la Bibliothèque
nationale.
— Un décret, en date du 28 juin 1910, fixe ainsi qu’il suit les
traitements des professeurs de l'École des chartes :
9
Art. l* r . — Le traitement des professeurs de l'Ecole des chartes
est fixé à 7,500 fr.
Le préciput du directeur de cet établissement est fixé à 2,000 fr.
Art. 2. — Les intéressés bénéficieront des dispositions de l'article
précédent, au fur et à mesure du vote par le Parlement des crédits
nécessaires.
— Deux décrets, en date du 28 juin 1910, ont fixé ainsi qu’il suit
le cadre et les traitements du personnel technique de la bibliothèque
de l'Université de Paris et des bibliothèques des Universités des dépar¬
tements :
Université de Paris.
Art. 1 er . — Le cadre et les traitements du personnel technique de
la bibliothèque de l’Université de Paris sont fixés ainsi qu’il suit :
Un conservateur, trois classes, de 8,000 à 10,000 francs;
Trois bibliothécaires en chef, trois classes, de 6,000 à 8,000 francs ;
Quinze bibliothécaires, cinq classes, de 3,000 à 5,000 francs.
Ceux de ces fonctionnaires qui seront pourvus du diplôme de docteur
ès sciences ou ès lettres recevront, en outre, une indemnité annuelle
de 500 francs soumise à retenue.
Art. 2. — Ces fonctionnaires seront rangés dans les nouvelles classes
auxquelles correspondent leurs traitements actuels en conservant leur
ancienneté de classe.
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444
CHRONIQUE ET MÉLANGES.
Universités des départements.
Art. l* r . — Le cadre et les traitements du personnel technique des
bibliothèques des Universités des départements sont fixés ainsi qu'il suit :
Quatorze bibliothécaires en chef, quatre classes, de 5,000 à 6,500 fr.;
Quinze bibliothécaires, quatre classes, 2,600 à 4,100 francs.
Ceux de ces fonctionnaires qui seront pourvus du diplôme de docteur
ès sciences ou ès lettres recevront, en outre, une indemnité annuelle
de 500 francs soumise à retenue.
Art. 2. — Par dérogation aux dispositions ci-dessus, et par mesure
transitoire, est maintenu le second emploi de bibliothécaire en chef
à la bibliothèque de l'Université de Toulouse.
Art. 3. — Le personnel actuellement en fonctions sera rangé dans
les classes prévues par l’article l sr au fur et à mesure que les crédits
nécessaires seront votés par le Parlement.
— Les Musées nationaux viennent d’étre réorganisés par deux
décrets, des 25 et 27 mai 1910, insérés au Journal officiel du l or juin
(p. 4674-4677).
L’article 3 du premier décret porte :
« Les traitements et les classes du personnel sont fixés ainsi
qu’il suit :
« Directeur des Musées nationaux : 12,500 fr.;
« Conservateurs : de 6,000 à 8,000 fr., par avancements de 1,000 fr.;
• Conservateurs-adjoints : de 3,000 à 6,000 fr., par avancements de
1,000 fr.;
W
« Professeurs à l’Ecole du Louvre : traitement fixe, 3,000 fr. »
L’article 6 du second décret, relatif au recrutement des conserva¬
teurs, porte :
« Les conservateurs et les conservateurs-adjoints sont nommés et
révoqués par décret.
« Les conservateurs sont choisis de préférence dans le personnel
des conservateurs-adjoints ou parmi les savants et artistes qui se
sont signalés par leurs travaux sur l’art et l'archéologie.
« Les conservateurs-adjoints se recrutent de préférence parmi les
élèves diplômés de l’École du Louvre, les anciens membres des
Écoles françaises d’Athènes et de Rome, de l’Institut français d’ar¬
chéologie orientale, de l’École française d’Extrême-Orient, les agrégés
9
de l’Université, les élèves diplômés de l’Ecole des chartes, de l’Ecole
pratique des Hautes-Études, les élèves de l’École normale supérieure et
des universités, munis du doctorat ou du diplôme d'études supérieures.
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CHRONIQUE ET MELANGES. 445
« Chaque vacance sera annoncée par une insertion au Journal offi¬
ciel et un délai d’un mois sera accordé aux candidats pour produire
leurs titres.
« L’examen des titres sera fait par une commission composée des
conservateurs, des secrétaires perpétuels des Académies des beaux-arts
et des inscriptions et belles-lettres.
« Cette commission, présidée par le directeur, soumettra au ministre
de l’Instruction publique et des Beaux-Arts une liste des candidats
aptes à l’emploi. »
COMMISSION SUPERIEURE DES ARCHIVES.
Arrêté portant adjonction d’un représentant élu du corps des
archivistes aux membres désignés par le Ministre dans la
Commission supérieure des Archives.
Le ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts, vu l’ar¬
rêté du 7 novembre 1884 instituant une Commission supérieure des
Archives nationales, départementales, communales et hospitalières,
Arrête :
Art. 1 er . — Un représentant élu du corps des archivistes est adjoint
aux membres désignés par le Ministre dans la Commission supérieure
chargée de donner ses avis sur toutes les questions techniques rela¬
tives aux services des Archives nationales, départementales, commu¬
nales et hospitalières.
Il est nommé pour quatre ans et rééligible.
Art. 2. — Le corps électoral se compose :
1° Des chefs et sous-chefs de section et des archivistes des Archives
nationales;
2° Des archivistes départementaux ;
3° De l’archiviste du Gouvernement général et des archivistes des
départements de l’Algérie ;
4° Des conservateurs des archives municipales des villes suivantes :
Amiens, Besançon, Bordeaux, Bourges, Brest, Calais, Chàlons, Dijon,
Dunkerque, Grenoble, le Havre, Lille, Lyon, Marseille, Nancy, Nantes,
Reims, Toulouse, Tours, Troyes, Valenciennes.
Tous les électeurs sont éligibles.
Art. 3. — Lorsqu’il y a lieu de procéder à l’élection du membre de
la Commission supérieure des Archives, le ministre de l’Instruction
publique et des Beaux-Arts fixe par un arrêté la date de l’élection. Un
délai minimum de quinze jours est obligatoire entre la publication de
l’arrêté au Journal officiel et l’élection.
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446 CB IONIQUE ET MÉLANGES.
Art. 4. — L’élection a lieu à la majorité absolue des suffrages
exprimés.
Il est procédé à une nouvelle élection :
1° Lorsque la majorité absolue n’a pas été atteinte ;
2° En cas de refus du candidat élu;
3° En cas d'égalité des suffrages entre deux ou plusieurs candidats;
Si un second tour de scrutin est nécessaire, il y est procédé quinze
jours après le premier tour; dans ce cas, la majorité relative suffit.
Art. 5. — Dans un bulletin comprenant plusieurs noms, le premier
nom inscrit est valable. Les bulletins blancs ou illisibles, ceux qui ne
contiennent pas une désignation suffisante ou dans lesquels les votants
se font connaître, n’entrent pas en compte dans le résultat du dépouil¬
lement, mais ils sont annexés au procès-verbal.
Art. 6. — Pour les électeurs des Archives nationales, l’élection a
lieu aux Archives nationales, au scrutin secret, en présence :
i° Du directeur des Archives ou de son délégué;
2° Du plus âgé et du plus jeune fonctionnaire de l’établissement
présents au moment de l’élection.
L’archiviste de la Seine et les archivistes ne résidant pas à Paris
votent par correspondance. Leur bulletin doit être enfermé sous deux
enveloppes, dont l’une, intérieure, est fournie par la direction des
Archives et ne porte d'autre inscription que celle-ci : « Election à la
Commission supérieure des Archives. » L’autre enveloppe, extérieure,
porte l'adresse du ministre de l'Instruction publique (Direction des
Archives, rue des Francs-Bourgeois, n° 60, Paris, III e ).
Art. 7. — Les bulletins de vote des électeurs des Archives natio¬
nales seront conservés sous enveloppe cachetée pendant dix jours. Le
même délai est accordé aux électeurs votant par correspondance pour
faire parvenir leur bulletin au ministère (Direction des Archives). Les
uns et les autres seront alors réunis et le dépouillement en aura lieu,
le onzième jour qui suivra les opérations, dans un local accessible aux
électeurs, par les soins du directeur des Archives assisté d'un au moins
des inspecteurs généraux des Archives. Passé ce délai, aucun bulletin
ne sera admis. Le procès-verbal des opérations électorales et du
dépouillement est publié au Journal officiel. Un recours contre les
opérations électorales est ouvert aux intéressés dans un délai de cinq
jours après cette publication : il aura lieu par les voies habituelles.
Fait à Paris, le 20 juillet 1910.
Le ministre de l'Instruction publique
et des Beaux-Arts,
Gaston Doumergue.
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CHRONIQUE ET MÉLANGES.
447
NÉCROLOGIE.
LÉOPOLD DELISLE.
La science française vient de faire une perte irréparable et qui sera
douloureusement ressentie par tous nos confrères et tous nos lecteurs.
Notre vénéré président d'honneur, M. Léopold Delisle, s'est éteint subi*
tement au château de Chantilly, le 22 juillet dernier, dans sa quatre-
vingt-quatrième année.
Nous ne pouvons que rappeler aujourd’hui tout ce que doivent au
savant et au confrère l'École des chartes et notre Société. Membre du
»
Conseil de perfectionnement de l’Ecole depuis 1858, Léopold Delisle
présidait encore, il y a quelques jours, les examens de fin d’année;
membre du Comité de publication de la Bibliothèque de VÉcole des
chartes depuis 1852, on sait quelle science et quel dévouement il n’a
cessé de lui prodiguer, combien féconde et active a été sa collaboration
pendant plus d’un demi-siècle à notre recueil, dont la prochaine livrai¬
son contiendra encore un dernier article de lui.
Les discours prononcés aux obsèques de notre regretté maître au
nom de l'Institut, de l’École des chartes, des Sociétés de 1 École des
chartes, des Antiquaires de France et des Antiquaires de Normandie
diront, en attendant la notice qui sera prochainement consacrée à sa
mémoire, quel a été le savant éminent, le confrère bienveillant, l’ami
dévoué que nous avons perdu.
DISCOURS DE II. EDMOND POTTIER,
PRÉSIDENT DE L’ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES.
Messieurs,
Le deuil qui frappe l’Académie des inscriptions et belles-lettres lui
est cruel doublement : elle perd son doyen et son plus illustre repré¬
sentant. L’œuvre de M. Léopold Delisle est immense et vous n’attendez
pas de moi qu’ici, en quelques minutes, j’énumère tous les titres de
cette carrière scientifique qui a duré plus de soixante ans et pendant
laquelle on peut dire que notre vénéré confrère a travaillé sans inter¬
ruption. La bibliographie de ses livres et articles, publiée en 1902 par
M. Paul Lacombe, comprenait déjà près de dix-neuf cents numéros,
et on lit dans l’adresse envoyée en 1907 par l'Académie de Berlin
pour le cinquantenaire académique de M. Delisle : « En embrassant
d’un seul coup d'œil l’ensemble des publications, au nombre de près de
deux mille, où vous avez consigné vos recherches, qui ne croirait
que c’est moins un seul homme que toute une école de savants qui a.
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448
CHRONIQUE ET MÉLANGES.
produit ces ouvrages ?» La liste s’en est encore accrue depuis cette
date, puisque M. Delisle a eu la rare fortune de mourir d'un seul coup,
en pleine activité. Mercredi dernier, il envoyait encore à notre con¬
frère M. Omont un travail destiné à la Bibliothèque de l’École des
chartes. Vendredi matin, quoique un peu fatigué et gardant la
chambre sur le conseil de ses amis, il causait paisiblement avec l’au¬
mônier de la chapelle de Chantilly, l’entretenant de ses recherches
sur l’histoire de France, quand il s'interrompit et glissa inerte de son
fauteuil. C’est sans doute la mort qu’il eût souhaitée pour lui-méme,
celle qui ne connaît pas les déchéances physiologiques et intellectuelles.
Léopold-Victor Delisle naquit à Valognes (Manche), le 24 octobre
1826. Lui-méme a raconté ses Souvenirs de jeunesse dans la pla¬
quette qui fut remise à chacun de nous pour remercier l’Académie de
la belle médaille gravée par Chaplain et offerte lors du jubilé du
6 décembre 1907. Son éducation classique fut assez sommaire, telle
qu’on pouvait la recevoir alors dans une petite ville de province, et
c’est aussi pour nous un sujet d’admiration que de voir cette force de
pensée et de travail germer dans le cerveau d’un enfant à peine initié
aux éléments de la science par des frères de la Doctrine chrétienne et par
les professeurs du très modeste collège de Valognes. Ce grand savant
reconnaissait volontiers qu’il savait peu de grec et qu’il ignorait à peu
près les langues vivantes les plus usuelles, comme l’allemand et l’an¬
glais. Mais déjà, sur les bancs de l'école, il avait intéressé à lui un des
fondateurs de la Société des Antiquaires de Normandie par l’étonnante
curiosité qui le portait du côté de l'histoire et, tout jeune adolescent,
il avait passé ses vacances d’été à copier une charte du roi d’Angle¬
terre que son vieil ami lui avait montrée. En 1845, ses parents le con¬
duisirent à Paris et il passa à l’École des chartes trois années qui
furent plutôt accidentées; en 1847 et 1848, l’Ecole resta pendant long¬
temps fermée. En 1849, il entrait comme simple employé dans cette
Bibliothèque nationale dont il ne devait plus sortir qu’en 1905, chargé
d’ans et de gloire.
Dès 1857, il était élu membre de l'Institut, à l’âge de trente et un
ans; en huit ans, l’élève diplômé de l’École des chartes était devenu
un des maîtres de la science historique; ses travaux affirmaient en lui
une sorte de génie dans l’ordre des découvertes et des recherches
bibliographiques. Pour reprendre l’éloge que lui décerne encore
l’adresse de l’Académie des sciences de Berlin, il a été, il restera, non
seulement pour la France, mais pour tous les pays civilisés, « le
grand bibliothécaire »; il a montré tout ce que l’histoire générale
reçoit de lumières et d’appuis de ce travail en apparence matériel et
ingrat qu’est l’histoire des manuscrits et des livres ; il a prouvé que,
dans la science, de très petits éléments peuvent créer une très grande
chose, qui est la vie elle-même sous ses formes écrites.
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449
CHBONIQDE ET MÉLANGES.
Des ouvrages de M. Delisle, vous me permettrez de ne citer que les
plus importants, en attendant que des notices détaillées présentent
dans son ampleur ce labeur prodigieux : les Études sur la condition
de la classe agricole en Normandie au moyen âge, qui lui valurent
deux fois le premier prix Gobert (1851 et 1852), la Notice sur Orderic
Vital (1855), le Catalogue des actes de Philippe-Auguste (1856),
Y Inventaire des manuscrits du fonds latin de la Bibliothèque
impériale (1863 à 1871), les tomes XXII à XXIV du Recueil des histo¬
riens des Gaules, les Rouleaux des morts du IX e au XV e siècle
(1866), le Cabinet des manuscrits de la Bibliothèque nationale
(1868 à 1881), la Chronique de Robert de Torigni (1872), les Man¬
dements de Charles V (1874), Y Inventaire général des manuscrits
français de la Bibliothèque nationale (1876-1878), les Mélanges de
paléographie et de bibliographie (1880), la Collection de Bastard
d’Estang (1885), le Catalogue des manuscrits des fonds Libri et
Barrois (1888), le Catalogue général des livres imprimés de la
Bibliothèque nationale (1897). Cette dernière publication se rapporte
au travail entrepris depuis 1875 pour réorganiser, classer et cataloguer
l’immense quantité de livres amoncelés dans notre grand dépôt natio¬
nal ; tâche effrayante, devant laquelle tout le monde reculait, et que
M. Delisle, nommé administrateur général en 1874, s’était seul senti
capable d’affronter. La collection de cet inventaire général, en cours
d’impression, compte aujourd'hui quarante volumes.
Je manquerais certainement à l’un des plus chers désirs deM. Delisle,
si j’omettais de dire que pour tous ces travaux il trouva une collabo¬
ration précieuse dans celle qui fut la fidèle compagne de toute sa vie
et de toutes ses pensées. Lui-même a dit, avec une bonhomie char¬
mante et avec une expansion rare chez un homme d’ordinaire si
réservé, tout ce qu’il devait à M me Delisle, qui, héritière des qualités
de son père, le célèbre linguiste Eugène Burnouf, maniait avec aisance
plusieurs langues étrangères et qui traduisait de nombreux passages
d’auteurs à son mari, en l’assiBtant dans toutes ses recherches. Tous
deux donnèrent l’exemple mémorable d’un ménage aussi uni par
l’étroite communion des idées que par la tendresse conjugale, et notre
confrère a voulu que le portrait gravé de sa femme accompagnât le
beau fascicule de ses Recherches sur la librairie de Charles V,
qu'il nous offrit à tous en souvenir de son jubilé académique.
Comment ne pas rappeler aussi la parenté et l’étroite amitié qui
unissait M. Delisle et M. Boissier? Quel contraste entre les deux
beaux-frères, que nous étions accoutumés de voir assis côte à côte à
nos séances, l’un toujours juvénile et souriant, la parole prompte et
vive, l’autre plus silencieux et comme concentré en lui-même; et
quelle tristesse que de voir maintenant vides ces deux sièges, occupés
si longtemps par les deux plus illustres d’entre nous !
1910 29
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450
CHRONIQUE ET MELANGES.
Je D’oublierai pas non plus de dire que M. Delisle avait gardé tout
son cœur à sa terre natale. Plusieurs ouvrages de ses débuts font
suivre son nom du titre de membre de la Société des Antiquaires de
Normandie. Dans une notice spéciale, M. Le Cacheux a étudié Léopold
Delisle , historien normand (1903), et il adonné la nomenclature des
nombreux travaux que le grand savant a consacrés à sa chère pro¬
vince.
La réputation déjà européenne de M. Delisle s’étendit plus encore
quand, en 1883, il eut à traiter l'affaire fameuse des manuscrits Libri
et Barrois. Avec quelle pénétration, avec quel flair merveilleux, avec
quelle sûreté d'investigation il prouva que dans les manuscrits mis en
vente de la collection Ashburnham se trouvaient dispersées, défi¬
gurées, presque méconnaissables, une quantité d’œuvres dérobées
autrefois aux bibliothèques de France 1 Avec quelle patience et quelle
adroite diplomatie il négocia le retour de ces précieux exilés, et avec
quelle joie, en 1888, il leur vit reprendre leur place dans nos collec¬
tions nationales l Ce fut le triomphe de sa carrière d’archiviste et de
bibliothécaire, le coup de fortune éclatant qui mit le sceau à sa
renommée.
Tous les hommages, tous les honneurs, tous les titres étaient venus
de tous les coins du monde à M. Delisle. Il les accueillait avec sim¬
plicité et restait modeste, presque timide en public. Universellement
respecté et admiré, en dehors de ses proches qui l’adoraient, de ses amis
intimes et de ses élèves, il passait pour très réservé. On peut en donner
deux raisons. D’abord M. Delisle voulait qu’on respectât son travail. Il
ne lui suffisait pas de n’étre pas mondain. Connaissant le prix de chaque
minute, il ne permettait à personne de lui dérober ce qu’il voulait
consacrer à l'étude. De plus, M. Delisle était très prudent; c’était sa
caractéristique. Il l’était avec les choses, et ce fut la force de ses
enquêtes scientifiques; on savait que pour affirmer une fois, il devait
être sûr deux fois. Il était prudent aussi avec les hommes et ne se livrait
pas facilement. La confiance affectueuse qu’il a mise en plusieurs de
nos confrères n’en a que plus de prix. Son aspect extérieur était comme
l’emblème de sa nature. Combien de fois l’avons-nous vu cheminer à
petits pas dans les couloirs de l’Institut, la tête si penchée qu’on ne
voyait plus sa figure, tassé et en quelque sorte replié sur lui-même,
indifférent en apparence et comme absent. Mais si on l’abordait, si on
lui parlait, il relevait la tête, et dans ce visage vieilli, sous l’arc de
ces sourcils embroussaillés, on découvrait tout à coup deux yeux si
clairs, si lumineux, empreints d’une expression si intelligente et même
un peu malicieuse, qu’on en était tout ébloui, comme si l'on avait vu
la jeunesse de M. Delisle conservée et concentrée dans ces yeux-là.
Messieurs, nous ne les verrons plus nous regarder. Mais nous ne
dirons pas avec le sage antique que ceux-là seuls sont aimés des dieux
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CHRONIQUE ET MÉLANGES.
qui meurent jeunes, en nous rappelant la longue et admirable carrière,
si utile et si simple de Léopold Delisle. Nous savions déjà que le grand
soutien de la vie morale, c’est d’avoir un idéal, une pensée maîtresse
qui guide l’homme et l’occupe tout entier. Tous ceux qui sont dignes
d’être au monde s’y efforcent, sans toujours y réussir. Mais combien
rares sont les hommes qui, dès leur jeunesse, se sont tellement habi¬
tués à vivre dans cette pensée idéale qu’ils s’y meuvent comme dans
leur atmosphère naturelle; qui, sans effort et par un mouvement spon¬
tané de leur intelligence, ont façonné leur conduite à la mesure de
leur rêve. M. Delisle fut de ces hommes-là. Il a vécu dans la science,
avec la science, pour la science, et on l’eût fort étonné en lui disant
qu’il aurait pu en être autrement. Vivre simplement, presque sainte¬
ment, et travailler, travailler pour les autres, toujours, sans jamais
se lasser, et puis un jour, tomber à terre, tout d’un bloc. C’est là le
résumé de cette existence dont on peut dire, dans la mesure où
l’homme connaît le bonheur, que ce fut une existence heureuse.
DISCOURS DE M. LE COMTE DE LASTEYRIB, MEMBRE DE L’INSTITUT,
au nom de l’école des chartes.
Messieurs,
J’aurais souhaité qu’une voix plus autorisée que la mienne vint
adresser, au nom de l’École des chartes, de son Conseil de perfec¬
tionnement et de ses professeurs, un dernier adieu au savant illustre
qui, pendant plus d’un demi-siècle, nous a assistés de son expérience,
fortifiés de ses conseils et éclairés de son exemple. Mais notre direc¬
teur, retenu loin de Paris par l’état de sa santé, m’a prié de m’acquit¬
ter à sa place de ce douloureux devoir, et j’ai accepté cette pénible
mission avec d’autant plus d’empressement, qu’en rendant un public
hommage à l’homme qui fut une des gloires de notre École, je m'ac¬
quitte d’une dette personnelle de reconnaissance envers celui qui fut
le guide bienveillant de ma jeunesse et l’ami écouté de mon âge mûr.
Nombreux sont parmi nous ceux qui ont contracté envers Léopold
Delisle semblable dette de reconnaissance, car, s’il n’a jamais occupé
aucune chaire à l’École des chartes, il n’est aucun de ceux qui ont
suivi les cours de cette École qui ne le proclame un des maîtres les
plus estimés et les plus aimés que nous ayons eus. C’est qu’avec Qui-
cherat personne n’a exercé une influence plus longue et plus efficace
sur le développement de notre enseignement, personne n’en a suivi la
marche avec un plus constant intérêt, personne n’a exercé sur les
maîtres et les élèves une action plus salutaire.
* #
Léopold Delisle est entré au Conseil de perfectionnement de l’Ecole
des chartes en 1858, il en est devenu président en 1878; il y a siégé
pendant cinquante-deux ans, et toutes les générations qui ont défilé
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452 CHRONIQUE ET MELANGES.
devant lui pendant cette longue période ont pu admirer le zèle inlas¬
sable avec lequel ce grand savant, dont la vie était si remplie et le
temps si précieux, s’acquittait de ses devoirs envers l’Ecole.
Non seulement il ne manquait jamais une séance du Conseil, mais
encore il prenait part à tous les examens et ne reculait même pas
devant l’ennuyeuse corvée de corriger les compositions écrites. Par¬
venu à un âge où il eût été naturel qu’il se déchargeât sur de plus
jeunes d’une besogne si peu digne de lui, il mettait une sorte d’amour-
propre à s’en acquitter encore avec autant de soin que par le passé.
Il a continué à le faire jusqu’à sa dernière heure et, il y a trois
semaines à pareil jour, nous passions une longue soirée chez lui avec
trois de mes collègues à corriger des copies de paléographie. Chaque
année il prenait une part importante à la soutenance des thèses qui
couronnent le cycle de nos études, et les observations qu’il adressait
aux candidats étaient autant de leçons d’ingénieuse critique dont les
maîtres faisaient leur profit comme les élèves.
Mais ce n’est pas seulement de cette façon que Léopold Delisle
0
témoignait du vif intérêt qu’il portait aux élèves de l’Ecole des chartes.
Son cabinet leur était toujours ouvert; il accueillait avec une infinie
bienveillance tous ceux qui y frappaient, leur prodiguant les conseils,
leur communiquant libéralement le fruit de scs recherches et s’ingé¬
niant à les aider par tous les moyens.
Je ne puis, pour ma part, me défendre d’une vive émotion quand,
me reportant à plus de quarante ans en arrière, je me rappelle quel
secours Léopold Delisle fut pour les élèves de ma génération.
L’Ecole des chartes n’était point alors ce qu’elle est aujourd’hui.
Mal dotée, mal logée, elle ne possédait qu’une maigre bibliothèque, et
notre éducation scientifique serait restée bien rudimentaire si nous
n’avions cherché à suppléer au peu de ressources que présentait
l’Ecole en fréquentant les Archives et la Bibliothèque nationales. Le
Cabinet des manuscrits était notre lieu d’étude préféré, car nous
savions y trouver un des premiers paléographes de l’Europe toujours
prêt à venir en aide à notre ignorance, et je vois encore ce bon, cet
admirable Delisle, interrompant son travail vingt fois dans une séance
pour expliquer à l’un ou à l’autre d’entre nous comment il fallait lire
tel mot difficile ou interpréter tel. terme insolite.
Chaque jour nous abusions de sa patience, nous en avions cons¬
cience et nous en avions honte, mais nous recommencions chaque
jour, sentant bien toute la valeur des leçons que nous recevions d’un
pareil maître.
Loin de nous en vouloir d’ailleurs, Delisle semblait nous prendre
en amitié, en proportion même du temps que nous lui faisions perdre,
et ainsi sont nés entre lui et une foule de chartistes des relations qui
laisseront d’ineffaçables souvenirs dans le cœur de tous ceux qui ont
eu le bonheur d’en bénéficier.
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453
CHR0MQUE ET MKI.INGES.
Je ne puis, Messieurs, dans ces quelques mots improvisés à la
hâte, exprimer les sentiments qui animent les maîtres et les élèves de
notre Ecole en pensant à l’immensité de la perte que vient de faire
la science française; mais je me sens plus impuissant encore à expri¬
mer la douleur de ceux qui n’ont pas seulement connu Léopold
Delisle comme savant, mais comme homme, qui ont eu le privilège
de pénétrer dans son intimité, de passer de studieuses soirées dans
son cabinet, assis auprès de lui à la même table de travail, ou
qui ont pris place à sa table de famille, à côté de la digne compagne
qui ne lui causa dans sa vie d’autre chagrin que de mourir avant lui.
Il faut avoir été de ceux-là, Messieurs, pour apprécier pleinement tout
ce que fut Léopold Delisle.
Aussi me permettrez-vous, après avoir pleuré avec vous le savant
illustre qu’admirait l’Europe entière, de me retourner vers sa famille
désolée et de pleurer avec elle l'homme d’une bonté exquise, d’une
droiture incomparable, d’une générosité sans bornes, qui fut pour nous
le plus dévoué des amis, ... et que nous n’oublierons jamais.
DISCOURS DE M. PAUL VIOLLET, MEMBRE DE L’INSTITUT,
PRÉSIDENT DE LA SOCIÉTÉ DE L’ÉCOLE DES CHARTES.
Messieurs,
A l'heure où le jeune homme commence à vouloir et à penser par
lui-méme, Léopold Delisle voûlut appartenir à l'Ecole des chartes, et,
de fait, depuis sa naissance à la vie intellectuelle et scientifique, il
nous a appartenu.
9 9
L’Ecole des chartes et la Société de l’Ecole, cette Société dont il fut
l’àme pendant un demi-siècle, dont il est mort président d’honneur,
sont vraiment sa famille et sa maison. Il entrait à l’École en 1846.
Son bon sens, sa prudence, ses aptitudes scientifiques attirèrent très
vite l’attention.
Il était tout jeune encore et venait d’achever ses études, lorsque les
fondateurs de la Société des anciens élèves, dite Société de l’École,
qui traversait alors une crise difficile, l'appelèrent à eux, comme dans
une passe dangereuse des navigateurs alarmés ont recours à un pilote
expérimenté. Le navire à conduire était la Bibliothèque de l'École
des chartes , qui, en ce moment-là, naviguait assez péniblement. Ce
Nestor de vingt-six ans tint le gouvernail d’une main prudente et sûre.
La navigation fut magnifique. Pendant plus de cinquante ans, Delisle
a dirigé nos publications. Il y a pris lui-méme. une part personnelle
considérable. Vous savez la place importante qu’elles occupent aujour¬
d'hui dans le monde savant.
Le maître que nous regrettons était bienveillant à tous. Qui de nous
ne lui a demandé conseil pour un projet de publication, pour un clas*
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CHRONIQUE ET MÉLANGES.
sement de bibliothèque ou d’archives et n’a reçu de lui aide et lumière?
Il fut en 1874 l’un des fondateurs de notre Société de secours et fut
élu en 1876 président de cette œuvre d’assistance délicate et discrète.
Sa force extraordinaire de travail, son tempérament à la fois vigou-
• reux et pondéré lui a permis de faire face pendant sa longue carrière
aux occupations professionnelles les plus délicates, les plus absorbantes,
en même temps qu'il menait à bien des entreprises scientifiques con¬
sidérables et singulièrement variées.
Il y a, au premier abord, quelque chose d’étourdissant dans cette
variété et dans cette abondance. Celui qui, ne connaissant pas person¬
nellement Léopold Delisle et ne l’ayant jamais lu, parcourrait par
hasard la liste énorme de ses publications, — elles commencent en
1847 et finissent avec l’auteur lui-même en 1910, — se représenterait
peut-être un de ces travailleurs qui, dévorés d’une fièvre continue,
traversent les livres en courant, arpentent les archives et ressemblent à
certains voyageurs, trop nombreux aujourd’hui, qui encombrent nos
routes et mesurent l’intensité de leurs jouissances esthétiques à l’épais¬
seur des nuages de poussière qu’ils soulèvent. Quel étrange, mais aussi
quel excusable contre-sens commettrait cet ignorant lecteur de cata¬
logues ! Il se trouve, en effet, que l’étonnant voyageur, que l’inlas¬
sable informateur qui nous promena à travers la Normandie agricole
du moyen âge, qui nous fit pénétrer dans les bureaux de la chancellerie
royale sous Philippe-Auguste et dans ceux de la chancellerie pontifi¬
cale sous Innocent III, qui découvrit l’auteur jusqu’alors inconnu du
Grand Coutumier de France et approfondit certains aspects de
l’histoire de nos miniatures, qui connut les livres de la bibliothèque
de Charles V, mieux peut-être que ce roi lettré ne les connaissait lui-
même, qui supputa les comptes des Templiers, ces infortunés créan¬
ciers de Philippe le Bel, plus exactement, je n’en doute pas, que ne fit
jamais leur redoutable débiteur, il se trouve que cet érudit ubiquiste,
qui s’est posté hardiment à toutes les avenues de l’histoire, était
l’homme le plus posé, l’érudit le plus consciencieux, j’allais dire le
plus craintif. Delisle marchait et parlait lentement; il rédigeait et
écrivait sans hâte, sa main, toujours sure, était au service d’une pen¬
sée toujours nette. Tout respire dans son œuvre je ne sais quelle paix,
quelle tranquillité, paix et tranquillité qui sont précisément l’inverse
de cette agitation extrême qu’on pourrait bien à tort soupçonner en
parcourant simplement sa bibliographie. Un foyer de chaleur douce
et réglée, non point un volcan, alimentait cette force productive qui,
pendant plus de soixante ans, a donné de si beaux fruits.
Il est rare qu’une réputation internationale comme celle de Léopold
Delisle. soit la récompense d’un labeur grave, d’un labeur sérieux.
Delisle est un de ces grands et modestes travailleurs que leurs contem¬
porains ont su comprendre et apprécier à leur juste valeur.
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CHRONIQUE ET MELANGES. 455
9
C'est notre Société de l’Ecole des chartes qui, il y a vingt et un ans,
lui rendit le premier de ces hommages publics qui ont honoré sa belle
et verte vieillesse. Nous célébrions le cinquantenaire de notre Société,
et quelques-uns de ceux qui avaient joué un rôle actif vers les temps
reculés de la fondation faisaient cortège à Delisle, le jour où, prési¬
dant la réunion, j'eus le grand honneur de lui donner l'accolade et de
lui offrir le médaillon commémoratif de cette cérémonie, à laquelle
nous avions voulu donner tout son sens et toute sa signification en y
faisant graver les traits du maître. — Une solennité du môme genre eut
lieu quelques années plus tard à l'École des chartes. La Société de
l’École et la Société de l’Histoire de France, où Delisle tenait une si
grande place, lui offraient un autre témoignage de leur admiration et
de leur sympathie.
De ces vaillants de la première heure, de ces témoins du passé un
seul nous restait. Il nous est enlevé! Il a travaillé jusqu'à la fin.
Vous connaissez ses dernières publications. Elles reflètent toute une
vie. Fidèle à ses plus chers souvenirs, fidèle à la patrie normande, à
l’histoire de laquelle il avait consacré ses débuts dans l’érudition et
qui constamment était restée présente à son esprit et avait gardé dans
scs recherches et dans ses notes une place d’honneur, Delisle s’est
éteint au cours d’entretiens journaliers avec Henri II, duc de Nor¬
mandie, avec Orderic Vital et Guillaume de Jumièges. A ces entre¬
tiens prenait part l’ombre de notre regretté Jules Lair, dont le seul
nom faisait sonner aux oreilles de Delisle ces mots aimés : Norman-
#
die, Ecole des chartes, jeunesse, amitié.
Le sort me réservait la douloureuse mission d’être une seconde et
dernière fois, devant cette tombe, votre interprète à tous. Je dirai à
Léopold Delisle, qui croyait comme moi à l'autre vie : à Dieu! Ta
mémoire ici-bas nous est chère. Elle nous restera chère.
DISCOURS DE M. CAGNAT, MEMBRE DE L’INSTITUT,
PRÉSIDENT DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE DES ANTIQUAIRES DE FRANCE.
Messieurs,
Voici la deuxième fois cette année que je dois prendre la parole
pour dire adieu à l’un d’entre nous et témoigner publiquement de notre
douleur; mais aujourd’hui ce n’est point seulement au cœur, c’est à la
tête que nous sommes frappés. Le plus ancien d’entre nous, le plus
vénéré de nos membres honoraires, celui dont nous nous faisions gloire
entre tous vient de nous être enlevé presque subitement. Il était des
nôtres depuis plus d’un demi-siècle; et, tandis que tous ceux qui hono¬
raient alors notre Société, les Waddington, les de Saulcy, les Renan,
les Renier, les Emmanuel de Rougé, Quicherat, Longpérier, Le Bas,
le comte de Lasteyrie, Brunet de Presle, An. de Barthélemy, ont dis-
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456
CffBOIfIQUE ET lfllLANGBS.
paru peu à peu, depuis plus ou moins longtemps, il était resté, comme
pour continuer parmi nous leurs traditions. Le voilà disparu à son tour.
Léopold Delisle avait été élu membre résidant de la Société des
Antiquaires de France le 9 juillet 1855. Pendant longtemps, il prit une
part active à ses travaux et à ses séances : tantôt il lisait un mémoire,
comme il savait en écrire, sur un Sacramentaire de l’Église de
Paris (1857) ou sur les Comtes de Dammartin au XIII e siècle
(1869); tantôt il communiquait en de courtes notes des découvertes de
détail, faites au cours de quelque lecture ou de quelque recherche, — et
vous savez le nombre des trouvailles de cette sorte dont la science lui
est redevable ; tantôt encore il prenait la parole dans les discussions
pour remettre les choses au point avec sa prudence et sa sûreté d’éru¬
dition coutumières. Ce qui frappe le plus, quand on se reporte à notre
Bulletin , c'est la variété des connaissances que les notes de L. Delisle
attestent : l’antiquité gallo-romaine, l'époque mérovingienne, le
moyen âge lui sont pareillement familiers; s'il s’occupe surtout des
manuscrits et des chartes, de paléographie ou de diplomatique, il n’est
pas étranger aux autres parties de la discipline historique; il sait,
lorsqu’il y est amené, dire ce qu’il faut sur les Arènes de Paris
mentionnées au XII e et au XIII e siècle (1858) ou sur des Substruc-
tions romaines trouvées en 1366 à Paris derrière l’ancien parloir
aux bourgeois (1867) ; il est également prêt à parler sur un Buste
antique du musée de Coutances (1877), sur des Disques de plomb
trouvés dans les tombeaux d’abbés du Mont-Saint-Michel (1875),
sur des Émaux du château d’Anet (1870), sur des Sceaux à légende
française (18591 ou sur des Sceaux-matrices du moyen âge (1860),
sur des Inscriptions mérovingiennes (1859), carolingiennes (1872),
médiévales (1879).
Son érudition est inépuisable, comme sa curiosité; c’est un charme
de voir ce qu’il sait tirer du moindre fait et comment ce qui semble¬
rait à d’autres sans importance fournit à sa perspicacité des compa¬
raisons et des déductions aussi fécondes qu’inattendues. Il est dans
ces petites notes insérées à notre Bulletin ce qu’il a été toute sa vie
dans les grandes œuvres qui l’ont illustré.
Il aurait certainement continué à apporter régulièrement à nos tra¬
vaux l’appui de sa présence et de ses encouragements si les conditions
matérielles dans lesquelles nous nous réunissons étaient différentes.
Mais vous savez que, pour ceux d’entre nos confrères qui sont peu
valides ou qui vieillissent, l’accès de notre salle de séances devient
pénible. Le 2 décembre 1885, Léopold Delisle sollicitait une place
vacante de membre honoraire, que nous nous empressions de lui accor¬
der, sans vouloir comprendre que désormais nous ne le verrions plus que
par intervalles. Aussi bien, absorbé par les fonctions importantes qu’il
exerçait et par les travaux plus importants encore et moins ingrats
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CHRONIQUE ET MELANGES.
qu’il poursuivait pour la plus grande gloire de la science française,
avait-il, en réalité, tous ses instants comptés; néanmoins, les jours
d’élection nous le voyions, jusqu’à ces derniers temps, gravir nos
étages, venir de sa démarche placide et comme réfléchie s’asseoir à la
table de notre salle et apporter à ses élèves et à ses amis un vote
qui était à la fois pour eux un témoignage d’estime dont ils étaient
fiers et pour nous une indication discrète. Nous l’avons retrouvé
encore une fois lors de la célébration de notre Centenaire; il a inséré
dans le volume de Mémoires que nous avons publié à cette occasion
une Lettre autographe du roi Charles V.
Mais, tout peinés que nous fussions de ne plus jouir régulièrement
de sa présence, il nous appartenait bien ; nous étions fiers de le voir,
en France et à l’étranger, entouré de respect, de haute estime et d’hon¬
neurs; il voulait bien admettre que quelque parcelle de la considéra¬
tion où il vivait rejaillît sur notre Société.
Vous savez, Messieurs, que jusqu’au dernier jour cet homme émi¬
nent ne cessa de travailler et de découvrir; il était de ceux dont la
vieillesse semble ne courber le dos que pour les rapprocher chaque
jour davantage de la table de travail et rendre plus aisée la lecture du
livre ouvert devant eux, en attendant le jour où leur activité scienti¬
fique s’éteindra subitement avec la vie. Ceux-là sont heureux entre
tous les travailleurs, et Léopold Delisle a eu la joie, si enviable pour
chacun de nous, de ne pas sentir son esprit diminué par l’âge. Par là
notre deuil peut être, non point atténué, mais adouci. N’oublions pas,
d’ailleurs, que si le savant nous restait intact, si l’ami et le confrère
étaient toujours aussi surs et aussi dévoués, l'homme ne vivait plus sur
cette terre depuis cinq ans, mais dans le culte d’un souvenir pieuse¬
ment entretenu. Pour lui, la mort n’a pas été une séparation, mais une
réunion dans l’au delà.
DISCOURS DE M. ÉMILE TRAVERS,
AU NOM DE LA SOCIÉTÉ DES ANTIQUAIRES DE NORMANDIE.
Messieurs,
Aux éloquents discours que vous venez d’entendre, permettez-moi
d’ajouter l’expression de la profonde tristesse que cause à la Norman¬
die et à ses compagnies savantes la mort de M. Léopold Delisle.
La Normandie s’enorgueillissait d’avoir donné naissance à l’illustre
savant qui a porté si haut dans le monde entier la renommée de l’éru¬
dition française.
Si l’on ouvre la Bibliographie des travaux de M. Léopold Delisle ,
on est frappé du nombre de ceux qui concernent la Normandie, son
histoire, ses écrivains et toutes les manifestations de la vie sociale et de
la pensée humaine dans cette province qu’il aimait d’une ardeur pas-
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458 CHRONIQUE ET MELANGES.
sionnée. C’est par centaines qu’il lui a consacré, pendant un labeur
inouï de soixante-trois ans, ses ouvrages les plus importants ou des
articles sur les sujets les plus divers. Rien de ce qui est normand n’a
échappé à ses investigations.
Né à Valognes, le 24 octobre 1826, M. Delisle fit de fortes études
classiques au collège de cette ville. Un ami de son père, Charles de
Gerville, qui fut, avec Arcisse de Caumont, l’un des créateurs de notre
archéologie nationale, frappé de l’intelligence et des aptitudes du jeune
écolier, devina 8a vocation et lui inspira le goût des études médié¬
vistes. Plus tard, M. Delisle a rappelé en des pages émues l'influence
décisive de ce premier maître sur sa carrière, dont les débuts furent
éclatants et qui devait être si féconde et si glorieuse.
Deux ans après avoir obtenu le diplôme d’archiviste-paléographe
avec un Essai sur les revenus publics en Normandie, thèse mal¬
heureusement restée en grande partie inédite, M. Delisle mettait au
jour son magistral Essai sur la condition de la classe agricole et
de l’agriculture en Normandie au moyen âge, récompensé d’abord
par la Société libre de l’Eure, puis par l’Académie des Inscriptions et
Belles-Lettres qui, deux années de suite, en 1851 et 1852, lui décerna
le premier prix Gobert. Ce livre ouvrit à son auteur, en 1857, les
portes de l’Institut. I! était si parfaitqu’au bout d’un demi-siècle, lorsque
M. Delisle consentit à le laisser réimprimer, on s’est borné à donner
un fac-similé de l’édition originale. Devenu maître incontesté, le vieil¬
lard n’avait rien trouvé à changer au chef-d’œuvre de l’érudit de
vingt-cinq ans.
Parmi les travaux de M. Delisle relatifs à la Normandie, une cin¬
quantaine au moins sont des mémoires étendus et des extraits de docu¬
ments insérés dans les publications des sociétés savantes de Rouen,
d’Évreux, de Caen, de Cherbourg, ou bien dans l’Annuaire de la
Manche, le Bulletin monumental et d’autres recueils. Je ne puis
énumérer ici tous ces fragments épars, qu’il y aurait grand profit à
recueillir; toutefois il faut citer, d’une manière spéciale, deux travaux
considérables : les Actes normands de la Chambre des comptes
sous Philippe de Valois (1871) et la Chronique de Robert de Tori-
gni (1872-1873), édités par la Société de l'histoire de Normandie.
Mais c'est la Société des Antiquaires de Normandie, au nom de
laquelle j’ai l’honneur de parler, qui fut l’objet de son attachement
particulier. Elle lui rappelait ses premiers débuts ; il en resta le colla¬
borateur incessant.
Dès 1847, il donnait à cette compagnie une Notice sur les biens
de la Sainte-Chapelle en Normandie ; puis des Observations sur
les rôles de l’Échiquier de Normandie (1851); un Mémoire sur les
baillis du Cotentm (1851); le Cartulaire normand de Philippe-
Auguste, Louis VIII,saint Louis et Philippe le //arcfi(1852); VExa-
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CHRONIQUE ET MELANGES. 459
men de treize chartes de l’ordre de Grammont (1854); le Poème
adressé à Adèle, fille de Guillaume le Conquérant, par Baudry,
abbé de Bourgueil (1871); le Registre de l’officialité de Cerisy (1880),
édité par M. Gustave Dupont, d’après la copie préparée par M. Delisle
en vue d’une publication que celui-ci avait projetée trente ans plus
tôt; les Recherches sur les livres imprimés ou publiés â Caen
avant 1550 (1903-1904, 2 vol., avec 27 pl.) ; et bien d’autres articles et
communications d’une importance capitale.
Deux fois, en 1862 et 1890, M. Delisle fut directeur de notre Société
des Antiquaires et prononça, dans ses séances publiques, des discours ;
l’un sur les sources diplomatiques de l’histoire de la Normandie du xi*
au xv e siècle; l’autre sur l’imprimerie et la librairie à Caen, de 1480
à 1550. Mais le titre que nos confrères auraient dû lui conférer offi¬
ciellement et que leur respectueuse reconnaissance se plaisait à lui
donner était celui de protecteur.
Protecteur I c’est bien la qualification qui convenait à l’excellent
maître.
On vient de prononcer l’éloge des hautes qualités morales de l’homme
éminent que nous pleurons. On a rappelé sa sollicitude pour les élèves
de l’École des chartes qu’il daignait appeler ses jeunes confrères. Avec
quelle douce bonté il les accueillait! Avec quelle exquise bienveillance
il leur prodiguait les conseils et les encouragements et guidait les pre¬
miers pas de leur carrière, surtout quand ils étaient ses compatriotes !
Jules Lair, Siméon Luce et bien d’autres l’ont hautement attesté et
tous eurent pour lui un filial attachement.
Permettez à mon cœur brisé de rappeler aussi que, devenu l’ami de
mon père, le jour où il obtint le grade de bachelier devant la Faculté
des lettres de Caen, M. Delisle ne cessa de témoigner une sincère
affection à tous ceux qui me furent chers. Il prit part aux joies de ma
famille; il partagea ses douleurs.
J’ai dit que les premiers travaux de M. Delisle avaient eu la Nor¬
mandie pour objet. Il a consacré à sa province natale sa prodigieuse
activité et toutes les forces de sa lumineuse intelligence jusqu’au
moment où la plume a glissé de ses mains. Le premier volume des
Actes normands de Henri II, patiemment rassemblés pendant
soixante ans, vient de paraître. Son introduction est un chef-d'œuvre,
où respire l’enthousiasme presque juvénile provoqué chez lui par
l’habile administration des ducs-rois et de leurs chanceliers. Et, il y
a un mois à peine, étaient remis à quelques privilégiés les Matériaux
pour l’édition de Guillaume de Jumièges préparés par Jules
I^air, avec une préface et des additions de son vieil ami sur Orderic
Vital et Robert de Torigni.
« Ce sera mon dernier ouvrage », disait alors le maître à M m< Jules
Lair. Non, l’infatigable maître n’avait pas renoncé à l’étude et il a
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CHRONIQUE ET MELANGES.
travaillé jusqu’à l’heure suprême. Quand Dieu l'a rappelé à lui, après
un entretien avec M. le chanoine Müller, il exposait au vénérable
aumônier de l’hospice Condé de nouvelles recherches à entreprendre.
Au nom de la Normandie et de ses sociétés savantes, je salue res¬
pectueusement la tombe de M. Léopold Delisle et j’offre à sa famille,
à ses amis, à ses admirateurs l’expression d’une douleur inconsolable.
ARMAND D’HERBOMEZ.
Armand-Auguste d’Herbomez, décédé subitement le 9 juillet 1910
à Bruxelles, où il se trouvait de passage, était né à Douai le 13 mai
1852. A l’époque où il atteignit l’âge d’homme, l’Ecole des chartes
conférait le privilège de l’exemption du service militaire. Mais d’Her¬
bomez, qui avait d'abord fait son droit, tint à s'acquitter de ses
devoirs envers la patrie. Ce n’est qu’après avoir passé par le régi¬
ment et y avoir obtenu les galons de sergent qu’il devint, en 1874,
élève de l’École des chartes, où ses aptitudes au travail, son intelli¬
gence si ouverte et sa charmante gaieté le firent apprécier de ses
maîtres autant qu’aimer de ses camarades. A sa sortie de l’École en
1878, il fut classé le quatrième, après avoir soutenu une thèse sur le
Parlement de Paris, de ikl8 à l(t36. Il devint alors pour quelque
temps archiviste des Basses-Pyrénées ; mais il quitta bientôt Pau, où
il laissa les meilleurs souvenirs, pour revenir à Paris occuper des
fonctions importantes dans une grande compagnie financière, la
Société générale de Crédit industriel et commercial. Il eût pu se
créer là un bel avenir. Mais celui qui l’avait fait entrer dans cette
administration s’étant vu atteint par l’âge et ayant renoncé à sa propre
situation, notre confrère, par une délicatesse de sentiments qui l’ho-
nore grandement, voulut suivre son protecteur dans sa retraite.
D’ailleurs, il se sentait entraîné vers les études d’histoire, dont il
avait appris la méthode à l’École des chartes et auxquelles il se con¬
sacra dès lors avec une inlassable ardeur. Un sujet surtout l’attira.
Peu de temps après sa naissance, sa famille était venue s’établir en
Belgique dans le pays de Tournai. Tournai devint pour Armand
d’Herbomez comme une nouvelle patrie d’adoption dont il prit plaisir
à étudier l’histoire, les institutions et jusqu’au langage. A ce pays de
prédilection, il consacra une série d'excellents travaux, dont plusieurs
ont été loués dans la Bibliothèque de l’École des chartes par des
maitres de l’érudition française, Léopold Delisle, Anatole de Barthé-
9
lemy, Gustave Schlumberger. Parmi ces travaux, je citerai : Etude
sur le dialecte du Tournaisis au XIIP siècle ; Comment le quar¬
tier du château fut réuni à la cité de Tournai en 1289; Élections
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461
CHRONIQUE ET MELANGES.
d’évêques à Tournai au moyen âge (ces trois études parues dans les
Bulletins de la Société historique et littéraire de Tournai );
Voyage de Philippe-Auguste à Tournai en H97 (dans la Revue
des Questions historiques, année 1891); Géographie historique du
Tournaisis et Philippe le Bel et les Toumaisiens (Bruxelles, 1892
et 1893), etc. Mais je mentionnerai surtout l'Histoire des châtelains
de Tournai de la maison de Mortagne, ouvrage en deux volumes,
comprenant ensemble plus de sept cents pages, que l'Académie des
inscriptions a tenu à couronner en 1896.
Cependant notre regretté confrère ne se cantonnait pas exclusive¬
ment dans ces recherches d’histoire locale. Il a encore publié, dans
notre Bibliothèque de l’École des chartes, des articles intitulés :
Une lettre de Louis XI à Sixte IV relative aux affaires d’Espagne
tirée de la bibliothèque de Saint-Marc de Venise (1890) et A pro¬
pos des baillis d’Arras sous le règne de saint Louis (1906). On lui
doit aussi Une négociation diplomatique au XV• siècle. Le traité
de 030 entre la France et l’Autriche, mémoire dont il avait été
chercher les éléments dans les archives de Vienne.
Cet ensemble de travaux lui valut une juste notoriété. Aussi des
corps savants lui confièrent-ils le soin d'importantes publications. La
Société nationale des Antiquaires de France le chargea de publier,
dans la série de ses Mettensia, le Cartulaire de Gorze. La Com¬
mission d’histoire de l’Académie royale de Belgique lui demanda
d’éditer les Chartes de l’abbaye de Saint-Martin de Tournai. La
• réalisation de cette dernière entreprise amena la mise au jour, par
Armand d'Herbomez, de deux gros volumes in-4° de la Collection
des Chroniques belges (1898-1901), volumes qui constituent un pré¬
cieux instrument de travail.
De telles œuvres méritaient des récompenses. Par deux fois l’Aca¬
démie des inscriptions et belles-lettres inscrivit notre confrère sur la
liste de ses lauréats, lui décernant en 1896 une des médailles du con¬
cours des Antiquités de la France, puis, en 1901, le prix Auguste
Prost. Il fut appelé à faire partie de la Commission historique du
département du Nord et occupa un rang distingué dans la Société
historique et archéologique de Tournai.
Il n’eut tenu qu’à lui de recueillir d’autres honneurs. Des Sociétés
savantes, qui comptent parmi les plus réputées, eussent été heureuses
de se l’agréger. Une distinction officielle fut demandée pour lui au
ministre, avec les considérants les plus flatteurs, par la section d’ar¬
chéologie du Comité des travaux historiques et scientifiques. Mais
Armand d’Herbomez était un désintéressé et un modeste. Il refusa
tout, sans éclat ni fausse humilité, mais d'une volonté très ferme,
devant laquelle il fallait s’incliner.
Ce grand travailleur, — ses amis le savent bien, — avait une âme
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462 CHRONIQUE ET MÉLANGES.
infiniment tendre. Aujourd’hui que sa mort me permet de parler libre¬
ment, je puis dire combien il a été bon pour un de nos confrères dis¬
paru en 1907 et dont il a écrit la notice nécrologique dans notre
Bibliothèque. J’ajouterai que, par une libéralité qui vient d’être révé¬
lée, il a manifesté ses sentiments d’attachement envers nous tous en
enrichissant notre Société de secours. Il y a un peu plus d'un an, la
mort d’une mère bien-aimée porta un coup terrible à sa santé en
développant chez lui les germes d’une maladie de cœur. Cependant,
au milieu de crises très douloureuses, notre pauvre confrère, non seu¬
lement continuait toujours à travailler, mais encore conservait toute
sa sérénité. Sa disparition soudaine augmente encore le chagrin de
ceux qui n’oublieront jamais qu’Armand d’Herbomez fut un des
modèles les plus accomplis du bon érudit, formé à la discipline de
l’École des chartes, en même temps qu’un parfait galant homme et
un ami incomparable.
Paul Durrieu.
LEOPOLD MICHELI.
Les nombreux amis que comptait à Paris Léopold Micheliont appris
avec un douloureux étonnement la mort de notre jeune confrère,
décédé subitement le 23 juin dernier, à la suite d’un accident de bain,
sur la plage du Pouldu en Bretagne. Après plusieurs mois d’un labeur
ininterrompu, Léopold Micheli s’apprêtait à venir jouir en Bretagne
de quelques semaines de délassement et d’un repos bien mériré. Sa
mort inattendue brise une activité que des qualités exceptionnelles
d’exactitude et qu’une culture générale autorisaient à prédire singu¬
lièrement fructueuse.
Né le 27 novembre 1877, d’une antique famille de Lucques établie
à Genève au xvi® siècle, notre confrère, après de solides études dans
cette ville, avait passé deux semestres en Allemagne avant d’entrer à
l’École des chartes, au mois de novembre 1899. Son esprit, si natu¬
rellement porté aux recherches sérieuses, se familiarisa vite avec l'en¬
seignement méthodique de l’École. Le cours de l’un de ses professeurs,
M. Roy, et les conférences consacrées à l’étude de la formation et de
l'organisation des communes françaises l’attirèrent dès la seconde
année et l’engagèrent à choisir comme sujet de sa thèse : les Institu¬
tions municipales de Genève au XV 0 siècle, en faisant précéder ce
travail d’une Introduction sur l’établissement de la commune
dans celte ville. Micheli, mettant à profit les nombreux textes publiés
par MM. Mallet et Lefort, s etait attaché à fixer les origines de la com-
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463
CHRONIQUE ET MELANGES.
mune de Genève et, en une synthèse ingénieuse, à décrire les rouages
assez compliqués de l’administration de la ville à la fin du moyen âge.
Après avoir soutenu sa thèse et obtenu son diplôme au mois de jan¬
vier 1904, il trouva immédiatement l’occasion de mettre son érudition
au service de sa ville natale.
Le 29 janvier 1904, il entrait en qualité de conservateur des manus¬
crits à la bibliothèque publique et universitaire de Genève. Ce poste,
nouvellement créé, répondait à des besoins très légitimes. L'adminis¬
tration de la bibliothèque, surchargée d’occupations par le dévelop¬
pement considérable des services, réclamait un conservateur spécial
pour le département des manuscrits. Micheli commença par classer
l’important fonds d’archives de la Compagnie des pasteurs , entré à
la bibliothèque dans la première moitié du xix* siècle, et, sous le titre
de Correspondance ecclésiastique, il fit relier en quarante-trois
volumes ces documents si précieux pour l’histoire du protestantisme,
de 1530 à la fin du xvm e siècle. En même temps, un inventaire manus¬
crit dressé par ses soins donnait une analyse des pièces et indiquait
celles qui avaient été déjà publiées. Ce travail, auquel Léopold Micheli
se consacra pendant trois ans, révélait l’auxiliaire dévoué et actif
que s’était attaché la bibliothèque de Genève. Le 23 janvier 1906, sa
nomination au titre de conservateur régularisait sa situation. Dès lors,
l’activité de Micheli s’étend non seulement à son cher département
des manuscrits, mais encore aux services plus généraux qui l'en¬
tourent. En 1902, la bibliothèque reçoit en legs une collection de
trois mille gravures, portraits, estampes, la Collection Rigaud, rela¬
tifs à Genève et aux environs ; notre confrère les classe et en dresse
l'inventaire détaillé. Il agit de même à l'égard des papiers Fatio,
#
Etienne Dumont, Lesage, Prévost, relatifs à l’histoire genevoise du
xviii® siècle et à l’époque révolutionnaire. Puis, c’est la collection
Coindet, composée de quinze à vingt mille autographes, la correspon¬
dance de Charles Bonnet, enfin, tout récemment, l’important lot d’ou¬
vrages et d’opuscules du xvi® siècle relatifs au protestantisme et pro¬
venant de la bibliothèque Lefort que Micheli reçoit et installe à la
bibliothèque. Encouragés par son aimable accueil, les descendants des
vieilles familles genevoises se prêtent au dépôt provisoire ou définitif
de leurs papiers de famille, qui serviront à écrire l’histoire de demain;
et, conséquence immédiate de cet accroissement, érudits et chercheurs
affluent dans le cabinet du conservateur, auquel on ne s’adressera
jamais en vain. Une salle spéciale destinée à la consultation des
manuscrits parait indispensable; elle est ouverte à la fin de 1905.
Deux ans plus tard, un don généreux vient encourager notre confrère
et lui prouver le succès de ses efTorts. La plus grande partie des
archives d’une antique famille d’Espagne, celle des comtes d’Altamira,
*
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464 CHRONIQUE ET MELANGES.
tombées entre les mains d’un savant historien genevois, M. Édouard
Favre, est offerte à la bibliothèque. Il y a là une collection de plus de
dix mille pièces diplomatiques relatives à l’histoire d’Espagne et prin¬
cipalement au règne de Philippe II, dont l'intérêt n’a pas échappé à
leur possesseur. La famille d’Altamira a joué un rôle diplomatique
de premier ordre dans l’entourage de la cour d’Espagne. Ses papiers,
que complète un premier lot acquis par le British Muséum, fourniront
une source, féconde aux historiens de l’Espagne. Léopold Micheli s’em¬
pressera de mettre en valeur ce riche ensemble. Il apprend l’espagnol,
il classe chronologiquement ces documents, les déchiffre, les analyse,
identifie les auteurs et les destinataires de cette correspondance, la
relie en plus de soixante volumes, bref, il n’épargne ni sa peine ni son
temps pour réaliser le plan qu’il s’est tracé. La première partie de
l’inventaire de la collection Édouard Favre a paru dans la livraison
de juillet-septembre 1909 du Bulletin hispanique. Notre regretté
ami n’en verra pas l’achèvement. La mort nous l’a ravi en plein labeur,
dans tout l’épanouissement de sa belle et généreuse activité. Le trop
rapide coup d’œil jeté ici sur son œuvre nous aura du moins révélé
l’idéal de notre confrère, qu’une seule ambition poursuivait : le ser¬
vice patient, dévoué et fécond du trésor historique qui lui avait été
confié.
Frédéric Barbey.
DAUPHIN TEMPIER.
Nous devons enregistrer encore le décès de notre confrère M.Dauphin
Tempier, archiviste des Côtes-du-Nord, décédé à Saint-Brieuc, le
22 juillet 1910. Né à Saint-Étienne en 1844, notre regretté confrère
appartenait à la promotion de 1873 et avait obtenu le diplôme d’ar¬
chiviste-paléographe avec une thèse intitulée : la Salle de la Diana
à Montbrison, examen critique des opinions émises sur ce monu¬
ment héraldique. Nommé archiviste des Côtes-du-Nord en 1873,
on lui doit le tome II de l’inventaire de la série E, seigneuries, du
dépôt confié à ses soins; il a publié aussi dans les Mémoires de la
Société d’émulation des Côtes-du-Nord, de 1888 à 1892, la Cor¬
respondance des députés des Côtes-du-Nord aux États généraux,
à l'Assemblée constituante, à l’Assemblée législative et à la Con¬
vention.
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CHRONIQUE ET MELANGES.
465
TACHYORAPHIE SYLLABIQUE ITALIENNE.
M. L. Schiaparelli a apporté une importante contribution à l'étude
de la tachygraphie italienne (Tachigrafia sillabica nelle carte ita-
liane, Rome, 1910, in-8°, 47 p.; extrait du Dulletino delV Istituto
storico italiano , n° 31), en publiant les fac-similés de 109 souscrip¬
tions en caractères de cette espèce, empruntées à des documents des
*• et xi* siècles et comportant chacune un nom propre, suivi du titre
notarius ou judex (avec quelques variantes : notarius et judex,
notarius sacri palatii , judex imperatoris, etc.). Les notes sylla¬
biques, qui représentent ces noms et ces titres, sont du reste le plus
souvent enchevêtrées pour constituer des sortes de monogrammes.
De l'étude de ces souscriptions, dont l'emploi parait avoir été restreint
à l’Italie septentrionale et en particulier à la Lombardie, M. Schiapa¬
relli dégage la conclusion que ces notes ne contiennent rien qui ne soit
dans les souscriptions en clair qui les précèdent. Elles reproduisent
le plus souvent celles-ci. Cependant il faut remarquer que parfois un
personnage, dont le nom, dans la souscription ordinaire, est suivi du
titre de notarius, est qualifié de judex dans la souscription tachygra-
phique. Ces notes doivent donc être considérées comme un moyen
employé pour authentiquer la souscription qui les précède, comme
une sorte de paraphe ou de seing manuel d’une nature particulière.
A la suite de ces souscriptions, M. Schiaparelli donne le fac-similé
et la transcription de sept « notices » en tachygraphie syllabique, qui
figurent au dos ou en marge d’actes dont les dates s’échelonnent entre
778 et 1035. Cette partie du mémoire semble amorcer un travail plus
étendu sur les éléments que l’étude de ces sommaires en notes peut
apporter à la discussion des rapports entre la carta et la noticia et
des différentes phases de la confection de l’instrument diplomatique.
R. P.
UNE LETTRE DE PASCAL II
A ROBERT COURTE-HEUSE, DUC DE NORMANDIE.
Les correspondances politiques relatives à la Normandie du temps
de Robert Courte-Heuse sont d'une insigne rareté. Une pièce de ce
genre vient d’être signalée par M. le professeur Wilhelm Levison, de
Bonn, dans le ms. 633 du fonds Harleien au Musée britannique. Elle
se rapporte à la question des investitures en Normandie. Dépourvue
de date, elle doit avoir été expédiée par le pape Pascal II, un peu
1910 30
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466
CBIONIQUE ET MÉLANGES.
avant l’année 4106. Nous la reproduisons d’après le texte de M. le
professeur Levison [Neues Archiv der Gesellschaft fur Altéré
deutsche Geschichtskunde, t. XXXV, p. 427) :
« P&schalis episcopus R. dilecto filio, Normannorum duci, salu-
tem.
« Visis litteris vestris et diligenter inspectis, letati sumus quod tem-
poribus antecessorum vestrorum pace assidua letabatur Æcclesia, et
regularis ordo vigebat. Tempore autem vestro nullum in vestris par-
tibus Æcclesia potuit habere augmentum nec religio christiana servari,
ut decuit, quoniam qui pastores æcclesiarum Domini [esse debebant], in
ipso introitu ceciderunt, et qui messis dominice videbantur operarii et
cultores, facti sunt eradicatores et subversores. Nec mirum, non enim
intraverunt per ostium, sed ut fures et latrones ascenderunt ex adverso.
Sed sicut fama perveniente cognovimus, non sano intellectu interpre-
tantur quidam tutelam et patrocinium æcclesiarum a predecessoribus
nostris, ut dicitis, vobis et antecessoribus vestris esse concessa. Tutela
enim et patrocinia æcclesiarum secularibus potestatibus commissa
sunt, ut æcclesiae per vos ab omni perturbatione et infestatione mun-
dana tueantur, quatinus earum cultores quiete et devote régi celesti
valeant militare. Tu autem te ipsum ostium eiïecisti, et per anulum
et virgam investituram Æcclesie, non ut sponse Christi, sed sicut
ancille, hostibus tradis ejus regimen usurpantibus, deserentibus Deum,
qui vere ostium est, per quem qui non ingreditur fur est et latro. Sed
quia hac dignitate te expoliatum esse conquereris, quam Apostolorum
canones et Antiochena sinodus, décréta quoque Romanorum pontifi-
cum sub anathematis interdictu ab omni seculari removent potes*
tate, valde miramur. Nemo enim expoliatur ea re qua semper extitit
nudus, nec ejus scimus expoliationem cujus investituram nunquam
agnovimus. Quapropter, dilectissime fili, indubitanter agnoscas quod
dignitatem tuam minuere nolumus, sed volumus Deum regnare in te,
ut tu per eum régnés quatinus honor tuus et inquietus et inexpugna-
bilis maneat. »
L. D.
ACTE INÉDIT DU ROI LOUIS VII
(1478).
Dans ses Études sur les actes de Louis V// 4 , M. Achille Luchaire
nous a fait connaître, soit en analyse, soit in extenso, environ 800 actes
de ce souverain, mais ce maître regretté fut le premier à déclarer
1. Paris, Picard, 1885, in-4*.
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467
CB10NIQ0B ET MELANGES.
dans 8a préfâce qu’il n’avait nullement la conviction d’offrir aux his¬
toriens et aux diplomatistes le recueil complet des documents offi¬
ciels du long règne de Louis VII (I er août 1137-19 septembre 1180)
et qu’il comptait sur les découvertes que l’on pourrait faire dans les
fonds ecclésiastiques des dépôts d’archives de Paris et des départe¬
ments encore incomplètement inventoriés.
Au cours des travaux de classement que nous entreprenons aux
archives d’Eure-et-Loir, nous venons de rencontrer un acte de
Louis VII 1 qui n’est pas cité dans le catalogue de M. Luchaire et qui
semble inédit. Cet acte a pour objet la concession faite à Orléans, en
1178, par Louis VII, pour le salut de son âme et de celle de son fils
Philippe-Auguste, aux religieuses de Saint-Martin de Meung, de
l’usage du bois mort dans le bois de la Forêt avec le consentement du
gruier Renaud de la Chapelle qui se réserve le droit de percevoir une
obole sur chaque charretée de bois. Nous possédons cet acte sous la
forme d’une copie sur parchemin, du 13 avril 1339, dont voici la
teneur :
« Datum per copiam. — In nomine sancte et individue Trinitatis.
Amen. Ludovicus, Dei gratia Francorum rex. Noverint universi pré¬
sentes pariterque futuri nos, pro remedio anime nostre et Philippi
filii nostri, sanctimonialibus Sancti Martini de Magduno usuarium
mortui bosci in bosco qui dicitur Foresta in perpetuum concessise.
Hoc eciam concessit Rainaldus de Capella predicte foreste griarius in
hoc modum quod de singulis quadrigatis obolim unum percipiet. Et
ne super hac elemosina valeat in posterum dubitari, presentem cartu-
lam sigilli nostri auctoritate, regii nominis karactere subter annotato,
fecimus confirmari. Actum Aurelianis, anno ab incarnacione Domini
M° C° XX° VIII®, astantibus in palacio nostro quorum nomina sup-
posita sunt et signa. Signum comitis Theobaldi dapiferi nostri. Signum
Quidonis buticularii. Signum Reinaldi camerarii. Signum Radulphi
constabularii. Datum anno Domini M° CCC° XXXIX 0 , die martis post
Misericordia Domini ».
Seing manuel avec la signature :
« O. Barbicant.
« Pro copia et collacione. »
Le prieuré de Saint-Martin de Meung relevait de l’abbaye de Saint-
Avit, près de Ch&teaudun, ce qui explique la présence du diplôme de
Louis VII dans les archives de Saint-Avit.
Maurice Jusselin.
1. Archives d'Eare-et-Loir, H. 4642 (fonds de l’abbaye de Saint-Avit).
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468
CHRONIQUE ET MÉLANGES.
UN MANUSCRIT DE CHARLES V
ET UN DOUBLE FEUILLET D’IMAGES DE LA BIBLE
RETROUVÉS EN ANGLETERRE.
A la date du 26 avril 1910, M. Sydney C. Cockerell m’annonçait
avoir reconnu, dans la bibliothèque de Jésus College d’Oxford, un des
manuscrits enregistrés en ces termes dans le catalogue des livres
du roi Charles V, sous le n° 513 :
« Un très bel livre de Regimine principum, de la compilation
Giles rAugustin, très bien escript en latin, de lettre de forme et à deux
coulofnbes, enluminé tout au long des dites coulombes de fleurs de
lis d’or et d’asur. Comm. : nesta quam michi reputa. Fin : um qui¬
tus ex impetu. Et est signé Charles en la fin. Couvert d’une che¬
mise de soie vermeille à cygnes blancs, a ung fermoir d'argent doré
hachié, aux armes de France et une pipe d'argent doré. »
Le dernier feuillet du manuscrit de Jésus College commence bien
par les mots um quibus ex impetu et M. Cockerell a pu faire revivre
la signature de Charles V, dont la trace subsistait à la fin du volume.
Le rédacteur de l'inventaire s’était légèrement trompé dans l’indica¬
tion des premiers mots du second feuillet. Le second feuillet du
manuscrit commence non point par les mots nesta quam michi
reputo, mais par les mots : Hac igitur requisitione laudabili et
honesta quam michi reputo.
Après m’avoir annoncé cette heureuse nouvelle, M. Sydney C. Coc¬
kerell me faisait part d’une bonne fortune qui venait de lui arriver. Il
venait d’acquérir pour sa bibliothèque personnelle un feuillet malheu¬
reusement défraîchi d’un magnifique manuscrit du xm® siècle, dont un
fragment considérable (43 feuillets) est conservé dans la bibliothèque
de sir Thomas Phillipps, àCheltenham. On peut s’en faire une idée en
allant voir à la Bibliothèque nationale (fonds latin des Nouvelles acqui¬
sitions, n° 2294) le double feuillet du même manuscrit que nous devons
à la libéralité de feu Jules Maciet et que j’ai brièvement indiqué dans
l’Inventaire des Manuscrits latins et français ajoutés aux fonds des
Nouvelles acquisitions pendant les années 1875-1891 (t. I, p. 60-61).
Voici la reproduction de ce que j’écrivais à ce sujet en 1891 :
« Images de la Bible.
« Double feuillet ayant fait partie, selon toute apparence, d'une
Bible en images. La meilleure place de chaque page est occupée par
des peintures enfermées dans des cadres qui ont environ 265 milli¬
mètres de hauteur et dont la largeur varie entre 225 et 255 millimètres.
i
*
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469
CHftORIQUE ET MÉLANGES.
Les peintures et les légendes latines qui en expliquent le sujet doivent
être rapportées au xm* siècle. L’écriture semble indiquer une origine
méridionale. Sir Thomas Phillipps avait recueilli 43 feuillets du volume
auquel a appartenu notre fragment. En les étudiant à la bibliothèque
de Cheltenham, dont ils forment le n° 8025 [bis], M. Paul Durrieu a
constaté que ce magnifique manuscrit, dont il ne subsiste plus que
des débris, avait été offert au commencement du xvu e siècle par le
cardinal Bernard Maciejowski, évêque de Cracovie, à Shah-Abbas le
Grand, roi de Perse. Voyez la notice de M. Paul Durrieu dans la Diblio ♦
thèque de l’École des chartes, 1889, t. L, p. 386.
« Les scènes représentées sur les quatre pages que nous possédons
appartiennent à l’histoire d'Absalon. Je copie la légende qui est au bas
de la page 3 : « Qualiter cum Ahsalon duobus annis patris faciem
« non vidisset et bis misisset pro Joab ut eum ad patrem suum mit-
• teret, illo non veniente ad se, misit servos suos qui messem ejus
« incenderent. Quo damno motus, Joab venit ad Absalon, et ille eum
« mittit ad Regem. » Ces feuillets, dont la marge supérieure a été fort
rognée, sont hauts de 380 millimètres et larges de 300. — Ils avaient
été exposés en 1882, au palais de l'Industrie, par M. Jules Maciet, qui
a bien voulu les céder à la Bibliothèque nationale. Une traduction des
légendes persanes par M. Schefer, membre de l’Institut, est jointe à
ces précieux fragments. »
Le feuillet, si heureusement retrouvé par M. Cockerell, se rapporte,
comme le double feuillet de la Bibliothèque nationale, à l’histoire
d'Absalon.
Nous pouvons ajouter ici que, dans un article récemment inséré
dans la Iiibliolhèque de l’École des chartes (année 1910, p. 33),
M. Delachenal a décrit un manuscrit du Quadriparti de Ptolémée,
en français, qu'il a reconnu correspondre à l'exemplaire inscrit sous
le numéro 691 du catalogue des livres ayant appartenu à Charles V,
que j'ai publié en 1907.
L. Delisle.
UN MANUSCRIT DE SAINT-MARTIN DE TOURS.
A la liste des manuscrits disparus de la bibliothèque de Saint-Mar¬
tin de Tours, qui a été publiée par nos confrères M. Léopold Delisle 1 2
et M. A. Collon 9 , il faut ajouter un petit pontifical, qui était au mois de
mai 1906 entre les mains d’un libraire de Munich. Il a été élégamment
1. Notices et extraits des manuscrits, t. XXXI, 1” partie, p. 324.
2. Catalogue général des manuscrits, t. XXXV11, Tours, t. II, p. 1063.
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470
CHBONIQOB ET MÉLANGES.
copié vers le commencement du xiv* siècle, et la note suivante, en
caractères du xv e , se lit au verso du dernier feuillet :
Hoc Pontificale pertinet ad ecclesiam Beati Martini Turonen-
sis. — j. Gallbran.
Ce Jean Galleran est un dignitaire de l’église de Saint-Martin de
Tours, qui s'est fait connaître par une note inscrite en 1464 à la fin
d’un exemplaire de la Somme de Geoiïroi de Trani, ms. 571 de la
bibliothèque de Tours :
« Hec Summa Gaufredi data est michi Johanni Galleren, diocesis
Leonensis in Britannia, canonico Beate Marie de Medunta, a subsco-
lastico ecclesie beatissimi Martini Turonensis, ab eximiodoctore Mar-
tino Chabot, ejusdem ecclesie Sancti Martini canonico ac scolastico.
Teste signo meo manuali hic apposito anno Domini millesimo CCCC
LXIIII. — J. Galleren. »
UN MANUSCRIT
AUX ARMES DU CARDINAL ANGLIC GRIMOARD.
Au cours de recherches sur le cardinal Guido Bentivoglio (1579-
1644), le célèbre historien Délia guerra di Fiandra , mon attention
fut attirée sur le manuscrit 115 de la bibliothèque de Cambrai, signalé
par Auguste Molinier en 1891 ( Catalogue des mss. des départements ,
t. XVII, p. 30) comme lui ayant probablement appartenu. C’est un
ms. du xiv° siècle contenant des « prières à l’usage d’une congréga¬
tion ». Selon A. Molinier, le cardinal y aurait fait « ajouter » son bla¬
son. L’examen du manuscrit permet d’écarter dès l’abord cette hypo¬
thèse un peu aventureuse. Le blason que porte le manuscrit 115 de
Cambrai est parfaitement contemporain de l’ensemble du volume. Sans
s’arrêter à une certaine similitude avec celles des Bentivoglio, on ne
peut hésiter à y reconnaître les armes des Grimoard : de gueules , au
chef émanché de quatre pièces d’or. Elles sont ici sommées d’un
chapeau de cardinal de forme très bombée, auquel sont rattachées deux
cordelettes rouges terminées chacune par un gland unique. Le pape
Urbain V (Guillaume Grimoard) n’ayant jamais été cardinal, il ne
peut s’agir ici que de son frère Anglic Grimoard, nommé cardinal le
18 septembre 1366 et qui mourut évêque d’Albano en avril 1388, après
avoir été évêque d’Avignon. Son blason, identique à celui que porte le
manuscrit, se voit encore aujourd’hui sur la tour du château ruiné de
Barbentane dans le Comtat.
Claude Cochin.
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CHRONIQUE ET MÉLANGES.
471
LE NOUVEAU BULLETIN MENSUEL DU DEPARTEMENT
DES IMPRIMÉS DE LA BIBLIOTHÈQUE NATIONALE.
Le Département des Imprimés de la Bibliothèque nationale a publié,
de 1882 à 1908, un Bulletin mensuel des livres imprimés en France
et entrés à la Bibliothèque. Dans chacun des fascicules de ce Bulle¬
tin, les ouvrages sont classés suivant l’ordre alphabétique des noms
des auteurs, ou des titres pour les anonymes'. D’où, après vingt-sept
années, en tenant compte de quelques Bulletins qui portent sur deux
mois à la fois, environ deux cent soixante-dix listes alphabétiques.
En vue d'y faciliter les recherches, on a constitué à la Bibliothèque
même, à l’aide de découpures montées sur fiches, des répertoires par
noms d’auteurs et par mots typiques de matières qui sont à la dispo¬
sition du public dans la salle de travail.
Ces deux catalogues sont d’une utilité considérable pour les
recherches dans l’intérieur de la Bibliothèque, mais on ne saurait voir
en eux l'unique profit à tirer de la publication d’un recueil périodique.
C’est pourquoi l'on s’est résolu en 1909, tout en continuant comme
précédemment de faire des insertions annuelles dans les deux réper¬
toires précités, à présenter le Bulletin mensuel sous une forme plus
accessible aux lecteurs et à donner aux volumes constitués chaque
année par la réunion des douze fascicules une utilité bibliographique
permanente. Pour réaliser cette nouvelle mise en valeur des accrois¬
sements de nos collections, deux mesures ont été appliquées au Bul¬
letin des récentes publications françaises : 1° classement des notices
suivant un ordre méthodique qui rapproche les ouvrages traitant de
sujets analogues ; 2° numérotation continue de ces mêmes notices en
vue de joindre au Bulletin des tables annuelles, table par noms d’au¬
teurs, table par ordre de matières 1 2 3 .
Le volume afférent à l’année 1909 est le résultat de cette expérience ;
celui de 1910 a été commencé suivant la même méthode, avec l’espoir
qu’après les tâtonnements du début, une forme définitive a été trou¬
vée pour les améliorations préconisées.
1. A 1a suite des listes mensuelles d’ouvrages nouveaux 6ont des listes de
livres anciens acquis ou reçus en don par la bibliothèque, ainsi que le cata¬
logue des accroissements en livres, cartes et plans de la section de géographie.
Plusieurs de ces appendices sont consacrés à des collections spéciales; on en
trouvera l'énumération dan6 l 'Annuaire des bibliothèques et des archives
(1908), p. 196.
2. Pour ne pas rompre l'ordre des numéros lors de la réunion des fascicules
en volume, les listes de livres anciens (en deux séries : xv*-xvut* siècle et
xix* siècle) et les listes de cartes et plans ont été isolées en deux appendices,
pourvus chacun d’une pagination spéciale.
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CHRONIQUE ET MÉLANGES.
Le cadre de classement du Bulletin a été inspiré dans ses grandes
lignes par le cadre bibliographique suivant lequel les volumes sont
répartis dans les collections de la Bibliothèque. II n’en pouvait être
toutefois une simple copie, les différentes séries du Département des
Imprimés n’ayant pas toutes fait l’objet de classements intérieurs. Les
unes, par suite de la publication de catalogues méthodiques, com¬
portent de très nombreux chapitres et sous-chapitres*, que nous ne
pouvions songer à reproduire tous dans le Bulletin; les autres, au
contraire, par suite de l'interruption de ces mêmes catalogues métho¬
diques, comprennent, sans aucun groupement particulier, des matières
assez diverses pour lesquelles nous avons dû créer des rubriques spé¬
ciales.
Ce n’est pas à dire cependant que le classement nouveau ait influé
en quoi que ce soit sur le choix des cotes affectées aux volumes. Les
traditions ont à ce point de vue été rigoureusement respectées, afin de
laisser à ceux qui sont suffisamment familiarisés avec le cadre de
classement des collections la faculté de l’utiliser, afin aussi de ne
troubler en rien les habitudes d’un personnel formé par la pratique.
C’est ainsi que les ouvrages relatifs à l’histoire de France, tout en
continuant d'être insérés dans l’un des quinze chapitres et neuf cent
quatre sous-chapitres de la série L, affectée à l’Histoire de France,
n’ont, dans le Bulletin, été répartis qu’entre cinq sections : 1° Géné¬
ralités; 2° Histoire chronologique; 3° Histoire et archéologie locales;
4° Colonies ; 5° Biographies.
C’est ainsi encore que les ouvrages de médecine, tout en continuant
d’être cotés dans l'un des neuf chapitres et six cent quinze sous-cha¬
pitres de la série T, affectée aux Sciences, médicales, n’ont, dans le
Bulletin , été classés que sous six rubriques : 1° Généralités et his¬
toire de la médecine; 2° Ouvrages spéciaux; 3° Hygiène et alimen¬
tation; 4° Hydrologie et climatologie; 5° Pharmacie; 6° Médecine
vétérinaire.
C’est ainsi enfin que les ouvrages concernant les divers pays d'Asie,
d'Afrique et d’Amérique ont été comme précédemment catalogués
dans les soixante-neuf sous-sections affectées à ces pays, mais n’ont,
dans le Bulletin, été énumérés qu’en trois grands chapitres consacrés
à chacune de ces trois parties du monde.
Au contraire, les ouvrages relatifs à l’Histoire naturelle, par
exemple, ont continué d’être catalogués indistinctement dans la série S,
mais le Bulletin les a groupés sous les titres suivants : 1° Géolo-
1. Ces catalogues n'ont été établis que pour les séries L (Histoire de France),
N (Angleterre), O (Espagne et Portugal) O* (Asie), O s (Afrique), P (Amérique),
P* (Océanie), T (Médecine), Y (Poésie) ; dans les séries que désignent les antres
lettres de l’alphabet, il n'y a pas de subdivisions méthodiques.
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CHRONIQUE ET MRLiNGES. 473
gie et paléontologie ; 2° Botanique ; 3° Zoologie ; 4° Agriculture ; 5° Éle¬
vage; 6° Pèche et Chasse; des sous-titres ont en outre permis de rap¬
procher les uns des autres les ouvrages relatifs à la sylviculture et les
ouvrages relatifs à la viticulture.
De même, les livres qui traitent de sciences mathématiques, de
sciences appliquées, de finances, d’industrie, de commerce, de beaux-
arts, d’art militaire, de navigation, de costume, de jeux et de sports
ont comme précédemment été insérés dans la série V, qui englobe
toutes ces matières, mais ils ont été présentés dans le Bulletin sous
des rubriques correspondant à ces divers sujets ; des sous-titres ont
même permis de grouper, dans les sciences mathématiques, les
ouvrages d'astronomie; dans les sciences physique et chimique, les
ouvrages d’électricité ou de photographie; dans l'industrie des trans¬
ports, les ouvrages traitant de locomotion aérienne.
En résumé, si l’on a conservé pour la mise en ordre des volumes
à la Bibliothèque toutes les pratiques antérieures, l’on a, dans le
Bulletin , tenté d’obvier, par la simplification, à des sous-classements
excessifs pour un recueil mensuel, et de suppléer, par la création
de rubriques particulières, à des classements demeurés trop géné¬
raux.
Les tables sont au nombre de trois. De la première, où sont men¬
tionnés les noms des auteurs, des éditeurs et des traducteurs, et de la
troisième, où sont rappelés les titres des périodiques nouveaux, il n’y
a rien à dire; la seconde, qui est la table des matières, nécessite
quelques explications. Dans cette table, on a noté sous les mots les
plus spéciaux les sujets traités dans chaque ouvrage; on y a en outre
inséré quelques articles synthétiques correspondant aux divers sujets
qui ont le plus sollicité l’activité des écrivains. Questions d'intérét
général, comme les archives, l'armée, les bibliothèques, les beaux-
arts, les congrès, l'enfance, les expositions, la femme, l'histoire de
France, en particulier à l’époque de la Révolution, l’histoire de la
langue et de la littérature, etc. ; — questions d’intérêt nouveau, comme
l'assistance, la mutualité, la prévoyance sociale, la responsabilité
légale, la séparation des églises et de l’État qui sont, par suite de
lois récentes, devenues l'objet d’études nombreuses et variées; —
questions enfin qui présentent surtout un intérêt d'actualité, comme
la béatification de Jeanne d’Arc, la réforme électorale, le cinquante¬
naire des apparitions de Lourdes ou la neutralité scolaire, etc. Cette
méthode synthétique n’a pu, à vrai dire, être absolument généralisée
dans la table des matières; sous peine de donner à cette table une
extension qui en eût rendu la publication impossible, il a fallu pour
un certain nombre de rubriques du Bulletin se contenter de récapi¬
tuler simplement les numéros extrêmes correspondant à chacune
d’elles dans les douze fascicules; mais, grâce à cette récapitulation, il
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474 CHRONIQUE ET MÉLANGES.
sera encore aisé de retrouver rapidement tous les ouvrages traitant
des mêmes matières.
A ces modifications essentielles qu’a subies le Bulletin : classement
méthodique mensuel et tables annuelles, l’on a joint quelques amé¬
liorations accessoires. C’est tout d’abord une périodicité rigoureuse,
assurant chaque mois la mise en service des ouvrages entrés à la
Bibliothèque au cours du mois précédent. C'est ensuite un choix plus
large des ouvrages insérés au Bulletin et une diminution du nombre
des pièces dites éliminables, qui ne font l’objet que de cartes manus¬
crites inaccessibles au public.
Cette dernière mesure a été inspirée par deux motifs : le premier
est l’état d’avancement du Catalogue général, qui nous oblige à
fournir un supplément imprimé de ce catalogue ; le second est le souci
que nous avons de ne laisser en dehors du Bulletin aucune publica¬
tion susceptible d’intéresser les travailleurs et d’y faire entrer soit des
ouvrages jadis éliminés, mais qui empruntent aux circonstances une
signification jusqu’alors inconnue, soit des ouvrages jusqu’ici négligés,
mais dont le public souligne l’intérêt par des demandes de communi¬
cation de plus en plus fréquentes. C’est ainsi que nous avons été
amené, pour les auteurs dont les noms commencent par l’une des
premières lettres de l’alphabet, à admettre des éditions nouvelles sans
grande valeur originale qui eussent précédemment été omises; c’est
ainsi encore que nous avons ouvert le Bulletin, où ils ne trouvaient
qu’exceptionnellement place, aux mandements épiscopaux, dont l’in¬
térêt est singulièrement accru par la situation actuelle de l’Église ; aux
catalogues de ventes de bibliothèques et de collections artistiques qui
décrivent des livres et des objets particulièrement remarquables, ou
fournissent aux historiens de l’art une précieuse documentation illus¬
trée; à des écrits de circonstance, même de peu de portée apparente,
qui fourniront plus tard un reflet fidèle des préoccupations de notre
époque; aux recueils de lois, décrets, instructions et circulaires con¬
cernant l’armée et la marine, fréquemment réimprimés il est vrai,
mais dont chaque édition nouvelle comporte une mise à jour qui
annule les éditions antérieures, dont chaque édition nouvelle aussi
est fort difficile à rechercher dans un catalogue d’anonymes rigoureu¬
sement classé par le premier mot des titres. La musique aussi a vu
sensiblement s'élargir les règles qui présidaient aux choix pour inser¬
tion dans le Bulletin, le développement même de la production musi¬
cale nous y a incité. A côté des méthodes en tous genres, à côté des
œuvreB des maîtres contemporains et des grandes partitions, nous
avons dû faire une place nouvelle à des rééditions d’œuvres anciennes,
aux adaptations musicales faites sur les paroles de nos vieux auteurs,
voire de nos poètes du moyen âge 4 . Nous noterons enfin la mention
1. Les morceaux de musique susceptibles d'ètre mentionnés dans le Bulletin
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CHRONIQUE ET MELANGES.
dans le Bulletin , soit de livres entrés dans les autres départements
de la Bibliothèque, par don ou acquisition, soit de recueils de fac-
similés de manuscrits, d’albums de dessins ou de reproductions en
tous genres qui ont normalement enrichi les collections du Départe¬
ment des Manuscrits et du Département des Estampes. Ces indica¬
tions n’ont pu être fournies que gr&ce à l’obligeant et très régulier
concours qu'ont bien voulu nous prêter les conservateurs chefs de
ces services.
En dépit de l’accession plus large que nous avons ménagée à des
ouvrages précédemment éliminés, nous n’avons cependant pas pu ou
pas cru devoir comprendre dans le Bulletin la totalité des ouvrages
sortis des presses de nos imprimeurs et entrés à la Bibliothèque par
le dépôt légal. Des considérations financières et l’obligation de res¬
pecter les règles bibliographiques en usage nous ont empêché de repro¬
duire les titres des nombreuses thèses de doctorat en médecine publiées
chaque année. Ces thèses forment une série spéciale, caractérisée par
la lettre Th et classée par universités; elle est toujours restée en
dehors des catalogues généraux imprimés de la Bibliothèque, même
de celui des sciences médicales, et elle doit faire ultérieurement l’ob¬
jet d’un catalogue spécial. Toutefois, les thèses dont il nous est par¬
venu des exemplaires pourvus du titre de l’édition commerciale, ainsi
que les thèses de pharmacie, qui restent en dehors de la série Th, ont
pu sans inconvénient être comprises dans nos listes de livres nou¬
veaux. On ne trouvera pas non plus dans le Bulletin les suites de
revues hebdomadaires, mensuelles, ou même de recueils annuels, soit
parce que le premier volume en a été précédemment annoncé, soit
parce que la collection dont la tête remonte à bien des années en deçà
de la création du Bulletin sera signalée dans un inventaire spécial
actuellement en préparation 1 .
Pour des motifs divers, sur lesquels il serait superflu de s’étendre,
nous avons aussi continué d'éliminer les réimpressions de livres clas¬
siques et d’ouvrages de piété, les réimpressions pures et simples d’où-
étaient, jusqu’à ce jour, seuls catalogués au fur et à mesure de leur entrée à la
Bibliothèque. Afin de ne pas laisser grossir sans cesse un fonds ancien en cours
d’inventaire (série Vm) et pour nous permettre de cataloguer immédiatement
toutes les œuvres musicales nouvelles, qu’elles dussent ou non figurer au Bul¬
letin, il a été créé un nouveau fonds de la Musique (séries Fol. Vm et 4* Vm),
dans lequel ont été versées toutes les publications nouvelles. Cette opération
n’a pu être effectuée régulièrement que grâce au concours compétent que nous
a prête M. Tulou, sous-bibliothécaire.
1. Pour les sociétés savantes et l'analyse détaillée de leur publication, on
peut consulter la Bibliographie annuelle, que nous publions depuis 190t avec
M. de Lasteyrie, sous les auspices du Ministère de l’Instruction publique, et qui
fait suite à la Bibliographie générale de* travaux de* Société* savantes
aujourd’hui presque achevée.
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CHRONIQUE ET MELANGES.
vrages divers, dont les éditions antérieures ne remontent qu’à peu
d’années et ont été déjà mentionnées; les comptes-rendus de sociétés
financières, industrielles et commerciales, les scénarios de cinémato¬
graphes, les chansons, les prospectus, les catalogues commerciaux,
les affiches, les bulletins et almanachs paroissiaux. La plupart de ces
pièces sont réparties à la Bibliothèque dans des recueils factices clas¬
sés suivant un ordre approprié à la nature des documents qu’ils ren¬
ferment.
L'élimination raisonnée d'une partie, somme toute assez faible, des
apports hebdomadaires du dépôt légal est compensée par la place qui
est faite à des apports d'autre provenance et qui constituent pour les
collections de la Bibliothèque une très précieuse source d’accroisse¬
ments. Nous voulons parler des acquisitions, des dons des particuliers
et des éditeurs, dons spontanés ou officieusement sollicités, des envois
faits par les ministères, par les établissements publics, par les grandes
institutions scientifiques, du prélèvement que nous sommes admis à
opérer dans le rebut des postes et qui n’est pas sans nous ménager
des surprises, des envois surtout du service des échanges universi¬
taires, qui nous procure chaque année d’importantes thèses de docto¬
rat ès lettres, ès sciences ou en droit, dont le dépôt légal n’a pas été
effectué. Tous les livres qui arrivent à la Bibliothèque par ces voies
diverses font l’objet d’une vérification, et s'ils ne sont pas reconnus
doubles, les titres en sont mentionnés au Bulletin, marqués d'une
étoile pour en indiquer la provenance non officielle. Leur nombre, en
1909, a dépassé 1,500, dontenviron 300 thèses sur un total dell, 812 ou¬
vrages nouveaux dont nous avons imprimé les titres.
Plusieurs fonctionnaires de la Bibliothèque ont contribué à la pré¬
paration du Bulletin. Ce sont, pour le travail préliminaire de numé¬
rotation des volumes, MM. H. Lemaître et G. Tulou, sous-bibliothé¬
caires, P. Fontana et A. Martin, attachés au bureau du Catalogue;
pour la rédaction des fiches, MM. H. de Roux, C. Anchier, M. Gruny,
E. Dacier et A. Rastoul, bibliothécaires; pour la révision des fiches
sur les volumes et la table des matières, M. M. Gruny, dont le concours
nous a été particulièrement utile; pour la rédaction de la table des
auteurs, M. M. Roux, attaché au bureau du Catalogue; M. W. Vien-
not, bibliothécaire principal, chargé du service de la Réserve, a bien
voulu rédiger les notices des livres anciens.
A. Vidier.
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CHRONIQUE ET MÉLANGES.
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CONSEILS PRATIQUES
RELATIFS A LA PHOTOGRAPHIE DES MANUSCRITS.
Sous ce titre, M. Karl Rieder publie dans la Zentralblatt fur
Bibliothehswesen (livraison de mai 1910, p. 215-217) diverses obser¬
vations sur la photographie des manuscrits qu’il est intéressant de
faire connaître à ceux qui, de plus en plus nombreux, se préoccupent
de cette question.
Krumbacher, dans un livre excellent intitulé la Photographie au
service des sciences intellectuelles (Leipzig, 1906), a décrit l’appa¬
reil avec prisme à renversement, qui est le plus commode pour la
reproduction rapide des documents mais aussi le plus coûteux. L’em¬
ploi des rouleaux de pellicules qu'il préconise exige certains soins pour
éviter de bouger l’appareil ou de déchirer le rouleau, et ne permet pas
le développement d'une épreuve isolée. De plus, l’opposition des noirs
et des blancs n'est pas toujours suffisamment ménagée; cet inconvé¬
nient peut être néanmoins évité par l'usage d’un papier bien choisi et
par des précautions dans le développement.
M. Rieder oppose au système de M. Krumbacher les résultats de
son expérience personnelle : 1° Il conseille l'emploi de l’appareil à pied
ordinaire 13X18, avec bon objectif, qui est d’un prix bien inférieur. —
2° Au lieu du coûteux prisme à renversement, on peut se contenter d’un
miroir ordinaire, qui n'a pas besoin d’être maintenu devant l'appareil
à l’aide d’un support embarrassant : on pourra utiliser à cet effet un
petit miroir monté sur une boîte de carton qu’on dispose devant l’ob¬
jectif de la même manière que le prisme*. — 3° Au lieu du grand et
incommode châssis à rouleaux, il vaut mieux se servir de l’adapteur
Reicka (marque Wünscbe); c’est le plus facile à manier et le plus
léger. Les châssis Reicka 13 X 18 se chargent de papier et il est facile
de transporter cinquante châssis avec l’appareil. On aura de la sorte
l’avantage de pouvoir développer chaque feuille séparément. —
4° Comme papier à développer, il ne paraît pas avantageux d’employer
le « Bromarytpapier » de la « NPG.-Gesellschaft » de Berlin, ni le
papier au bromure d’argent de la marque Kodak. Les meilleurs papiers
sont le « Gaslichtpapier » et surtout le « Satrappapier » marque K.
Pour obtenir de bons résultats, il faut se servir d’un révélateur appro¬
prié : le meilleur est l’adurol très concentré. Le métol-hydroquinone
n’est pas aussi efficace. Le temps de pose varie du simple au triple
suivant qu’on fait usage de ce papier ou du « Bromarytpapier >, mais
1. Voy. E. Wiedemann, dans Zentralblatt für Biblinlhekswesen, t. XXIII
(1906), p. 247.
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CHK0N1QUE ET MELANGES.
le défaut de temps de pose peut être compensé par une plus grande
ouverture du diaphragme. Plus sensible que le < Satrappapier > est
le papier au bromure d’argent de Gustave Schàufïellen (Barybromid
Sorte III, brillant), qui produit aussi de bons résultats, avec une
durée de pose moins longue, et surpasse de beaucoup le papier au bro¬
mure d’argent de la Société NPG. La durée du temps de pose est
réduite d’un tiers environ avec l’emploi de ce papier.
L’emploi du miroir, au lieu du prisme, peut donner matière à discus¬
sion. Les conseils pour le choix d’un petit appareil et des marques
Wünsche, Satrap et SchâufTellen n’en sont pas moins à retenir, car
ils émanent d’un praticien fort bien renseigné.
Ph. Lauer.
TABLE DU « JOURNAL DES SAVANTS *.
Depuis la table développée et compliquée, publiée en 1860 par notre
confrère M. Hippolyte Cocheris, le Journal des savants n’offrait
aucun moyen de se retrouver rapidement dans la masse des articles
qui y ont été donnés sur les sujets les plus divers par tant d’écrivains
considérables. Au moment où le Journal a cessé d’être l’organe de
l’Institut tout entier pour passer sous la direction exclusive de l’Aca¬
démie des inscriptions, il a paru opportun de mettre aux mains des
travailleurs le répertoire qui leur manquait. C'est encore à un de nos
confrères, M. Jean Tissier, bibliothécaire-archiviste de Narbonne, que
le Comité de rédaction s’est adressé pour ce travail. La nouvelle
Table analytique des articles du « Journal des savants » (Paris,
Hachette, 1909, in-4°, 62 p.) n'a pas été conçue sur un plan aussi vaste
que le travail antérieur de Cocheris. On s’est contenté d’une simple
table alphabétique, réunissant dans une seule série les auteurs et les
matières. Les articles en grand texte sont répertoriés : 1° au nom de
l’auteur de l’article; 2° au nom de l’auteur de l’ouvrage recensé; 3° au
nom de l’éditeur pour les textes inédits; 4° au mot type du sujet
traité. Les articles en petit texte ne sont mentionnés qu'au nom de
l’auteur du livre recensé.
E.-G. L.
INDEX DU « MERCURE DE FRANCE »
(1672-1832).
f
Sous ce titre, M. Etienne Deville vient de faire paraître, en un élégant
volume petit in-4° de xl et 268 pages, un répertoire auquel auront à
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CHRONIQUE ET MELANGES.
recourir souvent et utilement les historiens et les archéologues. Cet
Index ne fait pas double emploi avec l’Indicateur du Mercure de
France publié en 1869 par Joannis Guigard; ce n’est pas non plus un
répertoire de tous les noms cités dans le Mercure. M. Étienne Deville
a très sagement limité son cadre en n’admettant dans cet Index que
les références offrant un caractère documentaire sur les beaux-arts en
général, l’archéologie monumentale, l’antiquité, les académies, les
artistes, les collections et collectionneurs, l’iconographie religieuse et
profane, les fêtes et solennités, les arts mineurs : céramique, vitraux,
imprimerie et art du livre, modes et costumes, etc. C’est le premier
volume, — qui fait bien augurer des suivants, — d’une série de
« Publications pour faciliter les études d’art en France », entreprises
sous le patronage d’un généreux Mécène, M. Jacques Doucet, dont on
connaît la riche bibliothèque d’art et d’archéologie, 19, rue Spontini.
En même temps que cet Index du Mercure de France, et dans la
même collection, a paru le l" r fascicule d’un Répertoire d'art et
d’archéologie qui donnera périodiquement, tous les trois mois, le
dépouillement complet des revues spéciales d'art et d’archéologie édi¬
tées en France et à l’étranger. Il est inutile d’insister sur l’utilité de
ce Répertoire, parmi les rédacteurs duquel nous relevons les noms
de plusieurs de nos confrères, MM. Marcel Aubert, Amédée Boinet,
Pierre Colmant, Émile Dacier et Fernand Mazerolle.
EPHEMERIS CAMPANOGRAPHICA.
Sous ce titre, notre confrère M. Joseph Berthelé vient de créer un
recueil trimestriel (Montpellier, Louis Valat, in-8°, 10 fr. par an) dans
lequel il se propose, nous dit-il, « de continuer, par fascicules pério¬
diques, les publications de notes, études, inscriptions et documents
campanaires que nous avons commencées, il y a vingt ans et même
plus, dans nos Recherches pour servir à l’histoire des arts en Poi¬
tou, que nous avons poursuivies depuis, selon les circonstances, dans
le Carnet de voyage d’un antiquaire poitevin, les Enquêtes cam¬
panaires, les Mélanges, l’Exploration campanaire du Périgord ,
les Opuscules campanaires, que nous poursuivons d'autre part, à
l’heure actuelle, dans les Archives campanaires de Picardie etdans
les Anciens textes campanaires du département de l’Hérault.
Notre programme reste toujours le même et, comme précédemment,
nous mènerons de front la campanographie ancienne et la campano-
graphie moderne ».
L ’Ephemeris campanographica sera à la fois un recueil d’inscrip¬
tions et de documents relatifs à l’histoire industrielle et commerciale
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480
CHRONIQUE ET MELANGES.
des cloches. Une chronique signalera les publications campanogra-
phiques parues ou à paraître. Les deux premiers fascicules du recueil
portent les dates de mars et de juin 1910; nous y signalerons plus par¬
ticulièrement les articles suivants : fasc. 1, la Cloche gothique de
Marines et la technique campanaire romane; le Dindin de Solre-
le-Chàteau; fasc. 2, la Cloche gothique de Chanteloup; la Cloche
de Tourrettes-lès-Vence et la paléographie campanaire gothique;
Une sonnaille en fer , au XII e siècle, dans une chapelle rurale
espagnole.
E.-G. L.
ATLAS PITTORESQUE DE LA FRANCE.
Sous les auspices de la Société de géographie, M. Onésime Reclus,
avec l’aide de nombreux collaborateurs régionaux, dirige la publica¬
tion, à la librairie Attinger frères, d’un Atlas pittoresque de la
France , où les archéologues trouveront un très grand nombre de
reproductions des monuments les plus célèbres de nos antiques pro¬
vinces. Dix fascicules de cet Atlas ont déjà paru, qui contiennent les
départements de l’Ain, Aisne, Allier, Alpes (Hautes et Basses), Alpes-
Maritimes, Ardèche, Ardennes, Ariège, Aube, Aveyron, Belfort
(Territoire de), Bouches-du-Rhône, Calvados, Cantal, Charente,
Charente-Inférieure, Cher, Corrèze, Corse et Côte-d’Or.
Bon k tirer, 16 septembre 1910.
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MATÉRIAUX POUR L’ÉDITION
DE
GUILLAUME DE JUMIÈGES
PRÉPARÉE PAR JULES LAI R
MKvnne dr l’institut
PRÉFACE DE LEOPOLD DEIJSLE 1
V R VI B fl R DR L’INSTITUT
L’étude des sources de l’ancienne histoire de Normandie fut
le premier sujet sur lequel se porta l'attention de Jules Lair
aussitôt après son entrée à l’Ecole des chartes. La thèse qu’il
soutint en 1858 pour obtenir le diplôme d’archiviste paléographe
était intitulée : « Etude critique sur la vie et l’ouvrage de Dudon
I. Madame Jules Lair, |>our honorer la mémoire de son mari et commémorer le
souvenir des excellentes et trop courtes relations qu'il avait eues avec l'Aca¬
démie des inscriptions, décida de faire exécuter la reproduction des deux
manuscrits qui sont la base de l'édition de Guillaume de Jumièges, édition
dont Jules Lair s'était beaucoup occupé dans sa jeunesse. On ne |>ourra plus
préparer une édition de cet auteur sans avoir sous les yeux la double repro¬
duction que nous devons à la générosité de Madame Lair et qui est intitu¬
lée : Matériaux pour l'édition de Guillaume de Jumièges préparée par Jules
Lair. [Paris,] 1910. In-fol., 44 p. et 120 planches en photolypie. Malheu¬
reusement, ce beau livre sera toujours très rare. U n'en a été tiré que cent
dix exemplaires, dont cinquante destinés aux membres de l'Académie des
inscriptions. Aussi nos confrères et lecteurs seront-ils reconnaissants & Madame
Jules Lair d'avoir bien voulu autoriser la reproduction dans la Bibliothèque de
l'École des chartes de la savante préface dont notre très regretté maitre Léo¬
pold Delisle a fait précéder ce recueil. Cette élude sur les manuscrits d'Or-
deric Vital et de Robert de Torigni aura été le dernier travail qu'il lui ait
été donné de voir paraître et il achevait, l avant-veille de sa mort, la prépa¬
ration de cette réimpression, & la tin de laquelle il a pris soin d'ajouter un
1910 31
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MATERIAUX POCR l^oition
de Saint-Quentin : De Moribus et actis primorum Norman-
niæ ducum libri très 1 . »
Le succès de l’ouvrage, que la Société des Antiquaires de
Normandie s’empressa d’adopter 2 , et qu’elle publia dans ses
Mémoires 3 , décida l’auteur à s’engager résolument dans la
voie où il avait fait un brillant début. Une édition de Guillaume
de Jumièges était réclamée depuis longtemps en Angleterre,
avec autant d’impatience qu’en Normandie. Mais le nombre des
manuscrits qui nous en ont transmis le texte et l’enchevêtre¬
ment des copies qui en furent faites au xn* siècle dans les
abbayes anglo-normandes exigeaient une longue et difficile pré¬
paration. Les manuscrits qu'il fallait examiner minutieusement
pour établir l’édition sur une base solide étaient dispersés en
France et à l’étranger, et, plus d’une fois, pour se dédommager
de l’insuccès d’une fouille, Lair se laissa séduire en entrevoyant
l’apparence d’une intéressante trouvaille à faire dans un des
manuscrits qui lui passaient par les mains. C’est ainsi qu’il fut
amené à découvrir plusieurs pièces très importantes du xn a siècle,
non encore signalées, et à leur assigner le rang que, grâce à lui,
elles occupent aujourd’hui dans l’historiographie française.
Telle une page de Suger, qui est venue s’ajouter à l’œuvre his¬
torique jusqu’alors connue du ministre de Louis VI et de
Louis VII 4 . Tel aussi un recueil de notes, dont doivent tenir
grand compte les critiques qui s’intéressent à l’élaboration pre¬
mière de nos chroniques nationales dans l’abbaye de Saint-
Denis 5 . Nous ne devons pas regretter ces digressions, quoi¬
qu’elles aient dû retarder l’édition de Guillaume de Jumièges.
tableau de concordance, qui permet de se reporter d’un passage de l'édition
d’André Duchesne au texte correspondant de la reproduction du manuscrit
d'Orderic Vital et de celui de Robert de Torigni.
1. École impériale des chartes. Thèses soutenues par les élèves de la pro¬
motion 1851-1858, pour obtenir le diplôme ([archiviste paléographe (Paris,
1858), p. 29-33.
2. La Société le couronna dans la séance du 25 novembre 1858.
3. 3* série, 3* volume, XXXIII* volume de la collection, 2* partie, livraison
unique. Paris, septembre 1865, in-4*, 317 p.
4. Fragment inédit de la Vie de Louis Vil , préparée par Suger, dans la
Bibliothèque de [École des chartes, t. XXXIV, 1879, p. 583-596.
5. Mémoire sur deux chroniques latines composées au XII* siècle à l'ab¬
baye de Saint-Denis, dans la Bibliothèque de f École des chartes, t. XXXV,
1880, p. 543-580.
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DE GOILLADMB DE JDM1ÈGES.
483
On n’en saurait dire autant de la catastrophe de l'incendie
des Magasins généraux (mai 1871), qui, en détruisant le cabi-
binet de J. Lair, a fait disparaître le fruit de travaux déjà avan¬
cés, et même un ancien manuscrit, dont la perte a été irré¬
parable 1 .
Après ce malheur, l’activité de notre ami redoubla, et, pen¬
dant les trente-cinq dernières années de sa vie, le travail du
savant ne fut pas moins fécond que celui de l’homme d’aflaires.
Malgré les travaux de toute espèce qui, encore plus que par le
passé, absorbaient ses journées tout entières, il se réservait
pour l’étude les soirées, souvent prolongées jusqu’à une heure
avancée de la nuit. Mais l’histoire du moyen âge n’était plus
seule à fixer son attention. Elle eut à compter avec une rivale
très attrayante et non moins exigeante : l’histoire moderne.
Après les années consacrées à M lle de La Vallière et au surin¬
tendant Foucquet, il résolut de mettre les dernières années de
sa vie au service du cardinal de Richelieu, dont la Société de
l’Histoire de France l’avait chargé de diriger et de contrôler
l’édition des Mémoires.
A côté de ces grands personnages, un simple moine de l’ab¬
baye de Jumièges, contemporain de Guillaume le Conquérant,
faisait assez triste figure. M. Jules Lair ne l’avait cependant pas
oublié, et la Société de l’Histoire de Normandie nourrissait tou¬
jours l’espoir de mettre prochainement sous presse l’édition
qu’elle s’applaudissait d’avoir à publier. Une mort imprévue a
fait évanouir son espérance et celle de toutes les compagnies
savantes aux travaux desquelles notre ami avait donné un con¬
cours si efficace et si dévoué.
Madame Jules Lair, qui partageait tous les goûts de son mari
et dont le principal souci est de contribuer à l’achèvement de
travaux si lamentablement interrompus, a pensé qu’elle pourrait
contribuer à acquitter une dette envers les vieux historiens nor¬
mands, dont les noms avaient souvent retenti à ses oreilles et
qui semblaient devoir rester associés au nom qu’elle porte si
dignement. Elle a bien voulu me charger de préparer une publi¬
cation qui doit rendre inséparables le nom de Jules Lair et celui
1. Manuscrit de l'&bbaje de Saint-Érronl, n* 20 de 1a bibliothèque d’Alençon,
qui contenait les livres V, VI et VII de l’ouvrage de Guillaume de Jumièges.
Voir la préface de l'édition d’Orderic Vital, t. I, p. u, lxxi et lxxiv.
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484
MATERIAUX POUR L'ÉDITION
de Guillaume de Jumièges. Grâce à elle, la phototypie rendra
impérissables les deux manuscrits qui nous ont transmis, sous
la forme d’exemplaires originaux, les prototypes des deux prin¬
cipales familles de l’œuvre de Guillaume de Jumièges.
Ces deux manuscrits ont d’ailleurs un singulier mérite, que
Jules Lair a hautement apprécié : ils sont l’un et l’autre l’œuvre
des deux plus grands historiens du xu* siècle que la Norman¬
die peut revendiquer.
L’un, jadis conservé dans l’abbaye du Bec, aujourd’hui dans
la bibliothèque de l’Université de Leyde, contient l’exemplaire
original de l’ouvrage de Guillaume de Jumièges, tel que le texte
en fut définitivement arrangé et complété par le célèbre abbé du
Mont-Saint-Michel, Robert de Torigni.
L’autre, aujourd’hui possédé par la bibliothèque de Rouen,
vient de l’abbaye de Saint-Ouen, qui le tenait de l’abbaye de
Saint-Evroul, où il avait été écrit par la main même d’Orderic
Vital, un des historiens les plus remarquables du xii® siècle, que
Jules Lair tenait en grand honneur. Notre ami avait eu la
bonne fortune de rencontrer un grand portrait que les reli¬
gieux de la congrégation de Saint-Maur avaient fait exécuter
pour l’abbaye de Saint-Evroul en l’honneur d’un écrivain qui
fut une des gloires de l’ordre de saint Benoît. Il est aujourd’hui
le principal ornement de la bibliothèque normande de Madame
Jules Lair, qui a voulu que la présente publication fût à la fois
un monument consacré à la mémoire d’Orderic Vital, en même
temps qu’à celle de Guillaume de Jumièges. Pour mieux répondre
à ses intentions, nous avons fait entrer dans cette collection de
reproductions phototypiques quelques pages de manuscrits qui,
comme le Guillaume de Jumièges de Saint-Ouen de Rouen, sont
de la main d’Orderic Vital.
Madame Lair a dédié la phototypie des deux principaux
manuscrits de Guillaume de Jumièges à l’Académie des inscrip¬
tions et belles-lettres, en souvenir de l’affectueux accueil que
son mari trouva dans cette Compagnie depuis le jour de son
élection (24 mai 1901) jusqu’à sa mort.
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DE GUILLAUME DE JUMIÈGES.
485
I.
Notes sur les manuscrits autographes
d’Orderic Vital.
Orderic Vital, né en Angleterre le 16 février 1075, moine de
Saint-Évroul en Normandie depuis 1085, n’est pas seulement un
des chroniqueurs les plus originaux et les plus véridiques du
xiT siècle ; nous avons, de plus, le droit d’inscrire son nom sur
la liste des plus habiles, des plus exacts et des plus actifs
copistes du moyen âge. Quoiqu’il n’ait signé aucun des manus¬
crits qu’il a exécutés ou révisés, en tout ou en partie, on a pu
reconnaître sa main dans les débris de la bibliothèque de Saint-
Evroul, dispersés les uns à Paris, sur les rayons de la Biblio¬
thèque nationale, les autres en Normandie, dans les bibliothèques
d’Alençon et de Rouen. On peut ainsi lui faire honneur de
tout ou d’une partie d’au moins dix manuscrits, que nous allons
passer en revue.
Les détails qu’Orderic a consignés dans son Histoire ecclé¬
siastique prouvent quelle importance il attachait à l’art des
copistes. Il a longuement parlé de l’école que le premier abbé
de Saint-Évroul, Thierri de Mathonville, avait fondée dans son
abbaye. Pour encourager les jeunes copistes, nous dit Orderic
Vital, Thierri aimait à leur raconter l’histoire du moine qui fut
sauvé, dit-on, pour avoir copié un gros volume. Au tribunal du
souverain juge, on avait compté, d’une part, le nombre des
fautes commises par le religieux, de l’autre, le nombre des
lettres qu’il avait tracées. Le dernier nombre l’emporta d’une
seule unité, qui fit pencher la balance du côté delà miséricorde 1 .
Au même endroit, nous trouvons l’énumération des élèves de
Thierri de Mathonville, qui était lui-même un remarquable écri¬
vain, comme Orderic Vital nous l’apprend, dans le paragraphe
où il parle des travaux du maître et des disciples qui avaient
formé le premier fonds de la bibliothèque de Saint-Évroul :
Ipse Teodericus scriptor erat egregius, et inclyta insitæ sibi artis
monimenta reliquit Uticanis juvenibus. Collectaneum enim, et Gra-
1. Orderic Vital, édit. Le Prévost, t. II, p. 49.
«
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486
MATTEI AUX POÜB L'ÉDITION
dale ac Antiphonarium propria manu in ipso cœnobio conscripsit...
Ex ejus etiam schola excellentes librarii, id est Berengarius, qui
postmodum ad episcopatum Venusiæ provectus est, Goscelinus et
Rodulfus, Bernardus, Turchetillus et Ricardus aliique plures pro-
cesserunt, qui tractatibus Hieronymi et Augustini, Ambrosii et Isi-
dori, Eusebii et Orosii aliorumque doctorum bibliothecam Sancti
Ebrulfl repleverunt, et exemplis suis ad simile studium secuturam
juventutem salubriter exhortati sunt*.
Plus loin, à l’occasion de la promotion de Bérenger aux
dignités d’abbé et d’évêque de Vénose, Orderic ne manque pas
de rappeler que cet aqcien moine de Saint-Évroul était un écri¬
vain distingué (scriptor prœcipuus) 1 2 et qu’il excellait à lire,
à chanter et à écrire (peritia legendi, et canendi optimeque
sciHbendi fl&ruit ) 3 .
Orderic Vital était lui-même un excellent calligraphe, et à ce
titre son nom aurait pu passer à la postérité, lors même qu’il
n’aurait pas mérité d’être cité comme un des plus recomman¬
dables historiens du moyen âge. Nous possédons, en effet, à la
Bibliothèque nationale et dans les bibliothèques d’Alençon et de
Rouen une dizaine de manuscrits qui attestent son talent
d’écrivain.
En voici la liste :
I. Mss. latins 5506, t. I et t. II, et 10913 de la Bibl. nat. —
Histoire ecclésiastique d’Orderic Vital. — (Planches 1 et
2 de l’Appendice.)
II. Ms. de Rouen, n° 1174. — Guillaume de Jumièges. —
(Reproduit ci-dessous.)
III. Ms. latin 10062 de la Bibl. nat. — Annales de Saint-Évroul
et Catalogue de la bibliothèque de cette abbaye. —
(Planche 4.) .
IV. Ms. latin 6503 de la Bibl. nat. Fragments divers. —
Légende des danseurs saxons. — (Planche 3.)
V. Ms. d’Alençon, n° 1. — Les Prophètes. — (Planche 5.)
VI. Ms. d’Alençon, n # 6. — Vie de saint Laumer, etc. —
(Planche 6.)
1. Orderic Vital, édit. Le Prévost, t. II, p. 47 et 48.
2. Ibid., p. 85.
3. Ibid., p. 90.
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DE GUILLAUME DE JUMIEGES.
487
VII. Ms. d’Alençon, n° 14. — Vie de saint Ethelwold, etc. —
(Planche 6 bis.)
VIII. Ms. d'Alençon, n° 26. — Daniel et ouvrages des Pères. —
(Planche 7.)
IX. Ms. de Rouen, n° 1343. — Bède, Sulpice-Sévère, etc. —
(Planche 8.)
Nous devons dire quelques mots de chacun de ces manuscrits.
Manuscrits latins 5506, t. I et t. II 1 , et 10913 de la Biblio¬
thèque nationale. — Histoire ecclésiastique d’Orderic
Vital.
C’est le prototype de tous les manuscrits de Y Histoire ecclé¬
siastique d’Orderic, celui dont tous les autres sont dérivés. Il
consiste en trois volumes. Dans le premier ont été copiés les
livres I et II. Dans le deuxième se trouvent les livres III-VI. Le
troisième contient les livres IX-XIII, en tète desquels ont été
reliés les quatre premiers feuillets du livre VII. Le livre VIII a
disparu tout entier. Il y a une lacune dans le livre XIII, depuis les
mots : tentoria cum vestibus..., jusqu’aux mots : qui intus mé¬
dia interibant (édition, t. V, p. 116,1. 7, jusqu’à la p. 122,1.10).
Ces trois volumes doivent être placés en première ligne sur
la liste des livres écrits de la main de l’auteur. Ils sont restés
pendant tout le moyen âge dans l’abbaye même où Orderic avait
composé cet ouvrage. Les deux premiers tomes passèrent au
xvn e siècle dans la bibliothèque d’un bibliophile rouennais,
Mareste d’Alge, puis dans celle de Colbert, et arrivèrent en 1732
dans celle du Roi. Le troisième ne sortit de l’abbaye de Saint-
Evroul qu’au moment de la Révolution pour entrer dans la
bibliothèque d’Alençon, qui s’en dessaisit en 1847 par voie
d’échange, pour rejoindre à la Bibliothèque nationale les deux
premiers. Ces trois volumes constituent un exemplaire original
et présentent bien tous les caractères d’une œuvre autographe.
On y remarque sur les marges et dans les interlignes nombre
d’articles additionnels ou de corrections. A plusieurs endroits,
1. Voir à l’Appendice planches 1 et 2.
488
matériaux pour l'édition
des grattages du parchemin ont été assez soigneusement exécu¬
tés pour permettre de substituer une rédaction nouvelle à la
rédaction primitive. Toutes ces modifications ont été insérées
dans les trois volumes de l’ouvrage par la main qui a copié le
texte même de ces volumes. Le caractère des additions est
absolument le même que celui du manuscrit à l’état primitif :
c’est une assez grosse minuscule, à la fois élégante et ferme,
très facile à reconnaître quand on en a analysé les traits et
qu’on s’est rendu compte de la façon dont l’écrivain a tracé la
lettre g , l’abréviation de la syllabe mm à la fin des mots et la
liaison Pour peu qu’on ait étudié les trois volumes de YHis-
toria ecclesiastica , la physionomie de l’écriture d’Orderic
Vital restera gravée dans la mémoire, ce qui permettra de dis¬
tinguer les textes qui sont sortis de la plume de l’auteur. Telle
est l’opinion qui avait été timidement exprimée en 1855 dans la
notice sur Orderic Vital, en tête de l’édition de la Société de
l’Histoire de France 1 2 , et Pertz, sous les yeux duquel avaient
passé la plupart des manuscrits historiques du moyen âge, qui
avait examiné les trois volumes de YHistoria ecclesiastica de
Saint-Évroul et qui en avait lui-même calqué une dizaine de
lignes en 1863, n’a pas hésité à l’appeler : Codex autographus,
olim Sancti Ebmlfi Uticensis' 1 .
Je dois citer quelques exemples de ces corrections ou additions :
T. I, fol. 121 (édition, t. I, p. 345) : ut ait Apostolus.
T. I, fol. 136-138 : les noms des pères d’un certain nombre de
papes, lesquels n’ont pas été reproduits dans l'édition (t. I, p. 387-392).
T. II, fol. 6 v® (édit., t. II, p. 22) : Hildiardi vero sorori ejus,
très filii et undecim filie.
T. II, fol. 120 (édit., t. II, p. 42) : deux notes relatives à l’abbé
Thierri : 1. Hic fuit natione normannus cultui mancipatus.
— 2. Quod multocies paulo post confitebatur.
T. II, fol. 25 v° (édit., t. II, fol. 80) : les deux paragraphes se rap¬
portant aux années 1059 et 1063, commençant parles mots Eodem
a nno Fredericus. .., et Anno a b incamatione DominiM LXIII ...
T. II, fol. 35 v° (édit., t. II, p. 106) : Utpote qui penitus doli
nescius erat.
1. P. xcv.
2. Mon. Germ. kist.. Script., t. XX, p. 51. — Le fac-similé qui est sur la
planche 1 du volume est signé « G. H. Pertz scripsit a. 1863 ».
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DE GUILLAUME DE JUMlÈGES.
489
T. II, fol. 39 v 4 : en marge et à la place de trois lignes soigneu¬
sement effacées, on a écrit le passage relatif à la mort d'Édouard le
Confesseur et à la dédicace de l’église de Westminster, qui se lisent
dans l’édition, t. II, p. 118. — Plus de la moitié du fol. 40 a été
aussi soigneusement grattée, et le texte primitif a été remplacé par
le long paragraphe : Eduinus vero et Morcarus comités..., qui
occupe dans le tome II de l’édition le bas de la page 119 et toute la
page 120.
T. II, fol. 150 (édit., t. II, p. 453) : Deinde fratres eorum
Engenoldus et H e rue us hec eadem concesserunt.
Je n’insisterai pas sur quelques mots qu’on avait oubliés de copier
et qui, omis dans le texte primitif, ont été rétablis sur la marge,
comme cameram (t. I, fol. 109 v 4 ); fallaciç (t. I, fol. 117 v°);
baptisati sunt (t. I, fol. 127 v°); ubi tune diu moratus fuerat
Uticum (t. II, fol. 19); consilio (t. II, fol. 23).
Ces observations prouvent qu’Orderic tenait à laisser un texte
correct de sa grande Histoire. Elles font voir aussi que les meilleurs
copistes ont des moments de défaillance. L’un des errata dont le
moine de Saint-Evroul s’est reconnu coupable porte sur une phrase
qui lui fait grand honneur. Il terminait ainsi le récit d’une cam¬
pagne dans laquelle Guillaume le Conquérant avait ordonné de
dévaster toute une contrée pour affamer complètement la popula¬
tion. « Non, disait-il, je n’ai pas le courage de louer un acte aussi
cruel : Nam, dum innocuos infantes juvenesque vemantes, et
floridos canitie senes famé periclitari video, misericordia motus,
miserabilis populi moeroribus et anxietatibus magis condoleo quam
tantæ cedis reo frivolis adulationibus favere inutiliter stu-
deo. »
En mettant son ouvrage au net, Orderic oubliait de copier la ligne
tantæ cedis reo frivolis adulationibus favere inutiliter stu-
deo. L’omission fut réparée sous forme de note marginale'.
Dans le tome III, je ne relèverai qu’une addition, dans la marge
d’un feuillet. C’est un trait ajouté après coup au dramatique récit
du naufrage de la Blanche-Nef et de l’acte de désespoir du nauto-
nier, qui ne voulut pas survivre au fils du roi* : In aquis penduli
Deum invocabant et mutua sese cohortatione animabant, et
finem sibi a Deo dispositum tremuli expectabant.
1. Ms., fol. 64 édit., t. II, p. 1%.
2. Ms. latin 10913, p. 376.
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490
MATÉRIAUX POUR L'ÉDITION
II.
Manuscrit de la bibliothèque de Rouen , n° 1174. — Histoire
des ducs de Normandie , par Guillaume de Jumièges*.
Après avoir examiné les trois volumes de Y Histoire ecclé¬
siastique d’Orderic Vital, le plus considérable et le plus authen¬
tique exemple qui nous soit parvenu de l’écriture de cet histo¬
rien, il convient d’en rapprocher la copie de l’ouvrage de
Guillaume de Jumièges, revisée par le même Orderic Vital et
contenue dans le manuscrit 1174 de Rouen, volume de 139 feuil¬
lets, in-folio, de 305 millimètres sur 215. Il a été constitué au
xii® siècle avec les débris de trois manuscrits distincts, qu’il faut
étudier séparément avec le soin qu’ils méritent.
Premier morceau. — Reste d’un manuscrit qui consistait
en seize cahiers, portant à la fin de chaque cahier les signa¬
tures I-XVI; il manque aujourd’hui le cahier I, les cinq pre¬
miers feuillets du cahier II et le cahier VI. Ce qui subsiste de
cette première partie forme les feuillets 1-100 du manus¬
crit 1174.
C’est une copie du commentaire d’Angelome sur les livres des
Rois, à partir des mots : « Et tu, fili hominis, sume tibi gladium
acutum... » ( Patrologie latine de Migne, vol. 115, col. 282 a).
Deuxième morceau. — Il consiste seulement en quinze
feuillets dépourvus de signatures. Il y faut distinguer trois
textes :
1° (fol. 101-105 v°). Fragment d’un traité sur le mariage,
incomplet au commencement et à la fin. Premières lignes con¬
servées : « Similiter autem et vir sui corporis potestatem non
habet, sed mulier. Nolite fraudare invicem, nisi forte ex con-
sensu ad tempus, ut vacetis orationi, et iterum revertimini in
id ipsum. Et paucis interposais : Precipio, inquit, non ego, sed
Dominus, uxorem a viro non discedere; quod si discesserit,
manere innuptam, aut viro suo reconciliari. Prudenter, dico,
intellexit ac providenter doctor gentium ea conscripsit... »
1. Ce manuscrit a été le sujet d’nne lettre que j’adressai le 1" juillet 1873 à
mon ami Jules Lair et qui a paru dans la Bibliothèque de l’École des chartes,
t. XXXIV, p. 267-282.
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DE GUILLAUME DE JUMllGES.
491
2° (fol. 106-115 v°). Dialogue entre un juif et un chrétien par
Gilbert Crespin; le commencement manque. Premiers mots
conservés : « Dicit, quare circa illud cætera quæ dicta sunt
permittit, solum arare excipit. Equus in lege animal immundum
esse perhibetur... » (dans la Patrologie latine de Migne,
vol. 159, col. 1018 d).
3° (fol. 115 v°). Fragment d’un traité mystique sur les ailes
des chérubins, dont voici les premiers mots : « Sex ale uni et
sex ale alteri. Primi ala est confessio non laudis, unde confiteri
d. q. b. q. i. s. m. ejus s. criminis... »
Troisième morceau . — Ce morceau consiste en vingt-quatre
feuillets, cotés 116-139. Les feuillets 123 et 139 sont incom¬
plets; il manque aussi ce qui pouvait faire suite au fol. 139.
Il contient Y Histoire des ducs de Normandie , par Guillaume
de Juraièges, commençant par ces mots : « Incipit epistola
Willemi (sic) cenobitæ ad Willemum, ortodoxum Anglorum
regem, in Normannorum ducum Gestis. Pio, victorioso atque
ortodoxo, summi Regis nutu, Anglorum régi Willemo, Gera-
meticensis cœnobita, omnium cœnobitarum indignissimus Wil-
lemus, ad conterendos hostes... » Le texte s’arrête au commen¬
cement du chapitre xxii du livre VII : « In diebus illis maxima
pacis tranquillitas fovebat habitantes in Normannia, et servi
Dei a cunctis habebantur in summa reverentia; unusquisque
optimatum certabat in prædio suo... 1 . » Par suite de la muti¬
lation des feuillets 123 et 139, il y a des lacunes à la fin du
livre III, au début du livre IV et au cours du livre VII.
Dans l’initiale de l’épître dédicatoire, l’auteur est représenté
offrant son livre à Guillaume le Conquérant.
Cette copie de Guillaume de Jumièges se fait remarquer par
des particularités difficiles à analyser dans une simple descrip¬
tion, mais que la présente reproduction phototypique met
aujourd’hui en pleine lumière 2 . On avait déjà pu s’en faire une
idée, mais bien imparfaite, en jetant les yeux sur les fac-simi¬
lés lithographiques insérés‘en 1873 dans la Bibliothèque de
l'Ecole des chartes , t. XXXIV, en regard des pages 270 et
1. Dans l’édition d'André Du Chesne, p. 278.
2. On peut voir un spécimen de l’écriture d’Orderic Vital dans Y Album
paléographique de la Société de l'École des chartes (1887), pl. 31.
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492
MATERIAUX POUR L'ÉDITION
suivantes. L’écriture est aussi élégante, régulière et uniiorme
que celle de calligraphes de métier; mais elle a toujours un
caractère particulier et, pour ainsi dire, individuel, qui permet
de la distinguer dans la foule des écritures de la même époque ;
nombre de traits y dénotent une main calme et très exercée, qui
s’était habituée à un système rigoureux et constant de lettres et
de signes abréviatifs, sans cependant jamais arriver à la banale
uniformité de beaucoup d’écritures de la même époque, qui les
fait ressembler à des compositions typographiques. Entre autres
particularités, nous y pouvons remarquer la lettre g , la con¬
jonction la façon dont la syllabe rum est abrégée à la fin
des mots et le signe qui tient lieu des lettres us ou ue dans les
mots terminés en bus ou en que. Soit qu’on s’en tienne à l’as¬
pect général de l’écriture, soit qu’on descende à l’examen des
moindres détails, il est, je crois, difficile de ne pas attribuer à la
même main la copie de Guillaume de Jumièges et celle de
l’exemplaire original et autographe de Y Histoire ecclésiastique
et celle des autres manuscrits de la Bibliothèque nationale et
des bibliothèques de Rouen et d’Alençon, qui sont ici passés
en revue.
La copie de Guillaume de Jumièges n’est pas le seul morceau
du manuscrit 1174 de Rouen qui doit être attribué h Orderic
Vital. Les deux autres morceaux du même manuscrit portent
aussi la trace de sa collaboration.
Ainsi, c’est Orderic qui, dans le commentaire d’Angelome, a
souvent copié, en gros caractères, les versets du texte com¬
menté : il avait laissé à l’un des scribes placés sous sa direction
le soin de transcrire le corps de l’ouvrage. C’est Orderic qui a
relu l’ouvrage et a corrigé et complété la copie par des notes
interlinéaires ou marginales, dont nous avons un exemple sur
le fol. 13 v°. C’est encore Orderic qui a exécuté çà et là des
pages entières ou de longues portions de pages, comme on le
voit aux fol. 11, 11 v°, 12, 19 et 40. C’est lui qui a mis les
rubriques des fol. 16 v° et 32.
Dans le traité sur le mariage, qui remplit les fol. 101-105,
l’intervention d’Orderic ne semble se trahir que par les correc¬
tions marquées sur les marges des fol. 103 v° et 105.
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DE GOILLiUME DE JUMlÈGES.
493
III.
Manuscrit latin 10062 de la Bibliothèque nationale *. —
Annales de Saint-Écroui. — Catalogue de la bibliothèque
de cette abbaye.
Vers la fin du xi* siècle fut dressé dans l’abbaye de Saint-
Évroul un tableau de coraput pour la période comprise entre la
naissance de Jésus-Christ et l’année 1500. Les colonnes laté¬
rales furent destinées à recevoir l’indication des événements
dont il paraissait utile de connaître la date. Le religieux chargé
de ce travail prit pour modèle une compilation qui venait d’être
faite à Rouen. On continua dans l’abbaye de Saint-Evroul, pen¬
dant près de quatre siècles, à enregistrer les événements
notables sur les colonnes réservées pour en recevoir la
mention.
Orderic Vital fut un des moines qui ont pris part à la conti¬
nuation de ces Annales, et, malgré le déplorable état dans
lequel le manuscrit original nous est parvenu, à la fin du manus¬
crit latin 10062 de la Bibliothèque nationale 1 2 , on peut recon¬
naître la main de l’auteur de Y Histoire ecclésiastique sur le
fol. 154, où sont notés plusieurs événements du premier tiers du
xii° siècle.
Les Annales de Saint-Evroul sont publiées à la fin de YOr-
deric Vital de la Société de l’Histoire de France, t. V, p. 139-
173. Elles ont été l’objet d’un assez court article dans Y Histoire
littéraire de la France , t. XXXII, p. 198 et 199.
Sur un feuillet relié dans le même manuscrit que les Annales
de Saint-Evroul 3 , on trouve un catalogue des livres de la biblio¬
thèque de cette abbaye, écrit par différentes mains dans la pre¬
mière moitié du xu e siècle. Un des articles ajoutés peu de temps
après la transcription du texte primitif mentionne les Quatuor
volumina Vitalis.
•
1. Voir à l’Appendice planche 4.
2. Une description sommaire de ce manuscrit se trouve dans la notice placée
en tète de l’édition d'Orderic Vital, t. I, p. xxxiv.
3. Ms. latin 10062, fol. 80 ▼*. — Un fac-similé en a été publié dans l'Album
paléoçraphique, pl. 31.
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494
MATÉRIAUX POUR L'ÉDITION
Dans l’édition qui suit, on a imprimé en italiques les articles
ajoutés après coup dans le manuscrit.
Hçc sunt volumina que in bi-
J)liotheca Sancti Ebruîfi conti-
nentur.
Genesis.
Libri Regum.
Paralipomenon.
Liber prophetarum.
Novum Testamentum.
Textus evangelistarum.
Historia ecclesiastica.
Historia Clementis.
Psalterium magnum.
Tria antiphonaria.
Tria gradalia.
Duodecim tropharia.
Gracianus.
Rabanus super Matheum.
Sententie Garini Sagii, cum
sententiis Origenis super Can-
tica.
Omeliæ Willelmi de Merula.
Apocalypsis ejusdem.
Moralia beati Gregorii, III vo¬
lumina.
Libri Dialogorum.
Mariale.
Bemardus abbas super Can-
tica canticorum.
Liber pastoralis.
Liber xl* Omeliarum.
Registrum.
Expositio super Ezechielem.
Catalogus pontificum, cum
Novo Testamento.
Solinus.
Ruflnus super omelias Ori¬
genis.
Augustinus super Johannem.
Augustinus contra Faustum.
Enchiridion Augustini.
Augustinus de verbis Domini.
Soliloquium Augustini.
Prima pars Psalterii, secunda,
tercia.
Augustinus de Trinitate.
Augustinus super sermonem
Domini in monte.
Augustinus de doctrina chris-
tiana.
Augustinus de confessionibus.
Augustinus de divinatione de-
monum.
Sententie Garini abbatis.
Décréta Huberti.
Sententie ejusdem.
Boetius de phylosophia.
Orosius.
Régula beati Basilii.
Beda super Cantica cantico¬
rum.
Marbodius.
Bemardus abbas super
Missus est Gabriel.
Jeronimus contra Jovinianum.
Jeronimus de questionibus. .
Jeronimus super Psalte¬
rium.
Ambrosius de sacramentis.
Arabrosius de lîde.
Exameron Ambrosii.
Ambrosius super Beati imma-
culati.
Isidorus de naturis rerum.
Isidorus super Vêtus Testa¬
mentum.
Sinonima Isidori.
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DE GUILLAUME DE JUMIÈGES.
Athanasius de Trinitate.
Summum bonum.
Albricus.
Beda super Marcum.
Expositiones Bedæ.
Diadema rnonachorum.
Decem collationes Patrum.
Liber sermonalis.
Epistolæ Pauli.
Magnus Passionalis, qui inci-
pit ad vitam sancti Gregorii.
Item alius magnus, qui incipit
ad vitam sancti Mauri.
Passionalis vêtus.
Vita sancti Judoci.
Liber Ypocratis.
Vita sancti Martini.
Miracula ejusdem.
Vita sancti Columbani.
Vita sancti Philiberti.
Vita sancti Gregorii.
Passio sancti Sebastiani.
Vita sancti Mauri.
Miracula sancti Bénédictin
Vitas Patrum.
Paradis us.
Duo kalendaria.
Régula sancti Benedicti.
Canones.
Textus vêtus.
Miracula sancti Stephani.
Vita sancti Helie.
Epistolæ Pauli veteres.
Vita sancte Radegundis.
Duo volumina de usibus.
Epistolæ Pauli glosatæ.
Vita sancti Columbæ.
Jeronimus super Danielem.
1. Article biffé.
2. Article biffé.
495
Psalterium glosatum Jo-
hannis prioris.
Beda super Apocalipsin.
Beda de historia Anglorum.
Beda super Lucam.
Haimo super epistolas Pauli.
Passio sancti Kiliani 9 .
Passio sancti Eustachii.
Expositio orationis dominice.
Expositio Psalterii.
Ambrosius de bono mortis.
Passio sancti Eleutherii.
Passio sancte Agathe.
Amalarium.
Vita sancti Eadmundi.
Omnilogus.
Jeronimus super duodecim
Prophetas.
Angelomus.
Vita sancti Leonardi, modi-
cum volumen.
Josephi Antiquitatum libri
cum Bello judaico.
Augustinus de civitate Dei.
Historia Longobardorum ,
cum Gestis pontificum.
Priscianus.
Epistole Jeronimi ad Augus-
tinum.
Liber Paterii , cum eptsto-
lis Ivonis episcopi.
Sententie domni Ricardi
abbatis.
Miracula sancti Agili, cum
diversis collectionibus.
Liber Marciani, cum versi-
bus offerendai'um.
Haimo super Ysaiam , cum
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496
MATÉRIAUX POUR L'ÉDITION
libro Augustini de consensu
evangelistarum.
Disputatio christiani et
gentilis, cum diversis oratio-
nibus.
Origenes super Vêtus Tes-
tamentum.
Jeronimus super Jere-
miam.
Augustinus super Genesim
ad litteram.
Smaragdus super regulam
sancti Benedicti.
Quattuor voluminaVitalis.
Liber Hugonis Rotomagen-
sis archiepiscopi.
Vita sanctorum Herluini
et Anselmi.
Liber Gunfredi prioris , qui
incipit a sententia Gregorii
de Pascha, cum alils diversis
sententiis , et cantica Hugo¬
nis , in uno volumine.
Liber Elucidarii, cum di¬
versis sententiis.
IV.
Manuscrit latin 6503 de la Bibliothèque nationale *.
La Légende des danseurs saxons.
Dans un recueil de fragments d’anciens manuscrits, n° 6503
du fonds latin, fol. 59-70, sont reliés douze feuillets couverts
d’écriture de la main d’Orderic Vital. Il s’y trouve une version
très développée de l’histoire d’une compagnie de chanteurs
saxons ou danseurs de Kolbigk, qui, pour avoir profané une
nuit de Noël par leurs chansons et leurs rondes, avaient été
• miraculeusement condamnés à prolonger leurs danses, sans
trêve et sans repos, pendant une année entière*. Le style de
cette légende, dont nous avons fait reproduire une page, rappelle
assez bien celui de quelques récits merveilleux insérés dans
l 'Histoire ecclésiastique. — Il est possible qu’Orderic Vital ait
vu dans une abbaye de Normandie un des miraculés de Kol¬
bigk, tel que cet Otbert qui visita l’abbaye du Mont-Saint-
Michel et s’y fit délivrer une copie légalisée de la relation du
miracle, dont il était porteur et qui tombait de vétusté ( litterœ
nimio sudore et vetustate corruptœ).
1. Voir à l'Appendice planche 3.
2. Sur cette légende, il faut voir un mémoire de U. G. Raynaud, publié en
1891 dans les Études romanes dédiées à Gaston Paris (p. 51-68), et l'article
que Gaston Paris a inséré en 1899 dans le Journal des Savants (p. 733-747),
à l’occasion du mémoire publié par M. Ed. Schrôder, en 18%, dans le Zeit¬
schrift für Kirchengeschichte. — Aux récits de cette légende, que j’ai indi-
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*
DE GUILLAUME DE JUM1EGES.
497
V.
Manuscrit de la bibliothèque d’Alençon , n° 1 1 .
Les Prophètes.
Volume petit in-folio, 148 feuillets (300 millimètres sur 192).
Écriture de la première moitié du xu* siècle.
Ce volume contient le texte des Prophètes , disposé comme
l’indique le Catalogue général des manuscrits des biblio¬
thèques des départements (série in-8°), t. II, p. 473.
El y faut distinguer deux parties bien distinctes. Nous ne
devons nous occuper que de la première, composée de trente-
deux feuillets à deux colonnes, cotés 1-32, de quarante lignes à
la colonne. Sur les trois dernières pages de cette partie du
manuscrit, à la fin des Prophéties d’Ezéchiel, ont été copiées
trois pièces de vers formant un ensemble de quatre-vingt-cinq
strophes de trois vers de quinze syllabes rimant entre eux souvent
par de simples assonances. Les initiales des vers sont alternati¬
vement rouges, vertes et noires. Dans le texte de ces pièces,
publiées pour la Société de l’Histoire de France en 1863 2 , on
remarque nombre de corrections dénotant la main d’un auteur
qui ne s’en tenait pas aux premières inspirations et qui s’impo¬
sait la loi de revoir avec soin. Ces trois pièces nous offrent le
type, légèrement réduit, des caractères du manuscrit de YHis¬
toire ecclésiastique signalé un peu plus haut.
Les trois premiers vers de la pièce sont accompagnés d’une
notation neumatique, et la reproduction phototypique, qui en
est ci-jointe, pourra servir à faire connaître l’état de la musique
en Normandie au commencement du xn e siècle.
Comme exemples du texte, je citerai les strophes I, V et XV :
I.
1 Mundi forma veterascit, evanescit gloria,
qués (Uns un article sur le Catalogue des manuscrits de Valenciennes ( Journal
des Savants, année 1860), je puis ajouter celui qui est dans le manuscrit latin
18600 de la Bibliothèque nationale.
1. Voir à l’Appendice planche 5.
2. Annuaire-Bulletin, i. 1, partie II, p. 1-13. — Édelestand Du Méril les avait
fait connaître en 1847 dans son recueil de Poésies populaires latines du moyen
Age, p. 102-107.
1910 32
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498
MiTÉBUOX POU» L’EDITION
Non est illi verum robur nec jugis læticia,
Cum ad nichil sint redacta ejus prisca tempora.
V.
13 Propagatur quæ lalebat discincta luxuria,
Molles sibi subjugavit Venus sodomestica,
Pro abusu catamitæ mulier fît vacua.
*
XV.
43 Crispant crines calamistro, circa caput condiunt;
Supra sedes gloriantes, patres dici appetunt,
Sed a lupis greges suos minime custodiunt.
Il faut remarquer la ressemblance frappante qui existe entre
les vers 14, 15 et 43 et plusieurs passages du livre VIII de
YHistoria ecclesiastica :
14. Molles flammisque cremandos turpiter fœdabat Venus sodo-
mitica (1. VIII, t. III, p. 290).
15. In ducatu Rodberti catamite et efTeminati dominabuntur,
mulier fit vacua (1. V, t. II, p. 385).
43. Crispant crines calamistro (1. VIII, t. III, p. 325).
Cette ressemblance vient corroborer l’attribution de cette
satire à Orderic Vital.
On doit relever dans cette pièce plusieurs corrections qui ne
peuvent être attribuées qu’à l’auteur :
Au vers 8, le mot redundans substitué à un mot soigneuse¬
ment effacé.
Les vers 26 et 27 ont remplacé comme il suit deux vers qu’un
grattage du parchemin a rendus illisibles :
Parvipendunt regem Christum sequi recto tramite,
Hinc merebunt dum tormentis vapulabunt in Stige.
Le texte primitif des vers 52 et 53 a également disparu à peu
près complètement pour être ainsi remplacé :
Quosdam necat clam palamve fetenti libidine ,
Et voracis quosdam igné succendit tenaciç.
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DE GUILLAUME DE JUMliGES. 499
Les deux derniers mots du vers 54, immitis superbie , ont
été récrits après coup.
Les vers 56 et 57 sont d’une rédaction nouvelle :
Qui placore nimis optant fungi transitorio ,
Nec verenlur nequam vita displicere Domino.
La première pièce est une violente satire contre les excès du
siècle. L’auteur y flétrit des vices et des crimes qui désolèrent la
Normandie au temps de Robert Courte heuse et qui firent écla¬
ter l’indignation de plus d’un poète, comme l’a expressément
fait remarquer Orderic Vital 1 .
La deuxième pièce, consistant en dix-neuf strophes, est à la
fois une prière et un acte de contrition. Elle commence par ces
trois vers :
Summe pater, cœli rector, qui es sine tempore,
Cui non est pietatis modus nec clementiæ,
Te personis celo trinum, unius substantiæ.
La troisième pièce est une sorte de litanie métrique, en trente-
trois strophes, analogue à la litanie en vers qui est entrée au
moyen âge, sous deux formes différentes, dans la liturgie de
Rouen et dans celle d’Evreux. Le texte contenu dans le manus¬
crit d’Alençon contient les strophes I et XXIV, conçues dans
les termes suivants :
I.
O Maria, gloriosa angelorum domina,
Maria Stella, vincens cuncta claritate sidéra,
Virgo pulchra, virgo casta, me clementer adjuva.
XXIV.
Celse pater, dux Ebrulfe monachorum inclite,
In extremo meus esto defensor examine,
Et me prece fac polaris civem Jerosolime.
L’invocation à saint Évroul prouve que la litanie était à
l’usage de l’abbaye de Saint-Évroul, et il est bien vraisemblable
t. Historia ecclesiastica, t. III, p. 32G.
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500
MATÉBIAUX POUR l’ÉDITIOÜ
que cette invocation a été ajoutée par Orderic Vital, si ce reli¬
gieux n’est pas l’auteur de toute la litanie.
Le type primordial des litanies normandes doit être la com¬
position en vers attribuée à Hartmann, moine de Saint-Gall, qui
vivait au x* siècle. Voir mon Catalogue des livres imprimés
ou publiés à Caen avant le milieu du XVI * siècle , t. II,
p. 61-70, et mon article : Un livre de chœur normanno-
si ci lien conservé en Espagne , dans le Journal des Savants,
1908, p. 43.
VI.
Manuscrit de la bibliothèque d’Alençon , n° 6 l .
Vie de saint Laumer, etc .
Volume in-folio de 162 feuillets (325 millimètres sur 235),
composé de deux parties, écrites par des mains différentes, pen¬
dant la première moitié du XII e siècle.
La première partie comprend les fol. 1-33 : Commentaires sur
Ezéchiel.
La seconde partie (fol. 134-161) contient des Vies de saints,
dont la dernière est restée inachevée un peu au delà du milieu.
Contenu du volume :
Fol. 1. Gregorii papæ homeliæ in Ezechielem.
Fol. 108. Sanctus Hieronymus in Ezechielem.
Fol. 134. Vita sancti Launomari, abbatis et confessons.
Fol. 139 v°. Vita metrica sancti Launomari.
Fol. 143 v°. Translatio sancti Launomari.
Fol. 150. Passio sanctorum Nerei et Achillei.
Fol. 155 v°. Passio sancti Peregrini episcopi.
Fol. 156 V e . Vita sancti Odonis abbatis.
Dans la seconde partie, on remarque de grandes initiales
peintes sur les fol. 134, 134 v° et 150.
Cette dernière peinture est au commencement de la Vie des
saints Nérée et Achillée, sur une page écrite en entier de la main
d’Orderic. L’écriture de ce religieux se reconnaît sur les fol. 134,
134 v°, 135,139-144 et 150.
1. Voir à l'Appendice planche 6.
\
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DE GUILLAUME DE JUM1BGBS. 501
Voici le prologue et les premiers vers de la Vie de saint
Laumer :
Psalmographus David cum rex sanctusque propheta,
Cuncta créa ta monens, psalmorum ex tréma canendo,
Auctoris proprii sacras excitet in odas,
« In sanctis Iaudate Deum simul omnibus, » inquit,
Scilicet in sanctis in quis laudabilis extat,
In sanctis quibus est semper mirabilis idem,
Virtutum signis quos mire gloriflcavit,
Quis dédit et vires hoslem quo vincere quissent.
Ergo opéré preciura sanctorum gesta referri
Fulgida, certantes quç ipsi gessere viritim,
Est mirabilium factor laudandus et auctor,
Quç per eos et in his operatur jure potenti
Architronus ‘ Christus, vincendi munera prestans,
Quo sine nil possunt, quo velle et posse capessunt.
Qui sibi nil tribuunt, dant illi quæ bona possunt,
Prçcipites ne forte ruant a vertice justi,
Corruat ut zabulus preceps a culmine cçli.
Laudamus Dominum librantem prçmia justis
Ipsius in sanctis, horum dum gesta canentes
Pandimus in populis quis dant exempta salutis,
Post athletarum prçclaros inde triumphos,
Infractos confessorum veneramur agones,
Hi quia clara ferunt antiquo ex hoste trophea,
Jérusalem fleri cives meruere supernç.
Jam passim lampam sanctorum castra virorum,
Jam titulos bellatorum rex flxit ubique.
Per quorum cineres hostem vincendo triumphant,
Quos inter Launomarum cunctis venerandum
Sumpsimus, exemplis cujus formamur et actis,
Fulcimur precibus meritisque levamur opimis,
Ipsius ut vitam sacram moresque beatos
Scribentes nostrç mandemus posteritati,
Fervidus ut discat quo tendat tramite recto,
Accendatur ad id tepidus spiramine divo.
Explicit Prologus.
1. Avec un trait horizontal au-dessus des lettres ro.
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502
VATÉBIAUX poob l’édition
încvpit vita sancti Launomari abbatis et confessons.
Bell ica Francigenum postquam gens gallica régna
Pervasit patriamque urbes atque oppida fines
Optinuit, regni qua tempestate regebat
Sceptra Clodovei Clolharius indita proies,
Eximiis Launoraarus natalibus ortus,
Lux velut in tenebris Carnotum fulsit in arvis.
vu.
Manuscrit de la bibliothèque d'Alençon, n° 14'.
Vies de saints.
Volume petit in-folio, 156 feuillets (290 millimètres sur 200).
Venu de l’abbaye de Saint-Évroul.
Vies de saints et autres pièces énumérées par M. Omont
dans le Catalogue des manuscrits des départements, t. II,
p. 488-491.
Écriture de la première moitié du xn* siècle.
Ce recueil a été fait pour le service de l’abbaye de Saint-
Évroul ; c’est, au moins pour une partie, la copie d’un manuscrit
de l’abbaye de Winchester, mais on a fait disparaître, soit par
suppression, soit par modification de texte, les passages qui se
rapportaient spécialement à Winchester et qui ne convenaient
pas à Saint-Évroul 1 2 .
On reconnaît la main d’Orderic Vital sur les pages suivantes
du manuscrit :
Fol. 12-23. Vie de saint Willibrord, par Alcuin.
Fol. 23-34. Vie de saint Éthelwold, par le moine Wolstan.
Fol. 34 v* et 35. Hymne du même saint : « Alma lucerna ».
Fol. 35 et 36. Office, en partie rimé, du même saint.
Fol. 36 et 37. Hymne de saint Birin, précédé d’une note en prose
sur la vie de ce saint.
1. Voir à l'Appendice planche 6 bis.
2. On trouvera l’indication des passages supprimés ou modifiés dans le Jour¬
nal des Savants , 1903, p. 430-432, d’après un manuscrit de l'abbaye de
Jumièges, aujourd’hui n* 1385 de la bibliothèque de Rouen, lequel doit venir
de Winchester,
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DE GUILLAUME DE JUMIEGES.
503
Fol. 37. Hymne de saint Swithun.
Fol. 38. Diplôme de Charles le Simple pour le monastère de
Saint-Évroul.
Fol. 51-85. Quelques corrections interlinéaires et beaucoup d’an¬
notations marginales ajoutées à la copie du traité d’Amalaire sur les
offices ecclésiastiques.
Fol. 85. La première page de la Passion de sainte Christine.
Fol. 109-110. « Ordo ad judicium faciendum. »
Fol. 115 et v°. Les deux dernières pages du recueil de bénédictions.
Fol. 116. La première page de la Vie de saint Germain d’Auxerre.
Fol. 138-140 v°. Le commencement de l’opuscule intitulé : « Nar-
ratio de quodam miraculo quod contigit in festivitate translationis
sancti Martini », qu’a publié Mabillon dans les Analecta (II, 349).
Fol. 150-156. Passio sanctorum martyrum Sergii et Bacchi.
Dans la partie écrite par Orderic Vital, on rencontre h trois
reprises (fol. 23, 24 v° et 26 v°) l’emploi d’un caractère essen¬
tiellement saxon, inusité dans les écritures françaises, un
D capital, dont le montant est traversé par un trait horizontal.
Orderic s’en sert pour figurer le commencement de la deuxième
syllabe du nom ADELWOLDVS, qu’il écrit habituellement
Athelwoldus. Il n’est pas étonnant qu’Orderic, élevé en Angle¬
terre jusqu’à l’âge de onze ans, qui s’est toujours qualifié d’An¬
glais, Angligena i , et qui considérait la Normandie comme
une terre d’exil 2 , ne se soit pas tout à fait déshabitué des
usages anglais.
VIII.
Manuscrit de la bibliothèque d’Alençon , n° 26 3 .
Daniel et Ouvrages des Pères .
Volume in-folio, de 190 feuillets (355 millimètres sur 265).
1. Historia ecclesiastica , t. II, p. 289 et 438; t. III, p. 45 et 287.
2. < Undecimo ætatis me» anno, pro a more Dei, a proprio genitore abdica-
tus sum, et de Anglia in Normanniam tenellus exul, ut æterno régi militarem,
destinatus sum » (Historia ecclesiastica, t. II, p. 301 et 302). — < Parce,
quæso, bone lector, nec molestum tibi sit, precor, si de pâtre meo aliquid
raemoriæ tradiderim litterarum, quem non vidi ex qno me, ut exosum sibi
privignum, et pro amore Creatoris, pepulit in exilium » {Ibid., p. 423).
3. Voir à l’Appendice planche 7.
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UNl^RSlTY OF MICHIGAN
504 MATÉRIAUX pour l'édition
Ecriture sur deux colonnes, de plusieurs mains, de la première
moitié du xii® siècle.
Œuvres de divers auteurs ecclésiastiques :
Fol. 3. Liber Danihelis prophetæ secundum beatum Jeronimum.
Fol. 36 v°. Liber venerabilis Bedæ presbiteri in expositionem
Ezræ prophetæ.
Fol. 78. Allegorica expositio venerabilis Bedæ presbiteri in
librum Tobiæ.
Fol. 82 v°. Sancti Augustini sermo de decem cordis.
Fol. 87 V. Dogma ecclesiasticum Gennadii, Massiliensis episcopi.
Fol. 90 v*. Epistola Eusebii de canonibus evangeliorum.
Fol. 91. Expositio de diversis auctoribus et domno Ansello,
Laudunensi phylosopho exquisitissimo, collecta super evangelium
Domini nostri Jesu Christi secundum Mattheum.
Fol. 190. Liber beati Effrem, Edesseniæ ecclesiæ diaconi, de
compunctione lacrimarum.
Belles et grandes initiales peintes, très compliquées, notam¬
ment sur les fol. 3, 36 v°, 48 v°, 62, 78, 82 v°, 91.
Une centaine de pages (fol. 68 v°-70, 410 v°-118 et 135-
190 v°) sont de la main d’Orderic Vital.
rx.
Manuscrit de la bibliothèque de Rouen , n° 1343 1 .
Bède, Sulpice Sévère , etc.
Volume ayant successivement appartenu à l’abbaye de Saint-
Evroul et à celle de Saint-Ouen de Rouen.
Il contient diverses œuvres archéologiques et historiques, dont
M. Omont a donné l'indication dans le Catalogue des manus¬
crits des départements (t. I, p. 333), notamment, au fol. 34,
Y Histoire ecclésiastique de Bède, plusieurs traités de Sulpice
Sévère et diverses Vies de saints.
Ecriture de la première moitié du xii* siècle.
Au fol. 121 v° a été copiée une pièce de vers sur le misérable
état de l'église. Elle a été écrite en entier de la main d’Or-
1. Voir À l’Appendice planche 8.
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DE GUILLAUME DE JUMlÈGES. 505
deric Vital, qui en est peut-être l’auteur. J’ai cru utile d’en repro¬
duire le texte en fac-similé.
Conquestus de abjeccione et desolatione sanctç Dei çcclesiç.
Sponsa Dei, miseranda, jacens, possessa dolore,
Fessa, suo non usa diu languescit honore.
In tenebras resupina, ruens, stupefacta labore,
Vim patitur, neque de proprio lçtatur amore.
Nullus ei disponit opem, sub vulnere quassç,
Nemo parat medicante manu succurrere lassç.
Perpetuo de fonte suo maia cuncta redundant,
Nec numerum retinere valent, quia semper
Omnia mutantur, nec certa sede morantur;
Fédéra rumpuntur, et leges adnichilantur.
Nullus honor populis, nullus manet ordo fldelis.
Cunctorum mores sic fiunt détériorés.
Vivitur ex rapto, nulli sua copia voto.
Nil manet in sese, sed se sequiturque fugitque.
Unde jacens laniata gênas çcclesia plorat ;
Ponderibus compressa novis, « Succurite » clamat;
Nuda manet, viduata dolet, quin frigore pallet,
Esurit atque sitit, in carcere languida torpet.
Quç dominç portare decus nomenque solebat,
Et famulis prodesse suis pro posse volebat,
Nec famulç subit officium sed vilis iniquç.
Non dominam nunc, sed miseram se luget ubique.
Quid faciunt qui nunc dominç vocitantur amici?
Si fugiunt retrahuntque manum, faciunt quod iniquum;
Rebus in adversis opus est succurrere lassis,
Et pietas conferre manum sub pondéré lapsis.
Res adversa magis quando poterit reperiri ?
Æcclesiis clausis, homines nequeunt sepeliri,
Nec possunt vivi materno lacté cibari,
Nec mensa Christi nec corpore participari.
Pontiflces jussis non parent Omnipotentis,
Non sine fraude suas nummis implendo emmenas.
Principibus votum non est Domino famulandi,
Sed calor est miseras injuste depopulandi.
Jurgia majorant pariunt lamenta minoram.
Sic cadit hic mundus secumque trahit sua prorsus.
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506
matériaux pooa l'édition
Sed cur milita meis decurrunt verba querelis?
A Domino deposcat opem nunc turba Ûdelis.
Christe Dei, virtus, fons et sapientia, lumen
Perpetuum, cum Pâtre decus, par gloria, numen.
Tu populo succure tuo, ne pondéré fessus,
In tenebras resolutus, eat sub carcere pressus,
Sed valeat sanctis jungi quandoque catervis,
Quç pietate tua Içtantur in arce superna. Amen.
II.
Note sur un manuscrit original de Robert de Torigni.
(Ms. latin 20 de l’Université de Leyde.)
On sait depuis longtemps que l’historien Robert de Torigni,
connu surtout pour avoir ajouté une continuation aux Annales
de Sigebert , avait débuté par une révision de l’ouvrage de
Guillaume de Jumièges 1 , tel qu’Orderic Vital l’avait arrangé et
auquel il avait ajouté un dernier livre, consacré à l’histoire du
règne de Henri I er , roi d'Angleterre. Mais ce fut seulement en
1879, dans un manuscrit de l’abbaye du Bec, aujourd’hui à la
bibliothèque universitaire de Leyde, que fut reconnu l’exem¬
plaire original de l’édition de Guillaume de Jumièges préparée
par Robert de Torigni.
C’est encore un manuscrit d’auteur, dont l’authenticité a été
reconnue par Waitz 2 . Bornons-nous à reproduire la description
que l’un de nous en publia en 1880 3 4 , après l’avoir étudié à
Leyde en 1879.
Ce manuscrit, dont une description a été donnée en 1843
dans le Serapeum k , est un petit volume in-folio (322 milli¬
mètres sur 225), écrit sur deux colonnes, vers le milieu du
xii® siècle, du temps que Robert de Torigni était prieur de l’ab¬
baye du Bec, c’est-à-dire avant 1154, date à laquelle ce religieux
fut nommé abbé du Mont-Saint-Michel 5 .
1. Voir la préface du tome XII da Recueil des Historiens , publié en 1781,
p. XLVI-XLVm.
2. Mon. Germ. hist., Scripi., i. XXVI, p. 5.
3. Mélanges de paléographie et de bibliographie , p. 172-194.
4. Tome IV, p. 30.
5. Voir la préface du tome II de l’édition de Robert de Torigni, publiée par
la Société de l’Histoire de Normandie.
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DE GUILLAUME DE JGMIÈGES.
507
Il faut d’abord prouver que ce manuscrit vient de l’abbaye du
Bec.
Les manuscrits de ce célèbre monastère sont faciles à distin¬
guer, lors même que, pour en dissimuler l’origine, les posses¬
seurs modernes ont fiait disparaître le nom de l’abbaye, qui
devait se trouver en tête. Il y a, en effet, au verso d’un des
premiers feuillets de garde, des tables écrites avec beaucoup de
netteté et de régularité par un bibliothécaire du xu e siècle, et la
teneur même de ces tables est scrupuleusement reproduite dans
le Catalogue que Robert de Torigni nous a conservé et que
M. Ravaisson 1 a publié en 1841. A proprement parler, ce cata¬
logue n’est guère que la copie et la réunion méthodique des
tables ou titres placés en tête de chaque manuscrit, et Robert
de Torigni a très justement intitulé son Catalogue : Tituli libro-
rüm Beccensis àlmarii, Relevé des titres des livres de la
bibliothèque du Bec. A l’appui de cette observation, je citerai
le manuscrit latin 12211 de la Bibliothèque nationale, que les
bénédictins de Saint-Germain-des-Prés avaient tiré de l’abbaye
du Bec. Voici ce qu’on lit, d’une part, sur la garde du ms. 12211,
et, d’autre part, sur le Catalogue à nous transmis par Robert de
Torigni :
Garde du ras. latin 12211.
In hoc volumine continentur
libri beat! Augustini :
De pastoribus liber unus.
De ovibus liber unus.
De baptismo adversus Dona-
tistas libri septem.
De baptismo parvulorum libri
duo.
De eadem re epistola ipsius ad
Marcellinum.
De unico baptismo liber unus.
De spiritu et littera liber unus.
Catalogue de Robert de Torigni 3 .
In alio :
Sermo de pastoribus.
Sermo de ovibus.
De baptismo adversus Dona-
tistas libri septem.
De baptismo parvulorum libri
duo.
Epistola Augustini ad Mar¬
cellinum .
De unico baptismo liber unus.
De spiritu et littera liber unus.
On peut encore faire un rapprochement plus significatif
1. Rapports sur les bibliothèques de l’Ouest, p. 375.
2. Ravaisson, p. 376.
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508
MATERIAUX POUR L'ÉDITION
entre l’inscription tracée sur le fol. 1 v° du ms. 20 de Leyde et
un autre passage du Catalogue de Robert de Torigni :
Garde du ms. 20 de Leyde.
In hoc voI[umine contijnen-
tur :
Historiæ [Normjanorum libri
octo, videpicet] ab adventu Has-
tingi in regnum Francorum
usque ad mortem primi Henrici,
regis Anglorum et ducis Nor-
mannorum.
Item vita Caroli Magni, impe-
ratoris Romanorum et regis
Francorum.
Item vita Alexandri Magni,
regis Macedonum.
Item epistola ejusdem de situ
Indiæ ad Aristotelem magistrum
suum.
Item abbreviatio gestorum
regum Francise ab egressione
eorum a Sicarabria usque ad
principium regni Ludovici ju-
nioris, regis Francorum et ducis
Aquitanorum.
Item hystoriarum de regibus
majoris Britanniæ usque ad ad-
ventum Anglorum in eandem
insulam libri xii, in quorum
septimo continentur prophétisé
Mellini, non Silvestris, sed al te¬
nus, id est Mellini Ambrosii.
Item exceptiones ex libro Gil-
dæ Sapientis, historiographi Bri-
tonum, quem composuit de vas-
tatione suse gentis et de mirabi-
libus Britanniæ.
Catalogue de Robert de Torigni 1 2 3 .
In uno volumine :
Historié Normannorum libri
septem *, videlicet ab adventu
Hastingi in regnum Francorum
usque ad mortem primi Henrici,
regis Anglorum et ducis Nor-
manorum.
Item vita Caroli Magni, impe-
ratons Romanorum et regis
Francorum.
Item vita Alexandri Magni,
regis Macedonum.
Item epistola ejusdem de situ
Indie ad Aristotilem magistrum
suum.
Item abreviatio regum F ran¬
ci e gestorum ab egressione eo¬
rum a Sicambria usque ad prin¬
cipium regni Ludovici junioris,
regis Francorum*.
Item historiarum de regibus
majoris Britannie usque ad ad-
ventum Anglorum in insulam
libri xii, in quorum septimo
continentur prophétie Melini,
non Silvestris, sed allerius, id
est Merlini Ambrosii.
Item exceptiones ex libro Gilde
Sapientis, historiographi Brito-
num, quem composuit de vasta-
tione gentis sue et de mirabilibus
Britannie.
1. Ravaisson, p. 385.
2. Plus loin, p. 512, j'expliquerai comment Robert de Torigni ne divise qu’en
sept livres YHûtoire des Normands, qui, en réalité, en comprend huit.
3. Robert de Torigni a supprimé les mots et ducis Aquitanorum, parce qu'il
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DE GC1LUÜME DE JCMIÈGES.
509
L’origine du ms. 20 de Leyde est donc bien établie : au
xii® siècle, c’est-à-dire à l’époque même où il a été exécuté, il
faisait partie de la bibliothèque du Bec’. Il faut maintenant
nous rendre compte de la manière dont il est constitué. Lais¬
sant de côté le premier feuillet, qui est indépendant, nous pou¬
vons constater que les 105 autres feuillets, cotés 2—106, se
répartissent comme il suit entre treize cahiers :
I. Fol. 2-10. Le feuillet 8 a été intercalé après coup; il a pour
contre-partie un onglet qui est visible entre les fol. 3 et 4.
II. Fol. 11-18.
III. Fol. 19-25. Le dernier feuillet de ce cahier a disparu.
IV. Fol. 26-32. Il manque le premier feuillet de ce cahier.
V. Fol. 33-40.
VI. Fol. 41-48.
VII. Fol. 49-59.
VIII. Fol. 60-67.
IX. Fol. 68-75.
X. Fol. 76-83.
XI. Fol. 84-91.
XII. Fol. 92-99.
XIII. Fol. 100-106.
Au bas de la dernière page des cahiers II, IV, V, VI et VII
(fol. 18 v°, 32 v°, 40 v°, 48 v° et 59 v°) se lisent les signatures D,
F, G, H et I ; et au bas de la dernière page des cahiers VIII,
IX, X, XI et XII (fol. 67 v°, 75 v°, 83 v°, 91 v° et 99 v°) les
signatures I, II, III, IIII, IIIII. Il en faut conclure que le
volume comprend deux parties bien distinctes, l’une dont les
cahiers avaient reçu pour signatures les neuf premières lettres
de l’alphabet, et dont il ne subsiste plus que les sept derniers
cahiers; l'autre dont les six cahiers avaient été signés en
chiffres romains. Ces deux parties, dont la transcription appar¬
tient à plusieurs mains, toutes du xii® siècle, étaient déjà réunies
en un seul volume, dès le milieu de ce même siècle, comme le
prouve le titre inscrit sur le feuillet de garde et reproduit dans
le Catalogue de Robert de Torigni.
écrivait à une époque où le titre de duc d Aquitaine appartenait à Henri II et
non plus à Louis VII.
1. Celte provenance avait été déjà reconnue par Julius Zacber, dans son édi¬
tion de Julii Yalerii Epitoine (Halle, 18G7, in-8*), p. vi.
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I
510 MATÉRIAUX POUR L’ÉDITION
Dans la première partie (fol. 2-59) sont compris les six mor¬
ceaux suivants :
I (fol. 2-32). Histoire des Normands, par Guillaume de
Jumièges. Je reviendrai sur ce texte, qui mérite d’être l’objet d’un
examen spécial.
II (fol. 33-38 v°). Vie de Charlemagne par Eginhard. « Inclpit
prologus Alcuini’ in Vita Caroli Magni, regis Francorum, impera-
toris Romanorum. Vitam et conversationes et ex parte non modica
res gestas domni et nutritoris mei Karoli... — ... post obitum ejus
summa devotione adimplere curavit. Explicit vita Karoli magni,
imperatoris Romanorum, regis Francorum. » Quelques-unes des
variantes de ce texte ont été relevées par J. Zacher, dans le Sera-
peum, IV, 44, année 1843.
III (fol. 38 v°-47). « Incipit Vita Alexandri, regis magni Macedo-
nis. Egipti sapientes, sati genere divino, primi feruntur permen-
siquesuntterram ingenii pervicatia... —... vino et veneno superatus
atque extinctus occubuit. Explicit Vita Alexandri magni Macedo-
nis. » Ce texte a été employé par J. Zacher pour son édition de
J. Valerii Epitome (Halle, 1807, in-8°).
IV (fol. 47-51 v*). « Incipit Epistola ejusdem [Alexandri] ad
Aristotelem, magistrum suum, de situ Indie. Semper memor tui
etiam inter dubia... — ... et animi industria optimi Aristotelis judi-
cium. Explicit Epistola Alexandri, regis magni Macedonis, ad Aris¬
totelem, magistrum suum, de situ Indiæ. »
V (fol. 52-59). Abrégé des Gestes des rois de France, depuis
l’origine jusqu’à l’année 1137. « Incipit adbreviatio Gestorum regum
Francie. Antcnor et alii profugi ab excidio Troie Asia pervagata...
— ... est sepullus et in ecclesia Sancti Dionisii, et successit ei
Ludovicus, filius ejus, rex Francorum et dux Aquitanorum, anno
ab incarnatione Domini M° C° XXXVII 0 . » Il sera question plus
loin (p. 512) de cet ouvrage.
VI (fol. 59 v°). « Genealogia comitum Flandriæ. Hidricus genuit
Ingelrannum, Ingelrannus Odracum... — ... quo interfecto
M C XXVII anno Domini, sine flliis, Guillelmus successit per bien-
nium, cujus pater fuit Robertus, avus ejus Guillelmus, cornes
Normannorum et rex Anglorum, qui duxil Matildem, germanam
Robert! Frisionis avique Balduini. Et hoc quoque int[er]empto,
1. Le mot Alcuini a été ajouté en interligne.
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DE GUILLAUME DE JUMIÈGES.
511
sine liberis, Theodericus, fllius ducis Alsatiæ, ex ni* amita Bal-
duini, comitatum suscepit. Hic duxit Sibillam, filiam Fulconis,
comitis Andegavorum, ex qua genuit Pbilippum, Matheum, Petrum
et très Olias, quarum primogenita nupsit Amico, comiti Inter-
monteno. »
Dans la seconde partie du volume (fol. 60-106), en tête de
laquelle (fol. 60) est un joli dessin à la plume, représentant un
cavalier, il n’y a que trois morceaux, savoir :
VII (fol. 60-101 V*). Ouvrage de Geoffroi de Monmouth. « Inci-
pit prologus Gaufridi Monimutensis ad Rodbertum, comitem Clau-
diocestrie, in hystoriam de regibus majoris Brittanie, que nunc
Anglia dicitur, quam hystoriam idem Gaufridus nuper transtulit
de briltannico in latinum. Cum multa mecum... —... hoc modo in
latinum sermonem transferre curavi. Explicit liber decimus historié
de regibus Britonum, quam nuper de britannico in latinum transtu¬
lit Gaufridus Monemutensis. » Cette copie de l’ouvrage de Geoffroi
de Monmouth est, selon toute apparence, celle que cite Henri, archi¬
diacre de Huntingdon, comme lui ayant été communiquée en 1139
dans l’abbaye du Bec par Robert de Torigni 1 .
VIII (fol. 101 v°-106). Histoire des Bretons, par Nennius. « Inci-
piunt exceptiones de libro Gildæ Sapientis, quem composuit de pri-
mis habitatoribus Britannie, quæ nunc Anglia dicitur, et de excidio
ejus. A principio mundi usque ad diluvium anni II m CCXLII... —
... habitasset in extremis flnibus cosmi. Expliciunt mirabilia Brit-
tannie. Finit liber sancti Gilde Sapientis de primis habitatoribus
Brittannie et de excidio ejus. » Voyez Petrie, Monumenta histo -
rica Britannica, p. 53-81.
VIII (fol. 106 et v°). Fragment du livre VIII de l’histoire d’Or-
deric Vital. « Miraculum quod contigit in quadam ecclesia Beati
Pétri apostoli, que sita est in urbe Constantia. Anno ab incama-
tione Domini M C VII, indictione prima, Willelmus archiepiscopus
concilium presulum et abbatum Rothomagi congregavit... —... per
totam diocesem ejus [debacchata est]. » Voyez, dans l’édition de la
Société de l’histoire de France, t. III, p. 391-393.
Pour achever de bien faire connaître le ms. 20 de Leyde, je
dois, comme je l’ai annoncé, donner quelques détails surl’exem-
1. Voir mon édition de la Chronique de Robert de Torigni, t. I, p. 97 et 98.
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512
MATÉRIAUX POUR l/ÉDITION
plaire de Guillaume de Jumièges qui en forme la première et la
plus importante partie. Par suite de la perte des cahiers signés A
et B, le texte en est incomplet et ne commence (fol. 2) qu’aux
mots « dum per legatos a duce sepius objurgaretur et ab ausu
obstinati animi resipiscere nollet », lesquels, dans l’édition de
Duchesne, se trouvent au haut de la page 250 (livre V,
chap. iii).
Voici les rubriques finales et initiales de ce qui subsiste :
Fol. 5. Explicit liber III.
Fol. 5. Incipiunt capitula libri quinti... — Incipit liber quintus
de iii 0 Ricardo et Rotberto fratre ejus, flliis videlicetsecundi Ricardi.
Fol. 9 v°. Explicit liber quintus.
Fol. 9 v°. Incipiunt capitula libri sexti.
Fol. 10 v°. Incipit liber sextus de Willelmo duce, qui Angliam
armis subegit.
Fol. 21 v°. Explicit liber sextus de Willelmo, rege Anglorum et
ducis [sic] Normannorum.
Fol. 21 v°. Incipiunt capitula libri septimi.
Fol. 22 v°. Incipit liber VIII hystoriæ Normannorum, gestorum
autem ducum Normanniæ VII, continens res gestas Henrici, regis
Anglorum et ducis Normannorum.
L’ouvrage se termine, au fol. 31, par la phrase : « Eodem
anno mortuus est Lotharius, imperator Romanorum et Aleman-
norum, cui successit Corradus, nepos Henrici quarti, qui ante
Lotharium imperaverat » (dans Duchesne, p. 314).
Suivent, sur les fol. 31 et 32, les anecdotes que Duchesne
(p. 315) a publiées sous le titre de Additamenta ad Historiam
Normannorum : « Quante hurailitatis Rollo fuit postquam
fidem Christi suscepit... — ... Vimonasteriura, scilicet quoddam
manerium quod ipse illis pro anima sua dabat. »
Le manuscrit contient donc les chapitres iii-xvii du livre V,
et les livres VI, VII et VIII de l’ouvrage de Guillaume de
Jumièges, tel qu’il a été publié par Duchesne. Ces livres V, VI,
VII et VIII sont ici désignés par .les nombres IV, V, VI et VII,
sans tenir compte de ce qui forme le premier livre de l’ouvrage.
La même division ou plutôt la même numérotation nous est
offerte par le manuscrit latin 5997 a de la Bibliothèque nationale,
que je soupçonne avoir été copié d’après l’exemplaire de Leyde,
ê
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DE GUILLAUME DE JUMIÈGES.
513
et qui pourrait bien avoir été exécuté vers le milieu du xii® siècle
pour l’abbaye du Mont-Saint-Michel. On voit, par le manus¬
crit 5997a, mieux encore que par le manuscrit de Leyde, com¬
ment les livres II-VIII de Y Histoire des Normands étaient
intitulés livres I-VII de Y Histoire des ducs de Nor'mandie :
« Incipiunt capitula libri secundi ejusdem hystoriæ, gestorum
autem ducum Normannie primi 1 . » Le livre I er étant considéré
comme une introduction, le livre II devenait le livre I de Y His¬
toire des ducs de Normandie , et ainsi de suite.
Du moment où le manuscrit de Leyde contient le huitième
livre de Y Histoire des Normands et qu’il s’arrête à la mort de
l’empereur Lothaire, il est évident qu’il renferme le texte de la
dernière rédaction de l’ouvrage. Or, il est depuis longtemps
démontré que cette dernière rédaction a été faite dans l’abbaye
du Bec et qu’elle est l’œuvre de Robert de Torigni. Il ne serait
donc pas étonnant qu’un exemplaire de cette rédaction, datant
du xii® siècle et sorti de l’abbaye du Bec, comme nous en avons
la preuve pour le ms. 20 de Leyde, offrît une valeur exception¬
nelle. La question devra être étudiée à fond dans l’édition cri¬
tique du livre de Guillaume de Jumièges. Je me bornerai donc à
déterminer par quelques exemples le caractère et l’intérêt du
manuscrit de Leyde. En peu de mots, j’espère pouvoir établir
que c’est le travail original, peut-être en partie autographe, de
Robert de Torigni.
On a vu qu’Orderic Vital, aux environs de l’année 1130, dans
l’abbaye de Saint-Évroul, revit et compléta l’ouvrage de Guil¬
laume de Jumièges.
Une dizaine d’années plus tard, ce même texte fut de nou¬
veau repris, développé et continué par Robert de Torigni dans
l’abbaye du Bec.
La rédaction d’Orderic Vital se trouve en original dans le
manuscrit de la bibliothèque de Rouen n° 1174, et en copie dans
plusieurs manuscrits de la Bibliothèque nationale, notamment
le n° 4861, qui vient de Saint-Taurin d’Evreux. Quant à la
rédaction de Robert de Torigni, c’est celle que Duchesne a
publiée et dont les manuscrits sont les plus nombreux. La très
grande place que les événements relatifs au monastère du Bec
tiennent dans cette rédaction prouve qu’elle a été écrite alors
1. Ms. 5997 a, fol. 5.
1910
33
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514
MATERIAUX POUR L'ÉDITION
que Robert en était prieur, c’est-à-dire au plus tard en 1154,
date à laquelle il fut élu abbé du Mont-Saint-Michel 1 .
Dans le manuscrit de Leyde, nous voyons les modifications
successives par lesquelles Robert de Torigni a fait passer la
rédaction d’Orderic Vital, pour lui faire peu à peu revêtir la
forme définitive sous laquelle nous sommes habitués à lire l’ou¬
vrage de Guillaume de Jumièges. Ces modifications et ces addi¬
tions ont été marquées à diverses reprises, tantôt en interlignes,
tantôt sur les marges, tantôt même sur des feuillets interca¬
laires ; elles ont toujours cette apparence d’irrégularité qui per¬
met de ne pas confondre les manuscrits originaux des auteurs
avec les copies ordinaires des scribes de profession. Il nous est
ici fort aisé de suivre la marche du travail. Un moine a été
chargé de copier le texte de Guillaume de Jumièges arrangé par
Orderic Vital; il y a intercalé un certain nombre d’additions
préparées par Robert de Torigni ; il a de plus réservé des espaces
blancs à des endroits qui lui avaient été indiqués d’avance.
Ainsi disposée, la copie a été livrée à Robert de Torigni, qui, de
sa main ou de la main d’un secrétaire, a ajouté çà et là des
gloses explicatives et des tables ou sommaires, a corrigé cer¬
tains passages et a intercalé des chapitres entiers pour expo¬
ser des faits qu’il avait un intérêt particulier à faire passer à
la postérité.
Comme exemples de gloses interlinéaires, je mentionnerai les
suivantes, dont il n’y a pas trace dans l’édition de Duchesne et
qui sont loin d’être dépourvues de valeur :
Fol. 4, col. 2. Porro dux Ricardus, de successions prolis sollici-
tus, Goisfredum Brilannorum comitem quandam habere sororem,
nomine Judith, scilicet filiam Conani, comitis Britannie ,
audiens... (Duchesne, p. 255; 1. V, ch. xm).
Fol. 6 v°. ... Castrum quod vocavit Carrucas, id est Carnes,
stabilivit (Duchesne, p. 261, ligne 1 ; 1. VI, ch. vin).
Fol. 14 v°. Eadem tempestate Willelmus cognomento Warlencus,
scilicet filius Malgerii comitis... (Duchesne, p. 276; 1. VII,
ch. xix).
1. < [Anno 1154], mense roaii, vi kalendas junii, feria 5 intra octavas Pen-
tecostes, monasterium Beati Michaelis de Periculo maris, post tribulationem,
quam per quinquennium fere jugem passurn fuerat, Deo miserante, aliquantu-
lora respira vit, electo unanimiter ab onani conventu Roberto de Torinneio,
priore claustrali Beccensis monasterii # (Robert de Torigni, t. 1, p. 284).
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DE GUILLAUME DE JUMIÈGES. 515
Fol. 20 v°. ... Mulierem quandam vocabulo Erembergam vel
Alberedam , speciosam valde... (Duchesne, p. 288, avant-dernière
ligne; 1. VII, ch. xxxvm).
*
Les tables qui précèdent chaque livre paraissent avoir été
rédigées après coup par Robert de Torigni. Elles sont écrites
tantôt en caractères serrés, tantôt en caractères lâches et allon¬
gés, suivant que l’espace réservé d’avance était trop exigu ou
trop considérable. Gela est surtout visible sur le fol. 9 v° et sur
le fol. 10.
Le long chapitre qui commence par les mots « Circa hec tem-
pora... » et qui concerne l’histoire de l’abbaye du Bec (dans
Duchesne, p. 261-265; 1. VI, ch. ix) est signalé depuis long¬
temps comme une interpolation de Robert de Torigni : il a été
ajouté après coup dans le manuscrit de Leyde et présente des
traces de remaniements; le fait matériel de l’interpolation res¬
sort surtout de cette particularité que, la place réservée ayant
été insuffisante, on a eu recours à un feuillet supplémentaire,
celui qui est aujourd’hui coté 8.
Dans l’édition de Guillaume de Jumièges arrangée par Orde-
ric Vital, le passage qui est devenu la fin du chap. xix et le
commencement du chap. xx du livre VII se présentait sous la
forme suivante :
... donec diros ictus accipit.
Post aliquot annos Willelmus, cognomento Busacius, ducatum
sibi volens vendicare...*.
Tel était le texte primitif du manuscrit de Leyde, avant qu’on
y eût gratté les mots Post aliquot annos Willelmus , leçon
dont l’existence au fol. 15 de ce manuscrit est incontestable,
comme le prouve la grande initiale P, qui est encore parfaite¬
ment visible. La main qui a effacé ces quatre mots a ajouté un
membre de phrase après accipit et a substitué aux quatre
mots effacés deux phrases pour lesquelles elle n’a trouvé de place
qu’en les traçant en partie sur la marge inférieure de la page.
Par suite de cette transformation, le passage se lit ainsi dans le
manuscrit de Leyde, au fol. 15 :
... donec diros ictus accipit, quod in subsequenti luce clarius
apparebit exemplo.
1. Bibl. nat., ms. latin 4861, fol. 148, col. 2.
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I
f
516 MATfolAUX POÜE L^DITION
Siquidem , ut in superioribus manifestavimus , dux Nor-
mannorum Ricardus , /îftus primi Ricardi , cuidam fratri suc
uterino, nomine Willelmo, dédit comitatum Aucensem. Hic
ex Lescelina comitissa habuit très filios , Robertum, Willel-
mum, Hugonem , postea episcopum Luxoviensem. Horum
médius Willelmus, cognomento Busacius, ducatum sibi volens
vendicare...
C’est la leçon de l’édition définitive de Guillaume de Jumièges.
Le passage relatif à la promotion de Lanfranc à l’archevêché
de Cantorbéry a été ainsi adopté ou arrangé par Orderic Vital :
Qui post aliquot annos ab Alexandro papa Cantuariorum archie-
piscopatum suscepit*.
C’est ce que portait le manuscrit de Leyde au fol. 17V 4 ; mais
le reviseur de ce manuscrit, qui ne trouvait sans doute pas à
propos d’attribuer uniquement et directement au pape l’éléva¬
tion de Lanfranc sur le trône archiépiscopal (ab Alexandro
papa archiepiscopatum suscepit ), a effacé la préposition ab
et l’a remplacée en interligne par le mot annitente, pour faire
entendre que la nomination avait été faite par Guillaume le Con¬
quérant, avec l’assentiment du pape Alexandre II (annitente
Alexandro papa). Cette dernière leçon a naturellement prévalu
et est entrée dans le texte définitif 2 .
Dans le texte arrêté par Orderic Vital, le chapitre relatif au
mariage de Guillaume le Bâtard s’arrête au membre de phrase
qui rappelle l’entrée de la duchesse Mathilde dans la ville de
Rouen :
Cum maximo tripudio ac honore Rotomagi mœnibus intulit 3 .
A la suite du mot intulit , le copiste du manuscrit de Leyde
avait réservé la place nécessaire pour insérer ce que Robert de
Torigni voulait dire des enfants de Guillaume et Mathilde. Cette
addition se borna à une phrase :
Genuit autem ex ea, procedenti tempore, filios quatuor : Rober-
1. Ma. 4861, fol. 149 ▼*, col. 2.
2. Duchesne, p. 282; 1. VII, cb. xxvi. — Le ms. 5997a, fol. 38, porte :
« Qui post aliquot aonoa Alexandro papa... », et le ma. 5997, fol. 43 : « Qui
post aliquot annos ab Alexandro papa... », le mot ab étant rétabli en interligne.
3. Ma. latin 4861 de la Bibliothèque nationale, fol. 148, col. 2.
\
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1
DE GUILLAUME DE JUMlÈGES.
517
tum, qui post cum ducatum Normannie aliquandiu lenuil, et Wil-
lelmum, qui regno Anglie tredecim annis prefuit, et Ricardum, qui
juvenis decessit, et Henricum, qui fratribus tam régi* quam duci
successit, et filias quatuor; de quibus omnibus, tam viris quam
feminis, liber subsequens, qui de gestis nobilissimi regis Henrici
inscribetur, pro modulo nostro, Deo juvante, pertractabit*.
Cette phrase a été tracée en caractères gros et espacés au
fol. 15 du manuscrit de Leyde pour remplir tant bien que mal
l’espace laissé en blanc.
Un peu plus loin, le contraire a eu lieu. Le texte antérieur à
la révision de Robert de Torigni portait simplement que la paix
dont jouissait la Normandie avait favorisé le développement des
fondations religieuses. A la suite de cette déclaration un peu
vague, Robert de Torigni avait fait laisser un blanc, dont il
devait profiter pour énumérer en détail les monastères que le
xi® siècle vit naître en Normandie. La matière était plus vaste
qu’il ne l’avait supposé : le blanc réservé n’a pas suffi, malgré l’em¬
ploi de caractères serrés, et il a fallu recourir à la marge infé¬
rieure de la page pour y consigner une partie du morceau addi¬
tionnel. Si on veut s’en rendre compte, on n’a qu’à comparer
notre ms. 4861, fol. 148, col. 2, avec le fol. 15 v°du manuscrit
de Leyde. Le morceau additionnel commence aux mots « Et
quia diximus nobiles... » et s’arrête aux mots « Unde constat
ilia prius fuisse destructa et iterum reædificata » (éd. Duchesne,
p. 278 et 279; 1. VIII, ch. xxn).
Le même procédé a été employé pour ajouter sur le fol. 20 v°
du manuscrit de Leyde l’histoire de Raoul, comte d’Ivri, et de
la descendance de ce comte, qui manque dans la rédaction anté¬
rieure au travail de Robert de Torigni ’ et qui remplit une page
dans l’édition de Duchesne (p. 288 et 289; 1. VII, ch. xxxviii).
Le dernier livre de Y Histoire des Normands , consacré au
règne de Henri I er , roi d’Angleterre, est tout entier l’œuvre de
Robert de Torigni. Dans le manuscrit de Leyde, la table et le
texte de ce dernier livre ont été transcrits à diverses reprises,
avec des marques d’hésitation, avec des corrections ou des addi¬
tions qui correspondent aux progrès du travail de composition
1. A la suite du mot régi , il y avait un mot qui a été gratté.
2. Voir Duchesne, p. 278, 1. VII, ch. xxi.
3. Voir le ms. 4861, fol. 152, col. 1.
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518
MATÉMACX POUR L’ÉDITION
et ne laissent aucun doute sur l’originalité de l’exemplaire. C’est
de ce manuscrit, selon toute vraisemblance, que dérivent toutes
les copies du dernier livre de Y Histoire des Normands. C’est
lui, je n’en doute pas, qui servira à en expliquer les lacunes et
les variantes, comme aussi à classer entre elles les plus anciennes
de ces copies. On en jugera par quelques exemples significatifs.
En parlant de Renouf, comte de Chester, Robert de Torigni
avait d’abord écrit, ou fait écrire, au fol. 30 v° du manuscrit de
Leyde : Accepit uxorem Sibillam, filiam Roberti, comitis de
Gloecestra. Plus tard, il fit gratter le mot Sibillam , il le rem¬
plaça par Mathildem, substitua Gloecestrœ à de Gloecestra
et ajouta ce membre de phrase : ex qua genuit duos filios ,
Hugonem et Ricardum.
Les copies qui furent faites avant cette correction portent la
leçon primitive : Accepit uxorem Sibillam , filiam Roberti ,
comitis de Gloecestra. Dans celles qui furent exécutées après
la correction, on lit : Accepit uxorem Mathildem, filiam
Roberti , comitis Gloecestrœ , ex qua genuit duos filios ,
Hugonem et Ricardum 1 .
Une observation du même genre peut être faite sur le passage
relatif aux enfants de Robert du Neufbourg. Primitivement,
dans le manuscrit de Leyde (fol. 30 v°, col. 2), ce passage se
terminait par les mots : ex qua habuit plures filios , auxquels
l’auteur ajouta dans la suite scilicet Henricum et fratres
ejus 2 . De ce manuscrit non encore modifié en cet endroit
dérivent les copies qui portent simplement ex qua habuit
plures filios. Les copies qui nous offrent la leçon ex qua habuit
plures filios , scilicet Henricum et fratres ejus dérivent aussi
du même manuscrit, mais représentent un état de révision un
peu plus moderne.
J’ai eu la curiosité de vérifier quelle leçon les manuscrits de
la Bibliothèque nationale contiennent pour les deux passages
concernant le comte de Chester et Robert du Neufbourg. Huit
sont conformes au texte primitif du manuscrit de Leyde; ce
sont les n<“ 5997, 5997a, 5998, 5999, 6000, 6217, 12882 et
14663 du fonds latin. Un seul, le n° 6000, nous offre pour ces
deux passages les leçons qui ont été introduites après coup dans
le manuscrit de Leyde.
1. Ce passage est dans l’édition de Duchesne, à la page 313.
2. Dans l'édition de Duchesne, p. 314.
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DE GUILLAUME DE JUMIÈGES.
519
Ce qui est peut-être le plus digne d’attention, c’est la lacune
qui se trouve vers le milieu du livre VIII. Dans le manuscrit
de Leyde, le fol. 25 v° se termine par une phrase inachevée du
ch. xvii :
Occiso autem illo Araalrico, Rodulfus de Toeneio.
La page suivante (fol. 26) commence ainsi :
Denique catervis more pugnantium necnon et equitibus sagitta-
riis, quorum inibi exercitus regius maximam multitudinem habebat,
in dextra parte hostium præmissis, clamor, ut in initio bellorum
solet fleri, utrinque attollitur.
Entre les derniers mots du fol. 25 v° de Toeneio et les pre¬
miers mots du fol. 26 r° Denique catervis , il y a une lacune
considérable que rien ne fait apercevoir au premier abord et qui
ne se révèle au lecteur que par l’interruption du sens. Il manque
en effet la fin du ch. xvii, les ch. xviii, xix et xx, plus le com¬
mencement du ch. xxi. Tout cela devait à l’origine remplir
quatre pages ou deux feuillets, qui ont été coupés, l’un à la fin
du cahier E, l’autre au commencement du cahier F, et dont les
vestiges sont encore visibles au fond du volume, entre les
fol. 25 et 26. Ces deux feuillets ont disparu de très bonne heure,
à un moment peut-être où aucune copie n’avait encore été faite
du livre VIII. En effet, la portion du texte que l’enlèvement des
deux feuillets a fait disparaître du manuscrit de Leyde manque
également dans tous les exemplaires connus du livre VIII de
Y Histoire des Normands; mais le manuscrit de Leyde est le
‘seul dans lequel la lacune coïncide avec l’absence matérielle de
deux feuillets. Ainsi, pour nous en tenir aux dix manuscrits
de la Bibliothèque nationale, voici comment ce passage y est
copié :
Dans le n° 5997 a, le scribe a tenu compte de la lacune ; il a
laissé un blanc considérable entre le mot Toeneio (fol. 49) et le
mot catervis (fol. 50); il a, de plus, supprimé le mot denique.
Le texte est absolument dans le même état au fol. 417 du
ms. 6044 et aux fol. 92 v° et 93 du ms. 6217, où nous remar¬
quons à la fois la réserve d’un espace blanc et l’omission du
mot denique. Ce mot denique a été rétabli après coup dans le
ms. 6217.
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520
MATÉRIAUX POUR L’ÉDITION
Au lieu de supprimer le mot denique , un copiste s’est imaginé
de le remplacer par inique : d’où la leçon Radulfus de Toeneio
inique cater'vis ..., sans réserve de blanc, dans le ms. 5997,
fol. 54. — Le ms. 6002, fol. 81 v° et 83 v°, qui avait primitive¬
ment la leçon du manuscrit de Leyde Radulphus de Toeneio
denique... catervis ! , a été corrigé à l’aide d’une copie sem¬
blable à celle du ms. 5997 ; le mot inique y a été substitué en
interligne au mot denique. — Dans deux manuscrits (5998,
fol. 108, et 6000, fol. 64), le mot denique a été remplacé par
inique itaque , et dans deux autres (12882, fol. 97 v°, et 14663,
fol. 124), par inque. — Un dernier, enfin (5999, fol. 161 v°),
nous offre la leçon quinque.
Il y a là peut-être des indications suffisantes pour grouper
généalogiquement les dix exemplaires de la Bibliothèque natio¬
nale. Il y a du moins, je crois, la preuve matérielle que ces dix
exemplaires dérivent tous plus ou moins directement du manus¬
crit de Leyde.
Le ms. 20 de Leyde offre donc une importance capitale pour
étudier les modifications que Robert de Torigni fit subir à Y His¬
toire des Normands de Guillaume de Jumièges. Aussi est-il
fort regrettable que les seize premiers feuillets en aient disparu.
Pour y suppléer dans les limites du possible, il ne sera pas inu¬
tile de déterminer quels exemplaires dérivent le plus directement
du manuscrit de Leyde, c’est-à-dire du manuscrit original de
Robert de Torigni. Sans risquer une solution encore aujourd’hui
prématurée, je crois pouvoir recommander les manuscrits
latins 5997, 5999 et 14663 de la Bibliothèque nationale et le
manuscrit 77 de Leyde. Ces quatre manuscrits ont, avec le
manuscrit de Robert de Torigni, un trait de ressemblance qui
ne saurait être fortuit : dans tous les cinq, nous trouvons sem¬
blablement groupés trois ouvrages historiques, qui n’ont entre
eux aucun lien et que le hasard seul pouvait rapprocher : Y His¬
toire des Normands , par Guillaume de Jumièges et Robert de
Torigni, la Vie de Charlemagne , par Eginhard, et Y Abrégé
des Gestes des rois de France , commençant par les mots
Antenor et aliiprofugi...
1. Le copiste du manuscrit G002 avait seulement commis la faute de placer
le mot denique avant le blanc, au lieu de le placer après.
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DE GUILLAUME DE JUMlÈGES.
521
Ce n’est pas seulement pour l’établissement du texte de Y His¬
toire des Normands que le ms. 20 de Leyde est important à
consulter. Il mérite encore d’être sérieusement examiné pour
déterminer à quelle date a été composé Y Abrégé des Gestes des
rois de France , commençant par les mots : « Antenor et alii
profugi... »*. La valeur de cet Abrégé n’est plus à démontrer,
depuis que Jules Lair 1 2 a signalé l’usage qu’en ont fait Philippe
Mouskes et les rédacteurs des Grandes Chroniques ; mais
l’époque de la composition est encore fort discutable. J. Lair 3
ne la croyait pas antérieure à l’année 1185. La présence de
cet ouvrage, au milieu du xn® siècle, dans la bibliothèque de
l’abbaye du Bec me paraît établie par l’histoire du manuscrit qui
nous occupe en ce moment. La question est donc à reprendre,
en combinant cette donnée nouvelle avec toutes les particulari¬
tés que J. Lair a dégagées avec tant de sagacité dans son étude
sur le ms. latin 12710 de la Bibliothèque nationale.
Au manuscrit qui vient d’être décrit peut, à certains égards,
se rattacher un autre manuscrit de Leyde, le manuscrit 77,
venu de Petau, qui contient en assez bon état une notable partie
des textes historiques réunis dans le manuscrit de Saint-Victor,
aujourd’hui n° 14603 du fonds latin de la Bibliothèque nationale.
Mais ce n’est pas ici le lieu de s’en occuper. Il suffit de ren¬
voyer aux notices qui s’en trouvent dans le Serapeum (t. IV,
p. 47, article de Zacher) et dans mes Mélanges de paléogra¬
phie et de bibliographie (p. 190).
1. Cet abrégé se trouve à la Bibliothèque nationale dans cinq manuscrits du
fonds latin : 4937 , 4938, 5997, 5999 et 14663, dans le manuscrit 90 de Berne,
dans le manuscrit 9178 (le Bruxelles et dans les manuscrits 20 et 77 de Leyde.
La dernière partie a été publiée d'après le manuscrit 14663 dans le Recueil
des historiens (t. VI, p. 238; t. VII, p. 255; t. X, p. 226; t. XI, p. 213; t. XII,
p. 67). M. Weitz a publié VAbrégé dans les Scriptores de Perlz (l. IX, p. 395),
d’après les manuscrits de Berne et de Bruxelles.
Le manuscrit latin 4937 de la Bibliothèque nationale est un de ceux qui ont
été dérobés vers l'année 1810; la plupart des cahiers se sont retrouvés chez
lord Ashburnham, mais on n’a pas encore découvert le sort des feuillets qui
contenaient Y Abrégé des gestes des rois de France. Voir la Bibliothèque de
tÊcole des chartes (6* série, t. II, p. 257, année 1866) et surtout mon Cata¬
logue des manuscrits des fonds Libri et Barrois (Paris, 1888), p. 20t.
2. Bibliothèque de l'École des chartes, t. XXXV, p. 575-578.
3. Ibid., p. 575.
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522
MATÉRIAUX POUR l/ÉDITION
Dans l’accomplissement de la tâche que mon confrère et ami
M. Henri Moranvillé, au nom de Madame Jules Lair, m’avait
confiée, j’ai été constamment secondé par le concours empressé
de mes camarades du Département des manuscrits de la Biblio¬
thèque nationale. Les gracieuses communications de M. Lori-
quet, bibliothécaire de Rouen, et de M. Richard, bibliothécaire
d’Alençon, m’ont été du plus grand secours, et je ne sais com¬
ment remercier les chefs de la Bibliothèque universitaire de
Leyde, M. le directeur de Vries et M. le conserv ateur des manus¬
crits Molhuysen, des facilités qu’ils m’ont libéralement accor¬
dées pour obtenir une excellente reproduction du manuscrit de
Robert de Torigni conservé dans leurs riches collections.
Les phototypies de ce recueil sont sorties de l’atelier de
MM. Fortier et Marotte, de Paris. L’exécution en a été dirigée
et surveillée de très près par mon confrère M. Froment, l’un
des meilleurs amis, l’un des plus dévoués collaborateurs de
Jules Lair, aussi bien pour les travaux d’érudition historique
que pour la participation aux grandes affaires financières.
III.
Concordance des deux manuscrits avec l’édition
d’André Duchesne.
La reproduction phototypique que Madame Jules Lair a fait
exécuter du manuscrit de Saint-Évroul et du manuscrit du Bec
simplifiera beaucoup la tâche du futur éditeur de l’Histoire de
Guillaume de Jumièges; mais dès maintenant cette reproduction
rendra de grands services aux savants qui voudraient se livrer
à la vérification de nombreux passages pour savoir quelle en
est la valeur, suivant qu’ils doivent être attribués à Guillaume
de Jumièges, ou à Orderic Vital, ou à Robert de Torigni. A l’aide
des concordances que publie la Bibliothèque de l’École des
chartes , il sera le plus souvent facile de trouver la place qu’un
passage de l’édition de Duchesne occupe soit dans le manuscrit
d’Orderic Vital, soit dans celui de Robert de Torigni. Comme les
planches de la reproduction sont généralement dépourvues de
cotes, j’ai dû les désigner par les premiers mots de la page, pré-
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DE GUILLAUME DE JUMIBGES.
523
cédés de la cote des manuscrits originaux. J’espère que la
recherche ne sera jamais bien compliquée. Par exemple, vou¬
dra-t-on savoir où se trouve dans les deux manuscrits le cha¬
pitre relatif à la campagne du roi Henri I er , dans laquelle furent
brûlés les châteaux de Tillières et d’Argentan : le fait est rap¬
porté à la p. 269 de l’édition d’André Duchesne et les tables de
concordance font voir que le commencement de la p. 269 de
Duchesne se trouve dans le manuscrit d’Orderic au fol. 136,
commençant par ilico se intra , et dans le manuscrit de Robert
de Torigni au fol. 11 v°, commençant par füiam uxorem.
Concordance du manuscrit d’Orderic Vital
avec l’édition d’André Duchesne.
Au fol. 116, l’épître de Guillaume de Jumièges au roi Guil¬
laume le Conquérant, p. 215 de l’édition de Duchesne.
Au fol. 116 v° jusqu’au fol. 118 v°, texte du premier livre
intitulé : Incipit liber primus in Normannorum pressuris,
quibus Franciam afftixerunt. Il se termine au fol. 118 v° par
cette rubrique : Explicit liber primus de Normannorum
crudelitate qua Neustria graviter oppressa est. La différence
des textes ne permet pas d’établir la concordance avec les pages
de l’édition, dans laquelle le livre I occupe les p. 217-221.
Du fol. 118 v° au fol. 121, le livre II : Incipit liber II. De
Rollone. — Explicit de Rollone. La différence du texte de
l’édition (p. 211-213) ne permet pas non plus d’établir une con¬
cordance.
Ms. d’Orderic Vital.
Édition de Duchesne.
116 v°. Incipit liber primus. . 216
118 v°. Hastingus dominum...
Incipit liber II de Rollone . . 226
121. cum Dro subditorum.
Incipit de Willemo duce. . . 233
121 v°. Rotomagensis .... 234
122. sullimavit. Quod .... 235
122 v°. et karitatem.236
123. fraude abstulit.238
123 v°. ... populus utriusque . . 238
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524
MATÉRIAUX POUR L’ÉDITION
Ms. d’Orderic ViUl. Édition de Dnchesne.
Incipit de Ricardo . 239. .
124. euraque furentium. . . . 239. .
124 v°. se res habeant .... 240. .
125. extitit et.241. . ,
125 v°. militis incidit .... 242. .
126. flliam suam. 243. .
126 v°. flliam ejus. 244. .
127. repertis comitibus .... 245. .
127 v°. Ubi vero. 247. .
128. abstulit et cuncta .... 248. .
Explicit de Ricardo.
128 v°. in nomine. 249. .
129. ut fratrem. 250. .
129 v°. puella corpore .... 251. .
130. sacramentorum. 252. .
130 y*. (Ilium nomine .... 253. .
131. eos ad prædam. 254. .
131 v 4 *. proditione. 255. .
132. amore suo. 256. .
Explicit de Ricardo secundo.
132 v*. relatu quos. 257. . .
133. jure a serviminis .... 259. . .
133 v°. formidantes. 260. . .
134. ingenti Normanniam ... 261 et 265
134 v°. Ætlelredi regis .... 266. . .
Explicit de Ricardo tercio.
135. eorum ferina. 267. . ,
135 v°. omnes vicinos .... 268. . .
136. illico se intra. 269. .
136 v°. quos illi in. 270. . .
137. legitimus restitutor . . . 271. . ,
137 v°. nullo résistante .... 272. . .
138. Justus et. 274. . ,
138 v*. Ad extremum .... 275. . .
139. ... nec mora sicut .... 276. .
139 v«. ... quid sibi contigisset . 277. . .
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DE GUILLAUME DE JUMIEGES.
525
Concordance du manuscrit de Robert de Torigni
avec l’édition d’André Duchesne.
Ms. de Robert de Torigni.
1 v°. 4 .
2. dum per legatos . . .
2 v®. micavimus. Ubi . .
3. per succedentia . . .
3 v°. sponte dedere . . .
4. sident et captum . . .
4 v®. et machinis ....
5. reddidit et.
5 v®. partim veracium . .
6. donec ejus.
6 v®. et utrosque....
7. mentionem, libet . . .
7 v°. conveniebant . . .
8. ætatis jam.
8 v®. Epytaphium . . .
9. tempore quo ....
9 v®. consolatione. . . .
9 v®-10 v®.*.
10 v®. Incipit liber sextus 1 2 3
11. Turstini cum....
11 v®. filiam uxorem. . .
12. Tune Rodulfus . . .
12 v®. ilium Ileroldo. . .
13. traxisse dicitur . . .
13 v®. facere, nobili . . .
14. ut successores . . .
14 v®. Franciam repetente .
15. Penuria, quam . . .
15 v®. In diebus illis. . .
16. Non multo post . . .
16 v®. et qualitatem loci. .
Édition de Duchesne.
250
251
252
253
254
255
256
257
259
260
261
262
264
264
265
266
• vwi• •
. 268. .
. 269. .
. 270. .
. 271. .
. 272. .
. 273. .
. 274. .
. 276. .
. 277. .
. 278. .
. 279. . .
. 280. . .
1. Feuillet initial sur lequel est indiqué le contenu du volume.
2. Table du livre VI, laquelle n'est pas dans l'édition.
3. Liber septimus (Duchesne).
I
526 MATÉRIAUX POUR L ÉD1TION DE GUILLAUME DE JUMIÉGES.
Ms. de Robert de Torigni. Édition de Ducbesne.
17. irritatU9 arabagibus. ... 281.
17 v®. lasset, missis. 282.
18. acriter superveniens. . . . 283.
18 v°. admodum expertus . . . 284.
19. Adelizam filiam. 285.
19 v°. Chuningi. 286.
20. ut ferunt. 287.
20 v®. dévia queque. 288.
21. carant auxilium. 290.
21 v°. Henricus, qui.291.
22 .«.
22 v^. Incipit liber VII . . . 292.
23. apud Rothomagura .... 293.
23 v°. sub Normannorum . . . 295.
24. predicti sui. 296.
24 v°. ducatum Normanniæ . . 298.
25. interesset occiderent. . . . 299.
25 v°. verum etiam. 300.
26. denique catervis. 302.
26 v®. sollicitudini. 303.
27. sub eodem. 305.
27 v®. saltem delata. 306.
28. veniens causa regis .... 307.
28 v®. tempore regiminis . . . 308.
29. Quod modicum. 309.
29 v®. heredem sui.310.
30. de Ponte Audomari. . . . 312.
30 v®. Nam cum degeret . . . 313.
31. laudabilis vitæ.314.
31 v®. Quantæ humilitatis ... 315.
32. Cornes vero rem.316.
32 v®. pœna multatam .... 317.
1. Fin de la table du livre, laquelle n’est pas dans l’édition.
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LE DROIT D’APPEL
DÉNOMMÉ APPEL VOLAGE ET APPEL FRIVOLE.
L’appel volage est une forme particulière qu’affecta le droit
d’appel dans une région renfermant environ dix-neuf cents loca¬
lités, jadis comprises dans les limites des bailliages de Verman-
dois, de Vitry et de Senlis 1 et situées aujourd’hui dans les dépar¬
tements de l’Aisne, des Ardennes, de la Marne et de l’Oise. Les
habitants avaient coutume de partager cette étendue de territoire
eu cinq petits pays, constituant autant de sergenteries, qu’ils
appelaient : le Porcien, la Thiérache, le Laonnais, la Cham¬
pagne et le Soissonnais 2 , et cet ensemble constituait le ressort
de la prévôté foraine de Laon. L’histoire de cette institution
1. Peu de localités étaient comprises dans ce bailliage qui, dans le cours des
siècles, fut souvent uni an Vermandois.
2. D'après le document de l'année 1296, qui constitue notre première pièce
justificative, nous voyons que les localités dont les habitants venaient en appel
volage & Laon étaient situées dans les limites actuelles des départements et
cantons suivants :
Porcien. — Partie nord-ouest du département des Ardennes avec les can¬
tons de Signy-l'Abbaye, Chaumont-Porcien, Novion-Porcien, Chàteau-Porcien,
Rethel en partie, le Chesne et, dans le département de l'Aisne, une partie du
canton de Sissonne.
Thiérache. — Partie nord-est du département de l'Aisne avec les cantons
de la Capelle, Hirson, Aubenton, Vervins, Rozoy-sur-Serre, Sains, Ribemont
et une partie des cantons de Marie et de Crécy-sur-Serre.
Laonnais. — Partie centrale du département de l’Aisne avec les cantons de
Moy, la Fére, Chauny et une partie des cantons de Crécy-sur-Serre, Coucy-
le-ChAteau, Anizy-le-Château, Craonne, Sissonne.
Champagne. — Dans le département de l'Oise : partie du canton d’Attichy.
Dans l'Aisne : cantons de Vic-sur-Aisne, NeufchAtel-sur-Aisne et partie des
cantons de Coucy-le-Château, Soissons, Braine, Craonne. La partie nord-est
do département de la Marne avec les cantons de Suippes, Châlons, Reims,
Bourgogne, Avise et une partie des cantons de Fismes et de Ville-en-Tarde-
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528
LE DEOIT D'APPEL
mérite d’être retracée d’une façon plus précise qu’on ne l’a fait S
faute d’avoir connu ou utilisé quelques documents provenant de
plusieurs fonds et très dispersés dans nos archives actuelles.
L’appel volage naissait de la faculté qu’avait le défendeur,
dans un procès porté devant un juge seigneurial, de ne pas
répondre à la partie adverse en la cour seigneuriale, mais avant
qu’aucune sentence eût été prononcée, de porter par appel la
cause en litige par-devant les juges royaux siégeant à Laon, au
bailliage de Vermandois : de cette façon, la procédure commen¬
cée par-devant le juge seigneurial était brusquement inter¬
rompue, la cause s’envolait pour ainsi dire ailleurs; aussi, dès
le xiii* siècle, l’expression « appeaux volages », appellationes
seu provocationes volagie , a désigné ce genre d’appel auquel
pouvaient avoir recours les habitants d’une partie des bailliages
de Vermandois, de Vitry et de Senlis au profit de la juridiction
souveraine du roi.
La partie qui voulait interjeter appel faisait, par une décla¬
ration verbale, la dénonciation de l’appel à la juridiction qui ne lui
paraissait pas compétente. BoutiUier, dans sa Somme rural ,
composée dans la seconde moitié du xiv* siècle, avant 1395,
nous apprend comment l’on procédait ; il dit : « Appel volage ...
est communément usité en Laonois plus que ailleurs, et cecy se
faict : si tost que aucun est adjourné devant juge à certain jour,
il peut venir au juge au jour ou devant, ou soit ce que la cause
soit encommencée ou non et dire : Sire juge, vous m’avez faict
adjoumer par devant vous à la requeste de tel , si qu’on me
dict , si ay cause d’appelle»' de vous et de vostre jurisdiction ,
nois. Dans les Ardennes : le canlon de Tourteron et une partie des cantons
d’Asfeld, Rethel et Novion-Porcien.
Soissonnais. — Dans le département de l'Aisne : cantons de Vailly et d’Oul-
chy-le-Château, ainsi qu'une partie des cantons de Coucy-le-Ch&teau, Anizy-le-
Château, Soissons, Braine, Craonne. Dans la Marne : une partie des cantons
de Fismes et de Ville-en-Tardenois.
1. Quelques lignes ont été consacrées A l'appel volage par Beugnot ( lesOlim
ou registres des arrêts rendus par ta cour du roi, dans la Coll, des docu¬
ments inédits , t. III, 1” partie. Paris, 1844, in-4*, p. xxvi) et Boutaric (la
France sous Philippe le Bel. Paris, 1801, in-8*, p. 190). Les auteurs anciens
en parlent aussi fort peu, on trouve quelques lignes seulement dans Laurens
Bouchel, la Bibliothèque ou Thrêsor du droit français, t. I. Paris, 1629, in-fol.,
p. 236. M. A. Combier, qui a consacré de nombreux travaux à l'histoire judi¬
ciaire do bailliage de Vermandois, n'a rien écrit sur l’appel volage.
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ofaOHMÏ « APPEL VOLAGE » ET « APPEL FRIVOLE ». 529
et pour ce en appelé-je d’appel volage (et le doit aussi nommer
à l’appel faire), et pour soustenir dès maintenant mon appel
volage , je vous adjoume par devant monseigneur le bailly
de Vermandois ou son lieutenant , au premier siège à Laon ,
au jour de la prochaine assise, contre moy , à voir souste¬
nir mondict volage appel , et si vous cuidez que bon soit ,
soyez-y. Dès maintenant intime ma partie adverse quelle y
soit, si bon luy semble,pour voir par moy soustenir mondict
appel volage. Et n’y faut adjournement, ne puis aussi le juge
appelé n’y oseroit procéder en outre sur peine de attempter. Et
si le juge ne compare au jour, l’appelant auroit comparu et com¬
mission pour faire adjourner et intériner. Et si l’appelant avoit
alors prouvé que le juge eust ainsi appelé et adjourné, lors
seroit à l’appellant donné défaut en cas d’appel. Et est ceste
coustume fort observée audict pays de Laonois et environ 1 . »
Vappel volage n’était donc autre chose que « l’exception
d’incompétence portée au tribunal supérieur sous une forme
beaucoup plus simple que celle de l’appel ordinaire » 2 .
L’usage de l’appel volage n’a pas été établi par un acte écrit.
Dans la seconde moitié du xin® siècle, en 1269, le bailli de Ver¬
mandois, Gautier Bardin, obligé de prouver le droit qu’avait le
roi de recevoir ces appels à sa cour de Laon, ne put invoquer
que le long usage de l’institution observée a tempore a quo non est
memoria 3 . L’influence des rois capétiens en Vermandois, très
sensible dès la fin du xu® siècle, a certainement beaucoup aidé
à l’extension de l’appel volage. Dans une enquête faite le 24 no¬
vembre 1221 malgré l’opposition d’Anselme de Mauni, évêque
de Laon, par Guérin, évêque de Senlis, sur les droits du roi dans
la ville de Laon, ainsi que dans le duché et comté de Laon, nous
lisons que toutes les fois qu’il ne s’agit pas de questions rele-
1. Somme rural, ou le Grand Coustumier général de practique civil et
canon, composé par M. Jean Bouteiller, édition de Louys Charondas le Caron
(Paris, 1603, in-4*), livre II, titre XIIII. Les premières éditions de Bouteiller
ne renferment pas ce passage. Une bonne liste des éditions 6e trouve dans le
Catalogue général des livres imprimés de la Bibliothèque nationale , t. XVIII
(Paris, 1904, in-8*), col. 264-267. Cf. Bibl. nat., ras. fr. 202, fol. 222 v* et 21010.
2. E. Glasson, Histoire du droit et des institutions de la France, t. VI (Paris,
1895, in-8*), p. 586.
3. Cf. ci-après, p. 532.
1910 34
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530
LE DROIT D'APPEL
vaut uniquement de la juridiction ecclésiastique, l'appel se fait
à la cour du roi, où les échevins de Laon jugent sur l’ordre du
prévôt ou du bailli royal 1 . Le rôle des échevins conserva long¬
temps la meme importance, puisqu’un rapport présenté au roi
vers 1294 fait savoir que < li eschevins sont nez de la ville de
Laon et se font entre aus par élection et jugent les causes le roi,
les gentishommes du païs, si comme le seigneur de Couci et le
conte de Rouci et d’autres, et bien xix c villes qui viennent estre
jugiés pardevant lesdiz eschevins » 2 . Les enquêtes faites en 1248
par les Frères Prêcheurs dans les diocèses de Reims et de Laon
citent des appels interjetés « ad curiam prepositorum Laudu-
nensium » et laissent entrevoir le désir qu’a le demandeur de se
soustraire à l’obligation de faire le voyage de Laon, même en
sacrifiant son droit 3 . Il y eut donc là une source d’abus, car le
défendeur ne manquait pas de profiter de la faculté qu’il avait de
mettre la partie adverse dans l’obligation de renoncer à des
poursuites plus onéreuses que profitables; aussi, dès la fin du
règne de saint Louis, les habitants commencent à se plaindre
collectivement de l’appel volage. Pour les seigneurs, cet usage
est préjudiciable, puisqu’il leur enlève les revenus, très impor¬
tants au moyen âge, qu’ils auraient tirés de procès terminés en
leurs cours de justice, aussi, en 1266, saint Louis dut, en recevant
1. 1221, 24 novembre, Laon. Enquête de Guérin de Senlis. Éd. A. Giry,
Documents sur les relations de la royauté avec les villes en France de 1180
à 131b, dans le Recueil de textes pour servir à T étude et à Censeignement de
Vhistoire. Paris, 1885, gr. in-8*, n* XIX, p. 55-58.
2. [ V. 1294.] Motifs proposés à Philippe le Bel pour supprimer la commune
de Laon. Éd. A. Giry, Ibid., n* L, p. 142-143.
3. Arch. nat., J 770, n* 1 (H.-F. Delaborde, Layettes du Trésor des chartes,
t. V. Paris, 1909, in-4% n* 520). Éd. Recueil des historiens des Gaules et de
la France, t. XXIV (Paris, 1904, in-fol.), p. 278-279 (n* 44). Par exemple :
« Item, dicunt quod, cum Petrus dictus Renciens, de Alneto (Launoy-sur-
Vences, Ardennes, canl. de Signy-l'Abbaye), invenisset Johannem dictum Tri-
galet, de Villari le Torneur (Villers-le-Tourneur, Ardennes, cant. de Novion-
Porcien), coram justicia de Alneto, dixit dictus Petrus quod conquerebatur de
dicto Johanne qui ei debebat xxx denarios nec reddere volebat; dictus vero
Johannes statira dictum Petrum ad curiam prepositorum Laudunensium appel*
lavit sine diei assigoatione. Quod audiens dictus Petrus, dixit quod potins
▼olebat dictum debitum in eodem statu dimittere quam dictam appellatio-
nem prosequl. Et sic justicia dictum Johannem liberum abire permlsit. Dic¬
tus vero Petrus dictam appellationem non est prosecutus » (Ibid., p. 278 JK-
279 A).
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DÉNOMMÉ « APPEL VOLAGE » BT « APPEL FRIVOLE ». 531
l’hommage lige de Jean de Baslieux 1 , exempter ce seigneur et
tous ses sujets de l’obligation de se présenter « ad appellationes
Laudunenses » 2 . Pour les sujets, hommes des seigneurs ou habi¬
tants des communes, l’appel volage était une cause de nombreux
ennuis. Il leur fallait abandonner leurs occupations journalières
pour faire le voyage de Laon, déplacement coûteux, car cer¬
taines localités étaient assez éloignées de la ville prévôtale, aussi
nous voyons des communes demander à ne pas être obligées de
plaider en appel à Laon. Les réclamations faites à ce sujet par
les habitants de Crandelain 3 furent jugées mal fondées par le
parlement de la Pentecôte 1263 4 , mais les plaintes contre cette
institution n’en devinrent pas moins plus nombreuses. Au par¬
lement de la Toussaint 1269, ce furent le maire et les jurés de
Bruyères-sous-Laon 5 qui portèrent plainte contre le bailli deVer-
mandois, Gautier Bardin, qui obligeait les habitants de cette com¬
mune à plaider à Laon « racione appellacionum Lauduni », dans
des cas autres que l’appel interjeté pour faux jugement 6 ou défaute
t. Baslieux-les-Fismes, Marne, arr. de Reims, cant. de Fismes.
2. Arcb. nat., J 622. Éd. E. Berger, Layettes du Trésor des chartes , t. IV
(1902, in-4*), n* 5168, p. 180-181.
3. Crandelain-et-Malval, Aisne, cant. de Craoune, arr. de Laon. Crandelain
était le chef-lieu d'une confédération communale constituée en 1196, avec le
consentement du seigneur, par les hommes de l'abbaye de Saint-Jean de Laon
et composée des villages de Crandelain, Truci, Courtecon, Malval, Collegis et
Lierval. Cf. A. Luchaire, les Communes françaises à l'époque des Capétiens
directs. Paris, 1890, in-8*, p. 79. Le charte de Crandelain était dérivée de Y Ins¬
titution de paix accordée A Laon par Louis VI le 26 août 1128. Cf. L. Delisle,
Catalogue des actes de Philippe-Auguste (Paris, 1856, in-8*), n* 491, p. 116—
117, et Ordonnances des roys de France , t. XI, p. 277.
4. « Audita carta hominum de Grandelayn et diligenter inspecta, détermina»
tum fuit quod ipsi tenebantur venire per appellacionem apud Laudunum, et
ibi ligitare », éd. Bcugnot, les Olim ou registre des arrêts rendus par la cour
du roi, dans la Coll, des documents inédits sur l'histoire de France, t. I
(Paris, 1839, in-4*), p. 553-554, n* VIII ; indiq. : E. Boutaric, Actes du Parlement
de Paris (dans Archives de l'Empire. Inventaires et documents publiés par
ordre de l’empereur), t. I (Paris, 1863, in-4*), n* 757, p. 69.
5. Bruyères-et-Montbéraull, Aisne, cant. de Laon. Bruyères était le chef-lieu
d’une confédération communale composée des localités de Bruyères, Chérét,
Vorges et Valbon, auxquelles le roi, l'évêque et la famille du Marché avaient
donné, en 1130, la charte de Laon du 26 août 1128. Cf. A. Luchaire, op. cil.,
p. 79.
6. Un jugement était faux lorsque le juge ou même la cour tout entière
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532
LE DEOIT D'APPEL
de droit 1 , relevant, comme chacun l’admettait, de la juridiction
royale. Le maire et les jurés de Bruyères invoquèrent une clause
de leur charte, de 1130, dérivée de Y Institution de paix accor¬
dée aux bourgeois de Laon par Louis VI le 26 août 1128 2 , qui
semblait devoir leur accorder le privilège de ne pas être obligés
de plaider hors de l’étendue de la juridiction communale 3 , et qui,
dans le cas présent, rendait évident leur désir d’éviter les dépla¬
cements onéreux. Cependant, malgré le texte de la charte, on
préféra s’en tenir à la coutume orale, au long usage, origine de
presque toutes nos anciennes coutumes locales. Le bailli de Ver-
mandois affirma que les habitants de Bruyères ainsi que les
autres hommes du pays étaient venus plaider à Laon « a tem-
pore a quo non est memoria », et les habitants eux-mêmes durent
avouer « quod a multo tempore placitaverint taliter per appella-
tiones apud Laudunum », si bien que le roi fut maintenu à leur
égard dans la saisine de son droit de recevoir les appels volages
dans sa cour de Laon 4 . L’affaire se poursuivit sur la question
de propriété et l’arrêt final ne fut rendu qu’au parlement de la
arait manqué à ses devoirs en rendant un jugement faux, déloyal ou menteur.
Cf. B. Glas son, op. cil., p. 580.
1. Il y avait « defaulte de droit » ou déni de justice lorsque le seigneur ou
son magistrat refusait de rendre jugement, ou laissait traîner l'affaire en lon¬
gueur au lieu de l'instruire dans les délais établis par la coutume de la terre.
Ibid., p. 579.
2. Les sources se trouvent dans Giry, Documents sur les relations de la royauté
avec les villes (p. 14, n. 1), où le texte est publié (n* 111, p. 14-19) dans une
confirmation donnée par Philippe-Auguste & Lorris entre le l* r novembre 1189
et le 24 mars 1190.
3. « Homines pacis extra potestatem placitare non compellentur ». Cf.
Ordonnances des roys de France, t. XI (Paris, 1769, in-fol.), p. 247, g 20, où
l'on trouve le texte de la charte de Bruyères (p. 245-247) dans une confirma¬
tion donnée par Philippe-Auguste & Sentis en 1186 (arch. départementales de
l’Aisne, G. 39); cf. L. Delisle, Catalogue des actes de Philippe-Auguste. Paris,
1856, in-8*, n* 182, p. 44. L'Institution de paix pour Laon porte : « Homines
pacis extra civitatem placitare non compellentur ». Cf. A. Giry, op. cit., n* 111,
p. 19, | 29.
4. Les Olim, éd. Beugnot, 1.1 (Paris, 1839, in-4*), p. 769, n* 4 ; indiq. : E. Bon-
tarie, Actes du Parlement de Paris, t. I (Paris, 1863, in-4*), n* 1405, et
L. Delisle, Essai de restitution <fun volume des Olim perdu depuis le
XVI • siècle et jadis .connu sous le nom de Livre Pelu noir ou livre des
enquêtes de Nicolas de Chartres (appendice aux Actes de Boutaric), n* 11,
p. 317.
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DÉNOMMÉ « APPEL VOLAGE » ET « APPEL FRIVOLE ». 533
Toussaint 1271. Les habitants de Bruyères, auxquels s’étaient
joints ceux de Crépy-en-Laonnais 1 , avaient dû avouer qu'ils
étaient allés à Laon, pour y plaider en appel, depuis un temps
immémorial; ils avaient essayé, il est vrai, d’annuler l’effet de
cet aveu en prétendant qu’ils n’allaient aux appels de Laon que
de leur propre volonté et par conséquent sans qu’il y eût là
pour eux cause de préjudice; mais, sans s’arrêter à ce moyen
enfantin, les maîtres du parlement jugèrent que les hommes
de Bruyères et de Crépy continueraient à se rendre « ad appella-
tiones Laudunenses » 2 . L’opposition faite à l’appel volage par
les évêques de Laon était beaucoup plus grave. Ceux-ci jouis¬
saient du droit d’entretenir à Laon, en leur cour ducale, des
juges laïcs qui jugeaient par appel les sujets demeurant sur les
fiefs et arrière-fiefs des duché et comté de Laon, en raison des¬
quels les évêques étaient vassaux du roi de France. La cour
épiscopale étant « cour laie », le roi y avait « son ressort et sa
souveraineté », mais l’évêque faisait porter les causes devant
son official, si bien qu’elles allaient de là, par ressort, à l’arche¬
vêque, puis au pape et que le roi perdait « son ressort, sa justice
et sa souveraineté ». De plus, tout en usurpant au profit de la
juridiction ecclésiastique des appels qui ne concernaient pas des
causes appartenant « à connoissance de cour d’église », l’évêque
défendait à ses sujets et même à d’autres hommes qui ne rele¬
vaient pas de lui d’appeler ou de répondre à l’appel porté à la
cour royale de Laon et les contraignait par la violence et l’ex¬
communication à ne pas user de ce droit qu’ils avaient d’avoir
recours à la justice du roi. Au parlement de la Saint-Martin
1282, le bailli de Vermandois, Gautier Bardin, dénonça énergi¬
quement les prétentions des évêques de Laon et l’abus qu’ils
faisaient de leur autorité au détriment de la souveraineté du roi
et du droit qu’avait celui-ci « d’avoir les apiaus en sa cour à
1. Crépy, Aisne, cant. de Laon. La charte donnée à Crépy par Philippe-
Auguste en 1184 (1" novembre)-l 185 ( 20 avril) était semblable k celle de
Bruyères. Cf. L. Delisle, Catalogue des actes de Philippe-Auguste, n* 116,
p. 28, et Ordonnances, t. XI, p. 234-236.
2. « Tandem, quia ipsi cognoverunt se, sicut et alios de terra ipsa, ad appel-
laciones Laudunenses hactenus ivisse, set hoc erat de voluntate eorum, propter
quod non prejudicabat eisdem, sicut dicebant, pronunciatum fuit quod ad dic¬
tas appellaciones ire tenebantur, sicut hactenus fuerat usilatum. » Olim, t. I,
p. 875, n* XXVI; indiq. : E. Boutaric, op. cit., n* 1752, p. 163.
Mit
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LE DBOIT D’APPEL
Loon » 1 ; mais le bailli ne pouvait invoquer que le long usage,
— preuve insuffisante cette fois en face des droits de même
nature dont jouissaient les évêques de Laon, — et « s’autre raison
n'i avoit », la « royal dignité » du souverain qui domine le monde
féodal ; si bien que la question ne fut pas définitivement tranchée.
Un peu plus tard, un arrêt du parlement de la Pentecôte 1285,
concernant le prieuré de Saint-Erme 2 , fondé par l’abbesse de
Lobbe, prescrit de rechercher si les évêques de Laon ont cou¬
tume de venir « aux appels du roi » à Laon et dans quels cas 3 ,
mais une mesure d’ordre général, la suppression de l’appel volage
par Philippe le Bel, allait bientôt résoudre momentanément
toutes les difficultés.
Les décisions prises par le gouvernement de Philippe le Bel
à propos de l’appel volage nous sont suffis amm ent connues parce
«
1. < Ou non de nostre seigneur le roi, et pour lui, dit et propose li baillis
de Vertnandois contre l’évesque de Loon, que comme li rois soit en saisine d’avoir
les apiaus en sa court, à Loon, généraument de la terre de Loonnois, de la terTe
le comte de Rouci, de la terre le seigneur de Couci, de la terre de Porciens
et de plusieurs autres pais, terres et viles qui, en lieu et en tens, seront nom¬
mées et monstrées, se mestiers est, desquels apiaus et de laquelle saisine li
roi use et a usé par sa gent et par la gent de ses devanciers si clereroent, si
notoirement et si apertement et par tant de tens que, s’autre raison n’i avoit,
par raison de sa royal dignité ou par autre, ce que il a, se l’en est drois acquis
par raison de la dite saisine et dou lonc usage devant dit. Or, dit li baillis, que
li dis évesques qui ore est, et aucun de ses devanciers évesques de Loon ont
aucune fois défendu à leur hommes que il n’apelassent li uns l’autre et quant
il faisoient contre le commandement et la défense, il les contraignoient, ou par
prise de corps, de chaleux ou par semonses ou par escommeniemens et en
moult d’autres manière, et ce meismes faisoient-il seur autre gent qui n’estoient
leur homme, ne leur couchant ne leur levant ; et par ces fais et par ces manières,
il n’osoient apcler ne poursuir leur apiaus, et ainsi par ces fais et par ces
manières, qui ne sunt mie raisonnables, ils se sunt bouté et mis en une saisine
de tenser leurs hommes de cors de Loonnois des apiaui de Loon et de défendre
que il n’i viegnent mie, et ce ont-il fait en troublant et en empeeschant la sai¬
sine et la droiture le roi, ne droit n’avoient de ce faire ne n’a encores li dis
évesques, ne tant ne l’a fait li dis évesques ne si devancier que pour chose que
il en aient faite, que droit leur en 6oit acquis, ne li droit le roi estains, qui
devant en toit acquis... • Olim, éd. Beugnot, t. II (1842), p. 218-220, n* XLVI.
Cf. Ch.-V. Langlois, le Règne de Philippe III le Hardi. Paris, 1887, in-8*,
p. 277.
2. Aisne, cant. de Sissonne, arr. de Laon.
3. « Et inquiretur si episcopus Laudunensis seu predecessores sui consueve-
runt venire ad appellaciones domini regis, apud Laudunum, et in quibus casi-
bus ». Olim, éd. Beugnot, t. II (1842), p. 242, n* IL
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DÉNOMMÉ « APPEL VOLAGE » ET « APPEL FRIVOLE ». 535
que plusieurs pièces concernant cette affaire, conservées par
Guillaume de Plaisians dans ses archives, puis inventoriées
après sa mort (1313) et désignées dans l’inventaire 1 sous la
rubrique : Scripta que videntur tangere appellationes Lau-
dunenses 2 , qui fut également inscrite au dos de l’une des pièces 3 ,
sont entrées au Trésor des chartes et sont parvenues jusqu’à
nous, bien que très dispersées et même distraites de leur fonds
d’origine.
L’événement qui dut favoriser le plus l’abolition de l’appel
volage fut sans doute la suppression de la commune de Laon
(mars 1296) 4 , car, tout en faisant des enquêtes concernant la
commune, les gens du roi ne manquèrent pas d’accueillir toutes les
réclamations susceptibles de favoriser la réforme des institutions
de la région pour le plus grand profit du roi et des sujets. Les
plaintes contre l’appel volage qui se faisaient entendre isolément
depuis un demi-siècle furent cette fois presque unanimes. Chaque
communauté adressa au roi ses doléances 5 tendant à prouver
que ces appels constamment interjetés à la cour royale de Laon
causaient de très graves préjudices aux sujets et rapportaient
bien peu au roi 6 . Les communes ne manquèrent pas d’invoquer
1. * Hec sont littere reperte in domo defoncti domini Guillelmi dePlasiano »,
Bibl. nat., ms. Dupuy 635, fol. 106, col. 2 et suiv. Éd. Ch.-V. Langlois, les
Papiers de Guillaume de Nogaret et de Guillaume de Plaisians au Trésor des
chartes (extrait des Notices et extraits des manuscrits..., t. XXXIX, 1908).
2. Ibid., fol. 108 v*, col. 2; éd., Ibid., p. 34, n* 572.
3. Arch. nat., J 233, n* 42; Pièces justificatives, n* II.
4. Le texte de l'arrêt supprimant la commune de Laon a été imprimé en
dernier lieu par Giry, Documents sur les relations de la royauté avec les villes,
n* LÜI, p. 147-149. Cf. archives départementales de l'Aisne, G 2 (Grand Cartu-
laire de l'évéché de Laon), charte 214, indiq. : A. Matton, Inventaire sommaire
des archives départementales de VAisne, t. III (Laon, 18 5, in-4*), p. 14, col. 1,
et René Poupardin, Cartulaire de Saint-Vincent de Laon (archives du Vati¬
can, Mise. arm. X, 145), dans les Mémoires de la Société de f histoire de Paris
et de l'Ile-de-France, t. XXIX (Paris, 1902, in-8*), p. 255, n* LI.
5. Une allusion est faite A ces doléances dans le préambule des quelques
lettres royaux abolissant l'appel volage parvenues jusqu'à nous et qui seront
indiquées ci-aprés.
6. < Gravera ... decani et capituli Laudunensis querimoniam recepimus con-
tinentem quod ipsi, servientes ipsorum, justiciarii, homines sui et alii manen-
tes in terra sua fréquenter multiraodas patiuntur injurias et jacturas occasione
appellacionura seu provocacionum volagiarum que fiunt sepissirae ad nostram
curiam Laudunensem, ex quibus appellacionibus dicebant modicum nobis
accrescere commodum et eU et suis inferri maximum et evidens detrimentum,
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536
LE DROIT D'APPEL
à nouveau la clause de leur charte, stipulant « quod ipsi homi-
nes extra potestatem placitare non compellantur », espérant
qu’elle serait cette fois prise en considération. De leur côté, les
gens du roi firent une enquête très sérieuse. Ils recherchèrent
quelles étaient les localités dont les habitants devaient répondre
à l’appel volage. L’état qu’ils dressèrent à cette occasion et qui
a pour titre : « Che sunt les viles qui doivent les apiaus en la
cour le Roy à Laon » nous est parvenu 1 ; il a certainement été
écrit en 1295, quelques mois avant la suppression de l’appel
volage, qui eut lieu de décembre 1295 à février 1296. Toutes les
localités intéressées, dont l’ensemble constituait la prévôté foraine
de Laon, ne sont pas énumérées, mais l’on a groupé en cinq
chapitres, correspondant aux cinq sergenteries 2 de Laonnais,
Porcien, Champagne, Thiérache et Soissonnais, les villes les
plus importantes et celles qui, par leur situation géographique,
figuraient les limites extrêmes du ressort de la cour de Laon au
point de vue de l’appel volage. Ceci fait, il fallut fixer les con¬
ditions auxquelles le roi supprimerait l’appel volage qui était
pour lui une source de revenus puisque les plaideurs jugés en
appel à Laon payaient les frais de procédure à la cour royale de
ce lieu. L’idée de donner une compensation pécuniaire fut aussi¬
tôt adoptée. Les habitants s’engagèrent à verser au roi, en une
fois, une certaine somme qui l’indemniserait de la perte que lui
causerait la suppression définitive de l’appel volage. Cette déci¬
sion, probablement suscitée par les gens du roi, fut d’autant
mieux accueillie qu’elle répondait aux besoins du gouvernement
qui cherchait alors par tous les moyens à se procurer de grosses
sommes d’argent pour subvenir aux dépenses qu’exigeait la
guerre avec le roi d’Angleterre 3 . Le montant de la contribution
devait être perçu en imposant chaque localité proportionnellement
propter que nobis predicti decanus et capitula m humiiiter supfpjlicarunt ut
super preTnissis adhibere opportunum remedium dignaremur *. Préambule
des lettres d’abolition expédiées au chapitre de Laon. Minute orig., Arch. nat.,
J 233, n* 45.
1. Bibl. nat., ms. lat. 9016 (anc. suppl. lat. 1480), n* 19. Pièces justificatives ,
n* I.
2. Jusqu'à ce jour, les géographes-historiens n’étaient pas très fixés sur la réa¬
lité de cette division en cinq sergenteries. Les documents que nous faisons con¬
naître la rendent indiscutable.
3. Cf. M. Jusselin, f Impôt royal sous Philippe le Bel , dans les Positions
des thèses de F École des chartes , Promotion de 1906 , p. 116-119.
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DÉSOMMK « APPEL VOLAGE » ET « APPEL FRIVOLE ».
537
au nombre de feux qu’elle contenait. Pour mettre à exécution
ces dispositions préalables, il était nécessaire d’avoir l’avis puis
le consentement des seigneurs et des sujets et de connaître le
nombre des feux renfermés dans chaque localité. A cet effet, les
gens du roi dressèrent pour chaque sergenterie la liste des
localités et placèrent en regard le nom du ou des seigneurs, le
nombre de feux et quelques observations faisant connaitre la
volonté des habitants. Nous avons conservé les états de ce
genre concernant la sergenterie de Laon nais 1 et celle de Por-
cien*; ce sont des documents fort curieux. L’acceptation des
conditions proposées ne paraît pas avoir soulevé de grandes diffi¬
cultés, cependant quelques villes ne voulaient pas « racheter »
au roi ce droit dont il jouissait d’avoir les « apiaus » en sa cour
de Laon ( nolunt redimere\ nolunt redimere appella-
tiones 1 3 4 5 6 7 '), d’autres n’étaient pas d’accord avec leurs seigneurs
(i villa consensit contra dominum') ou bien attendaient leur
décision ( miserunt ad dominum suum et ejus expectant
responsionem u ). Quelques localités situées dans la sergenterie
de Thiérache" et dépendant de Jean de Louvain 8 affirmaient ne
pas être obligées de répondre à l'appel volage, mais les gens du
roi les avaient inscrites sur l’état général des * viles qui doivent
les apiaus * 9 10 , et les sergents chargés des détails de l’enquête
déclaraient que c’était justice (soxicntes regis dicunt quod
tenentur ad appellationes Lauduni U) ).
1. Arch. nal., J 233, n* 42. Pièces justificatives, n* II. Le total des feux est
d’environ 6,200.
2. < Hoc sunt ville, doinini villarurn et numerus focorum in serjanteria de
Portiien » (Arch. nat., J 768, n" 34 A et 34 B, 3 p.). Ce document, mal imprimé
par M. G.-A. Martin ( Essai historique sur Itozoy-sur-Serre et les environs,
t. I, p. 609-613), a été bien publié par M. Auguste Longnon ( Documents rela¬
tifs au comté île Champagne et de Brie , dans la Coll, des documents inédits;
t. 1 : Les fiefs. Paris, 1901, in-4®, g v, n* II, p. 418-421, n** 7304-7404), ce qui
nous dispense de le placer parmi nos pièces justificatives. Les feux sont au
nombre de 8,500 environ.
3. Montaigu. Pièces justificatives, n* II.
4. Renneville. A. Longnon, op. cit., n* 7332, p. 419.
5. Bièvres. Pièces justificatives, n* II.
6. Chauinont-Porcien. A. Longnon, op. cit., n* 7344, p. 419.
7. Saint-Clément, Morgny-en-Thiérache, Cuiry-lez-Iviers, Dohis, Iviers, Bru-
nehamel, Les Autels.
8. Louvain, Belgique, prov. de Brabant.
9. Pièces justificatives, n* I.
10. Cf. A. Longnon, op. cit., n** 7398-7404, p. 421.
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538
LE DBOIT D'APPEL
Dès décembre 1295, mais surtout en février 1296, la chan¬
cellerie expédia les lettres royaux portant suppression de l’appel
volage. Nous avons conservé les lettres originales pour Bruyères 1
et Jumigny 2 , les minutes des lettres pour le doyen et le chapitre
de Laon 3 et pour Cerny 4 et Crandelain 3 et un vidimus des lettres
pour Jean de Vassogne 6 , évêque de Tournai, et les localités de
Cherêt 7 et de Parfondru 8 , dont il était le seigneur 9 . Les minutes
1. Minâtes (Arch. nat., J 233, n** 40 et 41). Original scellé en cire verte sur
lacs de soie verte et rouge, 1295, décembre, Paris. Bibliothèque de Laon, car¬
ton 2, n* 2. Indiq. : Louis Broche, Inventaire sommaire des documents ori¬
ginaux de la bibliothèque communale de Laon , dans la Revue des biblio¬
thèques, 1902, p. 312, n* 63. Autre original jadis scellé sur lacs de soie verte
et rouge, 12%, février, Paris. Ibid., carton 2, n* 3. Indiq. : Ibid., n* 64.
Copies du xvn* siècle. Bibl. nat., coli. dom Grenier, t. 188, fol. 125 v*, et
t. 261, fol. 160.
2. Jumigny, Aisne, cant. de Craonne, arr. de Laon, 12%, février, Paris.
Orig. à la bibliothèque de Tours, ms. 1163, n* 3 (legs André Salmon). Ëd.
L. Delisle, Instructions adressées par le Comité des travaux historiques et scien¬
tifiques aux correspondants du ministère de l'Instruction publique et des
Beaux-Arts. Littérature latine et histoire du moyen âge. Paris, Leroux, 18%,
in-8*, n* 39, p. 81-82.
3. Arch. nat., J 233, n* 45.
4. Arch. nat., J 233, n* 44. Cerny-en-Laonnals, Aisne, cant. de Craonne, arr.
de Laon. Cerny était le chef-lieu d'une commune rurale composée des villages
de Cerny, Chamouille, Beaune, Chivi, Courtonne, Verneuil, Bourg et Comin, A
laquelle Philippe-Auguste donna, en 1184, une charte semblable à celle de
Bruyères. Cf. L. Delisle, Catalogue des actes de Philippe-Auguste, n* 101, p. 25.
5. Arch. nat., J 233, n* 43.
6. Vassogne, Aisne, cant. de Craonne, arr. de Laon. Jean de Vassogne est un
personnage bien connu des historiens de Philippe le Bel. Après avoir été archi¬
diacre de Bruges, il fut élu évêque de Tournai en 1291. Cf. Gams, Sériés epi-
scoporum. Ratisbonne, 1873, in-4*, p. 291.
7. Chérèt, Aisne, cant. de Laon.
8. Parfondru (Profondus vicus), Aisne, cant. de Laon.
9. 12%, février, Paris, dans un vidimus du roi Charles VI donné k Paris en
1394 (Arch. nat. JJ 146, n* 212, fol. 116). Éd. Ordonnances des rois de France,
t. VII (1745), p. 703-704; sous la date de 1290, le texte du registre JJ 146 por¬
tant seulement < nonagesimo ». Indiq. : Pardessus, Table chronologique des
ordonnances des rois de France. Paris, 1847, in-fol., p. 32, également sous la
date de 12%. Secousse ( Ordonnances , t. VII, p. 704, n. d) avait remarqué que
la date des lettres de Philippe IV donnée par le registre du Trésor des chartes
ne pouvait être exacte puisque Michel de Warenghien, évêque de Tournai, pré¬
décesseur de Jean de Vassogne, ne mourut que vers le 30 novembre 1291, mais
il n’avait pu fixer exactement la date de ces lettres qui, perdues dans le t. VII
des Ordonnances, n'ont pas été citées par les auteurs qui ont eu à parler de
l’appel volage. Nous leur rendons ici leur date exacte.
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DÉNOMMÉ « APPEL VOLAGE » ET « APPEL FRIVOLE ». 539
proviennent toutes des archives de Guillaume de Plaisians ; après
avoir été soigneusement corrigées, elles furent transcrites puis
scellées à la demande des habitants 1 . Après un préambule dans
lequel le roi affirme son désir d’agir conformément au bien de ses
sujets et de satisfaire à leurs réclamations concernant le préjudice
que leur cause l’appel volage, les lettres font connaître la somme
moyennant laquelle la communauté sera exempte des « apiaus ».
Dans les minutes, nous trouvons seulement les mots « mediante
precio tali », mais les originaux nous apprennent que les habi¬
tants de Bruyères versèrent 2,000 livres tournois et ceux de la
petite localité de Jumigny, qui avait pour seigneur Guillaume
d’Eppes 2 , clerc, payèrent 131 livres 5 sous tournois 3 , quant à Jean
de Vassogne, évêque de Tournai, il contribua, avec ses hommes
de Cherêt et de Parfondru, au paiement de 50 livres tournois 4 .
Cet exemple est digne d’être remarqué puisqu’il nous prouve
que des seigneurs ont versé leur part de la somme promise au
roi ; mais quelques-uns, comme Pierre de Baulne, allèrent un peu
loin dans cette façon de procéder puisqu’ils payèrent sans con¬
sulter leurs sujets, afin de réserver pour l’avenir de plus grands
profits à leur cour de justice délivrée de l’appel volage 5 . Les
clauses du dispositif sont les mêmes dans toutes les lettres,
mais les impétrants ont souvent fait ajouter quelques dispo-
1. An dos de la minute des lettres pour Bruyères, on lit : « Littere quas
petunt sigillari illi de Brueriis » (J 233, n* 41).
2. Eppes, Aisne, cant. et arr. de Laon.
3. Nous ne possédons pas l'état qui nous aurait fait connaître combien
Bruyères et Jumigny renfermaient de feux, aussi nous ne pouvons pas savoir à
quelle somme chaque feu avait été taxé. A cette époque, dans des cas semblables,
nous voyons que la détermination de la somme A verser est faite par les gens
du roi, pour l'ensemble de la localité, proportionnellement au nombre des feux;
puis la somme fixée est, pour le paiement, répartie par les agents municipaux
proportionnellement à la fortune de chacun.
4. « Dilecto fideli nostro Johanni, episcopo Tornacensi, domino deProfundo-
Vico et majorie de Cheret, successoribusque suis dominis dicte ville et majo-
rie antedicte, majoribusque et scabinis dictorum locorum hominibusque aliis
manentibus et mansuris in dictis villa, territorio et majoria mediantibus quin-
quaginta libris turonensium, quas tam dominus quam homines ipsi nobis prop-
ter hoc dederunt et persolverunt, concedimus quod... » Lettres de Philippe IV,
de février 1296, citées ci-dessus p. 538, n. 9. Nous ne connaissons pas non plus
le nombre de feux existant à Cherét et Parfondru.
5. Nous parlerons ci-après de l'affaire de Pierre de Baulne connue par des
lettres royaux de novembre 1298 renfermées dans les Olim, éd. Beugnot, t. II
(1842), p. 418-419, n» Vil.
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540
LE DROIT D’APPEL
sitions concernant leur situation particulière. Appelants ou
appelés, en ou hors jugement, les habitants ne seront plus tenus
de venir à la cour du roi à Laon afin de poursuivre l’appel,
sous quelque nom qu’il soit désigné, et de répondre aux ajour¬
nements qui leur seront faits à cette occasion 1 . Toutefois, le roi
réserve expressément à son parlement ou aux assises de Laon la
connaissance des appels pour faux jugement ou défaut de droit
dont le jugement appartient par tradition au souverain 2 . En
dehors de ces deux cas royaux, des circonstances exceptionnelles
peuvent rendre nécessaire l’appel d’un habitant hors de la juri¬
diction d’une communauté qui aura acheté l’exemption de l’appel
extra potestatem , aussi quelques lettres font savoir comment
l’on procédera si le cas se présente. Les hommes de Bruyères
devront être cités au parlement par lettres du roi ou aux assises
de la cour royale de Laon par lettres du bailli de Vermandois 3 ;
les sujets du chapitre de Laon ne seront cités qu’au parlement
par lettres royaux adressées au doyen et chapitre et faisant con¬
naître le nom de l’intimé et l’objet de la citation 4 . Après avoir
ainsi, moyennant finance, enlevé à quiconque le droit d’interjeter
contre eux l’appel volage et diminué à leur profit l’observance
de cet ancien usage, les habitants tinrent cependant à conserver
l’institution dans la mesure où elle pourrait servir leurs intérêts.
En effet, le roi leur laissa le droit de citer en appel à la cour de
Laon tous ceux qui n’étaient pas exempts de l’appel volage
et cela sans les obliger à poursuivre leur appel 5 , tolérance
1. « Ne ipei appelantes contra quoscunque vel appellati a quibusconque,
occasione appellationum quarumcunque vel quocunque Domine censeantur, ad
nostram curiam Laudunensem venire, vel appellationes ipsas immo nec
adjournamenta earum occasione facta proseqni teneantur. » Lettres pour Jumi*
gny, éd. L. Delisle, op. cil., p. 82.
2. < Retentis nobis dumtaxat appellacionibus scilicet pro juris defectu et
pravo judicio specialiter et expresse in nostro Pallamento vel nostris Laudu-
nensibus assisiis dumtaxat tractaturis et eciam judicaturis. » Lettres pour le
chapitre de Laon (Arch. nat., J 233, n* 45).
3. Arch. nat., J 233, n* 41. Cf. ci-dessus, p. 538, n. 1.
4. a Si vero personas superius memoratas ob aliam eau sam a p remisais ad
curiam nostram vocari, adjornari seu citari debere contigerit, transquillitatem
et pacem predictarum personarum cupientes seu affectantes, ac eciam predicto
precio mediante, volumus dictas personas vocari, adjornari seu citari solum-
modo ad Pallamentum nostrum per litteras nostras dictis decano et capituio
dirigendas, citatorum nomina et citacionis causam specialiter exprimentes >
(Arch. nat., J 233, n* 45).
5. « Liceat tamen cuilibet dictorum hominum appellare extra communlam
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Délfomrf « APPEL VOLAGE » ET « APPEL FBIVOLE ». 541
qui, dans l’avenir, aura pour conséquence de faire naître un
nouvel abus : l'appel frivole , qui devra être énergiquement
combattu un demi-siècle plus tard. Tous ceux qui avaient com¬
posé avec le roi n’avaient donc plus à craindre les citations de
leurs voisins et les contraintes des sergents royaux qui les
forçaient d’aller à Laon ; ils seraient désormais tranquilles dans
le ressort juridique de leur communauté, mais n’allaient-ils pas
être à la merci de leur seigneur par le moyen de sa cour de jus¬
tice? Le danger de cette nouvelle situation fut prévu et les habi¬
tants firent insérer dans la plupart de leurs lettres une clause
déclarant que, même dans le ressort de leur propre juridiction,
ils pourront citer en appel leurs seigneurs, ainsi que leurs juges,
leurs sergents et même le suzerain duquel est tenu le fief 1 . Les
habitants de Crandelain se réservèrent ainsi le privilège de
recourir à l’appel volage contre leurs seigneurs, l’abbaye de Saint-
Jean de Laon et Gérard du Metz 2 , et, afin de conserver perpé¬
tuellement ce moyen de garantir leurs droits, ils firent promettre
au roi qu’il n’accepterait jamais les propositions que les religieux,
Gérard ou leurs successeurs lui feraient en vue de s’exempter
moyennant finance de l’appel volage maintenu dans leurs rap¬
ports avec la commune de Crandelain 3 . Enfin, le débat soulevé
alios quant manentes in communia in curiam predictam et ad appellationem
suam venire ai aibi placuerit. » Lettres pour Crandelain (Arch. nat., J 233, n* 43).
1. c Liceat tamen dictis inanentibus et manauris extra dictos viliam, distrio
tum et jurisdictionem alios quam manentes et mansuros in eiadem, appel-
lationibus subjectos, necnon et dominum ejusdem ville ac justiciarios vel ser¬
vantes suos, et dominum seu dominos a quo vel a quibus dicta villa tenetur in
feudum, ac quoscunque superiores servientes et eorum justiciarios, infra et
extra dictos viliam, districtum et jurisdictionem appellare et appellationem
prosequi secundum consuetudinem bactenus observatam in premissis. > Lettres
pour Jumigny, éd. L. Delisle, op. cil ., p. 82.
2. Le Metz, ferme, comm. de Moussy-sur-Aisne, cant. de Craonne, arr. de
Laon.
3. « Liceat etiam dictis hominibus appellare in communia et extra ad dic¬
tant curiam contra monachos ecclesie Sancti Jobannis Laudunensis et contra
alios quoscunque nomine dictorum monachorum vel ecclesie predicte aliquid
exploitantes et eciam contra Ger[ardum] du Meel tenentem de feodis heredum
quondam Roberti de Biaugue militis ejusque justiciam ac eciam contra alios dic¬
tant justiciam pervenientes. Concessitnus eciam et concedimus quod dicti mona-
chi religiosi, Gerardus, et successores eorumdem, appellationes factas et facien-
das contra dictam communiant ejusdem homines a nobis non rediment in
fnturum et ad appellationes dicte communie ejusdem hominum de cetera venire
tenebuntur >. Lettres pour Crandelain (Arch. nat., J 233, n* 43).
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LE DROIT D'APPEL
542
au parlement de la Saint-Martin 1282, par le bailli de Verman-
dois, à propos de l’appel volage dans les domaines de l’évêque de
Laon et resté sans solution pendant plusieurs années 1 , fut
cette fois terminé puisque Philippe le Bel défendit à son prévôt
de Laon, en février 1296, « de recevoir les appels des sujets de
l’évêque de Laon et de laisser citer ces sujets devant lui » 2 .
Les habitants reçurent les lettres royaux après avoir versé
leur part de la composition à deux Lombards, appelés « Bindus de
Monasterio » et « Bricius Guidi », représentants de Biche et de
Mouche, déjà chargés de lever dans le diocèse de Laon le sub¬
side tenant lieu d’une décime biennale concédée au roi par tout
le clergé français et spécialement dans la province de Reims par
le concile de Compiègne tenu le 5 octobre 1294. Le compte
dressé par ces Lombards après le 22 juillet 1296 3 n’existe plus,
mais Y Inventaire de Robert Mignon nous en donne l’analyse
suivante : « Compotus appellationum volagiarum in prepositura
Laudunensi et subventionis loco décimé pro subsidio regni, factus
per Bindum de Monasterio et Bricium Guidi, procuratores
Bichii et Moucheti, post Magdalenara M° CC° IIII“XVI°. Et
fuit summa [recepte] xlij“ vj c iiij M x lib. xv [sol.Jtur.; et
expensa vj ri xvi libr. xiij sol. ix den. Non et clausus. Sciatur
ubi residuum recepte redditur régi 4 . » Nous connaissons le pro¬
duit de la décime biennale dans le diocèse de Laon 5 6 , mais nos
chiffres ne sont pas assez sûrs pour nous permettre d’en déduire
le montant du versement fait au roi par les habitants de la pré¬
vôté foraine de Laon exempts de l’appel volage. De plus, aucune
mention de détail ne concerne l’appel volage dans le compte des
trésoriers du Louvre pour le terme de la Toussaint 1296®.
1. Cf. ci-dessus, p. 534.
2. 12%, février. Lettres de Philippe IV. Arch. départementales de l’Aisne,
G 2 (Grand Cartulaire de l’évéché de Laon), n* 213. Cf. A. Matlon, Inventaire
sommaire des archives départementales de l’Aisne, t. III (Laon, 18 5, in-4‘),
p. 14, col. 1.
3. Le terme extrême fixé pour la levée de la décime biennale dans la pro¬
vince de Reims était le 24 juin 1296.
4. Inventaire danciens comptes royaux dressé par Robert Mignon sous le
règne de Philippe de Valois (Bibl. nal., ms. lat. 9069), éd. Ch.*V. Langlois,
Recueil des historiens de France , documents financiers, t. I, 1899, in-4%
p. 169, n* 1352.
5. Cf. l’estimation du produit de la décime biennale imprimée dans les His¬
toriens des Gaules et de la France, t. XXI (Paris, 1855, in-fol.), p. 541.
6. British Muséum, Additional charters, n* 941. Éd. Julien Havet, Bibl. de
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DÉNOMMÉ « APPEL VOLAGE » ET « APPEL FRIVOLE ».
543
Cette suppression de l’appel volage ordonnée en février 1296
ne dura que quelques mois; nous lisons, en effet, parmi les
arrêts du parlement de la Toussaint 1296 une décision dont
voici la traduction : «c Le roi notre sire, considérant tout d’abord
que les appels qui étaient en usage dans certaines villes et loca¬
lités du Laon nais y avaient été introduits contre le bien commun
et l’intérêt général de tout le pays, consentit à l’abolition de ces
appels, croyant qu’avec le consentement de tous cela pourrait
se faire justement; mais maintenant, plus amplement et mieux
informé sur cela, il s’est rendu compte que ces appels avaient
été établis pour l’intérêt et l’utilité des habitants de ce pays :
ne voulant pas que ce qu’il croyait avoir été pour eux un avan¬
tage tournât à leur détriment, il a voulu et ordonné que, dans
toutes les villes et localités où les appels avaient coutume d’exister,
on fasse usage de ces appels ainsi qu’on y fut habitué, et ceux
qui avaient donné quelque chose pour la suppression de ces
appels seront indemnisés 1 . » Malheureusement, nous ignorons
presque complètement l’histoire du rétablissement de l’appel
volage par Philippe le Bel. Les habitants ne furent sans doute
pas satisfaits des justices seigneuriales qui tiraient trop grand
profit de la suppression de l’appel à Laon ; de plus, bien des sei¬
gneurs, escomptant les avantages que leur procurerait le nouvel
état de choses, avaient certainement engagé leurs sujets sans
leur donner des garanties suffisantes et même ne les avaient pas
consultés, trompant ainsi les soins qu’avaient mis les sergents
royaux à faire une minutieuse enquête. Les habitants qui ne
possédaient pas une charte de commune leur conférant une auto¬
rité particulière et le pouvoir d’agir parle moyen de représentants
élus parmi eux durent être particulièrement lésés dans cette
affaire, et ce sont eux surtout qui paraissent avoir protesté contre
l’acte de février 1296. Pour obtenir le rétablissement de l’appel
volage, les hommes de Berrieux' déclarèrent qu’on ne les avait
pas appelés, qu’on n’avait pas demandé leur consentement; c’est
du moins ce que nous apprend le débat soulevé au parlement
l'École des chartes , t. XLV (1884), p. 237-268. Les recettes provenant du rachat
de l'appel volage ont dû être englobées dans les versements généraux faits par
le bailli de Vermandois Renaud du Cavech.
1. Olim, t. II, fol. 112 v*. Éd. Ordonnances des rois de France , 1.1 (Paris,
1723, in-fol.), p. 328; Beugnot, les Olim, t. II (1842), p. 398, n* V; indiq. : Bou-
taric, Actes du Parlement de Paris, t. I (1863), n* 2913, p. 290.
2. Berrieux, Aisne, cant. de Craonne, arr. de Laon.
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LE DROIT D’APPEL
544
entre eux et leur seigneur Pierre de Baulne ’. L’appel volage fut
rétabli à Berrieux 2 comme ailleurs après la Toussaint 1298, mais
Pierre de Baulne et, après sa mort, son épouse Catherine, ne
cédèrent point ; il fallut que Philippe le Bel, par un arrêt de sa
cour, déclarât nettement, en novembre 1298 3 , que l'acte de
rétablissement de l’appel volage concédé aux hommes de Ber¬
rieux était seul valable et que les lettres de suppression obtenues
auparavant par leur seigneur n’étaient plus d’aucune portée. La
veuve de Pierre de Baulne ne fut d’ailleurs pas lésée par ce
jugement, puisque, conformément aux promesses de restitution
faite dans l’acte de rétablissement 4 , la somme de 75 livres tour¬
nois, versée aux Lombards par son mari afin d’acheter la sup¬
pression de l’appel, lui fut aussitôt rendue, ainsi qu’en témoigne
l’article suivant du Journal du Trésor : « December. Lune
prima die [1298,1 er décembre]. — Expensa : Domina Katherina
relicta Pétri de Belna, militis, quondam, pro restitutione sibi facta
per regem de empcione appellationum quam fecerat idem miles
ab hominibus ville de Berriu, que non tenuit 5 , et solverat Bindo
de Monasterio et Bricio Guidi collectoribus dictarum appella¬
tionum, lxxv 1. tur., contenz, per Francescum de Fusseigny G ,
1. Baulne-et-Chivy, Aisne, cant. de Craonne, arr. de Laon.
2. « Cum nos, mediante quadam pecunie quantitate, per nostras iitteras con-
cessissemus Pelro de Belna, iniliti, et ejus uxori, dominis ville de Berraco,
ne ipsi vel homines, manentes vel mansuri in dicta villa districtu seu juris-
dictione dicti militis et ejus uxoris, appelantes contra quoscumque, vel a qui*
bnscumque appellali, occasion? quarumcumque appellacionum, ad cnriam noa-
train Laudunensein venirc, vel ipsas appellaliones prosequi tenerentur, ac
postmodum dicti homines nobis conquesli fuissent quod, ipsis non vocatis nec
consencientibus in preiuissis, immo cum instancia petentibus et volentibus in
eorum primo dictarum appellationum statu et libertate pristina sicut cousue-
verant hactenus remancre ; propter quod cum nostre inlencionis non fuerit ali-
qua facere vel concedere que in alterius prcjudicium seu lesionem deberent
retorqueri; predictis hominibus, per alias Iitteras nostras, concessimus quod,
non obstante contencione predicta, quam, propter eorum consensum, dictis
conjugibus concesscramus, in primo dictarum appellacionum statu et eorum
libertate solita remanere libéré et quiele », exposé des lettres royaux de
novembre 1298 citées ci-après.
3. 1298, novembre, Paris. Lettres de Philippe IV. Éd. Beugnot, Oliin, t. II
(1842), p. 118-419, n* VU. Indiq. : E. Boutaric, Actes du Parlement de Paris,
t. 1 (1863), n- 2950. p. 293-294.
4. « Et illi qui aliquid dederanl pro amotionc appellationum inderapnes con-
servabuntur. » Cf. ci-dessus, p. 543, n. 1.
5. Les mots « que non tenuit » ont été ajoutés en interligne.
6. Fussigny, Aisne, connu, de Courlrizy-et-Fussigny, cant. de Sissonne, arr.
de Laon.
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DÉNOMMÉ « APPEL VOLAGE » ET « APPEL FRIVOLE ». 545
militem, dominum de Taysi 1 , procuratorem ejusdem domine,
super regem. Valent lx 1. par. 2 . » Le Trésor royal a sans doute
remboursé à tous les intéressés les sommes qu'ils avaient versées
pour la suppression de l’appel volage, mais, faute de documents
financiers 3 , nous ne pouvons constater ces remboursements ; nous
remarquons cependant que le « compotus appellationum vola-
giarum » dressé par les Lombards 4 n’a jamais été arrêté par les
gens des comptes sans doute parce qu’il devint inutile après le
remboursement des sommes qu’il portait en recette.
La cour royale de Laon continua donc de recevoir les appels
volages, mais cette institution, que les habitants, seigneurs ou
sujets, toléraient avec peine avant sa suppression, en février
1296, redevint une cause de préjudice après son rétablissement,
en novembre 1296. De nouvelles plaintes surgirent contre l’abus
de l’appel volage, aussi une réforme sérieuse était nécessaire, et
Philippe le Bel ne l’ignorait pas puisqu’il disait dans sa grande
ordonnance du 18 mars 1303 5 : « En outre, puisque l’on dit
que beaucoup de nouveautés ont été introduites au préjudice de
nos sujets contre les coutumes approuvées et anciennes des foires
de Champagne et des appels de Laon, nous voulons et ordonnons
d’envoyer des personnes capables pour faire une enquête sur
ces anciennes coutumes des foires et des appels et pour qu’elles
fassent observer ces coutumes anciennes et approuvées, et si
elles en trouvent quelques-unes d’enfreintes ou d’abolies qu’elles
les fassent revenir en leur ancien état 6 . » Mais, en mars 1303, le
roi était obligé de promettre beaucoup pour obtenir de ses sujets,
t. Taizy, Ardennes, cant. de Château-Porcien, arr. de Rethel. François de
Fus8igny était aussi, en partie, seigneur de Besny (Aisne, cant. de Laon). Cf.
Pièces justificatives, n* H.
2. Journal du Trésor , Bibl. nat., ms. lat. 9783 (anc. suppl. lat. 110), fol. 24,
col. 2.
3. Le Journal du Trésor , dans l’état où nous le possédons, commence le
18 mars 1298, s’arrête le 16 mars 1300, reprend le 15 avril 1301 et se termine
le 31 décembre 1301.
4. Cf. ci-dessus, p. 542.
5. 1303, lundi 18 mars, Paris. Pour les éditions, cf. A. Giry, Documents sur
les relations de la royauté avec les villes en France de 1180 A 1314 (Paris,
1885, in-8*, p. 129), et Cb.-V. Langlois, Textes relatifs à f histoire du Parle¬
ment depuis les origines jusqu'en 13tb (Paris, 1888, in-8*), p. 172, n. 1.
6. « Ceterum quia multe novitates contra approbatas consuetudines nundi-
narum Campanie et appellacionura Laudunensium in nostrorum prejudicinm
subjectorurn introducle dicuntur, proponimus et ordinamus personas mittere ydo-
1910 35
546
LE DH01T D’iPPEL
clercs et laïcs, les subsides de guerre qui lui étaient indispen¬
sables et l'approbation de sa politique à l’égard de Boniiace VIII ;
de plus, c’est l’année où, « à cause de la guerre de Flandre, il n’y
eut pas de parlement »*. Il était réellement impossible au gou¬
vernement royal de faire à cette époque des réformes judiciaires
importantes, et comme de graves difficultés d’intérêt général se
présentèrent aussi durant les années suivantes, la question de
l’appel volage ne fut pas résolue. Cependant, les vicissitudes de
cette intéressante institution n’étaient pas terminées, car les
habitants, prenant l’initiative d’une réforme, adressèrent, trente
ans plus tard, au premier souverain Valois, de pressantes
requêtes demandant une nouvelle suppression de l’appel volage.
Les circonstances qui suscitèrent les réclamations des habi¬
tants sous Philippe VI de Valois sont analogues à celles qui
se présentèrent sous Philippe le Bel; elles sont liées à l’his¬
toire de la commune de Laon. Supprimée en mars 1296 2 ,
puis rétablie le 9 février 1297 3 , la commune avait été
de nouveau supprimée par Charles IV en juillet 1322 4 . Il fallut
alors refaire l’organisation administrative de la ville de Laon.
Par lettres de mars 1332 5 , Philippe VI établit un « prevost
de la cité de Laon, pour gouverner toute la justice et juridic¬
tion haute, moyenne et basse... à Laon et dans les termes et les
metes de la paix et de la commune jadis de Laon », et déclara
neas ad inquirendum de antiquis consuetudinibus nundinarum et appellalio-
num ipsarum et predict&s antiques et approbatas consuetudines faciant obser¬
ver! et si quas invenerint infractas vel abolitas faciant ad antiqum slatum
reduci. »
1. Cf. Beugnot, les Olim, t. II (1842), p. 467, et t. III, 1** partie (1844), p. 139.
2. Olim, éd. Beugnot, t. II (1842), p. 384. Cf. ci-dessus, p. 535, n. 4.
3. Lettres de Philippe IV. Éd. Ordonnances, t. XI (1769), p. 388, d'après le
registre des Arch. nat. JJ B, c in scrinio 216, pièce 26 ». Indiq. : Pardessus,
Table chronologique des ordonnances, p. 36. Ces lettres furent confirmées par
Philippe V le 13 mars 1317 ( Ordonnances, t. XI, p. 446, d’après la même
source, pièce 31 ; indiq. : Pardessus, p. 59).
4. 1322, juillet, abbaye de Jouy (Joyaco). Éd. Ordonnance s, t. XII, p. 465.
d'après Arch. nat., JJ 41, pièce 72; Colbert XII, pièce 213; Bertin XIX, fol. 310.
Un vidimus de ces lettres donné par l'oflicial de Paris se trouve dans le ms.
de la Bibl. nat., nouv. acq. fr. 21287, n* 35.
5. Lettres de Philippe VI (Arch. nat., J 233, n* 37). Cf. U.-F. Delaborde,
Layettes du Trésor des chartes, t. V (Paris, 1909, in-4*), p. lxxxv. Éd. Ordon¬
nances, t. II (1729), p. 77-80, d'après JJ 66, n* 629, fol. 264-264 v*; indiq. :
Pardessus, op. cil., p. 79.
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DÉNOMMÉ « APPEL TOLAGE » ET « APPEL FRIVOLE ». 547
en fixant ses pouvoirs judiciaires : < Et voulons et ordenons que
les apiaus volaiges qui se feront en la ville de Laon et en toutes
les villes et jurisdiction appartenant audit prevost de la cité
viengnent pardevant li et en sa court, sanz ce que nostre prevost
forain, qui seroit pour le temps, s’en entremette de riens d’ores
en avant 1 . > L’ancien prévôt conserva cependant ses droits
dans le ressort de la prévôté foraine de Laon 2 . Il était utile de
fixer le rôle des officiers royaux en tant que juges d’appel, cepen¬
dant, dès l’année 1332, le nombre des appels volages interjetés
par-devant les prévôts et les juges qui remplaçaient les échevins
diminua considérablement, carie roi Philippe VI, sollicité parles
habitants, favorisa la suppression de l’institution. Les plaintes
contre l’appel volage rappellent celles qui furent adressées à
Philippe le Bel en 1295 : les habitants s’efforcent de prouver
€ que, pour cause des appeaus que l’on dit volages, il ont sous-
tenu et soustiennent, et ont de jour en jour grans griez, molestez
et dommages 3 » et supplient le roi d’« oster du tout et abatre »
ces appels moyennant une compensation financière. Les parties
intéressées, roi et sujets, suivirent la procédure observée au
temps de Philippe le Bel, quarante ans auparavant. Philippe VI
accepta avec empressement le mode de rachat proposé et prit
même des mesures qui lui permirent de donner plus rapidement
satisfaction aux populations. La chancellerie expédia d’abord
directement aux habitants les lettres de suppression 4 5 , mais les
solliciteurs furent bientôt si nombreux qu’il fallut mettre un
peu d’ordre dans l’accomplissement de cette réforme. Par lettres
de commission du 27 novembre 1332, le roi donna plein pouvoir
à maître Nicolas de CaillouëP, archidiacre de Laon, au bailli de
1. Ibid., p. 78, JJ 66, n» 629, fol. 264.
2. Ceci est prouvé par le Procès-verbal des coutumes générales et particu¬
lières du bailliage de Vermandois dressé en 1556. Éd. Bourdot de Richeboorg,
Nouveau coutumier général, t. II (Paris, 1724, in-fol.), p. 554.
3. Préambule des lettres royaux données A Paris en août 1332 et portant sup¬
pression de l'appel volage. Voir, par exemple, celles qui concernent la localité
de Launois (cant. de Signy-1'Abbaye). Éd. Ordonnances, t. II (1729), p. 81-82,
d’après JJ 66, n* 1049, fol. 435 v\ Ces lettres 6e terminent par la formule :
Par la Chambre des comptes et les trésoriers, P. Jul. — Les mentions extra
sigillum de toutes ces lettres, que je relèverai soigneusement, témoignent
toutes de l’intervention de la Chambre des comptes parce qu’il s'agissait d’une
question financière.
4. Cf. les lettres pour Launois, du mois d'août 1332, citées ci-dessus.
5. Cailloûel-Crépigny, Aisne, cant. de Chauny, arr. de Laon. Ce nom est sou-
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548
LE DBOIT D'APPEL
Vermandois et au prévôt de la cité de Laon, Jean d’Aizy 1 , puis
Pierre le Courant et Raoul de Loizy 2 , pour recevoir les offres
de composition, consistant en une « rente perpétuelle souffisant »
que feraient au roi les habitants de la prévôté de Laon et pour
leur donner ensuite des lettres, scellées de leurs sceaux, les
exemptant de l’appel volage; ces lettres seraient confirmées,
plus tard, par des lettres royaux scellées de cire verte sur lacs
de soie 3 . Ces trois personnes prirent le titre de « commissaires
députez par le Roy nostre sire sur le fait des appiaus volaiges
en la prevosté et ressort de Laon » et s’entendirent avec les
procureurs des habitants qui vinrent les trouver afin d’obtenir des
lettres d’exemption. La composition offerte par les intéressés
et agréée par le roi ne fut pas une forte somme, versée en une
fois, comme en 1296, mais consista en une « rente perpétuelle »
constituée au profit du roi par les habitants, véritable fouage
perçu à raison d’un versement annuel de deux sous parisis 4
« par chascun chef de feu d’ostel * 5 . Un feu est une famille repré¬
sentée par son chef, quel que soit le nombre des individus qui la
composent 6 . Parfois, une seule maison sert de lieu d’habitation
▼ent orthographié « Cailloue ». Ce personnage est aussi cité dans JJ 66, n* 955,
fol. 394, en avril 1332.
1. Aizy, Aisne, cant. de Vailly, arr. de Soissons.
2. Loizy, f., comm. de Beany-et-Loizy, Aisne, arr. de Laon. Ce nom est quel¬
quefois écrit Loiry.
3. 1332, 27 novembre, Paris. Lettres de Philippe VI, vidimées dans des lettres
des commissaires du 23 mars 1334, exemptant de l’appel les localités de Tavaux-
Pontséricourt (cant. de Marie, Aisne) et de Pontséricourt (h. de la comm.
de Tavaux-Ponlséricourt), confirmées par le roi Jean II A Paris en août 1351.
Éd. Ordonnances, t. II (1729), p. 444-446, d’après JJ 81, n* 174, fol. 97-98, avec
la mention : Per genles compotorum, Adam. Facta est collatio cum originali.
Toutes les lettres d'exemption renferment d’ailleurs le texte des lettres de Phi¬
lippe VI, du 27 novembre 1332.
4. Les lettres pour Launois portent « trois soubz tournois » ( Ordonnances ,
t. II, p. 81 ; cf. ci-dessus, p. 547, n. 3), mais toutes les autres fixent la taxation
à deux sous parisis. En 1332, la valeur intrinsèque du sou tournois était de
0 fr. 91 et celle du sou parisis de 1 fr. 145. Pour connaître les principales
variations de ces monnaies de compte au xiv* siècle, voir le tableau dressé
par MM. Prou et Coville dans l'Histoire de France publiée sous la direction
d'Ernest Lavisse, t. IV, 1 M partie (Paris, 1901, in-4*), p. 443.
5. Lettres pour Tavaux-et-Pontséricourt citées ci-dessus, n. 3.
6. Comme & la fin du xiu* siècle. Cf. M. Jusselin, VImpôt royal sous Phi¬
lippe le Bel, dans les Postfions des thèses de F École des chartes. Promotion
de 1906 (Toulouse, E, Privât, 1906, in-8*), p. 116.
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DÉNOMMÉ « APPEL VOLAGE » ET « APPEL FRIVOLE ». 549
à quelques familles : dans ce cas, il y a autant de feux que de
« ménages », cette expression désignant l’ensemble des per¬
sonnes qui composent une famille. Le versement de la composition
devait être effectué chaque année à Laon, au receveur de Ver-
mandois, à la Saint-Martin (11 novembre); et, pour éviter les
erreurs et les difficultés, le receveur devait procéder annuellement
à l’estimation du nombre des feux dès la Saint-Rémy (1 er octobre),
« sans prandre despens ou salaire pour ce faire sur lesdictes
villes ». Le roi permet de ne pas compter les feux des clercs et
des pauvres mendiants « qui pourchassent leur pain communé¬
ment parmi les villes », mais ce n’est pas son intention « que
s’il y a aucun clercs... qui ayent personnes laies demourans en
leur hostieux, que les dictes personnes puissent joïr ne user de
ladicte franchise » : celles-ci paieront comme les autres habitants.
Les clercs et les pauvres sont donc seuls exempts. Lorsque les
feux seront comptés, la répartition de la somme que chaque
localité devra verser, équivalente au produit du nombre des feux
fixé parle receveur de Yermandois multiplié par deux sous pari-
sis, sera faite suivant le principe du fort portant le faible,
c’est à-dire que les ménages ou feux riches devront être plus impo¬
sés et payer pour les ménages pauvres qui ne pourront rien verser
mais compteront au nombre des feux 1 . Moyennant la promesse
de s’acquitter de cette composition, les communautés reçurent
des lettres les exemptant de l’appel volage; quelques-unes,
comme Ta vaux 2 et Pontséricourt 3 , dès 1332, se firent exempter
non seulement des appels et « adjornements volaiges », mais de
4 tous autres appiaux et adjornemens frivoles quels qu’ils soient,
fais en jugement ou hors jugement, devant clain ou après
clain » 4 . Comme en 1296, le roi, « pour cause de sa souverai¬
neté », se réserva l’appel pour défaut de droit et faux jugement.
Si quelque habitant quitte une ville exempte et se rend dans une
autre localité non exempte, il sera soumis à l’appel volage dans sa
nouvelle résidence 5 . Les commissaires fixèrent aussi de quelle
1. « Et s’il y en avoit aucun desdiz babitans qui fussent non payables, les
bien payables les feront payables, en tele maniéré que nous et nos successeurs
auront entérinement lesdiz deux soulz parisis pour chascun chief de feu d’ostel
de ladicte Tille en la maniéré que dit est. »
2. Tavaux-Pontséricourt, cant. de Marie, arr. de Laon.
3. Hameau, coram. de Tavaux-Pontséricourt.
4. Ordonnances, t. Il, p. 445.
5. < Et se il advenoit qu’aucun des submanens desdites villes voisent demeu*
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550
LE DKOIT D'APPEL
façon les habitants qui avaient obtenu des lettres de dispense
devaient agir envers ceux qui n’en avaient pas 1 . Une personne
exempte pourra appeler une personne non exempte et cepen¬
dant ne poursuivre son appel que s’il lui plaît. Si elle ne pour¬
suit pas l’appel, la personne appelée pourra le poursuivre à son
profit, et faire condamner l’appelant à l’amende « pour la cour
demourée » s’il ne répondait pas à l’ajournement 2 . Si la personne
appelée ne cherche pas à réparer ainsi le dommage que peut lui
causer un appel non poursuivi, l’affaire en restera là et les gens
du roi ne pourront poursuivre et mettre à l’amende pour défaut de
poursuite la personne appelée qui n’aura pas poursuivi l’appel.
Enfin, si des personnes étrangères interjettent un appel volage
contre le maire et les échevins d’une ville exempte « pour quel¬
conques causes qui touchent lesdits habita ns », ceux-ci n’auront
pas à répondre à l’appel.
Le roi ne manqua pas, selon sa promesse, de confirmer les
lettres données par ses commissaires, et nous possédons le texte
de plusieurs de ces lettres de ratification expédiées de 1333à 1341.
Elles sont toutes datées de Paris et concernent Dizy-le-Gros 3 ,
rer hors d’icelles Tilles, en lieu qui soit subget susdits sppiaux volages, ils ne
jouiront pas de cette franchise, tant comme ils demeurent hors desdites Tilles
en lieu subget desdits appiaux » [Ibid.).
1. « Et se il advient que lesdits habitans appellent aucuns autres subgets
susdits appiaux voulages, qui n’ayent semblable franchise, les appellans pour¬
ront poursuivre leurs appiaux se il leur plaist, et en ce cas où il ne les pour¬
suivraient, ceux qu’ils auraient appellé les pourraient poursuir, se il leur plai¬
rait, de leur interest pardevant les gens du ray, et en seraient tenus de
respondre par voie de adjornement, et s’ils en estoient condampnez, ils paye¬
raient l’amende, pour la court demourée tant seulement, et les deffauts, se en
deffaut se raettoienl après ledit adjornement. Et en cas IA où la partie appel-
lée ne ferait demande de son intérest, les gens du roy ne pourraient lesdits
appeliez poursuir, ne traire & amende pour cause des appiaux, ne de la def-
fante de poursuite » (Ibid., p. 446).
2. Ces prescriptions, renfermées dans les lettres du 27 novembre 1332 pour
Tavaux et Pontséricourt, à côté de prescriptions contre « tous autres apiaux
et adjornemens frivoles », ne se rencontrent pa6 dans toutes les lettres. Elles
constituent les premières mesures de répression contre l'appel frivole dont
nous parlerons ci-aprés.
3. Aisne, cant. de Rozoy-sur-Serre. Lettres de Philippe VI, 1333, juin (Arch.
nat., JJ 66, n* 1171, fol. 499 v*-500), vidimant les lettres du 27 novembre 1332
et celles des commissaires Nicolas de Caillouël et Jean d’Aisy, du 27 mars
1333. On lit à la fin : Par les gens des comptes, H. de Domp \ L’accord avec
les commissaires fut fait par l’abbé de Cuissy-en-Laonnais (cant. de Craonne),
qui en avait reçu le pouvoir des habitants.
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DÉNOMMÉ « APPEL TOLACE » ET « APPEL FRIVOLE ».
551
« Trémy » ! et « Villiers » 2 , Vervins 3 , Crouy 4 , Rouy : ’, Corbeny 6 ,
Lislet 7 , Missy-sur-Aisne 8 , Glennes 9 , Vasseny 10 , Bancigny 11 ,
Montigny-en-Laonnais 12 , Montcornet 13 , Paissy 14 , Saint-Pierre-
1. Tergnier, cant. de la Père, arr. de Laon.
2. Villers, village détruit entre Crépy (cant. de Laon) et Couvron, prés de la
station du chemin de fer de Reims à Tergnier. Lettres de Philippe VI, 1333,
novembre (Arch. nat., JJ 66, n* 1174, fol. 500 v*-501), vidimant celles du
27 novembre 1332 et celles des commissaires du 17 octobre 1333 données A
Saint-Thomas-en-Laonnais (cant. de Craonne). A la fin : Par la Chambre des
comptes , Jaques de Boulay. Reddatur camere. Scriptar, Ja. de Bovlaio.
3. Vervins-en-Thiérache, ch.-l. d'arr. Lettres de Philippe VI, 1333, novembre
(Arch. nat., JJ 66, n* 1175, fol. 501 v*-503), vidimant celles du 27 novembre
1332 et celles des commissaires du 10 août 1333 données à Laon. A la fin : Par
la Chambre des comptes , Ja. de Boulay. Reddatur camere. Collatio facta.
4. Aisne, cant. de Soissons. Lettres de Philippe VI, 1333, octobre (Arch.
nat., JJ 66, n* 1180, fol. 504), vidimant celles du 27 novembre 1332 et celles
des commissaires du 21 août 1333. A la fin, même mention que ci-dessus.
5. Rouy, comm. d'Ainigny-Rouy, cant. de Cbauny, arr. de Laon. Lettres de
Philippe VI, 1333, novembre (Arch. nat., JJ 66, n* 1181, fol. 505-506), vidimant
celles du 27 novembre 1332 et celles des commissaires du 19 juin 1333. Même
mention finale.
6. Aisne, cant. de Craonne. Lettres de Philippe VI, 1333, novembre (Arch.
nat., JJ 66, n* 1179, fol. 503 v*-504), vidimant celles du 27 novembre 1332 et
celles des commissaires du 19 octobre 1333 données à Vauclerc. Même mention
finale.
7. Aisne, cant. de Rozoy-sur-Serre, arr. de Laon. Lettres de Philippe VI,
1333, novembre (Arch. nat., JJ 66, n* 1182, fol. 505 v*-506), vidimant celles du
27 novembre 1332 et celles des commissaires données k Montcornet le 9 mars
1333. Même formule finale.
8. Aisne, cant. de Vailly, arr. de Soissons. Lettres de Philippe VI, 1333,
octobre (Arch. nat., JJ 66, n* 1206, fol. 513 v*-514), vidimant celles du
27 novembre 1332 et celles des commissaires données à Laon le lundi 19 juillet
1333. Même formule finale.
9. Aisne, cant. de Braine, arr. de Laon. Lettres de Philippe VI, 1333, juillet
(Arch. nat., JJ 66, n* 1227, fol. 521 v-522), vidimant celles du 27 novembre
1332 et celles des commissaires du 14 mars 1333. A la fin : Registrata est in
Caméra. Par les gens des comptes , R. de Molins. Collacion est faite.
10. Aisne, cant. de Braine, arr. de Laon.
11. Aisne, cant. de Vervins.
12. Aisne, cant. de Craonne, arr. de Laon. Lettres de Philippe VI, 1333, juil¬
let (Arch. nat., JJ 66, n* 1228, fol. 522-522 v*), vidimant celles du 27 novembre
1332 et celles des commissaires du 27 mars 1333.
13. Aisne, cant. de Rozoy-sur-Serre, arr. de Laon. Lettres de Philippe VI,
1333, juin (Arch. nat., JJ 66, n* 1307, fol. 563-563 v*), vidimant celles du
27 novembre 1332 et celles des commissaires de mars 1333. A la fin : Par les
genz des comptes , H. de Dom \ Collacion est faite. Reddatur camere.
14. Aisne, cant. de Craonne, arr. de Laon. Lettres de Philippe VI, 1333,
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552
LE Diorr d’appel
Aigle*, Moulins 2 , Marie 3 , Berrieux 4 , Origny à , Saint-Thomas 6 ,
Festieux 7 , Condé-sur-Suippe 8 , Chivres 9 , Qamecy 10 , Acy 11 , Vio-
novembre (Arch. nat., JJ 66, n* 1320, fol. 569), vidimant celles du 27 novembre
1332 et celles des commissaires du 6 mars 1333. A la fie : Par la Chambre
de» Comptes , Ja(cques) de Boulay. Collatio facta. Ces lettres concernent éga¬
lement Saint-Pierre-Aigle et Moulins qui étaient aussi a en la justice de hon-
norables hommes et discrez doyen et chapitre de l'église de Laon ».
1. Aisne, cant. de Vie-sur-Aisne, arr. de Soissons.
2. Aisne, cant. de Craonne, arr. de Laon.
3. Aisne, arr. de Laon. Lettres de Philippe VI, 1334, 25 juin (Arch. nat.,
JJ 66, n* 1365, fol. 588-589), vidimant celles du 27 novembre 1332 et celles de
Nicolas de Caillouël et de a Sauviaux de Wadencourt », bailli de Vermandois,
données à Laon le dimanche 9 janvier 1334. A la fin : Par la Chambre des
comptes, Ja(cques) de Boulay. Reddalur camere. Collacio facta est.
4. Aisne, cant. de Craonne, arr. de Laon. Lettres de Philippe VI, 1334, juin
(Arch. nat., JJ 66, n* 1406, fol. 613-613 v), vidimant celles du 27 novembre
1332 et celles de N. de Caillouel et de J. d’Aisy du 13 mai 1333. A la fin : Par
la Chambre des comptes , /. de Cova. Reddalur camere. Collacio est facta.
Sur Berrieux, cf. ci-dessus, p. 543 et suiv.
5. Aisne, cant. d'Hirson, arr. de Vervins. Lettres de Philippe VI, 1334,
6 juin (Arch. nat., JJ 66, n* 1409, fol. 616-617), vidimant celles du 27 novembre
1332 et celles des commissaires données & Laon le 21 avril 1333. A la fin : Par
la Chambre des comptes, Ja(cques) de Boulay. Collacio facta.
6. Aisne, cant. de Craonne, arr. de Laon. Lettres de Philippe VI, 1334, juil¬
let (Arch. nat., JJ 66, n* 1425, fol. 642), vidimant celles du 27 novembre 1332
et celles des commissaires du 20 octobre 1333. A la fin : Par le roy à votre
relacion, G. Godefroy. Collacion est faite à l'original.
7. Aisne, cant. de Laon. Lettres de Philippe VI, 1335, juin (Arch. nat.,
JJ 69, n* 70, fol. 60-61), vidimant celles du 27 novembre 1332 et celles de
Nicolas de Caillouel et de Pierre le Courant, prévôt de la cité de Laon, succes¬
seur de J. d'Aisy, données le vendredi l* r avril 1334. A la fin : Per vos, Molins.
8. Aisne, cant. de Neufchâtel, arr. de Laon. Lettres de Philippe VI, 1335,
juillet (Arch. nat., JJ 69, n* 79, fol. 72-72 v*), vidimant celles du 17 novembre
1332 et celles des commissaires susdits données à Noyon le jeudi 14 juillet
1334. Éd. Ordonnances, t. XII (Paris, 1777, in-fol.), p. 25-27.
9. Aisne, cant. de Vailly, arr. de Soissons. Lettres de Philippe VI, 1336,
novembre (Arch. nat., JJ 70, n* 88, fol. 41 v*-42), vidimant celles du 27 novembre
1332 et celles des commissaires du vendredi 8 novembre 1336. A la fin : Par
la Chambre des comptes, J. de Cova.
10. Aisne, cant. de Vailly, arr. de Soissons. Lettres de Philippe VI, 1336,
décembre (Arch. nat., JJ 70, n* 106, fol 48-48 v*), vidimant celles du
27 novembre 1332 et celles des commissaires du samedi 30 novembre 1336.
Même mention finale.
11. Aisne, cant. de Draine, arr. de Soissons. Lettres de Philippe VI, 1337,
janvier (Arch. nat., JJ 70, n* 128, fol. 63 v*-64 v*), vidimant celles du
27 novembre 1332 et celles des commissaires du lundi 4 novembre 1336. Même
mention finale.
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DÉNOMMÉ « APPEL VOLAGE » ET « APPEL FRIVOLE ». 553
laine 1 , Deuillet 2 , Servais *, Aubignv 4 , Barizis 5 , « excepté seule¬
ment le hamelot que on appelle le Mesnil », Estraon (i et Hary 7 ,
Burelles 8 , Brave-en-Thiérache 9 .
Comme en 1290, quelques villes, Vervins 1 " par exemple, se
réservèrent le droit d’interjeter l’appel volage contre leur seigneur
ou ses lieutenants, malgré la suppression de cet appel, mais les
seigneurs eux-mêmes, moyennant finance, se procurèrent des
garanties de même nature contre leurs sujets. Jean, seigneur
d’Oulche 11 , écuyer et châtelain de Chauny-sur-Oise 12 , ne pouvait
à Oulche « faire accomplissement de justice » parce que les
habitants usaient sans mesure de l’appel volage contre lui et « sa
justice », aussi s’offrit-il, à titre de rachat de ce mauvais usage,
de donner au roi chaque année à la Saint-Martin 12 deniers
1. Aisne, coimn. de Maasl-et-VioIaine, cant. d'Oulchy-le-Château, air. de
Soissons. Lettres de Philip|K* VI, 1337, janvier (Arch. nat., JJ 70, n* 129,
fol. 64 v-65), vidimant celles du 27 novembre 1332 et celles des commissaires
du samedi 1" septembre 1336. A la fin : Par les genz des comptes, Ja(cques)
de Boulag.
2. Aisne, cant. de la Fêre, arr. de Laon. Marnes lettres.
3. Aisne, cant. de la Fère, arr. de Laon. Mêmes lettres.
4. Aisne, cant. de Craonne, arr. de Laon. Lettres de Philippe VI, 1337,
février (Arch. nat., JJ 70, n* 140, fol. 68 v*-69 v*), vidimant celles du
27 novembre 1332 et celles des commissaires du 1" mars 1335. Même men¬
tion finale.
5. Aisne, cant. de Coucy-le-Château, arr. de Laon. Lettres de Philippe VI,
1337, 31 janvier (Arch. nat., JJ 70, n* 181, fol. 62 v*-63 v*), vidimant celles du
2 janvier 1337 (identiques à celles du 27 novembre 1332) adressées à N. de
Caillouêl, au bailli de Vermandois et au prévét de la cité de Laon, et celles
des commissaires N. de Caillouêl et Raoul de Loizy du jeudi 16 janvier 1337.
6. Aisne, comm. d’Hary, cant. de Vervins. Lettres de Philippe VI, 1339,
2 juillet (Arch. nat., JJ 71, n* 279, fol. 186 v*-187 v*), vidimant celles du
27 novembre 1332 et celles de N. de Caillouêl et de P. Le Courant du dimanche
27 août 1335. A la fin : Par les gens des comptes , J. de Cova. Visa in caméra
compotorum domini regis Parisius et ibidem expeditur absque financia,
J. de Sancto Justo.
7. Aisne, arr. de Vervins. Mêmes lettres.
8. Aisne, cant. de Vervins. Lettres de Philippe VI, 1341, juillet (Arch. nat.,
JJ 72, n* 29, fol. 29 v*-34), vidimant celles du 27 novembre 1332 et celles des
commissaires du mardi 18 décembre 1335. A la fin : Par les genz des comptes,
P. Briarre. Non debent propler hoc ftnaneiatn , J. de Sancto Justo.
9. Aisne, cant. de Vervins. Mêmes lettres. A la fin : Par les genz des
comptes, J. de Cova. Sine alia financia, J. de Sancto Justo.
10. Lettres de Philippe VI de novembre 1333. Cf. ci-dessus, p. 551, n. 3.
11. Oulche, Aisne, cant. de Craonne, arr. de Laon.
12. Aisne, arr. de Laon.
554
LE DBOIT D'APPEL
parisis pour chacun des feux composant la ville d’Oulche. Le roi
accepta ce marché 1 mais se réserva expressément, pour sauve¬
garder sa souveraineté, le droit de recevoir les « appiaus de
défaute de droit et de mauvais et fous jugement » interjetés
parles habitants d’Oulche contre leur seigneur Jean. Le seigneur
de « Gevincourt » 2 , Jean de « Sarny » 3 , chevalier, voyait se per¬
pétrer chaque jour, à cause des « appeaux volaiges en sa court
à Gevincourt, par devant son maieur, ses eschevins et son sergent,
plusieurs fraudes, malices et moult de calompnes », aussi se
plaignit-il aux commissaires du roi Raoul de Loiry, prévôt de
la cité de Laon, et Jean Haton, de Laon. Après enquête, ceux-ci
acceptèrent l'offre faite parle seigneur de < Gevincourt » de don¬
ner annuellement au roi, à la Saint-Martin d’hiver, en échange
de l’exemption de l’appel volage au profit de son maire, de ses
échevins et de son sergent, 4 sous parisis pour chacune de ces
personnes 4 . On voit que les seigneurs n’usaient pas tous des
mêmes moyens pour éviter l’appel volage. Les uns, comme
Jean d’Oulche, offraient une compensation financière propor¬
tionnée au nombre de leurs sujets et exemptaient ceux-ci malgré
eux, d’autres, comme Jean de « Sarny », achetaient l’exemption
de leurs officiers de justice seulement.
Nous avons vu qu’en 1296 le roi avait laissé aux habitants
des villes exemptes de l’appel volage l’étrange privilège de citer
en appel à la cour de Laon tous ceux qui n’étaient pas exempts de
1. Lettres de Philippe VI, 1337, 5 juin (Arch. nat., JJ 70, n* 281, fol. 126 v*-
127), vidimant celles du 25 novembre 1332 et celles des commissaires données
à Laon le 30 septembre 1335. C'est un rachat semblable à celui qu’avait fait
Pierre de Baulne en 1296 (cf. ci-dessus, p. 26-28). L'exemption était faite sans
consulter la volonté des sujets et même malgré eux.
2. Juvincourt et Dammarie, Aisne, cant. de NeufchAtel, arr. de Laon.
3. Cerny-lez-Bucy, Aisne, arr. et cant. de Laon.
4. 1343, décembre, Paris. Lettres de Philippe VI vidimant celles de Jean de
Veelle (Vesle et Caumont, cant. de Marie, arr. de Laon), garde du scel du bail¬
liage de Vermandois, du 23 août 1343, par lesquelles les commissaires du roi
reconnaissent l'authenticité de leurs sceaux apposés à d'autres lettres également
vidimées : 1343, 9 août. Lettres des commissaires Raoul de Loizy, prévôt de
la cité de Laon, et Jean Haton de Laon, faisant connaître l'accord avec Jean
de « Sarny » et vidimant les lettres de commission de Philippe VI du 22 mars
1343 adressées à Raoul de Loizy, Jean Haton et < Raoul le Jeune » (Arch. nat.,
JJ 74, n* 406, fol. 234-235). On lit a la (in : Par les genz des comptes , Math.
Sine alia financia, Jvst. Collacion est faicte , Math. Fit in domanio bailivie
Viromandensis de CCC XXXV* penes me Robertum Mignon et J. Clabarl.
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DENOMME « APPEL VOLAGE » ET « APPEL FRIVOLE ».
555
cet appel et de ne poursuivre leur appel que « s’il leur plaisait » 1 .
Le dispositif des lettres de Philippe IV ayant servi de modèle
aux notaires de Philippe VI, nous retrouvons dans la plupart des
lettres expédiées parla chancellerie du premier souverain Valois
la clause stipulant que les habitants exempts de l’appel volage
pourraient appeler les habitants non exempts et ne poursuivre
cet appel que s’il leur plaisait. Quelques lettres seulement, con¬
cernant les localités de Lislet, Montcornet, Berrieux, Origny,
stipulent que les habitants exempts seront tenus de poursuivre
leur appel, mais c’est là une exception, exception très regrettable
d’ailleurs, car ce privilège donna aussitôt naissance à un grave
abus que l’on nomma l’appel frivole.
Des lettres concernant la suppression de l’appel volage à
Tavaux-et-Pontséricourt‘ 2 , Dizy-le-Gros*, à Laffaux 4 , Orge val r> ,
Burelles 6 , Braye-en-Thiérache 7 , font également mention de la
suppression de l’appel frivole 8 et accordent à l’appelé le droit
de poursuivre l’appel à son profit et de faire condamner à son
tour, « pour la cour demourée », l’appelant qui n’a pas répondu
à son ajournement, mais ces textes n’insistent pas sur la nature
de cet abus. C’est seulement dans la seconde moitié du xiv® siècle
1. Cf. ci-dessus, p. 541.
2. Ibid., p. 548, n. 3.
3. Ibid., p. 550, n. 3.
4. Aisne, cant. de Vailly, arr. de Soissons. Lettres de Philippe VI, 1340,
décembre, au bois de Vincennes (Arch. nat., JJ 72, n* 307), vidiinant les
lettres de commission du 2 janvier 1337 et celles des commissaires N. de
Caillouël et Raoul de Loizy données à Laon le samedi 14 décembre 1430. A la
lin : Par le roy à la relacion des arcediacres de Reims et dA trenches,
Malic. Sine alia financia. Seripla iij‘ die Januarii an no Pomini M’ CCCXL 9 ,
R. de Balehan. Pil in domanio Viromandensi de CCCXXIP, R. Mignon.
5. Aisne, cant. de Laon. Lettres de Philip|>e VI, 1341, juin (Arch. nat.,
JJ 72, n* 196, fol. 126 v*-127 v*), vidimant les lettres de commission du 2 jan¬
vier 1337 adressées A N. de Caillouël, au bailli de Vermandois et au prévôt de
Laon, et celles des commissaires Caillouël et R. de Loizy données le dimanche
3 juin 1341. A la fin : Par les gens des comptes, J. de Cova. Non debeant
aliam financia m quarn illam que superins est expressa, J. de Sancto Justo.
6. Aisne, cant. de Vervins. Lettres de Philippe VI, 1341, juillet (Arch. nat.,
JJ 72, n* 29, fol. 29 v*-34), vidimant celles du 27 novembre 1332 et celles des
commissaires N. de Caillouël et P. Le Courant du mardi 18 décembre 1335.
A la fin : Par les genz des comptes , P. Briaire. Non debenl propler hoc
financiam, J. de Sancto Justo.
7. Aisne, cant. de Vervins.
8. Cf. ci-dessus, p. 550, n. 2.
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556
LE DBOIT D'APPEL
que nous trouvons dans les documents un exposé détaillé de tous
les dommages causés dans cette région par l'appel frivole.
Les requêtes présentées au roi contre ceux qui abusaient de
l’appel frivole sont intéressantes parce qu’elles nous permettent
de remarquer qu’il y eut, suivant la condition des plaignants,
deux façons de concevoir les moyens d’échapper à cet abus.
Les habitants non exempts, victimes du bon plaisir des habi¬
tants exempts, songèrent d’abord à se garantir de l’appel frivole
en se procurant le droit de s’en servir eux-mêmes par l’acquisi¬
tion moyennant finance de l’exemption de l’appel volage. Leurs
demandes renferment des plaintes émouvantes contre la tyrannie
exercée sur eux par les habitants exempts de l’appel volage.
Dans les lettres d’exemption obtenues parles habitants de Rozoy-
sur-Serre 1 en échange de la promesse de verser annuellement
deux sous parisis par feu 2 , le roi dit que, dans leur humble
supplique, les habitants lui ont remontré que, < pour ce que il
sont des appeaux volages de Laon, plusieurs clercs et autres,
lesquelz ne sont mie desdiz appeaulx, quant aucuns desdiz sup-
plians ne font leur volenté, ou leur font déplaisir aucun, et aussi
meu plusieurs fois de leur volenté, sans aucune cause raison¬
nable, pour travailler et dommagier lesdiz habitans, les appellent
souventeffoiz, ou aucuns d’eulz, à nostre court à Laon, parde-
vant nostre baillif de Vermendois ou son lieutenant, pardevant
lesquelz il convient que lesdiz habitants ainsi appelez, qui sont
demourans à dix lieues loing de ladite ville de Laon, y voisent
tantost en tel estât comme ils sont, ou il conviendrait que il
nous païassent soixante solz d’amende; et si n’y vont mie lesdiz
appellans, se il ne leur plaist; pour laquelle cause, lesdiz habi¬
tants ainsi appeliez, comme dit est, sont travaillez, grevez et
dommagiez, et leur en convient laissier à faire leurs besoingnes
et leurs labourages, et aussi moult finer et despendre du leur, si
comme il dient » 3 . On comprend le désir qu’avaient les habitants
de ne plus tarder à s’affranchir moyennant finance. Des lettres
de même nature, rappelant celles de Philippe VI, abolirent, sous
les mêmes conditions, l’appel volage dans le « Bourc d’Aisne »
1. Aisne, arr. de Laon.
2. 1367, juillet, Sens. Lettres de Charles V (Arch. nat., JJ 100, n* 270,
fol. 79). Éd. Ordonnances, t. V (1736), p. 29-30. On Ut à la 6n : Soycourt.
Par le roy en ses requestes, G. de Monlaçu, Visa.
3. Ibid., p. 29-30.
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DfaOMlfi « APPEL VOLAGE » ET « APPEL F1IVOLE ». 557
et le « chastel Saint-Mard de Soissons, estans es termes de la
prevosté foraine de Laon, de la paroisse de Saint-Vast de Sois¬
sons jp 1 , dans les localités de Chaourse 2 , Ebouleau 3 et Vic-sur-
Aisne 4 , dépendant de l’abbaye de Saint-Denis 5 , et ces lettres
impliquent aussi la suppression de l’appel frivole, car le mot com¬
mence à avoir un sens précis, mais n’en parlent qu’accessoire-
ment, tandis que se prépare, parmi les seigneurs justiciers, un
formidable mouvement d’opinion, non plus contre l’appel volage,
mais uniquement et directement contre l’appel frivole.
En effet, les seigneurs laïcs et ecclésiastiques, assistant aux
efforts désespérés faits par leurs cours de justice pour retenir
par-devers elles les causes de leurs sujets et voyant avec inquié¬
tude diminuer rapidement les revenus que leur procuraient
l’exercice de la justice, avaient un puissant intérêt à combattre
l’abus de l’appel frivole. De leur côté, les sujets, une fois exempts
de l’appel volage moyennant finance, jouissaient avec un cer¬
tain plaisir de l’immunité que leur offrait cet appel dénommé fri¬
vole et le droit qu'ils s’étaient réservé d’interjeter appel contre
leurs seigneurs. L’histoire de cette institution est donc assez
instructive; elle nous montre la lutte de deux tendances corres¬
pondant à deux situations sociales. La supression de l’appel
volage fut surtout le résultat des plaintes des populations, et la
répression de l’appel frivole, né de la destruction de l’appel
volage, fut au contraire due presque uniquement aux pressantes
requêtes des seigneurs et eut lieu, dans une certaine mesure,
contre les habitants, puisque la majorité d’entre eux, déjà
exempts à la fin du xrv e siècle de l’appel volage, pouvaient
créer des appels frivoles à leur profit.
Les plaintes des seigneurs justiciers sont d’ailleurs nettement
dirigées contre leurs sujets. Le prototype des réclamations
adressées au roi par les seigneurs paraît avoir été la requête pré¬
sentée par le chapitre de Reims en 1372 et qui servit de modèle
1. 1368, janvier, au chastel du Louvre dehors Paris. Lettres de Charles V
(Arch. nat., JJ 99, n* 536, fol. 167 v\ Éd. Ordonnances, t. V (1736), p. 93-95.
A la fin on lit : Par le roy en ses requesles, Villem. Maiçnac. Visa.
2. Aisne, cant. de Rozoy-sur-Serre, arr. de Laon.
3. Aisne, cant. de Sissonne, arr. de Laon.
4. Aisne, arr. de Laon.
5. 1369, décembre, Paris. Lettres de Charles V (Arch. nat., JJ 100, n* 479,
fol. 148 v*). Éd. Ordonnances, t. V (1736), p. 246-248. A la fin : Par le roy en
ses requesles, P. de Vergny. Visa,
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558
LE DROIT D’iPPEL
aux autres. Nous en connaissons la teneur, à laquelle fut attri¬
bué plus tard le nom d 'ordonnance, par le préambule des lettres
royaux donnant satisfaction aux réclamations des chanoines 1 ,
et ces lettres nous renseignent aussi sur les mesures prises par
Charles V. Le roi expose que les chanoines se sont plaint que
« de jour en jour plusieurs, tant leurs subgès comme autres, des
sentences, jugemens et appointements donnés parles dis de cha¬
pitre ou leurs officiers et, qui pis est, sans aucun appointement
judiciaire, quant on les veut contraindre ou exécuter d’aucune
chose, appellent ès assises du bailli de Vermandois, non pas une
fois, mais tant qu’il leur plest, quérans diffuges et dilacions
irraisonnables pour fuir à justice, pour ce que ils dient et main¬
tiennent que, par l’usage et coustume dont on use en la prévosté
de Laon et ou ressort, ilz pevent appeller ainsi et quanteffois
que il leur plaist des juridictions et justices subjectes au dit
bailli de Vermendois en ses assises à Laon et autres, sans renon¬
cer à leurs appeaux et sans faire aucune diligence de les pour-
suir dedens ycelles assises, et cependant se dient exems de la
jurisdiction et justice dont ilz auront ainsi appellé jusques à la
prochaine assise dudit bailli ensuivant, sans paier amende de
nous, ne aux juges dont ilz auront appellé, et par ainsi seront
leurs causes tenues en estât sans y procéder, et samblablement,
après ladicte assise, appelleront encore derechief, et si poursui-
ront pas leurs appeaulx, ne ne il ne y renonceront, et ne paie¬
ront pour ce aucune amende, et par se seroient leurs causes
immortelles et sans fin, ou grant préjudice et dommaige du bien
de justice... »
Justement ému, Charles V pensa qu’il était opportun de
prendre des mesures efficaces. Les requêtes adressées au roi
furent retournées par celui-ci, sous son « contre-seel », au bailli
de Vermandois qui dut, avec le concours du procureur du roi,
faire une enquête afin de contrôler les assertions des plaignants
et de connaître quelles pourraient être les conséquences de la
suppression de l’appel frivole. Le bailli et le procureur du roi
adressèrent aux maîtres des requêtes de l’hôtel du roi, à Paris,
leur rapport accompagné des dépositions de vingt-cinq témoins,
1. 1372, 23 avril, au Louvre. Lettres de Charles V abolissant l’appel frivole
dans les justices appartenant au chapitre de Reims (Arch. nat., JJ 103, n* 170,
fol. 92-92 v*). Éd. Ordonnances, t. V (1736), p. 470-471. A la fin on Ut : Par
le roy en ses requesles. Filleul. Thoussoye. Visa.
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DÉNOMMÉ « APPEL VOLAGE » ET « APPEL FBIVOLE ». 559
puis le bailli, « de bouche et en personne », confirma, en présence
du roi et des conseillers maîtres des requêtes, les conclusions de
son enquête qui corroboraient les plaintes des seigneurs justiciers,
si bien que Charles V se décida à abolir complètement « teles
appellations frivoles et les cauteles et malices des appeaulx ».
11 ne s’agissait plus de fixer le montant d’une compensation
financière, comme c’était l’usage pour la suppression de l’appel
volage, mais il était seulement nécessaire de refréner un abus
par des décisions appropriées. Les gens du roi s’inspirèrent de
la juridiction observée au Parlement de Paris. Il fut décidé que
tous ceux qui interjetteraient appel au bailli de Vermandois ou à
son lieutenant, en ses assises de Laon ou autres, pour quelque
cause ou cas que ce soit, seraient tenus de renoncer « à leur dis
appeaulx, dedans les huit jours ensuivans qu’ils auront fait ledit
appel; et si ne le faisoient, et qu’il ne feroient diligence de
prendre et poursuir leur adjournement dedans temps deu pour
l’assise prochaine ensuivante, ils paieront et seront tenuz pour
ce, la somme de soixante soulz d’amende, aus dis suppüans et
seigneurs de qui il auront appellé ; et si pourront exécuter leur
jugié, procéder à aller avant, nonobstant leurs appeaulz ; et ou cas
que les dis appellans prendroient leur adjournement et feroient
poursuite de leur dit appel dedans temps deu en assise, et qu’il
seroit dit bien jugié et mal appellé, ou bien appellé et mal jugié,
que le stile ancien soit sur ce tenu et gardé ainsi que de raison et
coustume a esté fait et acoustumé faire au temps passé ». Ainsi,
l’amende de soixante sous qui était imposée aux habitants soumis
à l’appel volage 1 et coupables de n’avoir pas répondu à l’appel
menaça aussi tous ceux qui faisaient un usage abusif de l’appel
frivole, en se basant sur cette clause de leurs lettres d’exemption
de l’appel volage qui leur permettait d’user de l’appel contre les
personnes non exemptes et contre leurs seigneurs et de pour¬
suivre cet appel s’il leur plaisait.
Nombreux furent les seigneurs hauts justiciers qui récla¬
mèrent à leur profit l’expédition de lettres royaux semblables à
celles qui avaient été accordées en 1372 pour les justices du cha¬
pitre de Reims. Des communes aussi, en tant que jouissant du
droit de haute justice, furent favorisées et les effets de la nouvelle
jurisprudence furent bientôt étendus au ressort direct de la pré-
1. Cf. la requête des habitants de Rozoy-sur-Serre, en 1367, ci-dessus, p. 556.
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560
LE DBOIT D'APPEL
vôté foraine de Laon, ce qui montre que les juges royaux souf¬
fraient eux-mêmes de cet abus. Nous avons conservé des lettres
royaux concernant la répression de l’appel volage dans le res¬
sort de la prévôté de Soissons 1 , dans les justices des chapitres
de Laon 2 et de Tours-sur-Marne 3 , dans celles du monastère de
Saint-Vincent de Laon 4 et des chapitres de Saint-Étienne de
Chàlons-sur-Marne 5 , de Saint-Thierry de Reims 6 et de Saint-
Jean de Laon 7 . En rappelant ses lettres données en 1372,
Charles V accorde les mêmes garanties, en septembre 1378, à la
commune de Crandelain qui n’en jouissait pas encore « par ce
que les diz raaieurs, jurez, regars et communauté dessus dicte
de Crandellain, qui ont esté depuis ladicte ordonnance, n’ont
pas esté diligents d’en prendre noz lettres pour nostre dicte orden-
nance fere publier et mettre à exécution » 8 . Puis furent expé¬
diées des lettres pour la prévôté foraine de Laon, car le prévôt
forain avait exposé au roi « par sa complainte > le mal causé par
l’appel frivole dans le ressort de sa juridiction 9 et d’autres en
1. 1372, avril, au Louvre. Lettres de Charles V (Arcb. nat., JJ 104, n* 236,
fol. 100 v*). Éd. Ordonnances, t. V (1736), p. 720-722. A la fin on lit : Par le
roy en ses requestes, P, Briet.
2. 1373, août, Paris. Lettres de Charles V (Arch. nat., JJ 104, n* 304,
fol. 127-127 v). Éd. Ordonnances , t. V, p. 635-636. A la fin : Par le roy à la
relacion du Conseil, P. Briet; et 1373, 10 août. Mandement de Drouart de
Hainaut, lieutenant du bailli de Vermandois, aux officiers et sujets de ce
bailliage, pour la mise à exécution de ces lettres, arch. départementales de
l’Aisne, G 127.
3. Marne, cant. d'Ay, arr. de Reims. 1374, mai, Paris. Lettres de Charles V
(Arch. nat., JJ 105, n* 314, fol. 169-170). Éd. Ordonnances, t. VI (1741), p. 11.
4. 1374, décembre, Paris. Lettres de Charles V (Arch. nat., JJ 106, n* 99,
fol. 59-59 v*). Éd. Ordonnances, t. VI, p. 84-86. A la fin : Par le roy à la
relacion du Conseil, P. de Disy.
5. 1374, décembre, Paris. Lettres de Charles V (orig. scellé aux arcb. dépar¬
tementales de la Marne, G 462, n* 4, copie contemporaine aux Arch. nat.,
JJ 106, n* 327, fol. 172 v*-173). Éd. Ordonnances, t. VI, p. 86-88. A la fin :
Par le roy à la relacion du Conseil, G. de Montagu .
6. 1375, mars, Paris. Lettres de Charles V (indiq. : Arch. nat., JJ 106,
n* 100), et Ordonnances, t. VI, p. 101.
7. 1375, août, Paris. Lettres de Charles V (indiq. : Arch. nat., JJ 106, n* 100),
et Ordonnances, t. VI, p. 144.
8. 1378, septembre, Paris. Lettres de Charles V (Arch. nat., JJ 113, n* 139,
fol. 64 v*-65). Éd. Ordonnances, t. VI, p. 349-350. A la fin : Par le Conseil
ou quel vous esties, J. de Lus. Sur Crandelain, cf. ci-dessus, p. 531 et 538.
9. « Autre semblable et semblablement signée : Par le roy à la relacion
du Conseil, Maulone, pour la prevosté forainne de Laon », Ibid. Ces lettres
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DENOMME « APPEL VOLAGE » ET « APPEL PBIVOLE ». 561
faveur des maire et jurés de Bruyères 1 et des « maire, échevins,
jurez et esgardeurs » de la commune de Crépy-en-Laonnais « qui
est fondée de fondacion royale » 2 , et des justices de l’abbaye de
Saint-Pierre-au-Mont de Ghàlons 11 et de l’abbaye bénédictine
d’Hautvillers 4 . Autres actes pour les « majeurs, eschevins, jurez,
esgardeurs et autres leurs officiers » de Crépy-en-Laonnais 5 ,
pour la ville de Laon 1 ’, pour le « bailliage de Saint Père aux
Nonnains » de Reims 7 , pour l’abbaye de Beaulieu en Argonne,
de l’ordre de Cluni s , rappelant celles qui furent données aux
chapitres de Reims et de Laon et au couvent de Saint-Jean de
Laon et particulièrement opportunes puisque les religieux se
plaignent de leurs sujets « qui touz les jours se rendent exemps
de leur juridiction sans aucune cause quand ilz veulent estre
paiez de leurs droiz et reveuues que lesdits subgiez leur
de septembre 1378 sont vidimées dans des lettres de Charles VI de décembre
1388, indiquées ci-aprés, et concernant le bailliage de Saint-Père-aux-Nonnains
de Reims.
1. Bruyères et Montberault, eant. de Laon. 1380, août, Paris. Lettres de
Charles V. Orig. scellé de cire verte, bibl. communale de Laon, carton 3,
n* 30 B (indiq. : Lucien Broche, Inventaire sommaire des documents origi¬
naux de la bibliothèque communale de Laon , dans la Rerue des biblio¬
thèques, 1902, p. 322, n* 90); copie contemporaine, Arch. nat., JJ 117, pièce
non cotée entre les numéros 178 et 179, fol. 115 v-116. Éd. Ordonnances,
t. VI, p. 489-490.
2. 1382, septembre, Paris. Lettres de Charles VI (Arch. naL, JJ 121, n* 140,
fol. 77-77 v*). Éd. Ordonnances, t. VI. p. 667-669.
3. 1382, février, Paris. Lettres de Charles VI (Arch. nat., JJ 120, n* 147,
fol. 74-74 v*). Éd. Ordonnances, t. VI, p. 642-644. A la lin : Par le roy à la
relacion du Conseil, J. de Monteacuto.
4. Marne, cant. d’Ay, arr. de Reims. 1386, juillet, Paris. Lettres de
Charles VI (Arch. nat., JJ 129, n* 174, fol. 110-110 v*). Éd. Ordonnances,
t. VII (1745), p. 149-151. On lit à la lin : Par le roy à la relacion du Con¬
seil, P. de Disy.
5. Aisne, cant. de Laon. 1382, septembre, Paris. Lettres de Charles VI (Arch.
nat., JJ 121, n" 140). Éd. Ordonnances, t. VI, p. 667-669. A la lin : Par le roy
à la relacion du Conseil, P. de Disy.
6. 1388, mai, Paris. Lettres de Charles VI (Arch. nat., JJ 133, n* 8,
fol. 3-3 v*). Éd. partielle, Ordonnances, t. VII (1745), p. 189. A la fin : Par
le roy à la relacion du Conseil, Maulone.
7. 1388, décembre, Paris. Lettres de Charles VI vidimant celles de Charles V
données à Paris en septembre 1378 pour le prévôt forain de Laon (Arch. nat.,
JJ 133, n* 253, fol. 146-147).
8. 1393, novembre, Paris. Lettres de Charles VI vidimant celles de Charles V
données en avril 1372 pour le prévôt de Soissons renfermées elles-mêmes dans
un vidimus tiré du registre JJ 104 en novembre 1393, à Paris, se terminant
1910 36
562
LE DROIT D’APPEL
doivent ». L’usage de l’appel volage était invétéré dans cette
région au point qu’il fallait sans cesse veiller à l’observance de»
prescriptions des lettres royaux si l’on ne voulait pas voir repa¬
raître ce fâcheux abus. Ainsi, en 1396 1 , Despert de Maubresson,
écuyer, prévôt forain de Laon, se vit dans l’obligation de deman¬
der à Charles VI une confirmation des lettres données par son
prédécesseur en 1378 sur le modèle de celles d’avril 1372,
« pour ce que, dit le roi, depuis laditte ordenance, nostre dicte
prevosté a esté et est continuelment gouvernée par prévoz fer¬
miers qui se changent, muent ou renouvellent de trois ans en
trois ans, et pour cause de laditte mutation, renouvelement de
ferme, ou négligence des prévoz qui ont esté fermiers de nostre
dicte prévosté, et depuis ladicte ordenance, on a délaissié par
inadvertance, à en prendre lettres de nostre dit seigneur ou de
nous, pour ladicte ordenance ou déclaration faire publier et
faire mettre à exécution, qui est un très grand grief, dommage
et préjudice de nous et de la chose publique ».
Des lettres de même nature furent encore expédiées en faveur
des cours de justice du prévôt, doyen et chapitre de Soissons 2 ,
situées dans les bailliages de Vermandois et de Senlis, de l’abbaye
de Notre-Dame de Soissons 3 , de la « court » des maire et jurés
de Cerny-en-Laonnais 4 , et pour les justices relevant de l'abbaye
par les mots : Extrait des registres et collaeion faite, G. de Montagu (Arch.
nat., JJ 145, n* 129, fol. 56-57). Éd. Ordonnances, t. VII (1745), p. 586-587.
A la fin : Par le roy à la relacion du Grant Conseil, Maulone.
1. 1396, mai, Paris. Lettres de Charles VI (Arch. nat., JJ 149, n* 225,
fol. 117 v-118). Éd. Ordonnances, t. VIII (1750), p. 72. A la fin : Par le roy
à la relacion du Conseil, P. de Disy.
2. 1395, décembre, Paris. Lettres de Charles VI (Arch. nat., JJ 148, n* 312,
foi. 160 v-IGI). Éd. Ordonnances, t. VIII, p. 26-27. A la fin : Es requestes
par vous ten[ues\, présent le Conseil ou quel esloient les evesques de Bayeux,
de Noyon, de Chartres et dArras, le visconie de Melun et autres du Conseil
présens, Fréron. Et 1396, 1*' février, vidimus de ces lettres par le bailli de
Sens, arch. départementales de l’Aisne, G 253 (c&rtnlaire dn chapitre cathédral
de Soissons, rédigé au xv* siècle), fol. 143.
3. 1396, janvier, Paris. Lettres de Charles VI (Arch. nat., JJ 149, n* 319).
Éd. Ordonnances, t. VIII, p. 56-57. A la fin : Par le roy à la relacion du
Conseil, Fréron.
4. Aisne, cant. de Craonne, arr. de Laon. 1402, novembre, Paris. Lettres de
Charles VI (Arch. nat., JJ 157, n* 231, fol. 142 v*-144). Éd. Ordonnances,
t. Vin, p. 547-548. A la fin : Par le roy à la relacion du Conseil, Fréron.
Ces lettres font mention de celles de mai 1396 pour le prévôt de Laon.
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Dfaomré « APPEL VOLAGE » ET « APPEL FRIVOLE ». 563
de Saint-Denis, dans le bailliage de Vermandois 1 , et pour celles
du couvent de Saint-Thibaut 2 de Bazoches 3 .
Au début du xv 4 * siècle, nous nous apercevons que l’interven¬
tion répétée des rois de France n’était pas parvenue à abolir le
mauvais usage de l’appel frivole et que les habitants n’avaient
pas tardé à trouver un bon moyen pour rendre vaines les pres¬
criptions des lettres royaux et interjeter des appels frivoles sans
se mettre dans le cas d’être passibles d’une amende. En effet,
« les appelans, désirans tousjours persévérer en leur cautelle et
malice », interjetaient appel et renonçaient à leur appel avant
que la huitaine soit écoulée pour ne pas payer les 60 sous
d’amende suivant les prescriptions des lettres royaux expédiées
depuis 1372, puis, remarquant qu’il n’était pas dit dans cette
ordonnance de 1372 « que, pour cause de ladicte renonciation
faicte à leurs diz appeaulx, ilz seroient tenuz et contrains à
paier aucune amende », ils recommençaient l’appel la semaine
suivante et renonçaient à celui-ci avant qu’elle soit écoulée,
sans se lasser jamais de renouveler, de huit jours en huit jours,
l’abus de cette mauvaise coutume. Par ce moyen, l’ordonnance
de 1372 n’était d’aucun effet et les coupables évitaient toute
amende au profit de leurs seigneurs justiciers. Les seigneurs
hauts justiciers adressèrent au roi de pressantes requêtes
pour lui faire connaître cette déplorable situation, et les con¬
seillers de Charles VI, gens du Grand Conseil et gens du
Parlement, prirent des mesures immédiates pour leur don¬
ner satisfaction. Il fut décidé que les prescriptions de l’or¬
donnance de 1372 concernant l’amende de 60 sous imposée à
ceux qui, sans renoncer à leur appel, ne le poursuivraient pas,
continueraient à être en vigueur et qu’en outre une amende de
20 sous frapperait aussi ceux qui, dans les huit jours, auraient
renoncé à leur appel, pour leur ôter toute velléité de renou¬
veler cet appel de huit jours en huit jours et, au point de vue
moral, pour les punir d’avoir interjeté un appel jugé par
1. 1403, janvier, Paris. Lettres de Charles VI (Arch. nat., JJ 157, n* 296,
fol. 181-181 v*). Éd. Ordonnances, t. VIII (1750), p. 556-557. A la fin : Par le
roy à la relacion du Conseil, Maulone.
' 2. Aisne, cant. de Braine, arr. de Soissons.
3. 1408, septembre, Paris. Lettres de Charles VI (Arch. nat., JJ 163, n* 66).
Éd. Ordonnances, t. IX (1755), p. 371. A la tin : Par le roy, J. de Rouvres.
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564
LE DROIT D’APPEL
eux-mêmes indigne d’être poursuivi. Les 20 sous d’amende
devaient être exigés par les seigneurs eux-mêmes à leur profit.
Des lettres renfermant ces clauses furent octroyées au chambel¬
lan Jean de Braine, chevalier, pour les cours de justice qu’il
possédait dans les bailliages de Vermandois et de Vitry, au
comté de Braine 1 et en la châtellenie de Pontarcy 2 , qu’il tenait
du duc d’Orléans, frère du roi, son suzerain en raison de la
châtellenie de Coucy-le -Château 3 dont relevait Braine et
Pontarcy 4 . Peu de temps après, les mêmes garanties furent
accordées au prévôt, doyen et chapitre de Reims, pour mettre
un terme aux ennuis causés à leurs « bailliz, maires et esche-
vins, gardes de justice, hommes jugans, sergens et autres offi¬
ciers » par les personnes qui appelaient ainsi « frivollement » 5 .
L’abbaye de Saint-Basle-lez-Reims tenait directement du roi
plusieurs terres, seigneuries et justices aux bailliages de Ver¬
mandois et de Vitry, dans lesquelles sévissait l’abus de l’appel
volage. En 1412, les religieux ne jouissaient pas encore du droit
d’imposer à leur profit ceux qui renonçaient à l’appel dans les
huit jours, l’amende de 20 sous étant, dans le ressort de leurs
justices, exigée au profit du roi, leur suzerain « sans moyen », à
l’exemple sans doute de ce qui se passait dans le ressort des
juridictions royales. L’abbaye ne paraît pas avoir reçu une expé¬
dition de l’ordonnance de 1372 et sa situation est particulière,
mais des lettres royaux de 1411 la concernant 6 sont très inté¬
ressantes parce qu elles nous montrent que l’amende de 20 sous
n’était pas encore suffisante pour restreindre l’abus de l’appel
frivole. Nous lisons en effet dans ces lettres : « Souventeffoiz
aucuns cauteleux qui sentent avoir mauvaises causes, voulant
1. Aisne, arr. de Soissons.
2. Aisne, cant. de Vailly, arr. de Soissons.
3. Aisne, arr. de Laon.
4. 1407, avril, Paris. Lettres de Charles VI (Arch. nat., JJ 161, n* 267,
fol. 178-178 v*). Ëd. partielle, Ordonnances, t. IX (1755), p. 208-209. A la tin :
Par le roy à la relacion du Conseil, R. Camus.
5. 1407, juin, Paris. Lettres de Charles VI (Arch. nat., JJ 161, n* 326). Éd.
partielle, Ordonnances, t. IX, p. 246. A la fin : Par le roy à la relacion du
Conseil, Maulone.
6. 1412, 6 février, Paris. Lettres de Charles VI (Arch. nat., JJ 166, n* 72).
Ëd. Ordonnances, t. IX (1755), p. 678-680. On lit à la fin : Par le roy à la
relacion du Conseil , Coingnet.
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DÉNOMMÉ « APPEL VOLAGE » ET « APPEL FBIVOLE ».
565
retarder le procès contre eulx commandé, des appointemens
faiz par lesdiz bailliz ou par lesdiz maires, eschevins, hommes
jugens ou autres officiers, ou avant que aucun appointement
soit fait, appellent, et au bout ou dedanz le terme de huit jours
dessusdiz ou environ renoncent, par laquelle renonciacion ilz
ne paient seulement que vint solz à nous, comme dit est, après
laquelle renonciation il convient nécessairement que l’autre par¬
tie le face adjourner derechief, pour les mettre en cause, et
advient souvent que telz frauduleux font troys ou quatre appel-
lacions successivement, auxquelles ilz renoncent dedanz huit
jours, comme dit est, avant ce que on puist procéder en la cause,
dont grant dommaiges et despens s’ensuivent aux parties
adverses : car les aucuns ne puent estre paiez de ce que on leur
doit 1 , les autres ont leurs drois induement empeschiez et retar¬
dez, et n’en pevent avoir ne droit ne raison, et souventeffois
advient que pour ces causes ilz leissent leurs bons droiz à pour-
suir; et, en oultre, advient souventeffoiz que quant lesdiz bailliz,
maires et eschevins, hommes jugens et autres leurs officiers, ou
leurs lieuxtenans, ou autres des sergens et officiers desdiz sup-
plians veulent prendre et arrester en leurs terres aucuns malfaic-
teurs ou debteurs pour estre pugnis de leurs déliz ou pour faire
paier leurs créanciers, comme il est acoustumé de arrester pour
debtes en pluseurs villes de Loy; les délinquens ou obligiez,
dès 2 que ilz voyent venir lesdiz bailliz, maires, eschevins, ser¬
gens ou autres officiers, appellent d’eulx, pour doubte 3 desquelz
appeaulx et de attempter iceulx officiers ne les osent prendre ne
arrester; mais se partent les délinquens et se transportent où il
leur plaist hors de la juridicion desdiz supplians, et dedanz les
huit jours renoncent à leur appel, et demeurent impugnis et
pareillement les obligez, et puis y renoncent et s’en vont où il
leur plaist hors de la jurisdicion dessusdicte, en nous paiant les¬
diz vint solz, qui est peu de chose, et ne sont point paiez les cré¬
diteurs. » Pour « obvier à telles frivoles appelacions », le roi
décida que tous ceux qui interjetteraient appel « frivolement »
1. L'appel frivole était surtout interjeté par les débiteurs pour retarder le
paiement de leurs dettes en entravant les poursuites judiciaires que leur inten¬
taient leurs créanciers. De nombreuses lettres en font foi.
2. Ms. : De ce.
3. C’est-à-dire : par peur.
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566
LE 0E01T d’appel
et renonceraient à leur appel dans la huitaine paieraient 20 sous
parisis d’amende aux religieux de Saint-Basle, outre les 20 sous
qu’ils verseraient au roi : l’amende serait donc de 40 sous pari-
sis, c’est-à-dire de deux livres parisis, somme assez considérable
pour faire hésiter ceux qui seraient tentés d’user d’appel frivole.
Les religieux de l’abbaye de Saint-Martin de Laon, de l’ordre
de Prémontré implorèrent en 1413 l’intervention du roi qui
ne leur accorda pas, ainsi qu’il l’avait fait auparavant en faveur
d’autres seigneurs hauts justiciers, le droit d’exiger l’amende,
mais décida qu’une amende de 20 sous parisis serait perçue à
son profit 1 2 . Le montant de l’amende était assez peu élevé et aurait
pu ne pas faire peur aux personnes mal intentionnées, agis¬
sant dans le sens où l’exposent les lettres royaux de 1412 en
faveur de Saint-Basle, si le gouvernement royal, mieux informé,
n’avait pas formulé de nouvelles prescriptions tendant à rendre
de plus en plus difficile l’abus de l’appel frivole. Les juges
durent désormais, en prononçant leurs sentences interlocutoires,
ajourner les parties non plus à huit jours, mais à un terme « plus
long que de huit jours >. La partie adverse relevant de la jus¬
tice des religieux de Saint-Martin de Laon aurait alors à choisir
quatre façons d’agir : 1° se présenter au jour assigné et se
prêter à la poursuite de la cause ; 2° en appeler et poursuivre
l’appel ; 3° en appeler et renoncer à l’appel dans la huitaine en
payant au roi 20 sous parisis d’amende ; 4° en appeler puis ne
pas renoncer et cependant ne pas poursuivre l’appel, faute punie
d’une amende de 60 sous parisis. La troisième ligne de conduite
était auparavant choisie de préférence, car l’appelant renon¬
çait à son appel au dernier moment, le huitième jour, si bien
que le terme assigné pour comparaître était écoulé et que l’on
était obligé de lui adresser une nouvelle assignation contre
laquelle il interjetait un nouvel appel qui ne lui coûtait que
20 sous et retardait le jugement. Les prescriptions des lettres
de 1413 pour Saint-Martin de Laon rendaient cette ruse impos-
1. Aisne, cant. de Coucy-le-Châtean, arr. de Laon.
2. 1413, mai, Paris. Lettres de Charles VI (Arch. nat., JJ 167, n* 135, fol. 211-
211 v*). Éd. Ordonnances, t. X (1763), p. 144-146. A la fin : Par le roy à la
relation du Conseil , M, Fréron. Un vidimus de ces lettres fut donné la même
année par Jean, seigneur de Bains (Oise, comm. de Boulogne-la-Grasse, cant.
de Bessons-snr-Matz), bailli de Vermandois (arch. départementales de l'Aisne,
H. 876).
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DÉNOMMÉ « APPEL VOLAGE » ET « APPEL FRIVOLE ».
567
sible. Si l’appelant ne renonçait pas dans les huit jours et ne
poursuivait pas, il payait 60 sous; s’il renonçait durant la hui¬
taine, moyennant 20 sous d’amende, il était tout de même obligé
de comparaître au terme « plus long que de huit jours » fixé par
les gens de justice, étant dans l’impossibilité de faire, contre le
même ajournement, deux appels et deux renonciations de suite.
Après quarante années d’efforts, le gouvernement royal avait
enfin trouvé le moyen de réprimer le mauvais usage du droit
d’appel dénommé appel frivole, et les successeurs de Charles VI
n’eurent plus à intervenir en Vermandois pour donner satisfac¬
tion aux plaintes suscitées par cet abus.
Nous avons abandonné l’histoire de l’appel volage au moment
où commence, en 1372, un grand mouvement de protestation
contre l’appel frivole ; mais, tandis que les seigneurs hauts justi¬
ciers réclamaient la suppression de cet appel frivole, quelques
sujets demandaient au roi la suppression de l’appel volage moyen¬
nant finance. Les habitants de Bucy-le-Long 1 , qui obtinrent des
lettres en janvier 1379 2 , rappelèrent les < informations faictes
solennelment » par les commissaires du roi Philippe VI et deman¬
dèrent des lettres semblables à celles qu’étaient alors venus
prendre les habitants de plusieurs villes et qui étaient transcrites
sur les registres de la chancellerie. Après « avoir fait veoir et visi¬
ter à grant diligence les diz registres », Charles V fit grâce à leur
requête. Autres lettres en septembre 1395 3 pour Margival 4 et
pour Serches 5 . Toutefois, les plaintes contre l’appel frivole n’ont
pas été inutiles puisqu’il est prescrit dans ces lettres que « les
appellans seront tenuz de poursuivre leurs appeaulx » 6 .
1. Aisne, cant. de Vailly, arr. de Soissons.
2. 1379, janvier, Paris. Lettres de Charles V (Arch. nat., JJ 114, n* 118). Éd.
Ordonnances, t. VI (1741), p. 371-372. A la fin : Par le roy à la relation du
Conseil, G. de Montagu.
3. 1395, septembre, Paris. Lettres de Charles VI (Arch. nat., JJ 148, n* 253,
fol. 118 ▼•, Margival, et n* 254, Serches). Éd. Ordonnances, t. VIII (1750),
p. 21-22. On lit à la fin : Par le roy à la relation de son grant Conseil
estant en la Chambre des comptes, où vous, l'evesque de Noyon, mes sire
Almaury d Orge mont, maistre Oudart de Moulins, maistre Jehan A ne fier,
Jehan d’Estouteville, grant quantité de seigneurs de ladicte Chambre des
trésoriez et autres, estiez, Mauhac.
4. Aisne, cant. de Vailly, arr. de Soissons.
5. Aisne, cant. de B raine, arr. de Soissons.
6. On lit dans les lettres pour Margival et pour Serches : « Et pourront
568
LE DBOIT D’iPPEL
Nous avons déjà cité l’explication de l’appel volage donné
par Boutillierdans sa Somme rural composée dans la dernière
partie du xiv* siècle avant 1395 1 . A cette époque, l’attention du
gouvernement royal fut attirée sur les mesures prises par Phi¬
lippe VI contre l’appel volage, mesures auxquelles les habitants
eux-mêmes faisaient allusion dans leurs requêtes, aussi se dis¬
posa-t-il à donner satisfaction aux plaignants en prescrivant,
comme en 1332, des enquêtes locales. Le 18 novembre 1395,
Jean le Riche, receveur du domaine du roi au bailliage de Ver-
mandois, et Regnaut de Maisons, procureur du roi en ce bail¬
liage, furent nommés commissaires « sur le fait des affranchis-
semens des appeaulx volages en la prévosté et ressort de
Laon » 2 . Pour faciliter leur mission, le roi leur dit : « Nous
vous donnons povoir et auctorité et ausditz habitants congié et
licence de faire pour ce assemblée de gens en tel nombre comme
besoing sera, là où vous toutevoies, ou aucun nostre officier par
vous commis, soit présent et appellé, sanz ce que lesdiz habi-
tans, qui par la manière et pour la cause devant dicte seront
ainsi assemblez, puissent estre de ce repris ne traictiez à amende
par aucuns noz officiers ou seigneurs haulx justiciers, ne
autres 3 . » Les lettres royaux de commission furent expédiées
au receveur et au procureur par les « gens des comptes et tré¬
soriers du roy » à Paris, qui y joignirent un mandement ordon¬
nant de les mettre à exécution 4 . Jean le Riche et Regnaut de
Maisons commencèrent leur enquête. Les lettres qu’ils accor-
lesdiz habitant et leurs successeurs et chacun d'eulx appeller et user si comme
devant des appeaux volages de plait et querele contre leur seigneur, majeur
et tous autres justiciers quelconques de ladicle ville, et des appartenances
.d’icelle, en tant comme ilz sont et seront leurs seigneurs et justiciers, se sem¬
blable franchise ne leur estoit octroyée ores ou ou temps à venir, de nous ou
de noz diz successeurs; et aussi se lesdiz habitant et leurs successeurs appel¬
aient aucuns autres subgez à yceulx appeaulx volages, qui n'eussent sem¬
blable franchise, les appellans seront tenuz de poursuivre leurs appeaulx »
(Ibid., Ordonnaces, t. VIII, p. 21).
1. Cf. ci-dessus, p. 528.
2. 1395, t8 novembre, Paris. Lettres de Charles VI vidimées dans des lettres
de juillet 1398 citées ci-aprés. Éd. Ordonnances, t. VIII (1750), p. 273-274 et
p. 638-639, d'après JJ 150, n* 266, où l’acte est vidimé.
3. Ibid., p. 274.
4. 1395, 25 novembre, Paris. Mandement des gens des comptes et trésoriers
du roi au receveur et au procureur du roi dans le bailliage de Vermandois.
Éd. Ibid., p. 274.
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DÉNOMMÉ « APPEL YOLAGE » ET « APPEL FRIVOLE ».
5G9
dèrent aux habitants de Landouzy-la-Ville 1 , le 23 décembre
1395 2 , sont semblables à celles que donnèrent leurs prédécesseurs
Nicolas de Caillouël et autres. La suppression des « appeaulx et
adjournemens volages et de tous autres appeaulx et adjourne-
mens frivoles » est faite moyennant la même contribution
annuelle de deux sous parisis par feu. Les commissaires firent
ensuite affirmer l’authenticité des sceaux apposés à leurs lettres
par-devant Gilles, seigneur du « Plaissis-Biron > 3 , chambellan
du roi et bailli de Vermandois en avril 1396 4 , et Charles VI con¬
firma tous ces actes en juillet 1398 5 .
Tandis que tous payaient pour jouir du privilège envié de ne
pas répondre à l’appel volage, les arbalétriers de la ville de
Laon furent assez heureux pour obtenir de Charles V, en août
1367 6 , l’exemption gracieuse de cette pénible obligation". Jean
le Mercier, conseiller du roi, obtint aussi, en considération des
bons services qu’il avait rendus au roi, l’abolition gracieuse des
« appeaulx et ajournement volages et frivoles * dans le ressort
de ses justices de la « Freite-Beliart > s et autres lieux de la pré¬
vôté foraine de Laon, en faveur des « baillis, gardes de ses jus¬
tices, prévostz, majeurs, eschevins, hommes fiefvez, sergens,
messiers et officiers » exerçant la justice en son nom 0 .
t. Aisne, cant. d'Aubenton, arr. de Vervins.
2. Éd. Ordonnances, t. VIII, p. 274-276.
3. Sans doute le Plessis-Brion, Oise, cant. de Ribécourt.
4. 1396, avril. Lettres du bailli de Vermandois. Éd. Ibid., p. 276.
5. 1398, juillet, Paris. Lettres de Charles VI (Arcb. nat., JJ 153, n* 384).
Éd. Ordonnances, t. VIII (1750), p. 273-276. Ces lettres vidiment tous les
actes précédemment cités. On lit à la lin : Par le roy à la relacion du Con¬
seil, N. de Voisines.
6. 1367, août. Lettres de Charles V (Arcb. nat., JJ 99, n* 46). Éd. Ordon¬
nances, t. V (1736), p. 68.
7. « Nous voulons que ilz aient en juge notre prévost de ladicle cité de Laon
et icellui leur députons à l'audicion de toutes leurs causes à mouvoir d'ores
en avant, en deffendant tant seulement, sanz ce que ilz puissent estre conve¬
nus ne trais hors de ladicte cité ne devant autre juge que ledit prévost; ne
que eulx ne leur biens puissent estre arrestez en aucune manière, et ne vou¬
lons que à aucuns arrès ou appeaulx volages il soient conpris, ne pour yceulx,
se l'en les faisoit contre eulx, estre molestés, et s'aucuns s'esloit eflorcié ou
s'eflorçoit de congnoistre de eulx ou de leurs causes autrement.
8. Aujourd'hui la Ferté-Chevresis, Aisne, cant. de Ribemonl, arr. de Saint-
Quentin.
9. 1380, avril, Paris. Lettres de Charles V (Arch. nat., JJ 117, n* 18, fol. 12 v-
570
LE DROIT D’APPEL
Au xv* siècle, nous ne constatons plus le désir, témoigné au
xrv* avec tant d’insistance, de s'affranchir à tout prix de l’appel
volage. L’usage abusif de l’appel frivole semble alors aboli et
l’appel volage, interjeté de moins en moins, s’est restreint à
un cas particulier. Toute personne troublée de fait dans sa pos¬
session et prenant les auteurs du trouble sur le fait avait le
droit de les appeler par appel volage devant le prévôt forain de
Laon, et les personnes ainsi ajournées par appel volage devaient
comparaître dans l’état où elles se trouvaient au moment où
elles avaient été prises en flagrant délit, avec les armes ou
instruments qu’elles portaient en opérant le trouble, lesquels
devaient tenir lieu de pièces à conviction : telle était la cou¬
tume, en 1556, au moment de la suppression de l’appel volage.
La suppression de cet ancien usage est constaté dans le
< Procès-verbal des coutumes générales et particulières du bail¬
liage de Yermandois », dressé à Reims, en novembre 1556, à la
suite de la révision des anciennes coutumes du pays faite par
Christophe de Thou, président, Barthélemy Fay et Jacques
Viole, conseillers au Parlement, assistés des députés des trois
Etats. Au chapitre du procès-verbal, intitulé : « De justice et
droits appartenans aux hauts justiciers », on lit 1 :
« On esté aussi leuz trois articles estans audit cayer [des cou¬
tumes de la prévôté foraine de Laon], sous ledit tiltre, dont la
teneur ensuit : le roy a aussi seul la cognoissance des appeaux
volage qui est telle que toutes les fois qu’un, soy disant et main¬
tenant possesseur d’aucun héritage, est troublé et empesché par
trouble et empeschement de fait en son dit héritage, par un autre,
et il le trouve en iceluy son héritage, luy faisant ledit trouble et
empeschement; en ce cas, il loist à tel possesseur, sans com¬
mission et ordonnance de juge, de luy-mesme appeller promp¬
tement par appel volage celuy ou ceux qui auroit fait ou font
ledit trouble, à brief jour et heure : néantmoins comparent et
sont tenuz comparoir les appeliez, en telz estât, c’est-à-dire avec
les instrumens, armes et bastons dont ils étaient garnis, faisans
13 t*). Éd. Ordonnance* , t. VI, p. 475-476. A la fin : Par le roy à la relacion
du Conseil, Maulone.
1. Bourdot de Richebourg, Nouveau coutumier général, t. II (Paris, 1724,
in-fol ), p. 554. En télé dn procès-verbal, on trouve le dénombrement très
intéressant des seigneuries et la liste des députés des trois états.
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DÉNOMMÉ « APPEL VOLAGE » ET « APPEL FRIVOLE ». 571
le dit trouble de fait 1 , par devant le prévost de ladite prévosté
foraine, qui est le juge pour le roy, et par devant lequel ledit
possesseur est tenu faire demande, et conclure formellement et
de nouvelleté, sans pouvoir prendre autres conclusions sur les¬
quelles les appeliez sont tenuz respondre promptement, s’il ne
leur est baillé délay. Et cela fait, doit ledit prévost renvoyer et
remettre les parties en ses plaids ordinaires, s’il n’y a cause,
avant ce faire, d’adjuger quelque provision, comme de séquestre,
de fournissement de complainte ou autre. Et desdits appeaulx
volages, y a greffier et greffe particulier. Lequel greffe se baille
à ferme par monsieur le bailly de Vermandois ou son lieutenant
général, avec les autres greffes et fermes appartenans au roy,
à cause de son domaine ; et dont fait faire recepte le receveur
ordinaire du bailliage de Vermandois. Toutefois, il y a plusieurs
bourgs et villages en ladite prévosté, manans et habitans d’iceux,
qui par cy devant ont esté et sont encores exempts desdits
appeaux volages, moyennant la redevance de deux sols parisis,
que les non clercs et bigames desdits villages affranchis sont
tenus payer par chacun an au roy pour leur exemption et dont
le receveur fait recepte; et est ladite redevance de deux sols
parisis appelée vulgarement ; Les feux du roy. Lesquels
articles , par l’advis des trois Estats , ont esté rayez. »
Ajoutons que Charondas le Caron, dans une édition de la
Somme rural de Jean Boutillier imprimée en 1603, met en note,
au bas du paragraphe concernant l’appel volage dont la mention
est faite ci-dessus 2 : « Cet appel volage et forme de le proposer
n’a plus de lieu en la practique de France. »
Nous venons de suivre pendant trois siècles les destinées d’une
coutume jadis observée dans les bailliages de Vermandois, Vitry
et Senlis, dans le ressort de la prévôté foraine de Laon, terri¬
toire aujourd’hui compris dans les limites des départements de
l’Aisne, des Ardennes, de la Marne et de l’Oise, et bien que les
sources concernant son histoire soient abondantes, assez disper¬
sées et quelquefois difficiles à interpréter, nous regrettons la perte
certaine d’autres documents qui nous auraient permis d’étudier
1. Dans les plaintes contre l’appel volage adressées à Charles V en 1367 par
les habitants de Rozoy-snr-Serre, noos lisons déjà que les habitants devaient
venir à Laon « en tel estât comme il sont •. Cf. ci-dessus, p. 556.
2. P. 528.
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572
LE DROIT D'APPEL
de plus près encore cette intéressante institution. L’appel volage
apparaît dans les textes au milieu du xm* siècle, et quelques
années plus tard un témoignage nous apprend qu’il était en
usage depuis un temps « a quo non est memoria » ; il a donc été
interjeté sous la garantie de la coutume orale avant d’être défini
dans une coutume écrite; puis, traversant toutes les vicissi¬
tudes, il a subsisté jusqu’en 1556. Dans un des pays les plus
vivants de l’ancienne France, dans celui qui vit naître tant de
communes et de confédérations communales, une institution
aussi originale ne pouvait manquer d’être observée avec une
singulière persistance tant elle s’harmonisait avec le tempérament
très indépendant des habitants. Quoi de plus précieux, en effet,
et de plus flatteur pour l’amour-propre d’un humble sujet d’une
des innombrables justices du Vermandois 1 que ce droit d’appel
qui lui permettait de braver son seigneur et ses juges et de faire
indéfiniment attendre au créancier détesté le terme d’un paie¬
ment? C’est sur le ton du Romain s’écriant : « Civis sum Roma-
nus! » que devait être fait ce recours à l’appel volage; mais
aussi quelle source de troubles que cet usage qui permettait de
violer les pouvoirs et les droits les mieux établis et quelle cause
de dissensions parmi les hommes d’un même pays ! La royauté,
sans doute, y trouvait son compte; l’exercice de la justice è
Laon lui était profitable aussi bien que l’exemption de l’appel
volage achetée par un fouage annuel de deux sous parisis par
feu, et l’amoindrissement de l’autorité morale des juridictions
féodales n’était pas pour lui déplaire; mais elle fut plus d’une
fois assez embarrassée pour donner satisfaction aux uns et aux
autres. Si l’appel volage et frivole a créé des situations fausses,
si la ruse de ceux qui s’en servaient a souvent déconcerté l’ha¬
bileté des jurisconsultes du xv* siècle, il ne fut pas une institu¬
tion compliquée et insaisissable au point qu’il soit impossible de
résumer en quelques mots l’histoire de son évolution :
Dans les procès intentés par-devant les justices seigneuriales
situées dans le ressort de la prévôté foraine de Laon, le défendeur
usait du droit, garanti par une coutume immémoriale, de ne pas
1. A la fin du xvur siècle, 350 justices seigneuriales ressortissaient au bail¬
liage de Laon. Cf. A. Combier, les Justices seigneuriales du bailliage de Ver¬
mandois sous l'ancien régime ( Bibl . de la Société des études historiques ,
fasc. 1). Paris, s. d., in-8*, p. 3.
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DénOMlrf « APPEL VOLAGE » ET « APPEL FRIVOLE ». 573
répondre à la partie adverse en la cour seigneuriale, mais, avant
qu’aucune sentence eût été prononcée, de porter, par appel
volage , la cause en litige par-devant les juges royaux siégeant à
Laon. L’abus de ce privilège créa, au xiii® siècle, des conflits
de juridiction et des plaintes qui aboutirent à la suppression de
l’appel volage par Philippe le Bel, de décembre 1295 à février
1296, moyennant une compensation financière payée en une
fois. A la fin de l’année 1296, l’appel volage fut rétabli et l’ar¬
gent versé fut remboursé, mais les inconvénients de cet abus
se firent de nouveau sentir. Philippe IV promit une réforme
le 18 mars 1303 et Philippe VI dut, dès 1332, accorder des
lettres supprimant l’appel volage, après enquête de commis¬
saires spéciaux, moyennant un fouage de deux sous parisis par
feu. Jusqu’à la fin du xiv° siècle, les rois de France firent grâce
aux requêtes des populations et accordèrent l’exemption de
l’appel volage sous les mêmes conditions.
Depuis 1295-1296, la suppression de l’appel volage fut faite,
sauf de rares exceptions, en laissant aux habitants exempts le
droit de citer à Laon par appel volage les personnes non exemptes
et même leurs propres seigneurs, et cela sans obligation de pour¬
suivre cet appel. Les personnes exemptes abusèrent de ce droit en
multipliant les appels sans jamais les poursuivre, et cette mau¬
vaise coutume fut dénommée Yappel frivole. Pour se mettre à
l’abri d’un tel abus, les sujets non exempts s’empressèrent
d’acheter l’exemption moyennant un fouage de deux sous pari-
sis par feu et quelques seigneurs s’assurèrent les mêmes garan¬
ties, mais le plus grand nombre des seigneurs hauts justiciers
n’eut pas cette pensée. Ceux-ci ne purent bientôt plus retenir
aucune cause par-devers leurs cours de justice rendues désertes
par cet appel frivole jamais poursuivi et perdirent, avec l’im¬
portant produit des droits de justice, une partie de leur autorité.
Cependant, les sujets apportaient autant d’ardeur à obtenir
l’exemption de l’appel volage que leurs seigneurs mettaient de
persistance à combattre l’appel frivole né de cette exemption, et
cette situation ne pouvait durer. Dès le milieu du xrv® siècle,
quelques prescriptions des lettres royaux atteignent l’appel fri¬
vole, mais les mesures directement prises contre cet abus datent
de l’ordonnance de 1372 qui, jusque dans le premier quart du
xv® siècle, fut expédiée en faveur des seigneurs hauts justiciers
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574
l’appel VOLAGE ET F1IYOLB.
et rendue progressivement de plus en plus efficace en imposant
à ceux qui interjetaient l’appel frivole : 1° 60 sous parisis
d’amende s’ils ne renonçaient pas à l’appel et néanmoins ne
le poursuivaient pas ; 2° 20 sous et même 40 sous d’amende
s’ils renonçaient à l’appel dans les huit jours ; 3° l’obligation de
comparaître en justice après avoir fait leur renonciation dans
la huitaine et sans pouvoir interjeter un second appel.
Enfin l’abus de l’appel frivole disparaît après le premier quart
du xv* siècle et l’usage de l’appel volage ne se maintient dans la
coutume que pour intervenir dans un cas de trouble possessoire,
jusqu’à sa suppression lors de la révision des coutumes de la
prévôté foraine de Laon en 1556.
Telle est l’histoire de l’appel dénommé volage et frivole qui,
pendant trois siècles, causa des troubles assez graves dans l'orga¬
nisation judiciaire d’une des plus importantes régions de l’an¬
cienne France.
Maurice Jusselin.
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PIÈCES JUSTIFICATIVES.
I'.
Che sunt les viles qui doivent les apiaus en la court
le Roy a Laon [1295].
[Colonne 1.]
La baillie de Lannois.
Brici. — Brissy , cant. de Moy, arr. de Saint-Quentin 1 2 3 .
Acheri. — Achery , cant. de la Fère, arr. de Laon.
Maroc. — Marest-Dampcourt , cant. de Chauny, arr. de Laon.
Tournevel. — Tournevelle, f., comra. de Travecy, cant. de la Fère.
Farnières. — Fargniers , cant. de la Fère.
Amigni. — Amigny-Rouy , cant. de Chauny, arr. de Laon.
Pierremande. — Pierremande , cant. de Coucy-le-Chàteau, arr.
de Laon.
Barrisi. — Barizis , cant. de Coucy-le-Chàteau.
Couci. — Coucy-le-Chàteau , arr. de Laon.
Mont Agut. — Montaigu, cant. de Sissonne, arr. de Laon.
Marchais. — Marchais , cant. de Sissonne, arr. de Laon.
Pierrepont. — Pierrepont , cant. de Marie, arr. de Laon.
Le pont a Froimont 3 .
Pooelli. — Pouilly , cant. de Crécy-sur-Serre, arr. de Laon.
Asci. — Assis-sur-Serre , cant. de Crécy-sur-Serre.
Landricourt. — Landricourt, cant. de Coucy-le-Chàteau.
Anisi. — Anizy-le-Chàteau , arr. de Laon.
Ursel. — Urcel, cant. d'Anizy-le-Chàteau.
Aulers. — Aulers , h., coram. de Bassoles, cant. d’Anizy-le-
Château.
Servai. — Se ruais, cant. de la Fère.
1. Bibl. nat., ms. lat. 9016 (anc. suppl. lat. 1480), n* 19.
2. Toutes les localités énumérées dans ce paragraphe : « La baillie de Lan¬
nois », sont situées dans le département de l'Aisne.
3. Froidmont-et-Cohartille , cant. de Marie.
576
LE DBOIT D’iPPEL
Chievregni. — Chevregny, cant. d’Anisy-le-Châleau.
Chamoulle. — Chamouille, cant. de Craonne, arr. de Laon.
Panci. — Pancy, cant. de Craonne.
Nuef ville. — La Neuville, faubourg de Laon.
Le Pont à Buci '. — Pont-à-Bucy, cant. de Crécy-sur-Serre.
Noviant le Conte. — N ouvion-le-Comte, cant. de Crécy-sur-
Serre.
Danisi. — Danizy, cant. de la Fère.
La Fère. — La Fère, arr. de Laon.
Et toutes les autres villes par deviers Leon [Laon].
Porciens*.
Saint Jehan ou Bos. — Saint-Jean-aux-Bois, cant. de Chau¬
mont-Porcien.
Maranwès. — Maranwez, cant. de Signy-1’Abbaye.
La Roumaigne. — La Romagne, cant. de Chaumont-Porcien.
Tin. — Thin, cant. de Signy-l’Abbaye
Lannoit. — Launois, cant. de Signy-I’Abbaye.
Donmeri. — Domevy, cant. de Signy.
Lalobe. — Lalobbe, cant. de Novion-Porcien.
Mainmont. — Mesmont, cant. de Novion-Porcien.
Maclieron Mainil. — Machêroménil, comm. de Corny, cant. de
Novion-Porcien.
Novion. — Novion-Porcien, arr. de Rethel.
Crans Cans. — Grantlchamp, cant. de Novion-Porcien.
Prouvisi. — Provisy, cant. de Novion-Porcien.
Biaumont. — Beaumont, comm. de Séry, cant. de Novion-
Porcien.
Harbignis. — Herbigny, cant. de Novion-Porcien.
Seris. — Séry, cant. de Novion-Porcien.
Anicourt. — Arnicourt, cant. de Rethel.
Sourbon. — Sorbon, cant. de Rethel.
Gerson. — Gerson, comm. de Barby, cant. de Rethel.
Barbi. — Barby, cant. de Rethel.
Ecli. — Ecly, cant. de Chàteau-Porcien.
Nantuel. — Nanteuil, cant. de Rethel.
• • •
1. Ms. : Bouci.
2. Toutes les localités citées dans ce paragraphe sont, sauf indication spé¬
ciale, situées dans le département des Ardennes.
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DÉNOMMÉ « APPEL VOLAGE » ET « APPEL FRIVOLE ».
577
Taisi. — Taizy, cant. de Château-Porcien.
Aci devant Retest. — Acy-Romance, cant. de Rethel.
Condet. — Condé-lès-Herpy, cant. de Château-Porcien.
Saint-Greguel. — Saint-Fer g eux, cant. de Château-Porcien.
Caumont [ Chaumont-Porcien, cant. de Rethel] et toute la cas-
telerie quanques li sires de Rosoit [Rozoy-sur-Serre, Aisne, arr.
de Laon] en tint en bes.
Erpi. — Herpy, cant. de Château-Porcien.
Giveroy. — Givron, cant. de Chaumont-Porcien.
Lovegnis. — Louvergni , cant. de Le Chesne, arr. de Vouziers.
[Colonne 2.]
Roumaucourt. — Remaucourt, cant. de Chaumont-Porcien.
Aute-ville. — Hauteville, cant. de Chaumont-Porcien.
Sont. — Son, cant. de Château-Porcien.
Jusainnecourt. — Juzancourt, cant. d’Asfeld.
Gomont. — Gomont, cant. d’Asfeld.
Balehan. — Balham, cant. d’Asfeld.
Bausis. —
Air. — Aire, cant. d’Asfeld.
Nisi. — [Nizy-le-Comte, Aisne, cant. de Sissonne] et toutes
les autres villes par deviers Laon.
Les Baires. — Les Barres, Aisne, comm. des Autels, cant. de
Rozoy-sur-Serre, arr. de Laon.
Vilers. — Villers-devant-le-Thour, cant. d’Asfeld.
Castiel en Portiien. — Château-Porcien, arr. de Rethel.
Campaigne.
Saint-Leu. — Saint-Loup, Ardennes, comm. de Saint-Loup et
Terrier, cant. de Tourteron.
Roissi. — Roizy, Ardennes, cant. d’Asfeld, arr. de Rethel.
Sausse. — Saulces-Monclin ou Saulces-aux-Rois, Ardennes,
cant. de Novion-Porcien, arr. de Rethel.
Saint-Rerai. — Saint-Rémy-le-Petit, Ardennes, cant. d’Asfeld.
Houdelincourt. — Houdilcourt-et-Poilcourt, Ardennes, cant.
d’Asfeld.
Poelecourt. — Poilcourt, h., comm. d’Houdilcourt-et-Poilcourt.
Ecri. — Aujourd’hui Asfeld, Ardennes, arr. de Rethel.
1910 37
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578
LE DEOIT D’APPEL
Vaubuisson. —
Bersy. — Berzy-le-Sec, Aisne, cant. de Boissons.
Vui. — Vic-sur-Aisne, arr. de Soissons.
Radones. — Rethondes, Oise, cant. d’Attichi, arr. de Compiègne.
Saint Estiene. — Saint-Étienne , Oise, cant. d’Attichy, arr. de
Compiègne.
Omencourt. — Aumencourt , Aisne, h., comm. d’Auffrique-et-
Nogent, cant. de Coucy-le-Château, arr. de Laon.
Pont-Givart. — Pont-Givart, Aisne, h., comm. d'Orainville et
de Pignicourt (cant. de Neufchàtel, arr. de Laon, Aisne), d’Aumé-
nancourt-le-Grand et d’Auraénancourt-le-Petit (cant. de Bourgogne,
Marne).
Cuvrain-Villc. — Courville, Marne, cant. de Fisme.
Boy. — Bouy, Marne, cant. de Suippes, arr. de Châlons.
Bertricourt. — Compertrix , Marne, arr. de Châlons.
Aguillicourt. — Aguilcourt, Aisne, cant. de Neufchàtel, arr. de
Laon.
Waressicourt. — Variscourt, Aisne, cant. de Neufchàtel.
Condé. — Condé-sur-Suippe , Aisne, cant. de Neufchàtel.
Sappignieus. — Sapigneul , Marne, h., comm. de Cormicy, cant.
de Bourgogne, arr. de Reims.
Gemicourt. — Gemicourt, Aisne, cant. de Neufchàtel.
Calon. — Châlons-sur-Vesle , Marne, cant. de Ville-en-Tarde-
nois, arr. de Reims.
Boufflgni'Rieu. — Bouffignereux , Aisne, cant. de Neufchàtel.
Guiencourt. — Guyencourt , Aisne, cant. de Neufchàtel,
Bouvencourt. — Bouvancourt , Marne, cant. de Fismes, arr. de
Reims.
Vaus. — Vaux-Varennes, Marne, h., comm. de Bouvancourt.
Bourguongne. — Bourgogne, Marne, cant. de Reims.
Ventelai. — Ventelay, Marne, cant. de Fismes.
Roumains. — Romain, Marne, cant. de Fismes.
Prouilli. — Prouilly, Marne, cant. de Fismes.
Montigni. — Montigny-sur-Veste, Marne, cant. de Fismes.
Paigni. — Pargny, Marne, comm. de Ville-en-Tardenois.
Glenne. — Glennes, Aisne, cant. de Braine, arr. de Soissons.
Muscourt. — Muscourt, Aisne, cant. de Neufchàtel.
Roussi. — Roucy, Aisne, arr. de Laon.
Coursevreus. — Concevreux, Aisne, cant. de Neufchàtel.
Marival. — Marival, Aisne, h., comm. de Morfontaine et de
Taillefontaine, cant. de Vic-sur-Aisne.
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DÉNOMMÉ « APPEL VOLAGE » ET « APPEL FBI VOLE ».
579
Willi. — Œuilly, Aisne, cant. de Craonne.
Pargnant. — Pa.rgna.ri , Aisne, cant. de Craonne.
Geni. — Geny, Aisne, h., comm. de Cuissy-et-Geny, cant. de
Craonne.
Bourc. — Bourg-et-Comin, Aisne, cant. de Craonne.
Coumi. — Comin , Aisne, f., comm. de Bourg-et-Comin, cant.
de Craonne.
Moussi. — Moussy-sur-Aisne, Aisne, cant. de Craonne.
Biaune. — Beaulne-et-Chivy , Aisne, cant. de Craonne.
Le Maiel. —
Vemuel. — Verneuil-Courtonne, Aisne, cant. de Craonne.
Venderesse. — Vendresse-et-Troyon, Aisne, cant. de Craonne.
Troion. — Troyon, Aisne, h., comm. de Vendresse-et-Troyon.
Cemi. — Cemy-en-Laonnois, [Aisne, h., cant. de Craonne] et
toute le coumune de la ville de Mance [Mancy, Marne, cant. d’Avize,
arr. d’Épemay].
[Colonne 3.]
Mont Saint Piere.— Mont-Saint-Pierre, Marne, village détruit,
aujourd’hui maison isolée, comm. de Thillois, cant. de Reims.
Chaelons. — Châlons-sur-Marne, Marne, ch.-l. du département.
Et toutes les autres villes par deviers Laon.
Tieraisse’.
»
Meubecourt. — Mesbrecourt-Richecourt, cant. de Crécy-sur-
Serre, arr. de Laon.
Rigicourt. — Richecourt,h., comm. de Mesbrecourt-Richecourt.
Chevennes. — Chevennes, cant. de Sains.
La Frété. — La Ferté-Chevresis, cant. de Ribemont.
Le Loroit. — Lavroy ou Louvroy, f., comm. de la Ferté-Che-
vresis ; aujourd’hui détruite.
Le Merdeus. —
Les Puisiaus. — Les Puisarts,t., comm. de la Ferté-Chevresis.
Monciaus sur Perron. — Monceau-le-Neuf, cant. de Sains.
Walescours. — Valécourt, f., comm. de Chevresis-Monceau.
Chievresis. — Chevresis-Monceau, cant. de Ribemont, arr. de
Saint-Quentin.
1. Tontes les localités de cette sergenterie sont situées dans le département
de l’Aisne.
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580
LE DROIT D’iPPEL
Sont. — Sons-et-Ronchères , cant. de Marie.
Ronchieres. — Ronchères , f., comra. de Sons-et-Ronchères.
Houssiel. — Housset, cant. de Sains, arr. de Vervins.
La Nuef Ville de Houssiel. — La Neuville-Housset , cant. de
Sains.
Woupais. — Voulpaix , cant. de Vervins.
Haution. — Haution , cant. de Vervins.
Marfontaines. — Marfontaine, cant. de Sains.
Fontaines. — Fontaine , cant. de Vervins.
Estrees de ça Oise. — ( Étréaupont , cant. de la Capelle, arr. de
Vervins), quanques en tient du signeur de Couci.
Laheris. — La Hérie , cant. d’Hirson.
Origni. — Origny , cant. d’Hirson, arr. de Vervins.
Landousis. — Landouzy-la-Ville , cant. d’Aubenton, arr. de
Vervins.
Jante. — Jeantes , cant. d'Aubenton, arr. de Vervins.
Brait. — Braye-en-Thiérache, cant. de Vervins.
Brunehaut Mes. — Brunehamel , bourg, cant. de Rozoy-sur-
Serre, arr. de Laon.
Iviers. — Iviers , cant. d’Aubenton.
Parfondeval. — Parfondeval , cant. de Rozoy-sur-Serre.
Ouri. — Cuiry-les-Iviers , cant. de Rozoy-sur-Serre.
Doys. — Dohis , cant. de Rozoy-sur-Serre.
Mainbresi le Petit. — Mainbressy (en 1398).
Les Auteus. — Les Autels , cant. de Rozoy-sur-Serre.
Grant Rieu. — Grandrieux, cant. de Rozoy-sur-Serre.
Resignis. — Résigny , cant. de Rozoy-sur-Serre.
Morignis. — Morgny-en-Thièrache , cant. de Rozoy-sur-Serre.
Saint-Climent. — Saint-Clément , cant. d’Aubenton.
Marie. — {Marie, arr. de Laon), et toute la chastelerie et les
autres villes par deviers Laon.
Soissons 1 .
Vilers en Praiele. — Villers-en-Prayère } cant. de Braine, arr.
de Soissons.
Barbon Val. — Barbonval , cant. de Braine.
Serval. — Serval , cant. de Braine.
1. Les localités citées dans ce paragraphe sont situées dans le département
de l’Aisne.
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D&VOlfMé « APPEL VOLAGE » ET « APPEL FRIVOLE ». 581
Longueval. — Longueval, cant. de Braine.
Blanzi. — Blanzy-lez-Fismes, cant. de Braine.
Velle. — Vesle-et-Ca.um.ont, cant. de Marie, arr. de Laon.
Joncheri-sur-Veelle.— J onchery-sur-V esle, Marne, cant. de Fis-
mes, arr. de Reims.
Perrain. — Prin, Marne, h., comm. de Oercy-et-Prin, cant. de
Ville-en-Tardenois, arr. de Reims.
Saint-Gilleà Assi. — Saint-Gilles, Marne, cant. de Fismes.
Saint Tibaut. — Saint-Thibaut, cant. de Braine.
Le Mont Notre Dame. — Mont-Notre-Dame , cant. de Braine.
Luy. — Lhuys , cant. de Braine.
Liniers. — Lignières , h., comm. de Chéry-Chartreuse, cant. de
Braine.
Lege. — Lesges , cant. de Braine.
Curi. — Cuiry-Housse, cant. d’Oulchy-le-Château, arr. de Sois-
sons.
Pars. — Paars, cant. de Braine
Mars. — Maast-et-Violaine, cant. d’Oulchy-le-Château.
Viulaines. — Violaine, h., comm. de Maast-et-Violaine, cant.
d’Oulchy-le-Château.
[Colonne 4.]
Taingnières. — Ta nnière, cant. de Braine.
Muret. — Muret-et-Crouttes , cant. d’Oulchy-le-Chàteau.
Siri. — Ciry-Salsogne , cant. de Braine.
Chassemi. — Chassemy, cant. de Braine.
Sarmaises. — Sermoise, cant. de Braine.
Aci devant Soissons. — Acy, cant. de Braine.
Billi. — Billy-sur-Aisne.
Valli. — [Vailly, arr. de Soissons], et toute la coumune.
Soissons de ça le Pont.
Saint Mard de Soissons. — Saint-Mardi, cant. de Braine.
Croy. — Crouy , cant. de Soissons.
Bussi. — Bucy-le-Long , cant. de Vailly.
Minci. — Missy-sur-Aisne, cant. de Vailly.
Chivre. — Chivres, cant. de Vailly.
Treni. — Temy-et-Somy, cant. de Vailly.
Brait. — Braye.
Margival. — Marginal, cant. de Vailly.
Nuef Ville. — Neuville-sur-Margival, cant. de Vailly.
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582
LE DIOIT D'APPEL
La Fau. — Laffaux, cant. de Vailly.
Vergni. — Vregny , cant. de Vailly.
Serai. — Somi , h., comrn. de Teray-et-Soray.
Alemans. — Alternant, cant. de Vailly.
Vaudeson. — Va ndesson, cant. de Vailly.
Pinon. — Pinon, cant. d’Anizy-le-Château, arr. de Laon.
Rosière. — Rozières, cant. d’Oulchy-le-Château, arr.de Soissons.
Vaurain. — Vaurins, f., comrn. de Vaudesson.
Saint-Ghillains. — Saint-Guislain, f., comrn. de Vaudesson.
Hostel. — Ostel, cant. de Vailly.
Sanchi. — Sancy, cant. de Vailly.
Chavignon.— Chavignon, cant. de Vailly.
Cerches. — Serches , cant. de Braine.
Duisi. — Dhuizy, h., comrn. de 8erches.
Noujant. — Nogent , h., comrn. d’Auffrique-et-Nogent, cant. de
Coucy-le-Château.
Vausaillon. — Vauxaillon, cant. d’Anizy-le-Château.
Couci. — (Coucy-le-Château, arr. de Laon), et toute la chaste-
lerie et toutes les autres villes encloses dedens ces tes doivent venir
as apiaus en la cour le Roy à Laon.
[.A tergo :] Nomina villarum debentium appellationes in Laudu-
nensi prepositura.
II*.
Hec sunt ville et numerus focorum
CUJUSLIBET VILLE ET DOMINI VILLARUM IN SERJANTERIA
Laudunensi [1295]*.
Montagu 1 2 3 . Dominus : cornes de Roussi 4 . Foci, ccc. Nolunt redi-
mere.
Erpe 5 6 . Dominus : dominus Johannes d’Eppe. Foci, viij M .
Couci de lès Eppb*. Dominus : dominus Johannes d’Eppe.
Foci, nij”.
1. Arch. nat., J 233, n* 42, deux parchemins cousus ensemble.
2. Sergenterie de Laon, bailliage de Vermandois. Toutes les localités énumé¬
rées ci-après sont situées dans le département de l'Aisne.
3. Montoigu, cant. de Sissonne, arr. de Laon.
4. Roucy, arr. de Laon.
5. Eppes, cant. de Laon.
6. Coucy-lez-Eppes, cant. de Sissonne, arr. de Laon.
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DÉNOMMÉ « APPEL VOLAGE » ET « APPEL FRIVOLE ». 583
Ploiart 4 . Doraini : Johannes de Loisi 3 , Johannes de Noire-
court 3 , Jehans de Puisuel 4 . Foci, Ixxij.
Arensi 5 . Domini : Johannes de Loisi, Johannes de Noirecourt,
Jehans de Puisuel. Foci, lxij.
Vauprbsain 6 . Domini : dominus Nicolaus de Vendi et domina
Aelidis sua sororia et dominus Jacobus de Montcablon 7 . Foci, xlvij.
Montcablon. Dominus : dominus Jacobus de Montcablon.
Foci, vj“.
Anisi 8 . Dominus : dominus Episcopus Laudunensis. Foci, cccc.
Loisi. Dominus : Johannes de Loisi. Foci, xxvij.
Nouviant le Vineus*. Dominus : Episcopus Laudunensis.
Foci, lxj.
Brancourt 40 . Dominus : Episcopus. Foci, iiij“.
Mons 44 . Dominus : Episcopus. Foci, viij 1 *.
Sancta Crux' 3 . Dominus : abbas Sancti Vincent». Foci, lij.
Les Creutes ,3 . Dominus : abbas Sancti Vincent». Foci, xxxij.
Bourguignons 44 . Dominus : Episcopus. Foci, liij.
Marchais 45 . Dominus : Bedous de Puisius. Foci, iiij”.
Béni 1 *. Domini 47 : dominus Franciscus de Fusceni 48 , capitulum
et abbas Sancti Vincent». Foci, Ixxv.
Vaucieles 43 . Dominus : Episcopus. Foci, xxxviij.
Pennecourt 30 . Dominus : Episcopus. Foci, xxxj.
1. Ployart(-et-Vaurseine), cant. de Laon.
2. Loizy, comm. de Besny et Loizy, cant. de Laon.
3. Noircourt, cant. de Rozoy-sur-Serre, arr. de Laon.
4. Puisieux, coram. de Chambry, cant. de Laon.
5. Arrancy, cant. de Laon.
6. Vaurseine, comm. de Ployart-et-Vaurseine, cant. de Laon.
7. Montchâlons, cant. de Laon.
8. Anizy-le-Château, arr. de Laon.
9. Nouvion-le-Vineux, cant. de Laon.
10. Brancourt, cant. d'Anizy-le-Château.
11. Mons-en-Laonnois, cant. d’Anizy-le-Château.
12. Sainte-Croix, comm. de Graonne, arr. de Laon.
13. Le» Creuttes, comm. de Mons-en-Laonnois.
14. Bourguignon-sous-Montbavin, cant. d'Anizy-le-Château.
15. Marchais, cant. de Siasonne.
16. Besny (-et-Loizy), cant. de Laon.
17. Ms. : Dominus.
18. Fussigny, comm. de Coartrizy-et-Fussigny, cant. de Sissonne.
19. Vaucellesf-et-Beffecourt), cant. d’Anizy-le-Château.
20. Penancourt, comm. d'Anizy-le-Château.
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584
LE DBOIT D'APPEL
Foukerolles 4 : Episcopi. Foci, xxiiij.
Valavregni* : Episcopi. Foci, xxviij.
Foulenbrai 8 . Dominus : dominus de Couci 4 . Foci, c.
Aas*. Dominus : castelanus de Couci. Foci, xij. Item, Vilete 9 ,
ejusdem domini. Foci, xvij.
Oroival 7 . Dominus : dominus Gobertus de Montcablon. Foci, 1.
Bievre 8 . Domini 9 : dominus Gobertus de la Boue 40 et dominus
Balduinusd’Aisiel 11 . Foci, iiij” et x. Villa concensit contra domi-
num.
Bouconville 4 *. Dominus : dominus Gobertus de la Boue.
Foci, vj M et xiij.
Fu88egni' 3 . Dominus Franciscus de Biausne 44 , dominus Ansel-
mus de Fusceni et dominus Guido de Missi 41 et Franciscus.
Foci, xviij.
(Basoces. Dominus : dominus Vidame.)
Busci'*. Dominus : abbas Sancti Vincentii. Foci, iiij".
Tierre 4T . Dominus : Johannes de Classi 48 et dominus Guido de
Monmor. Foci, xlv.
Arensot 49 . Dominus : Froissardus d’Arensot. Foci, xxxij.
Estouveles 90 . Dominus : Episcopus. Foci, cet iij.
Civi* 4 . Dominus : Episcopus. Foci, c.
1. Fouquerolles, comm. de Merlieux-et-Fouqoerolles.
2. Valavergny, comm. de Merlieax.
3. Folembray, cent, de Coucy-le-Château.
4. Coucy-le-Château, arr. de Laon.
5. Pont-d'Aast, comm. de Champs, cant. de Coucy-le-Château.
6. La Villette , h., comm. de Champs, cant. de Coucy-le-Château.
7. Orgeval, cant. de Laon.
8. Bièvres, cant. de Laon.
9. Ms. : Dominus.
10. La Boué, comm. de Bouconville, cant. de Craonne.
11. Aizelles, cant. de Craonne.
12. Bouconville , cant. de Craonne.
13. Fussigny, cant. de Courtrixy-et-Fussigny, cant. de Sissonne.
14. Baulne-et-Chivy, cant. de Craonne.
15. Missy-lez-Pierrepont, cant. de Sissonne.
16. Bussy-lez-Pierreponl, cant. de Sissonne.
17. Thierret, comm. de Clacy-et-Thierret.
18. Clacyf-et-Thierret), cant. de Laon.
19. Arançol, comm. d’Arrancy.
20. Étouvelles, comm. de Merlieux-et-Fouquerolles, cant. de Laon.
21. Chivy-lez-Étouvelles, cant. de Laon.
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DÉNOMMÉ « APPEL VOLAGE » ET « APPEL FRIVOLE ». 585
La Fère 4 . Dominus : dominus de Couci. Foci, cccc et xx.
Beffrecourt 3 . Dominus : Episcopus. Foci, xxv.
La Val 3 . Dominus : Episcopus et capitulum. Foci, c et xvj pro
Episcopo, et pro capitulo, xv.
Preele et Tierigni 4 . Dominus : Episcopus. Foci, cc et vij.
Pierepont 5 , Grant Lus*, Rokignicourt 7 . Dominus : cornes
de Roussi. Foci, ccc et xx.
Rogiercourt 8 . Dominus : Radulphus du Sart 9 . Foci, xl.
Crespi 40 . Dominus : Rex. Foci, v c . Consensit.
Sarni 44 . Dominus : J. de Sarni. Foci, xxxij.
Signicourt 43 . Dominus : Episcopus. Foci, xxxij.
Lisi 43 . Episcopi. Foci, 1.
Courbes 44 . Dominus : abbas Sancti Vincentii. Foci, xxv.
(Cresi 43 . Dominus : abbas Sancti Johannis Laudunensis. Foci.
— Capitulum, thesaurarius Laudunensis et abbas Sancti Vincentii,
dominus de Couci. Foci cc pro communia et c pro capitulo et the-
saurario 46 .)
Fay 47 . Dominus : Robertus Brocars. Foci, xxxiiij.
Rioucourt 48 . | Dominus : dominus Claremballus de Cievre 49 et
Caliviel 30 . ( thesaurarius Laudunensis. Foci, Ixx.
Calvoi 34 . Dominus : dominus Clarembaldus de Cievre. Foci, xij.
1. La Fère, arr. de Laon.
2. Beffecourt , coram. de Vaucelles-et-Beffecourt, cant. d’Anizy-le-Château.
3. Laval, cant. d’Anizy-le-Château.
4. Presles-et-Thiemy, cant. de Laon.'
5. Pierrepont, cant. de Marie, arr. de Laon.
6. Grandlup(-et-Fay), cant. de Marie, arr. de Laon.
7. Rocquignicourt, comm. d’Ébouleau, cant. de Sissonne.
8. Rogecourt, cant. de la Fère, arr. de Laon.
9. Le Sart, comm. d'Anguilcourt-le-Sart, cant. de la Fère.
10. Crépy, cant. de Laon.
11. Cemy-lez-Bucy, cant. de Laon.
12. Senancourt, f., comm. d'Anguilcourt-le-Sart.
13. Lizy, cant. d’Anizy-le-Château.
14. Courbes, cant. de la Fère, arr. de Laon.
15. Crécy-sur-Serre, arr. de Laon.
16. Ceci a été barré.
17. Fay, comm. de Grandlup-et-Fay.
18. Royavcourt-et-Chailvet, cant. d’Anizy-le-Château.
19. Chivres, cant. de Vailly, arr. de Soiasons.
20. Chailvet, comm. de Royancourt-et-Chailvet.
21. Chaillevois, cant. d’Anizy-le-Cbflteau.
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586
LE DROIT D'APPEL
Remies 4 . Dominus : capitulum Laudunense. Foci, c et vj.
Aunoi*. Dominus: magisterJ.deRibemont. Foci, Iiij. Consens^.
Monnantuel 3 . Episcopi. Foci, vj** et viij.
Servais 4 . Dominus : Petrus li Bauloniers, Colardus de Princes,
Petrus de Cresi. Foci, Ix.
Noviant 5 subtus Couci. Dominus : abbas deNoviant. Foci, iiij**.
Fromont*. ) Dominus : dominus abbas Sancti Johannis Lau-
Conhartille 7 . ( dunensis. Foci, Ixxv.
Vernuel 8 . Dominus : capitulum. Foci, c.
Charmesi* : Johannes ûlius domini Goberti et dominus Radul-
phus de Harbesi. Foci, iiij** et vij.
Le Pont a Buci 40 . Dominus : dominus de Couci. Foci, lij.
Aubbgni 44 . Dominus : Gobertus de Monchablon. Foci, iiij** et vj.
Barenton sur Sers 43 . Dominus : capitulum Laudunense.
Foci, vj**.
Poblli 43 . Dominus : Episcopus Laudunensis. Foci, vij**.
Nouviant l’Abesse 44 . Dominus : [abbas] Sancti Johannis.
Foci, vj**.
Ciri 48 . Dominus : Rex. Foci, 1. •
Monciaus sur Serb 4 *. Dominus : dominus de Couci. Foci, lx.
Aquila 47 juxta Vaucler* 8 . Dominus : capitulum Laudunense.
Foci, iiij** et xv.
Roussi. Dominus : dominus de Roussi. Fod, xxiiij.
1. Remies, c&nt. de Crécy-sor-8erre.
2. Aulnois, cant. de Laon.
3. Monampteuil, cant. d’Anixy-le-Château.
4. Servais, cant. de la Fère.
5. Nogent, comm. d’Auffrique.
6. Froidmond~et-Cohartille, cant. de Marie, arr. de Laon.
7. Cohariille, comm. de Froidmond-et-Coharlille.
8. Vemeuil-swr-Serre, cant. de Crécj-aur-Serre.
9. Chermizy, cant. de Craonne.
10. Pont-àrBucy, cant. de Crécy-sur-Serre, arr. de Laon.
11. Aubigny , cant. de Craonne.
12. Barenion-svr-Serre, cant. de Crécy-sur-Serre, arr. de Laon.
13. Pouilly, cant. de Crécy-sur-Serre, arr. de Laon.
14. Nouvion-Catillon, cant. de Crécy-sur-Serre, arr. de Laon.
15. Oiry-Salsogne, cant. de Braine, arr. de Soissoas.
16. Monceau-les-Leups, comm. de la Fère.
17. Ailles, cant. de Craonne.
18. Vauclercf-eLla-Vallée-Poulon), abbaye de Bernardins établie en 1134.
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DÉNOMMÉ « APPEL VOLAGE » ET « APPEL FRIVOLE ».
587
Chievregni '. Dominus : Episcopus. Foci, ix“.
Amigny*. Dominus : dominus Symon de Amigni. Foci, lxx.
Aci sur Sere 3 . Dominus : dominus de Couci. Foci, iiij" et xiij,
Brait en Launois 4 . Dominus : capitulum. Foci, cc et x.
Veelui 5 . Domini : dominus Gobertus de Montcablon et cornes
de Roussi. Foci, xxxvj.
Courtesis 6 . Domini : dominus Gobertus de Montcablon et cornes
de Roussi. Foci, xxxvj.
Cousi. Dominus : dominus de Cousi 7 .
[A tergo :] q Nomina villarum et foci capituli Laudunensis :
Remies, foci, iiij xx xv 8 .
Serjanteria Laudunensis*.
Scripta que videntur tangere appellationes Laudunenses 10 .
1. Chevregny , cant. d'Anizy-le-Château.
2. Amigny-Houy, cant. de Chauny.
3. Assis-sur-Serre, cant. de Crécy-sur-Serre.
4. Braye-en-Laonnois.
5. Veslttd, cant. de Laon.
6. Courtrizy-et-Fussigny , cant. de Sissonne.
7. A côté de chacun des vingt-trois derniers noms de localités se trouve une
lettre qui indique, conformément à l'ordre de l'alphabet, la place que la ville
devrait occuper. Nous avons restitué cet ordre.
8. On trouve, in afbo , l'estimation : Foci, c et vj.
9. Mention contemporaine.
10. Mention inscrite en 1313 par l'auteur de l'inventaire des archives de
Guillaume de Plaisians. Même écriture que celle de l’inventaire (Bibl. nat.,
ms. Dupuy 635, fol. 106, col. 2 et suiv.), qui porte une mention identique :
Scripta que videntur tangere appellationes Laudunenses. Cf. ci-dessus, p. 545.
UNE CARTE FRANÇAISE
ENCORE INCONNUE
DU NOUVEAU MONDE
(1584).
— — - —
Un magnifique manuscrit dédié à l’amiral duc de Joyeuse, « au
Havre de Grâce, le premyer jour de may l’an M D LXXXIII »,
contient le résumé des connaissances hydrographiques d’un de
nos meilleurs cosmographes. Instruments de navigation, hémis¬
phères marines, cartes nautiques abondent dans « les Premières
Euvres de Jacques de Vaulx, pillote en la marine ». Le sous-titre
indique du reste explicitement, comme matières traitées, « plu¬
sieurs démonstrances, reigles praticques, segrezetenseignementz
très nécessaires pour bien et seurement naviguer par le monde,
tant en longitude que latitude » l . L’ouvrage eut du succès,
témoin la réplique qu’en fit l’auteur, en l’agrémentant d’un son¬
net, pour « Mgr de Riberpré, grand maistre enquesteur géné¬
ral, réformateur des eaues et forestz de France en Normandie ».
Jacques de Vaulx l’écrivit également en la ville française de
Grâce, mais un an après la première, en 1584 2 .
On ne connaissait rien autre de lui.
I.
En cette même année 1584, il avait pourtant composé une
autre œuvre, que, récemment, la section de géographie de la
Bibliothèque nationale a acquise. C’est une carte d’Amérique à
grande échelle et dotée d’une nomenclature vingt fois plus riche
1. Bibl. oat., manuscrit français 150.
2. Ibidem, ms. français 9175.
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UNE CARTE FRANÇAISE DU NOUTEAU MONDE. 589
que celle de son atlas d’hydrographie. Elle est datée et signée :
« Ceste carte a esté faicte par Jacques de Vaulx, pilote entre¬
tenu par le Roy en la marine au Havre, 1584 1 2 . » Malgré
les grandes dimensions (0 m 580 X 0™810) de son parchemin,
elle n’est que la moitié, semble-t-il, d’un planisphère. Com¬
plète vers l’ouest, où elle s’arrête à « la mer Rouge » de Cali¬
fornie et à « la coste des Patagons », elle est tronquée au
Labrador et mutilée au Brésil, dont la proéminence est absente,
depuis « Yillegaillaon et Jenevre » (Janeiro) jusqu’à la « coste
des Canibales ».
C’est une véritable carte politique du continent américain. Le
drapeau fleurdelisé flotte sur « les terres Neufves », le blason
royal est accolé à « la Nouvelle-France », qui correspond aux
Etats-Unis, tandis que l’écu de Castille et Léon timbre « les
Neufves Espaignes » et « le Péru ». Le Brésil n'a aucune marque
de propriété, la couronne de Portugal dont il relevait étant depuis
trois ans en déshérence.
Or, et l’on saisira d’un trait l’importance de la carte, presque
simultanément deux vice-rois français voguaient sur l’Atlan¬
tique, l’un vers l’Amérique du Sud, l’autre vers l’Amérique du
Nord. La vieille reine Catherine de Médicis comptait édifier
notre fortune sur les ruines de l’empire colonial des Portugais.
Mais la trame de sa politique était si ténue, elle s’élaborait dans
un tel mystère que l’histoire jusqu’ici n’avait eu aucun soup¬
çon du Secret de la reine 1 . De ce secret, je dirai quelques
mots, car il n’est point sans avoir de relation avec notre
carte.
Deux cartes d’un homonyme de notre hydrographe, conservées
également à la section de géographie 3 , avaient éveillé mon atten¬
tion. Dans le « vray pourtraict de Genèvre et du cap de Frie »,
il n’était point malaisé de discerner une reconnaissance militaire
1. Géographie, C. 4052.
2. Ch. de La Roncière, Histoire de la marine française. Paris, 1910, in-8*,
t. IV, p. 168 et 309.
3. C. 15931 et C. 15932 (fac-similé dans Henlhard, Villegagnon , roi dAmé¬
rique; un homme de mer au XVI* siècle (1510-1572). Paris, 1897, in-8*,
p. 208, et Gabriel Marcel, Reproductions de cartes et de globes relatifs à la
découverte de l’Amérique des XVI* et XVII* siècles. Paris, 1894, in-fol.;
Rio Rranco, Frontières entre le Brésil et la Guyane française. Atlas con¬
tenant un choix de cartes antérieures au traité conclu à Vtrecht. Paris, 1899,
gr. in-fol., pl. XXV).
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590
UNE CARTE FRANÇAISE ENCORE INCONNUE
de Rio-de-Janeiro. Le fort de l’eau contourné, « yci est le costé
pour prendre Genèvre », déclarait Jacques de Vau de Claye.
Et son autre carte, datée de 1579, précisait sa mission au Brésil :
€ En cet enclos de ce demi rond de compas », — disait une
légende, qui allait du Cap-à-l’Anglais, près de Pernambouc,
jusqu’à la rivière de la Croix, — « vous vous fournirez de dix
mille saulvages pour faire la guerre au Portugois. » Les armes
dont la pièce est discrètement timbrée nous édifient sur le com¬
manditaire de ces voyages d’exploration, qui était le cousin de
la vieille reine, Philippe Strozzi. Le 7 septembre 1581, Philippe
recevait du roi, « assisté de la royne sa mère », certaines
lettres de provisions mystérieuses l’établissant c lieutenant
général ou vice-roy, sans qu’il fût besoin de le spécifier plus
particulièrement, en certain endroit où ledit sieur de Strozzi
8’acheminoit »*. Ce lieu, on l’apprendrait par un pli cacheté à
n’ouvrir qu’au large. Et, d’une main alourdie par l’âge, voici
quel magnifique plan de campagne traçait Catherine de Médicis :
Strozzi achèvera de remettre les Açores sous la domination de
Don Antonio, prétendant au trône de Portugal. Le mois d’août
venu, laissant dans les îles des forces suffisantes, il s’acheminera
avec le reste de son armée vers le Brésil 2 . C’était du Brésil que
le cousin de la reine était nommé vice-roi. Don Antonio de Crato
et Catherine, ligués contre le roi d’Espagne pour lui arracher le
trône de Portugal en déshérence, « étoient demeurés d’accord que,
luy restabli dans ses Estats, elle auroit pour ses prétentions
la région du Brésil » 3 .
Le 26 juillet 1582, Strozzi rencontrait aux Açores la flotte
espagnole de Don Alvaro de Bazan, marquis de Santa-Cruz, l’un
des plus habiles marins du temps ; après une sanglante bataille,
il était vaincu et tué 4 . La mort scella sur ses lèvres le secret de
la reine ; les vainqueurs ne se doutèrent ni de son titre de vice-
roi, ni du pays vers lequel s’orientaient ses voiles.
t. Bibl. de l'Institut, Collection Godefroy 191, fol. 145.
2. Billet autographe, apostillé le 3 mai 1582 par Henri III (Saint-Pétersbourg,
bibl. de l’Ermitage, autographes, vol. 19 : Lettres de Catherine de Médicis,
éd. Baguenault de Puchesse, t. VIII, p. 18, note).
3. Hermann TalBn, s' de Torsay, la Vie , mort et tombeau de haut et puis¬
sant seigneur Philippe de Strozzi. Paris, 1608, in-8*; réimprimé par Cimber
et Danjou, Archives curieuses de l'histoire de France, 1” série, t. IX, p. 444.
4. Ch. de La Roncière, Histoire de la marine française, t. IV, p. 192.
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DU NOUVEAU MONDE.
591
Mais Catherine de Médicis n’avait point abandonné sans
espoir de retour ses rêves ambitieux. Et c’est encore la cartogra¬
phie qui nous permet de deviner ses pensées. La riche nomen¬
clature contenue dans la carte de 1584 est l’indice que nous
nous occupions toujours de l’Amérique du Sud. Un fait le met hors
de doute. Notre cartographe Jacques de Vaulx recevait, le
20 novembre 1584, l’ordre formel du roi et de l’amiral de Joyeuse
d’aller explorer la région des Amazones, pour « rapporter, tant
par carte que autrement, des moyens et commerce d’iceluy pays ».
Il prendrait passage à bord du vaisseau de Guillaume Le Héricy
de Pontpierre 1 , un « rescapé » de l’expédition des Açores 2 . Delà
nécessité de reviser nos documents hydrographiques, un mal¬
heureux incident avait convaincu nos marins. Dix jours avant
la bataille des Açores, les pilotes de Strozzi avaient, par une sin¬
gulière méprise, leurs cartes étant trop courtes, confondu l’île
San-Miguel avec l’île Santa-Maria 3 .
Tandis qu’au Brésil nous luttions contre les Espagnols pour y
établir notre domination, c’est aux Anglais que nous disputions
l’Amérique du Nord. Le 5 août 1583, ils avaient planté leur
pavillon à Saint-Jean de Terre-Neuve, et Walter Raleigh allait
dédier à la Vierge des îles occidentales, sa souveraine, le riche
territoire de la Virginie 4 . Or, depuis le 3 janvier 1578, il y avait
déjà pour tout le nord du continent américain un vice-roi fran¬
çais, page et favori de Catherine de Médicis, comme Raleigh l’était
d’Elisabeth. La carte de Jacques de Vaulx nous édifie sur la vice-
royauté des Terres-Neuves dont était titulaire Tro'ûus du Mes-
gouez, marquis de la Roche-Helgomarc’h 5 . N’ayant d’autres
limites que le Labrador et les colonies espagnoles du golfe du
t. c Jacques de Vaulx, cosmographe et pilote entretenu par le Roy en sa
marine, reçoit de Mathurin Le Beau, trésorier général de la marine, 50 escus
soleil à lui ordonnés par l'amiral de Joyeuse pour le voyage qu'il va faire sui¬
vant le vouloir de Sa Majesté aux Amazones dans le navire du capitaine Pont-
pierre, et ce en intention que le dit de Vaulx puisse en rapporter par écrit
dudit pays, tant par carte que autrement, des moyens et commerce d'iceluy
pays > (Gosselin, Documents authentiques et inédits pour Fhistoire de la
marine normande. Rouen, 1876, in-8% p. 157).
2. Ch. de La Roncière, t. IV, p. 196.
3. Ibidem , p. 179.
4. Ibidem , p. 310.
5. Michelant et Ramée, Relation originale du voyage de Jacques Cartier,
Appendice, p. 8.
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592 UNE CARTE FRANÇAISE ENCORE INCONNUE
Mexique, la juridiction de Troïlus s’étendait à tous les pays visités
par Verrazzano, Cartier et Ribault : Canada et Hochelaga,
Norombègue, Franciscane ou Nouvelle-France, c’est-à-dire à
toute la côte de l’Atlantique.
Comme ces expéditions de découvertes dataient d’assez loin,
de nouveaux explorateurs y furent envoyés. Tandis qu’un
Basque de Ciboure dressait le premier routier-pilote de Terre-
Neuve en 1579 1 , le Havrais Champion rapportait en 1580 de
Floride un étendard de guerre indien 2 . Étienne Bellinger, de
Rouen, subventionné parle cardinal Charles de Bourbon, longeait
la côte de Norombègue au sud du Cap-Breton, découvrait un
gros village à cent lieues du Cap, puis une douzaine d’autres et
revenait dans l’été de 1583 avec une cargaison de fourrures,
peintes à l’envers de couleurs vives 3 : en suite de quoi, le car¬
dinal s’associait à l’amiral de Joyeuse pour commanditer une
entreprise de colonisation en Amérique 4 . La même année, les
cinq bâtiments malouins de Michel Frotet de la Bardelière
ramenaient du Saint-Laurent des sauvages à apprivoiser, « pour
d’aultant faciliter le trafic » 5 . Et l’on colportait à la cour que
l’un des matelots avait aperçu au delà d’Hochelaga (Montréal)
l’océan Pacifique 6 . Persuadé tout au moins qu’en remontant le
fleuve Saint-Laurent on trouverait à la source quelque émis¬
saire, un groupe de ces financiers italiens que passionnait la
recherche des voies d’accès en Chine fournit des fonds à l’ami¬
ral de Joyeuse 7 pour tenter une nouvelle exploration du con-
1. Les Voyages avantureux du capitaine Martin de Boyarsabal de Cubiburu.
Bordeaux, 1579, in-8*; Ch. de La Roncière, le Premier routier-pilote de Terre-
Neuve (1579) (extrait de la Bibliothèque de l'École des chartes , t. LXV, 1904).
2. N. Sainsbury, Calendar of State Papers. Colonial sériés (1574-1664),
p. 2.
3. Discourse on Western planting, written in the yere 1584 by Richarde
Hackluyt at the requeste of Walter Rayhly (éd. Charles Deane and Leonard
Woods, Documenlary history of the State of Maine , t. II. Cambridge, 1877,
in-8*, p. 26, 84).
4. Richard Hackluyt, Divers l'oyages touching the Discovery of America
and the lslands adjacent. London, 1850, in-8*, p. xi, note.
5. Août 1583 (Joüon des Longrais, Jacques Cartier. Paris, 1888, in-12, p. 76).
6. Discourse on Western planting, by R. Hackluyt, p. 115
7. Lettre de Giulio Busini A Belisario Vinta, Paris, 5-29 mars 1585 (Abel
Desjardins, Négociations diplomatiques de la France avec la Toscane, t. IV,
p. 550-552, dans la Collection de documents inédits).
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DO NOUVEAU MONDE. 593
tinent américain dans les conditions analogues à celle de Ver-
razzano 1 .
Mais déjà, au printemps de 1584, le vice-roi Troüus du
Mesgouez s’acheminait vers les Terres-Neuves d’Amérique. Il
n’avait pas dépassé Brouage que son vaisseau amiral venait à
sombrer; des trois cents hommes qu’il avait avec lui, les
survivants se trouvèrent trop peu pour mener à bien le voyage 2 .
De cette année-là, je l’ai dit, date la carte d’Amérique acquise
par la section de géographie. On voit dans quelle ambiance elle
a été faite et quelle utilité immédiate elle offrait. Dans quelle
mesure Jacques de Vaulx a-t-il tenu compte des explorations de
son temps pour corriger les erreurs ou combler les lacunes de
ses devanciers? De quels progrès lui est redevable la cartographie
normande? C’est ce qu’il me reste à examiner.
II.
Mais d’abord, un mot de la projection de notre carte. Elle
est simple; c’est la projection plate sur un système de roses
des vents, telle que l’auteur l’expüque dans ses « Premières
Euvres ». Il en connaissait d’autres, tel « le nouveau stile de
reigler les cartes marignes », où « la moityé de le sephère est con-
primée dessus la platte-forme de l’horison, tellement que le poinct
vertical est joinct avec le centre dudit horison, dont tous les
rumdz et demys rumds de vent... sont estendeuz en lignes cir-
cullaires » 3 . Car les hydrographes normands employaient de
multiples projections, depuis le système du pilote Guillaume Le
Testu, procédé si ingénieux qu’on y a voulu voir une applica¬
tion anticipée du système métrique 4 , jusqu’à la projection sinu¬
soïdale de Jehan Cossin (1570), dont on fait honneur à tort à
l’Anglais Flamsteed, d’un siècle postérieur 5 .
1. En 1524.
2. Hackluyt, Discours* on Western planting , p. 26, 101.
3. Bibl. nat., ms. français 150, fol. 8.
4 « La Cosmographie universelle selon les navigateurs tant anciens que
modernes, » 1556 (n. st.) (Bibl. du ministère de la Guerre. Cf. G. Marcel,
Reproductions de cartes et de globes relatifs à la decouverte de l'Amérique
du XVI* au XVIII* siècle Paris, 1894, in-4*, texte, p. 95).
5. On consultera avec fruit un ouvrage sous presse de M. l'abbé Anthiaume,
1910 38
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594
CNE CARTE FRANÇAISE ENCORE INCONNUE
Contrairement aux cartes marines de l’école dieppoise, celle
de Jacques de Vaulx est nue. Si bon dessinateur qu’il fût, — ses
« Premières Euvres » en témoignent, — l’auteur a laissé de
côté toutes les scènes de genre dont ses prédécesseurs, Descel¬
liers, Le Testu, Jacques de Vau de Claye, enjolivaient leurs
mappemondes. Comme les cartes marines ne contiennent de
nomenclature que sur le littoral, les hydrographes profitaient
en effet de la nudité de l’intérieur pour y figurer la faune et la
flore du pays, en les agrémentant de quelques tableaux d’ethno¬
graphie : au Brésil par exemple, Jacques de Vau de Claye nous
faisait assister à des combats et à des danses d’indiens, à des
chasses au léopard et à des festins de cannibales où des membres
humains boucanaient sur le gril.
Notre Jacques de Vaulx est pourtant bien de l’école hydro¬
graphique normande et non de l’école verrazzanien ne, beaucoup
plus sobre. Que Giovanni da Verrazzano, qui s’était équipé
en 1523 en Normandie, ait fait si peu école dans la province,
c’est un fait incompréhensible. Car rien ne subsiste plus du
doute où l’on est longtemps resté sur l’authenticité de sa relation
de voyage 1 .
De celle-ci, on a mis tout récemment au jour un nouvel
exemplaire. Plus étendu que le texte manuscrit conservé à la
Biblioteca nazionale de Florence 2 et que la version de Ramusio 3 ,
le manuscrit Cèllere offre toutes les garanties d’authenticité pos¬
sibles. C’est la relation adressée par Verrazzano lui-même à deux
de ses commanditaires lyonnais, « a Leonardo Tebaldi o a Tho-
raaso Sartini, raercanti in Leone » 4 ; transmettez-la ensuite à
Ruccelaï, « raandaretelo a Bonacorso Ruscellay, » ajoutait Ver¬
razzano ; et l’on sait que « l’orto de Rucelay » est le nom qu’il
Mémoire sur [enseignement de l'hydrographie au Havre aux XVII’ et
XVIII’ siècles. Paris, 1910.
1. Buckingham Smith, An Inguiry into lhe aulhenlicity of documents co n-
cerning a discovery of Xorlh, America, claimed to hâve been mode by Ver-
razano. New-York, 1864, in-4*.
2. Éd. Berchet, Raccolta Colombiana, parte m, vol. II.
3. Giovan Battista Ramusio, Navigationi et Viaggi, 1556.
4. Giovanni da Verrazzano, le sue scoperte neli America settentrionale
(1524), secondo l'inedito codice sincrono Cèllere di Roina, studio di Alessan¬
dro Bacchiani, dans le Bollettino délia Société geografica üaliana (1909),
p. 1274.
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DU NOUVEAU MONDE.
595
donna à l'un des points de la côte américaine. De Ruccelaï, la
relation passa entre les mains de rhistorien Paul Jove, également
gratifié d’un souvenir, « Jovium pormotorium », dans la nomen¬
clature du voyage.
Mais si l’explorateur honora de cette façon son pays d’origine,
— témoin les noms de « valle Umbrosa, isola Baduaria, isola
Lascarides, isola Maiolla zenosa 1 , Armelines sûtes, Samioito
(San-Miniato), la Zertossa », qu’on relève sur le littoral améri¬
cain, — il fit large part à la France, dont la Dauphine portait le
pavillon. Le long de la « Francesca », qu’un isthme dit de
« Verazanio » 2 séparait de la Floride et qui courait vers le nord
jusqu’au cap « de Bertoni », les vocables normands foisonnaient ;
< Diepa, Alifor, Onaflor, Viraflor, Normanvilla » alternaient avec
les titres des princes et des grands seigneurs qui patronnaient
l’entreprise : « Batezamo la Costa di Lorena per el cardinale »,
écrivait le navigateur florentin, « el primo promontorio Lanzone,
el secundo Bonivetto, el fiume piu grande Vandoma (l’Hudson)
et uno monticello di San Polo per el Conte » 3 . « Aloysia, Santa
Margarita, Angoleme », sur la côte de « la Francesca », étaient
les noms de la mère et de la sœur de François I* r , ainsi que de
son apanage.
Au lieu de faire sienne cette nomenclature nationale, l’école
hydrographique dieppoise a adopté celle de deux Espagnols qui
explorèrent presque en même temps que Verrazzano, en 1524
et 1525, la côte septentrionale de l’Amérique. De la pointe de la
Floride jusqu’au Cap-Breton, Lucas Vasquez de Ayllon et Este-
vam Gomez 4 avaient noté les points suivants : « Cap del Cana-
1. Nom d’un cartographe génois qui a dressé une des cartes verrazzaniennes :
« Vesconte de Maiollo conposui hanc cartam in Zanua anno Dny 1527, die
xx decembris » (H. Barrisse, The discovery of Norlh America. Paris, 1892,
in-4*, p. 217).
2. Le manuscrit Cèllere, qui nous donne le nom de l'isthme, ajoute aux ver¬
sions déjà publiées cette description : < Uno isthmo de largheza de uno miglio
e longo circa a 200, nel quale da la nave si vedea el mare orientale... quale e
quello senza dubio che circuisce le extremitA de la India, Cina e Catayo. Navi-
camo longo al detto isthmo con speranza continua di trovar qualcbe fretoeper
poter penetrare a quelli felici liti del Catay » (Bolleltino délia Société geogra-
flca italiana (1909), p. 1312).
3. Ibidem, p. 1314.
4. Dont les découvertes sont parfaitement indiquées dans la carte de Diego
Ribero (1529), reproduite par Nordenskiôld, Periplus, an essay on the early
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596 UNE CARTE FRANÇAISE ENCORB INCONNUE
veral, cap de San Roman, rio del Principe, cap Traflalgar, rio
del Espiritu Sancto, Costa de Medanos, rio de las Gamas, arcipie-
lago d’Estevam Gomez, rio Seco, baia de San Juan Baptista,
rio de Buena Madré, rio de San Antonio, baia de San Christoval,
cap de Santiago 1 . » Cette nomenclature a passé tout entière, et
même avec d’autres noms espagnols, « baia Honda, cap de Saint-
Inigue, la Cunncha... », dans le célèbre atlas que le pilote ha vrais
Guillaume Le Testu dédiait en 1556 à l’amiral de Coligny 2 ,
puis dans la carte de Jacques de Vaulx 3 qui nous occupe.
Avant eux, toute l’école dieppoise avait suivi les mêmes erre¬
ments. Ouvrons ici une parenthèse sur l’hydrographie dieppoise.
Longtemps, elle s’était signalée par une abondante production.
Pour une période d’un quart de siècle, de 1541 à 1566, nous ne
possédons pas moins de dix cartes marines signées de Nicolas
Desliens 4 , Pierre Descelliers 5 , Jean Rose 6 , Nicolas Vallard 7 ,
Guillaume Le Testu 8 . Et l’on retrouvera, je l’espère, quelque jour
la cosmographie ou « les cartes géographiques et hydrographiques
faittes par Jean de Clamorgan, sieur de Saane, capitaine d’un
des galions du roy et présentées au roy François 1 er ». Déposée
en la librairie royale de Fontainebleau, nous apprend l’auteur
hislory of Charts..., translatai by Francis A. Bather. Stockholm, 1897, atlas,
pl. XLVIII.
1. H. Barrisse, The discovery of North America, p. 213, 240; H. Harrisse,
Découverte et évolution cartographique de Terre-Neuve et des pays circon-
voisins (H97-1501-1769). Paris, 1900, in-4*, pl. IX.
2. L'atlas est au ministère de la Guerre. Les cartes d’Amérique ont été repro¬
duites par G. Marcel, Reproduction de cartes et de globes relatifs à la décou¬
verte de l'Amérique. Paris, 1893, atlas, pl. XXVIII; Arthur Heulhard, Ville-
gagnon, roi d Amérique; un homme de mer au XVP siècle (1510-1572). Paris,
1897, in-8% p. 176-177.
3. Déjà, dans les « Premières Eovres > de Jacques de Vaulx, la nomenclature
très clairsemée de l'Amérique du Nord trahissait un prototype espagnol :
« Canaveral, S* Jehan, S* Romain, S** Marye, S 1 Tiaugue (Santiago), S* Jean
Baptiste, R. gramde dicte R. de Gamas » (Bibl. nat., franç. 150, fol. 29).
4. Dieppe, 1541 (à Dresde : publiée partiellement par H. Harrisse, Décou¬
verte... de Terre-Neuve , pl. XI) et 1563 (Bibl. nat.. Géographie, invent. 242).
5. Arques, 1546 (U. Harrisse, pl. XIII) et 1550 (H. Harrisse, p). XIV); Biblio-
theca Lindesiana, by Charles Henry Coote, 1898, 3 vol. in-fol.
6. 1542 (D r Hamy, Bulletin de géographie historique (1890), n» 2).
7. Dieppe, 1547 (à Cheltenham, n* 13196).
8. Atlas de 1556 (n. st.), au ministère de la Guerre; planisphère du 23 mai
1566, au ministère des Affaires étrangères, dépôt géographique, n* 104.
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DD ItOÜVEAD MONDE.
597
dans la dédicace de son livre la Chaise au loup , la cosmographie
comprenait une « carte universelle où estoyent les mers et terres
assises en longitude et latitude ». Portée en 1645 sous la cote 58
des livres en grand format dans l’inventaire des frères Dupuy,
sous la cote 6815 dans le catalogue rédigé en 1682 par Clément,
elle a disparu de la Bibliothèque nationale à l’époque de la Révo¬
lution. On ignore ce qu’elle est devenue. J’ajouterai que son sort
a été l’une des préoccupations dernières de mon illustre et
regretté maître M. Léopold Delisle ; deux jours avant cette mort
foudroyante qui a mis la science en deuil, il m’adressait un dos¬
sier formé par lui sur la carte de Clamorgan.
Sous les fils de Henri II, l’hydrographie normande subit une
éclipse. Les planisphères de Guillaume Le Testu (1566), Jehan
Cossin (1570) 1 et Jacques de Vaulx (1583), loin de constituer
un progrès sur les cartes marines antérieures, marquaient comme
nomenclature et tracé un vif recul que le Dieppois Guillaume
Le Vasseur semblait jusqu’ici avoir été le premier à enrayer, et
seulement en 1601.
La carte d’Amérique de 1584 prouve que cet honneur revient
à Jacques de Vaulx. Tout en adoptant la nomenclature hispa¬
nique de Descelliers et Testu, il l’a mise à jour et accrue. Aux
explorations de Ribault au nord de la Floride en 1562-1565 2 se
rapportent les noms de « port de Moy 3 , rivière de Sayne, Saint-
Augustin ». Aux abords du Cap-Breton, les indications « baye
des balleynes, rivière Longue, cap de Mont, montaigne, baye,
pasaige » semblent provenir d’une exploration récente qui serait
peut-être celle d’Étienne Bellinger, accomplie l’année d’avant.
Par contre, notre cartographe a complètement ignoré le rou¬
tier-pilote de Terre-Neuve, où Martin de Hoyarsabal fournissait
toutes les coordonnées nécessaires à dresser la carte marine de
lHe, distances, rhumbs, sondes, amers. Assez peu fournie pour
la côte sud 4 , la nomenclature de Jacques de Vaulx n’est riche
que pour la côte orientale, dont les vocables portugais 5 sont
1. A la Bibliothèque nationale, section de Géographie.
2. Cf. pour les sources Ch. de La Roncière, Histoire de la marine française ,
t. IV, p. 47.
3. C'est-à-dire Mai.
4. « T* de S* Pierre, les Banqueraux, le Hérieu, S* Laurens, Haulte Spère,
baye de Plaisance, cap S u Marie, les Trépassez, cap de Raz. »
5. « Fruraouse, le Farrillaon, Y* d’Espoir, B* de Conception, Bacaillaou,
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598
CNE CARTE FRANÇAISE ENCORE INCONNEE
facilement reconnaissables ; nulle pour le littoral que baigne le
Saint-Laurent, elle ne connaît pour le Petit-Nord de Terre-
Neuve 1 qu’une « yle aux gros yeux » 2 et une « yle de Siville »,
qui ne donnent pas la moindre idée des vocables bretons d’une
terre tout inféodée aux Malouins.
Le fait est d’autant plus inexplicable que l’hydrographie des
Terres-Neuves, pour le xvi® siècle presque entier, est tributaire
des explorations d’un Malouin 3 . C’est de Jacques Cartier que
dérive la terminologie de nos Dieppois, et Jacques de Vaulx ne
fait pas exception à la règle. De sa riche nomenclature du fleuve
Saint-Laurent, une vingtaine de termes existent déjà dans la
mappemonde dieppoise dite Harleyenne, exécutée au lendemain
des expéditions de Jacques Cartier 4 : tels « Hochellague, Y° d’An-
goûlesme, R. de Fouez, Hochellay, Y® de Guenoude, Sainte-
Croix, Stadin, Y® d’Orléans, Aguechenoda, Y® de Coudres,
R. de Saguenay, la terre de Tiénot, Saint-Jacques, Saint-Lau¬
rent, Saint-Nicollas, Brest, Rabaz, Blanc-Sablon, île de Brion ».
Les additions faites par Jacques de Vaulx sont assez nombreuses ;
mais, à part quelques termes assez frappants, comme « Le
Goaday », elles n’ont rien de caractéristique : « R. de Basse,
R. Doulce, R. des Boys, port des Ballaynes, la Ballayne vieille,
l’estroit des Isles, la baye des Sauvaiges » et autres mots sem¬
blables ne peuvent nous permettre de conclure que la cartogra¬
phie du Saint-Laurent ait progressé depuis Jacques Cartier. Et,
de fait, ce fut en 1587 seulement que les petits-neveux du grand
Malouin Michel et Jean Noël, munis de ses cartes marines, pous¬
sèrent plus en amont du fleuve 5 .
La carte de Jacques de Vaulx se termine brusquement en un
moignon au milieu du Labrador. Et c’est vraiment une décep¬
tion : car la mention de « l’Estotillant » et de l’île « Frislande »
B* S u Catherine. C. de Bonneviste, Y* de Fra Luis, C. de Fougue, Y* Esche-
nao, Y* de Sirille, Y* aux Gros Yeux, C. de Grat. »
1. Cf. Ch. de La Roncière, le Premier routier-pilote de Terre-Neuve (1579)
(extrait de la Bibliothèque de C École des chartes , t. LXV, 1904).
2. Adoptée par Champlain dans sa Carte géographique de la Nouvelle-France
en 1613.
3. H. Harrisse, Découverte... de Terre-Neuve, p. 176.
4. Reproduite par H. Harrisse, p. 200-201.
5. Lettre de Jacques Noël A Jean Grout, Saint-Malo, 19 juin 1587 (Joùon des
Longrais, Jacques Cartier , p. 145).
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DU NOUTEAU MONDE.
599
dans le planisphère de ses « Premières Euvres »* prouve que
Jacques de Vaulx avait connaissance de la fameuse relation de
voyage, parue en 1558, qui faisait remonter à la fin du xrv® siècle
la découverte du Nouveau Monde et en attribuait l’honneur au
Vénitien Antonio Zeno 1 2 . L’on ne sait s’il était également au cou¬
rant des explorations toutes récentes depuis que l’expédition de
Forbisher à la recherche du passage nord-ouest, en 1577, don¬
nait un vif intérêt d’actualité à l’étude des régions septentrio¬
nales de l’Amérique.
Le Groenland, exploré à nouveau du côté du détroit de Davis,
avait été doté d’une nomenclature anglaise, tandis qu’il gardait
au contraire sur la côte orientale des vocables norvégiens. Par
une curieuse anomalie, en effet, alors que l’on perdait en Nor¬
vège la notion du Groenland, fréquenté pourtant depuis le
X e siècle, alors que le massacre de marins de Bergen familia¬
risés avec sa route mettait fin, vers 1448, à toutes relations
avec lui 3 , le Groenland apparaissait pour la première fois sur les
cartes. Le cardinal Guillaume Fillastre en 1427 4 , puis, en 1466,
Donnus Nicolaus Germanus, qu’on a par erreur appelé Donis
Nicolas, le faisaient figurer dans leurs adaptations modernes de
la cosmographie de Ptolémée 5 . Les nombreux vocables que por¬
tait alors la côte océanique du Groen and, « Thor, Bever, Naf,
Vy, Lade, Munder... », passèrent à la fin du xvi® siècle dans
les cartes marines, notamment dans le magnifique planisphère
1. Bibl. nat., ms. français 150, fol. 29.
2. « Libro de' viaggi e scoperte di Nicolô ed Antonio fratelti Zeni dietro la
prima edizione fatta in Venezia nel M D LVl'I ». dans D. Placido Zurla, Disser-
tazione intorno ai viaggi e scoperte settentrionali di Xicotô ed Antonio fra -
tel.i Zeni. Venezia, 1808, in-8* ; The voyages ofthe Venetian brothers Nicolo
and Antonio Zeno lo the northem seas in lhe XlVth century, éd. Richard
Henry Mayor. London, Hakluyt Society, 1875, in-8*. Cf., sur le parti que les
Anglais comptaient tirer de ce voyage, John Dee, Diary. Caraden Society,
1842, in-8*, à la date du 28 novembre 1577; Ch. de La Roncière, Histoire de
la marine française, t. IV, p. 309.
3. E. Beauvois, les Colonies européennes du Markland et de TEscociland
au XIV • siècle et les vestiges qui en subsistèrent. Nancy, 1877, in-8*, p. 44.
4. Son manuscrit est actuellement à la bibliothèque de Nancy (R Thomassy,
les Papes géographes et la cartographie du Vatican. Paris, 1852, in-8*, p. 15).
5. Joseph Fisher, The discoveries of the Norsemen in America with spé¬
cial relation lo lheir early cartographical Représentation, transiated from
the German by Basil H. Souisby. London, 1903, in-8*, p. 73.
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600
UNE CARTE FRANÇAISE ENCORE INCONNUE
des Jansz 1 . Et comme ces cartographes hollandais ont copié
pour tout le nord de l’Amérique les œuvres de nos pilotes, il est
loisible de supposer que la partie perdue du planisphère de Jacques
de Vaulx contenait également le Groenland avec sa terminologie
norvégienne.
Si nous descendons du nord vers l’Amérique centrale, nous
constatons avec surprise la riche nomenclature du golfe du
Mexique. Notez que l’accès des possessions espagnoles, des
« Neufves Espaignes » était sévèrement interdit aux étran¬
gers 2 3 . Or, les Bahama, les Antilles (l’île de « Couve » ou Cuba
exceptée) et le golfe du Mexique sont dotés de nombreux
vocables francisés. De même, la côte du Pacifique, depuis la
« mer Rouge » de Californie jusqu’à la « coste des Patagons »,
est couverte d’une centaine de noms qui constituent un certain
progrès sur l’œuvre de Descelliers H . Or, si nos marins fréquen¬
taient clandestinement le golfe du Mexique, s’il n’y avait pas
d’année où quelqu’un de nos corsaires ne fît quelque exploit aux
Antilles 4 , nous ne devions point pénétrer dans le Pacifique
avant l’extrême fin du xvii* siècle 5 . Serait-ce donc que notre
cartographe ait connu le voyage de circumnavigation de Fran¬
cis Drake? Non ; nous avions si peu les cartes du célèbre
navigateur que Henri IV, alors amiral de Guyenne, les deman¬
dait l’année suivante, en 1585, à un secrétaire d’État anglais 6 .
Nous ignorons donc totalement de quelle source viennent les
additions que Jacques de Vaulx a frites à l’œuvre de Pierre
Descelliers. Elles portent principalement sur la région au sud
1. Nova orbis terrarum geographica ac hydrographica tabula , b; Harmen
Jansz ende Marten Jansz Caerstschryvers in den Pascaerte tôt Edain anno
1610 (Bibl. nat., Géographie, rouleau 525). Cf. de même la Nova totius terra¬
rum orbis geographica ac hydrographica tabula, auctore Guilielmo Blaeuw.
2. Ch. de La Roncière, Histoire de la marine française, t. IV.
3. Comparez notre carte avec la carte d'Amérique de Pierre Descelliers de
1546 publiée en fac-similé dans Nordenskiôld, Periplus, pl. LI.
4. Gabriel Marcel, les Corsaires français au XVI • siècle dans les Antilles.
Paris, 1902, in-8* (extrait du Compte-rendu du Congrès international des
américanistes tenu A Paris en septembre 1900).
5. E.-W. Dahlgren, les Relations commerciales et maritimes entre la France
et les côtes de Vocéan Pacifique (commencement du xviii* siècle). Paris,
1909, in-8*, t. I.
6. Ch. de La Roncière, Un atlas inconnu de la dernière expédition de
Drake. Paris, 1909, in-8*, p. 4, note 5.
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DD NOUVEAU MONDE.
601
du tropique du Capricorne que Descelliers laissait nue. Mais les
noms de « P. du Capricorne, Terre Haulte, cap de Bon Espoir,
l’isle des Mauvais, cap Rouge, coste Blanche, B. Platte, C. de
Chille, coste des Patagons, R. des Géans... » n’ont rien d’assez
caractéristique pour qu’on puisse en indiquer l’origine.
Il en est tout autrement des côtes de l’Atlantique, et bien que
la forme du rio de la Plata dérive de Descelliers, des additions
importantes, comme « baie des Anges, Villegaillaon, Jenève... »,
montrent que l’on avait gardé en France le souvenir de l’éphé¬
mère France antarctique créée par Villegagnon.
De la côte orientale de l’Amérique du Sud, les abords de
La Plata et la partie du Brésil à l’ouest de la « coste des Cani-
balles » figurent seuls dans la carte de Jacques de Vaulx qui, je
l’ai dit, est mutilée. La partie proéminente du Brésil se trouvait
sur la seconde feuille du planisphère, formant diptyque, et que
nous ne possédons pas. Jacques de Vaulx ne s’est point inspiré
de la carte exécutée en 1579 par Jacques de Vau de Claye. Rien
de ces détails pittoresques dont son homonyme dieppois a émaillé
le littoral : « En ceste rivière, se faict des canifistules, — le cap
à l’Anglois est terre rouge, — ce petit illet semble d’une barque
à la voyle, — ycy ce trouve de l’ambre gris 1 . » Mais la nomen¬
clature de notre Havrais est beaucoup plus riche que celle du
Dieppois. Toujours apparentée à celle de Descelliers, elle est
plus documentée et donnerait peut-être par ses vocables nou¬
veaux, € terre platte, rivière de corailj coste verte, coste des
bois, rivière douce, rivière basse, terre blanche... », la sensation
d’une description de visu.
Telle quelle, elle inspira du moins à l’amiral l’idée de con¬
fier au cartographe l’exploration de la région des Amazones 2 . Et
c’est à cette mission, donnée le 20 novembre 1584 à Jacques de
Vaulx, qu’on peut faire remonter nos projets de colonisation
dans l’Eldorado de Raleigh, c’est-à-dire en Guyane.
Ch. de La Roncière.
1. Bibl. nat., Géographie, C. 15931.
2. Cf. plus haut, p. 591.
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BIBLIOGRAPHIE
Commentaire anonyme sur Prudence, d'après le manuscrit 413
de Valenciennes, par John M. Burnam, professeur à l’Université
de Cincinnati. Paris, Picard, 1910. ln-8°.
M. J. Burnam vient de publier, d’après un manuscrit du X* siècle
qui provient du monastère de Saint-Amand et qui se trouve aujour¬
d’hui à la bibliothèque de Valenciennes, un commentaire anonyme de
l’œuvre de Prudence qui ne peut manquer d’intéresser les philologues.
M. Burnam se réserve de faire paraître plus tard une discussion
détaillée du manuscrit et il se contente pour le moment de noter que
« ce livre a été copié sur un archétype en demi-onciale hiberno*
saxonne ou insulaire par un scribe bas-allemand ou néerlandais, et
que l’ouvrage doit être attribué à Remi d’Auxerre ».
Toutefois, remarquons-le, en attendant une « discussion détaillée »,
il n’aurait pas été inutile de donner, dans une introduction un peu
plus étendue que la préface de M. Burnam, quelques notions prélimi¬
naires sur le commentaire et sur le manuscrit qui auraient mis le lec¬
teur à même de mieux apprécier l’intérêt de la publication.
Le commentaire anonyme s’étend à toute l’œuvre de Prudence; il
contient, avec des remarques grammaticales et étymologiques, des
indications historiques et géographiques et aussi de courtes notices
théologiques. L’auteur explique quelque part très brièvement ce qu’est
le marcionisme, ailleurs il réfute le manichéisme. Le commenta-
_ J»
teur a une connaissance approfondie de l’Ecriture et des Pères dont
il fait un usage constant ; la littérature latine classique lui est assez
familière puisqu’il donne à plusieurs reprises des vers de Virgile et
d’Horace et qu’il cite à tout propos Cicéron, Salluste, Ovide, Juvénal,
Lucain. Non moins que chez beaucoup d’autres écrivains de la même
époque, Isidore de Séville jouit, auprès de notre commentateur, d’un
crédit considérable, ainsi que l’on en peut juger par l’emploi fait des
Étymologies.
M. Burnam a enrichi la publication du commentaire anonyme d’un
précieux appendice qui facilite singulièrement l’étude des sources. A
la suite de cet appendice, M. Burnam a relevé un certain nombre de
mots nouveaux altérés ou forgés par l’auteur lui-même : tels qu’tn-
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BIBLIOGRAPHIE. 603
bonus , fabriqué tout exprès pour expliquer « immanis », consermo-
cinatio qui est la traduction du grec ovXXoywt6<.
Une table des vocabula rariora, un index graecus et un index
latinus achèvent de rendre facilement utilisable aux érudits la publi¬
cation du commentaire.
Nous nous permettrons cependant de faire observer que, sans doute
par suite de fautes d’impression, l’appendice contient un nombre
relativement assez considérable de références inexactes : c’est ainsi,
par exemple (p. 241, v. 747), qu’il faudrait lire Is. Or., XIII, 18, 5 et
non pas XIII, 8, 5 et que (p. 234, v. 172; p. 235, v. 68) nous ne trou¬
vons dans l’ouvrage d'Isidore de Séville aucune des références indi¬
quées.
Il nous semblerait aussi préférable de ne pas employer la même
abréviation Ps pour signifier deux ouvrages différents : Psalmi et
Psychomachia. Nous nous demandons enfin s’il ne serait pas plus
logique, puisque le mot (ll)ierusalem est placé dans l'index latinus,
sous la lettre H, de ranger aussi le mot ( I)scarioth sous la lettre /
plutôt que sous la lettre S.
Emm. Flicoteaux.
P. Gautier. Étude sur un diplôme de Robert le Pieux pour
l’abbaye de Saint-Bénigne de Dijon. Paris, Champion, 1909.
In*8°, 60 pages, 4 fac-similés. (Extrait du Moyen-Age, juillet-
août 1909, 2 e série, t. XIII.)
M. P. Gautier vient d’étudier dans une très bonne dissertation un acte
de Robert le Pieux pour Saint-Bénigne de Dijon conservé en original
aux archives de la Côte-d’Or sous la cote H'2, n° 14. Ce diplôme du
25 janvier 1015 confirme les possessions de l’abbaye. M. Pfister le tient
pour faux, M. Prou comme suspect, M. Petit comme authentique et
M. Soehnée, réservant son opinion, semble abonder dans le sens de
M. Petit. L’objet de la savante discussion de M. Gautier est de prou¬
ver que ce diplôme est faux. Son raisonnement est très serré, bien
conduit, appuyé sur une connaissance approfondie de toutes les
sources de la région à laquelle il a trait; c’est, sans aucun doute, un
travail excellent, plein d’aperçus sagaces et d’observations très fines,
d’une grande conscience et de main de bon ouvrier 1 . Les preuves
1. H. Gautier cite peut-être trop le Recueil des historiens de France qui est
commode mais qui ne fait souvent pour les diplômes que de reproduire des édi¬
tions antérieures auxquelles il est de meilleure méthode de renvoyer. A plus
forte raison ne doit-on pas citer (p. 235, n. 1) un acte inséré dans la chronique
d’Hariulf d’après ledit Recueil alors que M. Lot en a donné un texte critique dans
son édition de cette chronique.
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604
BIBLIOGRAPHIE.
sont établies avec tout le soin dont le Recueil des actes de Phi¬
lippe /' r nous donne l’exemple 1 2 * 4 . Je souhaiterais peut-être que la
dissertation fut un peu plus concise et rapide, qu’elle prit moins soin
de reprendre et de résumer et qu’elle n’eût pas l’allure un peu didac¬
tique à laquelle notre besoin de clarté nous entraîne souvent. Le gros
défaut de cette brochure vient de ce que l’auteur n’est pas assez imbu
de la doctrine de Ficker, ce en quoi il n’est pas plus coupable que la
plupart des diplomatistes français. Faute de connaître des résultats
depuis longtemps produits, vérifiés et précisés en Allemagne, mais qui
ne sont pas encore vulgarisés chez nous*, M. Gautier, comme M. Pfis-
ter, s’est étonné que des témoins fussent portés dans un acte de 1015
avec des titres dont ils n’ont joui que postérieurement. Il en a conclu
qu’il était en présence d’un faux et, partant de cet a priori , son esprit
prévenu a découvert de nouvelles irrégularités corroborant sa conclu¬
sion initiale, au mépris de la logique et môme des faits. Nous examine¬
rons ses arguments dans l’ordre où il les a produits et, grâce à l’excel¬
lente facture du travail, nous y trouverons les preuves qui nous sont
nécessaires dans un sujet qui nous est absolument étranger par son
côté local.
L’acte examiné ne saurait, dit-on, être un original, car primitivement
il n’était pas scellé. Le parchemin n’a pas été incisé. Un sceau a
pourtant été plaqué puisqu’il reste des morceaux de cire et a-t-on
bien examiné le parchemin « sous sa forte couche de colle »? La pho¬
tographie semble bien révéler deux petites incisions transversales
parallèles; mais, quand bien môme il n’y aurait pas d’incision, qu’en
peut conclure M. Gautier, puisqu’il signale aux Archives nationales
(K 18, n° 3 a ) un diplôme scellé sans incision qu’il ne suspecte pas? Il
objectera que ce diplôme n’est qu’une copie contemporaine de l’acte
vraiment original (K 18, n° 3). Mais on ne scelle pas une copie, ou
alors elle devient elle-même un original. Pourquoi ne pas admettre
1. Peut-être laisse-t-elle encore quelques desiderata. Il serait souhaitable qu'on
reproduisit en italiques les lettres abrégées restituées et que la ponctuation
ancienne fût gardée. Ce sont U des éléments de critique A notre avis plus impor¬
tants que l’indication de la coupure des lignes. La reproduction des abréviations
et de la ponctuation des actes doit servir à l’étude du latin diplomatique. On sait,
en outre, que les abbayes avaient des écoles où s’enseignaient des façons originales
et traditionnelles d'écrire qu’il est bon de dégager pour déterminer si les chartes
proviennent de l’auteur ou du destinataire. M. Lot, dan6 son Hugues Capet
(p. 424), applique en partie la méthode que nous préconisons. C'est bien le moins
d'ailleurs de décrire un diplôme du haut moyen âge avec la même rigueur qu’un
incunable.
2. Le Manuel de Giry est à cet égard insuffisant. Son chapitre vu (liv. IV,
| 1) est un exposé bien fruste. Les Allemands nous reprochent avec raison de
demeurer obstinément dans la tradition bénédictine ; la gloire de Mabillon nous
paralyse.
v
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BIBLIOGRAPHIE.
605
deux originaux d’un même acte? On convient que l'écriture est
bien du temps de Robert. M. Gautier observe très justement que
le scribe change après l’annonce du sceau, mais de ce fait capital,
et qui est la clef des anomalies qu’il va rencontrer, il ne conclut rien.
Retenons au passage la Fine remarque d’après laquelle une mention
d'archiviste au dos de la charte semble de la même main que la pre¬
mière ligne du diplôme et laisse supposer que celui-ci émane d'un
moine de Saint-Bénigne, admettons cette hypothèse que l’auteur nous
concédera volontiers et passons avec lui à l'étude interne du document.
Nous examinerons les formules uniques qui sont employées dans le
diplôme, les singularités. L’invocation est de celles-ci. Qu’en peut-on
conclure? M. Pfister (Robert le Pieux, p. xxv) signale de nombreuses
invocations uniques ; admettra-t-on que partout où elles se rencontrent
il y a eu faux? Le même érudit signale d’ailleurs une expression bien
voisine de l'invocation incriminée : « Consistentis in unitate deitatis,
etc. » Si le préambule implique l’œuvre d’un moine, on nous accor¬
dera qu’il n’y a rien que de très naturel dans l’hypothèse où l’acte
émane du destinataire. L’absence de notification parmi les actes de
Robert, M. Gautier l’avoue, a deux autres exemples, et il est matériel¬
lement inexact de dire que la narration suit sans liaison le préam¬
bule, puisqu'elle commence par « his itaque ». Avouons que l’amende
est insolite et que 100 livres seraient plus ordinaires que 1,000; mais
de l'amende de 600 sous relevée par M. Gautier à celle de notre
diplôme l'écart est bien moindre que celui que l’on trouve dans les
divers actes de Robert (20 à 600). Le mot d’aprochrisiarius ne se
rencontre que dans ce diplôme de Robert, mais les expressions plus
bizarres de chartigraphus ou de signator relevées par M. Pfister
sont aussi uniques. D’ailleurs, M. Gautier s’était interdit les argu¬
ments de ce genre en avouant qu’il ne pouvait considérer comme
suspectes les formules qu’il ne retrouverait dans aucun autre des
diplômes de Robert. Nous ne sommes pas d’accord avec l’auteur sur
l’interprétation du tune temporis. M. Gautier prétend que cette
expression signifie seulement que le personnage devant le titre duquel
elle est placée était présent au moment de la donation. Mais tous les
témoins sont dans ce cas et il n’y a pas lieu dans l'acte examiné en
particulier de distinguer de cette façon les souscriptions de Henri, duc
de Bourgogne, et de Guillaume, abbé de Saint-Bénigne. Si ces deux
personnages ont été l’objet d’une désignation particulière, c'est que
leur titre avait changé entre l’acte juridique et l’expédition du
diplôme 4 . Nous reviendrons plus loin sur cette question. Les syn-
1. D'ailleurs, de nombreux exemples confirment le sens de tune temporis tel
que tout le monde l'entend ordinairement. Cf. entre autres une charte de Raoul,
doyen d’Amiens, de 1167 (Cartvlaire du chapitre d'Amiens, t. I, p. 64, n*44);
parmi les témoins : Theobaldus episcopus tune temporis arthidîaeonus .
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606
BIBLIOGRAPHIE.
chronismes sont exacts pour le 25 janvier 1015, il ne faut donc pas dire
plus loin que les éléments de la date ne concordent pas.
Nous arrivons maintenant à l'étude des souscriptions sur lesquelles
M. Gautier a fait porter son principal effort. Voyons seulement celles
dont on a tiré argument. La souscription de la reine Constance, dit-on,
n’apparait que dans des diplômes de 1022 à 1031 (mais son mariage
avec le roi Robert remonte à 1005 ou 1006, elle a très bien pu assister
à la confirmation faite en 1015). Henri n'apparaît comme duc de Bour¬
gogne qu’en 1026 (mais il n'est pas impossible qu’il ait eu ce titre en
1015, il avait alors sept ans, et il n'est pas plus bizarre d’étre duc à
cet âge que d’être roi à dix ans comme son frère Hugues). Lambert
ne serait devenu évêque de Langres qu’au début de 1016 (mais le
diplôme de Robert pourrait n’être que de janvier 1016 ; d’ailleurs la
date de l’avènement de Lambert n’est pas fermement établie, M. Gau¬
tier a affaire à de multiples textes contradictoires, ce qui s'explique
sans doute par l'emploi de styles différents). Il est incontestable que
Béraud n’a été évêque de Soissons qu’en 1019, que Girart n’était pas
encore archidiacre en 1015, que Renaud ne fut comte de Nevers qu’en
1028, que Baudoin ne souscrivait pas encore les diplômes royaux
en 1015.
Reprenons maintenant les conclusions de M. Gautier et voyons ce
qu’il en reste après notre examen. Le diplôme incriminé peut être
original, il est l’œuvre d’un moine de Saint-Bénigne, la rédaction
n’en est pas plus singulière que celle d’un bon nombre d’actes authen¬
tiques de Robert. Les éléments de la date concordent. Il n’a été nulle
part démontré qu’aucun témoin fut mort en 1015, ce qui serait décisif;
ce qui est simplement prouvé, c’est qu’en 1015 certains témoins ne jouis¬
saient pas de leur titre. Qu’y a-t-il d’anormal à cela? Rendons-nous
compte de la genèse de notre acte et nous verrons que tout s’est passé
très régulièrement. En janvier 1015, le roi a fait la confirmation relatée
dans l'acte devant les personnages plus tard portés témoins, il n’est
pas prouvé qu’il ne put pas être à Dijon ce jour-là et Guillaume, abbé
de Saint-Bénigne, pouvait alors, de l’aveu de M. Gautier, être revenu
de Rome, d'ailleurs le nom du lieu peut être celui de l'expédition ou
plus proprement du scellement, et non celui de l’acte juridique, et
il n’est pas sur que celui-ci ait eu lieu à Dijon. On n’a pas fini de dis¬
cuter sur le sens de la date carolingienne sous data et actum. Les
moines sont partis, emportant probablement un memoriale, un pro¬
cès-verbal de ce qui s’était passé avec le nom des témoins. Leur pri¬
vilège était dès lors juridiquement complet et défendu; il n’y avait
pas péril en la demeure; éventuellement, les témoins seraient venus
empêcher toute action contraire. Cependant, ceux-ci commençaient
à mourir, il était prudent de se faire délivrer un acte scellé,
un témoignage permanent. Les moines ont donc rédigé un acte
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BIBLIOGEAPHIB.
607
qu’ils ont copié jusqu’à la formule de récognition. Ils devaient s’ar¬
rêter là parce que c’était la place du monogramme et du sceau. Ils
ont présenté alors leur acte à la reconnaissance, au contrôle du chan¬
celier Beaudoin qui, l’ayant approuvé ( laudavil ), l’a fait sceller et y a
fait ajouter les noms des témoins. Parmi ceux-ci, plusieurs avaient
obtenu depuis 1015 des fonctions nouvelles, on leur a donné leur titre
le plus récent, le plus honorifique, sans se préoccuper s’ils le portaient
le jour où ils furent témoins. La date où le scellement eut lieu importe
peu à notre raisonnement, nous pouvons pourtant approximati¬
vement la fixer, grâce aux dates soigneusement établies par M. Gau¬
tier et que nous avons reproduites plus haut. Elle ne saurait être
antérieure au 11 mai 1028, année où Renaud devint comte de Nevers,
et il est probable qu'elle a eu lieu aux environs de 1031, comme
le prétend un historien bourguignon aussi compétent que M. Petit,
dont nous regrettons de ne pas pouvoir connaître la dissertation 4 . La
retraite de l'abbé Guillaume expliquerait le tune placé dans sa sous¬
cription, comme le sacre de Henri comme roi de France, en 1027,
explique le tune qui accompagne également son titre de duc. M. Gau¬
tier dit bien (p. 243) qu'Adalbéron Ascelin, évêque de Laon, siégea du
l* r avril 977 au 27 janvier 1030 et que cela détruit l’argument de
M. Petit. Mais par malheur il n’y a aucune référence à cette date du
27 janvier 1030, et je crois bien qu’elle est prise dans la Gallia chri -
stiana (t. XI, col. 522), qui donne le quantième d'après un nécrologe et
dit simplement adhuc superstes anno 1030 , et le successeur d’Adalbé-
ron, Gebuin, n’apparait qu’en 1047, d’après le même ouvrage.
Le diplôme de Robert est donc authentique. Cette conclusion aurait
évité à M. Gautier l’invraisemblance d’admettre une dualité dans ce
diplôme et celui dont la chronique de Saint-Bénigne donne une ana¬
lyse portant la même date, les mêmes noms des villages dont les droits
de garde sont abandonnés par le roi, les mêmes témoins, et d'infirmer
l'acte analysé par la chronique comme le diplôme subsistant. A la
vérité, l’analyse de la chronique de Saint-Bénigne est assez inexacte
par certains côtés, mais on n’en peut conclure que le manque de soin
de son auteur. On ne peut sérieusement admettre deux faux de la
même date pour le même objet. Reste à expliquer les rapports évi¬
dents qu’il y a entre le diplôme de Robert le Pieux et d'autres actes et
d’abord avec une bulle fausse de Serge I er en ce qui concerne le tor¬
rent de Suzon. Mais rien n'est plus facile à admettre que le faussaire
qui fit la bulle de Serge I er ait emprunté cette phrase au diplôme de
1. L’intervalle de seize ans entre Ynctio et le recognitio n'a rien de bien extra¬
ordinaire. Cf. Cartulaire du chapitre dAmiens, t. I, p. 70, n* 51, dans un acte
de Thibaut, évêque d’Amiens : Actum est hoc anno MCLXllI ... anno autern
M C LXX1I in presentia nostra recognitum et conftrmatum.
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608
BIBLIOGRAPHIE.
Robert. Il est, en effet, probable que les bulles de Serge I ar et de
Jean V furent forgées à propos de la querelle relative au cimetière de
Saint-Bénigne des années 1031 et 1033, elles ont pu alors faire des
emprunts au diplôme authentique de Robert qui, lui, ne fait aucune
mention du cimetière, cause des faux. Il ne fait, en somme, que déli¬
miter le bourg que Charles le Chauve avait donné à Saint-Bénigne.
Mais, objecte-t-on, il est conçu dans les mêmes termes que diverses
interpolations que l’on rencontre dans la copie insérée dans le Cartu-
laire de Saint-Bénigne (fin du xi* siècle) d’un acte de Charles le Chauve
et d’un autre du roi Raoul. Là encore il est aisé de supposer que l’in-
terpolateur a emprunté la phrase commune au diplôme authentique
de 1015. Le scribe du Cartulaire a ajouté dans la transcription des actes
de Charles le Chauve et Raoul une phrase du diplôme de Robert,
comme il a ajouté dans la copie de ce même diplôme de Robert
un membre de phrase emprunté au diplôme de Charles le Chauve. En
transcrivant, il glosait et ajoutait les renseignements qu’il tenait par
ailleurs. Rien d’étonnant à ce que, en 1066, on ait fait mention dans le
procès-verbal de l’assemblée de Bèze du diplôme de 1015, il y a été
produit, mais non parmi les pièces fausses.
Nous croyons donc que le diplôme de Robert le Pieux du 25 janvier
1015 est un acte authentique, que la chronique de Saint-Bénigne en
fait mention et qu’il a servi à la fabrication de la bulle de Serge I er , aux
interpolations du Cartulaire de Saint-Bénigne et au règlement de la
querelle terminée en 1066 dans l’assemblée de Bèze. On pouvait s’en
douter a priori, à l’examen de l'original. Si une telle pièce est fausse,
c’est un faux très savant, et par les fausses bulles qu'ils ont fabri¬
quées les moines de Saint-Bénigne n’ont pas fait preuve d’habileté.
M. Gautier n’a rien prouvé, mais il a certainement fait un travail
intelligent et utile. Nous ne doutons pas qu’il n’ait d’excellents argu¬
ments à nous opposer et notre critique lui semblera sans doute mal
étayée ; il se peut qu’elle soit fausse, mais n’aurait-elle fait que l'ame¬
ner à certaines précisions et surtout à certaines renonciations qu’elle
n’aurait pas été vaine.
Cl. Brunel.
Histoire du comté du Maine pendant le X e et le XI* siècle, par
Robert Latouche. Paris, H. Champion, 1910. In-8°, vin-
215 p., plan. (Bibliothèque de l'École des Hautes-Études,
fasc. CLXXXIII.)
« L’objet que nous nous sommes proposé, déclare M. Latouche au
début de son livre, n’a été ni de composer un récit annalistique de l’his¬
toire du Maine pendant deux siècles, ni de retracer la biographie des
comtes qui ont gouverné ce pays. » L’auteur a voulu étudier la forma-
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BIBLIOGRAPHIE.
609
tioo du comté du Maine, montrer comment un pagus est devenu un fief.
C’est en quoi son ouvrage, qui se rattache à une conception de plus
en plus répandue de l’histoire provinciale, est intéressant pour tous
ceux qui s’occupent des institutions du moyen âge et touche même à
l'histoire générale.
Après un aperçu sur les sources narratives et diplomatiques,
M. Latouche étudie le duché du Maine et le Maine au ix a siècle, puis
les premiers comtes du x*, et dit la façon dont ceux-ci usurpèrent les
droits régaliens; il rappelle la carrière du célèbre Herbert Éveille-
Chien. Le chapitre suivant retrace le conflit de l’influence normande
et de l’influence angevine sur le comté durant la seconde moitié du
XI e siècle. L’Anjou l’emporte définitivement au siècle suivant. M. La¬
touche analyse l’organisation administrative et féodale du comté et
des seigneuries qui en dépendent, dit quelques mots du rôle des
évêques du Mans, ainsi que du développement de la ville et de la
population urbaine. Il ajoute à son travail de nombreux appendices,
où il étudie plusieurs catégories d'actes suspects, et débrouille des
questions de chronologie et de généalogie plus ou moins obscures,
comme celle des descendants d’Herbert Éveille-Chien ou celle des
premiers vicomtes du Maine. Un catalogue d’actes, des pièces justifi¬
catives et une table alphabétique complètent le volume. ,
M. Latouche connaît parfaitement son sujet, sa critique est très
pénétrante et son exposé très clair. On pourra regretter seulement
qu’il l'ait allégé outre mesure : il suppose connus à peu près tous les
faits et n’y fait guère que des renvois ou des allusions. Dans bien des
cas, un récit eût été le bienvenu, et de plus fréquentes citations des
textes narratifs auraient bien trouvé leur place dans ce volume, qui
n’a que le tort d’être trop court. En étoffant un peu son étude, l’au¬
teur aurait probablement trouvé le moyen d'élargir aussi ses conclu¬
sions et d'appuyer sur certains points qui sont à peine traités : les
rapports du comte et du roi, par exemple.
M. Latouche, qui est généralement fort aimable pour ses contem¬
porains, a quelquefois des jugements dépourvus de ménagements sur
ses devanciers ; était-ce toujours bien nécessaire ?
Léonce Celier.
Les écoles et l’enseignement de la théologie pendant la pre¬
mière moitié du XII * siècle , par G. Robert. Paris, J. Gabalda
et C le , 1909. In-8°, xvi-249 pages.
Ce livre est le résumé de mûres réflexions sur les causes, le déve¬
loppement et les résultats de la renaissance intellectuelle qui a mar¬
qué la première moitié du xn* siècle. L’auteur a lu les œuvres des
poètes, des théologiens et des philosophes qui ont absorbé l’attention
1910 39
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610
BIBLIOGRAPHIE.
des étudiants et occupé les chaires les plus renommées. Abélard l’a
retenu plus longtemps que les autres parce qu’il a trouvé dans les
goûts et les œuvres de ce personnage la synthèse des connaissances
et des aspirations de ses contemporains, le professeur le plus célèbre
et le représentant du mouvement intellectuel de son temps. « Jamais
l’importance de la vie scolaire, dit M. Robert, n’a été aussi grande
qu'au moyen âge. » Ce fait s'explique par la rareté des manuscrits et
des livres. Toute science se transmet oralement, il faut donc étudier
les institutions scolaires pour se rendre compte de la formation des
idées au xn e siècle et s’expliquer la mentalité de cette génération.
Le cadre était bien vaste. L’auteur se borne à rechercher comment
l’enseignement théologique a pris naissance sous l’influence des usages
scolaires appliqués à l’étude des autres connaissances, et pour atteindre
son but il explore dans tous ses recoins l’histoire de nos écoles épis¬
copales et monastiques, celles qui ont formé Hugues de Saint-Victor,
Jean de Salisbury, Hildebert de Lavardin, Guillaume de Champeaux
et Abélard. Nature, organisation, nombre des écoles, méthodes d'en¬
seignement, extension de l'instruction, telles sont les matières qui
remplissent la première partie de l’ouvrage.
Les écoles de Paris étaient les plus célèbres, elles dépassent celles
des villes de Chartres, d’Orléans, de Melun, de Laon, de Meung, qui
pourtant sont très vivantes, c’est donc là qu’il faut recueillir des obser¬
vations. De discipline générale, il n'en faut pas chercher : on constate
seulement que la licentia docendi est octroyée par l'évêque et que,
suivant l'opinion, elle doit être gratuite. Une fois en possession de
leur titre, les professeurs ne se gênent pas pour vendre très cher leurs
leçons. Hugues de Chartres, de son propre aveu, avait amassé de
grosses sommes en enseignant. Quant au sort des étudiants, il ne
parait pas qu'ils se soient groupés en corporations pour défendre leurs
intérêts ou assurer leur bien-être.
Si nous jugions des méthodes suivies par les professeurs d’après les
critiques que nous relevons dans leurs ouvrages, nous aurions une
triste idée de leur valeur pédagogique. Adam du Petit-Pont était
obscur dans l'explication d'Aristote, il l’était de parti pris, prétendant
que c’était le seul moyen d’avoir des auditeurs. D’autres mêlaient
tout, confondaient tout. « Ils ne savent pas, dit Hugues de Saint-
Victor, ce qui appartient à chaque science, à propos de n’importe
quoi, ils parlent de tout. »
Néanmoins, les intelligences se développèrent au milieu de ce
désordre apparent en se passionnant les unes pour le problème des
universaux, les autres pour la dialectique ou bien encore pour la poé¬
sie ou la philosophie. Les esprits s’aiguisèrent en disputant sur une
foule de questions comme celles de la culture des lettres profanes, de
la longueur des études, de la connaissance des Écritures, de la pré-
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BIBLIOGRAPHIE. 611
dominance de la théologie sur les autres sciences, de l’utilité des arts
libéraux.
La deuxième partie de la thèse de M. Robert est consacrée à l’exa¬
men des moyens employés dans l’étude et l’explication des Écritures
et à l’énumération des auteurs qui ont joué le rôle de commentateur
ou essayé de composer des traités. Son exposé nous montre claire¬
ment qu’Abélard fut le créateur de la méthode de la théologie scho¬
lastique et l’introducteur de la dialectique dans l'enseignement de la
théologie. Il considère cet éminent professeur comme le précurseur
de l'Université de Paris et fait ressortir la valeur de son enseigne¬
ment, mais non sans faire de justes réserves. Abélard est un profes¬
seur émérite plutôt qu’un puissant génie, il n'a pas toujours su faire
un bon usage de l'instrument qu'il avait entre les mains. Pas plus que
ses contemporains, il n’avait de notions précises sur les rapports de
la raison et de la foi. Il faudra l’intervention d’un saint Thomas
d’Aquin pour perfectionner l'instrument et élever le magnifique monu¬
ment qui porte son nom.
L’ouvrage se termine par un appendice dans lequel M. Robert passe
en revue avec un grand sens critique et beaucoup d’érudition les
divers ouvrages attribués à Abélard. C'est un excellent appendice qui
rendra grand service aux étudiants.
L. M.
Les Miracles de Notre-Dame de Rocamadour au XII • siècle.
Texte et traduction, avec une introduction, des notes histo¬
riques et géographiques, par Edmond Albe, chanoine honoraire
de Cahors, ancien chapelain de Saint -Louis-des- Français à
Rome; avec une vue de Rocamadour et plusieurs miniatures...
dessinées par M. E. Rupin. Paris, H. Champion, 1907. In-8°,
337 pages.
La Bibliothèque de l'École des chartes a publié en septembre 1855
une notice sur le recueil des Miracles de Notre-Dame de Rocama¬
dour , rédigé en 1172, qu'avait bien voulu m’indiquer M. Lacabane, le
#
savant directeur de notre Ecole, alors que je cherchais un sujet pour
l’article que nos règlements exigeaient jadis de tout candidat au titre
de membre de la Société de l’École des chartes. Quelques lecteurs, il
m’en souvient, avaient estimé que l’intérêt du recueil justifiait assez
peu tant l’étendue de la notice où je m'étais proposé d’identifier les
principaux pèlerins de Rocamadour aux approches de l’année 1172
que celle des extraits dont je l’avais fait suivre; peut-être n’avaient-
ils pas tort. Tout au contraire, après avoir lu dans une revue locale
ces mêmes extraits que l’on y avait réimprimés, les érudits du Quercy,
ainsi que l'historien de Rocamadour, M. Rupin, souhaitèrent la publi¬
cation complète du recueil.
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612
BIBLIOGRAPHIE.
Trois savants se sont successivement proposé de leur donner
satisfaction. La mort interrompit le travail du premier, M. l’abbé
Bouillet, et tandis que M. l’abbé Ulysse Chevalier reprenait le même
projet de publication, M. l’abbé Albe, qui l’ignorait, faisait paraître le
volume que nous annonçons tardivement.
M. l’abbé Albe a reproduit le texte du meilleur des trois manuscrits
que possède la Bibliothèque nationale (fonds latin n° 16565), manus¬
crit que je n'avais connu qu’à la dernière heure et que j’avais insuffi¬
samment utilisé, comme l’a justement constaté le nouvel éditeur. A
côté d’erreurs auxquelles m'avait exposé un texte défectueux et dont la
plus grave est un singulier contresens dû à l’altération, dans l’un des
manuscrits, du nom d’un gardien de l’église, M. l’abbé Albe en a cour¬
toisement et judicieusement relevé quelques autres, pour lesquelles il
ne pourrait être invoqué de circonstances atténuantes : je noterais au
bas de cette page les unes et les autres si un errata attardé de cin¬
quante-cinq ans pouvait offrir le moindre intérêt. Ceux de nos sous¬
cripteurs de 1855 qui lisent aujourd'hui la Bibliothèque ont assurément
oublié qu’il y fut jadis question des miracles de Rocamadour, et c’est
exclusivement à la publication de M. Albe que devra recourir désor¬
mais quiconque aura le désir de parcourir les pieuses historiettes
enregistrées à Rocamadour par un anonyme.
Dans l'introduction de soixante pages que M. Albe a placée en tète
des Miracles de Rocamadour, il en est que M. Lacabane, auquel
était si familière l’histoire du Quercy, eût lues avec une satisfac¬
tion particulière, celles, par exemple, où est discutée et écartée la
légende de Zachée, qui avait été insérée en 1823 dans un bréviaire de
Cahors.
Au cours de l’annotation, où il identifie un certain nombre de pèle¬
rins, page 196, M. l'abbé Albe propose, avec de prudentes réserves
d'ailleurs, d’insérer sur la liste des archevêques d’Arles, entre les
années 1160 et 1164, le nom de Manassès cité dans l'un des miracles.
L’Académie des inscriptions à décerné en 1908 une mention hono¬
rable au recueil des Miracles de Rocamadour.
G. S.
L.-H. Labande. Recueil des lettres de l’empereur Charles -
Quint conservées dans les archives du palais de Monaco.
Monaco, 1910. In-4°, xvm-136 pages, 4 fac-similés.
Cette publication de M. Labande est remarquable. On éprouve une
surprise rare à trouver des textes du xvi* siècle entourés d'un appareil
critique aussi soigné.
L'Introduction comprend, avec quelques notes historiques, une par¬
tie tout à fait neuve sur les usages de la chancellerie et la diploma-
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BIBLIOGRAPHIE.
613
tique de Ch&rles-Quiut. M. L&bande est, croyons-nous, le premier
érudit français qui publie une étude sérieuse sur ces questions. Jus¬
qu’aujourd'hui, les textes de cette période n'ont guère donné lieu qu’à
des travaux de critique interne.
Les lettres de Charles-Quint qui forment ce recueil sont au nombre
de soixante-huit, la plupart inédites : elles intéressent l’histoire des
années 1524 (24 juin) à 1548 (31 janvier). Les destinataires sont
Augustin Grimaldi, Honoré I* r Grimaldi, Nicolas Grimaldi, Étienne
Grimaldi, Don Martin Cabrera, le commandeur Icart, Don Pedro de
Tolède, vice-roi de Naples, le commandeur Gomez-Juarez de Figue-
roa, le marquis del Vasto et le vice-roi de Sicile.
Cette correspondance est d’une grande valeur pour l’étude de la
politique de François I er en Italie et dans la Méditerranée.
Une table substantielle termine ce luxueux volume, qu’il convient
de citer comme un modèle d’édition.
Lucien Rom i En.
Lettres de Catherine de Médicis, publ. par le comte Baguenault
de Puchessb. T. X : Supplément. Paris, 1909. In-4°,
xv-663 pages. (Collection de documents inédits.)
Grâce à la diligence de M. Baguenault de Puchesse, la grande édi¬
tion des lettres de Catherine de Médicis touche à son terme.
Quelques critiques qu'on ait pu faire justement aux premiers
volumes de cette œuvre, il convient de reconnaître la constance et
l’activité des éditeurs, de M. de la Ferrière d’abord et plus encore de
son successeur. On peut dire que par le nombre, la dispersion, les dif¬
ficultés de lecture et d'interprétation des documents, comme aussi par
l’étendue de l’information qu'exigeait le commentaire, aucune entre¬
prise n’offrait plus de difficultés. Son achèvement seul est un mérite
rare. Aussi serait-il puéril de reprocher aux éditeurs de cette correspon¬
dance, qui embrasse plus d’un demi-Biècle de l’histoire d’Europe, les
erreurs, forcément assez nombreuses, qu’ils ont pu commettre. Ce
recueil est depuis longtemps déjà et demeurera la base des études sur
l’histoire de la seconde moitié du xvi* siècle. Seulement, on ne doit
s’en servir qu’avec critique.
La moisson qu’apporte M. Baguenault de Puchesse dans ce tome de
supplément est riche : on y trouve près de 900 lettres nouvelles, sui¬
vies de pièces justificatives fort intéressantes. De plus, on a réédité
quelques lettres que M. de la Ferrière avait déjà publiées d'une façon
défectueuse. Il n'est que juste de rendre hommage à la perspicacité de
l’éditeur. Ce supplément embrasse la période de 1537 à 1587. Malheu¬
reusement, la plupart des lettres écrites sous les règnes de François I* r
et de Henri II demeurent toujours perdues : on n’a pu même retrou-
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614
BIBLIOGRAPHIE.
ver la centaine de lettres, dont Charles de Beaurepaire, dans sa
Notice sur un compte de l’écurie de Catherine de Mêdicis , avait
prouvé l'existence, pour l’année 1558. Mais, à partir de 1560,1a collec¬
tion s’est enrichie de pièces nombreuses et importantes.
Comme dans les volumes précédents, le principal défaut est l’insuf¬
fisance de Yapparatus. Les parties en original, en copie ou en auto¬
graphe n’ont pas été très soigneusement indiquées. De même, les
références sont souvent très vagues. Par exemple, pour les références
d’archives, que veut dire : Archives de Turin? Il y a à Turin au
moins quatre ou cinq dépôts publics avec des séries fort nombreuses.
La référence précise est, si nous ne nous trompons : Arch. di Stato
di Torino, Lettere principi, Francia, mazzo II ou III.
En général, il conviendrait d’ajouter à ce grand recueil, qui a été
conçu dans un esprit surtout historien, une brève étude de diploma¬
tique épistolaire, où seraient notés les formes de signature, les varia¬
tions d’orthographe, suivant les secrétaires, etc., en somme les éléments
qui peuvent permettre d’établir l’authenticité d’une lettre douteuse. On
pourra prendre comme modèle l’excellente édition des lettres de Charles-
Quint conservées à Monaco, récemment publiée par M. Labande.
M. Baguenault de Puchesse composera facilement ce petit chapitre,
qui est nécessaire.
Voici, pour terminer, quelques remarques sur ce dernier tome.
P. 3 : la note sur Jean du Bellay est erronée et très insuffisante. P. 5 :
la lettre d’octobre 1551 au connétable est inintelligible; il faut lire seré
(sera) au lieu de feré, et restituer des mots omis. P. 6 : la lettre datée
« 1552, mai », me parait appartenir à l’année 1555 ou à 1558 (négocia¬
tions de paix). P. 9 : dans la lettre datée < 1552, juin », il s'agit bien
du baron de La Garde, mais la date donnée est probablement fausse.
P. 79 : la lettre « aux cantons catholiques » doit être, je crois, entiè¬
rement rejetée comme apocryphe. P. 113 : la correspondance du nonce
Sebastiano Gualterio, évêque de Viterbe, a été publiée, pour la période
de la première guerre de religion, par M. J. Susta, Die rômische
Curie und das Concil von Trient unter Pius IV (Wien, 1904-1909,
2 vol. in-8°) ; sur ce personnage, voir R. Ancel, Nonciatures de Pauli V ,
t. I, 1™ partie : Introduction. P. 130 : M. Baguenault de Puchesse
écrit le même nom tantôt Monçon ou Monsson et tantôt Monzon.
P. 487 : la date « 1558 » donnée à la pièce justificative n° IV est fausse ;
en réalité, ce document se rapporte à la donation faite le 25 mars 1552,
par Henri II à Marguerite d’Autriche, épouse d’Octave Farnèse, des
terres du Quercy, de l’Açenais, du Rouergue et de l'Albigeois, qui cons¬
tituaient le douaire d’Eléonore d’Autriche (tout le dossier de cette
ê
affaire est conservé aux archives d'Etat de Parme, mazzo : Guerra di
Parma ); le titre de « régente » que prend Catherine de Médicis suffi¬
sait d’ailleurs à fixer la date de 1552. P. 519 : Pierre Tiraqueau était
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BIBLIOGRAPHIE.
615
probablement un parent du < tant débonnaire et équitable And. Tira-
queau », conseiller au Parlement de Paris et ami de Rabelais. P. 574 :
l'itinéraire doit être utilisé avec prudence, les dates ne correspondant
pas à l’arrivée ou au départ, mais seulement à une mention du séjour :
ex., 15k9, l* r octobre, Lyon, alors que nous savons, d’autre part, que
Catherine fit son entrée à Lyon le 24 septembre. P. 575 : au lieu de
Saint-André près Tarare, lire Saint-André d’Apchon. P. 643 : au
lieu de P. de Segaston, s r de Longlée, lire P. de Ségusson. — Les
noms qui se trouvent dans les pièces justificatives n’ont pas été rele¬
vés à la table des matières.
Il est à souhaiter que dans l’index général, qui est en préparation,
on s’applique à corriger les nombreuses erreurs biographiques qu’on
trouve aux indices des premiers volumes.
Lucien Romier.
Mémoires du maréchal de Turenne, publiés pour la Société de
l’Histoire de France, d’après le manuscrit autographe, apparte¬
nant à M. le marquis de Talhouët-Roy, par Paul Marichal.
T. I : 16^3-1653. Paris, Laurens, 1909. In-8°, 379 pages.
Les Mémoires de Turenne comprendront deux volumes de la
Société de l’Histoire de France. Ce n’est, à la vérité, pas la première
fois qu’ils sont livrés au public. En 1735, déjà, ils étaient publiés à la
suite de l'Histoire du vicomte de Turenne de Ramsay; Aimé
Champollion, en 1838, en donnait une édition dans la collection
Michaud et Poujoulat. Ils figurent également dans la Bibliothèque
historique et militaire, de Liskenne et Sauvan, et dans la Biblio¬
thèque de l’armée française. L'édition nouvelle que nous en donne
la Société de l’Histoire de France est satisfaisante à tous points de
vue : l’appareil critique en est minutieux; l’orthographe ancienne a
été respectée.
Le tome I embrasse les événements survenus depuis 1643, date où
Turenne reçut le bâton, jusqu’en 1653. Le second volume prolongera
le récit jusqu’au traité des Pyrénées.
Ces Mémoires, comme il faut s’y attendre, sont exclusivement
militaires : point d’anecdotes, peu de renseignements sur les intrigues
de la cour ou de la ville. La guerre est la grande préoccupation du
maréchal, il y subordonne toutes choses et s’il nous expose parfois
son état d'àme, c’est seulement quand l’explication de ses sentiments
ajoute à la clarté de son récit. Les Mémoires ont la sécheresse gran¬
diose d'un bulletin de bataille ; le style en est d’une haute tenue,
d’une sobriété et d'une vigueur singulières.
Lorsque Turenne prit, en 1643, le commandement de l’armée du
Rhin, la situation de nos troupes n’était guère favorable : le duc d’En-
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616
BIBLIOGHAPHIE.
ghien était rentré à Paris; Rantzau venait d’étre battu à Totlingen;
le maréchal de Guébriant mourait de blessures reçues au siège de
Rothweil. Turenne, qui revenait d'Italie, fut choisi par Mazarin et
mis à la tête de l'armée. Tout de suite, il entrait en Lorraine et y
prenait ses quartiers d’hiver. Dès le printemps, il passe le Rhin,
traverse la Forêt-Noire; son avant-garde, commandée par Reinhold
de Rosen, défait un corps important de cavalerie bavaroise. Au mois
de mai, le duc d’Enghien opère sa jonction avec Turenne et les
armées françaises livrent plusieurs combats devant Fribourg qu'as¬
siègent les Bavarois. Une série de succès, la prise de Philipsbourg,
de Worms, de Mayence, de Creuznach permettent à Turenne de
prendre ses quartiers à Spire pendant que Condé regagne la France.
Dès le début de la campagne de 1645, le duc d’Enghien revient, du
reste, se joindre à Turenne et l'échec de Mergentheim est racheté par
la prise de Wimpfen et l’éclatante victoire de Nordlingen (3 août).
Pour compléter la victoire et achever l’écrasement des troupes
impériales et bavaroises, une prompte action s'impose : de concert
avec l’armée suédoise, Turenne s’en va à la Cour exposer son plan à
Mazarin : Wrangel et les Suédois doivent marcher sur la Hesse; l'ar¬
mée du roi, passant le Rhin au-dessous de Mayence, ira les rejoindre
dans le comté de Nassau. Mais ces desseins ne sont pas approuvés
par le cardinal : celui-ci a, en effet, reçu de l’Électeur de Bavière
l’assurance que, si les Français ne passent pas le Rhin, lui-même
n’opérera pas sa jonction avec l’empereur; ordre est donc donné à
Turenne de rester sur la rive gauche. Il obéit, mais, pendant qu’il
reste en observation, le pont de bateaux est emporté par une violente
crue. A ce moment, et peu soucieux de sa parole donnée, le Bavarois
rejoint les troupes impériales et s’avance avec elles contre les Sué¬
dois. Turenne n’hésite pas : passant outre aux instructions du ministre,
il descend la rive gauche du fleuve, franchit la Moselle à Coblentz, le
Rhin à Wesel, remonte la rive droite et, après plus d’un mois de
marches forcées, atteint enfin l'armée suédoise le 10 août 1646. Les
deux armées marchent alors vers le Danube, s'emparent d’Aschaffen-
bourg, de Rain, de Landsberg, de TübiDgen : la paix est signée à
Ulm, laissant Heilbronn aux mains du roi.
Ici se place un incident curieux, assez rare dans l’histoire militaire
de l’ancien régime. L’armée française, rappelée après le traité d’Ulm,
est dirigée vers la Flandre. Mécontents déjà de quitter le théâtre de
la guerre, les régiments de cavalerie allemands prennent prétexte
d’un retard de plusieurs mois dans le paiement de leur solde et
refusent de marcher. En vain, Turenne, qui a pris les devants, revient
sur ses pas et exhorte les soldats révoltés au calme; Reinhold de
Rosen, cavalier intrépide et glorieux, toujours comblé de bienfaits par
Turenne, prend la tête du mouvement. On l’arrête et une véritable
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BIBLIOGRAPHIE.
617
expédition s’organise contre les mutins. Ils finissent par rentrer dans
l’ordre au moment où la rupture du traité d'Ulm ramène les armées
françaises en Allemagne. Turenne entre en Bavière avec les Suédois,
bat les Impériaux à Zusmarshausen et signe enfin la paix à Münster.
La troisième partie des Mémoires nous ramène du lointain champ
de bataille du Rhin ou de Bavière aux plaines françaises. Avec l’an¬
née 1649 commence cette période de la Fronde où Turenne va jouer
un des grands premiers rôles. Brouillé avec la Cour, il voit le désordre
se mettre dans son armée; il rentre cependant à Paris. On vient d’ar¬
rêter Condé qui a déclaré la guerre ouverte à la Cour. Turenne hésite :
à quel parti s'arrêter? Il choisit le plus profitable, sinon le plus glo¬
rieux, et s'en va, à Stenay, traiter avec les Espagnols. La prise de
Chàteau-Porcien, de Rethel, de Mouzon précède de peu la retraite de
Mazarin et la mise en liberté de Condé. Le maréchal revient alors à
la Cour, dont il se fait le protecteur. Il marche contre Condé, le bat à
Bleneau, l'immobilise à Étampes, s'éloigne un moment pour observer
le duc de Lorraine qui rôde avec ses bandes autour de Villeneuve-
Saint-Georges. Mazarin achète la retraite de cet étrange général.
Pendant ce temps, l’armée des princes s’est réunie à Paris. Turenne
la vient attaquer et le combat du faubourg Saint-Antoine se déroule
sous le fameux canon de Mademoiselle. La Cour s’enfuit à Pontoise,
Mazarin s’exile une seconde fois ; mais le départ de Condé pour l’Es¬
pagne va permettre au roi de regagner Paris et Turenne pourra
reprendre, pour le compte de la France, les places qu’il a enlevées
lui-méme à la tête des troupes espagnoles.
On voit l’intérêt exceptionnel qu’offre ce volume des Mémoires de
Turenne. On prendra plaisir à le lire, d’autant que des pièces justifi¬
catives en grand nombre, et des plus suggestives, complètent le récit
sur deux points particulièrement intéressants : la marche et la con¬
tremarche de Turenne en 1646 et la mutinerie de la cavalerie alle¬
mande.
Robert Burnand.
Armorial général de France (édit de novembre 1696/, géné¬
ralité de Rouen, publié d’après le manuscrit de la Bibliothèque
nationale, avec introduction, notes et tables, parG.-A. Prévost.
Rouen, A. Lestringant; Paris, A. Picard, 1910. 2 vol. in-8°,
lii-411 et 409 pages. (Société de l’histoire de Normandie.)
D’après les termes de l’édit de novembre 1696 qui prescrivait l’éta¬
blissement d'un Armorial général de France , cette mesure n’avait
d'autre but que de faire disparaître les abus qui s’étaient glissés dans
l'usage des armoiries et de prévenir ceux qui auraient pu se produire
dans la suite, en réglant, d'une façon définitive, quelles armes appar-
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618 BIBLIOGtAPHIB.
tenaient à chaque personne et à chaque communauté. En fait, l’édit
avait été inspiré, surtout, par le désir de procurer de nouvelles res¬
sources au fisc.
L'enregistrement des armoiries était subordonné au paiement d’une
taxe. Les produits du nouvel impôt furent adjugés d’avance à un trai¬
tant, Adrien Vanier.
Pour faire rentrer Vanier dans ses débours et lui procurer un gain
honnête, ses représentants s’efforcèrent d'imposer des armoiries et,
par conséquent, le paiement de la taxe à tous les sujets du roi pour¬
vus de quelque aisance, consentants ou récalcitrants.
Les blasons qui se trouvent décrits dans l’Armortal général ont
été les uns présentés par les intéressés, les autres attribués d'office
par Charles d’Hozier, « garde » de Y Armorial, ou ses commis. Il en
est donc d’authentiques et de fantaisistes. C’est pourquoi on ne peut
se servir de ce recueil comme d'un document héraldique qu’à la con¬
dition de critiquer la valeur de ses témoignages.
Heureusement, le mécanisme même de l'enregistrement a réparti
les armes en trois séries : 1° armes présentées par les propriétaires
et admises immédiatement comme valables; 2° armes acceptées après
vérification ; 3° armes imposées d’office. Bien que des irrégularités se
soient introduites dans cette classification, on y trouve déjà un pré¬
cieux élément de critique. L’érudition des savants locaux, qui prennent
la peine de publier séparément les registres de VArmorial relatifs à
chaque province, est appelée à trancher les difficultés subsistantes.
En ce qui concerne la généralité de Rouen, M. Prévost a constaté
que, sur 6,052 blasons décrits, 2,369 ont été acceptés de suite au
moment de leur présentation ; 65 ont été inscrits après avoir été con¬
trôlés par les commissaires; 3,618 paraissent indiqués comme attri¬
bués d'office. D’après le classement, ce serait la majeure partie des
armoiries qui aurait été imaginée par les héraldistes officiels. Mais
M. Prévost a reconnu, dans cette masse de mentions sans valeur,
la description d’un certain nombre d'armes parfaitement authentiques,
insérées là, sans doute, à la suite de déclarations tardives.
Même dans les séries qui ne renferment que des armoiries vérita¬
blement portées, les inscriptions ont été faites avec peu de soin. Les
noms de personne et de lieu sont parfois tellement défigurés qu'ils ne
peuvent être reconnus que par des érudits familiarisés avec l'histoire
provinciale. Les prénoms font très souvent défaut.
M. Prévost a voulu améliorer le texte de VArmorial. Il a utilisé,
dans ce but, le travail de Charles Le Boullenger, conseiller à la
Chambre des comptes de Rouen, qui avait été chargé de préparer un
état des blasons des membres de sa compagnie, en vue de leur inser¬
tion dans le registre officiel. Il s’est servi également d’un manuscrit
de Jacques Chevillard qui a relevé, en 1702, les armoiries présentées
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BIBLIOGBAPHIE.
619
par les familles à Y Armorial général et qui y a apporté quelques
rectifications. Mais il n’a guère recouru aux documents d'archives qui
lui auraient fourni la matière d’additions et de corrections importantes.
Sans doute, il lui aurait été difficile d’identifier une foule d'individus,
appartenant à la petite bourgeoisie, qui sont mentionnés dans l’Ar-
morial; mais il aurait pu compléter les désignations sommaires de
personnages tels que les hauts dignitaires ecclésiastiques, les fonc¬
tionnaires principaux, les membres des familles considérables.
Dans les tables qu’il a jointes au deuxième volume de sa publica¬
tion, l’éditeur a reproduit exactement les graphies adoptées par les
scribes de l’Armortaf. Il aurait bien fait de rapprocher, à l’aide de
renvois, lorsque l’ordre alphabétique les éloignait, les variantes d’un
même nom de personne ou de lieu. Il se serait acquis la reconnais¬
sance des archéologues s’il avait dressé une table des figures héral¬
diques.
Telle qu’elle se présente, la publication de YArmorial de la géné¬
ralité de Rouen rendra des services. Elle met à la disposition des
érudits un document important qui, suivant l’expression employée par
l’éditeur, constitue « une sorte d’annuaire ou de répertoire où l’on
rencontre tout ce qui, dans toutes les classes sociales, sortait un peu
de l’ordinaire, au point de vue pécuniaire ».
On saura gré à M. Prévost d’avoir étudié, avec beaucoup de soin,
dans une copieuse introduction, l'histoire de l’établissement de YAr-
morial général.
Max Prinet.
.Armoiries ef familles nobles de la Bresse louhannaise :
armoiries ouvrières , armoiries particulières et de familles ,
par Lucien Guillemaut. Louhans, impr. L. Romand, 1909.
In-8°, xxxiv-343 pages, planches et figures dans le texte.
L’auteur a voulu, avant tout, faire œuvre d’héraldiste. Son inten¬
tion est nettement indiquée par le titre du volume; elle est plus expli¬
citement déclarée dans l’introduction. Il a décrit un assez grand
nombre d'armoiries bressanes et en a reproduit environ 130 dans des
planches hors texte. Malheureusement, descriptions et figures ne con¬
cordent pas toujours. Les armes des du Perrieux, des du Breul de
Sacconey, des Guerret de Grannod, des du Puget de Chardenoux ne
sont point représentées telles qu’elles sont blasonnées. Celles des
Durand et des Perreault sont dépeintes d'une manière difficilement
intelligible; on pourrait croire À de simples lapsus si, deux fois, elles
n'étaient présentées dans les mêmes termes obscurs (p. 83 et 158, p. 85
et 306). Je me demande ce que l’auteur entend par < molettes d’éperon
colletées » (p. 102, 106); la figure donne des molettes ordinaires.
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620
BIBLIOGRAPHIE.
C’e«t par erreur que M. Guillemaut charge de deux épées la (asce
des armes de Philippe Pot. Les fusées des Salins-Vincelles doivent
être accolées en fasce et non placées l’une sur l'autre (p. 251).
L’auteur ne s’est pas contenté de dresser un armorial. A propos de
blason, il a composé un véritable dictionnaire des fiefs et des familles
notables de la région louhannaise. Parmi les maisons possessionnées
dans ce pays, il en est un bon nombre qui ont joué un rôle important
non seulement dans l’histoire provinciale, mais dans l'histoire géné¬
rale de la France. Tels sont les Condé, les Longueville, les Chalon,
les Vienne-Antigny, les Coligny, les La Baume-Montrevel, les Cha¬
bot, les Thiard, les Pot, les Rolin, les Bouton, les Scorailles, les
Tenarre. Ce que l’auteur fait connaître du développement et des vicis¬
situdes de leur puissance domaniale présente un réel intérêt.
M. Guillemaut se plaît à suivre l’évolution des familles; il nous
donne des notices instructives sur plusieurs races roturières parve¬
nues à la noblesse grâce au mérite et à la fortune de quelques-uns de
leurs membres, comme les Mailly, anciens bourgeois de Chalon, arri¬
vés aux premiers offices de la Chambre des comptes de Dole et grati¬
fiés d’un titre de marquis au xvm* siècle, comme les Arnoux, autre¬
fois marchands à Louhans, dont diverses branches ont tenu des fiefs
et rempli des charges anoblissantes. Un exemple illustre de l’acces¬
sion des familles bourgeoises à la noblesse est fourni par l'histoire
des Saint-Maurice-Montbarrey ; mais M. Guillemaut a oublié l’origine
plébéienne de ces princes du Saint-Empire et les a rattachés arbitrai¬
rement à la maison de Saint-Mauris-Chàtenois.
L’auteur a dû consulter un grand nombre de livres et de chartes
pour réunir les renseignements qu’il a groupés dans son ouvrage. Il
est fâcheux qu’il ne se soit pas astreint à indiquer, d’une façon précise,
les textes sur lesquels il a basé chacune de ses affirmations.
Max Prinet.
The Aragonese double crown and the Borja or Borgia device ,
with notes upon the bearing of such insignia in the fourteenth
and fifteenth centuries, by Albert van de Put. Londres, B. Qua-
ritch, 1910. In-4°, 55 pages, figures et planches. (Publication du
Gryphon Club.)
A la fin du xiv* siècle et au début du xv®, les rois d'Aragon avaient
pour emblème une couronne double. Cette ■ empresa » est mention¬
née dans des lettres écrites, au mois de janvier 1393, par Jean I er , roi
d'Aragon, à son frère Martin et au roi de France. En 1399, Martin
d’Aragon, le Jeune, roi de Sicile, portait au col « quamdam inpresam
de duabus coronis » ; en 1408, on voit cité, parmi les joyaux qu’il a
reçus de son père, un « collar d’aur a corones dobles *. On retrouve
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BIBLIOGRAPHIE. 621
des couronnes doubles, brodées sur étoile, dans les inventaires dres¬
sés après la mort de Martin le Vieux, roi d’Aragon (1410).
Un siècle plu9 tard, les Borgia faisaient usage d'une devise consis¬
tant en deux couronnes, opposées par la base, dont l'inférieure, ren¬
versée, darde des rayons. Cet emblème a été figuré en divers endroits
des appartements Borgia, au Vatican, sur la façade du château ducal
de Gandia et sur une peinture représentant François Borgia, évêque
de Teano et archevêque de Cosenza, en l’église collégiale de Jativa.
La généalogie des Borgia est extrêmement confuse. Leur nom
espagnol (Borja) est celui d’une terre d'Aragon dont les anciens sei¬
gneurs étaient issus d’un certain Pierre Atarès (mort en 1152), petit-
fils d’un bâtard du roi d’Aragon, Ramire I er . Il n’existe aucune preuve
de la parenté des Borgia du xv* siècle avec ces nobles aragonais du
XII*. Mais il est possible que la famille des papes Calixte III et
Alexandre VI, parvenue à une situation princière, ait voulu se ratta¬
cher à la postérité du roi Ramire et ait adopté, dans cette pensée,
une devise qui avait été celle des rois d’Aragon, la couronne double.
M. A. van de Put déploie beaucoup d’érudition à présenter cette
hypothèse. Ce qu’il dit de l’usage pratique des devises est à retenir. Il
consacre à quelques-uns de ces emblèmes, en particulier, des notices
instructives. Les Français s'intéresseront spécialement aux remarques
qu'il fait sur le cerf-volant de Charles VI et de ses successeurs, la
couronne de Coucy et le camail d’Orléans.
Max Prinet.
Roger Martin du Gard,... L’abbaye de Jumièges (Seine-Infé¬
rieure); étude archéologique des ruines. Montdidier, impr.
de Grou-Radenez, 1909. Gr. in-8°, 308 pages, pl. et 0g.
M. Martin du Gard vient de publier sa thèse de sortie de l’École des
chartes en un magnifique volume plein d’hypothèses intéressantes et
de restitutions savantes ; en beaucoup de cas, il a pu, dans des fouilles
heureuses, retrouver les fondations de parties disparues des églises et
des bâtiments claustraux. De la grande église romane, la nef seule est
encore debout ; le transept est en ruines, le chœur a été reconstruit au
xiv* siècle. La nef comprend quatre travées doubles et huit travées
de collatéraux, surmontés de vastes tribunes, couvertes comme les
bas côtés de voûtes d'arétes dont les lunettes transversales sont plus
élevées que la clef, ce qui leur donne un aspect assez curieux. Les
grandes arcades à double rouleau sont en plein cintre, les tribunes
s’ouvrent sur la nef par trois petites baies encadrées par un arc de
décharge; au-dessus sont les fenêtres hautes. La nef était couverte
d’une charpente. Les grandes arcades reposent alternativement sur
une pile forte et sur une pile faible, suivant un procédé qui deviendra
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622
BIBLI0G1APBIE.
courant plue tard dans plusieurs régions et particulièrement dans
l'Ile-de-France, avec l’emploi de la voûte sexpartite. Cette alternance
dans une église couverte de charpentes est difficile à expliquer. Les
piles fortes sont cantonnées de colonnes, dont l’une, celle qui regarde
vers la nef, monte jusqu’à l’appui des fenêtres; M. Martin du Gard
pense qu’elle s’élevait autrefois jusque sous l'entrait de la charpente
qu’elle supportait; à cette colonne aurait correspondu une ferme forte;
au-dessus des piles faibles, portant sur des corbeaux placés au haut
des murs, aurait été lancée une ferme plus faible. Peut-être vau¬
drait-il mieux admettre la présence au-dessus des piles fortes d’arcs
diaphragmes portant ferme.
Le transept présentait une particularité remarquable ; les grandes
arcades se prolongeaient j usqu'au chœur et les croisillons étaient entière¬
ment couverts de tribunes. M. Martin du Gard a en effet retrouvé les
fondations des piles intermédiaires et, enchâssée dans les piles ouest
du carré, l’ancienne colonne semblable à celles de la nef qui portent
les grandes arcades. Cette disposition était très particulière, car même
en Normandie, où les tribunes atteignent de grandes proportions, elles
n’occupent en général qu’une ou plusieurs faces des croisillons. A
l’est des croisillons étaient percées deux absidioles en hémicycle.
Les fondations du chœur roman ont été entièrement retrouvées par
M. Martin du Gard au cours de ses grandes fouilles de 1905. Ce chœur
comprenait deux travées et une abside en hémicycle et était flanqué
de collatéraux terminés par un chet plat. Toutes ces dispositions, à
quelques détails près, étaient celles des églises de Cerisy-la-Forêt,
Bernay, la Trinité et Saint-Nicolas de Caen, Montivilliers, Lessay,
Saint-Gabriel, Saint-Georges de Boscherville, Selby, Peterborough,
Saint-Alban, Durham, Lincoln, Sainte-Marie d’York et Saint-Vigier-
le-Grand. Le chœur de Jumièges, achevé en 1052 ou 1057, serait un
des prototypes des chœurs normands.
En avant de la nef se dressent, de chaque côté du porche, les tours,
dont la partie basse au moins remonte au début du xi* siècle. On peut
y distinguer six et peut-être sept campagnes que M. Martin du Gard a
soigneusement distinguées et qui vont de 1014 à la fin du xi* siècle.
Elles étaient couronnées de flèches de pierre, basses et octogonales,
qui tombèrent de 1830 à 1856. Le porche dut être construit en même
temps que la partie basse des tours; dans la suite (vers 1060), il dut
être modifié pour s’adapter à la nef. Plus tard, avant la fin du
XIII e siècle, on remania complètement la façade ; enfin, dans les der¬
nières années du xvn* siècle, on éventra au premier étage le mur qui
séparait le porche de la nef.
Dans les premières années du xiv* siècle, le chœur fut entièrement
reconstruit; on voûta d’ogives les deux travées droites et l'hémicycle;
on prolongea les bas côtés autour de l’hémicycle et l’on ouvrit sur le
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BIBLIOGRAPHIE.
623
déambulatoire sept chapelles; le mur extérieur des croisillons fut
allongé vers l’est de trois travées. Il n’en subsiste aujourd’hui que
quelques ruines. Enfin, en 1688, on fit au-dessus de la nef un plafond
simulant une voûte.
A côté de la grande église, on voit encore les ruines de l’ancienne
église abbatiale, la petite église Saint-Pierre; M. Martin du Gard a
pu y retrouver les traces de six églises ou fractions d’églises. Autour
étaient les bâtiments abbatiaux, cloître, salle capitulaire, celliers, dont
il ne reste que des ruines plus ou moins considérables.
M. Martin du Gard a étudié avec le même soin toutes les parties de
cette grande abbaye ; il a joint à la description des dessins très détail¬
lés et des relevés très précis; enfin, dans une série de planches, il a
donné la restitution des constructions aujourd’hui disparues. De très
belles héliotypies reproduisent les plus jolis coins et les morceaux les
plus imposants de ces magnifiques ruines.
Marcel Aubert.
M. Sartor. La cathédrale de Reims. Études sur quelques
statues du grand portail. Reims, L. Michaud, 1910. In-8°,
17 pages, fig.
M mc Marguerite Godbillon-Sartor, préparant une grande étude sur
les statues du portail occidental de la cathédrale de Reims, étonnée
du style de certaines statues et en particulier du groupe de la Visita¬
tion du porche central, a cru pouvoir les attribuer au xvm a siècle. On
les a longtemps datées du xiv a siècle ; d’aucuns, comme Lübke, y
voyaient une œuvre de la Renaissance, mais il est aujourd’hui avéré,
et M. Demaison l’a abondamment prouvé', que ces statues sont de la
seconde moitié du xiii* siècle.
M ma Sartor a pensé que la date du 4 octobre 1739 gravée sur la tête
de la Vierge du groupe de la Visitation était comme la signature de
l’auteur de la statue, et elle publie à l’appui le procès-verbal des tra¬
vaux faits au portail occidental à cette époque. Il n'y est en réalité
pas question de réfection de statues ; on restaura les colonnettes de
l’arcature qui encadre les statues et l’un des ouvriers a laissé la trace
de son passage en gravant cette date.
Il est certain que ces magnifiques statues ne sont pas d’un style
courant au xiii* siècle; elles sont évidemment inspirées de l’art
antique et ressentent l’influence des modèles de l'époque romaine;
mais on ne pourrait pas davantage les attribuer au xvm a siècle. Et,
d’ailleurs, elles ne sont pas absolument uniques ; M ma Sartor semble
1. La Cathédrale de Reimt, son histoire , les dates de sa construction. Caen,
H. Delesques, 1902, in-8% p. 36-39.
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9
BIBLIOGRAPHIE
avoir oublié que la cathédrale de Bamberg, dont la statuaire est en
partie copiée sur celle de la cathédrale de Reims, nous offre deux
types absolument semblables de Vierge et d'Élisabeth. Le D r Weese,
qui a montré longuement ces ressemblances en 1897, attribue même
cette Visitation du bas côté du chœur oriental de Bamberg à un
artiste qui aurait longuement travaillé à Reims avant de se rendre en
Franconie 1 .
Il faut donc accepter les choses telles qu'elles sont et conserver
aux artistes du xiii* siècle l’honneur d’avoir sculpté cet admirable
groupe.
Marcel Aubert.
Chanoine Fr. Durand. L’Église Sainte-Marie ou Notre-Dame
de Nîmes , basilique-cathédrale(descriptionarchéologique).
Nîmes, impr. générale, 1906. In-8°, 105 pages, pl.
M. le chanoine Durand, déjà connu par ses travaux sur Nimes,
vient de publier une description archéologique de l’église Sainte-Marie.
Fondée au xi® siècle, légèrement modifiée aux xii* et xiv e , cette
église a été ravagée à deux reprises au xvii« siècle par les protestants ;
relevée en 1646, elle a été restaurée par Revoil en 1882. Il semble que
l’archéologue, après avoir résumé en quelques pages les renseigne¬
ments historiques que fournissent les textes sur le monument, aurait
dû décrire l’église du xi e siècle, en indiquant les morceaux qui sub¬
sistent encore de cette époque, puis étudier les quelques changements
survenus aux xn® et xiv* siècles. Il nous aurait ensuite promené dans
les ruines du xvn® siècle et montré quel parti en avaient tiré les
architectes de 1646; enfin, il aurait étudié les restaurations de Revoil.
Nous aurions connu ainsi l’état de l’église Sainte-Marie aux principales
époques de son histoire et il nous eût été facile de voir ce qui, dans
l’église actuelle, subsiste de ces différents travaux.
L’auteur, au contraire, nous conduit devant la façade qu’il étudie
d’ailleurs très consciencieusement, ornée d’une jolie frise et flanquée
d’une tour carrée dont les étages inférieurs sont garnis à l’est d’absi-
dioles où devaient être des autels; puis il décrit l’intérieur : nef,
chœur, chapelles, sans suivre un ordre bien rigoureux. Il termine son
travail par une longue dissertation sur l’orgue et les cloches modernes.
Mais, même en se conformant à ce plan, qui a l’inconvénient de
mêler à chaque instant l'historique à la description et de ne pas mon¬
trer la suite des travaux qui ont fait l’église actuelle, M. le chanoine
Durand aurait pu approfondir davantage l'étude de la construction ;
1. Die Bamberger Domsculpturen. Strassburg, Heitz, 1897, in-8*. (Studien
zur deulschen Kunstgcschichte, 10. Heft.) *
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BIBLIOGRAPHIE.
625
il insiste trop volontiers sur des restaurations de détail, des vitraux
et des objets d’ameublement modernes ; il transcrit de nombreuses
inscriptions quelquefois fort intéressantes et il oublie un peu la des¬
cription du monument lui-méme, son plan, ses voûtes, ses supports,
ses profils, sa décoration. Il eût mieux valu réunir en un chapitre
spécial tout ce qui est accessoire ; le livre en eût été plus clair.
Cependant, nous devons reconnaître que l’auteur a étudié jusque
dans ses moindres détails cette église Sainte-Marie et qu’il nous la
décrit avec grand soin, insistant avec raison sur la façade et le clo¬
cher, dont il donne une coupe curieuse. L’illustration est bonne; il
manque cependant un plan général de la cathédrale et cette lacune
rend obscurs, pour l’étranger, bien des passages de l’ouvrage.
Marcel Albert.
F. de Fossa. Le Château historique de Vincennes. T. II.
Paris, H. Daragon, 1909. In-4°, 443 pages, pi. et fig.
Le tome I de cet important travail a paru depuis quelques temps
déjà 4 , c'est une histoire générale du château de ses origines jusqu’à nos
jours. Le second volume contient la monographie des divers bâtiments
du château : donjon, pavillons du roi et de la reine, enceinte, tours,
sainte chapelle. Chaque monographie comprend deux parties bien dis¬
tinctes, l’une historique, anecdotique même, l'autre archéologique;
c’est cette dernière que je veux retenir ici.
Du vieux château fort, il reste l'enceinte et le donjon. Achevé en
1370, le donjon fut souvent habité par Charles V, qui y avait fait
installer plusieurs pièces avec un luxe et un confortable merveilleux
si l'on en juge par la description qu’en fait M. de Fossa d'après l’in¬
ventaire de Charles V et les comptes de l’argenterie du roi; une des
salles servait de cabinet de travail et contenait un grand nombre de
volumes. A la description actuelle du donjon son joints des plans,
coupes et détails.
Des grandes constructions que fit élever Louis XIV, il ne reste que
deux bâtiments : le pavillon du roi et le pavillon de la reine; seul
ce dernier contient encore quelques souvenirs des travaux de Le
Vau : la façade, l’escalier d'honneur et çà et là une corniche, des
boiseries. Toute la fin du volume, — presque la moitié, — est consa¬
crée à la sainte chapelle. Elle fut fondée en 1379; le plan et les sou¬
bassements sont de l’époque de Charles V ; l’abside et les bâtiments
annexes de la fin du xiv« siècle ; la voûte du rond-point et la partie
basse de la façade du commencement du xv* siècle ; les fenêtres flam-
1. Cf. compte-rendu, dans Bibliothèque de l’École des chartes , septembre-
décembre 1908.
1910 40
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626
BIBLIOGBAPHIE.
boyante8 auraient été construites à peu près à la même époque, mais
elles ne furent mises en place qu'entre 1520 et 1537, époque où l'on
acheva les voûtes et le gros œuvre. De 1551 à 1572, on élève les
pinacles de l’abside, pose les combles, aménage l'intérieur et garnit
les fenêtres de verrières. Malgré cette diversité de styles, la sainte
chapelle de Vincennes pourrait être comparée à celle de Paris, si
l'absence de grandes lignes caractéristiques et la trop grande largeur du
vaisseau, par rapport à sa hauteur, ne nuisaient à sa beauté. Dans un
dernier chapitre, M. de Fossa décrit les vitraux refaits au xix* siècle
par Oudinot, qui utilisa les fragments de verrières du xvi e siècle, dont
l'attribution à Jean Cousin est fort contestable. Ces travaux sont
reproduits d’après les cartons d’Oudinot en une série de très belles
planches.
Concluons avec l’auteur qu’une restauration complète du ch&teau
serait illogique, puisqu’il y a eu en réalité deux châteaux : celui de
Charles V et celui de Louis XIV ; mais on pourrait peut-être protéger
ce qui reste du pavillon de la reine et surtout débarrasser le donjon
des armes et des machines qui l’encombrent et, sans chercher à le
restaurer autrement, y organiser un musée.
Marcel Aubert.
Essai sur la connaissance et la preuve des Coutumes en jus¬
tice, dans l’ancien droit français et dans le système romano-
canonique, par Hippolyte Pissard, chargé de conférences à la
Faculté de droit de l’Université de Paris. Paris, A. Rousseau,
1910. In-8°, 223 pages.
Dans sa courte introduction, M. Pissard nous prévient qu’il se place
au point de vue purement historique et descriptif; aussi, de propos
délibéré, il évite les questions générales touchant au droit coutumier.
L’objet principal de son essai est la preuve de la coutume dans la
pratique judiciaire de l’ancienne France, mais, avec raison, il a cru bon
d’exposer d’abord les théories des romanistes et des canonistes qui
ont eu de l’influence sur le développement du droit coutumier français.
A Rome, le juge ne doit pas ignorer la coutume, et, lorsqu'il en a
une connaissance certaine, raisonnée, il ne peut refuser de l'appli¬
quer; quant aux plaideurs, ils ne sont obligés ni à alléguer la coutume
ni à la prouver. « Le droit romain n'exigeait pas la preuve du droit
coutumier, mais il n’édictait sans doute aucune règle spéciale sur la
façon dont le juge le recherchait et dont les plaideurs s'y référaient. »
Quant aux canonistes et aux légistes, ils ne se préoccupèrent de la
preuve de la coutume que vers le début du xm* siècle; Azon enseigne
que la coutume doit être alléguée et prouvée ; il indique même trois
modes de preuves possibles. Pour tout ce qui concerne la coutume,
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BIBLIOGRAPHIE.
627
les glossateurs ont été les initiateurs des canonistes, mais on doit à
ces derniers l'idée si importante de notoriété. Au plaideur, il incombe
d’alléguer et de prouver la coutume dont il veut faire état. Comme
fondement à la coutume, canonistes et glossateurs assignaient, le plus
souvent, le consentement du peuple constaté par des actes fréquents
et pendant un certain laps de temps ; les témoins, — au moins deux,—
devaient donc déposer sur le nombre d'actes et sur le laps de temps;
de ces renseignements, le juge concluait à la notoriété, et par là même
à la recevabilité de la coutume, ou à sa non recevabilité comme n’étant
pas notoire. Bientôt canonistes et légistes admirent aussi la preuve
d’une coutume par la présentation d’un écrit officiel : livre, jugement
antérieur contradictoire, ou encore par le témoignage des docteurs et
des juristes.
M. Pissard étudie ensuite la constatation de la coutume dans le très
ancien droit français, à l’époque franque durant laquelle la conformité
de la sentence avec la coutume semble suffisamment garantie par
l’expérience personnelle des juges, l’assentiment ou la désapprobation
des assistants. Cependant, on constate déjà l'usage des enquêtes pour
constater la coutume.
Au moyen âge, les tribunaux n’ont qu’à faire appel à ceux qui les
composent pour connaître la coutume. « Beaumanoir ne suppose pas
un instant que le plaideur puisse avoir à prouver la coutume » et les
jurisconsultes français ne se placent qu’au point de vue du juge. Le
plaideur peut alléguer la coutume, mais il n’est pas obligé de la prou¬
ver : c’est au juge à s’éclairer en consultant des collègues, les écrits
des praticiens ou en ordonnant des enquêtes qu’il dirige à son gré.
Cependant, une évolution se prépare au sein de la Curia regis : les
enquêtes vont se faire par turbe et les plaideurs pourront eux-mêmes
désigner les témoins de la turbe. Si les turbiers sont unanimes à affir¬
mer l’existence d'une coutume, le juge doit en tenir compte. Quant
au Parlement, il garde la haute main sur la preuve de la coutume, il
ordonne ou refuse l’enquête.
A partir de la seconde moitié du xiv* siècle prévaut le principe que
la coutume notoire, c’est-à-dire que tout le monde connaît et que le
juge a déclarée telle, n’a pas besoin de démonstration tandis que la
coutume privée doit être prouvée par les plaideurs. Si le tribunal ne
connaît pas la coutume alléguée, il peut recourir à deux principaux
moyens d’information et de preuve : l’enquête testimoniale et les
textes écrits. Dans l’enquête, le juge recherche les faits, actes d’usages
et sentences antérieures, qui concluent à l’existence de la coutume
invoquée. M. Pissard s’étend sur ces enquêtes judiciaires et sur les
enquêtes par turbe relatives aux coutumes dans les pays de droit écrit
et dans ceux de droit coutumier, avant et après les réformes procé¬
durales de saint Louis et le règlement de 1270. Il décrit le domaine
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BIBLI06EAPHIE.
géographique et l’extension progressive de l’enquête par turbe ; réser¬
vée d'abord aux pays de coutume, elle n’y pénétra pas partout à la
même époque, puis elle gagna jusqu’au pays de droit écrit. Pendant
cette période, la coutume, traitée dans la procédure plutôt comme le
fait que comme le droit, suit ordinairement les règles propres aux
allégations et à la preuve des faits, mais l’enquête par turbe se déta¬
cha bientôt du reste de la procédure.
Au xv« siècle, « l’enquête sur la coutume se présente toujours
comme un incident qui peut surgir à.tout moment de la procédure et
qui doit être vidé dès qu’il a surgi, sur lequel une enquête est pres¬
crite par un jugement interlocutoire rendu à la requête des deux plai¬
deurs ». < Les dérogations au droit commun commencent à se pro¬
duire sitôt après la nomination des commissaires chargés d’enquêter
sur la coutume ». C’est à ces commissaires que saint Louis avait
réservé l'élection des turbiers, mais dès le début du xiv* siècle les
parties eurent le droit de les produire elles-mêmes. Il fallut bientôt
fixer un minimum et, dans le ressort du Parlement de Paris, on admit
le chiffre de dix turbiers pour une turbe ; quant au maximum, il ne
fut déterminé qu’au xvi*; les juristes le fixèrent à dix turbes de dix
témoins chacune : chaque turbe ne comptant que pour un seul témoin.
Ces témoins spéciaux, à partir du xv* siècle, sont presque toujours
des professionnels, des jurisconsultes ou des gens de métier; les textes
des coutumes et les pièces de procédure nous montrent que déjà le
rôle de turbiers reste dévolu ordinairement aux avocats, et cela per¬
siste aux xvi e et xvn* siècles. Naturellement, le tribunal tient compte de
la qualité des turbiers pour attribuer à leur témoignage plus ou moins
de valeur. Dans chaque turbe, il faut l'unanimité, « si un seul des
turbiers est d’un avis divergent, la turbe entière ne compte pour rien. *
Les commissaires de la cour n’ont qu'à lui faire un rapport fidèle et
celle-ci décide sans être nécessairement liée par la décision de la
turbe. En vertu de la célèbre formule testis unus, testis nullus , on
exigea dans la pratique, au xv* siècle, au moins deux turbes, et cette
doctrine fut confirmée par l'ordonnance de Blois en 1498.
La rédaction des coutumes et ses conséquences en ce qui concerne
leur preuve en justice attire forcément l'attention de M. Pissard. L’or¬
donnance de Montils-les-Tours (1453) avait bien déclaré qu’à l’avenir
les registres officiels seraient considérés comme seuls modes de preuve
de la coutume; cependant, il fallut bien admettre que les registres,
le procès-verbal, ne faisaient foi que de l'état des coutumes à l'époque
de la rédaction, et les plaideurs purent prouver qu’il y avait des omis¬
sions ; il y eut donc encore longtemps des enquêtes sur la coutume,
mais l’organisation en fut réservée aux parlements et aux autres cours
souveraines. On comprend cependant que la rédaction officielle des
coutumes ait rendu rare l’usage des enquêtes par turbe, et l’ordon-
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BIBLIOGRAPHIE.
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nance d’avril 1667 n’eut pas de peine à les faire disparaître définitive¬
ment. Lamoignon indiqua qu’il fallait revenir à la preuve du droit
commun : les écrits et les témoins entendus séparément. Les tribu¬
naux, il est vrai, admirent aussi l’emploi de deux modes spéciaux de
preuve : les certificats d’usage et les actes de notoriété.
En appendice, l’auteur donne un important extrait du Formulaire de
Guillaume de Paris sur la coutume et d’autres extraits plus courts
provenant soit des jugés (X** 1, fol. 40), soit d'un manuscrit du Grand
Coutumier, de la « Somme Rural » de Boutillier, du « Second notaire •
de Papou ou du « Style des requestes du Palais » édité à la suite du
« Vray style du Conseil privé » de Ducrot. Il termine par une bonne
et abondante bibliographie dans laquelle une faute d'impression attri-
bue au regretté M. Baudouin mon Histoire du Parlement de Paris ,
de l’origine à François / or , et, à ce sujet, je ferai remarquer à M. Pis-
sard que c’est au tome II de cet ouvrage, p. 131, note 3 (et non p. 132,
n°2), que je parle d’une troisième turbe appelée lorsque les deux pre¬
mières différaient d’avis. Au cours de son travail, il cite par leurs
noms latins les canonistes et les glossateurs, mais il eût été bon d’in¬
diquer en note que Bartholomæus Brixiensis, Johannes Teuto-
nicus, Hostiensis , Panormitanus, etc..., désignent Barthélemy de
Brescia, Jean Semeca ou Zemeka, Henri de Suse et Nicolas de Tude-
schis, etc., Johannes Faber, Johannes Andréas... Jean Faure, Jean
André.
L’étude de M. Pissard, intéressante et claire, est bien documentée;
la discussion des textes et des théories précise, sans inutiles lon¬
gueurs, tout en étant presque toujours suffisante ; elle rendra de réels
services; il faut donc remercier le savant auteur de l’avoir entreprise
et conduite d’une manière aussi satisfaisante.
Félix Aubert.
D r Vincent Samanek. Kronrat und Reichsherrschaft im i3. und
ik. Jahrhundert. Berlin et Leipzig, W. Rothschild, 1910. Gr.
in-8 # , ix-203 pages. (Fasc. 18 des Abhandlungen zur mittle-
ren und neueren Geschichte.)
Le livre de M. Samanek essaie de déterminer ce qu’était aux xm®
et xiv # siècles le Conseil privé du roi de Germanie, dont la souverai¬
neté se confondait avec celle du chef de l’Empire. En d'autres termes,
il étudie la part que la cour de l’empereur-roi prenait à l'administration
directe du pays. L’auteur s’occupe depuis longtemps de ce sujet,
comme en témoignent divers articles déjà publiés. On peut donc a
priori le considérer comme particulièrement qualifié pour en parler
d’ensemble.
Après avoir critiqué la théorie de Seeliger, qui fait sortir le Conseil
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630
BIBLIOGRAPHIE.
privé (Kronrat) du personnel ordinaire du palais (Familiaritætsver-
band), M. Samanek nous montre (ch. i) comment, à l’origine, les
obligations de conseil et de service militaire du vassal envers son
suzerain suffirent à donner naissance au personnel du palais. Mais,
dans le Conseil privé, il y a quelque chose de plus : un élément prin¬
cier prédomine. En outre, au temps des Hohenstaufen, ce Conseil se
trouve soumis sur le sol italien, où réside le plus souvent Frédéric II,
à des conditions particulières d’existence, dont l’effet se constate
encore après le grand interrègne.
Le chapitre h poursuit cette étude sous Henri VII et le chapitre m
sous Charles IV et Wenceslas. Ces deux chapitres, il n'est guère
possible de les résumer ici, car ils ne peuvent être bien compris qu'à
l’aide des développements que leur donne l'auteur. Disons seulement
qu’il distingue soigneusement le Kronrat du Hoftag , note les influences
étrangères qui s'exercent, constate l’importance croissante du Conseil
privé après 1313, étudie son fonctionnement comme cour de justice et
les transformations qu’il subit sous l’action des événements politiques ;
enfin démontre (ch. rv) le rôle qu’a joué parfois ce Conseil comme
délégué et représentant du chef de l’Empire.
Le travail de M. Samanek, extrêmement fouillé, me semble avoir,
pour la connaissance du sujet dont il traite, l’importance qu’a eue
chez nous naguère l 'Étude de M. Noël Valois sur le Conseil du roi.
Alfred Leroux.
i
La Faculté de théologie de Paris et ses docteurs les plus
célèbres, par l'abbé P. Feret,... Époque moderne. T. VI :
XVIII* siècle : Phases historiques. Paris, A. Picard et fils,
1909. In-8°, 417 pages.
Voici déjà plusieurs années que le respectable abbé Feret a entrepris
ce gros travail qu’est l’histoire de l’une des Facultés de l’antique Uni¬
versité de Paris, celle de théologie, et que chaque année voit éclore
un volume nouveau, consciencieusement élaboré, nourri comme ses
aînés de renseignements utiles, parfois difficiles à trouver pour ceux
que la curiosité ou le hasard des recherches conduit à désirer se docu¬
menter sur tel ou tel personnage ayant appartenu à la docte Faculté.
J’aurais souhaité pour le repos de l'auteur que ce volume fût enfin
le dernier, mais M. l’abbé Feret, en scrupuleux annaliste, nous laisse
l’espoir d’un 7® volume.
Il ne nous appartient pas d’anticiper; nous constaterons donc que le
tome VI contient d'intéressants chapitres sur des questions heureu¬
sement épuisées, mais qui ont passionné souvent, à tort ou à raison,
nos arrière-grands-parents, ceux du moins d’entre eux qui se lais¬
sèrent aller au jansénisme, à moins que gallicanistes, voire même
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BIBLIOGRAPHIE.
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philosophes et souvent sceptiques. C'est Buffon, Montesquieu, Pope,
Helvetius, J.-J. Rousseau, Marmontel et autres qu'on est bien étonné
de trouver en cet ouvrage et dont M. l'abbé Feret marque et apprécie
l’influence bonne ou perverse.
L’œuvre de M. l'abbé Feret représente, sans contredit, un bien
grand labeur et de patientes recherches « tantæ molis erat >; qu’il me
permette de souhaiter lui voir terminer cette histoire d’une Faculté
qui n'est plus, tout au moins sous la forme d’an tan.
Édouard de Gigord, 8. J. Les Jésuites d’Aubenas (i60i-i762).
Paris, Picard [1910]. In-8°, 504 pages, 1 carte, 2 plans et
22 gravures.
L’auteur de ce livre consacre un premier chapitre aux « Précurseurs
(1588-1601) ». Il nomme ainsi les missionnaires que le collège de
Tournon envoya dans la ville d’Aubenas pendant la courte période où
elle fut au pouvoir des catholiques, c’est-à-dire de 1587 à 1593. Au
mois de février 1593, Aubenas fut surpris par les calvinistes qui
massacrèrent le P. Jacques Salez et son compagnon le F. Guillaume
Sautemouche. Le R. P. de Gigord résume l’histoire de leur martyre
d’après les travaux récents de MM. Mazon et Jules Blanc et donne en
appendice un extrait des Notes sur les Huguenots du Vivarais, par
M. Mazon, concernant ce sujet.
La résidence d’Aubenas date de 1601 ; elle fut obtenue du P. Général
par Guillaume-Louis de Modène, marquis de Montlor et seigneur
catholique de la protestante ville d'Aubenas. Le collège, établi en 1603
dans une maison donnée par le cardinal de Joyeuse, fut d’abord un
établissement des plus modestes, qui ne comprenait que deux classes.
En 1617, une troisième classe fut créée grâce au clergé et aux notables
de la ville qui assurèrent une rente de 200 livres pour son entretien.
La même année, une bulle de Paul V unissait au collège le petit
prieuré de Sainte-Croix-sous-Aubenas, d’un revenu de 300 livres, et,
quatre ans plus tard, le P. Général, Mutio Vitelleschi, autorisait la
transformation de la résidence en collège. Mais les missions conser¬
vaient encore dans la résidence d'Aubenas une importance au moins
égale à celle du collège. Le P. de Gigord établit très bien, à ce sujet,
que, contrairement à la légende propagée par le Mercure françois ,
il n’y eut pas de conversion en masse des habitants d'Aubenas opérée
manu militari en 1627 par François d’Ornano-Mazargues, beau-frère
de la dame d’Aubenas. L'auteur démontre également que, contraire¬
ment à l’opinion reçue jusqu'ici, Marie de Montlor, veuve du maréchal
Jean-Baptiste d'Ornano, n’est pas la fondatrice du collège : l’acte du
17 septembre 1638 fut inexactement intitulé « Fondation du collège »;
il ne contient qu’une donation « pour parfaire la fondation dudit col-
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BIBLIOGliPHIE.
lège ». Marguerite de Montlor, femme de François d’Ornano-Mazargues
(à la fois sœur et belle-sœur de Marie) mériterait autant ce titre, et
c’est en toute justice que le P. de Gigord place au premier rang des
bienfaiteurs du collège le pays de Vivarais, dont les Etats votèrent
constamment d'importantes allocations aux Jésuites d'Aubenas.
Le chapitre consacré à la monumentale église du collège contient
de précieuses indications sur la construction de l'édifice, sur ses pein¬
tures (œuvres du Tournonnais François Sevin) et sur ses boiseries ;
on y voit à l’œuvre « deux hommes qui ont occupé la plus grande
place dans ce collège depuis son origine jusqu’à sa suppression : le
P. François Deydier et le P. Antoine-Hercule de Vogüé, plus connu
sous le nom de P. de Rochecolombe ». Ce dernier parait être l’auteur
du plan de l'église.
Le collège lui-méme fut complètement reconstruit en 1731 et 1732.
Sur l’enseignement et la vie à l’intérieur du collège, le P. de Gigord,
tout en reconnaissant que « nos documents sur l’histoire littéraire du
collège d’Aubenas sont très pauvres », donne des détails d'un intérêt
véritable.
Une note complémentaire résume l’histoire du collège depuis l’ex¬
pulsion des Jésuites jusqu’à nos jours. Collège ecclésiastique de 1762
à la Révolution, il devint école primaire en 1793 et on n'y conserva que
les professeurs indispensables pour recevoir < les jeunes citoyens qui
se présenteront sachant déjà épeler les mots ». En 1802, on y établit
une école secondaire qui fut dirigée presque constamment par des
ecclésiastiques jusqu’en 1852. A cette date, Mgr Guibert, alors évêque
de Viviers, obtint d’y installer son petit séminaire qui fut remplacé en
1866 par une école de Frères. Ceux-ci durent céder la place en 1879 à
une école municipale de filles qui occupa le local jusqu’en 1904.
Un copieux appendice renferme des documents sur les martyrs
d'Aubenas, sur la résidence et le collège et sur la mission du P. Jean-
François Régis (saint Régis) à Saint-Laurent-sous-Coiron, en mai
1634. Il se termine par un catalogue alphabétique du personnel du
collège, antérieurement à 1762, et par un catalogue chronologique des
Jésuites morts à Aubenas.
L’auteur a consulté pour cet important travail les sources les plus
variées et les a indiquées avec une précision suffisante. En dehors
des archives départementales de l'Ardèche (qui conservent un fonds
du collège d’Aubenas) et des archives municipales d’Aubenas, il a
dépouillé celles de l’évéché de Viviers, celles de la Compagnie de
Jésus (et principalement les Lettres annuelles qui contiennent un
grand nombre de détails, parfois vagues, mais souvent très précieux)
et a connu des pièces des archives d’État, à Rome. De nombreuses
communications particulières lui ont en outre fourni des pièces tirées
d'études notariales ou d’archives privées.
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BIBLIOGRAPHIE.
633
Nous ne pouvons être de l’avis du P. de Gigord lorsqu’il se dit
tenté (p. 160) « de voir un membre de la famille d’Astorg dans le
« noble et puissant Charles d’Astory (Astorici) », cité comme bailli de
Vivarais de 1462 à 1465 dans une pièce moderne de la collection de
Languedoc (Bénédictins 71). Il s’agit de Charles des Astars, dont la
carrière est bien connue.
Il nous faut encore signaler une inadvertance de l’auteur (p. 157)
qui confond Marie de Montlor, maréchale d'Ornano, avec sa nièce
Marie d’Ornano, prieure de la Villedieu.
Par le peu d’importance de ces critiques, on peut juger la valeur de
l’ouvrage du P. de Gigord. Son travail, documenté avec richesse, je
dirais presque avec luxe, se présente néanmoins sous une forme facile,
agréable et sobre.
Il faut encore savoir gré au P. de Gigord d’avoir complété son livre
par des plans précis et de l’avoir orné de nombreuses phototypies,
représentant l’intérieur de l’église du collège et spécialement les boiseries
des autels et les fresques de la coupole : en effet, les boiseries ont été
récemment enlevées pour être déposées dans l’église paroissiale d’Au-
benas; quant aux peintures, elles sont aujourd’hui détruites, avec
l'église elle-même, dont la démolition est accomplie depuis peu.
A. Le Sourd.
Jean Audouard. Le Monitoire. Paris, H. Daragon, 1909. In-8°,
21 pages. (Édition de la Revue Provincia.)
Le Monitoire était un ordre du juge d'église affiché à la porte des
paroisses, lu au prône, qui ordonnait aux fidèles, sous peine d’excom¬
munication, de déclarer à leurs curés ce qu’ils pouvaient savoir au
sujet d’un crime ou d’une affaire civile d'une gravité exceptionnelle.
En usage dès le xii* siècle, il disparut en 1790; un décret du 10 sep¬
tembre 1806 le rétablit, mais à partir de 1814 il n’en fut plus question.
Les renseignements recueillis,—on les appelait révélations,—étaient
transmis cachetés et scellés au procureur général. M. Audouard donne
d’intéressants détails, un peu trop succincts, sur le Monitoire au
xviii* siècle. Les parties intéressées pouvaient seules le demander; on
ne devait nommer ni désigner personne, n’employer que le terme
vague de « quidam » et recourir à la forme interrogative. L'autorité
judiciaire punissait par la saisie du temporel l’official et les curés qui,
régulièrement requis par elle, refusaient un monitoire. Dans son ins¬
tructive brochure, M. Audouard reproduit deux en-têtes de monitoires
du xvm e siècle conservés au musée Sextien. Il a raison de conclure
en disant que l’étude des monitoires ferait un excellent sujet de thèse ;
on y rencontre en effet des narrations criminelles précieuses à con¬
sulter : puisse son appel être entendu.
F. Aubert.
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634
BIBLIOGRAPHIE.
Jean Audouard. Un drame passionnel à la fin du XVIII • siècle.
Le crime du marquis d’Entrecasteaux, président à mortier
au Parlement de Provence (H8k), d’après les archives du Par¬
lement de Provence et des documents inédits. Paris, Henri Dara-
gon. In-8°, 188 pages.
Ce beau volume, orné de huit planches hors texte et d’un fac-similé
d’autographe, illustrations inédites empruntées à des collections par¬
ticulières, offre tout l’attrait d’un roman. La qualité du criminel, le
rang de sa famille, une des plus estimées de la Provence, et la consi¬
dération dont jouissait la douce victime, d’antique noblesse elle aussi,
firent de ce drame épouvantable une affaire sensationnelle en France
et dans une partie de l’Europe.
Né à Aix le 19 juillet 1758, conseiller au Parlement de Provence le
4 mai 1776, Jean-Baptiste-Raymond-Joseph-Guillaume Bruno de
Bruny, marquis d’Entrecasteaux, fut admis le 11 juillet 1782 comme
président à mortier avec rang, séance et voix délibérative, en survi¬
vance de son père. Beau, distingué, lettré, homme du monde et homme
d'esprit, il méritait la sympathie de tous; à peine âgé de dix-huit ans,
il avait épousé, en novembre 1776, Angélique-Pulchérie de Castellane
Saint-Yves qui en avait dix-neuf. Ce mariage d’argent fut d’abord des
plus heureux : la beauté, la grande douceur, la modestie et la charité,
les qualités de cœur et d'esprit de la jeune femme retinrent quelque
temps le jeune magistrat; mais, dès que son père eut quitté Aix pour
aller à Paris et surtout dès que, par malheur, il eût fait la connais¬
sance de la provocante M me de Saint-Simon, veuve d’un conseiller,
plus âgée que lui, mais qui le domine et qu’il veut épouser, la vie
conjugale devint un enfer. Cependant, en dépit des plus rudes
épreuves, des menaces les plus pénibles et même de deux tentatives
d’empoisonnement, jamais la marquise ne cessa de se montrer
aimante, attachée à ses devoirs et d’une admirable patience. Parvenue
à un tel degré de vertu, elle demeurait résignée, attendant que son
indigne mari revint à de meilleurs sentiments et elle paya de sa vie
cette confiance qui nous émeut. Le 8 mai 1784, on la trouvait baignant
dans son sang, la gorge tranchée à coups de rasoir! Le crime avait
été consommé avec une froide cruauté et, pour dérouter la justice, par
une habile mise en scène, on avait simulé un vol. Quant au président
d’Entrecasteaux, il affecta « la sérénité de l’innocence voilée d’une
feinte douleur » ; après avoir essayé de faire croire à un suicide, il
insista sur le vol simulé, mais ces ruses furent inutiles. Bien vite le
lieutenant général criminel, Lange de Saint-Sufïren, et le procureur
général du roi, Le Blanc de Castillon, eurent la conviction que l’as¬
sassin n’était autre que lui-méme et dirigèrent à merveille l’enquête.
La vénération dont on entourait la victime, sa notoriété, celle de
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BIBLIOGRAPHIE.
635
l’assassin et les hautes fonctions qu’il remplissait donnèrent à cette ter¬
rible affaire un immense retentissement. Les perquisitions adroitement
menées confirmèrent le lieutenant général criminel dans sa première
idée et toutes les hésitations cessèrent quand, le 3 juin, on apprit la
fuite précipitée du président. Ne se sentant pas en sûreté, celui-ci
s’était réfugié à Nice puis à Gènes, où il s’embarqua pour Lisbonne.
Le Parlement de Provence fit les plus louables efforts pour arriver à
l’arrêter et le ministre des Affaires étrangères, le célèbre Vergennes,
mit tout en œuvre pour obtenir son extradition. Ce fut sans succès.
Incarcéré à la prison de Limoerio, le jour même de son débarquement
(17 juillet), le marquis d’Entrecasteaux adressa, le 23 août, à la reine
de Portugal une longue lettre, sorte de confession générale, imprégnée
de la fastidieuse sensibilité de l'époque, lettre cynique dans laquelle
il ne manifeste de véritable émotion que pour « l'âme divine » de
M me de Saint-Simon. En terminant, il affectait de réclamer le châti¬
ment suprême pour voir finir ses tourments, mais il espérait bien
attendrir la reine et obtenir sa grâce. Le gouvernement portugais
refusa de le livrer à la justice française et le maintint dans sa dure
prison, où il mourut de fièvre maligne le 16 juin 1785, à l’âge de vingt-
sept ans. Le lendemain, il fut enseveli dans l’église Saint-Martin.
Pendant ce temps, le procès par contumace s’était déroulé réguliè¬
rement à Aix, sans tenir compte de la naissance ni du rang de l'accusé.
En effet, comme le dit M. Audouard, en matière criminelle, les juges
des parlements demeuraient toujours incorruptibles. Le 17 novembre
1784, l’arrêt avait été rendu : d’Entrecasteaux était condamné à faire
amende honorable, puis à monter sur l’échafaud pour y avoir les
poings coupés, les bras, les jambes, les cuisses et les reins rompus,
enfin il resterait exposé sur la roue jusqu’à ce que la mort vint le déli¬
vrer. Le jour même eut lieu l’exécution en effigie, deux huissiers
présents. Ce verdict impitoyable ne nous étonne pas, mais on eût
aimé que M ma de Saint-Simon, l’instigatrice probable du crime, ait
été poursuivie, bien que les preuves de sa culpabilité ne semblent pas
faciles à rassembler.
A la suite des pièces justificatives, M. Audouard a inséré un très
bon dictionnaire biographique alphabétique de tous les personnages
cités, un arbre généalogique de la famille Bruny-d’Entrecasteaux et
la bibliographie.
Cette étude, des plus intéressantes, est composée à l’aide de docu¬
ments de premier ordre et la lecture en est vraiment attrayante.
M. Audouard, si familiarisé avec l’histoire des dernières années du
Parlement de Provence, devrait nous donner l’histoire complète de
cette célèbre cour souveraine : nul ne semble plus capable que lui de
mener à bonne fin un semblable travail.
Félix Aubert.
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636
BIBLIOGtAPHIE.
D r Victorin Laval. Lettres inédites de J.-S. Rovère, membre
du Conseil des Anciens , à son frère Siméon-Stylite ,
ex-évêque constitutionnel du département de Vaucluse.
Paris, H. Champion, 1908. In-8°, ix-310 pages.
C’étaient deux bien étranges personnages que les frères Rovère, et
tels que les révolutions en poussent au premier rang. L’aîné, Joseph-
Stanislas, 61s d’un petit hobereau de Bonnieux dans le comté Venais-
sin, avait commencé par changer son nom patronymique de Royère en
Rovère, afin de se rattacher aux Rovère, ducs d’Urbino. Il s'était
ensuite affublé d'un titre de marquis, avait trempé dans des affaires
louches, tout en suivant très irrégulièrement la carrière des armes. A
la Révolution, il avait dépouillé le vieil homme et s’était fait le pro¬
tagoniste des nouvelles idées. Beau parleur, exerçant un charme réel
sur les foules, il se fit envoyer par ses compatriotes comme député à
l’Assemblée législative et à la Convention. Adulateur de Robespierre,
il se tourna à temps contre lui et fut de ceux qui gagnèrent après le
9 thermidor une situation plus belle. Membre du Conseil des Anciens,
très influent dans les comités, il eut la malheureuse idée d’être hostile
par dépit aux membres du Directoire. Aussi le coup d’État du 18 fruc¬
tidor lui fut-il fatal et alla-t-il expier à la Guyane le crime d’avoir été
moins heureux que ses adversaires.
Son frère, Siméon-Stylite, prit une moins grande envergure. Ce
n’est pas qu’il n’ait été tout aussi ambitieux ; mais les événements ne
le servirent pas aussi bien. Il était vicaire général de l’évêque d’Apt
en 1789. Il embrassa avec non moins d’ardeur que son frère les principes
de la Révolution et sut se faire une place notable dans les assemblées
constituées avant l’annexion par les communautés du Comtat unies À
la ville d’Avignon. Son zèle déborda même sur les départements voi¬
sins; il devint vicaire de l'évêque constitutionnel du Gard et président
de l’administration du district de Nimes. Lorsque le département de
Vaucluse fut constitué (26 juin 1793), il fut tout naturellement porté
par les suffrages de ses compatriotes à l’évêché d’Avignon. Mais les
événements se précipitaient : même le clergé constitutionnel devenait
suspect. Le nouvel évêque s’empressa donc d’abdiquer (14 février 1794),
après quatre mois et huit jours d’épiscopat. Il obtint une compensa¬
tion avec le poste de vice-consul à Livourne. Il ne l'occupa guère et
fut obligé de rentrer à Avignon, où il eut, à son tour, la douleur de
se voir arrêter comme complice des agissements de son frère.
La perquisition que l’on opéra chez lui fit découvrir 116 lettres que
lui avait adressées le député au Conseil des Anciens depuis le 11 nivôse
an IV jusqu'au 28 thermidor an V. On espérait y trouver la preuve
des agissements contre-révolutionnaires des deux frères et de leurs
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BIBLIOGRAPHIE. 637
relations avec les royalistes. Une copie en fut donc adressée immé¬
diatement au Directoire exécutif.
Ce sont ces lettres que le D r Laval a eu l’excellente idée de publier,
en les annotant très copieusement. Mais ne fallait-il pas faire con¬
naître d’une façon précise les personnages mis en cause et leurs rela¬
tions avec les Rovère, ne fallait-il pas indiquer pour l’intelligence de
cette correspondance les événements auxquels il n’était fait que des
allusions plus ou moins rapides?
A vrai dire, la politique tient une place assez restreinte dans les
lettres du député Rovère. Ce qui l’intéresse davantage, ce sont ses
propres intérêts. Sur ce chapitre, il est intarissable, il multiplie les
recommandations, il est d’une minutie extrême : entretien de ses
domaines, acquisition de biens nationaux, accroissement de sa fortune,
telles sont ses principales préoccupations.
Il lui faut aussi apaiser les impatiences de son frère, qui s’est vu
déposséder successivement de son évêché et de son consulat. Il
entretient donc ses espérances, fait miroiter à ses yeux les avantages
matériels que la Révolution lui a déjà valus et ceux qu'elle va encore
lui procurer. L’ex-évéque a des scrupules pour se lancer dans telle
ou telle affaire : le député n'en a aucun et il s’efforce de persuader son
frère d'adopter une même ligne de conduite.
Les lettres qui ont fait l'objet de cette publication, surtout agré¬
mentées des notes du D r Laval, font apprécier aussi la situation du
département de Vaucluse; car c’était aussi un des soucis des deux
frères d’y maintenir leur crédit. Leur fortune politique dépendait trop
des sentiments des patriotes vauclusiens à leur égard. A ce titre donc,
cette correspondance est fort instructive.
Le D r Laval annonce que cette édition est la préface d’un ouvrage
important qu'il consacrera à Joseph-Stanislas Rovère. Nul n’est mieux
préparé que lui à l’écrire : il a amassé tant de documents sur ce per¬
sonnage et son entourage qu’il est en mesure de lui consacrer un
livre de très grand intérêt. On ne peut que souhaiter de le voir promp¬
tement se mettre à l’œuvre.
L.-H. Labande.
Saint-Valéry de la Ligue à fa Révolution (1589-1789), par
Adrien Huguet. Paris, Champion, 1909.2 vol. in-8°, flg. (Extrait
des Mémoires de la Société d’histoire et d'archéologie du
Vimeu.)
En un peu plus de douze cents pages, M. Huguet nous raconte l’his¬
toire de Saint-Valéry de 1589 à 1789. L'introduction nous mène aux
origines légendaires de la ville, qui est le pays natal de l’auteur; on
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638
BIBLIOGUPHIB.
ne le sent que trop. Ce Valericain fidèle nous entretient de Leucone,
Leuconaus , vieux nom que plusieurs ont cru grec (Xmièç vaO<), d’au¬
cuns celtique. Il figure pour la première fois dans un diplôme de
Dagobert, de 536, reconnu faux depuis la pénétrante étude de notre
confrère Clovis Brunei 1 . C’est une base fragile pour affirmer « l’ori¬
gine grecque indiscutable » de Saint-Valéry. Un mémoire, jadis
fameux, de M. André de Poilly est encore à lire, pour se convaincre
des écarts où l'imagination, — cette folle du logis, — peut conduire
un professeur de grec, qui prétend trouver, sans intermédiaire, des
vestiges de la langue d'Homère et de Thucydide dans le franc parler
des paysans picards*, mais il ne suffit pas à couvrir la partialité de
M. Huguet. Celui-ci résume d’ailleurs, — et avec beaucoup de charme,
— jusqu’au xvi e siècle, ce qu’ont écrit ses devanciers : Florentin Lefils,
Ernest Prarond, l’abbé Caron. L’histoire de Saint-Valéry au moyen
âge n’était pas à tenter. Les documents sont trop suspects. Une Vte
de saint Valéry, source jusqu’ici capitale, vient d’étre restituée, par
M. Bruno Krusch, à son inventeur, un moine du xi« siècle; M. Clovis
Brunei a établi qu’en présence des titres anciens de l'abbaye de Saint-
Valéry « toute présomption devra être pour leur imposture ».
Aussi M. Huguet agit-il sagement en commençant son livre en
4589. Dès lors, comme il s’appuie sur des documents incontestés, il
peut faire œuvre solide et, sur la plupart des points, définitive. Ses
sources sont, avant tout, les registres des délibérations de l'échevinage,
de 4594 à 4725, retrouvés récemment dans les combles de l’hôtel de
ville de Saint-Valéry, avec quelques liasses des comptes des Argen¬
tiers. Joignez-y des minutes de notaires, patiemment explorées, et
quelques actes tirés des archives d’anciennes familles valericaines :
on pressent tout ce que le livre de M. Huguet peut apporter de
nouveau pour l’histoire des mœurs et pour l’histoire économique de
la ville picarde. Mais, non content de dépouiller les archives locales,
l’auteur s’est rendu à Amiens, aux Archives départementales, puis à
Paris, où il s’est pleinement convaincu de tout ce que plusieurs
manuscrits de la Bibliothèque nationale et les séries B 1 * , B s , C 4 , C 5 ,
D J , F a des Archives nationales pouvaient fournir à l’histoire seigneu¬
riale et surtout à l’histoire maritime de sa ville.
A n’embrasser qu'une période de deux cents ans, le livre de
M. Huguet gagne en précision et en saveur. L’ouvrage capital d’Er-
1. Les Actes faux de T abbaye de Saint-Valéry, Moyen-Age, 2* série, t. XII
(mare-avril et mai-juin 1909).
2. Recherches sur une colonie massilienne établie dans le voisinage de
Tembouchure de la Somme (Mémoires de la Société d’émulation d’Abbeville,
1844-1848, p. 69-159).
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BIBLIOGRAPHIE.
639
nest Prarond, la Ligue à Abbeville, a servi l’auteur dans le récit
des sièges meurtriers qu’eut à subir la ville, prise et reprise vingt
fois par les catholiques et les protestants. Mais, dès 1594, il marche
sans guide, en la seule compagnie, comme il nous l’apprend, des
scribes ordinaires de l’échevinage, du greffier, du procureur fiscal et,
dans certaines occasions, du maïeur lui-même. Alors il ne dit que ce
qu’il sait pour l’avoir déchiffré sur un registre jauni ou sur une minute
authentique.
La première partie de l’ouvrage s’arrête à 1600. Les trois divisions
suivantes embrassent le xvn® et le xvin* siècle, une cinquième partie
est consacrée au commerce et à la marine.
Le livre se refuse à l’analyse; c’est plus une chronique qu’une his¬
toire. L’érudit trouvera à puiser dans ce recueil de faits, tous caracté¬
ristiques de la vie d’une ancienne ville de province, doublée d’un port
de commerce. Les curieux s’attarderont aux consciencieuses études,
bourrées d’extraits des registres de l’échevinage, sur les mœurs, usages
et coutumes. Un chapitre de la seconde partie, intitulé : le Parnasse
valericain , nous révèle, à Saint-Valéry, un mouvement littéraire
insoupçonné, dont le curé Jacques Leclercq (né en 1589) fut l’àme.
Par ces quelques points, le livre de M. Huguet atteint à l’histoire
générale; il y touche encore par sa cinquième et dernière partie.
L’histoire du port de Saint-Valéry toujours menacé d’ensablement et,
malgré tout, florissant, à cause de sa situation géographique, est exposée
avec précision. Les anciens quais se repeuplent et vivent sous nos
yeux. Nous entendons s’invectiver les « boutteurs et avaleurs de vin »
et les « paqueresses de harengs », corporations bruyantes qui incar¬
nèrent, aux xvi e et xvii° siècles, la vie commerciale et maritime de
Saint-Valéry. Grâce aux actes notariés, nous savons la dimension des
embarcations, leur prix de vente, les noms des capitaines. L’arrivée
à Abbeville, en 1665, de Josse van Robais, les innovations de Colbert
donnèrent au commerce valericain un nouvel essor. Au xvin* siècle,
la ville était à son apogée. Elle jouissait, avec Calais, du monopole
pour la réception des draps anglais. Par des documents officiels, aussi
bien que par de nombreux extraits de correspondances privées,
M. Iluguet nous fait apprécier dans toute son étendue le trafic qui
reliait alors Saint-Valéry aux grandes villes maritimes du continent.
Cette gloire est morte. Malgré les efforts tentés par Napoléon I er et
Louis-Philippe pour rendre à Saint-Valéry sa prospérité ancienne, le
port s’ensable de plus en plus; délaissée par le flot, la vieille ville,
cependant, reste belle, surtout au crépuscule, lorsqu’elle se découpe
sur le ciel. « Il semble, dit l’auteur, quelle veuille se détacher des
agitations du présent pour se réfugier dédaigneusement dans l’ombre
du passé et dans l’orgueil de ses souvenirs. »
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640
BIBLIOGRAPHIE.
Car, il faut l’ajouter, M. Huguet, comme Ernest Prarond, son
illustre compatriote, allie, à l’érudition, la poésie 4 . Son livre a le
mérité et le charme de contenir de belles pages et d’étre écrit tout
entier dans un style impeccable et attrayant, qui fait vite oublier
l'épaisseur, au premier abord inquiétante, de ses deux volumes.
Marcel Godet.
Fouilles de Vésone : compte-rendu de 1908 [parM. Ch. Durand].
Périgueux, Joucla, 1910. In-8°, 31 pages, avec 4 plans et
11 planches tirées à la phototypie (non mis dans le commerce).
On trouvera consignés dans ce mémoire les résultats acquis pen¬
dant la troisième campagne des fouilles opérées, grâce à l'initiative
éclairée de la municipalité de Périgueux, sur l'emplacement de l’an¬
tique Vésone. Ces résultats ne le cèdent en rien, pour le nombre et
pour l’importance, à ceux qui ont été obtenus au cours des deux
années précédentes et dont nous avons rendu compte ici même 1 2 . Les
fouilles de 1908 ont consisté en : 1° recherches exécutées aux abords
de la Tour de Vésone, et qui ont permis de reconnaître le dispositif
encore ignoré des entrées du temple ; 2° explorations faites dans une
partie et dans deux tours du mur de l’enceinte gallo-romaine de la
Cité, mur construit en hâte, pour se garder de la furie des invasions,
avec les matériaux du grand appareil provenant de la ville romaine,
notamment des monuments funéraires qui s’y retrouvent en abon¬
dance, et dont, par suite, la composition est le meilleur témoin
de l’histoire épigraphique et monumentale de Vésone; 3° recherches
exécutées dans les jardins situés au sud de la Tour de Vésone et qui
ont amené la découverte de l'impluvium d’un atrium , c’est-à-dire
de la partie centrale d’une maison romaine, dont les substructions
ont été recherchées et partiellement mises au jour. Ces fouilles ont
permis de recueillir un certain nombre de monuments et objets
d’importance, entre autres quatre cippes, une pierre tombale, plu¬
sieurs fragments d’inscriptions, une émeraude gravée, des mon¬
naies, plusieurs marbres, des débris d’ouvrages de poterie fine et com¬
mune. Les travaux, dirigés avec une méthode irréprochable par le très
distingué adjoint au maire M. Durand, ont été retracés par lui dans
un compte-rendu substantiel, imprimé avec luxe et enrichi d’illustra¬
tions exactes et bien venues, dans le texte et hors texte, qui sont
également son œuvre. Cette publication honore autant son auteur
1. Adrien Huguet, Sous les saules , avec une lettre-préface d’Auguste Dor-
chain. Saint-Valeiy-sur-Somme, 1909, in-12.
2. Voir pour 1906, t. LXVHI (1907), p. 376-377; pour 1907, t. LXIX (1908),
p. 702-703.
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BIBLIOGRAPHIE.
641
que la ville de Périgueux. Elle incline à faire souhaiter de voir
entreprendre ailleurs des investigations aussi heureusement conçues,
exécutées avec autant de suite, aussi clairement exposées.
R. VlLLEPELET.
P. Gaucklbr, ancien directeur des antiquités et arts de la Tunisie.
Rapport sur des inscriptions latines découvertes en Tunisie
de 1900 à 1905. Paris, Impr. nationale, 1907. In-8°, 311 pages.
(Nouvelles archives des missions scientifiques et littéraires ,
t. XV, fasc. 4.)
Au fond du golfe de Bougrara se trouve la ville du même nom, l’an¬
cienne Gigthi. Déjà, en 1885, M. S. Reinach et notre confrère M. Ern.
Babelon avaient exploré les ruines de cette cité. Dans les fouilles
nouvelles qu’il a entreprises, M. Gauckler a dégagé toute la partie
centrale de la ville antique avec les monuments publics. Parmi les
inscriptions honorifiques découvertes dans le Forum, il en est une
vraiment curieuse : c’est un fragment très mutilé d’un texte bilingue,
latin et néo-punique. C’est le seul exemple d'un document officiel de
l’époque romaine rédigé non seulement dans la langue des vainqueurs,
mais encore dans la langue des vaincus. Ainsi donc, à la fin du
H* siècle de notre ère, alors que Gigthi était déjà constituée en muni-
cipe, la langue punique était encore employée conjointement avec le
latin pour des documents officiels. Il semble qu’il en était de même
dans toute la région des Syrtes. Le temple de Mercure, situé hors
ville, a une ornementation très soignée. Les chapiteaux du portique
présentent des festons de c&bles et des nœuds de cordages. Le temple
renferme un certain nombre d’inscriptions intéressant le sanctuaire.
A El-Djem, l'ancienne Thysdrus, a été trouvée une dédicace à la
Lune, datée du règne d'Auguste. C'est l’un des plus anciens textes
épigraphiques de l’époque romaine que l’on ait encore découvert en
Afrique. Dans une autre inscription existant au même endroit, le
titre peu usité de felix imperator donné à Maximien nous étonne au
premier abord. Mais ceci ne doit pas nous surprendre si nous remar¬
quons que cette inscription a dû être dédiée à l’empereur Maximien à
la suite de ses victoires contre les nomades révoltés des Syrtes*.
L’tmperafor triomphant traversa alors Thysdrus pour rentrer en
Italie.
Dans un certain nombre de monuments du moyen âge, et notam¬
ment au château de Coucy, nous trouvons des marques de tâcherons.
Il y en a également sur les pierres de taille employées à la construc¬
tion des piles du pont d’El-Bathan, à Tebourba. Les pierres du para-
1. Cf. Cagnat, l’Armée romaine d’Afrique, p. 61.
1910 41
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642
BIBLIOGRAPHIE.
pet et du tablier, qui out été refaits à l’époque arabe, ne présentent
aucune marque semblable.
A Oued-Ramel, dans les fouilles de la basilique chrétienne de
Sainte-Marie du Zit, le motif central du pavement d’une chapelle
annexe représente un chantier de construction en pleine activité,
peut-être celui de la basilique elle-même, « avec le surveillant, ou
l’architecte, donnant ses ordres, un charpentier creusant une mortaise
dans un madrier, un manœuvre versant l’eau d’une amphore, qu'il
porte sur l'épaule gauche, dans une auge où un maçon gâche du mor¬
tier; un charretier maintenant immobiles les deux chevaux d’une
araba à deux roues, de laquelle un portefaix décharge une colonne ».
En défonçant le sol pour planter de la vigne dans le domaine de
Bordj-el-Ioudi (anciennement Furni), l'on a découvert, en 1898, les
restes d’un mausolée chrétien. Peu après, l’on a trouvé des mosaïques
qui paraissent composer le pavement d’une basilique. Citons notam¬
ment la mosaïque de Jonas, le tombeau de l’archiàtre (médecin public
rétribué par une municipalité) Cottinus, des tombeaux d’enfants. Ces
enfants sont qualifiés innox. Si l’on a attribué parfois l'épithète d’in-
nocens à des adultes, très souvent, au contraire, innocens sert à
désigner un enfant.
L’un des résultats les plus heureux obtenus par M. Gauckler a été
la découverte de la basilique d’Henchir-Chegarnia (autrefois Uppenna).
Cette église fut bâtie, avant l’invasion vandale, pour honorer la
mémoire de martyrs locaux victimes des persécutions païennes et
pour abriter leurs reliques. Elle se composait d’une construction rec¬
tangulaire à une nef et deux bas-côtés; au fond de la nef s’ouvrait
une abside en cul-de-four; en face, du côté de l’entrée, juste dans
l’axe central, une absidiole, moitié moins grande. Dans le pavement
se trouvent encastrées les tombes des évêques Baleriolus et Honorius.
L'on voit aussi une mosaïque indiquant les noms des martyrs.
Avec l’aide d’un étranger ami de l’archéologie et de la France,
M. Jensen, Danois, qui lui fournit généreusement les capitaux,
M. Gauckler a pu faire creuser le sol à une profondeur assez grande
pour retrouver les ruines du théâtre de Carthage. Au point de vue
artistique et architectural, les fouilles ont été très fécondes. Parmi les
nombreuses statues trouvées, il convient de citer surtout une statue
colossale d’Apollon debout près d’un trépied. Au point de vue épigra¬
phique, la récolte a été moins heureuse, les inscriptions relatives au
monument lui-même étant, sauf une seule, réduites en miettes. Ce
théâtre a peut-être été construit au début du II e siècle de notre ère,
sous le règne d'Hadrien. Il subsista jusqu’en 439, date de l’invasion
des Vandales qui le détruisirent.
L'emplacement du théâtre demeura longtemps à l’état de terrain
vague où les habitants des quartiers voisins venaient jeter leur vais-
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BIBLIOGRAPHIE. 643
selle. M. Gauckler a retrouvé en cet endroit un millier de lampes
d’argile.
Lorsque Scipion s’empara de Carthage, il fit démolir l’arsenal
punique. Deux dépôts de projectiles ayant, selon toute apparence,
appartenu à cet arsenal, se trouvent à Carthage. Tous deux renfer¬
maient en abondance, recouverts par deux ou trois mètres de terres
rapportées et de décombres, des boulets de pierre sphériques, grossiè¬
rement façonnés. Dans le second se trouvaient aussi d'énormes amas
de balles de fronde en terre cuite. Ces projectiles sont certainement
puniques, car sur plusieurs d’entre eux est gravée une lettre apparte¬
nant aux alphabets punique ou néo-punique, usités à Carthage au
il* siècle avant notre ère.
A l’entrée méridionale de la nécropole de Dermech ont été décou¬
vertes des anses d’amphores qui portent des marques de potiers
puniques. D’autre part, sur la colline de l’Odéon, l’on a trouvé des
anses d’amphores rhodiennes.
En somme, de la lecture du rapport de M. Gauckler l’on tire cette
conclusion que les années de son séjour en Afrique ont été très fruc¬
tueuses à tous les points de vue. Non seulement il a trouvé beaucoup
d’inscriptions et reconstitué le plan de plusieurs forums, thermes et
basiliques, mais encore il a découvert l'emplacement de l’Odéon de
Carthage et surtout du théâtre de cette ville, de ce théâtre sans cesse
cité par Tertullien, saint Cyprien et saint Augustin.
Georges Lardé.
C.-M. Briquet. Les Filigranes . Dictionnaire historique des
marques du papier, dès leur apparition vers 1282 jusqu’en
1600, avec 39 figures dans le texte et 16,112 fac-similés de fili¬
granes. Genève; Paris, Alphonse Picard et fils, 1907. 4 vol.
gr. in-4°, 836 p.
On a beaucoup discuté l’utilité pratique des travaux consacrés aux
filigranes : dans quelle mesure ces marques peuvent-elles nous ren¬
seigner sur l’origine d’un papier, sur l’âge d'un manuscrit, sur le pays
ou la localité où une page à été écrite? Autant de questions dont la
solution est le plus souvent douteuse. Malgré tout, on est d'accord, en
principe, sur l’intérét de cette étude, et nous devons grandement nous
féliciter d’avoir aujourd'hui entre nos mains l’imposant ouvrage que
lui a consacré, il y a plus de deux ans, un homme dont la compétence
technique est hors de pair.
Il est certain qu’en pareille matière l’autorité de M. Briquet prime
toutes les autres ; voilà de longues années qu'il s’est mis au premier
rang, parmi ceux qui étudient l'histoire du papier, par ses Recherches
sur les premiers papiers employés en Orient et en Occident
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BIBLIOGRAPHIE.
644
du X* au XIV• siècle et par une série de monographies consacrées
aux filigranes. Les procédés adoptés par lui dans ses dépouillements,
les méthodes qu'il a suivies, lui ont assuré la confiance de tous les
érudits ; son grand ouvrage, né de l'activité à laquelle il a sacrifié sa
vue, se place sans contestation en tète de tous les travaux similaires.
Aucun de ses devanciers ou de ses émules n’a poussé aussi loin ses
investigations ; certes, l’excellente monographie du professeur Charles
Schmidt sur les papiers employés à Strasbourg de 1343 à 1525 con¬
serve tout son intérêt, et l’estime du monde savant reste acquise à
d’autres mémoires relatifs aux filigranes; il suffira de rappeler ici les
travaux importants de M. de Likhatchev. Mais en pareille matière
personne, en ce moment, ne saurait rivaliser avec un auteur qui nous
apporte 16,112 fac-similés de filigranes, représentant d'immenses
recherches, poursuivies avec une rigueur admirable dans la plus
grande partie de l’Europe. C’est avec la conscience la plus scrupuleuse
qu'il a parcouru et dépouillé, pendant de longues années, les biblio¬
thèques et les dépôts d'archives de l’Italie, de la France, de l'Allemagne,
de l’Autriche-Hongrie, de la Belgique et des Pays-Bas, et s'il n’est pas
encore arrivé, après tant de recherches, à des conclusions définitives,
du moins nous apporte-t-il un recueil aussi complet que possible.
Chacun des volumes dont se compose son grand ouvrage comprend,
dans sa première partie, la description des filigranes, classés par
ordre alphabétique suivant les noms des objets qui s'y trouvent repré¬
sentés et accompagnés des indications d’origine et des mentions
bibliographiques. Puis viennent, dans une nouvelle série, et sous les
mêmes numéros d'ordre, les dessins eux-mèmes. Chaque type figure
à sa place, avec ses variantes, la plupart du temps très nombreuses.
On conçoit l'intérêt avec lequel un pareil recueil sera consulté par
tous ceux qui étudient les papiers des anciens manuscrits et des incu¬
nables.
Est-ce à dire que nous allons arriver, au sujet des filigranes, à des
conclusions fermes? Dans beaucoup de cas, les doutes subsisteront,
ainsi que l'ont justement observé les auteurs du catalogue des incu¬
nables conservés au British Muséum (Impartie, Londres, 1908; introduc¬
tion, p. xv), ce qui ne les a pas empêchés de dire combien ils regrettaient
de n'avoir pas eu à leur disposition l’œuvre de M. Briquet. 11 faut
bien reconnaître que beaucoup de filigranes ont été longtemps en
usage, que les mêmes papiers ont pu être vendus et exportés dans
des pays divers ou conservés pendant de nombreuses années en
attendant d'être utilisés. On sait aussi qu'il n'est pas rare de rencontrer
dans un même volume plusieurs marques de fabrique. L’histoire du
papier n’est pas encore faite, et les conclusions pratiques que nous
pourrons un jour en tirer sont réservées à nos successeurs; mais dès
maintenant il reste acquis que dans des cas particuliers certaines
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BIBLIOGRAPHIE.
645
marques parvenues jusqu'à nous ne peuvent pas être antérieures à une
époque, et il nous semble qu’en attendant mieux ce résultat est fort
important. Quoi qu'il en soit des progrès et des constatations nou¬
velles que l'avenir doit nous apporter, on peut affirmer qu’une étude
scientifique e9t bien avancée, quand les textes qui la concernent ont
été recueillis avec un soin et une méthode irréprochables. Le grand
ouvrage de M. Briquet restera pour les érudits un modèle excellent,
un instrument de travail indispensable.
Élie Berger.
Bibliothèque na.tiona.le. Bulletin mensuel des récentes publi¬
cations françaises. Nouvelle série : année 1909. Paris,
H. Champion. In-8°, xii, 1150, xxxvi et xliv pages.
On sait que, depuis le mois de janvier 4909, le Bulletin mensuel
des récentes publications françaises reçues par la Bibliothèque natio¬
nale a subi d'importantes modifications. Jusqu'alors, les ouvrages nou¬
vellement entrés étaient signalés dans l’ordre alphabétique des noms
d’auteurs ou des titres anonymes ; et comme le classement alphabé¬
tique recommençait avec chaque numéro mensuel, cette disposition
rendait les recherches fort longues. La principale utilité de ce Bulle¬
tin était de permettre au service du catalogue de la Bibliothèque
nationale d'utiliser les titres imprimés en les découpant et en les col¬
lant sur fiches, en plusieurs exemplaires, pour constituer les réper¬
toires généraux par noms d'auteurs et par mots typiques de matières
qui sont à la disposition du public dans la salle de travail. Mais, hors
de la Bibliothèque, pour les chercheurs qui le consultaient, le Bulle-
fin était incommode et d'une utilité très restreinte.
Désormais, dans chaque numéro mensuel, au classement alphabé¬
tique est substitué le classement méthodique des notices, qui rap¬
proche les ouvrages traitant de sujets identiques ou connexes. De la
sorte, les lecteurs ont à leur disposition, outre les deux répertoires
précités, où l’on continue à insérer comme précédemment les notices
découpées dans le Bulletin, un répertoire systématique qui leur
signale tous les mois les nouveaux ouvrages acquis par la Bibliothèque
nationale dans la spécialité qui les intéresse.
En outre, une numérotation unique, se continuant d’un fascicule
mensuel à l'autre, a été donnée à toutes les notices d’une même année ;
ce qui a permis de compléter les douze fascicules parus en 1909 par
deux tables générales alphabétiques, renvoyant au numéro d'ordre de
chaque ouvrage : 1° une table des noms d'auteurs, éditeurs et traduc¬
teurs ; 2° une table des mots de matières qui caractérisent les sujets
traités dans chacun des ouvrages annoncés.
Cette double innovation, la seconde surtout, donne au volume
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646
BIBLIOGBAPBIE.
annuel constitué par la réunion des douze fascicules du Bulletin une
utilité permanente, non seulement pour les lecteurs qui vont travail¬
ler à la Bibliothèque nationale, mais pour quiconque, hors de la
Bibliothèque, veut faire une recherche bibliographique. Si l’on observe
en effet que les ouvrages français annoncés par chaque numéro du
Bulletin comprennent : 1° tout ce qui a quelque importance parmi
les ouvrages provenant du Dépôt légal qui sont entrés à la Biblio¬
thèque nationale pendant le mois précédent; 2° les achats, les dons
des particuliers et des éditeurs, les envois faits par les ministères, les
établissements publics et les grandes institutions scientifiques, les
thèses provenant des échanges universitaires (dons et envois qui
comblent ou réduisent très sensiblement les lacunes que présente le
fonctionnement actuel du Dépôt légal), on devra reconnaître que la
liste raisonnée des ouvrages signalés par le nouveau Bulletin de la
Bibliothèque nationale (il y en a 11,812 pour 1909) constitue une véri¬
table bibliographie annuelle de la production typographique de la
France, et qu'il complète ou corrige heureusement les répertoires com¬
merciaux, tels que la Bibliographie de la France, le Mémorial de
la librairie française , auxquels il est incontestablement supérieur,
non seulement par l'exactitude de la rédaction et la rigueur des clas¬
sements, mais aussi par l’abondance des renseignements. Il convient
d’ajouter qu’un double supplément, placé à la fin du volume, avec
pagination distincte, signale, d’une part les livres anciens entrés à la
Bibliothèque pendant l’année 1909 par voie d’achat ou par don, d’autre
part les cartes et plans acquis pendant la même période.
Le cadre de classement méthodique adopté dans le Bulletin a été
inspiré dans ses grandes lignes par le vieux cadre bibliographique sui¬
vant lequel les volumes sont répartis dans les collections de la Biblio¬
thèque et dont les principales divisions sont représentées par une série
de lettres d'inventaire allant de A à Z. Toutefois, dans certaines
lettres (L, M, O, P, T), beaucoup de sous-classements qui devenaient
inutiles, vu le petit nombre d’ouvrages annoncés dans chaque série par
les numéros mensuels, ont été supprimés; et inversement, on a sup¬
pléé par la création de rubriques nouvelles à l’excessive simplification
qui rapprochait dans certaines lettres (S, V) des matières très diverses.
A vrai dire, il serait facile de relever dans ce cadre systématique
certaines lacunes ou certaines inconséquences ; et bien des lecteurs
pourront s’étonner d’avoir à chercher les ouvrages de droit canonique
sous la rubrique : Littérature et histoire religieuses, ou de trouver les
livres sur l’alimentation dans les Sciences médicales près des livres d’hy¬
giène, tandis que les livres de cuisine sont sous la rubrique : Sciences,
commerce, industrie, dans la section : Divers, à côté des ouvrages sur
le costume, l’écriture, les jeux et les sports. Mais les imperfections
de ce cadre, qui d’ailleurs peuvent aisément être corrigées par des
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BIBLIOGRAPHIE.
647
retouches ultérieures, sont en fait de peu d’importance; car, à partir
du numéro de février 1909, un sommaire alphabétique des principales
matières représentées dans le fascicule, avec renvoi aux numéros des
ouvrages correspondants, évite au lecteur toute hésitation ; et à la fin
du volume une table générale alphabétique par mots typiques, très
développée (116 pages sur 2 colonnes), très bien faite, présente sous
la forme la plus claire et la plus rapide les renseignements les plus
abondants qu'on puisse désirer.
Il faut donc féliciter de ces notables améliorations l’administration
supérieure de la Bibliothèque nationale et les divers fonctionnaires
de cet établissement à qui est spécialement confiée la rédaction de ce
Bulletin , notamment notre confrère M. A. Vidier, qui a écrit la pré¬
face du volume et qui. dans la nouvelle organisation de ce service,
a déployé une si intelligente activité.
Ch. Mortet.
Léopold Delisle. Instructions élémentaires et techniques pour
la mise et le maintien en ordre des livres d’une bibliothèque ,
4 e édition. Paris, H. Champion, [1910]. In-8°, 94 pages.
— Instructions pour la rédaction d’un catalogue de manus¬
crits et pour la rédaction d'un inventaire des incunables
conservés dans les bibliothèques publiques de France. Paris,
H. Champion, [1910]. In-8°, vm-98 pages.
Ces deux petits volumes, qui ont paru à peu de mois de distance
par les soins de M. H. Champion, l’un quelques semaines avant,
l’autre quelques semaines après la mort du savant qui laisse un si
grand vide dans la science française, seront particulièrement utiles
aux bibliographes et aux bibliothécaires. L’un et l’autre sont des
modèles de précision et de clarté, tels qu’on les pouvait attendre de
leur auteur. Les Instructions pour la mise et le maintien en ordre
des livres d’une bibliothèque avaient été publiées en 1890; cette
quatrième édition témoigne du succès de ce véritable vade-mecum
du bibliothécaire.
Les Instructions pour la rédaction d’un catalogue de manus¬
crits étaient pour ainsi dire inédites. Elles datent de 1884 et avaient
été imprimées en épreuves, tirées seulement à quelques exemplaires
pour les membres de la Commission supérieure des bibliothèques, lors
de la reprise de la publication du Catalogue général des manuscrits
des bibliothèques des départements, sous la direction de notre regretté
confrère Ulysse Robert. Elles sont suivies de la réimpression des
Instructions pour la rédaction d'un inventaire des incunables ,
publiées par M. L. Delisle en 1886, dans le tome III de la nouvelle
série du Cabinet historique, et qui ont servi de modèle pour la rédac-
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648
BIBLI0G1APHIB.
tion du Catalogue général des incunables, entrepris par la regrettée
M u » Marie Pellechet.
H. O.
G. Lavalley. Catalogue des ouvrages normands de la biblio¬
thèque municipale de Caen. I : la Normandie considérée
dans son ensemble. Caen, Jouan, 1910. In-8°, 612 pages. Prix :
20 fr.
Il n’existe pour la Normandie d’autre répertoire bibliographique que
le Manuel du bibliographe normand d’Édouard Frère (Rouen,
1858-1860, 2 vol. in-8°), excellent, mais qui pourrait être révisé, com¬
plété et qu'il serait nécessaire de mettre à jour 4 . L’entreprise est
lourde; elle n’aurait, sans doute, chance d’aboutir que par le travail
concerté de divers collaborateurs. Du moins, des catalogues comme
celui dont le laborieux bibliothécaire de la ville de Caen vient de
publier le premier tome la préparent, et, dans une certaine mesure,
y suppléent. M. Lavalley, dans son Catalogue, qui comprendra trois
volumes, s'est assigné pour but d’indiquer « les ouvrages ou docu¬
ments relatifs à la Normandie, que leurs auteurs appartiennent ou
non, par leur naissance », à l'ancienne province. En fait, à côté des
livres et brochures imprimés relatifs à la Normandie, M. Lavalley
décrit des peintures, dessins, gravures, etc., et même certains textes
manuscrits 1 2 3 conservés à la bibliothèque municipale de Caen. Plütôt
qu’un catalogue, le répertoire qu'a conçu M. Lavalley est un inven¬
taire de tout ce que la bibliothèque de Caen renferme de normand.
On ne saurait s’en plaindre, assurément; le principal est d’étre guidé
à travers ces « richesses ». Pour ce faire, M. Lavalley a pris un moyen
parti entre le classement des articles par ordre alphabétique des auteurs
et leur répartition méthodique : il « s’est constamment préoccupé
d’introduire le plus possible l'ordre alphabétique dans l’ordre métho¬
dique ». C’est le système du mot type. Toute monographie est placée
dans le Catalogue à la lettre initiale du mot significatif de son titre.
Mais les ouvrages que leur caractère commande de rapprocher ne
sont pas disposés au hasard de l’alphabet : sous la rubrique Histoire,
par exemple, se trouvent groupés, par période chronologique, les
livres, recueils, brochures, etc., intéressant chacune des phases de
l’histoire de Normandie. De nombreux renvois et des tables remédient
à ce qu’un tel système présente forcément de subjectif. Une table
1. L’édition de YAthenx Normannorum du P. Martin, annoté et corrigé par
MM. V. Bourrienne et T. Genty, est malheureusement suspendue depuis 1905.
2. Textes manuscrits entrés à la bibliothèque postérieurement à la rédaction
du Catalogue des manuscrits de la bibliothèque municipale de Caen, par
M. Lavalley (Caen, 1880, in-8*).
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BIBLIOGRAPHIE.
649
générale complétera les 3 volumes, consacrés, le premier à la Nor¬
mandie considérée dans son ensemble, le second à la Normandie
divisée en départements, et le troisième à Caen. — Mais, ce qui fait
l’intérêt particulier des descriptions bibliographiques établies par
M. Lavalley, c’est qu’il y a joint fréquemment des remarques cri¬
tiques. Beaucoup apportent d'utiles compléments ou des corrections
aux dictionnaires de biographie normande de Th. Lebreton et de
N. Oursel. Les 100 pages relatives aux journaux et revues cons¬
tituent le premier et sérieux essai d'une histoire de la presse en Basse-
Normandie.
R. N. Sauvage.
Oarlo Frati, A. Sbgarizzi. Catalogo dei codici marciani ita-
liani, a cura délia direzione délia R. Biblioteca nazionale
di S. Marco in Venezia. Volume primo (Fondo antico. —
Classi I, II e III). Modena, 1909. Gr. in-8°, xii-381 pages.
Ce volume se compose de deux parties distinctes. Dans la première,
on trouvera la description détaillée des quatre-vingt-six manuscrits
italiens du Fondo antico, catalogués déjà au xviii* siècle par Anton-
maria Zanetti ; la seconde est consacrée aux trois premières sections
de la vaste série dite Appendice.
Si les manuscrits du Fondo antico sont relativement peu nom¬
breux, ils forment un ensemble de tout premier ordre pour l'histoire
littéraire de Tltalie. Dante et plusieurs de ses commentateurs, Bru-
netto Latini, Cecco d'Ascoli, Giovanni Villani, Pétrarque, Boccace,
Leonardo Bruni y sont plus ou moins largement représentés, le plus
souvent par des exemplaires de choix. C’est dans ce vieux fonds éga¬
lement que se trouve (n° 65) le manuscrit autographe du Pastor fido
de Guarini.
Constitué par les apports successifs qui, depuis plus d’un siècle,
sont venus enrichir la Marcienne, l 'Appendice est, par le nombre et
la variété des manuscrits qu'il renferme, beaucoup plus considérable
que le Fondo antico. Il est divisé en neuf classes ou sections, dont
les trois premières seules ont trouvé place dans le présent volume. Ce
sont les suivantes : Bible et auteurs ecclésiastiques (106 manuscrits) ;
Jurisprudence et philosophie (173 manuscrits) ; Médecine et his¬
toire naturelle (56 manuscrits).
Les « testi di lingua > (anciennes traductions des diverses parties
de l’Ancien et du Nouveau Testament et des Pères, Fioretti, etc.)
sont assez nombreux dans la première de ces trois classes. Dans la
seconde, on remarquera, à côté de divers statuts municipaux et
autres, des traductions d’Aristote, de Cicéron, de Sénèque, de Boèce ;
je signalerai également des copies du Prince de Machiavel et des
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650
BIBLIOGRAPHIE.
Ricordi e Avvertimenti de Guichardin, plusieurs exemplaires du
Fior di Virtù, un exemplaire du Cortigiano de Castiglione. Enfin,
dans la troisième, où nous relevons les noms de Michèle Savonarola,
d’Hippocrate, d’Aldobrandino de Sienne, de Guy de Chauliac, ont été
réunis un assez grand nombre de traités de chirurgie, d’alchimie, de
fauconnerie, d’hippiatrique.
Les notices, rédigées sur un plan uniforme, sont très soignées. A
la suite d’un certain nombre d’entre elles on trouvera, indépendam¬
ment des références indiquées au courant de la description même du
volume, des renseignements bibliographiques plus ou moins abon-
é dants. Ces bibliographies, qui supposent des recherches très étendues
et que les auteurs du catalogue considèrent à juste titre comme les
« états de service » des manuscrits auxquels elles se rapportent, sont
appelées à rendre de réels services. Quelques-unes sont très fournies;
je citerai, par exemple, celle qui suit la notice du manuscrit 13 de
l’ancien fonds. Ce manuscrit, précieux recueil de textes littéraires en
vers et en prose, a fait l’objet de nombreuses publications, depuis les
Documents inédits pour servir à l’histoire littéraire de l’Italie,
de Frédéric Ozanam, jusqu’à la Crestomazia italiana dei primi
secoli, de M. Monaci. On ne pourra que savoir très bon gré à
MM. Frati et Segarizzi de s'être donné la peine de dresser, en une
vingtaine de lignes en petit texte, la liste de ces différents travaux.
Plus considérable encore est la bibliographie qui accompagne l’his¬
toire de l’empire des Mongols, de Nicolao Manucci, qui forme le
numéro 44 du même fonds. Les divers travaux parus, principalement
dans ces derniers temps, sur les manuscrits dantesques de la Mar-
cienne, et parmi lesquels je rappelerai ceux de M. A. Fiammazzo, ont
fourni aussi la matière d’appendices bibliographiques relativement
importants.
Trois index, — index des auteurs et des matières, index des copistes,
possesseurs, etc., des manuscrits, index chronologique des manuscrits
datés, — terminent de la manière la plus utile ce premier volume, qui
fait augurer très favorablement des six ou sept autres qui devront
suivre. Souhaitons le prompt achèvement de cette excellente publica¬
tion, qui vient combler une grave lacune.
L. Auvray.
Tra.cta.tus Fr. Thomae , vulgo dicti de Eccleston , de Adventu
Fratrum Minorum in Angliam , edidit A. G. Little. Paris,
Fischbacher, 1909. In-8°, xxix-227 pages. (Collection d’études et
de documents sur l’histoire religieuse et littéraire du moyen âge,
t. VII.)
Le Tractatus de Adventu Fratrum Minorum in Angliam a été
composé au milieu du xm® siècle par frère Thomas, pour servir d'édi-
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BIBLIOGRAPHIE.
651
fication aux Frères Mineurs. Cette chronique, assez informe, mais
exacte, donne des renseignements précieux sur la fondation des mai¬
sons de l’Ordre en Angleterre. Elle a été publiée déjà plusieurs fois :
par J.-S. Brewer, dans les Monumenta Franciscana (Rolls Sériés),
par les éditeurs des Analecta Franciscana et partiellement par R.
Howlett et par le D r Liebermann. La présente édition est due à
M. A. G. Little, dont on connaît les excellentes études sur les écoles
et les bibliothèques franciscaines*. Elle se distingue et par une amé¬
lioration sensible du texte et par un appareil critique qui ne laisse
rien à désirer. M. Little s’est servi le premier du ms. 3H9 de sir Tho¬
mas Phillipps à Cheltenham, qui avait été signalé à l'attention des
érudits par le P. Denifle. Il a accompagné le texte d’un savant com¬
mentaire et l’a fait suivre d’un Appendice, où l’on trouvera un certain
nombre de documents inédits et une liste des custodies et des cou¬
vents de la province d'Angleterre, avec les dates approximatives de
leur fondation.
Ch. Petit-Dutaillis.
Eugène Déprbz. Étude de diplomatique anglaise , de l’avène¬
ment d’Édouard I tT à celui de Henri VII. Le sceau privé,
le sceau secret, le signet. Paris, Champion, 1908. In-16,
127 pages.
Les actes expédiés par la chancellerie des rois d’Angleterre, tels
que les lettres patentes et les lettres closes, ont fait déjà l’objet d’études
diplomatiques. Les rôles où on avait soin de les enregistrer ont été
publiés ou catalogués en partie. Mais les ordres écrits, envoyés par le
roi, qui avaieut pour effet la rédaction des susdits actes, sont aussi
dignes d’attirer l’attention; ce sont eux qui forment le sujet de la bro¬
chure publiée en 1908 par M. Déprez. Nous ne pouvons résumer ici
l’examen de détail qu’il a fait de la forme de ces brefs royaux. Mais
il convient de signaler que M. Déprez a travaillé sur des documents
inédits, et qu’il a extrait de l’abondante série des Privy Seals
(Record Office) quatre-vingt-onze lettres de sceau privé et lettres
secrètes qu’il édite in extenso, pour illustrer les principes de diplo¬
matique qu’il établit. Les diplomatistes feront leur profit de ce livre,
et aussi les historiens. Quelques-uns des actes édités fournissent d’im-
0
portantes informations; par exemple le bref d’Edouard I er invitant
le chancelier et le trésorier à faire quérir immédiatement l’évêque
de Norwich, à le « prier qu’il vueille estre de nostre Conseil deci
en avant » et à lui faire prêter le serment d’usage (n° 3); les deux
9
brefs d’Edouard II, prenant ses précautions contre les menées de
1. The grey friors in Oxford. Oxford, Hist. Soc., 1892.
i
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BIBLIOGRAPHIE.
652
sa femme Isabelle (n°* 7 et 55), la lettre d’Édouard III à son féal
chevalier Nicolas de Tamworth, lui mandant de se rendre dans les
comtés de Bourgogne, de Nevers et de Rethel, pour délivrer ces
pays des Grandes Compagnies (n° 35). L'histoire générale utilisera
également des notions nouvelles sur le progrès et le déclin de la
langue française dans les actes royaux, sur les erreurs que les dates
des actes peuvent faire commettre aux érudits qui dressent les iti¬
néraires des rois, enfin sur l’organisation de la chancellerie; c’est
ainsi que le caractère négligent d’Édouard II semble se marquer
dans l’expédition des brefs, qui sont parfois scellés avec le sceau
d’une personne de l'entourage royal. En somme, livre riche de ren¬
seignements neufs et précis.
Ch. Petit-Dutaillis.
Un atlas inconnu de la dernière expédition de Drake, vues
prises de son bord, par M. Ch. de La Roncière. Paris, Impr.
nationale, 1909. In-8°, 11 pages, 17phototypies. (Extrait du Bul¬
le tin de géographie historique et descriptive , n° 3, 1909.)
Parmi les manuscrits anglais de la Bibliothèque nationale se trouve
un atlas de cartes marines provenant du fonds Gaignières que M. de
La Roncière vient très heureusement d'identifier. Il s'agit des profils
côtiers levés par un dessinateur à bord du vaisseau même de Drake',
pendant sa dernière expédition en 1595-1596 : Canaries, Antilles,
Curaçao, isthme de Panama. Jusqu'ici on savait que Francis Drake
avait emmené à plusieurs reprises des dessinateurs de talent chargés
de prendre l'aspect des côtes avec leur coloris, mais aucun de ces
croquis, pris au cours du voyage de circumnavigation, de 1577 à 1580,
ou dans les autres expéditions, n'avait été retrouvé.
La découverte de M. de La Roncière est d’autant plus intéressante
qu’elle précise la date et les circonstances de la mort du grand navi¬
gateur. L'artiste, en effet, venait d’achever, à bord de la Défiance ,
le 28 janvier 1596, le croquis de Puerto Bello, vis-à-vis de l'ilot de
Buena Ventura, à six lieues en mer, quand la nouvelle de la mort de
Drake lui fut apportée de l’arrière du vaisseau. Il prit soin de noter
en bas de son dessin le jour et l’heure de cet événement qui allait
mettre fin à l’expédition. Il continua à relever les profils des autres
escales, mais le pavillon amiral ne flotta plus au grand m&t du galion
minuscule qu’il se plaisait à figurer pour indiquer le point du large
d'où il prenait la côte.
M. de La Roncière donne la reproduction des planches i à 17 de
l’atlas prises avant la mort de Drake. Il n’a pas cru devoir y ajouter
les cinq dernières, l'intérêt de ces profils très rudimentaires étant his¬
torique plutôt que géographique.
E. Clouzot.
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BIBLIOGRAPHIE.
653
Henry Cochin. Dante Alighieri, Vite nova, suivant le texte cri¬
tique préparé par Michèle Barbi, traduite avec une introduction
et des notes. Paris, Champion, 1908. In-8°, lxxx-246 pages.
Je viens bien tard pour parler du livre que M. Henry Cochin a con¬
sacré à la Vite Nova de Dante. L’Académie française a décerné l’an
dernier une de ses hautes récompenses à cet ouvrage qui donne, en
même temps que la meilleure leçon du texte italien original, une tra¬
duction française d'une rare perfection, accompagnée d’une introduc¬
tion et de notes qui en accroissent encore le prix. Dans son rapport
lu à la séance publique du 18 novembre 1909, M. le secrétaire perpé¬
tuel de l’Académie, parlant de M. Henry Cochin et de < son charmant
livre », s’exprimait en ces termes : « M. Cochin a le double mérite,
particulièrement précieux dans les études italiennes, d’étre le plus
exact des érudits, curieux du document original, nullement rebuté par
la poussière des archives, au courant de tous les commentaires anciens
ou modernes, et aussi le lettré le plus affiné, le plus délicat, le plus
sensible à la beauté artistique ou morale. »
En m’associant pleinement à cet éloge, je voudrais signaler d'une
manière plus spéciale un point intéressant pour l'histoire littéraire du
moyen âge. Dans sa Vite Nova, écrite en prose italienne, Dante a
intercalé toute une série de sonnets, dont il est également l’auteur. A
propos de chacune de ses pièces de vers, il donne ce qu’il appelle les
divisions, commentaire dans lequel Dante « démonte » en quelque
sorte son sonnet, expliquant, avec une visible complaisance pour ses
créations, le plan qu'il s’est proposé et les raffinements de technique
poétique qu’il s’est efforcé d’apporter à la réalisation de ce plan. Ces
divisions appartiennent, toutes proportions gardées, à la même caté¬
gorie que ces plaidoyers pro domo sua, préfaces, critiques, apologies,
etc., que tant de littérateurs ont cru devoir donner au public pour faire
mieux comprendre leurs vues et leurs théories. Elles offrent un carac¬
tère professionnel, et, s’il m’est permis d’employer une expression bien
vulgaire pour un génie tel que Dante, un côté tant soit peu « gende-
lettre ». Par là, elles ont souvent choqué les délicats. Boccace, com¬
mentateur officiel de Dante au xiv* siècle, aurait souhaité qu’on les
dissociât du reste du texte de la Vite Nova. Pour nous, au contraire,
qui, grâce à M. Henry Cochin, pourrons désormais les étudier aisé¬
ment, elles constituent un document du plus haut intérêt pour l’intel¬
ligence de la « poésie courtoise », de cette poésie que les trouvères de
France et de Provence ont cultivée pendant deux siècles et dont l’au¬
teur de la Divine Comédie fut lui-même un brillant adepte au début
de sa carrière.
Paul Durrieu.
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654
BIBLIOGRAPHIE.
LIVRES NOUVEAUX
SOMMAIRE DES MATIÈRES.
Généralités, 1155, 1193, 1195.
Sciences auxiliaires. — Chronologie, 1125, 1141, 1271. — Épigra¬
phe, 1088, 1203. — Paléographie, 1110, 1113, 1117, 1224, 1319, 1337,
1341, 1346, 1347, 1372, 1383, 1387, 1432, 1443, 1470. — Manuscrits,
1073, 1077, 1081, 1095, 1137, 1146, 1149, 1153, 1166, 1174, 1191, 1261,
1282, 1283, 1296, 1311, 1318, 1320-1321, 1322, 1344, 1376, 1381, 1392,
1409, 1435, 1451, 1471, 1490. — Papyrus, 1479. — Xylographes, 1068.
— Imprimés, 1081, 1100,1149,1169,1192,1229,1230, 1293,1424,1428,
1472 6ts, 1483. — Bibliographie, 1094, 1107, 1186, 1291, 1304. —
Bibliothèques, 1134, 1187, 1208, 1367.
Sources. — Légendes, 1165, 1246, 1478, 1491, 1493. — Chroniques,
1139, 1140, 1199, 1238, 1254, 1256, 1292, 1477. — Correspondances,
1303.—Archives, 1131, 1176, 1187, 1212, 1221, 1235, 1275, 1350, 1357,
1366, 1375, 1476. — Cartulaires, 1087, 1090, 1128, 1129, 1168, 1336,
1466, 1480. — Chartes, 1089, 1118-1120, 1140, 1172, 1265, 1305, 1388,
1416.— Regestes, 1122-1124, 1394, 1416.— Comptes, 1069.—Nécro-
loges, 1417.
Biographie, généalogie. — Artistes, 1063; saints, 1094, 1165,
1198, 1343. — Adhémar de Monteil, 1058; Albert de Magdebourg, 1410;
Antoine de La Sale, 1286; Jeanne d*Arc, 1070, 1179,1363, 1415, 1459;
Benoit XII, 1087, 1252, 1466; s. Bernardin de Sienne, 1171; J. de
Chalon, 1119; Charles le Chauve, 1301; Charles V, 1071, 1139, 1457;
Charles VII, 1469; Charles de Blois, 1197, 1280; Clément V, 1089,
1298; Clément VI, 1466; s. Côme, 1491; Constantin, 1203; Dago¬
bert I er , 1354; s. Damien, 1314, 1491 ; Dante, 1398; J. Du Bois, 1469;
Du Guesclin, 1071; Ebner, 1465; Édouard III, 1122; s. Eusèbe, 1203;
P. Ferré, 1227; Folquet de Marseille, 1449; s. Fortunat, 1468; s. Fran¬
çois d’Assise, 1076; Frangipani, 1187; s. Gamelbert, 1382; s ,e Gene¬
viève, 1478; Giotto, 1458; Habsbourg, 1111 ; Héloïse, 1487; Henri V
d’Angleterre, 1123; Henri VI d’Angleterre, 1124; Henri II de Cham¬
pagne, 1092; Hériger, 1243; s. Hermagoras, 1468; Humbert II, dau¬
phin, 1119; Ingobert, 1183; Jean II, 1139; Jean de Longueville, 1411 ;
Justinien, 1324; s. Léger, 1126; s. Léon le Grand, 1395; Libère, 1203;
Louis IV empereur, 1466; Louis XI, 1303; Marie, abbesse de la Tri¬
nité, 1417; Mauroy, 1329; s. Méen, 1135; s. Miltiade, 1203; Nogaret,
1089; J. Perréal, 1408 ; Philippe le Bel, 1298; Pomponius Laetus, 1494;
René d’Anjou, 1069; Roger I er de Sicile, 1143; Roger II de Sicile,
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BIBLIOGRAPHIE.
655
1143; Ruy8broeck, 1136; Saint-Gelays, 1342; Salomon, évêque de
Constance, 1495; Savonarole, 1150; Schott, 1428; Siger de Courtrai,
1473; Simon de Hesdin, 1286; Tbéodoric, 1373; s. Thomas d’Aquin,
1189,1433; s. Thomas Becket, 1248; Urbain II, 1058; s. Utton, 1382;
Vegio, 1390 ; Villon, 1364.
Droit, 1072, 1093, 1163, 1267, 1296, 1322, 1328, 1355, 1369, 1380,
1401-1403, 1418, 1243, 1426, 1430, 1431, 1439, 1441, 1442, 1446, 1452,
1475, 1496.
Institutions, 1079, 1109, 1143, 1213, 1380, 1406.
Moeurs, histoire économique, 1060, 1078, 1098, 1148, 1217, 1251,
1310, 1389, 1455, 1456.
Sciences, enseignement, 1061, 1175, 1180, 1206, 1209, 1222, 1223,
1242, 1263, 1391, 1393, 1414, 1427, 1450, 1474, 1489.
Médecine, 1168, 1200.
Religions. — Judaïsme, 1090, 1249. — Christianisme, 1277;
papauté, 1084, 1179, 1423; conciles, 1236,1317; croisades, 1092, 1182,
1379,1466; inquisition, 1281 ; ordres religieux, 1067, 1159, 1198, 1237,
1239, 1240, 1423; églises nationales, 1178, 1360; liturgie, 1080, 1115,
1174, 1325, 1376, 1468; pèlerinages, 1422; théologie, 1066, 1185, 1284,
1447, 1467; lipsanographie, 1302; hérésies, 1323.
Langues et littératures, 1101, 1246, 1436. — Grec, 1253, 1291,
1490. — Latin, 1161, 1215, 1253, 1371, 1447, 1486. — Langues
romanes, 1386; espagnol, 1279; français, 1064, 1078, 1133, 1137, 1138,
1219, 1228, 1242, 1285, 13096ÏS, 1437, 1440; gascon, 1339-1340; ita¬
lien, 1114, 1156, 1157, 1205, 1214, 1300, 1315, 1396, 1398, 1400, 1413,
1482; provençal. 1449. — Langues germaniques, 1425; allemand,
1078, 1146, 1185, 1207, 1331; anglais, 1108, 1127, 1151, 1351, 1385,
1420; anglo-saxon, 1429. — Langues slaves, 1099, 1226, 1268, 1362.
— Langues Scandinaves, 1196, 1258, 1295.
Archéologie, 1074, 1082, 1088, 1115, 1116, 1132, 1144, 1145, 1147,
1159, 1162, 1170, 1190, 1204, 1211, 1231, 1233, 1244, 1250, 1278, 1287,
1306, 1307, 1313, 1325, 1330, 1332, 1348, 1365, 1374, 1434, 1438, 1444,
1454, 1481, 1484. — Architecture, 1065, 1105, 1112, 1194, 1218, 1232,
1316, 1326, 1335, 1352, 1361, 1399, 1448, 1485. — Sculpture, 1177,
1201, 1202, 1453. — Dessin, 1091, 1349. — Peinture, 1095,1130, 1166,
1225,1318,1320, 1321, 1333, 1334,1356, 1404, 1471. — Mosaïque, 1181.
— Gravure, 1424. — Mobilier, 1289, 1419. — Campanographie, 1460.
— Costume, 1142, 1197. — Sayetterie, 1472. — Armes, 1173, 1299.—
Dinanderie, 1370. — Numismatique, 1096, 1097, 1160, 1247, 1276. —
Sigillographie, 1257, 1405. — Héraldique, 1290. — Musique, 1083,
1133, 1376.
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656
BIBLIOGRAPHIE.
SOMMAIRE GÉOGRAPHIQUE.
Abingdon, 1464; Abbruzzes, 1074; Alton, 1072; Allemagne, 1091,
1217, 1254, 1304, 1305, 1326, 1355, 1403, 1406, 1421, 1426, 1427, 1434,
1493; Amida, 1088; Andeli, 1168; Angleterre, 1148,1297,1312; Aniane,
1129; Aoste, 1204; Aquilée, 1317, 1468; Aquitaine, 1178; Arles,
1368; Arménie, 1360, 1463; Autriche, 1270; Avignon, 1181; Bâle,
1206; Bayonne, 14721er; Beckenham, 1106; Belgique, 1138; Berlin,
1208; Berne, 1308; Bielefeld, 1240; Bobbio, 1443; Boccadasse, 1462;
Bohême, 1323; Bologne, 1453; Bretagne, 1067, 1290; Briey, 1235;
Brigaglia, 1354; Bruxelles, 1112; Buchhorn, 1265; Cahors, 1414; Cam¬
brai, 1085; Cantimpré, 1327; Capitanate, 1116; Cassel, 1244; Chatil-
lon, 1119; Cheshire, 1075, 1218; Chypre, 1190; Cobourg, 1259;
' Cologne, 1262; Constantinople, 1184, 1273; Corbais, 1378; Courtrai,
1474; Cracovie, 1439; Crécy, 1294; Dijon, 1211; Diyar Bekr, 1088;
Dole, 1374; Doubs, 1375; Diiren, 1233; Espagne, 1365,1446; Étampes,
1289; Europe, 1309, 1456; Flandre, 1125; Flensburg, 1221; Flines,
1234; Florence, 1130, 1177; Foggia, 1116; Fountains-Abbey, 1361;
France, 1081, 1163, 1200, 1276, 1293; Fribourg-en-Brisgau, 1093;
Friedberg, 1176; Frise, 1455; Gand, 1250; Gardane, 1132; Garonne
(Haute-), 1366; Gaule, 1178; Gellone, 1129; Grèce, 1088; Grodno,
1359; Grunwald, 1152, 1220, 1266, 1358, 1379, 1492; Hainaut, 1475;
Hastings, 1158; Hautefage, 1194; Hermonville, 1401; Hollande,
1472 bis; Ile-de-France, 1120; Italie, 1169, 1201, 1202, 1237, 1241,
1310, 1389, 1448; Jedburgh, 1264; Kaisheim, 1292; Karm-Abu-Minah,
1260; Kolding, 1188; KOnigsberg, 1336; Lallœu, 1167; Lamothe
(Cantal), 1103; Lancashire, 1218; Lille, 1472; Limbourg, 1444;
Lippspringe, 1210; Londres, 1086; Longwy, 1235; Lorette, 1144;
Lübeck, 1334; Lublin, 1492; Lucques, 1394; Lyonnaises, 1178;
Maine, 1412; le Mans, 1348; Mattaincourt, 1104; Maurage, 1173;
Mayence, 1452; Mésopotamie, 1088; Meuse, 1059; Moissac, 1065;
Mongolie, 1255; Mons, 1327; Mont-Saint-Michel, 1180; Morbihan,
1275; Moselle, 1235; Mouchan, 1316; le Muy, 1118; Namur, 1109;
Naples, 1404; Naumburg, 1335; Nice, 1216; Nîmes, 1332; Norvège,
1353; Norwich, 1288; Oléron, 1430; Orient, 1255; Ostende, 1480;
Palatinat, 1231, 1313; Palestine, 1092; Paris, 1120, 1121; Pérouse,
1287, 1399; Plaisance, 1073; Poitou, 1071, 1213; Pologne, 1090,1389;
Ratisbonne, 1231, 1313, 1485; Rhénans (pays), 1416; Rome, 1105,
1352,1461 ; Rouen, 1082; Russie, 1251, 1274, 1431, 1454; Saint-Brieuc,
1442; Saint-Germain-en-Laye, 1245; Saint-Mihiel, 1140; Saint-Prest,
1338; Saintonge 1407; Sallanches, 1119; Salzbourg, 1466; Sankt-
Annaberg, 1397; Savoie, 1216; Saxe, 1098; Schuttem, 1174;
Schwelm, 1305; Seine-Inférieure, 1082, 1476; Sempach, 1308; Sette-
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BIBLIOGRAPHIE.
657
Comuni, 1154; Sicile, 1143, 1402; Silvanès, 1128; Smyrne, 1164;
Sortino, 1377 ; Stockorn, 1445; Stolp, 1102; Strasbourg, 1162;
Suffolk, 1384; Suisse, 1419; Sulzbach, 1231; Tannenberg, 1269;
Teramo, 1145; Terni, 1278; Thouars, 1071; Tolède, 1330; Toulouse,
1212; Tournai, 1227; Trêves, 1079; Trivières, 1299; Tur-Abdin,
1088; Udine, 1468; Verdun, 1060; Vérone, 1062; Vesoul, 1345;
Vibrata, 1145; Vicentin, 1154; Villingen, 1093; Voghera, 1172;
Warwickshire, 1460; Wasungen, 1481; Weinfelden, 1488; Witten,
1307 ; Würtemberg, 1096 ; Yonne, 1363.
1058. Adhémar Labaume (G.-J. d’). Adhémar de Monteil, évéque
du Puy, légat d’Urbain II, 1079-1098. Le Puy, impr. Peyriller, Rou-
chon et Gamon, 1910. In-8°, m-55 p.
1059. Aimond (Ch.). Essai sur la géographie historique de la région
qui a formé le département de la Meuse, avec deux cartes nouvelles.
Bar-le-Duc, impr. Contant-Laguerre, 1910. In-8°, p. 173 à 223.
(Extrait du t. VII, 4* série (1909), des Mémoires de la Société des
lettres, sciences et arts de Bar-le-Duc.)
1060. Aimond (Ch.). Le Théâtre à Verdun à la fin du moyen âge.
Bar-le-Duc, impr. Contant-Laguerre, 1910. In-8°, 17 p. (Extrait du
t. VII, 4« série (1909), des Mémoires de la Société des lettres,
sciences et arts de Bar-le-Duc.)
1061. Alfragano (Al-FargânT). Il Libro dell’ aggregazione delle
stelle (Dante, Conv. II, vi, 134) secondo il codice mediceo-laurenziano
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note da Romeo Campani. Città di Castello, casa ed. S. Lapi, 1910.
In-16, 175 p. (Collezione di opuscoli danteschi inediti o rari, diretta
da G. L. Passerini, vol. 90.) 3 1. 20.
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with 20 il. and 3 maps. New York, Putnam, 1910. In-8°, x-403 p.
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1063. Allgemeines Lexikon der bildenden Künstler von der Antike
bis zur Gegenwart. Unter Mitwirkg. v. 320 Fachgelehrten des In-
u. Auslandes hrsg. v. Ulr. Thieme u. Fel. Becker. 4. Bd. Leipzig,
W. Engelmann, 1910. Gr. in-8°, 600 p. 32 m.
1064. Altfranzôsische (Das) Adamsspiel (Mysterium aus d. 12. Jahrh.)
Uebers. v. Elisab. Grahl-Schulze m. e. Geleitwort v. Gust. Kôrting.
Kiel, W. G. Mühlau, 1910. In-8°, 47 p. 0 m. 75.
1065. Angles (Auguste). L’Abbaye de Moissac. Paris, H. Laurens,
s. d. Petit in-8°, 96 p., 39 grav. et 1 plan. (Petites monographies des
grands édifices de la France.)
1910 42
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658
BIBLIOGRAPHIE.
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In-16, 336 p. 3 fr. 50.
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Wissen in kurzen, klaren, allgemeinverstandl. Einzeldarstellgn. Neue
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CHRONIQUE ET MELANGES
— Par arrêté ministériel, en date du 11 novembre 1910, ont été
9
nommés élèves de première année de l’Ecole des chartes, dans l’ordre
de mérite suivant :
MM.
1. Luppé (C/iarfes-Célestin-Louis-Pierre de), né à Paris, le 18 fé¬
vrier 1892.
2. Pocquet du Haut-Jussé (Bart/iélemy-Marie-Joseph), né à
Rennes (Ille-et-Vilaine), le 21 novembre 1891.
3. Virebayre (Pierre-Marie-Émile), né à Saint-Jean-du-Bruel
(Aveyron), le 11 août 1888.
4. Cluzel (Raymond), né à Mauriac (Cantal), le 7 octobre 1890.
5. Flipo ( Vmcenf-Ernest-Albert), né à Roubaix (Nord), le
16 avril 1889.
6. Doré (Poberf-Gustave), né à Cherbourg (Manche), le 28 sep¬
tembre 1890.
7. Loubatier (Raymond- Noël), né à Châteauroux (Indre), le
25 décembre 1890.
8. Baubet (Victor- Baptiste), né à Béage (Ardèche), le 15 octobre
1886.
9. Leblanc (André-Just-Émile), né à Paris, le 18 mai 1887.
10. Cahier (Charies-Léon-Paul-André), né à Nice (Alpes-Mari¬
times), le 5 novembre 1891.
H. Duchesne (Léon-Hubert), né à Paris, le 2 juillet 1890.
12. Robert (Daniel-Gaston), né à Marseille (Bouches-du-Rhône),
le 15 novembre 1890.
13. Allenou (Jean-Jules-Marie), né à Saint-Brieuc (Côtes-du-Nord),
le 16 octobre 1887.
14. Paul (Pierre), né à Allègre (Haute-Loire), le 26 mai 1887.
On été admis hors rang, à titre étranger :
MM.
Bovet (André), né à Neuchâtel (Suisse), le 1 er décembre 1890.
Gorka (Alexandre), né à Rawa (Pologne autrichienne), le 12 dé¬
cembre 1887.
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696 CHRONIQUE ET MÉLANGES.
— Par arrêté ministériel, en date du 20 octobre 1910, M. Étienne
Dejean, directeur des Archives, membre du Conseil de perfectionne¬
ment de l’École des chartes, a été nommé président de ce Conseil en
remplacement de M. Léopold Delisle.
— Par arrêté ministériel, en date du 19 décembre 1910 t notre con¬
frère M. Paul Meyer a été nommé vice-président de la Commission
supérieure des bibliothèques, en remplacement de M. L. Delisle.
— Notre confrère M. le comte R. de Lasteyrie a été élu, en rem¬
placement de M. L. Delisle, membre du Conseil de perfectionnement
de l’École des chartes par l’Académie des inscriptions et belles-lettres
dans sa séance du 21 octobre 1910.
— Notre confrère M. A. Thomas a été élu dans la même séance
membre de la Commission de l’histoire littéraire de la France.
— L'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, dans sa séance du
23 décembre 1910, a élu au nombre de ses correspondants notre confrère
M. Labande.
— Par décrets présidentiels, en date des 6 et 29 décembre 1910,
nos confrères MM. Charles Bémont, Charles Mortet et C. Enlart ont
été nommés chevaliers de la Légion d’honneur.
— Par décret présidentiel, en date du 21 décembre 1910, notre con¬
frère M. le comte de Lasteyrie, professeur d’archéologie du moyen
âge à l'École des chartes, a été admis, sur sa demande, à la retraite
et nommé professeur honoraire.
— Par arrêté ministériel, en date du 7 novembre 1910, notre con¬
frère M. Paul Meyer, vice-président de la section d’histoire et de phi¬
lologie du Comité des travaux historiques, a été nommé président de
la même section en remplacement de M. Léopold Delisle, décédé.
— Par un autre arrêté, en date du même jour, notre confrère
M. Henri Omont a été nommé vice-président de la même section du
Comité.
— Par arrêté ministériel, en date du 23 novembre 1910, notre con¬
frère M. L. Clédat a été renommé pour trois ans doyen de la Faculté
des lettres de l’Université de Lyon.
— Par arrêté ministériel, en date du 30 novembre 1910, notre con¬
frère M. Auguste Dumas, archiviste de la Dordogne, a été institué agrégé
des Facultés de droit (section d’histoire du droit), et par un autre
arrêté, en date du même jour, il a été chargé d’un cours d’histoire
générale du droit français à la Faculté de droit de l’Université
d’Aix.
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697
CHBONIQUE ET MÉLANGES.
— Par arrêté ministériel, en date du 10 novembre 1910, notre con-
frère M. Charles Bourel de La Roncière, conservateur-adjoint au
Département des Imprimés de la Bibliothèque nationale, a été nommé
conservateur du même Département.
— Par un autre arrêté, en date du 14 novembre 1910, nos confrères
MM. J. Guibert et A. Vidier ont été nommés conservateurs-adjoints,
le premier au Département des Estampes, le second au Département
des Imprimés.
— Par arrêté ministériel, en date du 20 octobre 1910, ont été nom¬
més sous-bibliothécaires à la Bibliothèque nationale nos confrères
MM. Ch. Dubus et A. Martin, au Département des Imprimés, et
H. Labrosse, au Département des Manuscrits. — Par d’autres arrêtés,
des 22 et 27 décembre 1910, ont été nommés nos confrères M. Fran¬
çois Bruel bibliothécaire au Département des Estampes et M. Marcel
Aubert sous-bibliothécaire au même Département.
— Par arrêté ministériel, en date du 6 octobre 1910, nos confrères
#
MM. Hirschauer et Romier ont été nommés membres de l’Ecole fran¬
çaise de Rome et M. R. Michel a été nommé membre hors cadre.
— Notre confrère M. Charles Chevreux a été nommé sous-chef du
cabinet du ministre du Travail.
— Notre confrère M. A. Maisonobe a été nommé sous-préfet de
Carpentras.
— Notre confrère M. le comte de Manneville, premier secrétaire à la
légation de France à Athènes, vient d'être nommé en la même qua¬
lité à Bruxelles.
— Nos confrères MM. Max Prinet et Marcel Aubert ont été auto-
9
risée, le premier à faire à l’Ecole des chartes un cours libre d’héral¬
dique et de sigillographie à partir du 9 novembre dernier; le second
à donner des leçons d’archéologie du moyen Age pendant le premier
semestre 1909-1910.
— Notre confrère M. A. Prudhomme a été proclamé, le 24 décembre
1910, représentant élu du corps des archivistes près la Commission
supérieure des Archives.
— Notre confrère M. Élie Berger a été élu par l'Institut, dans sa
séance trimestrielle du 4 janvier 1911, l'un des conservateurs du Musée
Condé, à Chantilly.
— Par arrêté, en date du 2 juin 1910, il a été institué au ministère
de l'Instruction publique une commission de recherches sur l’histoire
économique dans les territoires qui ont fait autrefois partie de la
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698 CHRONIQUE ET MELANGES.
France. Nos confrères MM. P. Marichal et Charles Schmidt ont été
nommés membres de cette commission.
— Par arrêté préfectoral, en date du 18 août 1910, notre confrère
M. Charles Desages a été nommé archiviste départemental des Côtes-
du-Nord.
— Par arrêté préfectoral, en date du 29 octobre 1910, notre con¬
frère M. J. Régné a été nommé archiviste départemental de l’Ardèche.
— Par arrêté préfectoral, en date du 27 décembre 1910, notre con¬
frère M. Ë. Desplanque a été nommé archiviste départemental de la
Loire-Inférieure.
— Par arrêté municipal du 15 novembre 1910, notre confrère M. J.
Ruinaut a été nommé attaché à la bibliothèque historique de la ville
de Paris.
— Notre confrère M. Marcel Gastineau a été nommé secrétaire de
la bibliothèque de la manufacture nationale de Sèvres.
— Par divers arrêtés municipaux, de septembre et octobre 1910, ont
été nommés nos confrères MM. Béreux, archiviste-bibliothécaire de la
ville de Bourges; Caillet, conservateur de la bibliothèque et des
archives anciennes de la ville de Limoges ; Graziani, archiviste-biblio¬
thécaire de la ville de Bayonne ; et Loirette, bibliothécaire de la ville
de Pau.
— Par arrêté municipal, en date du 25 novembre 1910, notre con¬
frère M. Jacques Laurent a été nommé conservateur-adjoint de la
bibliothèque de la ville de Dijon.
— Notre confrère M. Barbeau a été nommé bibliothécaire de la
bibliothèque française de Tunis.
— Notre confrère M. G. Ritter a été chargé d’un cours de paléogra¬
phie du moyen âge à l’École des lettres et sciences de Rouen.
— Notre confrère M. Henri Courteault a obtenu la 2 e médaille au
Concours des Antiquités nationales; nous reproduisons la partie du
rapport de notre confrère M. Noël Valois, où est appréciée en ces
termes son histoire de Bourg -Saint-Andéol :
« Dix-huit à vingt lieues seulement séparent à vol d’oiseau Die de
Bourg-Saint-Andéol, la petite ville vivaroise assise sur la rive droite
du Rhône. Mais ce n’est pas, à proprement parler, l’histoire de cette
dernière cité qu’a voulu écrire M. Henri Courteault, archiviste aux
Archives nationales, dans un superbe volume, publié sous les auspices
du marquis de Nicolay, qui obtient à notre concours la deuxième
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699
CHRONIQUE ET MÉLANGES.
médaille. Les très nombreux documents dont s'est servi M. Courteault
avaient été recueillis pour la plupart, il y a fort longtemps, par notre
infatigable et très regretté confrère A. de Boislisle, dans le dessein de
tracer un tableau exact du milieu où s'est formée, où a grandi la mai*
son de Nicolay. Ce n'est donc pas une succession de menus faits,
rangés suivant l’ordre chronologique, qu’il faut chercher dans ces
pages, mais d'abord quelques éclaircissements sur les origines du
Bourg-Saint-Andéol, puis une description de la ville et de ses monu¬
ments, l’énumération de ses églises, de ses couvents, de ses écoles,
de ses institutions charitables, la nomenclature des familles qui y
partageaient la suzeraineté avec l’évêque de Viviers, et surtout l’étude
approfondie de l’organisation judiciaire, financière, municipale, le
tableau des diverses classes de la société, de leurs usages, de leurs
mœurs, de leurs occupations industrielles, commerciales, agricoles, à
l’époque où vécurent les premiers Nicolay, c’est-à-dire au xiv e et au
xv e siècle. Grâce à l’abondance vraiment extraordinaire des rensei¬
gnements que M. Courteault a pu réunir sur la vie de cette petite
cité, renseignements puisés aux sources les plus sûres, et, je l’ajoute¬
rai, grâce à la netteté de ses vues, à la variété de ses connaissances,
à l'habileté de sa mise en œuvre, il a projeté une lumière des plus
vives sur l'état de la société bourgeoise du midi de la France. Les
rapprochements, les comparaisons qu’il a su établir avec d’autres
organisations analogues donnent à cette étude de premier ordre, et
où n’ont pu être relevées que de bien rares imperfections de détail, un
intérêt beaucoup plus général que celui qui s’attache d'ordinaire à une
simple monographie locale. »
NÉCROLOGIE.
BARTHÉLEMY TERRAT.
Notre confrère Barthélemy Terrât est décédé le 6 novembre à
Lyon au cours d'une visite chez M. le docteur Chavanne, l’un de ses
gendres. Ses obsèques ont eu lieu à Paris le 11 du même mois. La
Société de l’École des chartes y était représentée par M. Paul Viollet,
son président, qui a prononcé un discours reproduit ci-dessous. Bar¬
thélemy Terrât était né à Saint-Genest-Malifaux (Loire), le 2 juillet
1845. Il avait fait ses études classiques au lycée de Saint-Étienne et
obtenu le prix d’honneur de philosophie dans le concours institué
entre les lycées départementaux. Il appartenait chez nous à la promo¬
tion du 19 janvier 1875. Aux justes éloges dont M. Paul Viollet a
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CHRONIQUE ET MÉLANGES.
honoré sa mémoire, nous ajouterons qu’il dirigea, durant plusieurs
années, la Conférence d’études historiques instituée en 1876 par la
Société bibliographique et à laquelle, alors et depuis, ont pris part un
assez bon nombre de nos confrères et non des moins distingués. C’est
en l’assistant dans cette tâche, dans laquelle nous lui succédâmes,
que nous avons pu personnellement apprécier l’étendue et la solidité
de ses connaissances, l'ardeur éclairée de son dévouement et de son
zèle.
Marius Sepet.
DISCOURS DE M. PAUL VIOLLET,
PRÉSIDENT DE LA SOCIÉTÉ DE L'ÉCOLE DES CHARTES.
Les membres de la Société de l’École des chartes perdent en Bar¬
thélemy Terrât un confrère et un ami. L’École des chartes, cette
ruche dont le miel s’appelle amour du travail, amour de la vérité his¬
torique, essaime dans toutes les directions. Les archivistes paléo¬
graphes apportent, en effet, dans les Universités de l’État et dans les
Instituts catholiques une contribution magnifique au progrès général
des études.
Terrât fut un des maîtres excellents de cette Faculté libre de droit
de l’Institut catholique de Paris, auquel le malheur qui nous réunit
me procure l'occasion de rendre hommage, occasion, hélas ! que
j’eusse souhaitée tout autre!
Les fortes études de Terrât le préparaient avec une belle régula-
# —«
rité à la carrière qu’il devait embrasser. Elève de la Faculté de droit
de Paris et de l’École des chartes, lauréat de la Faculté de droit,
secrétaire de la Conférence des avocats, il subit très brillamment
toutes les épreuves du doctorat et de l’agrégation de droit, avant de
soutenir, en 1875, à l’École des chartes, devant des maîtres dont les
noms appartiennent au livre d’honneur de l’érudition, Rozière et Tar¬
dif, sa thèse sur la tradition dans l’ancien droit français, étude qui fut
très remarquée. Ce double bagage, vaillamment porté par un cerveau
solide et un esprit lucide, assura à Terrât, dès ses débuts comme pro¬
fesseur, un succès tel qu’à Douai, où il enseigna la procédure civile
et le droit pénal, quelques-uns de ses collègues se plaisaient à assister
à ses cours.
De la Faculté de droit de Douai, Faculté de l’État, Terrât passa, au
moment même de sa création, à la Faculté libre de l'Institut catho¬
lique de Paris. Il conserva toujours avec ses anciens collègues des
Facultés de l’État de cordiales relations qu’atteste ici même la pré¬
sence d’amis fidèles.
Vous avez pu, Messieurs, apprécier, non seulement le maître, le
travailleur, mais, mieux que tout cela, l’homme. Il enseigna chez
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CHIOIUQUE ET MELANGES.
vous, indépendamment du droit civil, une science à laquelle ses études
personnelles l’avaient parfaitement préparé, l’histoire du droit : j’ima¬
gine, par conséquent, que vous avez dù recueillir le fruit le meilleur de
cette vie laborieuse qu'il voulut consacrer tout entière à l'enseigne¬
ment.
L’Institut catholique perd le doyen de sa Faculté de droit, profes¬
seur éminent qui lui faisait le plus grand honneur. Nous perdons à
la Société de l’École des chartes un confrère aimé de tous.
Au nom de la Société, j'adresse à la famille tout entière de notre
ami, à sa compagne dévouée, l’expression de notre respectueuse et
profonde sympathie.
PIERRE AUBRY.
Le 6 septembre dernier ont eu lieu à Paris les obsèques de notre
confrère Pierre Aubry, décédé quelques jours auparavant, à Dieppe,
à la suite d’un accident d’escrime. Survenue en pleine période des
vacances, cette brusque disparition passa presque inaperçue de la
plupart de ceux qui connaissaient et qui estimaient Pierre Aubry : ils
n'apprirent sa fin prématurée qu’à leur retour à Paris ; et l'École des
chartes elle-même ne put lui adresser l’adieu qu’elle donne d’ordi¬
naire à la tombe de chacun de ses fils. Mais il n'est pas trop tard
encore pour rendre un suprême hommage à ce jeune savant si labo¬
rieux, si consciencieux, si accueillant et désintéressé, dont l’œuvre
déjà imposante par son étendue et sa qualité ouvrit tant de voies nou¬
velles en un domaine à peu près inexploré et dont la mort va laisser
un vide si difficile à combler dans le monde des études musicolo-
giques.
Né à Paris le 14 février 1874, Pierre Aubry suivit les cours du col¬
lège Stanislas et entra à l’École des chartes en 1894. Sa vocation, se
manifesta presque aussitôt : il n’avait guère publié qu’un volume de
poésies (1892) quand il s’occupa de réunir et d’annoter, pour l’œuvre
de Paul Desjardins, « l’Union pour l’action morale », Huit chants
héroïques de l'ancienne France (X// e -XV7//° siècle), dont la
seconde édition parut en 1896 avec une préface de Gaston Paris. Il
avait trouvé sa voie, et toutes sès études, toutes ses recherches devaient
désormais converger vers l’histoire de la musique et, en particulier,
l’histoire de la musique française du moyen âge.
La thèse qui lui valut le diplôme d’archiviste paléographe (26 jan¬
vier 1898) fut la première pierre du monument élevé par lui à la gloire
de nos vieux maîtres ; il avait pris pour sujet : la Philologie musi-
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CHRONIQUE ET MELANGES.
cale des trouvères, ce qui ne laissa pas d’embarrasser le Conseil de
perfectionnement, car, si la partie philologique du travail trouvait un
examinateur tout désigné parmi les professeurs de l’École, il n’en
était pas de même de la partie musicale : finalement, on dut faire
appel à un spécialiste, et ce fut Bourgault-Ducoudray qui, par excep¬
tion, siégea dans le jury de soutenance.
Entre temps, Pierre Aubry s’était fait recevoir licencié ès lettres en
1894 et licencié en droit en 1896. Il était entré en relations suivies
avec les Bénédictins de Solesmes, les maîtres de la Paléographie
musicale, dont il devint le disciple et l'ami. Enfin, il s'intéressa à
l’œuvre des chanteurs de Saint-Gervais et se lia avec leur fondateur,
l’admirable Charles Bordes, travaillant avec lui, par la parole et par
la plume, à la restauration de la musique sacrée.
L’occasion d’exposer ses doctrines et sa méthode lui fut heureuse¬
ment fournie vers la même époque par Mgr Péchenard, directeur de
l’Institut catholique : appelé rue d’Assas pour y professer la musico¬
logie sacrée (1898-1899), il réunit ses conférences en un volume remar¬
quable par l'étendue des connaissances et la solidité de la démonstra¬
tion : Mélanges de musicologie critique : la Musicologie médié¬
vale, histoire et méthodes (1900, in-fol.). Après avoir étudié l'œuvre
des érudits qui ont amené la musicologie du moyen âge au point où
elle se trouve aujourd’hui, — dom Jumilhac, dom Gerbert, l’abbé
Lebeuf, Fétis, de Coussemaker, dom Pothier et dom Mocquereau, —
il s’attacha à expliquer < comment les méthodes critiques de la science
contemporaine sont applicables à l’histoire et à la philologie musicales,
c’est-à-dire comment à l’histoire de la musique on doit appliquer les
méthodes historiques : méthode de critique diplomatique, s’il s'agit
d’éclairer un chapitre obscur d’histoire musicale à l'aide de chartes
ou de diplômes; méthode de critique des sources narratives, si, à
l’aide des historiens ou des annalistes, nous comblons un chapitre de
cette histoire; méthode des sciences juridiques, si, d’aventure, nous
faisons intervenir le droit canonique dans nos études, ce qui, en musi¬
cologie religieuse, n'aurait rien d’inattendu »; enfin, il insista sur la
philologie musicale, déclarant « que la phonétique, que la morpholo¬
gie, que la syntaxe gouvernent la langue mélodieuse des sons comme
la langue des mots; qu’un texte musical ne s’établit pas autrement
qu'un texte littéraire, et que les principes de critique qui sont de règle
ici sont applicables là; bref, que l’on doit préparer l’édition d’un gra¬
duel ou d’un antiphonaire comme celle d’un texte d’Homère ou d'une
chanson de geste ».
Au moment où allait paraître cette véritable < profession de foi »,
Pierre Aubry, sorti diplômé de l’École des langues orientales pour la
langue arménienne en 1900, se préparait à partir pour un voyage en
Orient. Curieux d'aller étudier sur place les textes et les origines du
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CHBOlfIQUE ET MELANGES.
chant arménien, il s'était préparé sérieusement à la mission officielle
dont on l’avait chargé, et pendant plusieurs mois, en compagnie de
son confrère et ami Gaston Duval, il visita le Caucase, l’Arménie et
le Turkestan, recueillant au cours de ces investigations, souvent
pénibles et quelquefois périlleuses, une abondante moisson de docu¬
ments, mis en œuvre à son retour en France.
Dès lors, il fit deux parts de sa vie, donnant l’une à la femme
exquise qui fut sa compagne affectueuse et dévouée, à sa famille, à
ses nombreux et fidèles amis, et consacrant l’autre à la musique. Ce
furent alors des conférences à Paris, en province et à l’étranger,
d’innombrables articles dans les revues (Correspondant, Tribune
de Saint-Gervais, Revue musicale. Bulletin de la S. I. M., etc.)
et toute une suite de livres, dont certains offrent une importance
capitale par leur étendue et leur nouveauté et dont on se bornera à
citer ici les principaux : les Proses d'Adam de Saint-Victor (avec
M. l’abbé Misset, 1900), Lais et descorts français (avec MM. Brandin
et Jeanroy, 1901), le Rythme tonique des églises chrétiennes au
moyen âge (1903), les Plus anciens monuments de la musique
française (1905), Cent motets du XIII e siècle (1908; 3 vol. d’après
le manuscrit de Bamberg), Iter hispanicum (1908; notices et extraits
des manuscrits de musique ancienne étudiés dans les bibliothèques
d’Espagne, au cours d’un voyage en ce pays), Trouvères et trou¬
badours (1909), etc. Tout en poursuivant ses recherches dans les
archives et les bibliothèques, il visitait aussi les musées et réunissait
une riche collection de documents iconographiques concernant la
musique, d’où il s’occupait, ces temps derniers, de tirer, en collabo¬
ration avec M. Gustave Lyon, une curieuse iconographie de la harpe.
Enfin, il venait de terminer la révision du texte d’un travail de
longue haleine sur le Chansonnier de l'Arsenal (trouvères du XII e -
XIII e siècle ), dont l’achèvement pourra être très probablement assuré.
Ce serait mal connaître Pierre Aubry que de restreindre son activité
et son influence aux études des origines de la musique : aucune ten¬
tative musicale ne le laissait indifférent, et s’il a participé vaillamment
à la création et au développement de la Schola cantorum, s’il a col¬
laboré à l’enseignement de l’École des hautes études sociales, s’il a
été parmi les premiers adhérents de la Société des amis de la musique,
c’est qu'il était un artiste en même temps qu’un savant. Les problèmes
techniques les plus ardus ne le rebutaient point, au contraire, mais il
ne s’intéressait pas moins aux graves problèmes de la notation qu’aux
questions relatives à la chanson populaire et au folk-lore ; les œuvres
des trouvères et des troubadours le retenaient au même titre que les
productions de la musique sacrée ; il aimait de même le xviii* siècle
français, et la preuve en est non seulement dans l’étude musicale et
la transcription qu'il a donnée des Caractères de la danse, de J.-F.
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704 CHRONIQUE ET MELANGES.
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Rebel (1905; avec M. Emile Dacier), mais dans le livre qu’il préparait
sur Grétry quand la mort l’a frappé; enfin, la plus récente école
musicale ne le laissait point indifférent, et de même qu’il avait réuni
ses amis pour leur faire entendre, en d'inoubliables soirées, les plus
anciens monuments de la musique instrumentale française, les prin¬
cipales productions du violoniste du xvm e siècle J.-M. Leclair et
nombre d’autres œuvres oubliées, ressuscitées grâce à lui, de même
il leur avait réservé, tout récemment, la primeur d’une charmante
pièce d’ombres, tirée de la vieille « chantefable » d 'Aucassin et Nico -
lette, et dont il avait fourni le thème au musicien et au dessinateur,
tous deux très modernes.
Quant à sa cordialité, à sa franchise, à la sûreté de ses relations,
tous ceux qui ont pu l’approcher sont unanimes à reconnaître que
chez Pierre Aubry les qualités du cœur allaient de pair avec les dons
de l'intelligence. « Ce jeune savant si sérieux, si riche d’idées et de
faits et de projets, si attaché aux règles du labeur scientifique, était
généreux, plein de dévouement, toujours prêt à aider ceux qui tra¬
vaillent utilement » ; ainsi s’est exprimé M. J. Combarieu dans l’allo¬
cution qu'il a prononcée sur la tombe de son collaborateur et ami. Et
M. Romain Rolland a pu dire, presque dans les mêmes termes : « Ce
grand savant était un homme simple et bon, qui vivait en dehors de
toutes les coteries, dédaigneux de toute réclame, méprisant fièrement
le succès bruyant et facile. Il avait le juste sentiment de la grande
œuvre qu’il élevait; mais nul n’était plus empressé à mettre modeste¬
ment sa science au service de toute œuvre utile ».
Le voilà enlevé à trente-cinq ans, alors qu’il avait encore tant de
choses à dire que nul autre ne dira, alors que sur de si laborieuses et
si originales recherches, sur des matériaux si promptement amassés,
commençait à s’élever une œuvre dont la science française avait tous
_ 0
les droits d’être fièrel II est de ceux, comme l’Ecole des chartes en a
perdu tant d’autres, qui sont morts avant d’avoir donné toute leur
mesure. Néanmoins, comme a dit encore M. Romain Rolland, « son
souvenir ne s’effacera pas non seulement de la pensée de ceux qui
l’ont connu, mais de cette science musicale à laquelle il avait voué sa
vie. Son nom reste attaché à l’histoire de ce beau moyen âge français
qu’il aimait. Heureux, malgré tout le tragique d’une mort si soudaine
et si prématurée, heureux ceux qui, comme lui, s’endorment après
avoir bien travaillé t Le champ qu’ils ont labouré se couvrira de mois¬
sons qui parleront d’eux longtemps encore après qu’ils ne seront plus
là pour les voir ».
Émile Dacier.
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CHRONIQUE ET MELANGES.
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HENRI DE ROUX.
Henri de Roux était né le 28 août 1867 à Hyères (Var). Reçu à
l'École des chartes après de fortes études au collège Stanislas, il
obtint, en 1891, le diplôme d’archiviste paléographe par une thèse
sur la Chancellerie du roi René en Anjou et en Provence, étude
qui n'a point été publiée.
Immédiatement attaché au catalogue des imprimés de la Biblio¬
thèque nationale, Henri de Roux y parcourut, jusqu’au grade de
bibliothécaire, les lentes étapes de la carrière qu’il avait choisie. Il
aimait la Bibliothèque nationale, à laquelle il rendit de vrais services.
Dès 1892, il avait collaboré à la rédaction du a Catalogue des livres
provenant des collections d’Eugène Piot ». Chargé depuis, pendant
quelque temps, de la direction du Bulletin mensuel des publications
françaises, il en devait rester jusqu’à sa mort l’un des principaux
collaborateurs. Détaché en dernier lieu au bureau du public, il
accordait aux lecteurs, malgré sa faiblesse physique, une bien¬
veillance toujours prête à suppléer l'insuffisance de leurs recherches.
Sous des apparences modestes, de Roux, étranger à toute intrigue,
cachait une érudition sérieuse, un goût très vif et très sûr de l’histoire,
une préoccupation avisée des problèmes du temps présent. Il
écrivit pour la Société d’histoire de Berlin, dans les Jahresberichte
der Geschichtswissenschaft, de 1896 à 1898, le compte-rendu des
ouvrages relatifs à l’histoire moderne de la France. Les Contem¬
porains ont publié de lui, sous les pseudonymes « H. de Ruffi » et
< Henri Argos », de nombreuses biographies sur les personnages de la
Révolution, époque dont l’étude l’attirait particulièrement. Il préparait
encore divers articles pour le Dictionnaire d’histoire et de géo¬
graphie ecclésiastiques, lorsque la mort le frappa, le 12 septembre
dernier, dans cette terre de Provence dont il avait conservé le culte.
Henri de Roux était d’une urbanité parfaite, d’une humeur toujours
égale, d’une charité souvent plus large que ses ressources. Ses con¬
victions religieuses, qui s’alliaient à une extrême tolérance, l’aidaient
à supporter sans aigreur l’épreuve constante d’une santé délicate. Sa
mort a été un deuil véritable pour ses collègues et pour bien des
habitués de la Bibliothèque nationale, car ceux qui le connaissaient
le tenaient pour ami.
Amand Rastoul.
1910
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706
CHRONIQUE HT MELANGES.
S
HENRI DUPONT.
Nous avons le très vif regret d’enregistrer encore le décès d’un de
nos jeunes confrères M. Henri Dupont; né à Séry-les-Mézières (Aisne), '
en 1883, il s’y est éteint, le l« r décembre 1910, dans sa 27® année.
M. Henri Dupont appartenait à la promotion du 15 février 1908 et
avait obtenu le titre d’archiviste paléographe avec une thèse sur le Sois-
sonnais de 1787 à 1790; l’assemblée provinciale, l’organisation
du département . L’École pratique des hautes études l’avait chargé
en 1905 d’une mission en Allemagne et en 1909 il avait concouru avec
succès pour l’obtention de l’une des places d’attaché à la bibliothèque
historique de la ville de Paris.
L’ÉCOLE DES CHARTES ET L’HISTOIRE.
La Revue internationale de l’Enseignement a publié récemment
(1910, n° 12) un fragment de la leçon d’ouverture du cours de diplo¬
matique pour l’année scolaire 1910-1911, faite à l’École des chartes
le 3 novembre 1910 par M. Maurice Prou. Donnant à ses élèves les
conseils pour le choix et la rédaction de la thèse qu’ils doivent pré¬
senter afin d’obtenir le diplôme d’archiviste paléographe, notre confrère
a été amené à répondre aux critiques récemment formulées contre
l’esprit scientifique de l’École des chartes.
Quelques « lettrés ont fait entendre des doléances, d’ailleurs jus¬
tifiées, sur l’abandon par les jeunes historiens des traditions fran¬
çaises de composition, de rédaction et d’expression... A en croire
l’un des collaborateurs de la Revue politique et parlementaire ,
l’auteur de tout le mal serait l’École des chartes » qui, en méfiance à
l’égard des « hypothèses fécondes », des « idées larges et vivifiantes »,
ayant peu de souci de la forme, proposerait comme idéal à l’historien
de déchiffrer et de publier des textes, de classer des dossiers.
»
Notre confrère rappelle que si, par définition, l’Ecole des chartes
se propose de former des archivistes capables de rechercher les docu¬
ments, d’en dresser l’inventaire et de les publier, l’organisation de
son enseignement et la méthode quelle s’efforce de donner à ses élèves
lui permettent de prétendre à former en même temps des archivistes
et des historiens. Les chartistes savent distinguer un archiviste d’un
historien. Mais l’érudition est à la base de l’histoire. L’archiviste est
l’auxiliaire indispensable de l’historien et « l’historien est l’érudit qui
de l’analyse passe à la synthèse ».
« Le nom de thèse donné au dernier exercice scolaire témoigne
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CHKOIVIQUE ET MELANGES. 707
#
assez que l’idéal d'un élève de l’Ecole des chartes ne doit pas être de
réunir des collections de documents ou de faits. Si une thèse est une
suite de propositions qu'il faut démontrer, elle exige que l'auteur sache
grouper les faits, puis en dégager des idées ou des lois. On admet ici
comme thèse tout mémoire dont le sujet relève de l’enseignement de
l’École. Vous pourrez, suivant vos inclinations, choisir entre
l’histoire politique et celle des institutions, l’histoire économique et
môme celle des idées, la biographie, etc. Nous acceptons aussi,
comme thèse, l’établissement d’un texte latin ou de langue vul¬
gaire... »
Mais il faut prendre garde que, si l’on admet « comme thèse l’édi¬
tion d’un texte, d’un poème français du moyen âge, par exemple, c’est
à condition que le candidat joigne au texte un mémoire où il exposera
le classement des manuscrits, déterminera le dialecte, expliquera la
métrique, discutera la date de l'œuvre, etc. ». Pareillement, si le can¬
didat a fait un catalogue d’actes, il devra y ajouter une étude de diplo¬
matique.
« Tous travaux qui, à proprement parler, sont philologiques et non
historiques, mais qui, plus que des œuvres d’histoire proprement dite,
plus que des récits d’événements, plus que des biographies, et, autant
que des études sur l’histoire du droit, réclament la connaissance et
la pratique des règles de la logique, l'habileté dans la composition
littéraire, l’appropriation du vocabulaire aux idées. Car, il n’y a pas
d’exercice plus propre à développer tout ensemble la force et la
finesse de l’intelligence que la recherche des relations entre divers
manuscrits, leur répartition en groupes et familles, et, ce classement
une fois établi, rien n’est plus difficile et ne veut plus de souplesse et
de précision dans la langue que d'en exposer clairement les résul¬
tats. On en dirait autant des études de diplomatique. Ainsi ces
mémoires, qui tout d’abord ne paraissent demander que patience et
exactitude, sont au contraire de ceux où un étudiant peut le mieux
témoigner de son aptitude à la composition et de son talent
d’écrivain...
c On a prêté aux chartistes le désir d’assimiler l’histoire aux sciences
physiques, en d’autres termes de considérer l’histoire comme une
science d’observation et non comme un genre littéraire, ce qui entraî¬
nerait, dit-on, la négligence de la forme.
« Singulière science que celle qui ferait fi de l’ordre dans les pen¬
sées et de l’exactitude dans l’expression. Dans les sciences, contraire¬
ment à l’opinion commune, la forme importe plus qu’en littérature.
Mais il faut s’entendre sur la forme. Si bien écrire consiste à char¬
ger le discours d’ornements inutiles, et, comme on dit, de fleurs de
rhétorique, ce n’est pas assurément cette forme-là que des écrivains
scientifiques doivent donner à leurs ouvrages; mais personne ne
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CHRONIQUE ET MÉLANGES.
prétendra qu’un bon écrivain est celui qui cherche les effets de style ;
non, et ceux-là moins que personne qui, conservateurs des bonnes tra¬
ditions, admirateurs des classiques, se lamentent sur la décadence de
la langue française et ont signalé le péril que lui font courir l'igno¬
rance de la syntaxe et celle du vocabulaire. Mais, si l’écrivain digne
de ce nom est celui qui soumet sa pensée aux règles de la logique, lui
donne le mouvement convenable et choisit le mot propre, on ne peut
pas dire qu’il y ait opposition entre le fond et la forme, entre l’esprit
scientifique et l'esprit littéraire. C’est une obligation pour le savant de
s’exprimer proprement. 11 ne lui est pas permis d’employer des for¬
mules ou des mots imprécis. Les mots doivent recouvrir exactement
les faits ou les idées. Qu’un poète écrive « vert » au lieu de « bleu »,
si la rime l’exige, le mal ne sera pas grand. On permet aux lyriques
un certain vague et du désordre, même dans la pensée, encore que
les meilleurs n’usent pas de cette liberté. Mais il serait aussi fâcheux
pour un prosateur, surtout pour un écrivain scientifique, d’employer
un mot impropre que pour un musicien d’indiquer un son par la note
d'un autre son. La méthode scientifique, qui n’est, après tout, que
l’exactitude minutieuse dans l'observation et le raisonnement, resterait
vaine et infructueuse si elle n’était complétée par une pareille exac-
titude dans l’expression. Ainsi, parce que l’Ecole des chartes a une
discipline scientifique, elle doit conseiller à ses élèves un soin égal du
fond et de la forme... »
B
L’Ecole des chartes ne repousse pas les idées générales ; elle n’a pas
le mépris de la forme. M. Prou estime même que « s’il y a en France
un lieu où notre langue, telle que les auteurs classiques l'ont fixée,
puisse trouver un refuge, s’il est un corps qui soit capable d’en arrêter
la décomposition et même de la ramener à sa forme naturelle, c’est
l'Ecole des chartes.
< En effet, nous étudions les monuments anciens de notre langue qui
deviennent familiers, je ne dirai pas aux seuls philologues, mais à
tous ceux qui se donnent à l'histoire des âges postérieurs au xn e siècle.
La recherche de l’origine des mots permet d’en connaître le sens pré¬
cis ou de se rendre compte de leurs changements de valeur; la con¬
naissance de la construction des phrases en bas-latin nous explique
les bizarreries apparentes de la syntaxe française et ces gallicismes
devant lesquels nos contemporains reculent souvent effarouchés, faute
de les connaître. Enfin, n’est-ce pas dans les vieux auteurs que ceux
de l'époque classique, et d’autres plus récents, ont retrempé la langue
épuisée par l’âge ?
« Il y a une raison pourquoi les chartistes devraient écrire le fran¬
çais mieux que personne. La connaissance du latin ne leur est-elle pas
indispensable comme elle l’est à tout historien, et non pas seulement
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709
OlfIQUE ET MELANGES.
à ceux qui traitent de l’antiquité ou à ceux qui traitent du moyen
âge, mais à tout historien? A moins que l’on ne biffe de l’histoire les
temps antérieurs au xvm* siècle, puisqu’au moyen âge le latin était
la langue des gens cultivés, que le français n’était employé que dans
la littérature frivole, que jusqu’à la fin du xvi* siècle tous les penseurs,
théologiens, philosophes, juristes, historiens, même les pamphlétaires,
et au xvii* siècle encore les théologiens et les philosophes, d’un mot
tous ceux qui provoquent et dirigent l’action, ont usé du latin pour
exprimer leur pensée... »
C’est surtout si, pour apprendre le latin, on a suivi l’ancienne
méthode, qui donnait au thème un rôle égal, sinon prépondérant, au
moins dans les commencements, à celui de la version, que l’étude
du latin contribuera à la connaissance du français et donnera à la
langue de la précision, de la souplesse et tout ensemble de la fermeté.
Car la transposition des idées du français en latin oblige à chercher
sous les mots la pensée, à analyser les phrases et à déterminer exac¬
tement la valeur de chaque vocable. Or, le thème latin a été inscrit
0
au nombre des épreuves du concours d’entrée à l'Ecole des chartes.
S’il y a un « esprit nouveau » à la Sorbonne, et plus généralement
dans l’enseignement supérieur, et si l’on constate un affaissement de
la culture littéraire, c’est hors de l’enseignement et, en tout cas,
ailleurs que dans l’enseignement des Facultés et des écoles de hautes
études qu’il en faut chercher les causes.
L’ACADEMIE DES INSCRIPTIONS
ET LES ARCHIVISTES PALÉOGRAPHES.
Depuis 1833, les noms des élèves de l’École des chartes, qui ont
obtenu au début de l’année le diplôme d'archiviste paléographe, sont
proclamés, immédiatement après le discours du président, dans la
séance publique annuelle de l’Académie des inscriptions. Les extraits
suivants des registres des procès-verbaux des séances de l'Académie
permettront de se rendre compte de l’origine et des causes de cette
coutume.
Séance du vendredi 4 janvier 1833.
M. le ministre de l’Instruction publique rappelle à l'Académie que,
d’après une disposition de l’Ordonnance royale en date du 11 novembre
1829 qui reconstitue l'École des chartes, ceux des élèves de cette
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710 CHRONIQUE ET MELANGES.
École, qui dans leurs deux années de cours auront lait preuve de
capacités et de talent, doivent obtenir des brevets d’archivistes paléo¬
graphes et avoir droit à une partie des places qui viendraient à vaquer
dans les bibliothèques autres que celle du Roi. Le ministre annonce
9
que cette année cinq élèves de l’Ecole lui ont été désignés comme
méritant les récompenses que l’Ordonnance leur permet d’espérer.
Mais, attendu que le fait se présente pour la première fois et qu’au¬
cune mesure n’a été prise pour régler le mode d’exécution de l’article
indiqué ci-dessus, le ministre prie l'Académie de lui communiquer ses
vues sur cet objet, afin que le plan qui sera arrêté dans cette occa¬
sion puisse servir de base à un règlement, que l'on adoptera d’une
manière définitive et dont l’exécution ne rencontrera à l’avenir aucun
obstacle. La Compagnie décide que cette lettre sera renvoyée à l’exa¬
men d’une Commission composée de ceux de ses membres qui font
actuellement partie de la Commission de l'Ecole des chartes et qu’un
rapport sur cette matière sera fait dans le plus court délai possible.
Séance du vendredi 25 janvier 1833.
M. le président, au nom d’une Commission nommée par l’Acadé¬
mie, d’après une lettre de M. le ministre de l’Instruction publique,
lit un rapport sur la forme et le mode de distribution des brevets
d’archivistes paléographes qu’il convient d’accorder aux élèves de
l'École des chartes qui se sont distingués par leurs progrès et leurs
talents. La Commission est d’avis que ces brevets soient décernés
chaque année dans la séance publique de l’Académie royale des ins¬
criptions et belles-lettres. L’Académie adopte les conclusions du
rapport.
Séance du vendredi 8 février 1833.
M. le ministre de l’Instruction publique annonce dans une lettre [du
2 février] que les brevets d’archivistes paléographes qui, d’après l’Or¬
donnance du H novembre 1829, doivent être décernés aux plus
habiles élèves de l’École des chartes, seront rédigés dans la forme
indiquée par l’Académie et que les noms de ces élèves seront procla¬
més dans les séances publiques annuelles de la Compagnie.
M. Champollion-Figeac adresse à l'Académie les noms des élèves
pensionnaires que l’École des chartes a nommés pour les années 1833
et 1834. Ce sont MM. Fallot, Rédet, L. David, Douât d’Arcq, Thomassy
et Levassor.
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CHRONIQUE ET MÉLANGES.
711
DATE D’UNE MINIATURE
D’UN MANUSCRIT DE CHARLES V.
L’un des manuscrits le plus justement célèbres de la « librairie » de
Charles V est la Bible « historiale », conservée aujourd’hui au musée
Meerman-Westreenen, à La Haye, et qui fut donnée au roi par son valet
de chambre, Jean de Vaudetar 1 2 3 4 . La miniature initiale, où le roi est
représenté recevant des mains de Jean de Vaudetar ce très beau
manuscrit, est bien connue depuis qu’un fac-similé en couleur en a
été publié par Jules Labarte dans Y Inventaire du mobilier de
Charles V *. Mais l’éditeur a omis de reproduire l’inscription en lettres
d’or, qui, dans l’original, est placée en regard de la miniature. Voici le
texte de l’inscription, plusieurs fois imprimé 3 et intéressant à divers
titres, notamment par les indications chronologiques qu’il fournit :
« Anno Domini millesimo trecentesimo septuagesimo primo istud opus
pictum fuit ad preceptum et honorent illustras] principis Karoli, regis
Francie, etatis sue tricesimo quinto et regni sui octavo ; et Johannes
de Brugis, pictor regis predicti, fecithanc picturam propria sua manu. »
Ces lignes paraissent suffisamment claires par elles-mêmes. Encore
est-il nécessaire de les bien entendre et d’en tirer tout ce qu’elles
contiennent. En premier lieu, Charles V étant né le 21 janvier 1338 et
non le 21 janvier 1337, suivant l’opinion longtemps admise 4 * , il faut
forcer d'une unité le millésime de l'année et lire 1371 v. st. ou 1372 n. st.,
pour qu’il y ait concordance entre ce millésime et l’âge du roi, tel qu’il
est indiqué.
De plus, le fait relaté dans l’inscription est postérieur au 21 jan¬
vier 1372, date à laquelle le prince est entré dans sa trente-cinquième
année 8 . Il est aussi, puisqu'on le rapporte à la huitième année du règne,
antérieur au jour de Pâques (28 mars) 1372, point de départ d’une nou¬
velle année, la neuvième 6 . Mais, de cela, nous avons une preuve directe,
1. L. Delisle, Recherches sur la librairie de Charles V, partie I. Paris,
H. Champion, 1907, in-8*, p. 74-76 et 148-149.
2. Paris, Impr. nat., 1879, in-4*. (Collection de Documents inédits.)
3. Je me contenterai de renvoyer aux deux ouvrages suivants : H. Bouchot,
Inventaire des dessins exécuter pour Roger de Gaignières, etc. (Paris, Plon,
1891, in-8*), t. I, p. 44, n* 338; L. Delisle, Recherches sur la librairie de
Charles V, t. I, p. 148-149. — Gaignières, qui avait fait copier la miniature,
avait également fait reproduire l'inscription avec beaucoup de soin et en lettres
d’or, comme dans l'original (Bibl. nat., Cabinet des estampes, Oa 12, fol. 4-6).
4. Histoire de Charles V, t. I, p. 1 et n. 1.
5. Charles V est né le 21 janvier, jour de la fête de sainte Agnès.
6. La huitième année du règne va du 6 avril 1371 au 28 mars 1372, d’une
fête de Pâques a l’autre.
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712
CHRONIQUE ET MELANGES.
car on sait que la Bible a été offerte à Charles V par Jean de Vaudetar
le 28 mars, c'est-à-dire le jour même de Pâques 1 .
La grande miniature, reproduite par Labarte, a donc été achevée
entre le 21 janvier et le 28 mars 1372. L’intérêt de cette constatation
est mince, je le concède, mais, en pareille matière, il est assez rare de
pouvoir apporter des précisions, et c’est pourquoi les observations qui
précèdent, si minutieuses soient-elles, ne m’ont pas semblé tout à fait
superflues.
R. Delachenal.
NOTE CRYPTOGRAPHIQUE
DANS UN MANUSCRIT DE JEAN DE TRITENHEIM.
La Bibliothèque royale de Berlin a fait récemment l'acquisition d’un
manuscrit nouveau, datant du xiv« ou xv* siècle, des Rerum Saxoni-
carum libri III de Widuking de Corvey, qui a jadis appartenu au
célèbre bibliographe Jean de Tritenheim, abbé de Saint-Jacques, près
Würzburg (1506-1517), et qui vient d’être l’objet d’une savante notice
de M. O. Hôlder-Egger, publiée dans le Neues Archiv (t. XXXV,
p. 776). A la description du volume est jointe une planche en photo-
typie qui reproduit une note autographe de Jean de Tritenheim, tracée
sur le dernier feuillet, et dont voici la transcription :
« Anno Domini w. 2d. rb., tercio idus octobris, ego Joannes Trite-
< mius abbas pro isto codice dedi abbati et monasterio divi ifflurifouaet
« {tyètr)0rnri8c«c4iYéa opuscula sancti Anselmi. Consenserunt abbas, prior
« et seniores. »
Dans cette note, la date et le nom de l'abbaye d'où provenait le
volume ont été tracés en caractères cryptographiques, dont l'explication,
retrouvée par M. le D r Emile Jacobs dans la Polygraphia de Jean de
Tritenheim, a été très ingénieusement exposée par lui dans la même
revue (t. XXXVI, p. 203-208).
Dans la date le millésime manque, et 2d qui, d’après la table de la
valeur numérale des lettres donnée à la fin du livre V de la Polygra¬
phia, aurait la valeur de 104, doit être interprété, semble-t-il, 400; rb
correspond bien à 92 et on a ainsi la date : 1492. Quant au nom de
l’abbaye d’où provenait le volume, Jean de Tritenheim pour l’écrire
s’est servi d’une simple combinaison indiquée au livre VI de sa Poly¬
graphia et dans laquelle les lettres de l’alphabet latin, suivant leur
1. L. Delisle, op. cit., t. I, p. 76.
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CHRONIQUE ET MELANGES. 713
numéro d’ordre, se trouvent désignées par la valeur numérale des
lettres ou chiffres grecs, ainsi qu’il suit :
abcdefghi klmnopqrst
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19
a ^ y 8 e ç Ç v) 0 t la ip ty i3 u iç iÇ iij tô
On peut facilement lire ainsi le nom dissimulé par ce cryptogramme
et qui n'est autre que celui de la célèbre abbaye de Saint-Pantaléon de
Cologne :
te a ty i$ a ta e (6 iy 0 ctj 0 ty y t{ ta t3 ty 0 a.
15 1 13 19 1 11 5 14 13 9 18 9 13 3 14 11 14 13 9 1.
Pan taleonis in C o l o n i a.
ADDITIONS DE M. L. DELISLE
A SON EXEMPLAIRE DES
ÉTUDES SUR LA CLASSE AGRICOLE EN NORMANDIE.
La riche bibliothèque ainsi que les nombreux papiers et notes his¬
toriques et paléographiques de M. Léopold Delisle ont été récemment
déposés à la Bibliothèque nationale par les soins de son frère M. Xavier
Delisle, en conformité des intentions maintes fois exprimées de son
»
vivant 1 2 * * * par le regretté maître dont l'Ecole des chartes gardera fidè¬
lement la mémoire. Parmi ceux des livres qui sont ainsi entrés dans
nos collections nationales se trouve un exemplaire de ses Études
sur la condition de la classe agricole et l’état de l’agriculture en
Normandie au moyen âge 9 , portant de nombreuses notes et addi¬
tions marginales de la main de M. L. Delisle. Ces notes, dont
quelques-unes ont été coupées par le couteau du relieur, sont impri¬
mées plus loin ; elles formeront une sorte de complément des Addi¬
tions et corrections déjà données par l’auteur aux pages 731-740 de
ses Études. La plupart remontent à une date ancienne et ont été
ajoutées peu après la publication du livre; elles sont empruntées
principalement au registre F de Philippe-Auguste (ms. latin 9778;
1. Voir notamment Bibliothèque de t École des chartes (1909), t. LXX, p. 244.
2. Évreox, 1851, in-8*, lvi et 758 p. Ouvrage couronné et publié par la
Société libre d’agriculture, sciences, arts et belles-lettres de l’Eure. — Il en a
été publié une reproduction par le procédé anastatique à la librairie Honoré
Champion en 1903.
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il
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714 CHROIUQUB ET H8LARGES.
anc. ms. 9852,3) et aux collections de chartes normandes de Léchaudé
d’Ânisy, aujourd’hui conservées à Caen dans les archives départemen¬
tales du Calvados.
Page 5, note 18 : Roger, abbé du Bec, céda à l’abbaye de S. André
c très vavassorios >. Collection Léchaudé, S. André , 2.
P. 6, n. 25 : 1248. Relaxatio hommagii, relevii et servicii equi, que
ab eisdem (canonicis S. Barbare) petebat (Rog. de Rupetra) ratione
cujusdam vavassorie in parrochia de Canapevilla site. Coll. Léchaudé ,
S* e Barbe, I, n° 25. — 1311. Procès au sujet d’un « servise de cheval
masie », entre l’abbesse de Caen et certains hommes d'Oistreham,
qui étaient en hommage « de certaine vavassourie ». Coll. Léchaudé,
Trinité, I, n° 130.
P. 7, en marge de la ligne 7 : Dominus de Waquel... debet tenere
unum militera vel v. vavassores quando submonetur. Reg. Phil.-Aug.,
ms. 9852,3, fol. 224 v°. Inquis. de foresta Leonum.
P. 34, n. 10 : Vers 1190. Bordagium quod est juxta suum gardinum
et duo alia bordagia que sunt juxta ecclesiam de Molins. Carta Gil-
leb. de Pruilaco; orig. Coll. Léchaudé, S. André, n° 64. — Vers
1210. Omnes dicti homines debent habere festagium, scilicet festum
et 8ex chevronos, et pro hiis debet bordellum vi. den. et domus
xii. den. Inquisitio de foresta Andel. Reg. Phil.-Aug., ms. 9852,3,
fol. 218 v.
P. 35, n. 18 : 1262. Masnagium. Carta Hugonis Gaufridi; orig.
Coll. Léchaudé, Trinité, I, 75.
P. 36, n. 19: 1250. A Montgommerï domum meam de Monte Oomeri
cum masura. Carta Rie. Berart ; orig. Coll . Léchaudé, S. André,
n° 51.
P. 37, n. 36 : 1277. Unam virgatam et dimidiam in sua crota. Carta
offlcialis Bajocensis. Coll. Léchaudé, S u Barbe, 1, n° 30.
P. 37, n. 37 : Vers 1200, dans le Maine. Quandam oscham terre
continentem decem et octo ortulos. Charte de Rad. Porcus pour
Savigni. Coll. Léchaudé , Savigni, I, 13. —1235. Au Boshion : Cum
vin. acris terre sitis apud Boleel inter terras de Aureis vallibus et
ouchas de Bosco Huon. Carta Johannis de Bosco Huon. Archives
de VHôtel-Dieu d’Évreux.
P. 39, n. 42 : Voy. une sentence du bailli d’Alençon (1339) pour
l’abbaye de 8. André. Coll. Léchaudé, S. André , n° 69.
P. 51, n. 105 : 1221. Au Vaudreuil : Unam acram et dimidiam ad
pascua boum, quas St. Medietarius tenebat de nobis ad medietatem.
Reg. Phil.-Aug., ms. 9852,3, fol. 201 v®.
P. 57, n. 15 : 1252. A Ouilli : Sex panes siliginis saanatos ad
Natale. Charta Will. le Guerrier; orig. Coll. Léchaudé, Vignats , 7.
P. 59, n. 28 : Voy. plusieurs exemples du mot droitura avec ce
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CHRONIQUE ET MÉLANGES. 715
sens dans un censier du xm* siècle. Chart. Portus-Regii, ms. 130
[latin 10997], fol. 122.
P. 61, n. 36 : 1179. A Landisac : Auxilium Sancti Jobannis. Chart.
Sav. in episc. Baioc., n° xlv.
P; 63, n. 50 : 1302. A Ouville (Cart. de S.-Pierre-sur-Dive) : Item,
treis souz pour une reseantisse, etc. Lettre du vicomte d'Auge. Coll.
Léchaudé, Grès tain, n° 3.
P. 65, n. 61 : 1252. A Ouilli : Berbiagium de tercio anno in tercium
annum. Coll. Léchaudé, Vignats, 7.
P. 68, n. 84 : 1302. A Ouville (Cart. de S.-Pierre-sur-Dive) : In
redditibus serviciis, hommagiis, trincessimis, releviis. Carta Rob. de
Trembleio ; orig. Coll. Léchaudé , Grestain.
P. 80, n. 141 : 1252. A Ouilli : Cum omnibus precariis et herciatu-
ris. Coll. Léchaudé, Vignats , 7.
P. 87, n. 189 : Sur le ban de Gaillon, voy. Deville, Comptes de
Gaillon, p. ix.
P. 90, en marge de la 1. 11 : 1252. Julienne, abbesse de Caen,
racheta de t Lucas de Vallibus prandium de festo S. Trinitatis quod
ipse habebat in dicto festo in abbatia S. Trinitatis. » Carta Juliane
abbatisse; orig. Coll. Léchaudé, Trinité, I, n° 70.
P. 95, n. 6 de la p. 94, le texte de la pièce citée a été corrigé sur le
Reg. Phil.-Aug., ms. 9852,3, fol. 1 v°. L 2 : aliorum virorum religio-
sorum necnon burgensium et aliorum proborum virorum de com¬
mun!. — L. 3 : boni hommes viri et fideles. — L. 5 : pro hiis probis
fuerint. — L. 7 : et illi xij nominati ab eis jurabunt. — L. 9 : dictam
talliam, nec parcent alicui, nec aliquem gravabunt odio vel amore, pre-
cio vel timoré, seu quo umque alio modo et assidebunt dictam talliam.
— L. 10-11 : tallie. Eligentur etiam... alii iiij or . — L. 12 : et scribentur
nomina eorum secreto tamen ita. — L. 13 : publicetur... scriptura
facta. — L. 16 : ab illis ipsis prestito.
P. 117, n. 41 : Bonnes gens, je vous recommande l’œuvre de ceste
eglise, qui a peu de rentes, etc. Prône du dioc. d’Avranches, dans
le Manuale (in-4® goth., impr. vers 1521), fol. ccr°.
P. 132, en haut de la page : Vers 1240. Divers achats de terres (?).
Reg. Ph.-Aug., ms. 9852,3, fol. 209 r°.
P. 161, n. 96 : Vers 1190? Ut habeant (monachi S. Andree) libéré
communem pasturam ejusdem ville (de Livarroth) animalibus suis.
Carta Will. Crespin. Coll. Léchaudé, S. André, n° 18.
P. 167, n° 116 : 1395. A Airan : La commune d'autre but. Coll.
Léchaudé, S. André, n° 7. — 1431. A Agi : D’un bout sur la com¬
mune. Coll. Léchaudé, S ,e Barbe, I.
P. 176, n. 9 : Cf. l’Instruction de 1408, apud D. Martene, Ampl.
coll., VII, 416.
P. 192, n. 77 : Banelée de sablon. Comptes de Gaillon, 19, etc. —
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716
CH&ONIQUE ET MELANGES.
Au bas de la page : Civière. 1416 : Pro quadam chiviere à fisseaulx.
Comptes d’Orval, 19 r°.
P. 193, n. 82 : Brouete. Comptes de Gaillon, p. 5, 10.
P. 229, en marge de la 1.11 : En 1050, les moines du Mont S. Michel
achètent une faveur de Main, évêque de Rennes, « pretio xx. solidorum
cenomannensium atque unius equi badii bene ambulatorii ». Carta
Maint, Redonensis episc.; orig. Coll . Léchaudé, Mont S. Michel,
n° 14.
P. 231, en haut de la page : En 1154, Jean, comte d’Eu, reçut
« unum dextrarium » de Roger de Montbrai, à qui il faisait une con¬
cession. Coll. Léchaudé, S. André, 3.
P. 246, n. 121:1414. Et xxvi. b. (ordei) vadunt impingando porcos...
Et vin. b. cum dimidio (ordei yvernag.) vadunt impingando porcos.
Comptes d’Orval, fol. 2 v°.
P. 274, en haut de la page : [Carta Thomæ Mali] Filiastri; orig. Coll.
Léchaudé, S* e Barbe, I, n° 18.
P. 278, n. 38 : Vers 1200. Quinque acras in prato et in rosaria.
Carta de Olleio; orig. Coll. Léchaudé , Barbey n° U. — 1234.
Apud Putot : Prata et roserias. Carta S. Ludovici. Reg. Phil.-Aug.,
ms. 9852,3, fol. 208 v°.
P. 297, n. 1 : Vers 1215. Terra cultilis. Carta Math, de Fauc.; orig.
Coll. Léchaudé, S 1 * Barbe, I, 20.
P. 297, n. 2 : Cf. D. Carpentier, v° Ahenagium.
P. 303-304, n. 28 : L’original est aux archives de la Seine-Infé¬
rieure, muni de onze sceaux. Il fournit d’importantes rectifications
[notées en marge].
P. 315, n. 97 : 1414. Recep. lxii. b. vennaturarum. Comptes d’Or-
val, fol. 3 r®.
P. 315, n. 102 :1414. Recep. n m vi ec pesas et de vechas... Le favas...
Le seglas et yvenagas valuit. Comptes d’Orval, fol. 3 r®.
P. 331, n. 90 : 1409. A Cauvicourt : Le moulin à voide. Coll.
Léchaudé, S. André , n° 77.
P. 338, en marge de la 1.17 : 8 janvier 1412, n. st. Arch. Seine-Inf.,
Bondeville.
P. 339, en marge de la 1.12 : 21 novembre 1450. Arch. Seine-Inf.,
Bondeville. — En marge de la 1. 15 (8° bis) : 1454. Louis de Boneur,
dict de la Rochette, conseiller maistre d’ostel du roi et maistre enques-
teur de ses eaues et forests en Normandie et Picardie. Arch. Seine-
Inf., Bondeville. — Au bas de la page (11°) : 25 mai 1465. Guillaume
de Casenove, dit Coulomp, escuier, vice-amiral de France, maistre
enquesteur en Normandie et Picardie. Arch. Seine-Inf., Bondeville.
P. 340, en marge de la 1. 8 (12° bis) : 1491. Jehan de Coulandes,
escuier, seigneur d'Épretot, maistre enquesteur. Arch. Seine-Inf.,
Bondeville.
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CHRONIQUE ET MELANGES. 717
P. 346, n. 58 : 1225. A la Haie-Malherbe : Et plesseicium circa pla-
teas illas. Caria Ludovici VIII. Reg. Phil.-Aug., ms. 9852,3,
fol. 206 r°.
P. 351, n. 82 :1416. Quadrigando jannium coquendo fabas. Comptes
d’Orval, fol. 19 r°.
P. 357, au bas de la page : 1283. Apud Cadomum juxta arborem
de Vaucheules. Coll. Léchaudé, Troam, 107.
P. 367, en marge de la 1. 19 : Fagotarii Longip[ontis] ... fagotos
quos ex.... faciunt. Reg. Phil.-Aug., ms. 9852,3, fol. 22...
P. 395, en haut de la page : xii® s. In qua (parrochia S. Germani
Angou) grangiam unam edificaverant monachi de Barbere infra metas
a Cisterciensis ordinis patribus constitutas, unde sanctimoniales (de
Vileirs) conqueri cogebantur. Coll. Léchaudé, Villers, 9.
P. 396, n. 310 : 1200. Apud Choenol, campum de Loncboel ...ta
Leticie de Bruecort; orig. Coll. Léchaudé, Villers, 6.
P. 413, n. 388 : 1212, dans la forêt de Compiègne : In ballivia Corn-
pend, que durât de bosco. Reg. Phil.-Aug., ms. 9852,3, fol. 219.
P. 435, en marge de la 1. 13 : Les vignes d’Évreux sont citées en
1237 (Chartul. S. Nich. Ebrolc., n° 17) et en 1250.
P. 459, note, § 5, après 1409-1410 : Cf. un compte de 1503. Comptes
de Gaillon, p. 32.
P. 463, en haut de la page : 9 avril 1415. ... pro... dictorum messo-
rum. Comptes d’Orval, fol. 10 r°.
P. 469, n. 332 : 1230. Ipsi tenentur venire ad meum pressorium
esnam vini dicte vinee pressorare. Chartul. S. Nich. Ebrolc., n°42.
P. 484, n. 80 : En novembre 1851, M. Guérard m'a montré dans un
ms. du x* s., contenant des traités de médecine et proposé à la Biblio¬
thèque nationale, une recette pour la préparation du moret. Cette bois¬
son se composait de quatre parties de jus de mûres (jus morœ silves-
tris) et d’une partie de miel.
P. 485, n. 1 : Vers 1190. Gardinum quod fuit Hugonis de Gibori.
Carta Gilleb. de Pruilaio; orig. Coll. Léchaudé, S. André , 64. —
1252. Gardignum. Carta Joh. de Pierrette; orig. Coll. Léchaudé,
S u Barbe, I, 27.
P. 485, n. 2 : Vers 1200. Cortillagium. Carta Leticie de Bruecort;
orig. Coll. Léchaudé, Villers, 6.
P. 486, au bas de la page : 1417. Pro portando bletam, faciendo pra-
tellum apud Constancias. Comptes d’Orval, fol. 29 v®.
P. 487, en haut de la page : 1417.apud Esenguer-
villam faciendo tonnellas orti apud Constancias. Comptes d’Orval,
fol. 29 v®.
P. 500, n. 75 : Avant 1204, à Évreux : Usque ad insitam Yveti et
... usque ad permanerium. Carta Rad. de Esneutrevilla. Chart.
S. Nich . Ebrolc., n® 35.
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718
CHRONIQUE ET MELANGES.
P. 513, n. 5 :1220, à Crépi : Molendinum de Choisellis. Carte Phil.-
Aug., Reg. Phil.-Aug., ms. 9852,3, fol. 86r°.
P. 516, n. 32 : 1218. Non poterunt facere molendinum apud Bono-
lium, nec ad aquam, nec ad ventum, nec ad equos, nec alio modo.
Carte Phil. reg., Reg. Phil.-Aug., ms. 9852,3, fol. 167 v*. — 1218.
Autorisation de construire • apud Meriacum molendinum ad ven¬
tum ». Ibid., fol. 203 r°. — 1220. Autorisation de construire à Crépi
« molendina ad ventum ». Ibid., fol. 86 v°.
P. 521, n. 54 : 1241. Pro omni m[olta] sicca vel alia; Sym. de Sepi-
bus. Coll. Léchaudé, S. André, n°
P. 529, n° 10 : 1240, ad mensuram nostri granarii. Carte Ph. abba-
tis Darbereii. Coll. Léchaudé, S u Barbe, I, 26.
P. 541, n. 67 : Sous Henri I er , dans la charte de fondation du
prieuré d’Orval : Heddebat duos busellos frumenti. Comptes d’Orval,
fol. 31 v°.
P. 542, en haut de la page : [Nov.] 1270. v. boissellos frumenti, et
unam minam ordei et decem reis avene ad mensuram Falesie. Carte
Rob. de S. Martino; orig. Coll. Léchaudé, S. André , n° 59.
P. 543, n. 94 : Vers 1190. Dans une charte il est question d’une pen¬
sion de 15 setiers de blé. Coll. Léchaudé, Villers, 8. Dans un acte
peu postérieur on parle de la moitié de cette pension, qu'on estime à
7 setiers, 1 mine. Ibid., 5 et 7.
P. 568, n. 269 : 1234. A Putot : In quatuor asqueriis salis, u. s. t.
Carte S. Ludovici, Reg. Phil.-Aug., ms. 9852,3, fol. 208 v°.
P. 569, en marge de la 1. 5 : Corde de bois en 1503. Comptes de
Gaillon, p. 31.
P. 571, n. 291 : xin* s. Et treces cepis. Chart. Portv^-Regii,
ms. 130 [latin 10997]. — 1388. Une tresse d'oignons. Lettre du comte
d’Alençon ; orig. Coll. Léchaudé, Falaise,...
P. 587, n. 73 : 1415. Item ix. b. quos illi qui debent solverunt ad
precium regis. Comptes d’Orval,...
P. 587, n. 74 : 1195. A S^Quentin-en-Vermandois : Nullus panifex
panem faciet nisi ad obolum. Reg. Phil.-Aug ., ms. 9852,3, fol. 83 r°.
P. 665, pièce v, ligne 4 : unam acram ; Cosin Esgare unam acram ;
Osberno Huelin unam acram ; psberno Samedi. — L. 6 : Radulfo de
Quercu.
P. 666, 1. 2 : xv. boissellos. — L. 6 : Cartul. de Préaux, n° 203.
P. 673, pièce ix, 1. 1 : Census de Bretevilla, I. de Versone.
P. 734 (add. et corr. p. 260) : Le ms. catalogué sous le n° 2251 du
Catalogue de M. Grille [Angers, 1851] contient un volumineux traité
sous ce titre : < Liber de proprietatibus apum ». — Il y a un court
traité sur les abeilles dans le ms. suppl. lat. n. 21 [latin 9328].
P. 738 (add. et corr. p. 357, 1. 14) : 1222. Usque ad ulmum de Mar-
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CHRONIQUE ET MÉLANGES. 719
chesbarnei. Carta Phil.-Aug. pro communia Chambliaci, Reg.
Phil.-Aug., ms. 9852,3, fol. 87 v°.
Errata : P. 677, xi, 1. 2, lire : Relicta. — P. 681, xxxi, 1. 2, lire :
Galt. — P. 685, xlix, 1. 7, lire : fuit.
LA NOUVELLE SOCIÉTÉ PALÉOGRAPHIQUE
DE LONDRES.
La huitième partie de The New Palaeographical Society, qui
vient de paraître par les soins de Sir E. M. Thompson, de Sir G. F.
Warner et de M. F. G. Kenyon, comprend les planches 176 à 200 de
cette importante collection, dont voici le détail :
176 a et b. Quittance et contrat de mariage, à Alexandrie ; papyrus
grec du i or siècle av. J.-C. — Berlin, Musées impériaux, papyrus 65 R
et 66 R.
177. Protocole d’un livre de comptes grec-arabe ; papyrus de l’an¬
née 706-707. — Londres, British Muséum, papyrus 1473.
178. Octateuque; ms. grec du xi* siècle. — Parham Library,
Zouche ms. 66.
179 a. Actes des Apôtres; ms. grec daté de 1044. — Londres,
British Muséum, Additional ms. 20003.
179 b. Actes et Êpîtres; ms. grec daté de 1087. — Londres, British
Muséum, Harley ms. 5537.
180. Évangiles; ms. grec daté de 1366. — Londres, British Muséum,
Burney ms. 18.
181. Chronique, dite de Frédégaire; ms. en onciale latine, anté¬
rieur à 678 (?). — Paris, Bibliothèque nationale, ms. latin 10910.
182. Évangiles; ms. en onciale latine du vm* siècle. — Oxford,
Bibliothèque Bodléienne, Bodley ms. 857 (Auct. D. 2. 14).
183 a et b. Martyrologe de S. Jérôme; ms. en minuscule anglo-
irlandaise du vm a siècle. — Paris, Bibliothèque nationale, ms. la¬
tin 10837.
184. S. Jérôme, Commentaire sur les Épîtres de S. Paul; ms. en
minuscule anglo-saxonne du vm e -ix* siècle. — Paris, Bibliothèque
nationale, ms. latin 9525.
185-186. Sacramentaire de Drogon, évêque de Metz (830-850) ; ms.
en minuscule Caroline du ix* siècle. — Paris, Bibliothèque nationale,
ms. latin 9428.
187. Orose, Histoire universelle, traduction anglo-saxonne; ms.
du x* siècle. — Helmingham Hall (Suffolk), bibliothèque de
Lord Tollemache.
188. Pierre Lombard, Commentaire sur les Psaumes; ms. copié
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720
CHRONIQUE ET MELANGES.
pour l’archevêque de Brême, Hartwig, en 1166. — Davenham, Malvern,
bibliothèque de M. C. W. Dyson Perrins.
189-191. Psautier, en latin, avec peintures; ms. du xii* siècle. —
Glasgow, Hunterian Muséum, ms. U. 3. 2.
192. S. Grégoire, Dialogues, traduction française; ms. copié par
Angier, moine de Sainte-Frideswide d’Oxford, en 1212 [1213]. — Paris,
Bibliothèque nationale, ms. français 24766.
193. Boccace, Genealogia deorum gentilium; ms. copié à Venise
en 1388. — Londres, British Muséum, Egerton ms. 1865.
194-195. Heures, dites de Sobieski, exécutées pour Marguerite, sœur
de Philippe le Bon, duc de Bourgogne, à l’époque de son mariage avec
Arthur, comte de Richemont (1423). — Windsor, bibliothèque du roi
d’Angleterre.
196. Registre de chartes, etc., traduites en anglais, pour les reli¬
gieuses de l’abbaye de Godstow, près Oxford (1450-1460). — Oxford,
Bibliothèque Boldéienne, Rawlinson ms. B. 408.
197. Chartes anglaises, en latin et en français (1306-1328). —
Londres, British Muséum, Addit. Charter 23834 et Westminster Abbey
Muniments 6227, 12375 et Coronation II.
»
198. Inspeximus par le roi Edouard III d’un accord en Parlement
relatif à Richard d’Arundel (1331). — Londres, British Muséum, Har-
ley Charter 83, C. 13.
199 a. Charte de l’abbaye de Westminster pour Simon Montacute,
évêque de Winchester (1334-1335). — b. Registre de plaids de Gla-
stonbury (1344). — Londres, Westminster Abbey Muniments 21281, et
British Muséum, Campbell Charter xm, 19.
200. Chartes anglaises (1347-1357). — Bibliothèque du collège d’Eton,
et Londres, Westminster Abbey Muniments 7618 et 21276.
SOCIÉTÉ FRANÇAISE
DE REPRODUCTIONS DE MANUSCRITS A PEINTURES.
Une Société pour la reproduction des manuscrits à peintures vient
de se fonder à Paris ; nous extrayons de la notice en distribution les
passages suivants qui montreront le but et indiqueront les projets de
cette nouvelle Société :
« L’incendie à j amais déplorable qui a ravagé la Biblioteca nazionale
de Turin dans la nuit du 25 au 26 janvier 1904 a montré une fois de
plus la nécessité pour tous les gouvernements de préserver d’une des¬
truction complète et toujours imminente les merveilles que contiennent
leurs dépôts. L’émoi a été si vif que partout des cris d’alarme ont été
lancés, mais, hélas l bien faiblement entendus. L’Académie des ins-
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721
CHRONIQUE ET MÉLANGES.
criptions et belles-lettres, sur la proposition de M. S. Reinach et de
M. Dieulafoy, a bien émis le vœu qu’un crédit fût voté pour photo¬
graphier les manuscrits les plus précieux, la Chambre des députés a
bien été saisie d’un projet de loi resté caduc; l’indifférence des pou¬
voirs publics a laissé refroidir ces nobles intentions et le temps s’est
écoulé sans qu'aucune des mesures proposées ait été suivie d’effet...
« Cependant plusieurs conservateurs de bibliothèques, à Paris,
Londres, Bruxelles, firent paraître un certain nombre de reproduc¬
tions de peintures de manuscrits qui offraient un grand intérêt,
comme instruments de travail, mais que la prudence des éditeurs
rendait trop rares et qui se présentaient sous des formats trop réduits.
Ajoutons aussi quelques travaux de luxe, publiés isolément, qui ne
pouvaient faire concevoir aucune espérance de continuité dans l’avenir.
« C’est alors qu’émus de cette indifférence, qui menaçait de se pro¬
longer jusqu’à ce qu’un nouveau désastre vint réveiller les esprits de
leur torpeur, nous voulûmes prendre l’initiative d’une société particu¬
lière chargée de reproduire les peintures des plus beaux manuscrits
par des procédés photo-mécaniques appropriés et dans les meilleures
conditions possibles.
« Notre but est donc de constituer avec le temps un vaste Cor
pictuntrum mnnuscriptorum codicum. A moins d’exception
nous ne pouvons prévoir, nous comptons nous cantonner dans « -
classe de reproductions; le champ suffira amplement à notre act v
et nécessitera l’emploi de toutes nos ressources...
« Pour assurer la conservation et la reproduction si utiles de ces
magnifiques originaux, il nous faut le concours scientifique et pécu¬
niaire de tous les amis de l'art et de tous les érudits qui s’occupent de
la période médiévale.
« Grâce à la subvention que la générosité de M. le baron Eugène
Fould-Springer, notre président, a bien voulu mettre à notre disposi¬
tion à titre de premier encouragement, grâce encore à la libéralité de
M. Jacques Doucet, notre trésorier, le fondateur de l’admirable biblio¬
thèque d’art installée à Paris, 19, rue Spontini, qui veut bien nous
prêter le concours de ses photographes et de ses bibliothécaires, nous
avons pu constituer la Société dont il s’agit et nous sommes à même,
sans attendre les cotisations de nos futurs collègues, de commencer
nos travaux...
« Si notre Société est française par l’initiative qui l’a fait naître et
par le Comité qui la dirige, elle entend cependant être mondiale par
les collaborations sur lesquelles elle compte s’appuyer et par la nature
des publications qu’elle fera paraître. Aussi se propose-t-elle de
demander aux conservateurs des différentes grandes bibliothèques de
lui dresser par ordre d’urgence une liste des plus beaux manuscrits à
peintures confiés à leur garde et non encore publiés, et c’est dans ce
1910 4G
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722
CHRONIQUE ET MELANGES.
tableau qu'elle choisira, au fur et à mesure que ses ressources le lui
permettront, les spécimens à reproduire des différents siècles et des
différentes écoles.
« En attendant, sur la proposition de M. Henri Omont, et pour réali¬
ser ainsi un rêve souvent caressé et toujours ajourné de M. Léopold
Delisle, le grand érudit dont le monde savant pleure la perte récente,
nous nous sommes décidés à choisir, comme premier objet de notre
activité, la reproduction intégrale de tous les feuillets d’une splendide
Bible moralisée, que l’on peut mettre au rang des plus admirables
travaux que les artistes français aient produits au xm® siècle...
« Cette Bible, qui comprend 638 feuillets, enluminés d’un seul côté,
est ornée de plus de cinq mille médaillons peints, disposés au nombre
de huit sur chaque feuille, à raison de quatre par colonne et placés en
regard du texte correspondant des livres saints et des commentaires
moraux et exhortatifs qui l’accompagnent et l’éclairent.
« L'exemplaire que nous avons décidé de reproduire forme trois tomes,
divisés arbitrairement et aujourd’hui séparés par la vicissitude des
temps. Le premier se trouve à la bibliothèque Bodléienne d’Oxford ;
le second, provenant de Saint-Germain-des-Prés, est conservé à
Paris dans notre Bibliothèque nationale, et le troisième fait partie du
fonds Harléien au British Muséum. Huit feuillets, seuls subsistants d’un
second exemplaire et qui permettent de compléter le premier, ont été
recueillis par M. Pierpont Morgan dans sa riche collection de New-York.
« Cette reproduction, pour laquelle nous avons obtenu les autorisa¬
tions nécessaires, formera quatre volumes des publications de la
Société : le 1 er renfermera la préface et 140 planches environ; les 2 e
et 3* comprendront 180 planches chacun ; le 4 e contiendra 140 planches
et les index. Ce dernier volume donnera en plus une vingtaine de
planches tirées des miniatures d’autres Bibles allégorisées, historiées
ou moralisées, dispersées dans différents dépôts d'Europe...
« Entre temps, si nos ressources le permettent, nous comptons don¬
ner la reproduction complète d’un ou deux manuscrits d’un autre
genre, d'une autre époque ou d’une autre école, moins importants,
mais toujours de premier ordre.
« Comité directeur. — Président : M. le baron Eugène Fould-
Springer. Vice-présidents : MM. Émile Picot et Henri Omont.
Secrétaire : M. le comte Alexandre de Laborde. Secrétaire adjoint :
M. Amédée Boinet. Trésorier : M. Jacques Doucet. Trésorier adjoint :
M. Albert Vuaflart. — Comité de publication : MM. Jules Guiffrey,
comte Paul Durrieu, Henry Martin.
« La notice suivie des statuts de la Société sera adressée, franco, à
toute personne qui fera parvenir sa demande au secrétaire, M. le comte
Alexandre de Laborde, 81, boulevard de Courcelles, Paris (VIII*). »
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TABLE DES MATIÈRES
P*§e«
La frontière de la France et de l'Empire sur le cours inférieur de
l’Escaut du ix e au xm* siècle, par Ferdinand Lot. 5
Note sur un manuscrit de la bibliothèque de Charles V, par
R. Delachenal.. 33
Un prétendu voyage de Philippe VI de Valois dans le midi de
la France en 1349, par Jules Viard.39
Rouleau mortuaire de Marie, abbesse de la Trinité de Caen
(+ 1404), par R.-N. Sauvage.50
Découverte de deux importants manuscrits de la « Librairie »
des ducs de Bourgogne, par le comte Paul Durrieu .... 58
Les origines du monastère de Nouaillé, par L. Levillain . . . 241
L’ancien manuscrit de saint Hilaire, n° 483 de la bibliothèque
de l'Arsenal, par L. Delisle.299
Une prétendue dispense du mariage de Henri de Bourbon et de
Marguerite de France en août 1572, par Eugène Saulnier . . 305
Lettres de Giovanni Dalmatio au cardinal Farnèse, 1558-1559,
par Lucien Romier.311
Matériaux pour l'édition de Guillaume de Jumièges préparée
par Jules Lair, préface de Léopold Delisle.481
Le droit d’appel dénommé « appel volage » et « appel frivole »,
par Maurice Jusselin.527
Une carte française encore inconnue du Nouveau-Monde (1584),
par Ch. de La Roncière.588
Bibliographie. 72,333,602
Livres nouveaux. 152,388,654
Chronique et mélanges. 201,438,695
ERRATA.
P. 202, 1. 3, au lieu de : notre confrère M. Henry d’Arbois de Jubainvillc,
lire : M. H. Weil.
P. 203, 1. 9, au lieu de : Del&fosse, lire : Delahaye.
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TABLE ALPHABÉTIQUE*
Abbaye. — Voir Jumièges, Lé-
rins, Saint-Bénigne de Dijon,
Villers en Brabant.
Abbeville.Bibliothèque,archives,
musées, personnel, 203.
Académie des inscriptions et
belles-lettres, personnel, 202,
696; — prix, 203, 443, 698.
Académie (Lj des inscriptions
et les archivistes paléographes,
709.
Académie française. Prix, 443.
Acte inédit du roi Louis VII
(1178), 466.
Agricoles (Classes) en Norman¬
die, 713. — Salaires agricoles
à Bouilhonnac en 1511-1512,
358.
Ailly (Pierre d j, évêque de Cam¬
brai (1350-1420). Ses œuvres
françaises, 97.
Aimond (Abbé Ch.). La cathé¬
drale de Verdun. Etude histo¬
rique et archéologique, 363.
Aix. Sénéchaussée, conflit avec
le parlement Maupeou, 132. —
Université, personnel, 696.
Albe (Edmond), Les Miracles de
N.-D. de Rocamadourauxii e s.,
611.
Albon de Saint-André (Jacques
d’), maréchal de France (1512-
1562), 113.
Aléandre (Jérôme), Lettres (1510-
1540), 115.
Allemagne. Conseil privé du roi
de Germanie aux xm e et
xiv e s., 629. — L’élection des
rois allemands dans le < Cor¬
pus juris canonici », 115.
9
Allenou (Jean), élève de l’Ecole
des chartes, 695.
Amérique. Carte de 1584, 588.
Amiens. Les bûchers des stalles
de la cathédrale, 97.
*Anchier (Camille), officier de
l’Instruction publique, 202.
Andegaviana, 137.
Angleterre. Droit canon, 119.—
Etablissement des Frères Mi¬
neurs, 650. — Feuillet de la
Bible, 468. — Le sceau privé,
le sceau secret, le signet, 651.
Anglo-Saxon (The) cnronicle,
373.
Anjou. Andegaviana, 137. —
Comté, au xi* s., 72.
Antoine de Padoue (Saint), thau¬
maturge franciscain (1195-
1231), 372.
« Appel frivole », 527.
« Appel volage », 527.
Aragon (La double couronne des
rois d’), 620.
* Arbois de Jubainville (Henri d’),
discours prononcés à ses ob¬
sèques, 204.
Arc (Jeanne d’), 222. — Maison
à Orléans, 106.
Archéologie. Cours à l’Ecole des
chartes, 697. — Voir Jumièges,
Nîmes, Paris, Reims, Saint-
Philibertde G randlieu, Verdun.
Archives. Commission supé¬
rieure, 445, 697.
Archives privées. Sources de
l’histoire nationale belge qui
y sont conservées, 377.
Archives. — Voir Ardèche, Cal¬
vados, Chambre des comptes,
1. Les noms précédés d'un astérisque sont ceux des archivistes paléographes
ou anciens élèves pensionnaires de l’École des chartes.
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TABLE ALPHABÉTIQUE. 725
Charente, Colonies, Côtes-du-
Nord, Loire-Inférieure, Mar¬
seille, Ministère de la marine,
Monaco, Seine.
Archivistes paléographes (Les)
et l’Académie des inscriptions,
709.
Ardèche. Archives, personnel,
698.
Armancourt (Comte d’), C har très,
notes héraldiques et généalo¬
giques, 345.
Armoiries de la Bresse louhan-
naise, 619; —du cardinal An-
glic Grimoard, 470.
Armoiries (Les) écartelées des
conjoints, d’après les sceaux
français, 366.
Armorial général de France (édit
de novembre 1696), généralité
de Rouen, 617.
Arsenal (Bibliothèque de 1’). L’an¬
cien manuscrit de saint Hilaire,
299.
Assistance (L’) et l’État à la veille
de la Révolution (1764-1790),
133.
Assistance publique, personnel,
442.
Atlas pittoresque de la France,
480.
Aubenas. Jésuites (1601-1762),
631.
* Aubert (Félix). — Comptes ren¬
dus : l’Efficacia del diritto ca-
nonico in Inghilterra, 119;
Essai sur la connaissance et
la preuve des Coutumes en
justice, dans l’ancien droit
français et dans le système
romano-canonique, 626; His¬
toire de la dime ecclésiastique
principalement en France Jus¬
qu’au Décret de Gratien, 117 ;
le Monitoire, 633; Un conflit
entre le parlement Maupeou
et la sénécnau8séed’Aix(l774),
132 ; Un drame passionnel à la
fin du xviii* s. Le crime du
marquis d’Entrecasteaux, pré¬
sident à mortier au parlement
de Provence (1784), 634.
'Aubert (Marcel), secrétaire-ad¬
joint de la Société de l’École
des chartes, 201; sous-biblio¬
thécaire au département des
Estampes de la Bibliothèque
nationale, 697 ; autorisé à don¬
ner des leçons d’archéologie à
l’École des chartes, 697. —
Comptes rendus : l’Abbaye de
Jumièges (Seine-Inférieure),
621 ; la Cathédrale de Reims,
études sur quelques statues du
G rand portail, 623; le Château
istorique de Vincennes, t. II,
625; l’Église Sainte-Marie ou
N.-D. de Nîmes, basilique ca¬
thédrale, description archéo¬
logique, 624; Ernoul Boulin,
Alexandre Huet et les autres
huchers des stalles de la ca¬
thédrale d’Amiens, 97 ; les Ri¬
chesses d’art de la ville de
Paris. Les édifices religieux,
Moyen âge, Renaissance, 125.
•Aubry (Pierre), La musique et
les musiciens d’église en Nor¬
mandie au xiii» s., d’après le
Journal des visites pastorales
d’Odon Rigaud, 127. Notice
nécrologique, 701.
Aude (Itinéraire du prince noir
à travers le pays de 1’), 358.
Audouard (Jean), Le Monitoire,
633; Un conflit entre le parle¬
ment Maupeou et la sénéchaus-
séed’Aix (1774), 132; Un drame
passionnel à la fin du xviii* s.,
634.
Autriche. Ordonnances de chan¬
cellerie, 377.
•Auvray (Lucien). — Compte
rendu : Catalogo dei coaici
marciani italiam, a cura délia
direzione délia R. Biblioteca
nazionale di S. Marco in Ve-
nezia, vol. I, 649.
Ayen (Corrèze). Courte chronique
(1560-1585), 357.
Babut (E.-Ch.), Priscillien et le
priscillianisme, 332.
Baguenault de Puchesse, Lettres
de Catherine de Médicis. T. X.
Supplément, 613.
Bailliages de Champagne. Or-
ÎTJJdonnance de Philippe le Bel
(1294), 236.
Bar (Duché de). Les corporations
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726 TABLE ALPHABÉTIQUE.
ouvrières au xiv e et au xv°s.,
346.
* Barbeau (Louis), bibliothécaire
à Tunis, 698.
Basile I er , empereur de Byzance
(867-886) et la civilisation by¬
zantine à la fin du IX e s.,.338.
Baubet (Victor), élève de l’École
des chartes, 695.
Bauchond (M.l. Mémoires de la
f >rocession ae la ville de Va-
entienne, écrits en 1653, 108.
Baudrillart (Mgr Alf.), Diction¬
naire d’histoire et de géogra¬
phie ecclésiastiques, 370.
Bayonne. Bibliothèque, person¬
nel, 698.
'Beauquier (Charles), membre de
la Chambre des députés, 203.
Beauvais. Recueil mémorables
d’aulcuns cas advenus depuis
l’an 1573, 98.
Belgique. Sources de l’histoire
nationale conservées à l’étran-
er dans les archives privées,
77.
‘Bémont (Charles), chevalier de
la Légion d’honneur, 6%. —
Rôle gascon d’Édouard I er re¬
trouve, 219.
‘Béreux (Jean), bibliothécaire à
Bourges, 698.
* Berger (Élie), conservateur du
musée Condé, à Chantilly,
697. —Compte rendu : les Fi¬
ligranes. Dictionnaire histo¬
rique des marques du papier,
dès leur apparition vers 1282
jusqu’en 1600, 643.
*Bernus (Pierre). — Compte ren¬
du : Lettres de Louis XI. T. X
et XI, 341.
* Berthelé ( Joseph ), Enhemeris
campanograpnica, 479; Mont¬
pellier en 1768 et en 1836,105.
Bible (Un double feuillet de la)
retrouvé en Angleterre, 468.
Bibliographie générale des car-
tulaires français ou relatifs à
l’histoire de France, 92.
Bibliothèque (Instructions élé¬
mentaires et techniques pour
la mise et le .v.aintien en ordre
des livres d’une), 647.
Bibliothèque nationale. Bulletin
mensuel des récentes publica¬
tions françaises, 471, 645. —
Collection De Vinck, 125. —
Personnel, 441, 697.
Bibliothèques. Commission su¬
périeure, 696. —Voir Arsenal,
Bayonne, Bourges, Caen, Di¬
jon , Limoges, Paris, Pau,
Sèvres, Tunis, Venise.
Blancard (Théodore), Les Ma-
vroyeni. Histoire d’Orient de
1700 à nos jours, 382.
* Bloch (Camille), L’Assistance et
l’Etat en France à la veille de
la Révolution (1764-1790), 133.
*Boinet (Amédée), Les Richesses
d’art de la ville de Paris. Les
édifices religieux, Moyen âge,
Renaissance, 125.
*Bondois (Paul). — Compte ren¬
du : la Carrière d’un favori,
Jacques d’Albon de Saint-An¬
dré, maréchal de France (1512-
1562), 113.
Bordeaux. Université, personnel,
202, 442.
Borgia (Devise des), 620.
Bouché-Leclercq. — Extrait de
son discours a la séance pu¬
blique annuelle de l’Académie
des inscriptions, 203.
Bouilhonnac (Aude). Les salaires
agricoles en 1511-1512, 358.
Boulin (Ernoul), 97.
Bourbonnais (Parler) aux xin» et
xiv e s., 96.
Bourg-Saint-Andéol (Le), 354,
699.
Bourges. Bibliothèque, person¬
nel, 698.
Bourgogne (Ducs de). La littéra¬
ture française à leur cour,
367. — Manuscrits de leur li¬
brairie, 58. — Ordonnances
sur la justice, 120.
Bovet (André), élève de l’École
des chartes, 695.
Bresse louhannaise. Armoiries
et familles nobles, 619.
Briquet (C.-M.), Les Filigranes,
643.
*Bruel (Alexandre), membre de la
Commission de comptabilité
de la Société de 1’ ,cole des
chartes, 201.
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UNIVERSITY OF MICHIGAN
TABLE ALPHABETIQUE. 727
*Bruel (François), bibliothécaire
au département des Estampes
de la Bibliothèque nationale,
697 ; récompense sur le prix
Charles Blanc (Acad, franç.),
443; Bibliothèque nationale.
Département des Estampes.
Un siècle d’histoire de France
par l’estampe, 1770-1871. Col¬
lection De Vinck. Inventaire
analytique, 125.
* Brunei (Clovis). — Compte ren-
rendu : Aude sur un diplôme
de Robert le Pieux pour l’ab¬
baye de Saint-Bénigne de Di¬
jon, 603.
*Brutails (Auguste), chargé d’un
cours de paléographie à l’Uni¬
versité de Bordeaux, 442.
Bruxelles. Légation de France,
697.
Bulletin mensuel du département
des imprimés de la Biblio¬
thèque nationale, 471, 645.
Burnam (John). Commentaire
anonyme sur Prudence, d'après
le manuscrit 413 de Valen¬
ciennes, 602.
*Burnand (Robert), attaché à la
Bibliothèque historique de la
ville de Paris, 202. — Compte
rendu : Mémoires du maréchal
de Turenne. T. II : 1643-1653,
615.
Burriach (Château de), 381.
Byzance (Basile I er , empereur
de) et la civilisation byzantine
à la fin du IX e s., 338.
Caen. Abbesse de La Trinité
(1404), 49. — Bibliothèque mu¬
nicipale, catalogue des ou¬
vrages normands, 648.
Cagnat. — Discours aux obsè¬
ques: de M.d’ArboisdeJubain-
ville, 212; de M. Delisle, 455.
Cahier (Charles), élève de l’École
des chartes, 695.
*Caillet (Louis), bibliothécaire de
Limoges, 698; lauréat du prix
Gobert, 203.
‘Calmette (Joseph). — Compte
rendu : les Ordonnances aes
ducs de Bourgogne sur l’orga¬
nisation de la justice dans le
duché, 120.
Calvados. Archives, personnel,
442.
Cambrai. Evêque, voir Pierre
d’Ailly.
Cam^anographica ( Ephemeris ),
Carcassonne. La cité à la fin du
xv e s., 358. — Saint-Nazaire,
châsse de saint Gimer, 358.
Carpentras. Sous-préfet, 697.
Carreras y Candi (Francesch),
Lo Castell de Burriach d de
Sant Vicents, 381.
Carte française encore inconnue
du Nouveau-Monde (1584), 588.
Cartulaires français ou relatifs à
l’histoire de France, 92.
Castrips (Comte Henry de), Les
sources inédites de l'histoire
du Maroc de 1530 à 1845.
l r * série : Dynastie saadienne,
1530-1660, 384.
Catherine de Médicis. Lettres,
613.
Cauchie (A.), Les sources de
l'histoire nationale conservées
à l’étranger dans les archives
privées, 377.
* Cauwès ( Paul-Louis ), chargé
d'un coure d’économiepolitique
à la Faculté de droit de l’Uni¬
versité de Paris, 442; doyen
de la Faculté de droit de Paris,
202 .
*Celier (Léonce). — Compte ren¬
du : Histoire au comté du Maine
pendant les x* et xi* s., 608.
*Cnalandon (Ferdinand).— Comp¬
tes rendus : Basile I er , empe¬
reur de Byzance (867-886) et la
civilisation byzantine à la fin du
IX* 8 ., 338; les Mavroyeni, 382;
le Voyage de frère Guillaume
de Rubrouck (1253-1255), 383.
Chambre des comptes. Archives.
Registres Saint-Just, 123.
Chambre des députés, personnel,
203.
Champagne. Ordonnance de Phi¬
lippe le Bel concernant le res¬
sort des bailliages (1294), 236.
Champeaux (Ernest), Les Ordon¬
nances des ducs de Bourgogne
sur l’organisation de la justice
dans le duché, 120.
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728
TABLE ALPHABÉTIQUE.
Chancellerie allemande (Ordon¬
nances de la), 377.
Chantilly. Musée Condé, person¬
nel, 697.
Chapelles. — Voir Eglises.
* Charavay (Étienne), Lettres de
Louis XI, 341.
Charente. Archives, personnel,
442.
Charles V, 78. — Manuscrits de
sa bibliothèque, 33, 468, 711.
Charles-Quint, 378. — Chancel¬
lerie, 377. — Lettres conser¬
vées dans les archives du pa¬
lais de Monaco, 612.
Charles le Téméraire. La litté¬
rature française à sa cour, 367.
Charte (La plus ancienne) sur
papier, 238.
Chartres. Notes héraldiques et
généalogiques, 345.
Château historiquedeVincennes,
625.
*Chatel (Eugène), discours pro¬
noncés à ses obsèques, 216.
Chichmaref (V.)j Guillaume de
Machaut, poésies lyriques, 94.
Chronique : anglo-saxonne, 373;
— écrite à Ayen, 357.
‘Clédat (Léon), chargé d’un cours
de paléographie a la Faculté
des lettres ne l’Université de
Lyon, 442; doyen de cette Fa¬
culté, 696. — Compte rendu :
le Parler bourbonnais aux xin®
et xiv c s., 96.
‘Clouzot (Etienne). — Compte
rendu : Un atlas inconnu de
la dernière expédition de Drake
(1596), 652.
• ‘ -1 (Raymond), élève de
i.oole des chartes, 695.
* • • i(Claude).— Un manuscrit
. , armes du cardinal Anglic
1 «rimoard, 470.
Cocliin (Henry), Dante Alighieri,
Vita nova, 653.
Colette (Sainte), 373.
Colonies. Archives historiques,
240.
Comité des sociétés des beaux-
arts, personnel, 202.
Comité des travaux historiques,
personnel, 696.
Commission de recherches sur
l’histoire économique dans les
territoires qui ont fait autre¬
fois partie de la France, 697.
Commission supérieure des ar¬
chives, 445, 697.
Commission supérieure des bi¬
bliothèques, 696.
Conciles carolingiens, 335.
Corporations ouvrières dans les
duchés de Lorraine et de Bar
au xiv® et au xv e s., 346.
Corpus juris canonici (L’élection
desroisallemandsdansle),115.
Côtes-du-Nord. Archives, per¬
sonnel, 698.
*Couderc (Camille), officier de
l’Instruction publique, 202.
*Coulon (Auguste). — Compte
rendu : les Armoiries écarte¬
lées des conjoints d'après les
sceaux français, 366.
‘Courteault (Henri), 2 e médaille
au concours des Antiquités
nationales, 443,699 ; Le Bourg-
Sain t-Andéol, 354.
Coutumes ( Connaissance et
preuve des), 626.
Créteil (Seine). Premiers monu¬
ments de son histoire. I : Ori¬
gines. Deux monnaies méro¬
vingiennes. Le diplôme de
l’an 900, 126.
Cryptographie dans un manuscrit
ae Jean de Tritenheim, 712.
‘Curzon (Henri de). — Compte
rendu : la Musique et les mu¬
siciens d’église en Normandie
au xiip s., d’après le Journal
des visites pastorales d’Odon
Rigaud, 127.
Cybard (Saint), étude critique
d’hagiographie, 76.
*Dacier (Emile).— Notice nécro¬
logique sur Pierre Aubry, 701.
Dal-Gal (Nicolas), Saint Antoine
de Padoue, thaumaturge fran¬
ciscain (1195-1231), 372.
Dalmatio (Giovanni). Lettres au
cardinal Farnèse (1558-1559),
311.
Dambrine (E.), Créteil (Seine),
remiers monuments de 6on
istoire. I : Origines. Deux
monnaies mérovingiennes. Le
diplôme de l'an 900, 126.
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TABLE ALPHABETIQUE. 729
Décret de Gratien (Dîme ecclé¬
siastique en France jusqu’au),
m.
Dante Alighieri, Vita nova, 653.
Dejean (Etienne), président du
Conseil de perfectionnement
de l’Ecole des chartes, 696.
*Delachenal (Roland), lauréat du
Î rix Gobert, 203; Histoire de
Charles V, 78. — Date d’une
miniature d'un manuscrit de
Charles V, 711. — Note sur
un manuscrit de la biblio¬
thèque de Charles V, 33.
•Delahaye (Jules), membre de la
Chambre des députés, 203,723.
* Delisle ( Léopolo ), président
d’honneur de la Société de
l'Ecole des chartes, 201 ; dé¬
cédé, 447. — Instructions pour
la mise et le maintien en
ordre des livres d’une biblio¬
thèque, 647 ; Instructions pour
la rédaction d'un catalogue de
manuscrits et pour la rédac¬
tion d’un inventaire des incu¬
nables conservés dans les
bibliothèques publiques de
France, 647. — Additions à
son exemplaire des Etudes sur
la classe agricole en Norman¬
die, 713.—L’ancien manuscrit
de saint Hilaire de la bibliothè¬
que de l’Arsenal, 299.— Manus¬
crits bénéventains et wisigothi-
ques, 233. — Un manuscrit de
Charles V et un double feuillet
d’images de la Bible, retrouvés
en Angleterre, 468.—Une lettre
de Pascal II à Robert Courte-
Heuse, duc de Normandie, 465.
*Demante (Auguste-Gabriel), no¬
tice nécrologique, 215.
* ."irez (Eugène), Etude de di-
jilomatinno anglaise, de l'avè¬
nement d'Edouard I er à celui
de Henri VII. Le sceau privé,
le sceau secret, le signet, 651.
* Desages (Charles), archiviste des
Côtes-du-Nord, 697.
* Desplanque (Emile), archiviste
de la Loire-Inférieure, 698.
' Deville (Etienne), Index du Mer¬
cure de France, 478.
De Vinck (Collection), Biblio¬
thèque nationale, Département
des Estampes, 125.
Dictionnaire d’histoire et de géo¬
graphie ecclésiastiques, 370.
•Dieudonné (Adolphe), officier de
l’Instruction publique, 202;
Mélanges numismatiques, 130.
— Compte rendu : Une traite
de Philippe le Bel. Contribu¬
tion à l’histoire de la lettre de
change, 129.
Dijon. Abbaye de Saint-Bénigne.
Diplôme de Robert le Pieux,
603. — Bibliothèque de la
ville, personnel, 698. — Uni¬
versité, personnel, 442.
Dîme ( La ) ecclésiastique en
France jusqu’au Décret de
Gratien, 117.
Diplomatique. Discours d’ouver¬
ture du cours de M. Prou, 706.
Diplomatique anglaise, 651.
Diplôme : de l’an 900. Créteil
(Seine), 126; — de Robert le
Pieux pour l’abbaye de Saint-
Bénigne de Dijon, 603.
Doré (Robert), élève de l’École
des chartes, 695.
Doutrepont (Georges), La litté¬
rature française à la cour des
ducs de Bourgogne, 367.
Drake (Un atlas inconnu de la
dernière expédition de), 652.
Droit canon en Angleterre, 119.
— L’élection des rois alle¬
mands dans le « Corpus juris
canonici »,115. — VoirDime.
Droit français. Connaissance et
preuve des Coutumes en jus¬
tice, 626. — Droit d’appel :
appel volage, appel frivole, 527.
— Le Monitoire, 633.
*Dubus (Charles), sous-bibliothé¬
caire au département de® impri¬
més de la Bibliothèque natio¬
nale. 697.
Duchesne (Léon), élève de l’École
des chartes, 695.
* Dumas (Auguste), agrégé des
Facultés de droit (section d’his¬
toire du droit), 696; chargé
d’un cours d’histoire générale
du droit français à la Faculté de
droit de l’Université d’Aix, 696.
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730 TABLB ALPHABETIQUE.
* Dupont (Henri), notice nécrolo¬
gique, 706.
Durand (Ch.), Fouilles de Véso-
ne : compte rendu de 1908,640.
Durand (Cnanoine Fr.), L’église
Sainte-Marie ou N.-D. de
Nîmes, 624.
* Durand (Georges), Ërnoul Bou¬
lin, Alexandre Huet et les
autres huchers des stalles de
la cathédrale d’Amiens, 97.
* Durrieu (Paul), membre hono¬
raire de l’Académie royale des
beaux-arts de Milan, 441. —
Deux importants manuscrits
de la librairie des ducs de
Bourgogne, 58. — Discours
aux obsèques de M. d’Arbois
de Jubainville, 213. — Compte
rendu : Dante Alighieri, Vita
nova, 653.,
‘Duvernoy (Émile). — Les cor¬
porations ouvrières dans les
duchés de Lorraine et de Bar
, au xiv 8 et au xv c s., 346.
École des chartes. Conseil de
perfectionnement, 441, 696. —
Cours libres, 697. — Examens,
438. —Nominations : d’élèves,
695; d’archivistes paléogra-
hes, 281 ; du secrétaire, 202 ;
’un professeur honoraire, 696.
— Traitement des professeurs,
443. — L’École des chartes et
l’histoire, 706. — Voir Archi¬
vistes et Société de l’École des
, chartes.
École des lettres et sciences de
, Rouen, personnel, 698.
École française de Rome, per-
, sonnel, 697.
École régionale des beaux-arts
, de Rennes, personnel, 202.
Édouard I or . Etude de diploma¬
tique anglaise, 651. — Rôle
g ascon retrouvé, 219.
w ises et chapelles de Lyon, 99.
— Voir Nîmes, Reims, Saint-
Philbertde Grandlieu, Verdun.
*Emanuelli (François), notice né¬
crologique, 219.
* Engerand(Louis),bibliothécaire à
la Bibliothèque nationale, 441.
Entrecasteaux (Marquis d’), prési¬
dent à mortier au parlement de
Provence(1784). Un drame pas¬
sionnel à la fin du xviii* s., 634.
Ephemeri8 campanographica,
479.
Escaut, Frontière de France et
de l’Émpire, du ix a au xni 8 s., 5.
Espagne. Charles-Quint, roi, 378.
‘Espinas (Georges). — Comptes
rendus : les Corporations ou¬
vrières dans les duchés de
Lorraine et de Bar au xiv* et
au xv 8 s., 346; Histoire de
l’ancienne industrie du fer en
Lorraine, 351 ; Mélanges nu-
mismatiques, 130; Mémoires
de la procession de la ville de
Valentienne (1653), 108.
Estampe (Un siècle d’histoire de
France par 1’), 125.
‘Estienne (Charles), notice né-
. crologique, 219.
Évêques, leur mense, 336.
Faculté (La) de théologie de Pa¬
ris et ses docteurs les plus cé¬
lèbres. T. VI, 630.
Farnèse (Cardinal), Lettres à lui
envoyées par Giovanni Dal-
matio (1558-1559), 311.
Fayen ( Arnold ), Lettres de
Jean XXII (1316-1334), 111.
Ferdinand I er . Chancellerie, 377.
Feret (Abbé P.). La Faculté de
théologie de Paris. Epoque
moderne. T. VI, 630.
Filigranes (Les) du papier, 643.
‘Flicoteaux (Émmanuel).
Compte rendu : Commentaire
anonyme sur Prudence, d’après
le manuscrit 413 de Valen¬
ciennes, 602.
Flipo (Vincent), élève de l’Ecole
des chartes, 695.
Fossa (F. de), Le château histo¬
rique de Vincennes. T. II, 625.
‘Fournier (Paul). — Compte ren¬
du : Histoire de Charles V, 78.
Français (Instruction pour la
publication des anciens textes),
224.
France. Armorial général, 617.
— Atlas historique, 91. —
Atlas pittoresque, 480. — Car-
tulaires français ou relatifs à
l’histoire de France, 92. —
Dîme ecclésiastique jusqu'au
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TABLE ALPHABÉTIQUE. 731
Décret de Gratien, 117. —
Frontière sur le cours inférieur
de l’Escaut, 5. — Imprimeurs
depuis les origines de l’impri¬
merie jusqu'à la Révolution,
93. — Origine des menses au
ix* s. dans le temporel des
églises et des monastères, 336.
— La propriété ecclésiastique
aux époques romaine et mé¬
rovingienne, 336.
François d’Assise (Saint). Son
action sociale, 372.
Frati (Carlo), Catalogo dei codici
Marciani italiani, vol. I, 649.
Galante (Andrea), L’efficacia del
diritto canonico in Inghilterra,
119; L’epistolario del cardi¬
nale Cnristoforo Madruzzo
resso l’archivio di stato di
nnsbruck, 379.
Gallia typographica, 93.
‘Gandilhon (Alfred), correspon¬
dant du Comité des sociétés
des beaux-arts, 202.
* Gastineau (Marcel), secrétaire de
la bibliothèque de la manufac¬
ture nationale de Sèvres, 698.
Gauckler (P.), Rapport sur des
inscriptionslatinesdécouvertes
en Tunisie de 1900 à 1905, 641.
‘Gautier (Pierre), Étude sur un
diplôme de Robert le Pieux
ourl’abbaye de Saint-Bénigne
e Dijon, 603.
Géographie ecclésiastique. Dic¬
tionnaire, 370.
* Germiny (Maxime de), archiviste-
trésorier de la Société de
l’École des chartes, 201.
Gigord (Édouard de), Les Jésuites
(l’Aubenas (1601-1762), 631.
‘Godet (Marcel), conservateur de
la bibliothèque, archiviste com¬
munal et conservateur des mu¬
sées d'Abbeville,203.—Compte
rendu : Saint-Valéry de la Li¬
gue à la Révolution (1589-
1789), 637.
Gomme (E. E. C.), The Anglo-
Saxon chronicle, 373.
Gôrka (Alexandre), élève de
l’École des chartes, 695.
Gossart (Ernest), Charles-Quint,
roi d’Espagne, 378.
‘Grandjean (Charles), sous-chef
des secrétaires-rédacteurs du
Sénat, 442.
Gratien, Décret, 117.
‘Graziani (Paul), bibliothécaire à
Bayonne, 698.
Grimoard (Un manuscrit aux
armes du cardinal Anglic), 470.
‘Guibert (Joseph), conservateur-
adjoint au département des
Estampes de la Bibliothèque
nationale, 697.
‘Guigue (Georges). — Compte
rendu : Histoire des églises et
chapelles de Lyon, 99.
‘Guilhiermoz (Paul), membre de
la Commission de la collection
des « Mémoires et documents >
de la Société de l’Ecole des
chartes, 201.
Guillaume de Machaut. Poésies
lyriques, 94.
Guillaume (Frère) de Rubrouck.
Son voyage (1253-1255), 383.
Guillemaut (Lucien), Armoiries
et familles nobles de la Bresse
louhannaise : armoiries ou¬
vrières, armoiries particulières
et de famillçs, 619.
‘Guillemot (Étienne), officier
d’Académie, 202.
Guipuzcoans (Marins), 381.
* Halphen (Louis), chargé du cours
d’histoire du moyen âge à
l’Université de Bordeaux, 202;
chargé d’un cours des sciences
auxiliaires de l’histoire à la Fa¬
culté de lettres de l’Université
de Bordeaux, 442; le comté
d’Anjou au xi* s., 72.
Henri IV. Dispense pour son
mariage avec Marguerite de
France, 305.
Henri VII. Diplomatique, 651.
Héraldique. Chartres, 345. —
Cours libre à l’École des char¬
tes, 697. — Voir Armoiries.
‘Herbet (Félix), membre du Con¬
seil supérieur de l’Assistance
publique, 442.
‘Herbomez (Armand d’), notice
nécrologique, 460. — Comptes
rendus : Charles-Quint, roi
d’Espagne, 378; la Cité de
Liège au moyen âge, 375; les
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732 TABLE ALPHABÉTIQUE.
Sources de l’histoire nationale
conservées à l’étranger dans
les archives privées, 377.
‘Héron de Villefosse (Antoine).
— Discours aux obsèques de
M. Chatel, 218.
Hilaire (Saint), ancien manu¬
scrit, 299.
Hilaire de Barenton, L’action so¬
ciale de François d’Assise, 372.
‘Hirschauer (Charles), membre
de l’Ecole française de Rome,
697.
Histoire (L’Ecole des chartes et
1’), 706.
Huchers (Les) des stalles de la
cathédrale d’Amiens, 97.
Huet (Alexandre), 97.
Hugelmann (Karl Gottfried), Die
deutsche Koenigswahl im Cor¬
pus juris canonici, 115.
Huguet (Adrien), Saint-Valéry
de la Ligue à la Révolution
(1589-1789), 637.
Huon Le Roi de Cambrai, Vie
de saint Quentin, 93.
‘Imbert (Léo), archiviste de la
Charente, 442.
Imprimeurs de France depuis les
origines de l’imprimerie jus¬
qu’à la Révolution, 93.
Incunables (Instructions pour la
rédaction d’un inventaire des)
conservés dans les bibliothè-
3 ues publiques de France, 647.
e française. Gouverneur, 442.
Indulgence de la Portioncule et
la critique moderne, 112.
Inscriptions latines découvertes
en Tunisie de 1900 à 1905,641.
‘Isnard (Albert). — Compte ren¬
du : Inventaire analytique des
ordonnances enregistrées au
Parlement de Paris jusqu’à la
mort de Louis XII, 123.
‘Jacob (Louis), officier d’Acadé-
mie, 202.
‘Jacqueton (Gilbert). — Compte
rendu : les Sources inédites
de l’histoire du Maroc de 1530
à 1845. l r « série : Dynastie
saadienne (1530-1660), 384.
‘Jarry (Eugène), Une relique na¬
tionale. La maison de Jeanne
d’Arc à Orléans, 106.
Jean XXII. Lettres, 111.
Jean Sans-Peur. La littérature
française à sa cour, 367.
Jean de Tritenheim (Note cryp¬
tographique dans un manu¬
scrit de), 712.
« Journal des savants ». Table,
478.
Jumièges (Abbaye), étude archéo¬
logique, 621.
‘Jusselin (Maurice). — Acte iné¬
dit du roi Louis VII (1178),
466. — Le droit d’appel dé¬
nommé appel volage et appel
frivole, 527. — Ordonnance de
Philippe le Bel concernant
le ressort des bailliages de
Champagne (1294), 236.
Justice (La) dans le duché de
Bourgogne, 120.
Kurth (Godefroy), La cité de
Liège au moyen âge, 375.
‘Labande (Léon-Honoré), corres¬
pondant de l’Académie des
inscriptions et belles-lettres,
696 ; Recueil de lettres de l’em¬
pereur Charles-Quint conser¬
vées dans les archives du pa¬
lais de Monaco, 612. — Comp¬
tes rendus : Audegaviana, 137;
l’Assistance et l’Etat en France
à la veille de la Révolution
(1764-1790), 133; Recueil mé¬
morable d'aulcuns cas adve¬
nus depuis l'an 1573 tant à
Beauvais qu’ailleurs, 98; Let¬
tres inédites de J.-S. Rovère,
membre du conseil des An¬
ciens, à son frère Siméon-
Stylite, ex-évéque constitu¬
tionnel du département de
Vaucluse. 636; Ville de Mar¬
seille. Inventaire sommaire
des archives communales an¬
térieures à 1790, 103.
‘Labrosse (Henri), sous-bibliothé¬
caire au département des Ma¬
nuscrits de la Bibliothèque na¬
tionale, 697 ; officier d’Àcadé-
mie, 202.
‘La Martinière (Jules Machet de),
archiviste du Morbihan, 202;
Saint Cybard, étude critique
d’hagiographie, 76.
Lângfors (Artur), La vie de saint
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TABLE ALPHABÉTIQUE. 733
Quentin par Huon Le Roi de
Cambrai, 93.
Langlois (Ernest), chargé d’un
cours de paléographie à la
Faculté des lettres de l’Uni¬
versité de Lille, 442. — Comp¬
tes rendus : Guillaume de
Machaut, poésies lyriques, 94 ;
la Vie de saint Quentin, 93.
Langues. Catalan, xi e -xn e s.,
380. — Français. Instruction
pour la publication des anciens
textes, 224. — Parler bourbon¬
nais aux xiii° et xiv e s., 96.
Lardé (Georges). — Comptes
rendus : Note sur les divers
registres Saint-Just conservés
aux anciennes archives de la
Chambre des comptes, 123;
Rapport sur des inscriptions
latines découvertes en Tunisie
de 1900 à 1905, 641.
La Roncière (Charles de), con¬
servateur du département des
Imprimés de la Bibliothèque
nationale, 697 ; membre de la
Commission des archives au
ministère de la Marine, 202 ;
Un atlas inconnu de la der¬
nière expédition de Drake
(1596), 652. — Une carte fran¬
çaise encore inconnue du Nou¬
veau-Monde (1584), 588.
Lasteyrie (Robert de), professeur
honoraire à l’École des char¬
tes, 696; membre du Copseil
de perfectionnementde l’École
des chartes, 696; L’église de
Saint - Philibert - de - G randlieu
(Loire-Inférieure), 359. — Dis¬
cours aux obsèques de M. De-
lisle, 451.
Latouche (Robert), archiviste du
Tarn-et-Garonne, 442 ; His¬
toire du comté du Maine pen¬
dant les x e et xi e s., 608. —
Compte rendu : le Comté d'An¬
jou au xi* s., 72.
Lauer (Philippe), officier de l'Ins¬
truction publique, 202. — Con¬
seils pratiques relatifs à la
photographie des manuscrits,
Laurent (Jacques), conservateur-
adjoint de la bibliothèque de
la ville de Dijon, 698.
Laval (Victorin), Lettres iné¬
dites de J.-S. Rovère, membre
du Conseil des Anciens, à son
frère Siméon-Stylite, ex-évê¬
que constitutionnel du dépar¬
tement de Vaucluse, 636.
Lavalley (G.), Catalogue des
ouvrages normands ae la bi¬
bliothèque de Caen. I : la Nor¬
mandie considérée dans son
ensemble, 648.
*Lavergne (Géraud), Le parler
bourbonnais aux xin*etxiv 0 s.,
96.
Leblanc (André), élève de l’École
des chartes, 695.
Leblond (Victor), Recueil mémo¬
rable n'aulcuns cas advenus
depuis l'an 1573 tant à Beau¬
vais qu’ailleurs, 98.
Le Boucq (Simon), Mémoires de
la procession de Valentienne
(1653), 108.
*Le Brethon (Paul), bibliothécaire
honoraire à la Bibliothèque
nationale, 442 ; officier de l’Ins¬
truction publique, 202.
*Le Cacheux (Paul), officier de
l'Instruction publique, 202.
*Lecestre (Léon), conférencier à
l’Institut catholique, 203.
*Ledos (Eugène-Gabriel), mem¬
bre adjoint de la Commission
de publication de la Société
de rEcole des chartes, 201. —
Comptes rendus : Épheme-
ri8 campanographica, 479;
Louis XVI, étude historique,
343; Montpellier en 1768 et en
1836, 105; Table du « Journal
des savants », 478.
* Lefèvre-Pontalis (Eugène), mem¬
bre de la Commission de
comptabilité de la Société de
l’Ecole des chartes, 201.
*Lefranc (Abel), chevalier de la
Légion d’honneur, 441.
* Legrand (Théodoric). — Comp¬
tes rendus : Lo Castell de
Burriach 6 de Sant Vicents,
381 ; Documents en langue
catalane (haute' vallée du
Sègre, xi®-xn° s.), 380; Nave-
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734 TABLE ALPHABETIQUE.
gantes Guipuzcoanos, 381.
Leland (John), The itinerary in
or about the years 1535-1543,
374.
‘Lelong (Eugène), vice-président
de la Société de l’Ecole des
chartes, 201.
‘Lemaître (Henri), bibliothécaire
à la Bibliothèque nationale,
441. — Comptes rendus :
l’Abbaye de Villers-en-Bra-
bant aux xn® et xm® s., 110;
l’Action sociale de François
d’Assise, 372; Collection De
Vinck, 125; Gallia typogra¬
phies, 93; l’Indulgence de la
Portioncule et la critique mo¬
derne, 112; les Œuvres fran¬
çaises du cardinal Pierre
d’Ailly, évéque de Cambrai
(1350-1420), 97 ; Saint Antoine
de Padoue, thaumaturge fran¬
ciscain (1195-1231), 372.
Lepreux (Georges), Gallia typo¬
graphies, 93.
Lérins (Abbaye de), Histoire et
monuments, 356.
Le Hoi de Cambrai (Huon), Vie
de saint Queutin, 93.
‘Leroux (Alfred). — Comptes
rendus : Courte chronique
écrite à Ayen (Corrèze), 1560-
1585, 357; Die deutsche Kœ-
nigswahl im Corpus juris ca-
nonici, 115; Konrad und
Reichsherrschaft im 13 u.
14 Jahrh., 629.
Lesne (Abbé E.), L’origine des
menses dans le temporel des
églises et des monastères de
France au tx® s., 336.
‘Lesort (André), correspondant
du Comité des sociétés des
beaux-arts, 202; chargé du
cours de l’histoire de l’archi¬
tecture à l’École régionale des
beaux-arts de Rennes, 202.
— Comptes rendus : la Ca¬
thédrale de Verdun. Étude
historique et archéologique,
363; Dictionnaire d’histoire et
de géographie ecclésiastiques.
l® r fasc., ôlO; Priscillien et le
priscillianisme, 332.
‘Le Sourd (Auguste). — Compte
rendu : les Jésuites d’Aubenas
(1601-1762), 631.
Lettre de change (Histoire de
la), 129.
Lettres de Jérôme Aléandre
(1510-1540), 115; de Catherine
de Médicis, 613; de Charles-
Quint, 612 ; de Giovanni Dal-
matio au cardinal Farnèse
(1558-1559), 311 ; de Jean XXII
(1316-1334), 111; de Louis XI,
j 41; du cardinal Madruzzo,
379; de Pascal II à Robert
Courte-Heuse, duc de Nor¬
mandie, 465; de J.-S. Rovère,
membre du Conseil des An¬
ciens, à son frère Siméon-
Stylite, 636.
Levasseur (Émile). — Discours
aux obsèques de M. d'Arbois
de Jubainville, 208.
‘Levillain (L.), Origines du mo¬
nastère de Nouaulé, 241.
Liège au moyen âge, 375.
Lille. Université, personnel, 442.
Limoges. Bibliothèque, person¬
nel, 698.
Littérature (La) française à la
cour des ducs de Bourgogne,
367. — Commission d’histoire
littéraire de la France, 5%.
Little (A. G.). Tractatus Fr. Tho-
mae, vulgo dicti de Eccleston,
de adventu Fratrum Minorum
in Angliam, 650.
Livres nouveaux, 152, 388, 654.
Loire-Inférieure. Archives, per¬
sonnel, 698.
‘Loirette (G.), bibliothécaire à
Pau, 698.
Londres. Nouvelle Société paléo¬
graphique, 719.
Longnon (Auguste), Atlas histo¬
rique de la France depuis
César jusqu’à nos jours, 91.
Lorraine. L/ancienne industrie
du fer, 351. — Les corpora¬
tions ouvrières au xiv® et au
xv® s., 346.
‘Lot (Ferdinand), membre de la
Commission de la collection
des « Mémoires et documents »
ê
de la Société de l’Ecole des
chartes, 201 ; maître de con¬
férences d'histoire du moyen
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TABLE ALPHABÉTIQUE.
âge à la Faculté des lettres de
l’Université de Paris, 442. —
La frontière de la France et
de l’Empire sur le cours infé¬
rieur de l’Escaut du ix* au
xiii* s., 5. — Comptes ren¬
dus : The Anglo-Saxon chro-
nicle, 373; Èischofsgut und
Mensa episcopalis, 336; Monu-
menta Germaniae historiés,
concilia aevi karolini, 335;
l’Origine des menses dans le
temporel des églises et des mo¬
nastères en France au ix® 8.,
336; la Propriété ecclésiastique
en France aux époques romai¬
ne et mérovingienne, 336;
Saint Cybard, étude critique
d’hagiographie, 76.
Loubatier( Raymond-Noël), élève
de l’Ecole aes chartes, 695.
Louis VII. Acte inédit(1178), 466.
Louis XI. Lettres, 341.
Louis XVI, 343.
Luppé (Charles de), élève de
TÊcole des chartes, 695.
Lyon. Eglises et chapelles, 99.
Lyon (Université de), personnel,
442, 696.
Mabilly (Philippe), Ville de Mar¬
seille. Inventaire sommaire
des archives communales an¬
térieures à 1790, 103.
Machaut (Guillaume de), Poésies
lyriques, 94.
Madruzzo (Christoforo), Sa cor¬
respondance, 379.
Maere (R.), Notice archéologique
sur l’abbaye de Villers-en-
Brab&ntaux xn« etxni e s., 110.
Maine (Comté du), histoire pen¬
dant les x« et xi* s., 608.
Maisonobe (Abel), sous-préfet
de Carpentras, 697.
Maître (Léon). — Comptes ren¬
dus : les Écoles et l’enseigne¬
ment de la théologie pendant
la première moitié du xii* s.,
609; l’Église de Saint-Phili-
bert-de-Grandlieu (Loire-In¬
férieure), 359.
Mandrot (Bernard de), Lettres
de Louis XI, 341.
Manneville (Henri de), premier
secrétaire à la légation de
France à Bruxelles, 697.
Manuscrit : aux armes du car¬
dinal Anglic Grimoard, 470;
de Charles V, 33, 468, 711;
de saint Hilaire, 299; de Saint-
Martin de Tours, 469; de Jean
de Tritenheim, 712; n° 413 de
Valenciennes, 602.
Manuscrits. Conseils pratiques
relatifs à la photographie, 477.
— Instructions pour la rédac¬
tion d’un catalogue, 647. —
Manuscrits à peintures. Socié¬
té française ae reproduction,
720. — Manuscrits bénéven-
tains et wisigothioues, 233. —
Manuscrits ae la librairie des
ducs de Bourgogne, 58.
Maréchal de France. Jacques
d’Albon de Saint-André (lbl2-
1662), 113.
Marguerite de France, dispense
pour son mariage avec Henri
de Bourbon, 305.
‘Marichal (Paul), membre de la
Commission de recherches sur
l’histoire économique dans les
territoires nui ont fait autre¬
fois partie ae la France, 697.
— Mémoires du maréchal de
Turenne, 615.
Marie, abbesse de la Trinité de
Caen (1404), 49.
Marine (Établissement des Inva¬
lides de la). Administrateur,
442. — Voir Ministère de la
Marine.
Maroc. Histoire (1530-1845), 384.
Marseille. Inventaire sommaire
des archives communales an¬
térieures à 1790, 103.
‘Martin (André), sous-bibliothé-
caire au département des im¬
primés de la Bibliothèque na¬
tionale, 697.
‘Martin (Germain), chargé d’un
cours de législation financière
à la Faculté de droit de l’Uni¬
versité de Dijon, 442.
Martin (J.-B.), Histoire des égli¬
ses et chapelles de Lyon, 99.
‘Martin-Chabot (Fernand), offi¬
cier d’Académie, 202.
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TABLE ALPHABETIQUE.
736
‘Martin du Gard (Roger), L’ab¬
baye de Jumièges, 621.
•Martineau (Alfred), gouverneur
intérimaire de l’Inde française,
442.
* Mathieu (Georges), Courte chro¬
nique écrite a Aven (Corrèze),
1560-1585, 357.
Matrod (Henri), Le voyage de
frère Guillaume de Rubrouck
(1253-1255), 383.
Mavroyeni ( Les),histoire d’Orient
de 1700 à nos jours, 382.
Maximilien I er . Chancellerie,
377.
Médicis (Catherine de). — Voir
Catherine.
Mensa episcopalis, 336.
Menses, leur origine dans le
temporel des églises et des
monastères en France au ix*s.,
336.
« Mercure de France » (1672-
1832). Index, 478.
‘Meyer (Paul), vice-président de
la Commission supérieure des
bibliothèques, 696; président
de la section d’histoire et de
philologie du Comité des tra¬
vaux historiques, 696. — Ins¬
truction pour la publication
des anciens textes français,
224.
•Michel (Robert), membre (hors
cadre) de l’Ecole française de
Rome, 697 ; 2 e prix Gobert,
443.
*Micheli (Léopold), notice nécro¬
logique, 462.
Milan. Académie royale des
beaux-arts, personnel, 441.
Miniature (Date d’une) d’un ma¬
nuscrit de Charles V, 711.
Ministère de la Marine. Archives,
personnel, 202.
Ministère du Travail, personnel,
697.
Miret y Sans (Joaquin), Docu¬
ments en langue catalane
(haute vallée du Sègre, xi*-
xii« s.), 380.
*Mirot (Léon), secrétaire de la
Société de l’Ecole des chartes,
201 ; officier de l’Instruction
publique, 202.— Comptes ren¬
dus : l’Abbaye de Lérins, 356 ;
Atlas historique de la France
depuis César jusqu’à nos jours,
91 ; Bibliographie générale des
cartulaires français ou relatifs
à l’histoire de France, 92; la
Châsse de saint Gimer, 358;
la Cité de Carcassonne à la
fin du xv* s., 358; Nouvelles
recherches sur l’itinéraire du
Prince Noir à travers les pays
de l’Aude (29 octobre-16 no¬
vembre 1355), 358; le6 Salaires
agricoles à Bouilhonnac (Aude)
en 1511-1512, 358.
Mombritius (Boninus), Sanctua-
rium, seu vitae sanctorum, 371.
Monaco(LettresdeCharles-Quint
conservées dans les archives
du palais de), 612.
Monastère de Nouaillé, 241.
Monastères. Menses, 336.
Monitoire (Le), 633.
Monnaies tDeuxi mérovingien¬
nes. Créteil (Seine), 126.
Montpellier en 1768 et eu 183f>
105.
Monumenta Germaniae histo¬
rien, 335.
•Moranvillé (Henri), membre de
la Commission de comptabili¬
té de la Société de l'École des
chartes, 201. — Compte ren¬
du : Sainte Colette (1381-1447),
373.
Morbihan, archives, personnel,
202 .
Moreau (E. de), L’abbaye de Vil-
lers-en-Brabant aux XII e et
XIII e s., 110.
*Morel-Fatio (Alfred), membre de
la Commission de la collec¬
tion des « Mémoires et docu¬
ments » de la Société de
l’École des chartes, 201 ; mem¬
bre de l’Académie des inscrip¬
tions, 441.
*Moris (Henry), L’abbaye de Lé¬
rins : histoire et monuments,
356.
•Mortet (Charles), chevalier de la
Légion d’honneur, 696. —
Compte rendu : Bibliothèque
nationale. Bulletin mensuel
des récentes publications fran-
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I
TABLE ALPHABETIQUE.
737
çaises. Nouvelle série, 1909,
645.
*Mortet (Victor), bibliothécaire
de l re classe a la bibliothèque
de l’Université de Paris, 442.
Mullot (Henry), Nouvelles re¬
cherches sur l’itinéraire du
Prince Noir à travers les pays
de l’Aude (29 octobre-16 no¬
vembre 1355), 358.
Musées nationaux. Organisation,
444. — Voir Abbeville, Chan¬
tilly.
Musiaue et musiciens d’église
en Norjnandie au xin® s., 127.
Neuilly. École Sainte-Croix, per¬
sonnel, 443.
* Neuville (Didier), administrateur
de l’établissement des Inva¬
lides d e la Marine, 442.
Nîmes. Église Sainte-Marie, des¬
cription archéologique, 624.
Normandie. Classes agricoles,
713. — Musique et musiciens
d’église au xni® s., 127.
Nouaillé (Monastère de), Ori¬
gines, 241.
Nouveau-Monde (Une carte fran¬
çaise du) (1584), 588.
Numismatiques (Mélanges), 130.
— Voir Monnaies.
Odon Rigaud (1248-1369), arche¬
vêque de Rouen. Journal des
visites pastorales, 127.
‘Oraont (Henri), membre ordi¬
naire de la Commission de
publication de la Société de
l'École des chartes, 201 ; vice-
president de la section d’his¬
toire et de philologie du Co¬
mité des travaux historiques,
696. — La plus ancienne
charte sur papier, 238. — Note
cryptograpnique de Jean de
Tritenheim, 712. — La nou¬
velle Société paléographique
de Londres, 720. — Comptes
rendus : Instructions pour la
mise en ordre des livres d’une
bibliothèque, 647 ; Instructions
{ tour la rédaction d'un cata-
ogue de manuscrits et pour
la rédaction d’un inventaire
des incunables des bibliothè¬
ques publiques de F rance, 647 ;
1910
Itinerary of J. Laland, 374;
Lettres familières de Jérôme
Aléandre (1510-1540), 115;
Sanctuarium, seu vitae sanc-
torum, 371.
Ordonnances : enregistrées au
Parlement de Paris jusqu’à la
mort de Louis XII, 123; de
Philippe le Bel concernant le
ressort des bailliages de Cham¬
pagne (1294), 236; des ducs
ae Bourgogne sur la justice
dans le duché, 120.
Orléans. La maison de Jeanne
d’Arc, 106.
Paléographie. Cours à Bordeaux,
442; à Rouen, 698. — New
palaeographical Society, 719.
Papier (La plus ancienne charte
sur), 238. — Voir Filigranes.
Paquier (J.), Lettres familières
de Jérôme Aléandre (1510-
1540), 115.
Paris. Bibliothèque historique,
personnel, 202, 698. — Edi¬
fices religieux, Moyen âge.
Renaissance, 125. — Faculté
de théologie et ses docteurs
les plus célèbres, t. VI, 630.
— Institut catholique, person¬
nel, 203. — Parlement. Or¬
donnances enregistrées jusqu’à
la mort de Louis XII, 123. —
Rues, changements de noms,
238. — Université, personnel,
202, 442, 443. — Voir Biblio¬
thèque nationale.
Parlement Maupeou. Conflit avec
la sénéchaussée d'Aix, 132.
Parlement de Paris. Ordonnan¬
ces enregistrées jusqu’à lamort
de Louis XII, 123.
Parlement de Provence. Voir
Entrecasteaux.
Pascal II. Lettre à Robert
Courte-Heuse, duc de Nor¬
mandie, 465.
*Passy (Louis), membre de la
Chambre des députés, 203.
Pau. Bibliothèque, personnel,
203, 698.
Paul (Pierre), élève de l’École des
chartes, 695.
‘Pelletan (Camille), membre de
la Chambre des députés, 203.
47
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TABLB ALPHABETIQUE.
‘Périnelle (Georges), professeur
à l ’école Sainte - Croix-de-
Neuilly, 443.
Perrot (Ernest), Note sur les
divers registres Saint-Just
conservés aux anciennes ar¬
chives de la Chambre des
comptes, 123.
* Petit-Du taillis (Charjes). —
Comptes rendus : Etude de
diplomatique anglaise, de l’avè¬
nement d’Edouard I« r à celui
de Henri VII. Le sceau privé,
le sceau secret, le signet, 651 ;
Tractatus Fr. Thomae, vulgo
dicti de Eccleston, de adventu
Fratrum Minorum in Angliam,
650.
Philippe le Bel. Ordonnance
concernant le ressort des bail¬
liages de Champagne (1294),
236. — Traite, 129.
Philippe VI de Valois, 39.
Philippe le Hardi, duc de Bour¬
gogne. La littérature française
a sa cour, 367.
Philippe le Bon. La littérature
française à sa cour, 367.
Photographie des manuscrits.
Conseils pratiques, 477.
‘Pidoux (André), Sainte Colette
(1381-1447), 373.
Pierre d’Ailly, évêque de Cam¬
brai (1350-1420), ses œuvres
françaises, 97.
Pissard (Hippolyte), Essai sur la
connaissance et la preuve des
coutumes en justice dans l’an¬
cien droit français et dans le
système romano-canonique,
Pocquet du Haut-Jussé (Barthé¬
lemy-Marie-Joseph), élève de
l’École des chartes, 695.
* Portai (Charles), officier de l’Ins¬
truction publique, 202.
Portioncule (Indulgence de la)
et la critique moderne, 112.
Pôschl (Arnold). Bischofsgut und
Mensa episcopalis, 336.
Pottier (Edmond).— Discours aux
obsèques : de M. d’Arbois de
Jubainville, 204; de M. Delisle,
447.
* Poupardin (René), membre ad¬
joint de la Commission de pu¬
blication de la Société de
l’Ecole des chartes, 201 ; secré¬
taire de l'Ecole des chartes,
202; officier de l'Instruction
ublique, 202. — Compte ren-
S um
u :
>P<
syllabique
Tachygraphie
italienne, 465.
‘Poux (Joseph), La châsse de
Saint-Gimer, 358; La cité de
Carcassonne à la fin du xv® s.,
358; Nouvelles recherches sur
l'itinéraire du Prince Noir à
travers les pays de l’Aude
(29 octobre-16 novembre 4355),
358; Les salaires agricoles à
Bouilhonnac (Aude) en 1511-
1512, 358.
Prévost (G.-A.), Armorial géné¬
ral de France (édit de novem¬
bre 1696), généralité de Rouen,
617.
‘Prévost (Michel), bibliothécaire
à la Bibliothèque nationale,
441.
Prince Noir (Itinéraire du) à tra¬
vers les pays de l’Aude (25 oc¬
tobre-16 novembre 1355), 358.
‘Prinet (Max), chargé d’un cours
libre d’héraldique et de sigil¬
lographie i l’École des chartes,
697; officier de l’Instruction
« e, 202 ; Les armoi-
irtelées des conjoints
d’après les sceaux français,
366. — Comptes rendus : The
Aragonese double crown and
the Borja or Borgia device,
620; Armoiries et familles
nobles de la Bresse louhan-
naise : armoiries ouvrières,
armoiries particulières et de
familles, 619 ; Armorial géné¬
ral de France (édit de no¬
vembre 1697), généralité de
Rouen, 617; le Bourg-Saint-
Andéol, 354; Chartres. Notes
héraldiques et généalogiques,
345.
Priscillien et le priscillianisme,
332.
Procession de la ville de Valen¬
ciennes (1653), 108.
‘Prost (Henry), sous-archiviste-
adjoint aux archives de la
Seine, 202. — Compte rendu :
la Littérature française à la
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UNIVERSITYOF MICHIGAN
739
TABLB ALPHABETIQUE.
cour des ducs de Bourgogne,
367.
•Prou (Maurice), membre de la
Commission de la collection
des • Mémoires et documents »
de la Société de l’Ecole des
chartes, 201; membre ordi¬
naire de l’Académie des ins¬
criptions et belles-lettres, 202,
723. — Leçon d'ouverture du
cours de diplomatique à l’Eco¬
le des chartes (extraits), 706.
Prudence (Commentaire ano¬
nyme sur), 602.
* Prudhomme (Auguste), repré¬
sentant élu du corps des ar¬
chivistes près la Commission
supérieure des Archives, 697.
Quentin (Vie de saint), par Huon
Le Roi de Cambrai, 93.
•Quicherat (Jules) et les change¬
ments de noms des rues de
Paris, 238.
* Rastoul (Amand). — Notice né¬
crologique sur Henri de Roux,
705.
Reclus (Onésime), Atlas pitto¬
resque de la France, 480.
•Régné (Jean), archiviste dépar¬
temental de l'Ardèche, 698.
Reims (Etude sur quelques sta¬
tues du grand portail de la
cathédrale de), 623.
René (Le P.), de Nantes, L'indul¬
gence de la Portioncule et la
critique moderne, 112.
Rennes. Ecole régionale des
beaux-arts, personnel, 202.
Révolution française. Documents
inédits publiés par le Minis¬
tère de l'instruction publique,
139.
Rieder (Karl), Conseils prati-
3 ues relatifs à la photographie
es manuscrits, 477.
Rigaud (Odon). Voir Odon Ri-
gaud.
* Ritter (Georges), bibliothécaire-
adjoint de la ville de Rouen,
203 ; chargé d’un cours de pa¬
léographie du moyen âge à
l’Ecole des lettres et sciences
de Rouen, 698.
Robert, (Daniel-Gaston), élève
de l’École des chartes, 695.
Robert (Gaston), Les écoles et
l’enseignement de la théologie
pendant la première moitié
au xn« s., 609.
Robert le Pieux. Diplôme pour
l’abbaye de Saint-Bénigne de
Dijon, 603.
Robert Courte-Heuse, duc de
Normandie. Lettre à lui adres¬
sée par Pascal II, 465.
Rocamadour (N.-D. de). Miracles
au xn e s., 611.
Rôle gascon d'Edouard I er re¬
trouvé, 219.
•Romier (Lucien), membre de
l'Ecole française de Rome,
697. — La carrière d’un favori :
Jacques d’Albon de Saint-
André, maréchal de France
(1512-1562), 113. — Lettres de
Giovanni Dalmatio au cardi¬
nal Farnèse (1558-1559), 311.
— Comptes rendus : l’Episto-
lario del cardinale Christoforo
Madruzzo presso l'Archivio di
stato di Innsbruck, 379; Kanz-
leiordnungen Maximilians I,
Karls V u. Ferdinand I, 377;
Lettres de Catherine de Médi-
cis, t. X, 613; Recueil des
lettres de l’empereur Charles-
Quint conservées dans les ar¬
chives du palais de Monaco,
612.
Rouen. Archevêque, voir Odon
Rigaud. — Bibliothèque, per¬
sonnel, 203. — Ecole des let¬
tres et sciences, personnel, 698.
Rouleau mortuaire de Marie,
abbesse de la Trinité de Caen
(1404), 49.
•Roux (Henri de), officier de l'Ins¬
truction publique, 202; notice
nécrologique, 705.
Rovère (J.-S.), membre du Con¬
seil des Anciens. Lettres à son
frère Siméon-Stylite, 636.
•Ruinaut (Joseph), Bibliothécaire
de la ville ae Pau, 203 ; atta¬
ché à la bibliothèque historique
de la ville de Paris, 698.
Saint-Gimer (La châsse de), 358.
Saint - Philibert - de - Grandlieu.
Eglise, 359.
Saint-Valéry, de la Ligue à la
Révolution (1589-1789), 637.
Salembier (L.), Les œuvres fran-
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740 TABLE ALPHABETIQUE.
çaises du cardinal Pierre
d’Ailly, évoque de Cambrai
(1350-1420), 97.
Samanek ( Vincenz), Kronrat und
Reichsherrschaft im 13. u.
14. Jahrh., 629.
Sanctuarium, seu vitae sancto-
rum, 371.
Sant Vicents (Seigneurs de), 381.
Sartor (M me ), La cathédrale de
Reims. Etudes sur quelques
statues du grand portail, 623.
* Saulnier (Eugène). Une pré¬
tendue dispense du mariage
de llenri ue Bourbon et ae
Marguerite de France (1572),
305.
‘Sauvage (René), archiviste-ad¬
joint du Calvados, 442. —
Rouleau mortuaire de Marie,
abbesse de la Trinité de Caen
(1404), 49. — Compte rendu :
Catalogue des ouvrages nor¬
mands de la bibliothèque mu¬
nicipale. de Caen. I : la Nor¬
mandie considérée dans son
ensemble, 648.
Sceaux français (Les armoiries
écarteléesdes conjoints d’après
les), 366.
Schiaparelli (L.), Tachigrafia sil-
labica nelle carte italiane, 465.
‘Schmidt (Charles), membre de
la Commission de recherches
sur l’histoire économique dans
les territoires qui ont fait
autrefois partie de la France,
697.
Segarizzi (A.), Catalogo dei co-
clici Marciani italiani, vol. I,
649.
Seine. Archives, personnel, 202.
Sénat, personnel, 442.
Sénéchaussée d’Aix. Conflit avec
le parlement Maupeou, 132.
Seoane y Ferrer (D. Ramon),
Navegantes Guipuzcoanos,
381.
‘Sepet (Marius), Louis XVI, étu¬
de historique, 343. — Notice
nécrologique sur Barthélemy
Terrât, 699. — Sur Jeanne
d’Arc, 222. — Compte rendu :
Une relique nationale. La
maison de Jeanne d’Arc à Or¬
léans, 106.
‘Servois (Gustave). — Compte
rendu : les Miracles de N.-D.
de Rocamadour au xm* s., 611.
Sèvres. Bibliothèque de la ma¬
nufacture nationale, person¬
nel, 698.
Société de l’École des chartes,
bureau et commissions, 201.
Société française de reproduc¬
tions de manuscrits a pein¬
tures, 720.
Soderhjelm (Werner), La vie de
saint Quentin par Huon Le Roi
de Cambrai, 93.
* Stein (Henri), membre ordinaire
de la Commission de publica¬
tion de la Société de l’Ecole
des chartes, 201 ; Bibliographie
générale des cartulaires fran¬
çais ou relatifs à l’histoire de
France, 92; Inventaire analy¬
tique des ordonnances enre¬
gistrées au Parlement de Pa¬
ris jusqu’à lamort de LouisXII,
123.
* Tardif (Joseph). — Notice nécro¬
logique sur M. Demante, 215.
Tarn-et-Garonne. Archives, per¬
sonnel, 442.
‘Tempier (Dauphin), notice né¬
crologique, 464.
‘Terrât (Barthélemy), notice né¬
crologique, 699.
Théologie. Énseignement pen¬
dant la première moitié du
xii® s., 609.— Faculté de Pa¬
ris, 630.
‘Thomas (Antoine), membre de
la Commission de l’histoire lit¬
téraire de la France, 696.
‘Tissier (Jean), Table du Journal
des savants, 478.
Tours (Un manuscrit de Saint-
Martin de), 469.
Traite de Philippe le Bel, 129.
‘Travers (Emile). — Discours
aux obsèques de M. Delisle,457.
Tritenheim. — Voir Jean de
Tritenheim.
‘Tmdon des Ormes (Amédée).—
Compte rendu : la Faculté de
théologie de Paris et ses doc¬
teurs Tes plus célèbres. Epo¬
que moderne. T. VI : xvm e s.
Phases historiques, 630.
‘Tuetey (Alexandre). — Discours
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TABLE ALPHABÉTIQUE. 741
aux obsèques de M. Chatel,
217.
Tunis. Bibliothèque française,
personnel, 698.
Tunisie (Rapport sur des ins¬
criptions latines découvertes
en) de 1900 à 1905, 641.
Turenne. Mémoires, 615.
Universités. — Voir Aix, Bor¬
deaux, Lille, Lyon, Paris.
Uzureau (F.), Anaegaviana, 137.
‘Vaësen (Joseph), Lettres de
Louis XI, 341.
Valenciennes. Bibliothèque. Ma¬
nuscrit 413, 602. — Proces¬
sion en 1653, 108.
Valéry (Jules), Une traite de
Philippe le Bel. Contribution
à l’histoire de la lettre de
change, 129.
* Valois (Noël), membre ordinaire
de la Commission de publica¬
tion de la Société de l’Ecole
des chartes, 201 ; membre de
la Commission de la collection
des « Mémoires et documents »
de la Société de l’Ecole des
chartes, 201 ; membre du Con¬
seil de perfectionnement de
l’Ecole aes chartes, 441. —
Rapport sur le concours des
Antiquités nationales (extrait),
699.
Van de Put (Albert), The Ara-
gonese double crown and the
Borja or Borgia device, 620.
Van der Essen (L.), Les sources
de l’histoire nationale conser¬
vées à l’étranger dans les ar¬
chives privées, 377.
Venise. Bibliothèque nationale
de Saint-Marc, 649.
Verdun. Cathédrale, 363.
Vésone. Fouilles, 640.
‘Veyrier du Muraud (Paul), no¬
tice nécrologique, 219.
‘Viard (Jules). Voyage de Phi¬
lippe VI de Valois dans le
midi de la France, 39. —
Comptes rendus : Créteil
(Seine), premiers monuments
de son histoire, 126; Lettres
de Jean XXII (1316-1334), 111.
Viard (Paul), Histoire de la dîme
ecclésiastique principalement
en France jusqu’au Décret de
Gratien, 117.
‘Vidier (Alexandre), conserva¬
teur-adjoint au département
des Imprimés de la Bibliothè¬
que nationale, 697. — Le nou¬
veau Bulletin mensuel du dé¬
partement des Imprimés de la
Bibliothèque nationale, 471.—
Compte rendu : Collection de
documents inédits sur l’his¬
toire économique de la Révo¬
lution française, 139.
‘Villepelet (Robert). — Compte
rendu : Fouilles de Vésone;
compte rendu de 1908, 640.
Villers-en-Brabant. Abbaye aux
xii« et xiii* s., 110.
Vincennes. Château historique,
625.
‘Viollet (Paul), .président de la
Société de l’Ecole des chartes,
201 ; bibliothécaire en chef de
1™ classe à la bibliothèque de
l’Université de Paris, 442. —
Discours aux obsèques : de
L. Delisle, 453; de Barthéle¬
my Terrât, 700. — Notice né¬
crologique sur l’abbé Paul Vey¬
rier du Muraud, 219.
Vogt (Albert), Basile I er , empe¬
reur de Byzance (867-886) et
la civilisation byzantine à la
fin du ix e s., 338; Dictionnaire
d’histoire et de géographie
ecclésiastiques, 370.
Virebayre (Pierre), élève de l’E¬
cole des chartes, 695.
Walther (Andréas), Kanzlei-
ordnungen Maximilians I.,
Karls V. u. Ferdinands I., 377.
Werminghoff (Albert), Monu-
menta Germaniae historica,
concilia, 335.
Weyhmann (Alf.), Histoire de
l’ancienne industrie du fer en
Lorraine, 351.
Bon à tirer, 31 janvier 1911.
Nogent-le-Rotrou, imprimerie Daupblby-Goüvbrnbdr.
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DE L’ÉCOLE
DES CHARTES
REVUE D'ÉRUDITION
CONSACRÉE SPÉCIALEMENT A LETUDE DU MOYEN AGE.
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TROISIEME ET QUATRIEME LIVRAISONS.
Mal-Août 1910.
PARIS
LIBRAIRIE ALPHONSE PICARD ET FILS
RUE BONAPARTE, 82
1910
La Bibliothèque de l'Ecole des chartes paraît tous les deux mois,
par livraisons de six à huit feuilles, et forme tous les ans un
volume grand in-S° d’environ quarante feuilles.
Abonnement, annuel, pour.l’aris, 10 fr. — Départements, 12 fr. —
Etranger, 15 fr.
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Pag«»
TROISIEME ET QUATRIEME LIVRAISONS.
TABLE DES MATIERES.
I. Les origines du monastère de Nouaillé, par L. Levil-
241
LA IN
II. L ancien manuscrit de Saint-Hilaire, n°483 delà biblio¬
thèque de l’Arsenal, par L. Delisle .299
III. Une prétendue dispense du mariage de Henri de Bour¬
bon et de Marguerite de France, en août 1572, par
Eugène Saulnier
305
IV. Lettres de Giovanni Dalmatio au cardinal Farnèse
1558-1559], par Lucien Romier. 311
V. Bibliographie.
E.-Ch. Bahut, Priscillien et le priscillianisme (A.
Lesort), 332. — Albcrtus Wehminghoff, Monumenta
Germauiae historica. Legum sectio III. Concilia. To-
mus II : Concilia aevi Karolini (P. Loti, 335. — D r Arnold
Poschl, Bischofsgut und Mensa episcopalis; abbé E.
Lesne, L’origine des mensesdans le temporel des églises
et des monastères de France au IX e siècle; In., La pro¬
priété ecclésiastique en France aux époques romaine et
mérovingienne (Id.), 330. — Albert Vogt, Basile I er ,
empereur de Byzance (807-886), et la civilisation byzan¬
tine à la lin du ix® siècle (F. Chalandon), 338. —
J. Vaësen et B. de Mandrot. Lettres de Louis XI...,
t. X et XI (P. Bernus), 341. — Marias Sepet,
Louis XVI, étude historique (E.-G. L.), 343. — Comte
d’Armancourt, Chartres. Notes héraldiques et généalo¬
giques (M Prinet),’ 345. — Em. Duvbrnoy, Les cor¬
porations ouvrières dans les duchés de Lorraine et de
Bar au xiv® et au xv* siècle (G. Espinas), 340. — D r Alf.
Weyhmann, Histoire de l'ancienne industrie du fer
eu Lorraine (Id.), 351. — Henri Courteault, Le Bourg-
Saint-Audéol (M. Prinet), 354. — Henry Mûris, L’ab¬
baye de Lérins : histoire et monuments ÏL. M ), 356. —
Georges Mathieu, Courte chronique écrite à Aven (Cor¬
rèze), 1560-1585 (A. L.), 357. — Joseph Poux, I.a cité de
Carcassonne à la fin du xv e siècle; Id., La châsse de Saint-
Gimer; Id., Les salaires agricoles à Bouilhonnac (Aude)
eu 1511-1512; Id. et Henry Mullot, Nouvelles recherches
sur l’itinéraire du Prince Noir à travers les pays de l'Aude
(29 octobre- 16 novembre 1355) (L. M.), 358. — R. de Las-
teyrie, L'église de Saiut-Philbert-de-Grandlieu (Loire-
Inférieure) (L. Maître), 359. — Abbé Ch. Aimont, La
cathédrale de Verdun. Etude historique et archéolo¬
gique (A. Lesort), 363. — Max Prinet, Les Armoiries
écartelées des conjoints d’après les sceaux français (A.
Coulon), 366. — Georges Doutrepont, La littérature
française à la cour des ducs de Bourgogne : Philippe le
Hardi, Jean sans Peur, Philippe le Bon, Charles le
Téméraire (H. Prostl, 367. — Mgr Alf. Baudrillart,
Alf. Vogt et Urb. Rouziès, Dictionnaire d’histoire
et de géographie ecclésiastiques. Fasc. I : Aachs-Achot
iA. Lesort), 370. — Boninus Mombritius, Sanctua-
rium, seu vitae sanctorum (H. O.), 371. — P. Nicolas
Dal-Gal, O. F. M., Saint Antoine de Padoue, thauma¬
turge franciscain (1195-1231); Hilaire de Barenton,
L Action sociale de François d’Assise (H. L.), 372. —
André Pidoux, « Les Saints ». Sainte Colette (1381-1447)
iH. Moranvilléi. 373. — E. E. C. Gomme, The Anglo-
Saxon chrouicle (F. Lot), 373. — John Leland, The iti*
nerary of John Leland in or about the years, 1535-1543
iH. O.), 374. — Godefroy Kurth, La cité de Liège au
moyen âge (A. d’Herbômezl, 375. — A. CAUCHIB et
L. van der Essen, Les sources de l’histoire nationale
conservées à l’étranger dans les archives privées (Id.), 377.
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Librairie Alphonse PICARD et Fils, rue Bonaparte, 82, Paris.
VIENNENT DE PARAITRE :
DÉCHELETTE (Joseph). Manuel d’archéologie préhistorique, celtique
et gallo-romaine. T. II, l re partie: Aye du bronze. 4* vol. in-8°, 512 p.,
212 fig., 5 pl., carte hors texte . . 15 fr. Rel. toile.17 fr.
Appendices au t. II : I. Liste bibliographique des dépôts de l’âge du
bronze en France. II. Inventaire des moules de l'âge du bronze
découverts en France. III. Inventaire des épées et poignards
de fer de l’époque de Ilallstatt découverts en France. 1 vol. in-8°,
191 p. . . 5 fr. Rel. toile.. . . 7 fr.
DIEHL (Ch.), membre de l'Institut, professeur à la Faculté des lettres de
l’Université de Paris. Manuel d’art byzantin. I vol. in-8°, xi-837 p.
et 420 grav., br. . . 15 fr. Rel. toile.17 fr.
PROU (M.), membre de l'Institut. Manuel de paléographie latine et fran¬
çaise, 3 e édition entièrement remaniée. 1 vol. in-8°, 509 p., et 1 album de
24 pl. fac-similé, en 1 carton in-4°, br. .15 fr. Rel. toile . . 17 fr.
EUSÈBE. Histoire ecclésiastique. Livres V-VIII : Marc-Aurèle—Dioclé¬
tien. Texte grec et traductiou française, par E. Grapin. 1 vol. in-12,
561 p.5 fr . J
BATIFFOL (Mgr). Histoire du Bréviaire romain. 3 e édition refondue.
1 vol. in-12.3 fr. 50
DENIFLE, H. O. P. Luther et le luthéranisme. Étude faite d’après les
sources. Traduit de l'allemand, avec préface et notes, par J. Paquier,
docteur ès lettres. T. I. 1 vol. in-12.3 fr. 50
DELAVILLE LE ROULX (J.). Mélanges sur l’Ordre de Jérusalem.
1 vol. in-4°.15 fr.
Réunion de dix-huit mémoires, avec un erratum général et une table
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R. P. MORTIER, O. P. Histoire des maîtres généraux de l’Ordre des
Frères Prêcheurs. T. V. : lkHl-1559. 1 vol. in-8°, 674 p. ... 10 fr.
DELACHENAL (R.). Histoire de Charles V. T. I et II : 1338-136'4. 2 vol.
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Ouvrage auquel l’Académie des inscriptions et belles-lettres a
accordé le premier prix Gobert.
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MICHEL (Robert), membre de l’Ecole française de Rome. L’administra¬
tion royale dans la sénéchaussée de Beaucaire au temps de saint
Louis. 1 vol. in-8°, 1 carte.15 fr.
Ouvrage auquel l’Académie des inscriptions et belles-lettres a
accordé le second prix Gobert. • • • ' i*'. :
THOMAS (Abbé), curé doyen de Notre-Dame de Dijon. Le Concordat de
1516, ses origines, son histoire au XVI e siècle. I. Les origines du
Concordat de 1.516. II. Les documents concordataires. III. Histoire
du Concordat de 1516 au XVI e siècle. 3 vol. in-8°.22 fr. 50
MOLINIER (J.-IL). Mellin de Saint-Gelays. Étude sur sa vie, sur
ses œuvres (l'i90-1558i. 1 vol. in-8°.7 fr. 50
— Essai bibliographique et littéraire sur Octovien de Saint-Gelays.
évêque d’Angoulême (1469-1502). 1 vol. in-8° . .4 fr.
BRY (M.-J.). Les vigueries de Provence. Aperçu de leur histoire jus¬
qu’à la fin du XVI* siècle; leur organisation et leur rôle au XVII* et
au XVIII e siècle. 1 vol. in-8°, carte.10 fr.
LIBERSAT (J.). La justice criminelle du magistrat de Boulogne-sur-
Mer, de 1670 à 1790. 1 vol. in-8°.5 fr.
BORRELLI DE SERRES (Colonel). Recherches sur divers services
publics du XIII e au XVII e siècle. T. III : Notices relatives au XIV e
• et au XV e siècle. 1 vol. in-8°.10 fr.
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Nogent-le-Rotrou, imprimerie Daüpeley-Gouvebsbur.
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Delisle, Instructions élémentaires et techniques pour
la mise et le maintien eu ordre des livres d'une biblio¬
thèque; Id., Instructions pour la rédaction d'un cata¬
logue de manuscrits et. pour la rédaction d’un inventaire
des incunables conservés dans les bibliothèques publiques
de France (H. O.), 647. — G. La valley, Catalogue des
ouvrages normands de la bibliothèque municipale de
Caen. I : la Normandie considérée dans son ensemble
(R.-N. Sauvage), 648. — Carlo Fratj, A. Segarizzi,
Catalogo dei codici marciani italiani, a cura délia dire-
zione délia R. Riblioteca nazionale di S. Marco in Vene-
zia (L. Auvray), 649. — A. G. Little, Tractatus
Fr. Thomae, vulgo dicti de Eccleston, de adventu Fra-
trurn Minorum in Angliam (Ch. Petit-Dutaillisi, 650.
— Eugène Déprez, Etude de diplomatique anglaise, de
l’avènement d’Edouard I er à celui de Henri VII. Le sceau
Ê rivé, le sceau secret, le signet (Id.), 651. — Ch. de La
LOXCJère, Un atlas inconnu de la dernière expédition
de Drake (E. Clouzot), 652. — Henry COCHIN, Dante
Alighieri, Vita nova (P. Durrieu), 653.
Livres nouveaux, 654.
V. Chronique et Mélanges, 695.
* * _ __
Ecole des chartes et Société de l'Ecole des chartes, 695.
— Nécrologie : Barthélemy Terrât (M. Sepet et P. Viol-
let), 699; Pierre Aubrv iE. Dacier), 701 ; Henri de Roux
(A. Rastoul), 705; Henri Dupont, 706. — L’Ecole des
chartes et l’histoire, 706. — L’Académie des inscriptions
et les archivistes paléographes, 709. — Date d’une minia¬
ture d un manuscrit de Charles V i R. Delachenal>,711- —
Note cryptographique dans un manuscrit de Jean de Tri-
tenheim, 712. — Additions de M. L. Delisle à son exem¬
plaire des Etudes sur la classe, agricole en Normandie ,
713. — La nouvelle Société paléographique de Londres,
719. — Société française de reproductions de manuscrits
à peintures. 720.
Table des matières, 723.
VI. Table alphabétique, 724.
LES LIVRAISONS PRÉCÉDENTES CONTENAIENT
bàfîZl. ‘ ' • * LES ARTICLES SUIVANTS :
La frontière de la France et de l’Empire sur le cours inférieur de
l'Escaut, du ix° au xn° siècle, par Ferdinand Lot. — Note sur un
manuscrit de la bibliothèque de Charles V, par 1t. Delachenal. —
Un préteudu voyage de Philippe VI de Valois dans le midi de la
France eu 1349, par Jules Viard. — Rouleau mortuaire de Marie,
abbesse de la Trinité de Caen (f 1404), par 1t.-N. Sauvage. — Décou¬
verte de deux importants manuscrits de la « Librairie » des -ducs de
Bourgogne, par le comte Paul Dt JRHIBU. — Les origines du monas¬
tère de Nouaillé, par L. Levillain. — L'ancien manuscrit de Saint-
Hilaire, n° 483 de la bibliothèque de l’Arsenal, par L. Delisle. —
Une prétendue dispense du mariage de Henri de Bourbon et de Mar¬
guerite de France, en août 1572, par Eugène Saulnier. — Lettres de
Giovanni Dalmatio au cardinal Farnese (1558-1559), par Lucien
Romier.
La Bibliothèque de l'École des chartes , paraissant tous
les deux mois, par livraison de six à huit feuilles, forme, chaque
année, un volume grand in-8 u d’environ quarante feuilles.
Le prix de l’abonnement est de 10 fr. par an pour Paris,
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